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Canada: Manifestation à Ottawa pour réclamer une enquête sur les pensionnats autochtones

juillet 31, 2021

Les manifestants se sont donnés rendez-vous devant la flamme du Centenaire, sur la colline du Parlement

© Frédéric Pepin/Radio-Canada Les manifestants se sont donnés rendez-vous devant la flamme du Centenaire, sur la colline du Parlement

De nombreuses personnes prennent la rue, à Ottawa, pour exhorter le gouvernement fédéral à déclencher une enquête indépendante sur les pensionnats pour Autochtones.

Les députés néodémocrates Mumilaaq Qaqqaq et Charlie Angus ont donné rendez-vous aux manifestants devant la flamme du Centenaire, sur la colline du Parlement. Des aînés autochtones devaient aussi mener la marche qui doit mener les personnes rassemblées devant les bureaux du ministère de la Justice.

Les appels à l’ouverture d’une enquête ont été lancés peu après la détection de multiples sépultures non marquées sur les sites d’anciens pensionnats, notamment en Colombie-Britannique et en Saskatchewan.

Les manifestants demandent une enquête indépendante faisant toute la lumière sur les pensionnats autochtones.

© Frédéric Pepin/Radio-Canada Les manifestants demandent une enquête indépendante faisant toute la lumière sur les pensionnats autochtones.

Le Nouveau Parti démocratique demande, depuis le début juillet, une enquête criminelle indépendante sur les pensionnats pour Autochtones. On souhaite la nomination d’un procureur spécial qui interagirait avec la Cour pénale internationale.

Le bureau du ministre de la Justice, David Lametti, a depuis écarté l’idée de demander une enquête criminelle. On fait valoir qu’il s’agit d’un pouvoir exclusif réservé à la police.

Avec CBC/Radio-Canada

Canada-Manitoba: Un prêtre soutient que des Autochtones ont menti pour de l’argent sur les pensionnats

juillet 29, 2021

WINNIPEG — L’archidiocèse de Saint-Boniface, au Manitoba, a écarté de la pratique pastorale un prêtre qui avait laissé entendre en chaire que des survivants de pensionnats pour Autochtones avaient menti dans le seul but de toucher les indemnités du gouvernement fédéral.

 

© Fournis par La Presse Canadienne

L’archevêque de Saint-Boniface, Albert LeGatt, a indiqué jeudi qu’il désavouait les propos de Rhéal Forest tenus lors d’une messe en l’église Saint-Émile, à Winnipeg, plus tôt ce mois-ci. Le prêtre n’est plus autorisé à prêcher ou à enseigner en public, a ajouté l’archevêque LeGatt.

Au cours de cette messe, diffusée sur les réseaux sociaux dans des vidéos maintenant supprimées, le prêtre Forest a déclaré que les élèves aimaient ces pensionnats et que certains avaient soutenu avoir été victimes d’agressions sexuelles pour toucher les indemnités. Le prêtre a également déclaré en chaire que les médias étaient mauvais.

Mgr LeGatt se dit désolé de la douleur que les remarques du prêtre ont causée aux Autochtones, en particulier aux victimes des pensionnats fédéraux. L’archevêque demande pardon et assure que le diocèse et les dirigeants de l’Église ont la responsabilité de comprendre la vérité sur ce qui s’est passé dans ces pensionnats pour Autochtones.

Avec La Presse Canadienne

Haute-Mauricie/Pensionnats autochtones: «Il y a de la tristesse et de la colère»

juillet 11, 2021

Les récentes découvertes faites sur les sites de pensionnats autochtones soulèvent plusieurs sentiments de part et d’autre selon le prêtre de la Paroisse Saint-Martin de Tours en Haute-Mauricie, Marc Lahaie. Ce dernier serait en faveur que des fouilles aient lieu à La Tuque si les anciens pensionnaires en font eux-mêmes la demande.

Marc Lahaie

© AUDREY TREMBLAY Marc Lahaie

«Je pense que les Premières Nations s’attendent à ça et qu’ils veulent des réponses à leurs questions. C’est à eux qu’il faudrait toutefois poser la question», lance-t-il.

Marc Lahaie côtoie les Atikamekw depuis une dizaine d’années dans le secteur de la Haute-Mauricie. Il estime que c’est un privilège de pouvoir côtoyer les membres des Premières nations et il en compte d’ailleurs parmi ses amis. Pour lui, la meilleure façon d’aller de l’avant avec une réconciliation c’est «de marcher ensemble et surtout en sachant qu’on n’a pas tous les mêmes points de repère».

«C’est tout un processus», avoue-t-il.

Marc Lahaie avait assisté aux audiences de la Commission de vérité et réconciliation du Canada lors de son passage à La Tuque en 2013. «Après cette journée-là, j’étais allé prendre une marche sur la rive ouest. Je n’étais plus capable de rien faire de la journée. Quand tu écoutes des gens qui racontent ce qu’ils ont vécu, tu n’es pas dans l’intellectuel ou dans l’analyse: ça vient te toucher profondément.»

Le prêtre Lahaie ajoute «qu’il n’y a rien à défendre et qu’il faut prendre le coup et arrêter de mettre des nuances. Non, non, c’est vrai, il y a des choses qui se sont passées. Il faut avouer et s’excuser.»

Les plus récentes découvertes touchent également les mêmes cordes sensibles que celles de la tristesse et de la colère, selon le prête originaire du Cap-de-la-Madeleine. «Il y a de la tristesse et de la colère pour ce que les Premières Nations ont vécu, et aussi pour tant de religieux et de religieuses qui ne peuvent pas dire un mot, qui ne sont pas tous des pareils», estime Marc Lahaie.

Ce dernier regrette qu’on mette tout le monde dans le même panier. Lui qui connaît personnellement des personnes qui ont tout donné pour la société. «Mon autre peine, c’est comme dans les familles et les nations. Dans les religieux et les religieuses, spécialement ceux qui ne sont pas décédés. Il y a eu des gens qui ont été d’une générosité et d’un don de soi inouï, comme on a des grands-parents qui ont été des héros. Ils ont fait ça en silence et ils passent ‘’pour des pareils’’ et ils ne peuvent pas dire un mot», souligne Marc Lahaie.

Est-ce que l’Église devrait présenter des excuses aux Premières nations? La question semble simple, mais la réponse, elle, demeure complexe. «La manchette crée une perception qu’en plus d’avoir fait des dégâts, l’Église ne veut pas s’excuser, ce qui n’est pas le cas», précise M. Lahaie.

«La question a été posée 150 fois dans la Commission de vérité et réconciliation, c’était un des points. L’Église en a pris acte, mais le processus était plus long. C’était déjà en démarche. Avec la nouvelle qui est sortie, les gens vont dire que c’est à cause de la pression et que ce n’est pas sincère, etc. Alors que c’était déjà en processus. […] Au-delà du Pape, l’Église fonctionne beaucoup par diocèses. Dans les endroits, il y a plusieurs évêques qui se sont excusés au nom de l’Église. Il y a beaucoup de communautés religieuses qui l’ont fait», note-t-il.

Dans la paroisse Saint-Martin-de-Tours, il y a un registre paroissial qui date de plus de 100 ans et même si certaines informations sont difficiles à retracer, on met tous les efforts nécessaires pour répondre aux questions des gens. «Je pense que le plus important au-delà de tout ça, c’est d’accompagner les gens qui ont besoin d’avoir des réponses à leurs questions, mais aussi dans le processus de deuil. […] C’est certain que des événements font remonter de la colère, mais il faut en arriver à autre chose pour être en paix.»

«Il faut qu’on chemine, qu’on avance et qu’on trouve le plus de paix possible», a conclu Marc Lahaie

Avec Audrey Tremblay – Le Nouvelliste

Canada: Une première gouverneure générale autochtone, « un choix historique »

juillet 6, 2021

 Mary Simon se tourne vers le premier ministre Justin Trudeau lors d'une annonce au Musée canadien de l'histoire à Gatineau, au Québec, le mardi 6 juillet 2021. Mme Simon été nommé gouverneur général du Canada, la première personne autochtone à assumer ce rôle.

© Sean Kilpatrick/Radio-Canada Mary Simon se tourne vers le premier ministre Justin Trudeau lors d’une annonce au Musée canadien de l’histoire à Gatineau, au Québec, le mardi 6 juillet 2021. Mme Simon été nommé gouverneur général du Canada, la première personne autochtone à assumer ce rôle.

La nomination de l’Inuk Mary Simon comme 30e gouverneure générale du Canada est accueillie avec fierté dans la sphère politique autochtone. Cependant, la « nature coloniale » de son rôle rend certains internautes perplexes.

Michèle Audette, ancienne commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) et conseillère à la réconciliation à l’Université Laval, a pu rencontrer Mme Simon à quelques reprises, notamment à l’Organisation des Nations unies.

Je pense que [le gouvernement a] fait un choix remarquable et historique, a-t-elle affirmé sur les ondes de RDI. Je suis rassurée de savoir qu’elle pourra continuer de parler de sa vérité et celle des premiers peuples.»

L’Association des Femmes autochtones du Canada (AFAC) a réagi à l’annonce de cette nomination par communiqué.

En tant que femmes autochtones, nous sommes ravies de l’annonce d’aujourd’hui et fières qu’une femme inuk occupe enfin ce poste prestigieux», peut-on y lire.

Nous devons par contre souligner que Mme Simon devra jouer un important rôle dans un système de gouvernance qui demeure colonial», nuance cependant le communiqué.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) Ghislain Picard a quant à lui transmis ses félicitations à Mme Simon sur Twitter.

Au nom des Premières Nations du Québec et du Labrador, je tiens à exprimer mes plus sincères félicitations à la première gouverneure générale autochtone du Canada Madame Mary Simon», a-t-il écrit en anglais.

Mary est une diplomate, une militante et une femme inuk forte. J’ai hâte de travailler avec elle en tant que représentante de la Couronne au Canada», a pour sa part écrit le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN) Perry Bellegarde, également sur Twitter.

Un symbole du colonialisme

Sur les réseaux sociaux, la nomination de Mary Simon est accueillie avec une certaine réserve. Le poste de gouverneur général en est un de représentation du monarque du Royaume-Uni et constitue un symbole du colonialisme, expliquent certains utilisateurs de Twitter.

Le bureau canadien du gouverneur général est un héritage colonialiste par excellence, un rappel douloureux de la façon dont toute cette terre a été volée aux peuples autochtones», a écrit un internaute.

Avoir un Autochtone comme représentant de la reine d’Angleterre c’est faire 10 pas en arrière. On envoie vraiment un message de soumission», a écrit la militante et chroniqueuse Maïtée Saganash dans une publication sur Twitter par la suite supprimée.

Avec CBC/Radio-Canada 

Canada/Pensionnat pour Autochtones : la C.-B. alloue 12 M$ pour la fouille des sites

juin 28, 2021

À la lumière des macabres découvertes faites récemment en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, Victoria accorde une enveloppe de 12 millions de dollars pour soutenir les Premières Nations dans leur recherche sur les sites d’anciens pensionnats pour Autochtones.

À la suite de la localisation de 215 emplacements pouvant contenir les restes d'enfants près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, des centaines de souliers d'enfants et de t-shirts orange ont été déposés sur les marches du Palais législatif à Victoria.

© MIKE MCARTHURCBC/Radio-Canada À la suite de la localisation de 215 emplacements pouvant contenir les restes d’enfants près de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, des centaines de souliers d’enfants et de t-shirts orange ont été déposés sur les marches du Palais législatif à Victoria.

Au cours des ans, il y a eu 18 pensionnats pour Autochtone en Colombie-Britannique. Le premier, le pensionnat St Mary’s de Mission, a ouvert ses portes en 1863 pour les refermer 121 ans plus tard, en 1984.

Les Premières Nations souhaitent maintenant entamer des fouilles sur plusieurs des sites d’anciens pensionnats pour les Autochtones afin de mettre en lumière le destin tragique des enfants qui ne sont jamais rentrés à la maison.

Plusieurs de ces sites à travers la province et le pays sont encore la source de beaucoup de questions sans réponse et de douleurs terribles», souligne le ministre des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation, Murray Rankin, dans un communiqué.

En plus d’aider dans la recherche, la documentation et la commémoration sur les sites des anciens pensionnats, ce montant servira également à fournir un soutien au bien-être communautaire, à la culture et à la santé mentale.

C’est un important premier pas pour soutenir la résilience et la guérison des Premières Nations de la Colombie-Britannique», illustre la présidente du Conseil de la santé des Premières Nations (FNHA), Charlene Belleau.

Le gouvernement provincial travaillera de concert avec Ottawa et le FNHA afin de coordonner le soutien nécessaire pour la santé mentale et culturelle pour les Autochtones qui ont vécu de la détresse ou des traumatismes à la suite des récentes découvertes.

Pendant plus d’un siècle au Canada, plus de 150 000 enfants des Premières Nations, des Métis et des Inuit ont été placés dans des pensionnats pour Autochtones.

Avec CBC/Radio-Canada 

Pensionnats pour Autochtones : le drame canadien laisse présager le pire aux États-Unis

juin 27, 2021

 

Il n’aura fallu que deux semaines pour que Deb Haaland exprime publiquement sa profonde consternation devant les centaines de sépultures anonymes découvertes près de sites d’anciens pensionnats pour Autochtones au Canada.

Quelque 715 tombes anonymes ont été découvertes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

© /Radio-Canada Quelque 715 tombes anonymes ont été découvertes près de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

Et il n’aura fallu que 11 jours supplémentaires pour que Mme Haaland, l’une des premières élues autochtones au Congrès américain et la nouvelle secrétaire à l’Intérieur du président Joe Biden, prenne les choses en main.

Le département entreprendra une enquête sur les décès survenus dans les pensionnats pour les Autochtones et les conséquences durables de ces établissements», a écrit la secrétaire d’État à l’Intérieur dans une note mardi dernier.

Ce n’est qu’en reconnaissant le passé que nous pourrons travailler vers un futur dont nous serons tous fiers», a-t-elle ajouté.

Deb Haaland, secrétaire d'État à l'Intérieur

© Evan Vucci/Associated Press Deb Haaland, secrétaire d’État à l’Intérieur

Moins d’un mois s’est écoulé entre la publication de ce mémo par Mme Haaland et l’annonce de la découverte de 215 sépultures anonymes à Kamloops, en Colombie-Britannique. En termes géopolitiques, moins d’un mois équivaut à un clin d’œil.

De plus, il est rare que des nouvelles en provenance du Canada aient un impact aussi drastique et rapide sur les affaires politiques des États-Unis, un pays où les Autochtones font d’ailleurs rarement les manchettes.

Or, l’ampleur de cette enquête à venir pourrait toutefois être révélatrice de l’ampleur des découvertes à faire en sol américain.

Il y a une prise de conscience», a affirmé Chase Iron Eyes, un avocat et activiste autochtone de longue date qui s’implique auprès du People’s Law Project, basé dans le Dakota du Nord.

Et maintenant, on ne peut plus se fermer les yeux sur ces vérités.»

Deux pays distincts, un système similaire

Les similarités entre les pensionnats pour Autochtones canadiens et américains ne s’arrêtent pas là. Je pense qu’en termes d’ampleur, c’est assez comparable», a indiqué Circe Sturm, professeure en anthropologie et spécialiste des questions autochtones à l’Université du Texas à Austin.

Au tournant du siècle, après que le Bureau des affaires indiennes des États-Unis eut pris le relais des missionnaires chrétiens, 147 écoles de jour et 106 pensionnats étaient en fonction, selon Mme Sturm.

En comparaison, au Canada, on estime que jusqu’à 130 pensionnats ont été en fonction de 1831 à 1996, et c’est sans compter les centaines d’écoles de jour.

Dans les deux cas, des centaines de milliers d’enfants sont passés par ces institutions.

Au Canada, la Commission de vérité et réconciliation évalue à au moins 3200 le nombre d’enfants qui y sont morts. De l’aveu même du ministre canadien des Services aux Autochtones, ça pourrait même être le double».

Ligne bilingue d’appui pour les survivants des pensionnats pour Autochtones au Canada : 1 866 925-4419

L'école de jour catholique Kateri Tekakwitha, à Kahnawake, au Québec

© /Kateri Center L’école de jour catholique Kateri Tekakwitha, à Kahnawake, au Québec

L’enquête lancée aux États-Unis par Deb Haaland tentera de recenser toutes les écoles qui faisaient partie du programme, en mettant l’accent sur toutes archives en lien avec des cimetières ou de potentiels sites d’enterrement qui pourraient ensuite être utilisées pour localiser des restes humains non identifiés».

Le Département assurera également la liaison avec les communautés autochtones des États-Unis, y compris en Alaska et à Hawaï, concernant la gestion de telles sépultures et la production d’un rapport final d’ici avril prochain.

Un drame de plus en plus difficile à ignorer

Au Canada, la situation a pris encore plus d’ampleur mercredi avec l’annonce de la découverte de 751 tombes non marquées en Saskatchewan, près du site de l’ancien pensionnat de Marieval.

La nouvelle a généré un intérêt médiatique hors du commun aux États-Unis, faisant notamment la une du Washington Post vendredi et décrochant une page complète dans le New York Times.

S’il fallait découvrir ces tombes pour que les Canadiens se rendent compte à quel point nous avons du travail à faire, ce sera peut-être un point de départ pour en accomplir encore davantage», a notamment déclaré Justin Trudeau lors d’une conférence de presse vendredi matin.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a répondu aux questions concernant la découverte de 751 tombes non marquées vendredi en conférence de presse.

© Sean Kilpatrick/La Presse canadienne Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a répondu aux questions concernant la découverte de 751 tombes non marquées vendredi en conférence de presse.

Des leaders autochtones pressent le premier ministre canadien d’obtenir des excuses de l’Église catholique formulées par le pape François lui-même en sol canadien, ce qu’il a déjà réclamé à plusieurs reprises, sans toutefois obtenir de réponse.

Si le président américain Joe Biden se joignait à lui, la demande pourrait toutefois être plus difficile à ignorer.

Avec CBC/Radio-Canada 

Les États-Unis lancent une enquête sur les pensionnats pour Autochtones

juin 22, 2021

 

Le gouvernement américain lance une enquête fédérale sur l’héritage tragique des pensionnats pour Autochtones aux États-Unis.

Deb Haaland, ancienne élue démocrate du Nouveau-Mexique, a présenté l’an dernier un projet de loi demandant la mise en place d'une commission de vérité et de réconciliation sur les conditions de vie dans les anciens pensionnats (archives).

© KEVIN LAMARQUE/Reuters Deb Haaland, ancienne élue démocrate du Nouveau-Mexique, a présenté l’an dernier un projet de loi demandant la mise en place d’une commission de vérité et de réconciliation sur les conditions de vie dans les anciens pensionnats (archives).

La secrétaire d’État à l’Intérieur Deb Haaland, première Autochtone à accéder au Cabinet, en a fait l’annonce mardi après-midi dans le cadre de la conférence bisannuelle du Congrès national des Indiens d’Amérique à Washington.

L’enquête fédérale visera notamment à permettre aux États-Unis de répertorier les sites des anciens pensionnats, de repérer les lieux d’enterrement connus ou soupçonnés» et de déterminer l’identité des affiliations tribales des enfants qui y ont été emmenés».

Nous devons découvrir la vérité sur les pertes de vies humaines et les conséquences de ces écoles», a déclaré Mme Deb Haaland, se disant profondément touchée» par la récente découverte des restes de 215 enfants sur le site d’un ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Deb Haaland n’a pas révélé le montant que compte engager le gouvernement pour mener à bien son enquête ni comment il compte s’y prendre, mais a fait valoir que le département de l’Intérieur, qui supervisait les écoles, était le mieux placé pour y arriver».

Plus de 150 ans d’assimilation

Tout comme le Canada, les États-Unis ont adopté de multiples politiques visant à créer et à soutenir un système de pensionnats pour Autochtones à l’échelle du pays.

Durant plus de 150 ans, en vertu de la Loi sur le Fonds des civilisations (Civilization Fund Act) de 1819, des centaines de milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leur famille et à leur communauté et envoyés de force dans des pensionnats pour être assimilés.

Après avoir appris l’existence des sépultures anonymes enterrées au Canada, Deb Haaland avait pris la parole dans une lettre publiée dans le Washington Post pour raconter l’histoire de sa propre famille.

Les efforts du gouvernement pour éradiquer notre culture et nous faire disparaître en tant que peuple» doivent être mis au grand jour et doivent être reconnus, avait-elle écrit.

Mme Haaland avait alors cité des données de la Coalition nationale pour la guérison des pensionnats amérindiens, selon lesquelles, jusqu’en 1926, plus de 80 % des enfants autochtones ont fréquenté des pensionnats sous l’égide de l’Église ou de l’État.

Notre pays doit apprendre de cette tragédie pour guérir», avait déclaré Mme Haaland dans sa lettre.

La secrétaire d’État racontait notamment les confidences de sa grand-mère, qui avait été embarquée dans un train avec d’autres enfants de son village pour être envoyée dans un pensionnat.

Elle m’a parlé de la solitude dont elle a souffert», avait écrit Mme Haaland. Nous pleurions ensemble. C’était un exercice de guérison pour elle et une profonde leçon de résilience sur notre peuple pour moi.»

Plusieurs pensionnats étaient gérés par le département de l’Intérieur, maintenant sous sa gouverne.

Avec Reuters par Marie-Ève Arsenault

Le Canada sous le choc de son passé

mai 31, 2021

C’est l’une des pages les plus sombres de l’histoire du Canada, qu’une terrible et macabre découverte vient de réveiller.

En fin de semaine dernière, les restes de 215 enfants, dont certains n’avaient que trois ans, ont été découverts dans une fosse commune sur le site d’un ancien pensionnat autochtone en Colombie-Britannique. Le pensionnat de Kamloops, qui a accueilli jusqu’à 500 élèves, a été le plus grand d’un système mis en place au 19e siècle par le gouvernement fédéral, avec le concours des Eglises anglicane ou catholique. Plus de 130 écoles financées par les autorités ont été installées dans tout le pays pour y accueillir les enfants indiens.

Créés à la fin du 19e siècle, ces pensionnats avaient pour objectif l’assimilation des enfants issus des communautés indiennes : les jeunes étaient retirés à leurs parents, envoyés dans ces institutions où ils devaient apprendre à parler anglais, renoncer à leur langue maternelle et à leurs traditions, et où ils vivaient le plus souvent dans des conditions sanitaires déplorables. Nombre de ces enfants y ont subi des actes de maltraitance et des abus sexuels.

Entre 1880 et 1966, plus de 150 000 enfants autochtones ont été arrachés à leurs familles, et quelque 3200 d’entre eux y ont laissé la vie. Les parents ne voyaient pas revenir leurs petits et n’avaient aucune explication. Le pays qui se fait aujourd’hui le chantre de la tolérance, qui se veut aux avants-postes du respect des cultures et des individus, a ainsi mené de la fin du 19e siècle aux années 1960 la pire des politiques qui soient, dans la droite lignée de la Loi sur les Indiens, adoptée en 1876 : ce texte visait à “forcer les peuples des Premières Nations à abandonner leur culture et à adopter un style de vie euro-canadien” rappelle l’Encyclopédie canadienne. “Sortir l’Indien de chaque enfant”, tel était le programme de l’un des pères de la confédération canadienne, John A. MacDonald qui fut le tout premier Premier ministre du Canada.

Une journée nationale de la vérité et de la réconciliation

La découverte fin mai des restes de ces 215 enfants en Colombie-Britannique a profondément secoué le pays. Le vendredi 28 mai, les députés de la Chambre des Communes ont adopté un projet de loi pour créer une journée en mémoire des victimes et des survivants des pensionnats autochtones. Baptisée Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, elle serait fixée au 30 septembre. Dimanche 30 mai, les drapeaux ont été mis en berne sur les bâtiments officiels. Et une ligne nationale d’écoute téléphonique a été ouverte pour les anciens élèves et les personnes touchées.

Ce n’est pas la première fois que le Canada tente de faire face à cette épisode dramatique de son histoire. En 1996, trente ans après la fermeture du dernier pensionnat, la Commission royale sur les peuples autochtones avait déjà formulé des recommandations, largement ignorées par le gouvernement de l’époque.

En 2015, après six ans de travaux, la Commission de vérité et réconciliation mise sur pied à l’initiative du gouvernement conservateur de Stephen Harper, rendait un rapport implacable, nourri par les témoignages de quelque 7000 victimes et d’anciens responsables de ces pensionnats. Elle concluait à un véritable génocide culturel, qui a durablement entravé la possibilité pour les Premières nations de trouver leur place au sein de la société canadienne. Elle listait 94 propositions pour tenter de renouer le lien entre ces communautés et le reste de la société.

En décembre dernier, à l’occasion du cinquième anniversaire de la remise de ce rapport, ses auteurs ont rappelé que plusieurs de leurs recommandations n’avaient pas encore été suivies d’effet, comme par exemple la création d’un conseil national de réconciliation pour surveiller les activités du gouvernement fédéral.

En finir avec la Loi sur les Indiens

Peu de temps après son arrivée au pouvoir en octobre 2015, le Premier ministre Justin Trudeau avait reçu ce rapport commandé par son prédécesseur. Il en avait profité pour présenter ses excuses aux peuples autochtones, excuses que Stephen Harper avait lui aussi formulées en 2008. Mais Justin Trudeau avait promis d’aller plus loin en abrogeant la loi sur les Indiens, régulièrement modifiée, jamais supprimée. Réélu en 2019, il n’y a toujours pas touché.

Or ce texte qui dicte les principes de la relation du gouvernement fédéral avec les autochtones les considère encore aujourd’hui comme des mineurs devant la loi. Et même si la voix des autochtones est de plus en plus entendue au Canada, si la connaissance progresse sur leur culture comme sur les traumatismes vécus, certains chroniqueurs n’hésitent pas à parler de loi d’apartheid ou de racisme d’Etat au sujet de ce texte qui fait tache dans un pays aux moeurs progressistes, où l’inclusion est érigée en principe de gouvernance.

On sait combien il est douloureux pour un pays de regarder son histoire en face. Mais pourquoi est-ce si difficile pour Ottawa d’aller au-delà de la compassion, de s’engager dans la construction d’une véritable relation avec les premiers peuples qui occupaient le territoire avant l’arrivée des colons européens ? Est-ce la crainte de fragiliser un édifice somme toute récent (la Confédération a fêté ses 150 ans en 2017) ? De perdre le contrôle d’espaces clés pour le développement économique ? D’ouvrir des débats sans fin (il n’est pas certain que les communautés autochtones parlent d’une seule et même voix) ? Il y aurait en tout cas là une occasion historique pour Justin Trudeau de laisser un legs majeur à son pays.

Avec Valérie Lion in Attache ta tuque, saison 3, numéro 35

Québec-Mauricie/Trafic de drogue: «Il empoisonne les gens de sa propre communauté»

décembre 2, 2020

La Tuque — Lucien Awashish, qui avait été arrêté lors d’une opération antidrogue à Wemotaci, connaîtra sa sentence jeudi. Les avocats ont soumis leurs arguments au juge David Bouchard au palais de justice de La Tuque, mardi. Il avait, entre autres, plaidé coupable à des accusations de trafic de drogue et possession de stupéfiants dans le but d’en faire le trafic en septembre dernier.

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Rappelons que les policiers avaient effectué deux perquisitions en matière de stupéfiants dans la communauté atikamekw de Wemotaci au début du mois de juillet dernier. Plus de 3400 comprimés de méthamphétamine, plus de 1700 $ en argent canadien et de nombreuses armes à feu avaient été saisis par les policiers.

Le procureur de la Couronne demande au juge d’imposer une peine de pénitencier de deux ans à partir de maintenant.

«Il empoisonne les gens de sa propre communauté. C’est du poison la méthamphétamine», a lancé le procureur de la Couronne Me Éric Thériault.

Ce dernier a plaidé, entre autres, la gravité du crime et que Lucien Awashish faisait le trafic pour l’appât du gain.

Il a demandé au juge de prononcer une sentence exemplaire, une longue peine qui passerait «un message aux gens qui veulent profiter de la vente de méthamphétamine dans les communautés».

«La dissuasion générale doit primer. Le message doit être lancé et la communauté elle-même nous demande de le lancer», a-t-il affirmé.

Il faut dire que le procureur de la Couronne est revenu, lors des plaidoiries sur la peine, sur une lettre du grand chef de la nation Atikamekw, Constant Awashish, qu’il avait déposée au tribunal lors de l’enquête sur remise en liberté.

«La consommation de la méthamphétamine ainsi que des drogues en général est toujours une grande préoccupation sociale dans nos communautés atikamekw, davantage qu’en milieu urbain […] En effet, nous souhaitons voir des conséquences exemplaires pour ce type d’activité criminelle et surtout, nous souhaitons que nos jeunes puissent se développer dans un environnement sain», peut-on lire dans un extrait.

Le procureur a également fait valoir à titre comparatif que 3400 pilules à Wemotaci représentaient l’équivalent de près de 400 000 pilules trouvées chez un individu à Trois-Rivières.

«C’est énorme, c’est trois pilules par individu», a-t-il lancé.

L’avocat de Lucien Awashish pour sa part demande au juge de libérer son client qui a déjà purgé 153 jours de détention et de lui imposer entre 150 et 200 heures de travaux communautaires et plusieurs conditions à respecter.

«Je pense que c’est suffisant pour la détention, pour le reste, je pense qu’on peut encadrer monsieur pour faire en sorte que l’aspect dissuasif soit rencontré et qu’on s’assure qu’il ne recommence pas», a indiqué Me Sébastien Talbot.

L’avocat de la défense a plaidé que son client était un individu de 69 ans sans antécédents judiciaires, qu’il avait plaidé coupable rapidement, qu’il avait collaboré avec les policiers et qu’il exprimait des remords.

«On doit faire une analyse complète des circonstances particulières des individus autochtones avant de prononcer une sentence», a ajouté Me Talbot.

Ce dernier a exposé le passé de Lucien Awashish relié notamment aux pensionnats autochtones. Il a également indiqué au Tribunal que Lucien Awashish avait pris conscience des conséquences et des problèmes que son comportement avait amenés.

«C’est plus une erreur de parcours qu’on a aujourd’hui pour M. Awashish que quelqu’un qui a des valeurs criminelles ancrées en lui. Ç’a été extrêmement difficile pour lui de vivre cette période-là (de détention). L’effet dissuasif est atteint», a plaidé M. Talbot.

Le juge a pris le dossier en délibéré. Il rendra sa décision jeudi.

Avec Le Nouvelliste par  Audrey Tremblay

Canada-Québec/Soins de santé et racisme systémique : Manon Massé fustige le gouvernement Legault

novembre 27, 2020

Manon Massé persiste et signe : pour offrir des services de santé et des services sociaux dignes de ce nom aux Autochtones du Québec, le gouvernement Legault doit reconnaître l’existence du racisme systémique. Une chose à laquelle se refuse le ministre responsable des Affaires autochtones, dit-elle.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, affirme que l'amélioration de l'offre de soins de santé pour les Autochtones passe par la reconnaissance du racisme systémique.© /Radio-Canada La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, affirme que l’amélioration de l’offre de soins de santé pour les Autochtones passe par la reconnaissance du racisme systémique.

Quelques jours après le rejet d’une motion présentée par le Parti libéral du Québec sur le Principe de Joyce, principe qui réclame un accès égal pour tous aux services de santé, en plus de la reconnaissance du racisme systémique, faute de consensus, la co-porte-parole de Québec solidaire et porte-parole en matière d’affaires autochtones s’est dite déçue, vendredi matin, de n’avoir pas pu échanger directement avec le ministre de la Santé, Christian Dubé, lors d’une interpellation à l’Assemblée nationale.

« Ma déception, et je l’ai de nouveau mentionné en Chambre, est importante, parce que dans les faits, ça ne se peut pas, dans un gouvernement qui se targue de discuter de nation à nation, qu’à chaque fois que le mot autochtone est mentionné, c’est le ministre du secrétariat des Affaires autochtones qui se pointe pour répondre… C’est une responsabilité transversale », a indiqué Mme Massé.

Celle-ci soutient qu’il existe des « lacunes » dans la Loi sur la santé et les services sociaux, lacunes qui font en sorte que les populations autochtones n’ont pas toujours droit aux services de santé ou aux services sociaux adéquats.

Dans l’une de ses interventions, lors de l’interpellation au Salon bleu, vendredi avant-midi, la députée solidaire a notamment évoqué le cas d’une femme autochtone qui s’est présentée à plusieurs reprises à l’hôpital pour se plaindre de douleurs, pour se faire constamment renvoyer chez elle, avant de mourir sans avoir été soignée. Pourtant, évoquait Mme Massé dans un point de presse, tout juste avant l’interpellation, les Premières Nations présentent régulièrement des rapports « étoffés » et « complets » sur leurs besoins en matière de santé et de services sociaux.

Après ses échanges avec le ministre Lafrenière, la coporte-parole solidaire estime qu’il faut « continuer le travail, notamment sur la question de l’inclusion, à l’intérieur de la Loi sur la santé et les services sociaux, du concept de sécurisation culturelle, et de la question d’assumer pleinement notre responsabilité populationnelle », avant d’affirmer que « nos institutions ne jouent pas pleinement leur rôle ».

Le racisme systémique, la pierre d’achoppement

Pour la députée, une chose est claire : «C’est sûr que la question du racisme systémique fait que ça ne progresse pas, j’en suis certaine. J’ai parlé du racisme systémique avec le ministre Lafrenière, et il nous dit « écoutez, vous allez vivre avec ça, nous, on ne s’entend pas, on n’est pas d’accord avec ça ». Le gouvernement dit que le racisme systémique divise, alors que, pour nous, refuser de reconnaître la réalité vécue par les Autochtones, ça aussi, ça divise.»

Mme Massé estime par ailleurs qu’il est grand temps que le gouvernement Legault « amène des solutions systémiques » aux problèmes d’accès « systémiques » vécus par les populations autochtones.

« J’ai essayé de démontrer au ministre Lafrenière, tout au long de l’interpellation, que tout le monde, y compris lui, a parlé des impacts du racisme systémique sur les Autochtones. Alors, pourquoi ne pas reconnaître ça, rendu là? »

La députée solidaire juge que « le principal enjeu, c’est quand tu ne reconnais pas le problème de fond, à la base, cela ne mène pas à des solutions qui répondent à ce problème-là ».

Avec Radio-Canada par Hugo Prévost