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Trois-Rivières: Un trio d’auteurs part à la rencontre des lecteurs

mai 22, 2021

Guillaume Morrissette n’est pas du genre à rester les bras croisés. Pandémie ou pas. Avec plusieurs Salons du livre qui ont été annulés ou présentés en virtuel, le contact privilégié avec le public, dont la grande majorité des auteurs se nourrissent avidement, a été considérablement limité. Il a donc eu l’idée de proposer, par le biais de Facebook, ses livres qu’il irait livrer, sans contact, aux lecteurs qui se les procureraient. L’idée, ce n’était pas juste de vendre des bouquins, quoique c’est un effet plus qu’intéressant de l’initiative, c’est surtout d’aller à la rencontre du public, de jaser, de prendre le pouls, de retrouver un peu de cette énergie qui unit l’auteur et le lecteur.

Yvan Godbout, Éric Quesnel et Guillaume Morrissette visiteront 43 villes en 7 jours ce qui représente une petite balade de 4150 km à travers la province.

© STÉPHANE LESSARD, Le Nouvelliste Yvan Godbout, Éric Quesnel et Guillaume Morrissette visiteront 43 villes en 7 jours ce qui représente une petite balade de 4150 km à travers la province.

«Je n’ai pas de Salon du livre, lance d’emblée Guillaume Morrissette pour expliquer comment l’idée a germé. Tous mes événements littéraires internationaux sont annulés de même que les événements régionaux sauf pour quelques Zoom. L’étincelle de départ provient de l’annulation du lancement de son dernier livre, Quand je parle aux morts, plusieurs copies avaient été vendues en prévision de l’événement, mais l’interdiction de se rassembler ne permettait pas aux lecteurs de les récupérer. Guillaume Morrissette a donc décidé d’aller les livrer.

Puis, il a décidé de pousser l’idée encore plus loin alors qu’il organisait une première tournée au début décembre. Accompagné de l’auteur Éric Quesnel, ils ont fait 48 arrêts dans 29 villes du Québec sur une durée de 3 jours. À cette occasion, 550 livres avaient trouvé preneurs. «C’était une minitournée. On n’a pas fait beaucoup de villes à comparer à ce qu’on fait là!», sourit l’auteur.

Ce succès lui a donné envie de refaire le coup toujours en compagnie d’Éric Quesnel, mais également de l’auteur Yvan Godbout. Ainsi, à compter du 21 mai, le trio visitera 43 villes en 7 jours ce qui représente une petite balade de 4150 km à travers la province. Une remorque les accompagnera remplie des quelque 2000 livres qu’ils iront distribuer selon un horaire planifié au quart de tour. Ils se s’arrêteront dans plusieurs lieux de rencontres où tout se fera à l’extérieur.

Il faut préciser d’emblée que Guillaume Morrissette et ses acolytes font les choses dans les règles de l’art, ils rencontrent les gens dans des lieux publics, ont reçu l’aval de la Sûreté du Québec et s’assurent de respecter les règles de la Santé publique. La remise des livres se fait en minimisant les contacts et tous les exemplaires sont vendus et dédicacés à l’avance, ce qui évite la manipulation. Toutes ces précautions sont plus que nécessaires, mais ne minent pas pour autant les interactions avec le public.

Ainsi, la tournée s’amorce devant sa demeure de Trois-Rivières et se rendra jusqu’à Val-d’Or, Sept-Îles en passant par Saint-Georges-de-Beauce.

Depuis que l’idée a pris forme, l’initiative a fait boule de neige. Plusieurs auteurs se joindront au trio quand celui-ci se présentera dans le lieu de rencontre situé dans leur ville. Le plus connu étant sans aucun doute Patrick Sénécal, qui se pointera à la rencontre de Montréal le 23 mai, mais en tout ce sont plus d’une vingtaine d’auteurs qui se grefferont aux rencontres au fil de l’itinéraire.

Évidemment, il n’est pas possible de participer à cet événement au pied levé. Tout étant préparé d’avance et contrôlé pour respecter les consignes sanitaires, tous les livres sont déjà réservés.

À ceux qui auraient des regrets, ce ne sera pas la dernière tournée annonce Guillaume Morrissette. Il en planifie même une plus grosse! «Éric [Quesnel] et moi allons aller en Europe pour faire une tournée similaire à celle-là, en Belgique et en France!», confie celui qui indique qu’il est trop tôt pour dévoiler le nom de l’auteur européen qui se joindra à eux à cette occasion. «Ce sont des projets uniques!»

«Si tu regardes au total, j’ai eu une année très plaisante à rencontrer le monde alors que la plupart de mes compatriotes écrivains n’ont pas eu la même chance», raconte celui qui avoue avoir créé sa chance. «J’en ai travaillé un coup!», conclut-il.

Avec Kim Alarie – Le Nouvelliste 

De Malcolm X à Dongala, la sélection panafricaine d’un libraire de rue cap-verdien de Saint-Denis

juillet 23, 2020

Luc Pinto Barreto a installé sa librairie éphémère sur le parvis de la gare de Saint-Denis, au nord de Paris, en France.

Luc Pinto Barreto a installé sa librairie éphémère sur le parvis de la gare de Saint-Denis, au nord de Paris, en France. © Dorine Goth

 

Installé en plein air sur le parvis de la gare de Saint-Denis, près de Paris, Luc Pinto Barreto, jeune libraire d’origine cap-verdienne et martiniquaise, nous dévoile une sélection des titres qui ont profondément marqué son histoire.

Bien que les auteurs africains occupent une place prépondérante dans sa librairie, pas question pour Luc Pinto Barreto de qualifier sa démarche de militante : il expose simplement des thèmes qu’il souhaite mettre en avant. Si certains se montraient sceptiques à l’égard de son concept de librairie en plein air, celui que l’on appelle désormais « le Dealer de livres » a su démontrer que son idée bien pensée pouvait fonctionner. Fortement médiatisé pour sa démarche, le jeune homme a reçu le soutien de nombreuses personnalités dont la réalisatrice afro-féministe Amandine Gay.

Son initiative a rencontré un franc succès, et celui qui ne devait rester que quelques semaines sur le parvis de la gare de Saint-Denis, en banlieue parisienne, a décidé de pérenniser son activité et de s’établir de manière constante à partir de septembre prochain. Grâce à un financement participatif, il a pu acquérir un container aménagé qui lui permettra de proposer un volume plus important de livres tout en se protégeant des intempéries. « Les livres m’ont permis de mieux me comprendre. Grâce à eux, j’ai trouvé des réponses », confie-t-il. Luc Pinto Barreto nous dévoile une sélection toute personnelle et panafricaine, bien sûr.

Le Pouvoir noir de Malcolm X, La Découverte, 2008

« Le Pouvoir noir », de Malcolm X, est paru aux éditions La Découverte en 2008.

Il s’agit du premier livre qui m’aura marqué à jamais

Ce recueil retrace l’itinéraire politique de Malcolm X à travers ses discours depuis 1964, date à laquelle il quitte le mouvement Black Muslims. Luc Pinto Barreto l’a découvert – en version originale – en 2005, année funestement célèbre pour les émeutes qui ont embrasé les banlieues françaises à la suite de la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré. Avec une place de premier choix dans sa petite librairie, les discours du célèbre activiste continuent de résonner encore aujourd’hui tant par ses combats sur les discriminations raciales que par son engagement militant.

Ségou, de Maryse Condé, Robert Laffont, 1984

« Les Murailles de terre », le premier tome de "Ségou", de Maryse Condé, est sorti chez Robert Laffont en 1984.

Maryse Condé est l’une de mes écrivaines favorites, je la recommande régulièrement

L’histoire se déroule dans ce qui était encore le royaume Bambara de Ségou. On y découvre la chute de l’empire africain après l’arrivée des Européens, venus mettre la main sur les terres et les hommes. Composée de deux tomes (Les Murailles de terre et La Terre en miettes), l’œuvre se penche sur les désastres causés par la colonisation et recontextualise les grands mouvements qui font de l’Afrique ce qu’elle est aujourd’hui : l’esclavage, l’islam, le christianisme et l’impérialisme.

Les Petits Garçons naissent aussi des étoiles, d’Emmanuel B. Dongala, Éditions du rocher, 1998

Les Petits Garçons naissent aussi des étoiles, d'Emmanuel Dongala.

Ce livre m’a été conseillé et je ne le regrette pas ! C’est une piste de réflexion sur des questions importantes

Emmanuel B. Dongala soulève dans cet ouvrage la question de la décolonisation et des régimes politiques africains post-coloniaux. Si l’histoire est une fiction, l’auteur nous fait part de ses réflexions sur l’histoire d’un pays que l’on devine être le Congo, à travers le regard d’un jeune garçon.

Afro-communautaire : appartenir à nous-mêmes, de Fania Noël-Thomassaint, Éditions Syllepse, 2019

"Afro-communautaire : appartenir à nous-mêmes", de Fania Noël-Thomassaint, Éditions Syllepse, 2019.

Ce manifeste ouvre la réflexion sur l’identité noire en France et sur la question de l’appartenance aux communautés. Il esquisse un projet politique, celui d’une libération mentale des chaînes qui nous lient encore à l’époque coloniale. Il passe en revue différents mouvements et thèmes qui concernent les Noirs en France : l’afro-féminisme, le panafricanisme, la diversité. L’autrice se positionne contre des idéologies très ancrées à travers un regard sociologique mais révolutionnaire.

Assata, une autobiographie, d’Assata Shakur, éditions Premiers matins de novembre, 2018

"Assata, une autobiographie", d’Assata Shakur, Premiers Matins de Novembre, 2018.

Traduit en français par le collectif Cases rebelles trente ans après sa parution originale, le livre retrace le combat de l’une des figures principales du mouvement emblématique des années 1970 : le Black Panther Party. Avec une préface signée Ramata Dieng, frère de Lamine Dieng décédé à la suite d’une bavure policière, on découvre le portrait d’une femme déterminée dans un pays où règnent le racisme et l’oppression.

Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme, d’Amzat Boukary-Yabara, La Découverte, 2014

« Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme », d’Amzat Boukary-Yabara, a été publié par La Découverte en 2014.

À l’heure où le panafricanisme est porté par des figures telles que l’activiste Kemi Seba, Africa Unite ! revient sur l’histoire d’un mouvement tant intellectuel que politique et culturel. De la révolution haïtienne de 1791 à l’élection du premier président africain-américain aux États-Unis en 2008 en passant par l’indépendance des États africains, l’auteur retrace l’importance de ce phénomène pour le continent et sa diaspora.

Cumbe, de Marcelo d’Salete, Ça et Là, 2016

« Cumbe », de Marcelo D'Salete, a été traduit du portugais (Brésil) par Christine Zonzon et Marie Zéni.

Le Brésil a été l’un des principaux pays esclavagistes, jusqu’en 1888. Venus d’Angola et du Mozambique, les esclaves y étaient essentiellement assignés à l’exploitation de la canne à sucre et des mines d’or. Ce roman graphique retrace, à travers quatre nouvelles, le quotidien de ces hommes et de ces femmes déterminés à se délester du joug de leurs maîtres. Par le biais d’images très fortes, le lecteur se retrouve emporté dans un Brésil où régnaient l’injustice et la cruauté.

Avec Jeun Afrique par Mélany Procolam

Journée du manuscrit 2020 : une huitième édition sous l’ombre de Covid-19

juin 25, 2020

 

Le comité d’organisation de la huitième édition de la journée des auteurs du monde francophone, célébrée chaque 24 octobre, vient de lancer un appel à candidature aux écrivains jusqu’au 30 septembre prochain en vue de leur participation à l’évènement.

L’affiche du concours/DR

Inspirée par la fête de la musique qui permet à tous les musiciens de jouer sur scène et célébrer leur passion, la journée du manuscrit permet à tous les auteurs de publier gratuitement leurs livres. Ainsi, les hommes et femmes de lettres intéressés ont encore une marge de trois mois pour participer à la huitième édition de la journée du manuscrit francophone.

Cette journée est ouverte à toute personne physique majeure ayant un manuscrit à publier et remplissant les critères de sélection, à savoir : libre de tout contrat d’édition, légalité du contenu, plus de cinquante pages, existant sous la forme d’un fichier réalisé à partir des fichiers maquettes proposés.

Après examens des dossiers, des extraits de livres sélectionnés seront publiés sur le site de l’événement pour recueillir des commentaires et des votes qui seront pris en compte par le jury. La particularité de cette année est la création d’un nouveau « Prix » avec la catégorie « Nouvelles », qui était réclamée par de nombreux auteurs lors de la dernière cérémonie de ce rendez-vous livresque.

A cet effet, le jury attribuera, au total, huit prix : Roman, Essai, Témoignage, Policier, Science-Fiction, Poésie, Nouvelles et le Grand Prix de la Journée du Manuscrit Francophone.

« Avant même l’ouverture des dépôts, nous avons déjà reçu plusieurs manuscrits et nous pouvons déjà annoncer qu’il y aura beaucoup de livres Covid-19 publiés le 24 octobre prochain à la 8e édition de la Journée du Manuscrit Francophone », ont déclaré les organisateurs de l’événement.

Initiée par les Éditions du Net et ActuaLitté, la journée du manuscrit est l’occasion pour les auteurs de découvrir le premier exemplaire papier de leur ouvrage publié, mais aussi d’échanger avec les acteurs du milieu, le tout autour d’un verre dans une ambiance conviviale.

 

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Haine en ligne: Facebook fournira les adresses IP à la justice française

juin 25, 2019

 

Facebook a accepté de fournir à la justice française l’adresse IP des auteurs de propos haineux sur internet, a déclaré mardi le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, dans une interview à Reuters.

Il a précisé que c’était une décision spécifique à la France de la part du média social américain. «Ils nous ont annoncé que (…), eu égard aux discussions qu’ils ont eues avec nous, ils allaient transmettre les adresses IP pour les contenus de haine en ligne qui seraient demandées par la justice. Ce qui est une énorme nouvelle», a-t-il dit.

«Cela veut dire que le processus judiciaire va pouvoir se dérouler normalement. C’est vraiment très important, ils ne vont le faire que pour la France», a-t-il ajouté. Jusqu’ici, quand la justice française demandait des adresses IP, Facebook ne les donnait que s’il s’agissait de dossiers relevant du terrorisme ou de la pédo-pornographie. «Sur les sujets de haine en ligne, ils ne les donnaient pas», a rappelé Cédric O

Par Le Figaro.fr avec Reuters

Canada: Hollywood doit payer pour identifier les auteurs de téléchargements illégaux (justice)

septembre 14, 2018

Ottawa – La Cour suprême du Canada a autorisé vendredi les fournisseurs de services internet à réclamer des frais aux studios de Hollywood et autres détenteurs de droits d’auteurs pour leurs démarches destinées à identifier des abonnés soupçonnés d’avoir illégalement téléchargé notamment des films.

Cette décision risque d’entraver le combat contre la violation du droit d’auteur en ligne, en induisant un coût aux démarches des victimes présumées.

Le montant que les fournisseurs pourront réclamer pour compenser le temps et les efforts consacrés à l’identification des suspects de téléchargements illégaux sera déterminé lors d’une prochaine audience.

L’affaire a été déclenchée par un groupe de producteurs de films qui se sont regroupés pour lutter contre le partage illégal sur internet de leurs films.

Emmené par Voltage Pictures, la société de production derrière le long métrage « Dallas Buyers Club » (2013), ce groupe cherchait à obtenir l’identité d’un client du groupe canadien Rogers et avait obtenu une ordonnance judiciaire afin que ce fournisseur d’accès lui donne les coordonnées et les renseignements personnels de cette personne.

Les producteurs avaient l’intention d’intenter des actions en justice contre 55.000 clients.

Rogers réclamait aux producteurs 100 dollars canadiens (66 euros) par heure passée à associer l’adresse IP d’un client à son identité réelle et à communiquer cette identité au titulaire du droit d’auteur.

Voltage faisait valoir que le fait de facturer l’information rendrait prohibitive la recherche de dizaines de milliers de contrevenants présumés.

Rogers avait indiqué recevoir plus de deux millions de demandes par an de détenteurs de droits d’auteur pour avertir des clients soupçonnés de téléchargement illégaux et que cette démarche supplémentaire visant à les identifier entraînait pour lui des coûts administratifs supplémentaires.

La Cour suprême a jugé que Rogers était fondé en droit à recevoir une « somme raisonnable » pour se conformer à une ordonnance judiciaire, et a renvoyé l’affaire vers une autre instance pour en déterminer le montant.

« C’est une victoire importante pour nos clients et des millions d’abonnés à internet qui font l’objet d’une chasse pour leurs données personnelles », a dit dans un communiqué David Watt, vice-président de Rogers.

Romandie.com avec(©AFP / 14 septembre 2018 21h22)                                                        

Philip Pullman demande un partage plus équitable des profits de la vente de livres

mars 7, 2018

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Miki Yamanouchi (CC, BY, ND, 2.0)

Le site du Guardian rapporte que selon l’auteur, les maisons d’édition mettent à mal « l’environnement du monde du livre » en perpétrant cette mauvaise répartition des recettes. Il demande à ce que le partage des revenus générés par les ventes d’un ouvrage soit revu à la hausse en faveur des auteurs. Il accuse également l’industrie du livre de laisser les entreprises se remplir les poches quand les revenus des auteurs eux, diminuent à vue d’œil.

D’après Pullman, « il est parfaitement possible de faire de bons profits tout en rémunérant équitablement ceux qui produisent le travail dont tout le reste dépend. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. J’apprécie chaque éditeur, designer, commercial et publicitaire avec lesquels je travaille ; en revanche, je n’apprécie pas ce que les éditeurs font, de manière générale, à l’écologie du monde du livre. La situation est nuisible, et cela devrait changer. »

En effet, dans un article du Bookseller, le directeur général de la SoA, Nicola Solomon décortique une étude ayant démontré que les marges de profits des maisons d’édition ne cessent d’augmenter, là où, en revanche, le salaire des auteurs est en chute libre.

Entre 2010 et 2013, affirme l’étude de la Société d’Accréditation et de Collection des Auteurs sur la situation des auteurs en Angleterre, les revenus ont chuté de 29%. Alors qu’entre 2008 et 2016 et ce d’après les rapports d’activité, la marge faite par de grandes maisons d’édition telles que Simon & Schuster Inc et Penguin a quasiment doublé.

Se basant sur la récente étude de l’Association des éditeurs, intitulée « La contribution de l’industrie de l’édition à l’économie britannique », Solomon déduit que les auteurs toucheraient à peine 3 % des recettes de la maison d’édition. Il ajoute « une fois que les maisons d’édition se sont payées, les actionnaires de l’éditeur reçoivent près de trois fois la somme versée aux auteurs. Et les auteurs doivent encore payer leurs propres dépenses et agents ».

Stephen Lotinga, directeur général de l’Association des éditeurs, a répondu que « les maisons d’édition reconnaissent totalement que les auteurs devraient être rémunérés équitablement pour leur travail et qu’elles font beaucoup pour supporter le talent des écrivains ».

Le SoA a d’ores et déjà fait plusieurs propositions aux éditeurs pour résoudre la situation quant à la transparence des revenus versés par les éditeurs aux auteurs, illustrateurs et traducteurs, mais également à la révision de la répartition des recettes de manière plus équitable entre les différents acteurs de l’industrie du livre.

Actualitte.com par Fasseur Barbara

 

RDC: présentation des auteurs présumés d’attaques de prison et commissariats à Kinshasa

juillet 29, 2017

Des policiers en patrouille à Kinshasa, le 19 octobre 2016, en RDC. © Eduardo Soteras/AFP

La police nationale congolaise (PNC) a présenté vendredi une quinzaine de personnes comme auteurs présumés de cinq attaques contre une prison de Kinshasa, trois commissariats de police et la marché central de Kinshasa.

« Ces quinze assaillants, dont deux venus de Kananga pour assurer les rites initiatiques Kamuina Nsapu, sont des présumés responsables des attaques qui ont endeuillé la ville de Kinshasa, ciblant les prisons et cachots, les commissariats de la police nationale et le grand marché de Kinshasa », a déclaré le colonel Pierrot-Rombaut Mwanamputu.

Parmi eux figurent des membres du parti historique d’opposition l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), des membres présumés du mouvement Kamuina Nsapu engagé dans des violences meurtrières au Kasaï dans le centre de la RDC avec les forces de sécurité, selon le colonel Mwanamputu.

« Provocation pure et simple », selon l’UDPS

L’UDPS a démenti toute implication. « C’est de la provocation pure et simple que d’impliquer l’UDPS dans ces montages. L’UDPS a toujours prôné les méthodes pacifiques. Ces déclarations de la police sont l’oeuvre de la famille politique » du président Kabila, a réagi auprès de l’AFP Augustin Kabuya, porte-parole du parti.

Les présumés assaillants présentés « ont été remis » au parquet pour la suite de la procédure jusqu’à des procès, selon l’officier.

Entre mai et juillet la série d’attaques et des évasions à Kinshasa a touché la prison de Makala, la grande prison de Kinshasa, et plus de 4.000 détenus en avaient profité pour s’évader. Les commissariats de police de Limeté, Matete et Kalamu ainsi que le marché central de Kinshasa ont été aussi attaqués.

Ces différentes attaques et évasions sont intervenues alors que la République démocratique du Congo est minée par une crise politique profonde liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat a échu le 20 décembre dernier.

Âgé de 46 ans, M. Kabila a succédé à son père en janvier 2001. Élu président en 2006, il a été réélu en 2011, lors d’un scrutin entaché de fraudes massives.

Son mandat s’est achevé en décembre et la Constitution lui interdit de se représenter, mais il se maintient à la tête du pays en vertu d’un arrêt controversé de la Cour constitutionnelle, entérinée par un accord signé le 31 décembre 2016 entre la majorité et l’opposition.

Jeuneafrique.com avec AFP

Les Africains veulent lire des auteurs africains : effet de mode ou lame de fond ?

mars 26, 2017

Au Kenya, malgré un prix du livre élevé, de jeunes libraires en ligne diffusent le goût de la littérature du continent et voient leurs commandes grimper.

Vendeur de livres à Lagos. Crédits : Akintunde Akinleye/REUTERS
Tout est parti d’un constat amer. « Il est souvent très difficile, voire quasiment impossible, de se procurer des livres d’auteurs africains au Kenya », soupire Magunga Williams. Ce blogueur de 26 ans est pourtant un lecteur vorace de la littérature de son pays et a fortiori de son continent. « Mis à part dans une poignée de librairies de Nairobi, vous ne tomberez quasiment que sur des auteurs européens et américains, et non sur des auteurs kényans contemporains. »

Pour conjurer cet état de fait, le jeune homme a créé il y a tout juste un an sa propre librairie en ligne, proposant quasi exclusivement des auteurs africains. « Au début, j’ai commencé avec dix auteurs. Mais la demande est très forte : aujourd’hui je propose près de 400 titres et reçois sans arrêt de nouvelles commandes, se réjouit M. Williams.

« La majorité des Kényans n’est pas capable de citer plus de trois écrivains de leur propre pays ». Magunga Williams

Chez Magunga Bookstore, le nom officiel du site, on trouve les classiques de la littérature du continent : Chinua Achebe, J. M. Coetzee, Tahar Ben Jelloun, Nuruddin Farah ou le Kényan Ngugi wa Thiongo – donné gagnant chaque année pour le prix Nobel –, mais aussi les prodiges de la nouvelle génération « afropolitaine » telle la star Chimamanda Ngozi Adichie, l’Américano-Ethiopien Dinaw Mengestu et la Kényane Yvonne Adhiambo Owuor.

« Leur seul point commun, c’est qu’ils écrivent ! Il n’y a pas une écriture africaine comme il n’y a pas une écriture européenne » », rappelle M. Williams. Le succès aidant, ce dernier se pose déjà ses premières questions de logistique. « Pour l’instant, j’arrive à stocker tous les livres chez moi sur quelques étagères… Cela risque de ne plus suffire très longtemps ! rit-il. Mon expérience prouve en tout cas qu’il y a une vraie soif pour la littérature africaine au Kenya ! »

Nouvelle génération de lecteurs

L’initiative de Magunga Williams est loin d’être isolée. « Nous sommes à un tournant, s’enthousiasme même Anne Ebosso, organisatrice du festival Storymoja pour la littérature est-africaine, parrainé par Auma Obama, demi-sœur de l’ancien président américain. Notre festival fête cette année ses dix ans, preuve qu’il y a un vrai public qui nous suit ! Au Kenya, il y a de plus en plus de blogs de littérature, de groupes de discussion et de lecture autour de la littérature africaine », poursuit-elle. La 19e édition de la Foire internationale du livre de Nairobi (NIBF) a ainsi attiré en 2016 plus de 22 000 visiteurs et chacun attend avec impatience en 2017 la remise du prix Jomo Kenyatta pour la littérature, qui récompense tous les deux ans depuis 1974 des auteurs kényans en anglais et en kiswahili.

Lire aussi :   Salon Livre Paris. Alain Mabanckou : « La fiction est la grande aventure africaine »

Pas de doute : le « lire africain » séduit aujourd’hui une nouvelle génération de lecteurs. « Les jeunes nés dans les années 2000 ne se reconnaissait pas dans la vieille garde type Achebe ou Ngugi et leurs questionnements trop datés, explique Ahmed Ali, directeur de la librairie Prestige, l’une des plus anciennes et des mieux fournies de Nairobi. Mais des écrivains plus jeunes, avec des problématiques plus contemporaines ont poussé les millenials à s’approprier la littérature de leur continent, comme Chimamanda au Nigeria, qui est aussi un véritable phénomène au Kenya, ou Yvonne Adhiambo Owuor, qui a écrit en 2014 Dust [non traduit], sans doute le meilleur livre kényan de la décennie. »

Deux enfants sud-africains en 2015.

Deux enfants sud-africains en 2015. Crédits : Siphiwe Sibeko/REUTERS

A Prestige, on a dû faire de la place : les livres d’auteurs africains occupent aujourd’hui deux pleines étagères contre un petit coin de présentoir il y a seulement dix ans et représentent maintenant la moitié des ventes en fiction de la librairie. « Et la quasi-totalité de notre clientèle est kényane, alors que nous étions auparavant une boutique pour Wazungus [Blancs] et expatriés ! », se réjouit M. Ali. De l’avis général, ce renouveau remonte à l’année 2002, date de l’obtention par l’écrivain kényan Binyavanga Wainaina et son livre Discovering Home [non traduit] du prestigieux prix Caine, décerné chaque année à une nouvelle en langue anglaise écrite par un auteur africain. Usant de sa notoriété (et des 11 500 euros de récompense), Binyavanga créa l’année suivante Kwani ? : une association hyperactive promouvant la littérature kényane.

Prix du livre trop élevé

Grâce au soutien et au souffle de Kwani ?, deux autres écrivaines nationales – Yvonne Adhiambo Owuor et Okwiri Oduor – ont depuis remporté le prix Caine. Mais malgré l’engouement d’une partie de la jeunesse aisée, la grande majorité des Kényans se tiennent loin de la littérature. « On dit souvent “Si vous voulez cacher quelque chose à un Kényan, alors mettez-le dans un livre”. Il n’ira jamais le chercher ! », se désole Anne Ebosso. Si l’on en croit le World Culture Index, les Kényans passeraient en moyenne moins de quatre heures par semaine à la lecture d’un livre, loin des Sud-Africains qui en passent plus de six. « La majorité des Kényans n’est pas capable de citer plus de trois écrivains de leur propre pays », reconnaît Magunga Williams.

La faute selon lui d’abord à la langue anglaise, dans laquelle la plupart des livres sont imprimés, mais qui, à la différence du kiswahili, demeure la langue des élites. « C’est aussi à cause de la manière dont on enseigne la littérature à l’école, qui est très ennuyeuse et scolaire et ne transmet pas l’envie de lire aux élèves. » Vient enfin la question du prix : au Kenya, un livre neuf se négocie souvent plusieurs dizaines d’euros – inabordable dans un pays où le salaire minimum est d’à peine 100 euros. « Imprimer au Kenya est très cher : il faut importer l’encre, le papier… et la TVA sur les livres est très élevée : 16 % depuis 2013 !, se désole Ahmed Ali. Du coup, les principaux éditeurs, comme East African ou Moran, n’impriment que des manuels scolaires… Et il faut malheureusement importer la plupart des livres de fiction africains depuis Londres ou Paris. »

Le libraire veut pourtant croire que les éditeurs kényans se mettront bien un jour à imprimer des auteurs kényans. « Il suffirait que le gouvernement baisse les taxes de moitié pour les inciter à le faire ! », soutient-il. Magunga Williams de son côté, voit déjà plus loin et cherche un local pour accueillir une vraie librairie et un atelier d’écriture. « J’ai un nom en tête : Rugano, ça veut dire histoire en langue kikuyu ! », sourit-il.

Lemonde.fr

« Pourquoi j’ai attaqué l’Ambassade du Congo-Brazzaville à Paris »

octobre 18, 2016

Hérald, 24 ans, ici le 28 septembre 2016 a transformé sa Fiat Punto en voiture bélier pour pénétrer dans l'ambassade du Congo-Brazzaville et y mettre le feu

Hérald, 24 ans, ici le 28 septembre 2016 a transformé sa Fiat Punto en voiture bélier pour pénétrer dans l’ambassade du Congo-Brazzaville et y mettre le feu. F. de Labarrezoom image

Paris Match a rencontré un des trois auteurs de l’attaque à la voiture bélier du 22 juin 2016 contre l’ambassade du Congo-Brazzaville à Paris

Non-professionnel, il a commis l’impair de laisser des empreintes derrière lui, Herold, 24 ans, a été appréhendé par la police le 6 septembre 2016 sur son lieu de travail, un supermarché à Anthony, dans les Hauts-de-Seine. Ses collègues ne se doutaient pas alors que le jeune homme était un activiste, ayant participé à une opération commando à caractère subversif. Il y a laissé sa voiture et son job.

 

 Ambassade du Congo-Brazzaville à Paris
L’ambassade du Congo Brazzaville à Paris dans le XVIème arrondissement au lendemain de l’attaque le 23 juin 2016 © Congo-Liberty

Jugé en comparution immédiate, il reconnaît les faits: «j’ai attaqué l’ambassade, j’étais le chauffeur et c’était ma voiture. J’ai forcé la porte. Puis ça a duré deux minutes, on a lancé des cocktails Molotov et on est reparti en courant.»

Bilan: des dégâts matériel, et aucun blessé. Aujourd’hui, Herold se confie sur ses motivations: «on a fait ça pour interpeller les Français, pour leur demander de changer leur politique !» Herold s’interrompt puis lâche, dépité: «mettez des dictateurs si vous voulez, mais au moins changez-les!» Au motif politique, s’ajoute une expérience personnelle. Depuis son enfance, il nourrit une haine contre le Parti congolais du Travail (PCT).

«Mon père travaillait avec Pierre Ngolo, ancien secrétaire général du PCT, raconte le jeune homme. Quand il est mort, ils nous ont abandonnés. On a dit à ma mère qu’il y avait plein de veuves et qu’elle n’avait droit à rien. On a vécu dans la misère parce qu’on n’avait pas les bons passe-droits, ni les bonnes relations.»

« Lorsqu’on a entendu que Sassou voulait changer la constitution, on a tout compris. »

«On est arrivé en France en 2012, j’avais 20 ans. Je ne voulais pas que les Congolais vivent ce que j’ai vécu, je voulais libérer ce pays», raconte Herold. Il entre dans un cercle d’activistes et commence à participer à des manifestations où il rencontre Donald «Imperator». Cet ancien gérant d’une bibliothèque de Pointe-Noire a gardé souvenirs douloureux de la guerre civile: une mère battue devant lui, des cousins abattus et lui un pistolet collé sur la tempe à 15 ans.

«On savait qu’il allait couper l’électricité, encercler les opposants. On savait qu’avec lui personne d’autre ne pouvait gagner.

Donald

Donald « imperator », le 28 septembre 2016 à Anthony: « On ne s’arrêtera pas, on n’accepte plus la politique des mallettes » F de Labarre

Malgré cela, on a voulu y croire. J’ai pleuré le jour où on a annoncé les résultats. Personne ne disait rien, François Hollande, le président français, n’a rien dit. On s’est senti abandonnés et on est partis à la confrontation.»

Le discours des opposants se radicalise. «Arrivé au pouvoir par un coup d’état en 1997, Denis Sassou-Nguesso ne lâchera rien par les urnes», nous expliquent plusieurs opposants rencontrés à Paris. Le cercle autour du président sortant s’est réduit, de nombreux conseillers l’ont lâchés. Restent ses plus proches, sa famille qui tient les clefs de l’économie dont son fils Denis Christel poursuivi par la justice australienne. Cela ressemble à une fin de règne, mais comme un vieux lion, Sassou s’accroche.

Le spectacle est peu réjouissant pour les Congolais, mais il y a pire: des vagues de répression dans le Sud de Brazza, des opposants emprisonnés et les bombardements dans le Pool. Herold rejoint le groupe des «Mouvement des combattants congolais à Paris». Il gagne le surnom de «petit maître». «On nous appelle les résistants combattants de Brazzaville», dit-il. Guy Mafimba, un représentant de l’opposant André Okombi Salissa, les encourage ouvertement à agir ces jeunes qu’il qualifie de résistants. Il compare le «Congo Libre» à la «France libre» du général de Gaulle.

« Brazzaville était capitale de la France libre, aujourd’hui Paris est la capitale du Congo libre »

Guy Mafimba

Pour Guy Mafimba, opposant congolais, ici à Anthony en septembre 2016, « on a joué le jeu de la démocratie et on a été lâché par la France » © F de Labarre

Le groupe de «résistants» se contente d’abord de piéger les responsables politiques en déplacement à Paris en leur envoyant des œufs et de la farine. «Notre objectif est de leur faire sentir qu’ils ne sont pas tranquilles quand ils viennent à Paris.»

Dans l’organisation, Donald dit «Imperator» joue le rôle de tuteur. Ensemble, ils décident de porter un coup aux représentants d’un pays qu’ils n’appellent plus le Congo, mais «Sassouland». Trois jeunes «combattants» vont constituer l’équipe: outre le jeune Herold, Bran dit «Mendela» un ancien enfant-soldat qui vit au Havre et Faye.

Devant les juges, l’avocat défendra le geste politique, celui de résistants face à l’oppresseur. Il y aurait été question de la France sous Vichy, des actes de sabotages organisés par la résistance aujourd’hui vantés dans les livres d’histoires. Herold n’a pas d’antécédents judiciaires, il écopera d’une peine minimale. Bran va être condamné à une peine de prison ferme à cause d’un antécédent, Faye est jugé aujourd’hui, mardi 18 octobre à la 6ème chambre du Palais de Justice de Paris.

En attendant que ces amis retrouvent leur liberté, Herald pointe au commissariat chaque semaine et cherche un nouvel emploi. Son rêve: rentrer un jour chez lui dans un Congo qui aura fermé le chapitre du «Sassouland».

Parismatch.com par  François de Labarre

France-Congo: Lettre ouverte à François Hollande sur les crimes de Brazzaville

avril 14, 2016

Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans, le jour de la présidentielle congolaise du 20 mars, où il a été réélu dès le premier tour avec 60% des voix.

Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans, le jour de la présidentielle congolaise du 20 mars, où il a été réélu dès le premier tour avec 60% des voix. Crédits : MARCO LONGARI/AFP

« Monsieur le Président de la République française,

Le 4 avril 2016, falsifiant comme d’habitude le résultat des urnes, la Cour constitutionnelle de la République du Congo, aux ordres, valide la réélection à la présidence de la République du candidat Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans. Préparé à ce coup d’Etat électoral, cette fois, le peuple congolais est prêt à amplifier sa résistance pacifique et à poursuivre sa désobéissance civile. La réponse du système militaro-politique congolais est également prête depuis des mois. Elle consiste à désigner le sud de la ville et du pays comme foyers d’invisibles et insaisissables ennemis intérieurs.

Dans la nuit du 4 avril 2016, les tirs à l’arme lourde ciblant les populations civiles ont déjà commencé sur les quartiers sud de Brazzaville. Quelques heures plus tard, les habitants sont chassés de leurs maisons et déplacés au nord de la ville. Le lendemain débute le bombardement des villages du Pool, au sud du Congo. Les premières images de cadavres commencent à circuler sur les réseaux sociaux.

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Auparavant, le président Denis Sassou-Nguesso est rentré d’une tournée à l’étranger où, sans doute, il est allé vérifier si ses vieilles alliances en Europe et en Afrique vont une nouvelle fois le “couvrir” en échange, pour les uns, d’une solidarité entre tyrans et, pour les autres, d’un accès facilité aux immenses richesses locales (pétrole, uranium, etc.) dont bien peu de Congolais profitent.

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Sans doute est-il allé vérifier une nouvelle fois, à l’extérieur, sur qui compter pour accompagner sa survie politique à l’intérieur, et conserver le pouvoir par tous les moyens. En arrêtant les opposants, en torturant, en exécutant ; en opposant les régions congolaises entre elles ; en agitant le spectre du retour des guerres civiles de 1993 et 1997, qu’il avait lui-même planifiées, et pour la responsabilité desquelles il a pour l’instant échappé aux condamnations de crimes contre l’humanité ; en encourageant le dysfonctionnement et la corruption de l’Etat ; en manipulant l’information ou en achetant le silence au Congo et sur la scène internationale ; en armant ses propres milices, prétendues aux ordres de nébuleux ennemis de la “Patrie” pour terroriser les corps, les esprits, le pays entier, mettre ainsi en scène son retour providentiel et apparaître, encore une fois, comme l’homme du recours, le père de la Nation.

Pourtant, quelque chose a changé à Brazzaville. Du nord au sud du pays, le peuple congolais n’est plus manipulable. La jeunesse congolaise est descendue dans la rue à l’automne 2015. Massivement, au nord comme au sud, les Congolais ont boycotté le référendum d’octobre qui visait à modifier la Constitution pour prolonger encore les trente-deux années de pouvoir du président Denis Sassou-Nguesso et lui garantir l’impunité internationale au cas où les choses tourneraient mal pour lui.

Massivement, les électeurs ont ensuite voté pour l’opposition aux élections présidentielles le 20 mars 2016. Celles-ci se sont déroulées à huis clos, les autorités ayant coupé toutes les communications à l’intérieur du Congo et vers le reste du monde durant quatre jours ; d’où cette invraisemblable annonce des résultats au milieu de la nuit du 24 mars – le président ne s’accordant cette fois-ci “que” 60 % des suffrages !

Massivement, pour contester cette mascarade, les Congolais ont alors répondu au mot d’ordre pacifique de désobéissance civile durant une “journée ville morte”, le 29 mars.

La répétition aujourd’hui d’un scénario cauchemardesque ne doit rien à la fatalité, mais davantage au laisser-faire, au laisser-dire. Cela ne sert à rien de plaindre les Congolais. Nous devons suivre leur exemple de courage et de résistance. Dire et redire que c’est au peuple congolais, et à lui seul, de bâtir un Etat de droit. Pas aux affairistes de tous bords, pas aux militaires, pas aux gouvernements étrangers complices ou concurrents économiques et stratégiques dans la région. Il en va du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La France est le premier partenaire économique du Congo. Monsieur le Président, vous devez sortir de votre silence. Le pays doit cesser urgemment ses relations mafieuses et militaires avec la dictature en place.

Au nom de la solidarité entre les peuples, nous demandons l’arrêt immédiat des tirs sur les civils, la libération des opposants politiques, la non-reconnaissance par la France et la communauté internationale des résultats électoraux, le retour de la presse internationale sur le terrain et la tenue d’une nouvelle élection présidentielle en présence d’observateurs internationaux impartiaux. »

Cette lettre est publiée ici sur la plateforme Change.org

Les auteurs de la lettre Jean-Paul Delore, metteur en scène ; Catherine Laval, costumière, syndicaliste ; Dieudonné Niangouna, auteur ; Laëtitia Ajanohun, auteure

Premiers signataires Jean-Loup Amselle, directeur d’études à l’EHESS ; Benoît Awazi Mbambi Kungua, philosophe, président du Cerclecad ; Valérie Baran, directrice du Tarmac, scène internationale francophone ; Delavallet Bidiefono, chorégraphe ; Patrick Braouezec, ancien député-maire de Saint-Denis, président de Plaine Commune ; Sylvie Coma, journaliste ; Zineb El Rhazoui, journaliste ; Tina Hollard et Hafid Chouarf, association Globe Trot’Art ; Nicolas Martin-Granel, chercheur associé à l’ITEM CNRS-ENS ; Alexandre Neumann, professeur, université Paris-VIII ; Julie Peghini, anthropologue, université Paris-VIII ; Agnès Tricoire, avocate à la cour de Paris ; Nadine Wanono, chercheuse.

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