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Bande dessinée : dessine-moi Kylian Mbappé

décembre 26, 2021
Kylian Mbappé, le 29 novembre 2021, à Paris. © FRANCK CASTEL/MAXPPP

Le joueur vedette de l’équipe de France sort une bande dessinée sur son parcours. Avec beaucoup d’autodérision, et aux éditions Kylian Mbappé, car il faut bien garder les pieds dans le gazon.

Un garçon qui flotte dans un short et un maillot trop grands pour lui. Son regard émerveillé pointe vers le haut. Il contemple son ombre, immense, projetée à côté de lui. Ce gamin les yeux remplis d’étoiles, c’est le jeune Kylian Mbappé, qui voit son futur de star du football. La couverture de Je m’appelle Kylian, la bande dessinée de Faro et Kylian Mbappé, résume l’esprit du livre. Il aurait pu aussi s’intituler « Deviens qui tu es », pour reprendre la formule du poète grec Pindare.

Dès le berceau, le jeune Kylian rejette tous les doudous qui ne sont pas des ballons de foot. Un jour, il les rassemble devant le canapé pour qu’ils fassent figure de spectateurs d’un match qu’il joue dans son salon. Ses parents l’amènent au musée du Louvre ? Il s’imagine les statues en footballeurs. Il accepte de faire un tour de manège ? Oui, mais dans un avion, parce qu’il faut bien faire le déplacement entre deux rencontres de Ligue des champions. Il déambule dans la cour de récréation les mains en l’air sans raison apparente ? Il rêve de soulever la Coupe du monde.

Horreur de la défaite

À travers mille anecdotes à mourir de rire, on découvre un Kylian Mbappé obsédé par le foot. Le sport, il est tombé dedans à la naissance. Sa mère est handballeuse professionnelle, son père, éducateur, entraîne l’AS Bondy. Il accompagne ce dernier dans les vestiaires et sa vocation ne fait que croître. Ainsi que son horreur de la défaite. Bébé, il se mettait déjà à pleurer dès qu’il entendait le mot « perdre ».

Son caractère bien trempé s’affirme à la maison, à travers une hyperactivité débordante qui épuise la résistance de ses parents. Et sur les terrains de foot, où il se distingue par ses dons exceptionnels… et sa volonté affirmée de ne jamais, jamais, jamais défendre. Selon lui, « les attaquants attaquent, les défenseurs défendent et les milieux milieutent. »

LE JEUNE KYLIAN ÉCHAPPE À TOUTES LES CASES

Si chaque chose doit être à sa place dans une équipe, le jeune Kylian échappe à toutes les cases. Incompris à l’école, où une directrice veut le placer en Rased (réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté), il se fait traiter de « mytho » quand il affirme tout haut à ses proches ses ambitions de futur champion. Mais, à l’inverse de son rapport à l’institution scolaire qui peine à le comprendre, son lien avec sa famille déborde d’amour.

La bande dessinée nous immerge dans la vie des Mbappé. Ainsi Wilfrid, le père, Fayza, la mère, Jirès, recueilli chez les Mbappé à l’âge de 11 ans, Ethan, le benjamin, deviennent des personnages à part entière. Rempli de tendresse, le portrait de famille porte aussi le sceau du second degré. On découvre l’autodérision de la superstar du foot, qui n’hésite pas à s’amuser de sa « voix de canard » et de son jusqu’au-boutisme.

Dans les coulisses du foot business

Kylian Mbappé a accumulé tellement de trophées que l’on a peine à imaginer que sa fulgurante ascension ait connu des freins. Si ses rêves de gloire ont très tôt été validés par son talent, ils se sont aussi heurtés à des vents contraires. À part parmi certains de ses coéquipiers, mal utilisé par des coachs, le surdoué a su avancer malgré tout. Bruno Irles, ancien entraîneur des jeunes à l’AS Monaco, en prend pour son grade, lui qui s’échine à parler un langage hermétique à son attaquant et le relègue sur le banc de touche.

En filigrane, on s’immisce dans les coulisses du foot business. Tout jeune espoir, Kylian Mbappé reçoit 400 000 euros de prime à la signature pour entrer au centre de formation de l’AS Monaco. Son père lui fait croire que celle-ci s’élève à « seulement » 15 000€ pour qu’il garde les pieds sur terre. Quand le PSG le convoite, Nasser al-Khelaïfi, le président du club, lui réserve la meilleure suite du Royal Monceau. La mère de Kylian n’en revient pas que le prix du croque-monsieur à la truffe soit de 40€. Le monde déroule le tapis rouge sous ses pieds, mais il reste le gamin qui joue à la PlayStation avec son petit frère, à qui il pique sa fameuse célébration les bras croisés, et qui aide sa mère à laver la vaisselle.

Contrairement à l’actuelle équipe du PSG entraînée par Mauricio Pochettino, jamais le rythme de Je m’appelle Kylian ne s’essouffle. Le génie du gag du dessinateur Faro se double d’un sens consommé de la narration. Les 223 pages se lisent au rythme échevelé d’une accélération de l’attaquant vedette de l’équipe de France. Elles visent juste, comme une frappe en pleine lucarne et sont remplies des fulgurances qui ont bâti la réputation du footballeur. Cette bande dessinée très réussie est faite pour les fans de Kylian Mbappé, pour les amateurs de foot, ou tout simplement pour ceux, jeunes ou moins jeunes, qui aiment les histoires inspirantes.

« Je m’appelle Kylian » de Kylian Mbappé et Faro (éd. KM éditions, 223p., 19,95€)

Avc Jeune Afrique par Mabrouck Rachedi

Bande dessinée : Jussie Nsana veut faire rayonner les langues congolaises

décembre 3, 2020

M. Kopa et son ami Kihuari, deux retraités, viennent de percevoir leur pension. Ils décident d’aller boire un verre dans un bar. Là-bas, ils sont pris au piège par Jojo et sa bande de copines qui leur soutirent leurs pensions. Voilà en quelques mots le récit de M’tekolo, (de Jussie Nsana, peintre bédéiste) BD de 24 pages en lari, format A5, publiée en février 2020 sous le label « Nsana’Arts Butsiêle » et a été présentée au public, le 24 février, lors de la Journée internationale de la langue maternelle à l’école Les Bourgeons à Pointe-Noire.

Couverture de la bande dessinée

Les Dépêches du Bassin du Congo (LDBC) : Votre BD (bande dessinée) se nomme « M’tekolo », pourquoi l’avoir ainsi intitulée ?

Jussie Nsana : M’tekolo signifie « petit-fils ou petite-fille » dans ma langue maternelle. Pourquoi ce choix, tout simplement parce que je voulais mettre en valeur nos langues qu’on nomme vulgairement « patois » et qui, à mon humble avis, sont reléguées au second plan car considérées comme sans importance. Conséquence, de plus en plus d’enfants ne connaissent pas leurs langues maternelles et éprouvent de la honte pour en parler. Victime en outre dans les années 90 du « symbole » en classe de CE1, cela m’avait totalement marquée. Alors devenue artiste, j’ai pris ma petite « revenge ». Ecrire donc en lari a été non seulement un vrai bonheur mais aussi un devoir puisque je valorise cette langue via des expressions et proverbes. Et puis au quotidien, j’ai souvent recours à nos langues dans la mesure où tous mes travaux portent que ce soit en peinture comme en photographie ou encore dans toute autre forme d’expression artistique des titres dans nos différentes langues.     

LDBC : La couverture est peu expressive, une femme inclinée avec un regard flottant. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Jussie Nsana : Sans pour autant être moralisatrice, je parle dans la BD d’un phénomène nommé « La mourincia » qui a eu une certaine ampleur dans la société congolaise et tant à disparaître. Il s’agit ici d’une bande de filles, à la recherche d’hommes naïfs à qui elles peuvent soutirer des sous en usant de leurs charmes. C’est en fait une suite de mes premières planches de BD publiée dans la Revue congolaise de BD « Mbongui Bulles » à Brazzaville en juillet 2005, seule nouveauté l’arrivée dans le carré des personnages principaux de « Monsieur Kopa et son ami Monsieur Kihuari » deux retraités.

LDBC : Qu’est-ce que cette BD apporte de plus dans le paysage de la BD congolaise ?

Jussie Nsana : J’avoue que c’est une question assez pertinente. La particularité de cette BD, c’est qu’elle est mon premier jet en individuel et M’tekolo est entièrement dans une langue de chez nous. Cela pourrait sûrement booster les lecteurs à s’intéresser un plus à nos langues, en apprendre l’écriture, ou tout simplement à vouloir les apprendre et non à les dénigrer en les réduisant en des simples patois. Mon message ici est que l’on doit être fiers de nos langues, c’est notre patrimoine et elles regorgent de tant de richesses.  

LDBC : On connaît votre passion pour la BD, pourquoi avoir attendu autant d’années pour sortir cette BD ?

Jussie Nsana : Il est vrai que ce projet date de très longtemps, pour être précis c’est en 2005 que j’ai commencé à y travaillé à Brazzaville, puis développé plus tard à Pointe-Noire… S’agissant de la sortie, rappelons qu’au Congo nous n’avons pas de maisons d’édition adapter au 9e art, et le coup des factures à l’imprimerie est aussi très élevé. Heureusement plusieurs associations et collectifs se battent pour faire vivre la BD Congolaise à travers des BD publiées, je parle ici de l’association congolaise pour la promotion de la BD, de Graphyk Noir, et aujourd’hui Nsana’Arts Butsiêle par le biais de son projet «Dikouala Bulle ». Nous espérons que ce dynamisme incitera les Congolais à s’intéresser à nos publications et à donner une chance à cet art de se déployer dans nos maisons, écoles et commerces.  

Avec Adiac-Congo propos recueillis par Berna Marty 

L’auteur japonais de bande dessinée Jirô Taniguchi est mort (éditeur)

février 11, 2017

Paris – Jirô Taniguchi, un des maîtres de la bande dessinée japonaise, auteur notamment de « Quartier lointain », est mort samedi à Tokyo à l’âge de 69 ans, a annoncé Casterman, son éditeur en France.

Révélé à la fin des années 1980 avec « Au temps de Botchan » puis, une dizaine d’années plus tard, avec « Le Gourmet Solitaire », Jirô Taniguchi suivait des soins médicaux difficiles ces dernières semaines, selon son entourage.

Rendu célèbre pour d’autres œuvres comme « L’Homme qui marche », ce maître du manga promenait le lecteur dans l’intimité des quartiers japonais et dans des histoires humaines et apaisantes, non sans rappeler le cinéma de son compatriote Yasujiro Ozu.

Celui dont les influences graphiques étaient plutôt européennes, en la personne par exemple de Jean Giraud (Moebius) avec lequel il publia « Icare », a séduit de nombreux lecteurs dans le monde.

En 2015, le festival international de la bande dessinées d’Angoulême, dans le sud-ouest de la France, lui avait rendu hommage avec une large rétrospective. A ce moment-là, l’ensemble de ses titres publiés en français par Casterman s’étaient vendus à plus d’un million d’exemplaires, selon cette maison d’édition.

Douze ans auparavant, Jirô Taniguchi s’était vu décerner le prix du meilleur scénario à Angoulême, pour le premier tome de « Quartier lointain ».

Couronné de nombreux prix, véritable passeur entre le manga et la bande dessinée occidentale, il a bâti une oeuvre foisonnante et humaniste dont la variété de tons et de genres est exceptionnelle.

Né en août 1947 à Tottori, au Japon, dans une famille très modeste, Jiro Taniguchi avait débuté dans la BD en 1970 avec « Un été desséché ».

Très marqué par le tsunami meurtrier et l’accident nucléaire de Fukushima survenus en 2011, il avait confié à l’AFP, dans un petit atelier de Tokyo au milieu d’un monceau de livres, avoir failli renoncer à son métier, ne voyant plus, au milieu d’un tel désastre, quelle pouvait être l’utilité de son travail.

« Ce sont les lecteurs, des Français notamment, qui m’ont incité à continuer », assurait-il alors.

Romandie.com avec(©AFP / 11 février 2017 19h57)             

Défections en série pour le Grand Prix d’Angoulême

janvier 6, 2016

Le Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême va-t-il devoir revoir sa liste de nominés pour le Grand Prix de sa prochaine édition (du 28 au 31 janvier) ? La polémique née de l’absence de femmes dans la sélection de trente noms communiquée mardi 5 janvier continuait d’alimenter la chronique mercredi avec l’annonce de nouvelles défections dans le camp des auteurs – tous des hommes, donc – figurant sur la liste.

  • Ceux qui ont décidé de se retirer

Riad Sattouf a été le premier à indiquer qu’il souhaitait que son nom soit retiré. Rejoint dans un premier temps par l’Américain Daniel Clowes et par Joann Sfar, il l’est désormais par d’autres grands noms du 9e art : Etienne Davodeau, Christophe Blain, Pierre Christin, François Bourgeon, Charles Burns (Etats-Unis), Chris Ware (Etats-Unis) ou encore Milo Manara (Italie), l’ex-maître de la BD érotique des années 1980 et 1990 (Les Aventures de Giuseppe Bergman, Le Déclic…).

Ce dernier nous a expliqué par courriel sa décision :

« Compte tenu de l’importance que les femmes ont eue dans ma vie artistique (et dans ma vie tout court) et du fait que j’ai toujours essayé d’être respectueux de leur rôle en tant que sujet et non pas objet dans mon travail, je désire retirer mon nom de la liste des candidats au Grand Prix d’Angoulême. »

Auteur d’une cinquantaine d’albums et de livres d’illustration en un demi-siècle de carrière, l’Italien né en 1945 faisait partie des candidats ayant le profil type pour succéder au Japonais Katsuhiro Otomo.

Idem de François Bourgeon (Les Passagers du vent, Les Compagnons du crépuscule…), 70 ans, dont les personnages principaux sont quasiment toutes des héroïnes :

« Je me retire pour deux raisons. Primo, il est tout à fait anormal qu’il n’y ait pas de femme dans cette liste ; les auteurs auraient dû être consultés sur le sujet. Secundo, le mode de désignation du Grand Prix est devenu totalement incompréhensible. »

  • Ceux qui ne se prononcent pas

Interrogés par Le Monde, d’autres auteurs figurant sur la liste du FIBD ont préféré botter en touche plutôt que de prendre une décision, sans toujours cacher leur embarras face à une polémique que certains découvraient.

« Ce festival boîte depuis pas mal de temps déjà. Son Grand Prix n’a été décerné qu’à des dessinateurs : aucun scénariste ne figure à son palmarès, ce qui est un vrai scandale. Qu’aucune femme ne fasse partie de cette liste de nominés n’est pas vraiment surprenant », soupire le scénariste franco-chilien Alejandro Jodorowsky (L’Incal, Le Monde d’Alef-Thau…).

Le Suisse Bernard Cosey (Jonathan, A la recherche de Peter Pan…) s’étonne, lui, de l’absence de Marjane Satrapi, l’autrice de Persepolis, dans la liste : « Elle a quand même réalisé une œuvre qui a énormément contribué à la reconnaissance de notre discipline. » La dessinatrice franco-iranienne faisait partie des candidats au Grand Prix ces deux dernières années. Des déclarations récentes montrant qu’elle avait tiré un trait sur la bande dessinée expliquent son éviction, comme l’a justifié le délégué général du FIBD, Franck Bondoux.

La Britannique Posy Simmonds (Tamara Drewe, Gemma Bovery…) aurait également pu avoir sa place, estime de son côté l’Italien Lorenzo Mattotti en pointant lui aussi les « contradictions » d’un prix qui n’en est pas à sa première polémique :

« Cette distinction a été créée afin de récompenser une carrière. Cela n’a pas empêché des auteurs comme Zep ou Lewis Trondheim de la recevoir alors qu’ils étaient encore jeunes dans la profession. S’il faut avoir au minimum 50 ans pour l’obtenir, alors, oui, il sera plus difficile de trouver des femmes car elles sont moins nombreuses. »

  • Ceux qui refusent d’en débattre

Du côté de ceux que cette polémique laisse froids, citons rapidement Christian Binet, le créateur des Bidochon : « Il y a longtemps que je ne fais plus attention à ce qui se passe autour du festival d’Angoulême. On m’a annoncé un nombre incalculable de fois que j’aurais le prix et rien n’est jamais arrivé. Si une femme veut prendre ma place dans la liste, pas de problème ! »

Laissons le mot de la fin à Emmanuel Guibert (Le Photographe, La Guerre d’Alan, Ariol…) :

« Les prix sont des pièges absolus pour quelqu’un qui, comme moi, ressent depuis tout petit un malaise animal pour la compétition. C’est sans doute pour cela, d’ailleurs, que je fais ce métier : ne pas être en compétition. Pour tout dire, je veux bien être radié à vie des listes de candidats au Grand Prix d’Angoulême, comme ça, je serais bien peinard. »

 Lemonde.frFrédéric Potet,  Journaliste au Monde