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Vatican-Les excuses du pape saluées : « une étape nécessaire » d’un long chemin à faire

avril 1, 2022

« C’est un moment important pour les peuples autochtones » a souligné Murray Sinclair, ancien sénateur anichinabé qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Le pape François, lors d’une audience rassemblant les représentants des peuples autochtones au Vatican Photo: Reuters/Vatican Media

Longtemps attendues, « sur des générations » même, les excuses du pape prononcées vendredi ont été immédiatement saluées au Canada par des représentants politiques autochtones et allochtones. Des excuses outre-Atlantique en forme de préambule, en somme, avant la visite officielle du pape sur le territoire canadien cet été.

C’est une étape importante, a reconnu d’emblée le premier ministre Justin Trudeau, en assurant que le gouvernement va continuer de soutenir les communautés autochtones à travers le pays avec les ressources nécessaires pour poursuivre les recherches des tombes anonymes, dévoiler la vérité, et continuer à guérir.

Dans une déclaration écrite, le premier ministre a rappelé l’incroyable démonstration de courage des membres de la délégation qui se sont rendus au Vatican cette semaine pour continuer à demander des excuses de la part de l’Église catholique au sujet des atrocités commises dans les pensionnats pour Autochtones.

« Ces excuses n’auraient pas eu lieu si les Survivants n’avaient pas raconté leur vérité directement à l’une des institutions responsables, et s’ils n’avaient pas relaté et vécu à nouveau leurs souvenirs douloureux. »— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre

Seule une visite du pape sur le territoire pour obtenir des excuses in situ permettraient de répondre spécifiquement à l’appel à l’action no58 de la Commission de vérité et réconciliation, a toutefois indiqué le premier ministre.

Si plusieurs années de négociations diplomatiques ont été nécessaires pour aboutir à cet acte de reconnaissance par le Vatican, la question de l’imputabilité de l’Église reste en suspens aux yeux de nombreux observateurs autochtones.

Assumer [ses] responsabilités

L’ancien président de cette commission d’enquête qui a longuement documenté l’affaire des pensionnats a lui aussi reconnu que les excuses papales représentaient un moment important pour les peuples autochtones, pour le Canada et pour les catholiques du monde entier.

« Il est grand temps que l’Église commence à assumer la responsabilité de son rôle dans le système des pensionnats. Il s’agit d’un chapitre sombre de l’histoire colonialiste du Canada, dont l’Église a été l’un des principaux co-auteurs. »— Une citation de  Murray Sinclair, ancien sénateur anichinabé qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation

Aujourd’hui, le pape a mis l’Église sur une meilleure voie, estime M. Sinclair. Ces excuses s’alignent sur les valeurs catholiques, dit-il, elles permettront aux croyants autochtones de revenir à la force de leur foi avec l’espoir qu’un chemin vers la réconciliation est possible.

Certains représentants autochtones émettent des réserves plus appuyées pour accompagner les formulations de gratitude usuelles.

En tant que survivant, il faut reconnaître, cette journée est importante pour l’ensemble des Premières Nations au pays, admet Jean-Charles Pietacho, chef du Conseil des Innus d’Ekuanitshit sur la Côte-Nord, même s’il déplore le fait que ces excuses interviennent trop tard pour des aînés qui ne sont plus de ce monde.

Son analyse du discours du pape? C’est un monologue qui dit ‘je m’excuse’ […], mais la réconciliation, on est encore à des kilomètres. 

Ce qui me préoccupe aussi, c’est la suite des choses, partage sans ambages l’ancien survivant innu qui prône désormais des actions concrètes.

« L’accès aux archives est important. Pourquoi nous a-t-on refusé d’accéder à ces archives? […] Qu’est-ce qu’on fait de ceux et celles qui ont commis des crimes?  »— Une citation de  Jean-Charles Pietacho, chef du Conseil des Innus d’Ekuanitshit

La seule façon de reconnaitre les torts, c’est de dire la vérité, abonde Richard Kistabish, ancien chef de la Première Nation abitibiwinni. Ce survivant du pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, en Abitibi-Témiscamingue, se dit tout bonnement très déçu[ par le discours du pape François.

Il a oublié certains détails importants dont la découverte des corps d’enfants à Kamloops, pointe-t-il. C’est quand même l’Église catholique qui a été partie prenante à ce massacre.

Au Vatican, ces excuses ont été plus que bien accueillies par les trois délégations présentes sur place.

Avec Radio-Canada par Maud Cucchi

Décembre: des survivants de pensionnats pour Autochtones rencontreront le pape

novembre 10, 2021

OTTAWA — La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) annonce mercredi qu’une délégation notamment composée de survivants des pensionnats pour Autochtones et de jeunes des Premières Nations, des Inuits et des Métis rencontrera le pape François au Vatican du 17 au 20 décembre.

 

© Fournis par La Presse Canadienne

La délégation sera accompagnée pour l’occasion d’un petit groupe d’évêques canadiens de même que d’intervenants en santé mentale.   

Le président de la CECC, Mgr Raymond Poisson, croit qu’il s’agira d’une étape importante dans les efforts de l’Église catholique pour renouveler, renforcer et réparer les relations avec les peuples autochtones du Canada.  

Mgr Poisson affirme que l’Église réfléchira aux actions qu’elle peut entreprendre pour venir en aide aux survivants des pensionnats, à leurs familles et à leurs communautés.    

La Conférence des évêques catholiques du Canada explique que ce voyage sera l’aboutissement d’échanges continus avec l’Assemblée des Premières Nations (APN), le Ralliement national des Métis, l’Inuit Tapiriit Kanatami et d’autres chefs autochtones.   

Les délégués élaborent actuellement le programme et l’itinéraire du voyage, mais la CECC assure que les représentants du Vatican ont d’ores et déjà confirmé que le Saint-Père participera à des réunions privées avec les délégués des Premières Nations, des Inuits et des Métis pour entendre leurs témoignages personnels à propos des pensionnats pour Autochtones et des séquelles qu’ils ont laissées.   

Les délégués auront également l’occasion d’exprimer leurs espoirs et leurs attentes en vue de l’éventuelle visite papale au Canada.   

La Conférence des évêques catholiques du Canada signale qu’elle assumera les frais de voyage et d’accueil de la délégation officielle au Vatican.

Avec La Presse Canadienne

Canada: Manifestation à Ottawa pour réclamer une enquête sur les pensionnats autochtones

juillet 31, 2021

Les manifestants se sont donnés rendez-vous devant la flamme du Centenaire, sur la colline du Parlement

© Frédéric Pepin/Radio-Canada Les manifestants se sont donnés rendez-vous devant la flamme du Centenaire, sur la colline du Parlement

De nombreuses personnes prennent la rue, à Ottawa, pour exhorter le gouvernement fédéral à déclencher une enquête indépendante sur les pensionnats pour Autochtones.

Les députés néodémocrates Mumilaaq Qaqqaq et Charlie Angus ont donné rendez-vous aux manifestants devant la flamme du Centenaire, sur la colline du Parlement. Des aînés autochtones devaient aussi mener la marche qui doit mener les personnes rassemblées devant les bureaux du ministère de la Justice.

Les appels à l’ouverture d’une enquête ont été lancés peu après la détection de multiples sépultures non marquées sur les sites d’anciens pensionnats, notamment en Colombie-Britannique et en Saskatchewan.

Les manifestants demandent une enquête indépendante faisant toute la lumière sur les pensionnats autochtones.

© Frédéric Pepin/Radio-Canada Les manifestants demandent une enquête indépendante faisant toute la lumière sur les pensionnats autochtones.

Le Nouveau Parti démocratique demande, depuis le début juillet, une enquête criminelle indépendante sur les pensionnats pour Autochtones. On souhaite la nomination d’un procureur spécial qui interagirait avec la Cour pénale internationale.

Le bureau du ministre de la Justice, David Lametti, a depuis écarté l’idée de demander une enquête criminelle. On fait valoir qu’il s’agit d’un pouvoir exclusif réservé à la police.

Avec CBC/Radio-Canada

Canada-Manitoba: Un prêtre soutient que des Autochtones ont menti pour de l’argent sur les pensionnats

juillet 29, 2021

WINNIPEG — L’archidiocèse de Saint-Boniface, au Manitoba, a écarté de la pratique pastorale un prêtre qui avait laissé entendre en chaire que des survivants de pensionnats pour Autochtones avaient menti dans le seul but de toucher les indemnités du gouvernement fédéral.

 

© Fournis par La Presse Canadienne

L’archevêque de Saint-Boniface, Albert LeGatt, a indiqué jeudi qu’il désavouait les propos de Rhéal Forest tenus lors d’une messe en l’église Saint-Émile, à Winnipeg, plus tôt ce mois-ci. Le prêtre n’est plus autorisé à prêcher ou à enseigner en public, a ajouté l’archevêque LeGatt.

Au cours de cette messe, diffusée sur les réseaux sociaux dans des vidéos maintenant supprimées, le prêtre Forest a déclaré que les élèves aimaient ces pensionnats et que certains avaient soutenu avoir été victimes d’agressions sexuelles pour toucher les indemnités. Le prêtre a également déclaré en chaire que les médias étaient mauvais.

Mgr LeGatt se dit désolé de la douleur que les remarques du prêtre ont causée aux Autochtones, en particulier aux victimes des pensionnats fédéraux. L’archevêque demande pardon et assure que le diocèse et les dirigeants de l’Église ont la responsabilité de comprendre la vérité sur ce qui s’est passé dans ces pensionnats pour Autochtones.

Avec La Presse Canadienne

Haute-Mauricie/Pensionnats autochtones: «Il y a de la tristesse et de la colère»

juillet 11, 2021

Les récentes découvertes faites sur les sites de pensionnats autochtones soulèvent plusieurs sentiments de part et d’autre selon le prêtre de la Paroisse Saint-Martin de Tours en Haute-Mauricie, Marc Lahaie. Ce dernier serait en faveur que des fouilles aient lieu à La Tuque si les anciens pensionnaires en font eux-mêmes la demande.

Marc Lahaie

© AUDREY TREMBLAY Marc Lahaie

«Je pense que les Premières Nations s’attendent à ça et qu’ils veulent des réponses à leurs questions. C’est à eux qu’il faudrait toutefois poser la question», lance-t-il.

Marc Lahaie côtoie les Atikamekw depuis une dizaine d’années dans le secteur de la Haute-Mauricie. Il estime que c’est un privilège de pouvoir côtoyer les membres des Premières nations et il en compte d’ailleurs parmi ses amis. Pour lui, la meilleure façon d’aller de l’avant avec une réconciliation c’est «de marcher ensemble et surtout en sachant qu’on n’a pas tous les mêmes points de repère».

«C’est tout un processus», avoue-t-il.

Marc Lahaie avait assisté aux audiences de la Commission de vérité et réconciliation du Canada lors de son passage à La Tuque en 2013. «Après cette journée-là, j’étais allé prendre une marche sur la rive ouest. Je n’étais plus capable de rien faire de la journée. Quand tu écoutes des gens qui racontent ce qu’ils ont vécu, tu n’es pas dans l’intellectuel ou dans l’analyse: ça vient te toucher profondément.»

Le prêtre Lahaie ajoute «qu’il n’y a rien à défendre et qu’il faut prendre le coup et arrêter de mettre des nuances. Non, non, c’est vrai, il y a des choses qui se sont passées. Il faut avouer et s’excuser.»

Les plus récentes découvertes touchent également les mêmes cordes sensibles que celles de la tristesse et de la colère, selon le prête originaire du Cap-de-la-Madeleine. «Il y a de la tristesse et de la colère pour ce que les Premières Nations ont vécu, et aussi pour tant de religieux et de religieuses qui ne peuvent pas dire un mot, qui ne sont pas tous des pareils», estime Marc Lahaie.

Ce dernier regrette qu’on mette tout le monde dans le même panier. Lui qui connaît personnellement des personnes qui ont tout donné pour la société. «Mon autre peine, c’est comme dans les familles et les nations. Dans les religieux et les religieuses, spécialement ceux qui ne sont pas décédés. Il y a eu des gens qui ont été d’une générosité et d’un don de soi inouï, comme on a des grands-parents qui ont été des héros. Ils ont fait ça en silence et ils passent ‘’pour des pareils’’ et ils ne peuvent pas dire un mot», souligne Marc Lahaie.

Est-ce que l’Église devrait présenter des excuses aux Premières nations? La question semble simple, mais la réponse, elle, demeure complexe. «La manchette crée une perception qu’en plus d’avoir fait des dégâts, l’Église ne veut pas s’excuser, ce qui n’est pas le cas», précise M. Lahaie.

«La question a été posée 150 fois dans la Commission de vérité et réconciliation, c’était un des points. L’Église en a pris acte, mais le processus était plus long. C’était déjà en démarche. Avec la nouvelle qui est sortie, les gens vont dire que c’est à cause de la pression et que ce n’est pas sincère, etc. Alors que c’était déjà en processus. […] Au-delà du Pape, l’Église fonctionne beaucoup par diocèses. Dans les endroits, il y a plusieurs évêques qui se sont excusés au nom de l’Église. Il y a beaucoup de communautés religieuses qui l’ont fait», note-t-il.

Dans la paroisse Saint-Martin-de-Tours, il y a un registre paroissial qui date de plus de 100 ans et même si certaines informations sont difficiles à retracer, on met tous les efforts nécessaires pour répondre aux questions des gens. «Je pense que le plus important au-delà de tout ça, c’est d’accompagner les gens qui ont besoin d’avoir des réponses à leurs questions, mais aussi dans le processus de deuil. […] C’est certain que des événements font remonter de la colère, mais il faut en arriver à autre chose pour être en paix.»

«Il faut qu’on chemine, qu’on avance et qu’on trouve le plus de paix possible», a conclu Marc Lahaie

Avec Audrey Tremblay – Le Nouvelliste

Canada: Une première gouverneure générale autochtone, « un choix historique »

juillet 6, 2021

 Mary Simon se tourne vers le premier ministre Justin Trudeau lors d'une annonce au Musée canadien de l'histoire à Gatineau, au Québec, le mardi 6 juillet 2021. Mme Simon été nommé gouverneur général du Canada, la première personne autochtone à assumer ce rôle.

© Sean Kilpatrick/Radio-Canada Mary Simon se tourne vers le premier ministre Justin Trudeau lors d’une annonce au Musée canadien de l’histoire à Gatineau, au Québec, le mardi 6 juillet 2021. Mme Simon été nommé gouverneur général du Canada, la première personne autochtone à assumer ce rôle.

La nomination de l’Inuk Mary Simon comme 30e gouverneure générale du Canada est accueillie avec fierté dans la sphère politique autochtone. Cependant, la « nature coloniale » de son rôle rend certains internautes perplexes.

Michèle Audette, ancienne commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) et conseillère à la réconciliation à l’Université Laval, a pu rencontrer Mme Simon à quelques reprises, notamment à l’Organisation des Nations unies.

Je pense que [le gouvernement a] fait un choix remarquable et historique, a-t-elle affirmé sur les ondes de RDI. Je suis rassurée de savoir qu’elle pourra continuer de parler de sa vérité et celle des premiers peuples.»

L’Association des Femmes autochtones du Canada (AFAC) a réagi à l’annonce de cette nomination par communiqué.

En tant que femmes autochtones, nous sommes ravies de l’annonce d’aujourd’hui et fières qu’une femme inuk occupe enfin ce poste prestigieux», peut-on y lire.

Nous devons par contre souligner que Mme Simon devra jouer un important rôle dans un système de gouvernance qui demeure colonial», nuance cependant le communiqué.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) Ghislain Picard a quant à lui transmis ses félicitations à Mme Simon sur Twitter.

Au nom des Premières Nations du Québec et du Labrador, je tiens à exprimer mes plus sincères félicitations à la première gouverneure générale autochtone du Canada Madame Mary Simon», a-t-il écrit en anglais.

Mary est une diplomate, une militante et une femme inuk forte. J’ai hâte de travailler avec elle en tant que représentante de la Couronne au Canada», a pour sa part écrit le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN) Perry Bellegarde, également sur Twitter.

Un symbole du colonialisme

Sur les réseaux sociaux, la nomination de Mary Simon est accueillie avec une certaine réserve. Le poste de gouverneur général en est un de représentation du monarque du Royaume-Uni et constitue un symbole du colonialisme, expliquent certains utilisateurs de Twitter.

Le bureau canadien du gouverneur général est un héritage colonialiste par excellence, un rappel douloureux de la façon dont toute cette terre a été volée aux peuples autochtones», a écrit un internaute.

Avoir un Autochtone comme représentant de la reine d’Angleterre c’est faire 10 pas en arrière. On envoie vraiment un message de soumission», a écrit la militante et chroniqueuse Maïtée Saganash dans une publication sur Twitter par la suite supprimée.

Avec CBC/Radio-Canada 

Canada/Pensionnat pour Autochtones : la C.-B. alloue 12 M$ pour la fouille des sites

juin 28, 2021

À la lumière des macabres découvertes faites récemment en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, Victoria accorde une enveloppe de 12 millions de dollars pour soutenir les Premières Nations dans leur recherche sur les sites d’anciens pensionnats pour Autochtones.

À la suite de la localisation de 215 emplacements pouvant contenir les restes d'enfants près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, des centaines de souliers d'enfants et de t-shirts orange ont été déposés sur les marches du Palais législatif à Victoria.

© MIKE MCARTHURCBC/Radio-Canada À la suite de la localisation de 215 emplacements pouvant contenir les restes d’enfants près de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, des centaines de souliers d’enfants et de t-shirts orange ont été déposés sur les marches du Palais législatif à Victoria.

Au cours des ans, il y a eu 18 pensionnats pour Autochtone en Colombie-Britannique. Le premier, le pensionnat St Mary’s de Mission, a ouvert ses portes en 1863 pour les refermer 121 ans plus tard, en 1984.

Les Premières Nations souhaitent maintenant entamer des fouilles sur plusieurs des sites d’anciens pensionnats pour les Autochtones afin de mettre en lumière le destin tragique des enfants qui ne sont jamais rentrés à la maison.

Plusieurs de ces sites à travers la province et le pays sont encore la source de beaucoup de questions sans réponse et de douleurs terribles», souligne le ministre des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation, Murray Rankin, dans un communiqué.

En plus d’aider dans la recherche, la documentation et la commémoration sur les sites des anciens pensionnats, ce montant servira également à fournir un soutien au bien-être communautaire, à la culture et à la santé mentale.

C’est un important premier pas pour soutenir la résilience et la guérison des Premières Nations de la Colombie-Britannique», illustre la présidente du Conseil de la santé des Premières Nations (FNHA), Charlene Belleau.

Le gouvernement provincial travaillera de concert avec Ottawa et le FNHA afin de coordonner le soutien nécessaire pour la santé mentale et culturelle pour les Autochtones qui ont vécu de la détresse ou des traumatismes à la suite des récentes découvertes.

Pendant plus d’un siècle au Canada, plus de 150 000 enfants des Premières Nations, des Métis et des Inuit ont été placés dans des pensionnats pour Autochtones.

Avec CBC/Radio-Canada 

Pensionnats pour Autochtones : le drame canadien laisse présager le pire aux États-Unis

juin 27, 2021

 

Il n’aura fallu que deux semaines pour que Deb Haaland exprime publiquement sa profonde consternation devant les centaines de sépultures anonymes découvertes près de sites d’anciens pensionnats pour Autochtones au Canada.

Quelque 715 tombes anonymes ont été découvertes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

© /Radio-Canada Quelque 715 tombes anonymes ont été découvertes près de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

Et il n’aura fallu que 11 jours supplémentaires pour que Mme Haaland, l’une des premières élues autochtones au Congrès américain et la nouvelle secrétaire à l’Intérieur du président Joe Biden, prenne les choses en main.

Le département entreprendra une enquête sur les décès survenus dans les pensionnats pour les Autochtones et les conséquences durables de ces établissements», a écrit la secrétaire d’État à l’Intérieur dans une note mardi dernier.

Ce n’est qu’en reconnaissant le passé que nous pourrons travailler vers un futur dont nous serons tous fiers», a-t-elle ajouté.

Deb Haaland, secrétaire d'État à l'Intérieur

© Evan Vucci/Associated Press Deb Haaland, secrétaire d’État à l’Intérieur

Moins d’un mois s’est écoulé entre la publication de ce mémo par Mme Haaland et l’annonce de la découverte de 215 sépultures anonymes à Kamloops, en Colombie-Britannique. En termes géopolitiques, moins d’un mois équivaut à un clin d’œil.

De plus, il est rare que des nouvelles en provenance du Canada aient un impact aussi drastique et rapide sur les affaires politiques des États-Unis, un pays où les Autochtones font d’ailleurs rarement les manchettes.

Or, l’ampleur de cette enquête à venir pourrait toutefois être révélatrice de l’ampleur des découvertes à faire en sol américain.

Il y a une prise de conscience», a affirmé Chase Iron Eyes, un avocat et activiste autochtone de longue date qui s’implique auprès du People’s Law Project, basé dans le Dakota du Nord.

Et maintenant, on ne peut plus se fermer les yeux sur ces vérités.»

Deux pays distincts, un système similaire

Les similarités entre les pensionnats pour Autochtones canadiens et américains ne s’arrêtent pas là. Je pense qu’en termes d’ampleur, c’est assez comparable», a indiqué Circe Sturm, professeure en anthropologie et spécialiste des questions autochtones à l’Université du Texas à Austin.

Au tournant du siècle, après que le Bureau des affaires indiennes des États-Unis eut pris le relais des missionnaires chrétiens, 147 écoles de jour et 106 pensionnats étaient en fonction, selon Mme Sturm.

En comparaison, au Canada, on estime que jusqu’à 130 pensionnats ont été en fonction de 1831 à 1996, et c’est sans compter les centaines d’écoles de jour.

Dans les deux cas, des centaines de milliers d’enfants sont passés par ces institutions.

Au Canada, la Commission de vérité et réconciliation évalue à au moins 3200 le nombre d’enfants qui y sont morts. De l’aveu même du ministre canadien des Services aux Autochtones, ça pourrait même être le double».

Ligne bilingue d’appui pour les survivants des pensionnats pour Autochtones au Canada : 1 866 925-4419

L'école de jour catholique Kateri Tekakwitha, à Kahnawake, au Québec

© /Kateri Center L’école de jour catholique Kateri Tekakwitha, à Kahnawake, au Québec

L’enquête lancée aux États-Unis par Deb Haaland tentera de recenser toutes les écoles qui faisaient partie du programme, en mettant l’accent sur toutes archives en lien avec des cimetières ou de potentiels sites d’enterrement qui pourraient ensuite être utilisées pour localiser des restes humains non identifiés».

Le Département assurera également la liaison avec les communautés autochtones des États-Unis, y compris en Alaska et à Hawaï, concernant la gestion de telles sépultures et la production d’un rapport final d’ici avril prochain.

Un drame de plus en plus difficile à ignorer

Au Canada, la situation a pris encore plus d’ampleur mercredi avec l’annonce de la découverte de 751 tombes non marquées en Saskatchewan, près du site de l’ancien pensionnat de Marieval.

La nouvelle a généré un intérêt médiatique hors du commun aux États-Unis, faisant notamment la une du Washington Post vendredi et décrochant une page complète dans le New York Times.

S’il fallait découvrir ces tombes pour que les Canadiens se rendent compte à quel point nous avons du travail à faire, ce sera peut-être un point de départ pour en accomplir encore davantage», a notamment déclaré Justin Trudeau lors d’une conférence de presse vendredi matin.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a répondu aux questions concernant la découverte de 751 tombes non marquées vendredi en conférence de presse.

© Sean Kilpatrick/La Presse canadienne Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a répondu aux questions concernant la découverte de 751 tombes non marquées vendredi en conférence de presse.

Des leaders autochtones pressent le premier ministre canadien d’obtenir des excuses de l’Église catholique formulées par le pape François lui-même en sol canadien, ce qu’il a déjà réclamé à plusieurs reprises, sans toutefois obtenir de réponse.

Si le président américain Joe Biden se joignait à lui, la demande pourrait toutefois être plus difficile à ignorer.

Avec CBC/Radio-Canada 

Les États-Unis lancent une enquête sur les pensionnats pour Autochtones

juin 22, 2021

 

Le gouvernement américain lance une enquête fédérale sur l’héritage tragique des pensionnats pour Autochtones aux États-Unis.

Deb Haaland, ancienne élue démocrate du Nouveau-Mexique, a présenté l’an dernier un projet de loi demandant la mise en place d'une commission de vérité et de réconciliation sur les conditions de vie dans les anciens pensionnats (archives).

© KEVIN LAMARQUE/Reuters Deb Haaland, ancienne élue démocrate du Nouveau-Mexique, a présenté l’an dernier un projet de loi demandant la mise en place d’une commission de vérité et de réconciliation sur les conditions de vie dans les anciens pensionnats (archives).

La secrétaire d’État à l’Intérieur Deb Haaland, première Autochtone à accéder au Cabinet, en a fait l’annonce mardi après-midi dans le cadre de la conférence bisannuelle du Congrès national des Indiens d’Amérique à Washington.

L’enquête fédérale visera notamment à permettre aux États-Unis de répertorier les sites des anciens pensionnats, de repérer les lieux d’enterrement connus ou soupçonnés» et de déterminer l’identité des affiliations tribales des enfants qui y ont été emmenés».

Nous devons découvrir la vérité sur les pertes de vies humaines et les conséquences de ces écoles», a déclaré Mme Deb Haaland, se disant profondément touchée» par la récente découverte des restes de 215 enfants sur le site d’un ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Deb Haaland n’a pas révélé le montant que compte engager le gouvernement pour mener à bien son enquête ni comment il compte s’y prendre, mais a fait valoir que le département de l’Intérieur, qui supervisait les écoles, était le mieux placé pour y arriver».

Plus de 150 ans d’assimilation

Tout comme le Canada, les États-Unis ont adopté de multiples politiques visant à créer et à soutenir un système de pensionnats pour Autochtones à l’échelle du pays.

Durant plus de 150 ans, en vertu de la Loi sur le Fonds des civilisations (Civilization Fund Act) de 1819, des centaines de milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leur famille et à leur communauté et envoyés de force dans des pensionnats pour être assimilés.

Après avoir appris l’existence des sépultures anonymes enterrées au Canada, Deb Haaland avait pris la parole dans une lettre publiée dans le Washington Post pour raconter l’histoire de sa propre famille.

Les efforts du gouvernement pour éradiquer notre culture et nous faire disparaître en tant que peuple» doivent être mis au grand jour et doivent être reconnus, avait-elle écrit.

Mme Haaland avait alors cité des données de la Coalition nationale pour la guérison des pensionnats amérindiens, selon lesquelles, jusqu’en 1926, plus de 80 % des enfants autochtones ont fréquenté des pensionnats sous l’égide de l’Église ou de l’État.

Notre pays doit apprendre de cette tragédie pour guérir», avait déclaré Mme Haaland dans sa lettre.

La secrétaire d’État racontait notamment les confidences de sa grand-mère, qui avait été embarquée dans un train avec d’autres enfants de son village pour être envoyée dans un pensionnat.

Elle m’a parlé de la solitude dont elle a souffert», avait écrit Mme Haaland. Nous pleurions ensemble. C’était un exercice de guérison pour elle et une profonde leçon de résilience sur notre peuple pour moi.»

Plusieurs pensionnats étaient gérés par le département de l’Intérieur, maintenant sous sa gouverne.

Avec Reuters par Marie-Ève Arsenault

Le Canada sous le choc de son passé

mai 31, 2021

C’est l’une des pages les plus sombres de l’histoire du Canada, qu’une terrible et macabre découverte vient de réveiller.

En fin de semaine dernière, les restes de 215 enfants, dont certains n’avaient que trois ans, ont été découverts dans une fosse commune sur le site d’un ancien pensionnat autochtone en Colombie-Britannique. Le pensionnat de Kamloops, qui a accueilli jusqu’à 500 élèves, a été le plus grand d’un système mis en place au 19e siècle par le gouvernement fédéral, avec le concours des Eglises anglicane ou catholique. Plus de 130 écoles financées par les autorités ont été installées dans tout le pays pour y accueillir les enfants indiens.

Créés à la fin du 19e siècle, ces pensionnats avaient pour objectif l’assimilation des enfants issus des communautés indiennes : les jeunes étaient retirés à leurs parents, envoyés dans ces institutions où ils devaient apprendre à parler anglais, renoncer à leur langue maternelle et à leurs traditions, et où ils vivaient le plus souvent dans des conditions sanitaires déplorables. Nombre de ces enfants y ont subi des actes de maltraitance et des abus sexuels.

Entre 1880 et 1966, plus de 150 000 enfants autochtones ont été arrachés à leurs familles, et quelque 3200 d’entre eux y ont laissé la vie. Les parents ne voyaient pas revenir leurs petits et n’avaient aucune explication. Le pays qui se fait aujourd’hui le chantre de la tolérance, qui se veut aux avants-postes du respect des cultures et des individus, a ainsi mené de la fin du 19e siècle aux années 1960 la pire des politiques qui soient, dans la droite lignée de la Loi sur les Indiens, adoptée en 1876 : ce texte visait à “forcer les peuples des Premières Nations à abandonner leur culture et à adopter un style de vie euro-canadien” rappelle l’Encyclopédie canadienne. “Sortir l’Indien de chaque enfant”, tel était le programme de l’un des pères de la confédération canadienne, John A. MacDonald qui fut le tout premier Premier ministre du Canada.

Une journée nationale de la vérité et de la réconciliation

La découverte fin mai des restes de ces 215 enfants en Colombie-Britannique a profondément secoué le pays. Le vendredi 28 mai, les députés de la Chambre des Communes ont adopté un projet de loi pour créer une journée en mémoire des victimes et des survivants des pensionnats autochtones. Baptisée Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, elle serait fixée au 30 septembre. Dimanche 30 mai, les drapeaux ont été mis en berne sur les bâtiments officiels. Et une ligne nationale d’écoute téléphonique a été ouverte pour les anciens élèves et les personnes touchées.

Ce n’est pas la première fois que le Canada tente de faire face à cette épisode dramatique de son histoire. En 1996, trente ans après la fermeture du dernier pensionnat, la Commission royale sur les peuples autochtones avait déjà formulé des recommandations, largement ignorées par le gouvernement de l’époque.

En 2015, après six ans de travaux, la Commission de vérité et réconciliation mise sur pied à l’initiative du gouvernement conservateur de Stephen Harper, rendait un rapport implacable, nourri par les témoignages de quelque 7000 victimes et d’anciens responsables de ces pensionnats. Elle concluait à un véritable génocide culturel, qui a durablement entravé la possibilité pour les Premières nations de trouver leur place au sein de la société canadienne. Elle listait 94 propositions pour tenter de renouer le lien entre ces communautés et le reste de la société.

En décembre dernier, à l’occasion du cinquième anniversaire de la remise de ce rapport, ses auteurs ont rappelé que plusieurs de leurs recommandations n’avaient pas encore été suivies d’effet, comme par exemple la création d’un conseil national de réconciliation pour surveiller les activités du gouvernement fédéral.

En finir avec la Loi sur les Indiens

Peu de temps après son arrivée au pouvoir en octobre 2015, le Premier ministre Justin Trudeau avait reçu ce rapport commandé par son prédécesseur. Il en avait profité pour présenter ses excuses aux peuples autochtones, excuses que Stephen Harper avait lui aussi formulées en 2008. Mais Justin Trudeau avait promis d’aller plus loin en abrogeant la loi sur les Indiens, régulièrement modifiée, jamais supprimée. Réélu en 2019, il n’y a toujours pas touché.

Or ce texte qui dicte les principes de la relation du gouvernement fédéral avec les autochtones les considère encore aujourd’hui comme des mineurs devant la loi. Et même si la voix des autochtones est de plus en plus entendue au Canada, si la connaissance progresse sur leur culture comme sur les traumatismes vécus, certains chroniqueurs n’hésitent pas à parler de loi d’apartheid ou de racisme d’Etat au sujet de ce texte qui fait tache dans un pays aux moeurs progressistes, où l’inclusion est érigée en principe de gouvernance.

On sait combien il est douloureux pour un pays de regarder son histoire en face. Mais pourquoi est-ce si difficile pour Ottawa d’aller au-delà de la compassion, de s’engager dans la construction d’une véritable relation avec les premiers peuples qui occupaient le territoire avant l’arrivée des colons européens ? Est-ce la crainte de fragiliser un édifice somme toute récent (la Confédération a fêté ses 150 ans en 2017) ? De perdre le contrôle d’espaces clés pour le développement économique ? D’ouvrir des débats sans fin (il n’est pas certain que les communautés autochtones parlent d’une seule et même voix) ? Il y aurait en tout cas là une occasion historique pour Justin Trudeau de laisser un legs majeur à son pays.

Avec Valérie Lion in Attache ta tuque, saison 3, numéro 35