Posts Tagged ‘Banny’

Côte d’Ivoire: Banny insulte les chefs baoulé

juin 17, 2015
Charles Konan Banny

Charles Konan Banny

 

Spleen baudelairien ou coup de gueule pour se donner de la contenance ? C’est peut-être les deux à la fois. Charles Konan Banny, pour la première fois, a pris ouvertement position dans le combat qu’il a décidé d’engager contre sa famille politique, le PDCI-RDA et le RHDP. Dans une interview parue dans l’hebdomadaire panafricain « Jeune Afrique », l’ancien président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation règle ses comptes. Personne n’est épargné dans cet entretien. Partenaires et adversaires. Tout le monde y passe. Même les pauvres chefs traditionnels Akoué, en ont pris pour leur grade.

Pour Banny, la chefferie traditionnelle, aujourd’hui, ne pèse pas grand-chose. Sur la question de leur influence indéniable en pays baoulé. « Ce sont des clichés », tranche-t-il. « Il n’y a pas de grands électeurs donnant des consignes de vote qui seraient respectés à la lettre », assène-t-il à l’intention des têtes couronnées de sa région, avec toute la morgue qu’on lui connait.

Pour Charles Konan Banny, ce qui compte, ce sont les militants. Mais pourquoi de telles civilités vis-à-vis de ceux dont il sollicitait pourtant le soutien, il n’y a pas si longtemps ? Qu’ont-ils pu faire pour essuyer une telle volée de bois vert de la part de leur frère, leur fils ? Le cadet des Banny a la dent très dure. Il n’a pas du tout oublié l’humiliation que lui ont fait subir les chefs de tribu de son village natal. Ils ont osé le désavouer publiquement, ils le paieront. C’est comme s’il leur disait ceci : «S’ils ne veulent pas de moi Banny, tant pis pour eux. D’ailleurs, ils ne représentent rien».

Entre Charles Konan Banny et les chefs traditionnels baoulé, notamment ceux de sa tribu, c’est l’histoire du fiancé amoureux éconduit. Il espérait avoir le soutien inconditionnel des chefs traditionnels baoulé. Cela devait se faire naturellement pour lui, le Baoulé pur-sang. Malheureusement, pour lui, les gardiens de la tradition baoulé ont déjà donné leur parole au président Alassane Ouattara. Ils le lui ont clairement fait savoir. Or, c’est connu.

En pays baoulé, un chef ne se dédie pas. Banny sait qu’à ce niveau, il a perdu la bataille. Les gentils mots proférés à l’endroit des chefs baoulé sont l’expression du dépit amoureux qu’il vit en ce moment. Il faut donc le comprendre. Pour ce qui est du président Alassane Ouattara dont il se considère comme le principal challenger, Charles Konan Banny n’a pratiquement rien à lui reprocher. Sauf qu’il se comporte comme le personnage ultra-narcissique de la bande dessinée Iznogoud. Sur le bilan du chef de l’Etat, celui qui veut être « calife à la place du calife » n’a absolument rien à signaler.

A part, la réconciliation nationale qu’il n’a pas réussie et les libertés publiques qu’il croit ne pas être « une préoccupation pour lui ». La raison de ces diatribes ? Trois proches que le président de la République aurait fait arrêter, parce que, lui, Banny a fait acte candidature. Pourtant, tout le monde sait en Côte d’Ivoire que les proches à qui il fait allusion ont été arrêtés dans le cadre d’enquêtes portant sur des prévarications dont ils se sont rendus coupables. S’agissant de la réconciliation nationale, s’il y a quelqu’un qui est mal placé pour en parler, c’est bien le président de la CDVR qu’il a été. Charles Konan Banny était chargé de réconcilier les Ivoiriens. Son bilan est connu de tous. Aucune action concrète à ce niveau n’a été enregistrée, avec à la clé 16 milliards de FCFA gaspillés. Sur ce chapitre, Charles Konan Banny est donc disqualifié.

Aujourd’hui, avec la posture qu’il adopte, l’on comprend maintenant beaucoup de choses. L’ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, en réalité, n’a jamais voulu accomplir sa mission avec efficacité. Il n’avait pas intérêt à ce que les Ivoiriens se réconcilient. Puisqu’une réconciliation réussie aurait sérieusement contrarié ses plans. Banny, « après avoir longtemps hésité », comme il le dit, a accepté le poste de président de la CDVR. Pas parce qu’il se sentait investi d’une mission messianique à l’égard des victimes. Mais, parce qu’il pensait pouvoir utiliser cette institution comme une échelle pour assouvir ses ambitions personnelles. Dès le départ, Charles Konan Banny s’est joué des victimes. C’est là qu’apparait toute l’ampleur du cynisme du personnage et de son égo surdimensionné.

Charles Konan Banny aime ramener tout à lui. « Pour battre Ouattara, je préférerais qu’il n’y en ait qu’un, mais rien n’est décidé », conseille-t-il sur une probable candidature unique au sein de la Coalition nationale pour le Changement (CNC). Mais à la question de savoir s’il est prêt à accepter quelqu’un d’autre pour défendre les couleurs de cette coalition, sa réponse se passe de commentaires : « Pourquoi voulez-vous que ce soit quelqu’un d’autre ? ». Toute la personnalité de Banny se résume dans cette question rhétorique. Charles Konan Banny veut qu’on lui fasse toute la place.

Malheureusement pour lui, la place est déjà occupée. Ce n’est pas « la conception de l’amitié en termes de soumission » qui le dérange. Mais, le drame existentiel qu’il vit. L’envie d’exister à tout prix qui, chez lui, est tellement obsessionnelle qu’il ne peut supporter de vivre à l’ombre de quelqu’un d’autre. Pour sortir de cet enfer, le pharaon de Morofè est prêt à tout. Jusqu’à pactiser avec le diable.

En réalité, Banny n’éprouve aucune compassion, encore moins de la sympathie, pour Laurent Gbagbo qui l’a toujours méprisé et pour qui il n’a d’ailleurs jamais eu une bonne opinion. Il est en pleine opération de charme. Ces fleurs à l’endroit du prisonnier de Scheveningen visent une seule chose : séduire son électorat en vue de la prochaine présidentielle. C’est à cela que sert en réalité cette interview dans « Jeune Afrique ».

Lepatriote.ci par Jean-Claude Coulibaly