Posts Tagged ‘aung san suu kyi’

Birmanie: les poètes de la résistance

juin 5, 2021

« Nos vers sont des hordes d’enfants qui hurlent »: ulcérés par la répression sanglante de l’armée birmane au pouvoir depuis le coup d’Etat contre Aung San Suu Kyi, de nombreux poètes sont entrés en résistance et sont traqués par le régime militaire.

Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

© Handout Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

Plus d’une dizaine ont été arrêtés et au moins quatre ont été tués, dont Zaw Tun mort en détention « après avoir été torturé », d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

L’artiste, qui écrivait sous le nom de plume de Khet Thi, ne voulait « pas être un martyr », mais ses textes enflammés contre les soldats qui « tirent dans la tête » alors que « la révolution habite dans le coeur » en ont fait une cible.

Accusé de préparer des attentats à la bombe, il est interpellé le 8 mai avec son épouse Ma Chaw Su.

« Une centaine de policiers et de militaires ont encerclé notre maison. Ils ont menacé d’emmener un membre de notre famille si Khet Thi ne se rendait pas », raconte à l’AFP la femme, rapidement libérée.

Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

© Handout Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

Le lendemain, « les militaires m’ont dit de venir chercher son corps. Ses organes avaient été prélevés ».

« Je ne veux pas soutenir l’injustice. Si je n’ai qu’une minute à vivre, je veux que ma conscience soit propre », avait écrit l’artiste peu avant son assassinat.

Deux autres poètes, Myint Myint Zin et K Za Win, ont été abattus début mars par les forces de sécurité lors d’un rassemblement anti-junte à Monywa, dans le centre du pays. Un quatrième, U Sein Win, proche du parti d’Aung San Suu Kyi, est mort mi-mai dans des conditions mystérieuses, son corps aspergé d’essence et brûlé.

– « Des larmes dans chacun de leur souffle » –

Ces écrivains « qui auraient dû être connus pour leur poésie n’ont été remarqués par les médias internationaux qu’après avoir été tués », déplore Ko Ko Thett, un poète birman installé au Royaume-Uni.

 Image tirée d'une vidéo du 14 avril 2021 et diffusée le 4 juin 2021 par une source anonyme via Facebook de manifestants participant à une lecture de poésie contre le coup d'Etat militaire, à Shwebo, en Birmanie

© Handout Image tirée d’une vidéo du 14 avril 2021 et diffusée le 4 juin 2021 par une source anonyme via Facebook de manifestants participant à une lecture de poésie contre le coup d’Etat militaire, à Shwebo, en Birmanie

Manifestations quasi-quotidiennes, économie paralysée par des grèves massives, recrudescence des affrontements entre armée et factions ethniques rebelles: la Birmanie est en ébullition depuis le putsch du 1er février qui a mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Manifestation contre le coup d'Etat militaire en Birmanie, le 3 juin 2021 à Rangoun

© STR Manifestation contre le coup d’Etat militaire en Birmanie, le 3 juin 2021 à Rangoun

La poésie n’est pas en reste. « Submergés par la rage, l’incrédulité et le chagrin, beaucoup de citoyens ordinaires se tournent vers elle », relève Ko Ko Thett.

De nombreux poètes sont entrés en clandestinité, comme ce collectif de 30 artistes qui publie ses vers sur les réseaux sociaux.

« Les poètes vivent aujourd’hui avec des larmes dans chacun de leur souffle », relève auprès de l’AFP un de ses membres, sous couvert d’anonymat par peur des représailles.

« Nos poèmes et nos vers sont des hordes d’enfants qui hurlent (…) Il y a tellement de crimes contre l’humanité » commis aujourd’hui dans notre pays.

– La junte craint leur pouvoir d’inspiration –

Au moins 845 civils sont tombés sous les balles de l’armée et de la police ces derniers mois, des ONG dénonçant des exécutions extra-judiciaires, des tortures et des violences envers les femmes.

De nombreux artistes ont été placés sur des listes noires par la junte qui craint leur pouvoir d’inspiration.

Ce n’est pas la première fois que les poètes combattent par la plume en Birmanie: beaucoup ont lutté contre la puissance coloniale britannique puis contre les différents régimes militaires qui se sont succédés pendant près de 50 ans jusqu’à l’auto-dissolution de la junte en 2011.

Pour échapper aux représailles, certains utilisaient un langage codé dans leurs vers. Des dizaines ont été emprisonnés, d’autres censurés.

Avec l’ouverture du pays et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, « la poésie birmane s’est libérée (…) les textes sont devenus plus divers dans leur forme et leur contenu et aussi plus ouvertement politiques », relève Ko Ko Thett.

Depuis le coup d’Etat, l’artiste a cessé d’écrire. Sa mission: traduire en anglais les vers des poètes birmans tombés sous les balles ou menacés dans son pays.

Avec AFP par bur-lpm/sde/ybl

Coup d’État: Londres convoque l’ambassadeur de Birmanie

février 1, 2021

Des manifestants birmans se sont réunis à Katmandou ce lundi pour protester contre l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, la dirigeante démocratiquement élue du pays. 

Londres a convoqué ce lundi l’ambassadeur birman au Royaume-Uni pour condamner le «coup d’État» et appeler à la «libération immédiate» de la cheffe de facto du gouvernement civil Aung San Suu Kyi et des civils arrêtés «illégalement», a annoncé la diplomatie britannique.

L’ambassadeur birman Kyaw Zwar Minn a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et le secrétaire d’État britannique chargé de l’Asie, Nigel Adams, a «condamné le coup d’État militaire et l’emprisonnement illégal de civils, dont Aung San Suu Kyi», selon un porte-parole du ministère. Le secrétaire d’État a demandé des «assurances quant à la sécurité de tous ceux qui sont détenus et a appelé leur libération immédiate.

Birmanie : Biden appelle l’armée à rendre le pouvoir «immédiatement»

Le président américain Joe Biden a appelé lundi 1er février l’armée birmane, qui a mené un coup d’État et arrêté Aung San Suu Kyi, à rendre «immédiatement» le pouvoir, menaçant d’imposer des sanctions contre le pays.

«La communauté internationale doit parler d’une seule voix pour exiger de l’armée birmane qu’elle rende immédiatement le pouvoir», a indiqué Biden dans un communiqué. Le locataire de la Maison Blanche annonce par ailleurs un examen «immédiat» des sanctions qui ont été levées au cours de la décennie écoulée, menaçant de les remettre en place.

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra une réunion d’urgence mardi matin sur la situation en Birmanie, indique un programme de travail de l’actuelle présidence britannique de cette instance, approuvé lundi 1er février par ses membres.

Cette réunion, par vidéoconférence, se tiendra à huis clos, précise le programme.

Par Le Figaro avec AFP

L’arrestation d’Aung San Suu Kyi réjouit les Rohingyas des camps du Bangladesh

février 1, 2021

Les musulmans rohingyas ayant fui la Birmanie pour le Bangladesh à cause d’une sanglante campagne de répression militaire il y a trois ans se réjouissaient de l’arrestation lundi 1er février par l’armée birmane d’Aung San Suu Kyi.

Quelque 740.000 Rohingyas, minorité persécutée en Birmanie à majorité bouddhiste, ont fui l’État birman de Rakhine après des attaques les visant en 2017, menées par l’armée birmane et des milices bouddhistes et qualifiées de génocide par des enquêteurs de l’ONU. Renversée lundi par un putsch militaire, Aung San Suu Kyi était la cheffe de facto du gouvernement à l’époque et a défendu l’armée birmane lors d’auditions devant la Cour pénale internationale en 2019 sur les atrocités subies par les Rohingyas, dont des viols et des meurtres.

La nouvelle de son arrestation s’est répandue rapidement lundi dans les camps de réfugiés surpeuplés du Bangladesh, où vivent aujourd’hui un million de Rohingyas. «Elle est la raison de toutes nos souffrances. Pourquoi ne devrions-nous pas nous réjouir?», a déclaré un chef communautaire, Farid Ullah, à Kutupalong, le plus grand camp de réfugiés au monde. Pour Mohammad Yusuf, un responsable du camp voisin de Balukhali, «elle était notre ultime espoir, mais elle a ignoré notre détresse et soutenu le génocide contre les Rohingyas».

Certains Rohingyas ont organisé des prières spéciales pour saluer la «justice» ayant frappé la lauréate du prix Nobel de la paix, selon Mirza Ghalib, un réfugié du camp de Nayapara. «Si les autorités du camp l’avaient autorisé, vous auriez vu des milliers de Rohingyas défiler pour faire la fête», a-t-il assuré. Maung Kyaw Miun, porte-parole de l’influent Syndicat des étudiants rohingyas, a estimé qu’il y avait aujourd’hui plus d’espoir que sa minorité puisse un jour regagner ses villages en Birmanie. «Contrairement à un gouvernement élu, ce gouvernement militaire va avoir besoin de soutien international pour tenir. Donc nous espérons qu’ils vont se pencher sur le problème des Rohingyas pour alléger la pression internationale», a-t-il expliqué.

Les autorités du Bangladesh ont indiqué qu’elles «surveillaient» la frontière de 270 km avec la Birmanie, en cas de nouvel afflux de réfugiés rohingyas. Dans un communiqué, Dacca a appelé à rétablir «le processus démocratique» en Birmanie.

Par Le Figaro avec AFP

Crise des Rohingyas: le chef de la diplomatie britannique en Birmanie

septembre 20, 2018

Naypyidaw (Birmanie) – Le chef de la diplomatie britannique, en visite en Birmanie, a rencontré jeudi son homologue birmane Aung San Suu Kyi, isolée sur la scène internationale en raison de son silence sur la crise des musulmans rohingyas, qualifiée de « génocide » par l’ONU.

« C’est un très grand moment dans l’histoire de la Birmanie. Le monde regarde (ce pays) pour voir si la justice peut être rendue après que des choses vraiment épouvantables se soient produites », a déclaré à l’AFP Jeremy Hunt à l’issue de la rencontre.

« La communauté internationale ne laissera pas les choses en l’état. Si nous voyons que rien ne se passe, nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour nous assurer que justice soit rendue », a-t-il ajouté, évoquant une résolution devant le Conseil de sécurité comme « une des options » sur la table.

Dans leur rapport final rendu mardi, les enquêteurs de l’ONU appellent le Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale par le biais d’une résolution ou à créer un tribunal international ad hoc, comme pour le Rwanda ou l’ex-Yougoslavie.

Mais la probabilité d’une résolution sur le « génocide » rohingya est faible, la Chine et la Russie risquant d’y opposer leur veto.

Plus tôt dans la journée, Jeremy Hunt s’est rendu en Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie d’où en 2017 plus de 700.000 Rohingyas ont fui au Bangladesh les exactions de l’armée birmane, décrivant des viols, des exécutions extrajudiciaires et des villages incendiés.

Leur retour en Birmanie est « la prochaine étape essentielle », a souligné le chef de la diplomatie britannique.

Un accord de rapatriement a été signé entre la Birmanie et le Bangladesh fin 2017, mais dix mois plus tard le processus est au point mort, les deux pays se rejetant mutuellement la faute. Les réfugiés rohingyas refusent, quant à eux, de revenir jusqu’à ce que leur sécurité et leurs droits soient garantis.

Quant aux deux reporters de Reuters condamnés récemment à sept ans de prison alors qu’ils enquêtaient sur des exactions commises contre les Rohingyas, Aung San Suu Kyi va « se pencher sur la question », d’après Jeremy Hunt.

Alors que la prix Nobel de la Paix garde un statut d’idole en Birmanie, cette affaire a écorné encore un peu plus son image à l’international car elle n’est pas intervenue en faveur des deux hommes, justifiant même leur condamnation.

Fin août, quelques jours avant le verdict, l’ex-Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, l’avait accusée d’être devenue « la porte-parole des militaires birmans ».

Mardi, un ancien commentateur politique, proche de la junte birmane, a été condamné à sept ans de prison pour avoir critiqué sur Facebook Aung San Suu Kyi.

Romandie.com avec(©AFP / 20 septembre 2018 12h47)                                                        

Birmanie: sept ans de prison pour avoir critiqué Aug San Suu Kyi sur Facebook

septembre 19, 2018

Rangoun – Un ancien commentateur politique proche de la junte birmane a été condamné à sept ans de prison pour avoir critiqué sur Facebook la dirigeante Aung San Suu Kyi, a-t-on appris mercredi auprès du tribunal.

Ngar Min Swe a été reconnu coupable mardi de « sédition » pour « avoir écrit des posts abusifs sur Facebook contre la Conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi, donnant aux gens des idées fausses sur elle », a déclaré à l’AFP Htay Aung, un porte-parole du tribunal.

Celui qui écrivait dans le journal officiel Global New Light of Myanmar à l’époque de la junte militaire est connu depuis des années pour ses prises de position contre l’ancienne dissidente Aung san Suu Kyi, au pouvoir depuis début 2016.

Sur Facebook, il s’est notamment emporté contre le fait que le président américain de l’époque Barack Obama avait embrassé lors de sa visite en 2014 Aung San Suu Kyi, dénonçant son accolade comme un outrage à la culture birmane, très pudique. Aung San Suu Kyi apparaît sur les photos de l’époque très gênée, et l’histoire avait à l’époque fait couler beaucoup d’encre.

« Obama est venu deux fois. Donald Trump pas encore. Attendez-vous à un baiser… Venez avant 2020 », écrit-il notamment. En 2020, des élections législatives risquent de remettre en jeu la domination du parti d’Aung San Suu Kyi au Parlement. Selon les commentateurs politiques, le parti des anciens dirigeants de la junte pourrait bien créer la surprise.

Cette affaire survient alors que la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi est empêtrée dans la gestion de la crise des Rohingyas, dénoncée par l’ONU comme un génocide par l’armée birmane.

Elle a justifié la semaine dernière à Hanoï l’emprisonnement de deux journalistes de Reuters après leur enquête sur un massacre de Rohingyas. Elle avait évoqué « l’Etat de droit » en Birmanie, mais l’indépendance de la justice est largement sujette à caution.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2018 11h18)                                                        

Birmanie: profil bas d’Aug San Suu Kyi pour le 70ème anniversaire de l’indépendance

janvier 4, 2018

De jeunes Birmans se livrent à une traditionnelle bataille d’oreillers assis sur un bambou, lors des célébrations du 70ème anniversaire de l’indépendance de la Birmanie, jeudi 4 janvier, dans les environs de Rangoun / © AFP / YE AUNG THU

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, fille du père de l’indépendance, a gardé jeudi un profil bas et n’a pas participé à la célébration du 70ème anniversaire de la fin de la domination britannique sur le pays, marquée essentiellement par des festivités populaires.

Seul le vice-président, Myint Swe, a participé à une discrète cérémonie, à l’aube à Naypyidaw, la capitale administrative. Aucune raison n’a été donnée à la faible visibilité politique pour cet évènement, alors même que la Birmanie est marquée par un fort nationalisme.

Le gouvernement est embourbé cette année dans le dossier de la crise des musulmans rohingyas et la population est largement braquée contre l’opinion internationale, et notamment l’ONU, qui accuse l’armée birmane de « nettoyage ethnique » contre cette minorité. Plus de 650.000 de ses membres ont fui au Bangladesh voisin depuis août 2017.

Mais jeudi, l’ambition était à la fête et à l’oubli dans les rues de Rangoun, envahies par les sonos jouant de la musique à plein volume, avec des jeux de rue allant du lancer de noix de coco à l’avalage de gâteaux en vol, traditionnelle façon de célébrer l’indépendance du pays.

« Nous devons nous souvenir de ce jour chaque année…. Les jeunes générations doivent se souvenir des anciens qui se sont battus pour notre liberté », explique à l’AFP Ye Yint, 27 ans, un jeune participant aux festivités à Rangoun.

La Birmanie a déclaré son indépendance de l’Empire britannique le 4 janvier 1948.

« Le général Aung San, héros de notre jour de l’Indépendance, et ses camarades se sont battus pour obtenir l’indépendance de notre pays », ajoute Aung Thant Kyaw, un jeune de 18 ans.

« Alors aujourd’hui nous faisons des jeux pour célébrer notre liberté et pour lui rendre hommage », assure celui qui a remporté un jeu consistant à se saisir d’une noix de coco passant de joueurs en joueurs, couverts d’huile pour rendre la prise plus difficile.

Le général Aung San, père de la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, aujourd’hui à la tête du premier gouvernement civil après des décennies de junte, est en effet le héros de l’indépendance.

Romandie.com avec(©AFP / 04 janvier 2018 13h22)                

L’université d’Oxford retire un portrait de Aung San Suu Kyi

septembre 30, 2017

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, le 20 juin 2012 à l’Université d’Oxford, en Angleterre / © AFP/Archives / BEN STANSALL

La prestigieuse université britannique d’Oxford a décidé de retirer de ses murs un portrait de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, ancienne étudiante de l’établissement, dont le pays est accusé par l’ONU de se livrer à une épuration ethnique.

« Nous avons reçu au début du mois de septembre un nouveau tableau que nous avons décidé d’exposer. Le tableau d’Aung San Suu Kyi a quant à lui été mis en lieu sûr », a indiqué l’université dans un communiqué refusant de lier cette décision à la situation actuelle en Birmanie.

Le portrait d’Aung San Suu Kyi avait été peint en 1997 par l’artiste chinois Chen Yanning. Il est remplacé par un tableau du peintre japonais Yoshihiro Takada intitulé « Morning Glory ».

Aung San Suu Kyi avait étudié entre 1964 et 1967 la politique, l’économie et la philosophie au sein de la prestigieuse université.

Récompensée par le Prix Nobel de la paix en 1991 pour sa résistance pro-démocratique face à la junte militaire, la frêle « Dame de Rangoun » avait, en 2012, reçu un doctorat honoris causa en droit de la part d’Oxford.

Les Rohingyas, plus grande population apatride au monde, sont traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste. Victimes de discriminations, ils ne peuvent ni voyager ni se marier sans autorisation, et n’ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et les hôpitaux.

L’ONU considère que l’armée birmane et les milices bouddhistes se livrent à une épuration ethnique contre cette communauté musulmane dans l’Etat Rakhine (ouest), région historiquement troublée.

Romandie.com avec(©AFP / 30 septembre 2017 12h26)                

Sur la crise des Rohingyas, le discours ambigu d’Aung San Suu Kyi

septembre 19, 2017

Aung San Suu Kyi lors d’un discours à la nation le 19 septembre 2017 à Naypyidaw / © AFP / Ye Aung THU

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi s’est efforcée mardi de répondre aux critiques de la communauté internationale sur la crise des Rohingyas sans s’aliéner la puissante armée birmane, ni une opinion publique aux profonds sentiments anti-musulmans.

S’exprimant à Naypyidaw quelques heures avant l’ouverture de l’Assemblée générale de l’ONU, elle a d’ailleurs fait le choix de parler en anglais pour sa grande adresse télévisée, un discours destiné au monde, qui n’était même pas sous-titré pour ses concitoyens.

Elle n’y reprend pas la rhétorique distillée par son gouvernement depuis plus de trois semaines de crise, qui assimilait les Rohingyas à des terroristes. Mais elle évite aussi de critiquer frontalement la puissante armée, avec laquelle elle doit composer. Une ambiguïté relevée par les analystes.

« Ce n’est pas qu’une question de langue, mais de contenu », relève Maël Raynaud, consultant indépendant spécialiste de la Birmanie: « elle n’a pas grand chose à dire à la Nation, qui la soutient quasiment à l’unanimité ».

A travers le pays, des milliers de Birmans s’étaient rassemblés pour regarder le discours sur écran géant, l’occasion surtout de montrer leur soutien à Aung San Suu Kyi en agitant son portrait et le drapeau national.

« Nous n’avons rien compris du discours d’Aung San Suu Kyi. Mais nous voulons lui montrer notre soutien. Quand son discours a été fini, nous avons applaudi et sommes rentrés chez nous », a expliqué à l’AFP Cho Cho, une habitante de l’Etat Karen, dans le nord-est du pays.

L’adresse à la Nation annoncée a d’ailleurs été rebaptisée au dernier moment « briefing diplomatique ».

Aung San Suu Kyi l’a elle-même expliqué d’entrée de jeu dans son discours, rappelant que cette année, elle n’avait pas pu se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies en raison de cette crise et comptait « partager avec la communauté internationale les défis auxquels est confrontée » la Birmanie.

– discours pour l’ONU –

Avec ce discours à Naypyidaw, la capitale administrative, devant un parterre d’ambassadeurs, « elle tente de regagner un peu de crédibilité internationale, sans pour autant s’aliéner les militaires et l’opinion publique », très xénophobe dans son ensemble, estime lui aussi Phil Robertson, représentant de l’ONG Human Rights Watch pour l’Asie.

Elle a évité cette fois-ci de dénoncer l' »iceberg de désinformation » des médias internationaux, qu’elle critiquait comme pro-rohingyas dans un communiqué début septembre, mettant alors de l’huile sur le feu, dans un pays gagné ces dernières semaines par un forte colère contre la communauté internationale.

Elle s’est abstenue aussi de marteler l’expression « terroristes extrémistes », qui revient sans cesse dans ses communiqués de presse en birman.

Elle qui est critiquée pour sa froideur a même eu des élans compassionnels dans son discours, se disant « profondément désolée » pour les victimes du conflit, avec plus de 420.000 membres de la minorité musulmane des Rohingyas réfugiés au Bangladesh depuis des attaques, le 25 août, de rebelles rohingyas.

Cela n’a pas empêché les critiques de fuser, Amnesty International dénonçant sa « politique de l’autruche ».

« Elle n’est pas allée assez loin dans la reconnaissance du fait que les militaires sont derrière » les incendies de villages et divers abus dans la zone de conflit et agissent avec des milices bouddhistes extrémistes, regrette Laura Haigh, spécialiste de la Birmanie à Amnesty International.

Le service de presse d’Aung San Suu Kyi assure de son côté que la traduction en birman du discours d’Aung San Suu Kyi sera bientôt disponible sur le site internet du gouvernement.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2017 14h32)                

Birmanie: Suu Kyi annule un déplacement à l’ONU en pleine crise des Rohingyas

septembre 13, 2017

Des réfugiés rohingyas de Birmanie arrivent en bateau à Teknaf, le 12 septembre 201 au Bangladesh / © AFP / MUNIR UZ ZAMAN

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a annulé un déplacement à l’Assemblée générale des Nations unies alors que l’ONU a récemment affirmé que la minorité rohingya de Birmanie était victime d’un « nettoyage ethnique » et réunit son Conseil de sécurité mercredi sur ce dossier.

L’ex-dissidente et prix Nobel de la paix est sous le feu des critiques de la communauté internationale pour son silence sur le sort de cette minorité musulmane du pays, qui fuit à nouveau en masse la Birmanie.

D’après les derniers chiffres des Nations unies mercredi, plus de 379.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août, pour fuir une campagne de répression de l’armée birmane, consécutive à des attaques de rebelles rohingyas. Quelque 60% d’entre eux sont des enfants.

Et des milliers d’autres seraient toujours sur les routes.

Les réfugiés arrivent au Bangladesh épuisés, démunis, affamés, après des jours de marche sous la pluie. Autorités locales et organisations internationales peinent à prendre en charge cette marée humaine, d’une ampleur sans précédent pour ce conflit.

Le fleuve Naf, qui marque une frontière naturelle entre les deux pays, continue de charrier des cadavres: sept nouveaux corps, dont des enfants, ont été retrouvés échoués sur la rive mercredi par les autorités bangladaises. Certaines dépouilles portaient des traces de balles.

Depuis le début des troubles, près de 100 personnes ont péri noyées en tentant de passer au Bangladesh.

Bien que sous le feu des critiques internationales, Aung San Suu Kyi reste très peu loquace sur la crise et continue d’afficher son soutien à l’armée dans son opération contre les « terroristes ».

L’ancienne icône de la démocratie, qui semble s’enfoncer dans son silence, « n’assistera pas à l’Assemblée générale de l’ONU » fin septembre, a annoncé à l’AFP Zaw Htay, son porte-parole.

L’an dernier, à la tribune de cette Assemblée générale, la prix Nobel de la paix, qui dirige de facto le gouvernement birman depuis avril 2016, s’était engagée à soutenir les droits de la minorité musulmane.

Elle avait promis de « s’opposer fermement aux préjugés et à l’intolérance » et de promouvoir les droits de l’homme, tout en demandant à la communauté internationale de se montrer « compréhensive et constructive ».

Suu Kyi « nous avait promis la paix mais nous ne l’aurons jamais. Nous avons été et continueront sans cesse à être persécutés », a déploré un réfugié Rohingya qui vit depuis 25 ans au Bangladesh.

Impératif moral –

Mais cette nouvelle crise est au contraire « un exemple classique de nettoyage ethnique », caractérisé par « exécutions », des « tirs sur des civils en fuite » et des incendies de villages, d’après le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

La réunion, à huis clos, du Conseil de sécurité prévue à 15H00 GMT s’annonce divisée: la Chine, qui est le premier investisseur étranger en Birmanie, a réitéré son « soutien » à Naypyidaw et loué « ses efforts pour préserver la stabilité de son développement national ».

« Nous espérons que le Conseil de sécurité va proposer des décisions substantielles et notamment un embargo sur les armes », a déclaré Phil Robertson de Human Rights Watch.

Traités comme des étrangers dans ce pays à plus de 90% bouddhiste d’Asie du Sud-Est, les Rohingyas sont apatrides, même si certains vivent là depuis des générations.

Ils sont victimes de multiples discriminations: travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Plusieurs prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai et l’archevêque sud-africain Desmond Tutu puis le dalaï lama, admiré par Aung San Suu Kyi, l’ont appelée à intervenir.

Mais la tâche d’Aung San Suu Kyi est compliquée par la montée des bouddhistes extrémistes ces dernières années. Et surtout par la grande autonomie de l’armée birmane, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit et tient les rênes de trois ministères importants: l’Intérieur, les Frontières et la Défense.

« Aung San Suu Kyi doit parler, c’est un impératif moral pour elle », a estimé Phil Robertson, ajoutant que « ce n’est pas seulement sa réputation internationale qui est en jeu, mais aussi son statut vis-à-vis de l’armée ».

La cause des Rohingyas a trouvé ces derniers jours un écho particulier dans le monde musulman, où les images présentées comme des exactions de l’armée birmane sont largement partagées sur les réseaux sociaux. Mardi, le guide suprême iranien Ali Khamenei a estimé que leur sort marquait « la mort du prix Nobel de la paix ».

Romandie.com avec(©AFP / 13 septembre 2017 12h27)

Birmanie: test électoral pour le gouvernement d’Aung San Suu Kyi

avril 1, 2017

Rangoun – Les Birmans votaient samedi pour des législatives partielles, un premier test pour le gouvernement d’Aung San Suu Kyi qui peine à relancer le pays et à apaiser les tensions ethniques après un an au pouvoir.

L’euphorie qui a entouré en 2015 la large victoire électorale de cette icône de la démocratie, ancienne dissidente et prix Nobel de la paix, s’est dissipée tandis que son gouvernement s’efforce de réaliser les réformes promises.

Seuls 19 sièges de députés sont en jeu, et ces élections ne devraient donc pas menacer la prééminence du parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD). Mais elles permettront de juger le sentiment du public envers le gouvernement après un an de règne mouvementé.

Le mécontentement est particulièrement fort dans les régions du pays habitées par des minorités ethniques, où beaucoup considèrent qu’Aung San Suu Kyi collabore trop étroitement avec les militaires qui ont dirigé le pays pendant 50 ans et contrôlent encore des leviers importants du gouvernement.

Mais le NLD a toujours du soutien dans le pays, et les premiers résultats le montraient samedi sur le point de remporter cinq des sièges en jeu dans la capitale économique, Rangoun.

« D’après nos informations, nous avons gagné cinq sièges à Rangoun », a déclaré à la presse le gouverneur de la ville, Phyo Min Thein, au quartier général du NLD.

En début de journée, des centaines d’électeurs ont fait la queue devant les bureaux de vote de la ville.

Chit Min, un habitant de Dagon Seikkan, une banlieue de Rangoun, a déclaré à l’AFP que beaucoup de ses amis avaient décidé de ne pas voter cette fois-ci.

« Mais je suis sûr que la NLD va de nouveau gagner », a-t-il dit.

La plupart des sièges à pourvoir étaient ceux laissé vacants par des députés passés à des postes ministériels dans le gouvernement civil. D’autres sont des sièges de régions reculées où les violences avaient empêché le vote en 2015.

Le parti pourrait notamment être mis en difficulté dans l’Etat Shan, dans le nord, où des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées par une recrudescence des affrontements entre l’armée et des insurgés issus de minorités ethniques.

L’élite politique et économique birmane, dont le NLD et l’armée, est depuis longtemps dominée par l’ethnie majoritaire Bamar, et régulièrement accusée de vouloir écraser les cultures des minorités locales.

Ces tensions génèrent régulièrement des violences, comme dans l’état de Rakhine, sur la côte ouest, à nouveau déchiré depuis octobre dernier et l’émergence d’une nouvelle rébellion de la minorité musulmane Rohingya, réprimée dans le sang par l’armée.

Quelque 75.000 Rohingyas ont depuis fui ces violences militaires, que des enquêteurs de l’ONU ont qualifiées de possibles crimes contre l’humanité.

Cette crise pose un épineux problème à Aung San Suu Kyi, confrontée d’un côté à une forte pression internationale lui demandant de défendre et protéger les Rohingyas, et de l’autre à un fort sentiment anti musulmans dans son pays.

Romandie.com avec(©AFP / 01 avril 2017 18h30)