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RDC : la cérémonie de restitution des restes de Lumumba reportée à juin

janvier 6, 2022
Patrice Lumumba, ramené à Léopoldville, le 2 décembre 1960. © Rue des Archives

Le 17 janvier, la Belgique devait officiellement rendre aux proches de l’ancien Premier ministre l’une de ses dents, prélevée sur son corps après son assassinat, en 1961. Pour expliquer le report de la cérémonie, la présidence congolaise met en avant les mesures de restriction liées à la pandémie de Covid-19.

La cérémonie de restitution, par la Belgique, d’une « relique » de l’ex-Premier ministre congolais, Patrice Émery Lumumba, a été reportée à juin 2022, a annoncé la présidence congolaise le 5 janvier.

Héros de l’indépendance devenu le premier chef de gouvernement du Congo en juin 1960, Patrice Lumumba avait été renversé quelques mois plus tard lors d’un coup d’État. Il avait été exécuté, le 17 janvier 1961, par des séparatistes de la région du Katanga, avec l’appui de mercenaires de l’ancienne puissance coloniale belge.

La Belgique devait remettre au président Félix Tshisekedi une dent qu’un commissaire de police belge affirme avoir prélevée sur le corps de Lumumba lorsqu’il a contribué à le faire disparaître. Cette restitution devait avoir lieu le 21 juin 2021, mais la cérémonie et les hommages qui devaient l’accompagner avaient été une première fois reportés en raison d’une hausse « exponentielle » des cas de Covid-19. Ils avaient ensuite été fixés au 17 janvier 2022, jour du 61e anniversaire de la mort de Lumumba.

Dissous dans l’acide

« La cérémonie de restitution et de rapatriement des restes de l’ancien Premier ministre, Patrice Lumumba, est reportée à juin prochain, à une date proche des festivités de célébration de l’indépendance de la RDC, le 30 juin », a fait savoir un conseiller du président Tshisekedi. « Plusieurs raisons justifient ce report. La principale porte sur les restrictions qui s’appliquent dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19 », a-t-il ajouté, promettant « une communication officielle dans les prochaines heures ».

En 2000, le commissaire de police belge Gérard Soete avait raconté avoir découpé et dissous dans de l’acide les corps de Lumumba et de deux de ses proches, Joseph Okito et Maurice Mpolo, assassinés en même temps que lui. Dans un documentaire diffusé sur la chaîne allemande ARD la même année, il avait précisé avoir conservé des dents de Lumumba et les avait montrées.

En septembre 2020, la justice belge avait répondu favorablement à la demande de la famille de Patrice Lumumba de lui restituer une dent attribuée au leader congolais et saisie chez la fille de Gérard Soete. En 2001, au terme d’une commission d’enquête parlementaire, la Belgique avait reconnu sa « responsabilité morale » dans la mort de Lumumba.

Par Jeune Afrique avec AFP

Bourse en microfinance pour Africains en Belgique 2022

décembre 16, 2021

Cette bourse d’études est destinée aux étudiants étrangers et africains pour étudier en Belgique.

1. Données sur la bourse 

Année de la bourse : 2022

Pays : Belgique

Organisme : plusieurs universités

Niveau d’étude : master

Spécialité de la bourse : microfinance

Montant de la bourse : 1.200€

Date limite pour postuler : 28 janvier 2022

2. Organisme d’accueil 

Nom de la bourse : bourses ARES

Organisme : plusieurs universités

3. Description de la bourse 

L’objectif du programme est de former des professionnels de la microfinance du Nord comme du Sud et de contribuer au renforcement des institutions de microfinance dans le monde, conformément aux plus hauts standards internationaux.

L’EMP offre une approche multidisciplinaire sur les questions de développement dans le secteur de la microfinance. Le programme combine des bases théoriques solides, des connaissances pratiques et un stage sur le terrain. L’admission est délivrée par le comité de gestion du programme européen de microfinance sur une commission d’évaluation des candidats.

4. Condition d’éligibilité

  • Les candidats au programme d’un an doivent déjà être titulaires d’un master – 300 ECTS – (ou d’un diplôme considéré comme équivalent par le jury) dans l’une des disciplines suivantes : coopération au développement, économie, agronomie, gestion ou finance.
  • Les candidats doivent avoir une expérience de terrain dans les pays en développement.
  • La maîtrise de l’anglais est requise.

5. Comment postuler à la bourse 

L’introduction d’une candidature de bourse doit se faire selon les modalités d’introduction et répondre aux critères de recevabilité. Postuler à une bourse de l’ARES est totalement gratuit. L’ARES ne porte aucun frais en compte à quelque étape du processus de candidature ou de sélection que ce soit. Votre dossier de candidature devra être soumis à l’ARES via la plateforme GIRAF.

Lien : https://bourses-etudes-africains.info/bourse-en-microfinance-pour-africains-en-belgique-2022/

Avec Adiac-Congo par Bourses africaines

RDC-Belgique : des restitutions d’œuvres d’art, mais pas tout de suite

décembre 11, 2021
Dans la salle de restauration du musée de la réserve du mont NGaliema, à Kinshasa. © Marie Toulemonde

En visite à Kinshasa fin novembre, le secrétaire d’État belge, Thomas Dermine, a présenté un ambitieux projet autour du patrimoine pillé durant la période coloniale. Qu’en pensent la classe politique et les citoyens congolais ?

« Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue, et je pense que l’heure de la restitution d’objets spoliés au Congo est venue. » C’est avec un ton solennel, et en empruntant les mots de Victor Hugo, que Thomas Dermine entame son discours, en ce 24 novembre 2021, dans la salle de réception du flambant neuf musée national de la République du Congo (MNRDC), à Kinshasa.

Le secrétaire d’État belge, chargé du brûlant dossier des œuvres d’arts pillées durant la colonisation, a fait le déplacement pour présenter aux Congolais l’approche esquissée par la Belgique, afin de décider du sort des quelques 109 000 artefacts conservés aujourd’hui à l’Africa Museum de Tervuren. Le projet, qui devrait être voté dans les semaines à venir au Parlement belge, doit jeter les bases d’une coopération bilatérale autour de la question de leur héritage commun.

Démarche avant-gardiste ?

Réunis devant lui, une quarantaine de chercheurs et autorités politiques congolaises, dont le président de l’Assemblée nationale Christophe Mbosso et celui du Sénat Modeste Bahati Lukwebo, mais aussi des représentants religieux et royaux. Tous écoutent attentivement : le moment est hautement symbolique. Ce projet de restitution du patrimoine culturel congolais est une étape nécessaire à la réconciliation des deux peuples liés par un passé « trouble » et douloureux. La Belgique vient de franchir une étape avec la publication, au début du mois, d’un rapport d’historiens, commandé par le Parlement, qui détaille au cours de 700 pages « la brutalité » du régime colonial qui a fait quelque dix millions de morts.

Alors que les relations de Bruxelles avec Kinshasa se sont dégradées depuis l’élection de Félix Tshisekedi, le déplacement de Thomas Dermine, avec la ministre belge de la Coopération au développement Meryame Kitir, est particulièrement stratégique. C’est un pas de plus vers la réconciliation et la possibilité d’un déblocage de fonds.

LE TEMPS N’EFFACE RIEN. IL ÉTAIT DONC TEMPS POUR DES EXCUSES AU PLUS HAUT NIVEAU DE L’ÉTAT

Trentenaire, fraîchement arrivé au gouvernement, Thomas Dermine incarne une nouvelle génération politique décomplexée qui n’a plus peur de regarder avec franchise son histoire. Après un mea culpa de rigueur : « Le temps n’efface rien. Au mieux, il recouvre d’un voile des souvenirs éteints qui se rallument à la première brise. Il était donc temps pour des excuses au plus haut niveau de l’État. » Ensuite il tranche : « Les objets acquis par nos ancêtres de façon illégitime ne nous appartiennent pas. Ils ne sont pas à nous. Ils appartiennent au peuple congolais. Point final. »

Toutes les œuvres acquises de 1885 à 1960 par la Belgique au Congo seront donc « a priori restituables ». Puis, il poursuit en détaillant méthodiquement les modalités de cette démarche à portée « holistique » et « avant-gardiste » au regard d’autres pays européens.

Thomas Dermine, Placide Mumbengele, Meryame Kitir
Thomas Dermine, Placide Mumbengele, Meryame Kitir © Marie Toulemonde

À en croire les applaudissements de l’audience, le discours a fait mouche. « Une page est tournée », salue Christophe Mbosso. Et la volonté de réconciliation partagée. « On parle le même langage », insiste le directeur du musée Henry Bundjoko. Lors de la table ronde qui a précédé le discours et à laquelle la ministre de la culture congolaise Catherine Katumbu a participé, on parlait même de « révolution copernicienne ». Mais qu’en est-il réellement ? Qu’en pensent la classe politique congolaise et les citoyens ?

Restitution versus reconstitution

Les contours du projet se sont dessinés dans un contexte d’ébullition en Europe, après que la France a jeté un pavé dans la mare avec la publication du rapport  Felwine Sarr et Bénédicte Savoy (2018), après la vague Black Lives Matter et le déboulonnage de statues du roi Léopold II qui en a découlé. Si Emmanuel Macron vient d’ailleurs de restituer en grande pompe, au Bénin, 26 œuvres pillées lors de la mise à sac des palais du royaume d’Abomey en 1892,  il ne s’agit surtout pas pour le secrétaire d’État belge de marcher dans les pas du président.

De dix ans son cadet, Thomas Dermine met un point d’honneur à s’en différencier. « Je ne suis pas un cascadeur de la politique, je travaille pour le fond, pas pour créer du spectacle. C’était plus facile de demander à Guido Gryseels, directeur de Tervuren, deux masques et une statue symboliques et problématiques – on sait lesquels en plus – et de faire deux, trois photos. Mais est-ce-qu’on ne reproduit pas des schémas coloniaux en se donnant bonne conscience avec des actes symboliques ? » questionne-t-il avec un sourire taquin.

Contrairement à la France, donc, la Belgique ne se concentre pas sur une collection spécifique et considère l’ensemble du patrimoine public. L’idée est de mettre sur pied, « d’ici à 2022 », une commission mixte, instituée par un accord bilatéral, composée de manière paritaire d’experts scientifiques belges et congolais. Cette équipe sera chargée de déterminer si les oeuvres, en priorité celles ayant fait l’objet d’une demande de restitution, ont été acquises de manière légitime ou illégitime. Dans le second cas, le transfert de propriété juridique serait immédiat. La question du retour physique de l’objet serait organisée dans le temps « pour s’assurer de sa conservation, préservation et valorisation ».

DERMINE PRÉFÈRE OPTER POUR LE MOT RECONSTITUTION, EMPRUNTÉ EN DERNIÈRE MINUTE AUX CONGOLAIS

Le terme « restitution », choisi par les Français, témoigne selon le secrétaire d’État d’une forme d’européocentrisme puisque c’est l’action des Européens qui est mise en avant. « Il faut au contraire adopter une position centrée sur la perspective du Congo qui est de reconstituer l’identité culturelle d’un peuple, […] qui a été trop longtemps privé de la mémoire, de la créativité et de la spiritualité de ses ancêtres. » Dermine préfère opter pour le mot « reconstitution », emprunté en dernière minute aux Congolais qui l’avaient employé lors d’un forum dédié. Tout est bon pour se démarquer, et tant pis si ça cafouille côté presse flamande car dans leur langue, reconstitution n’a pas réellement de traduction…

Terme flou et chantier colossal

Si, pour le ministre, « il faut se poser la question : l’a-t-on volé ? La réponse c’est oui ou non », dans les faits, la réalité est plus complexe.

Guido Gryseels, l’emblématique directeur de Tervuren depuis 20 ans, cheville ouvrière du projet, estime que plus de 900 œuvres – 1 % des collections –  sont éligibles à une restitution immédiate, à l’image de la statue du chef Ne Kuko, dont on a la preuve qu’elle a été acquise de manière illégitime par Alexandre Delcommune lors d’une expédition punitive, fin 1878.

Le marchand belge Alexandre Delcommune a volé la « kitumba » à un roi de Boma en 1878
Le marchand belge Alexandre Delcommune a volé la « kitumba » à un roi de Boma en 1878 © RMAC Tervuren

Près de 58 % – 63 000 objets – resteront à priori dans le domaine public belge car acquis « de manière légitime ». C’est le cas de la « grande pirogue » – 22 mètres – exposée à Bruxelles depuis 1958, qui fut officiellement un don de l’administration territoriale au roi Léopold III, en visite au Congo un an plus tôt. Mais qu’est-ce qu’un don dans un contexte de domination systémique et violente ? Ne faut-il pas sortir des termes juridiques – trace de transaction – et préférer une approche morale au cas par cas ?

QU’EST-CE QU’UN DON DANS UN CONTEXTE DE DOMINATION SYSTÉMIQUE ET VIOLENTE ?

Le plus gros souci concerne les quelques 45 000 objets dont on ignore comment ils ont été acquis et comment ils ont transité du Congo à Bruxelles, il y a plus d’un siècle. Pour ces derniers, et en attendant les éventuels résultats de leur analyse de provenance, ils seront conservés dans le domaine public mais rendus « aliénables ». Le terme est flou et le chantier colossal.

En effet, aujourd’hui seule une personne est employée à temps plein pour mener ce travail de recherche, débuté début juin, à Tervuren. Et les financements manquent. Alors après plusieurs piques de Guido Gryseels à ce sujet, le secrétaire d’État qui lui prête une oreille attentive, lui promet un budget de 2 millions par an consacré à l’analyse de provenance. Une petite victoire, mais les résultats pourraient nécessiter des dizaines d’années de travail.

Rien ne presse

Et tant mieux car du côté congolais, le temps ne presse pas. Le président Tshisekedi l’avait déjà affirmé lors de l’inauguration du MNRDC, deux ans plus tôt : « Un jour il faudra bien que notre patrimoine revienne au Congo mais il faut le faire de manière organisée et concertée. Il ne faut pas le faire précipitamment. » Même son de cloche chez le directeur du musée, Henry Bundjoko, « On a d’abord besoin d’une reconnaissance, (juridique) ensuite on n’est pas pressé », et Christophe Lutundula, le ministre des Affaires étrangères : « Nous avons notre rythme, notre gestion de la démarche qui nous oblige à travailler dans la sérénité… mais avec l’objectif de faire de la démarche un élément qui contribue au renforcement de nos relations. »

Le Musée national de la République démocratique du Congo (MNRDC), à Kinshasa.
Le Musée national de la République démocratique du Congo (MNRDC), à Kinshasa. © Marie Toulemonde

Contrairement à d’autres pays du continent, comme le Bénin, le Sénégal ou encore le Tchad, la RDC n’a pas fait de demande officielle de restitution. Et pour cause. Tout le monde est bien conscient que le terrain est mal préparé et qu’il faut à tout prix éviter les « ratés », comme le rappelait Christophe Lutundula en référence aux « dons » d’œuvres effectués sous Patrice Lumumba, qui s’étaient rapidement évaporés dans la nature une fois retournés au pays. Les vols, s’ils ont diminué, sont encore réguliers.

LES ŒUVRES DEVRONT ÊTRE DÉPLACÉES MAIS PERSONNE NE SAIT ENCORE OÙ, LA RÉSERVE DU NOUVEAU MUSÉE EST DÉJÀ PLEINE

Si le président adopte cette approche prudente, c’est qu’il sait que les capacités d’accueil et de conservation du pays, principal argument prôné par les anti-restitutions, sont encore insuffisantes. Aujourd’hui, près de 33 000 objets des collections publiques congolaises sont entassés dans des conditions de conservation inquiétantes dans l’ancienne réserve privée de Mobutu au mont Ngaliema. Ils vont bientôt devoir être déplacés mais personne ne sait encore où les conserver car la réserve du nouveau musée est déjà pleine. Aucun budget n’a été débloqué à ce jour pour en construire une autre.

Dans la salle de restauration du musée de la réserve du mont NGaliema, à Kinshasa.
Dans la salle de restauration du musée de la réserve du mont NGaliema, à Kinshasa. © Marie Toulemonde

De manière plus globale, la culture est encore loin d’être une priorité au sein du gouvernement qui peine à faire rentrer les recettes de l’extraction minière qui se perdent entre les « crocs-en-jambe » dans l’administration et la corruption, pour reprendre l’expression de Christophe Mbosso. Pourtant, c’est la culture que Félix Tshisekedi a choisi de mettre à l’honneur cette année à l’Union africaine. Quelques jours avant l’arrivée de la délégation belge, il a même instauré une commission sur le sujet des restitutions, sans que sa composition ait été dévoilée. Un colloque panafricain vient également de s’achever, dimanche 5 décembre, sur cette thématique à Kinshasa.

LA BELGIQUE NE MENTIONNE À AUCUN MOMENT UNE AIDE FINANCIÈRE DÉDIÉE AUX MUSÉES CONGOLAIS

Dans ces conditions, beaucoup se demandent pourquoi, dans le projet de reconstitution, la Belgique ne mentionne à aucun moment une enveloppe d’aide financière précise, dédiée aux musées congolais pour préparer le retour des œuvres, comme ont pu le faire l’Allemagne avec le Nigeria et la France avec le Bénin.

Les institutions culturelles françaises, élément essentiel de la diplomatie de Paris, sont d’ailleurs bien mieux implantées à Kinshasa que leur pendant belge. Le nouveau musée national MNRDC, qui a coûté 21 millions de dollars, a lui été financé par… la Corée du Sud. La Chine, en situation de disgrâce avec les affaires minières de la Sicomines notamment, semble elle aussi faire de la culture un faire-valoir politique. L’ambassadeur Zhu Jing visitait des musées congolais, dimanche 5 décembre.

Seul Tervuren fait réellement office de représentant belge de la culture au Congo. En effet, l’institution est connue de Kinshasa à Lubumbashi, où elle a développé de multiples programmes de formation. Elle est incarnée par la figure de Guido Gryseels, accueilli avec des égards de ministre par de nombreux acteurs congolais de la recherche. C’est d’ailleurs avec son complice Placide Mumbengele, le directeur de l’Institut des musées nationaux du Congo (INMC), qu’il met sur pied le projet de « reconstitution ».

Sujet élitiste

Mais pour la jeune génération congolaise, le discours belge est loin d’avoir l’écho attendu. Comme le témoignent, Nizar Saleh et Paul Shemisi, deux cinéastes locaux qui travaillent dans les quartiers populaires kinois, « Ça reste un sujet élitiste. Pour la plupart des gens, il faut d’abord survivre au quotidien.

CES ŒUVRES ONT-ELLES RÉELLEMENT LEUR PLACE DERRIÈRE LA VITRINE D’UN MUSÉE ?

À l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, alors que le secrétaire d’État vient juste de sortir de l’atelier de peinture qu’il était venu visiter, un débat s’improvise autour du sujet. Pour Chimbalanga, jeune artiste kinois, l’acte de transfert de propriété ne signifie rien : « Ces œuvres nous appartiennent déjà. Ce n’est pas un papier juridique qui changera quoique ce soit. » « Pour moi le terme devrait être réparation ou reconstruction », poursuit Isaac, qui souhaite que les Belges « qui ont dû beaucoup s’enrichir avec ce patrimoine volé », compensent en bâtissant des musées et en formant la jeunesse.

Pour Chimbalanga, jeune artiste kinois, l’acte de transfert de propriété ne signifie rien.
Pour Chimbalanga, jeune artiste kinois, l’acte de transfert de propriété ne signifie rien. © Marie Toulemonde

D’autres ne comprennent pas l’intérêt d’un retour de ces objets. En sortant du village, le masque qui avait une utilité dans la communauté, un emplacement, a perdu son caractère sacré. Les échanges témoignent aussi de la position des Occidentaux qui ont, ces dernières années, eu tendance à mettre en avant l’esthétique des objets au détriment de leur origine culturelle et cultuelle. Phénomène qui a par ailleurs permis d’alimenter le marché privé de l’art classique africain et donc le pillage. Finalement, ces œuvres ou objets ont-ils réellement leur place derrière la vitrine d’un musée ?

Réappropriation 

Cette réflexion s’est poursuivie au Colloque panafricain pour la renaissance africaine, à Kinshasa, le 2 décembre, au cours duquel Clémentine Faïk-Nzuji, chercheuse en symbologie africaine, s’est montrée exaspérée. Malgré ses demandes répétitives, et cela depuis trente ans, aucune page du programme scolaire congolais n’aborde encore les cultures traditionnelles africaines. « Nous devons sensibiliser la jeunesse à la valeur sacrée et l’importance sociale de ces objets […]. Aujourd’hui, l’enfant africain a peur de son patrimoine parce qu’il a été diabolisé. »Ces propos, Emery Mwazulu Diyabanza, activiste panafricain des restitutions et porte-parole de l’association Unité, Dignité, Courage (UDC), les partage et les complète : « Nous avons besoin de nous réapproprier notre patrimoine culturel, dont l’énergie est emprisonnée dans les musées occidentaux […]. Mais sans la réhabilitation de la vérité historique et la restitution des œuvres, nous ne pouvons déclencher cette réconciliation avec nous-mêmes. »

L’Académie des beaux-arts de Kinshasa.
L’Académie des beaux-arts de Kinshasa. © Marie Toulemonde

C’est précisément ce besoin de réappropriation que douze artistes africains tentent d’exprimer à travers un projet artistique nommé « l’esprit des ancêtres », sous l’impulsion de l’artiste Géraldine Tobé et soutenu par l’historien de l’art à l’Université libre de Bruxelles, Hans de Wolf. L’idée, partir à la recherche de ce patrimoine perdu, se reconnecter avec les racines spirituelles d’avant la colonisation et l’évangélisation.

En effet, comme le soulignait dans son discours Thomas Dermine, de nouvelles générations de Congolais et de Belges se rencontrent aujourd’hui. Elles sont les héritières d’un passé commun qu’elles n’ont ni vécu ni voulu. « Au sein du gouvernement actuel, un seul ministre était né au moment de l’Indépendance. […] Cela influence fortement notre rapport au Congo sur la volonté de regarder notre passé en face et de vouloir construire un avenir fraternel sur les bases d’un juste équilibre », ajoute-t-il.

Une œuvre de Géraldine Tobé, née le 9 février 1992 à Kinshasa.
Une œuvre de Géraldine Tobé, née le 9 février 1992 à Kinshasa. © Géraldine Tobé

Cette quête, Pamela Tulizo, photographe et membre du projet de Géraldine Tobé, l’a entamée dans le cadre de son projet sur les héroïnes oubliées du Congo. Résidant à Goma, où aucun document historique ne lui était accessible, elle a dû travailler à distance avec les étudiants belges de Tervuren qui ont cherché pour elle, dans les archives nationales aujourd’hui conservées à plus de 10 000 km de son village, les traces de son passé.

Avec Jeune Afrique par Marie Toulemonde – Envoyée spéciale à Kinshasa

Côte d’Ivoire, Ghana réveillez-vous ! La Chine exporte du cacao vers la Belgique

août 19, 2021

Séchage des fèves de cacao au Ghana

Premiers fournisseurs mondiaux, les exportateurs africains de cacao ne touchent que 5 % des revenus de l’industrie du chocolat, sur un total annuel mondial de 130 milliards de dollars. Ils doivent maintenant faire face à l’arrivée de la Chine sur le marché.

En 2013, Mondelez, la société mère de Cadbury Australia, avait annoncé qu’elle allait investir 59 millions de dollars dans des essais de culture de cacaotiers le long de son usine de Hobart, en Tasmanie, au nord de l’Australie. Le but était d’augmenter la production annuelle de fèves.

Cela aurait dû être un premier signal d’alarme pour les producteurs africains. C’est désormais la Chine qui se lance dans la production de cacao, avec des projets expérimentaux qui ont déjà permis l’exportation de fèves vers la Belgique.

L’Afrique subsaharienne fournit aujourd’hui 86 % de la production mondiale de fèves de cacao, les 14 % restants étant apportés par le Brésil (12 %) et Trinidad-et-Tobago (2 %), mais elle ne touche que 5,35 % des revenus générés par l’ensemble de l’industrie (de la fève brute aux tablettes de chocolat).

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Pourquoi ? Pour certains, cela tient au fait que l’Afrique consomme elle-même peu de ses produits dérivés, avec seulement 1 % de la consommation mondiale.

D’autres estiment que l’Afrique, contrairement à l’Europe, n’a pas encore la capacité technique de construire des modèles intégrés pour transformer la matière première en produits finis et gérer la chaîne d’approvisionnement.

D’aucuns mettent en avant le manque d’investisseurs industriels, dû à des conditions d’emprunt difficiles (taux trop élevés, garanties exigées trop strictes), d’une préférence pour la liquidité et plus globalement d’un manque de confiance dans l’économie.

Une vision trop réduite des choses

Ces trois arguments sont tout à fait recevables. Mais si nous ne parvenons pas à capter plus de la valeur de la chaîne d’approvisionnement c’est parce que nos petits exploitants agricoles, nos coopératives, nos organismes de réglementation et les gouvernements en place ne voient pas assez grand.

Ils laissent l’ensemble de l’industrie locale planter les fèves, les récolter et les vendre à des courtiers internationaux à des prix inférieurs à ceux acceptés sur les marchés internationaux des matières premières.

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La chaîne de valeur est donc biaisée, au détriment des pays qui dépendent de la production primaire. En effet, l’agriculture comprend quatre socles : la production primaire, le stockage, la transformation et la distribution, mais ces différents niveaux ne sont pas rémunérés de la même manière. Plus on avance dans la chaîne d’approvisionnement, plus on gagne.

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Menace chinoise

C’est dans ce contexte inquiétant qu’il faut placer l’arrivée de la Chine sur le marché du cacao. L’Académie chinoise des sciences agricoles tropicales (CATAS) a travaillé à la culture du cacao dans la province de Haina et a récemment exporté 500 kg de fèves de cacao vers la Belgique, pour une valeur dérisoire de 3 044 euros (pour l’instant).

NOUS DEVONS CHANGER AU PLUS VITE LA FAÇON DONT NOUS PRODUISONS LE CACAO

Alors que le Cocobod du Ghana (l’organisme paraétatique qui organise la production de cacao du pays) a assuré que cette exportation chinoise n’avait rien d’inquiétant, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs agricoles du Ghana, Edward Kareweh, s’est montré lui beaucoup plus préoccupé. « Nous devons changer au plus vite la façon dont nous produisons le cacao dans ce pays. Nous utilisons des pioches et des couteaux dans nos exploitations depuis plus de 100 ans », a-t-il déclaré.

La Chine a compris qu’elle pouvait tirer parti de la fragilité du modèle africain en produisant suffisamment de fèves pour le vendre à l’Europe, dans le but de réduire sa balance commerciale due à l’importation de chocolat.

Elle songe même à développer ses propres industries pour fabriquer des barres de chocolat et d’autres produits dérivés qui serviront à nourrir 1,4 milliard de Chinois. La fève de cacao est riche, et peut être utilisée dans les barres de chocolat donc, mais aussi dans les préparations pour gâteaux, les aliments pour le petit-déjeuner, les boissons, la crème glacée.

Des solutions malgré tout

Pour tenter de s’emparer d’une plus grande partie de la chaîne de valeur le Ghana et la Côte d’Ivoire ont créé un « Chocopec », avec un prix plancher en dessous duquel les agriculteurs ne peuvent pas vendre leurs matières premières.

Mais la décision du Cocobod au Ghana et du gouvernement ivoirien de fixer un prix plancher pour la fève est en réalité contre-productive. Car si l’Afrique subsaharienne contrôle 86 % de la chaîne d’approvisionnement mondiale en intrants primaires, elle ne contrôle pas la division « achat » des produits dérivés, ni les sections secondaire (autrement dit la fabrication) et tertiaire (la logistique et la distribution) de la chaîne de valeur ajoutée.

La réponse se situe en partie dans l’intégration en amont, c’est-à-dire par la substitution des importations.

Certains pays comme la Côte d’Ivoire ont déjà entamé ce processus. Mais la plupart des additifs primaires nécessaires à la transformation du beurre de cacao en chocolat, comme le lait et le sucre, sont encore importés d’Europe.

Cacao

Pour que la Côte d’Ivoire puisse tirer pleinement profit de sa production primaire de fèves de cacao, elle doit en outre trouver des marchés dans son pays et sur le continent, car elle ne peut pas construire une chaîne d’approvisionnement sans acheteurs.

Une solution envisageable serait de veiller à ce que le Nigeria développe son plan national de transformation de l’élevage (NLTP) dans le cadre de son programme de développement laitier. Cela lui permettrait de fournir à ses voisins les matières premières et les additifs nécessaires à la transformation du cacao, sans avoir à aller les chercher en Amérique du Sud.

Autre possibilité, la construction au Ghana de fermes d’élevage entièrement mécanisées pour la production de lait, ou encore la mise en place de modèles verticalement intégrés pour pouvoir transformer la canne à sucre.

Ces projets doivent être débattus au niveau régional, par exemple lors des sommets économiques organisés par les dirigeants politiques du continent.

L’Institut de recherche sur le cacao du Ghana (CRIG) a de son côté produit des échantillons de produits issus de ses recherches sur les utilisations futures du cacao. Les usages futurs sont nombreux : cosmétiques, produits de toilette, engrais, boissons, biocarburants etc. La commercialisation des résultats de cette étude pourrait être très intéressante, à condition toutefois de trouver un financement privé.

Repenser le modèle de financement

Or les projets qui émergent ont en effet souvent du mal à se financer.

Aujourd’hui les entrepreneurs ne peuvent pas obtenir un prêt sans fournir aux banques des actifs physiques en garantie car il n’existe pas de système conçu pour analyser la solvabilité des emprunteurs. Autrement dit, il est impossible d’avoir accès au capital de long terme avec des garanties moins exigeantes.

Le cas d’Edmond Poky l’illustre bien. Cet homme d’affaires ghanéen, qui a obtenu un MBA à Columbia, a décidé de quitter son emploi chez Goldman Sachs pour créer son entreprise. Mais au moment du lancement de son projet, il n’a pu lever au Ghana que 2 millions de dollars sur les 40 qu’il espérait obtenir et a finalement dû se financer sur les marchés américains. Son entreprise, Niche Cocoa Processing Limited, a engrangé l’an dernier 120 millions de dollars de revenu.

Seul un fonds d’investissement dédié aux entreprises aux entreprises ayant des modèles commerciaux et financiers bancables de transformer la fève de cacao en produits finis permettrait de lever ces obstacles au financement.

Les gouvernements, en partenariat avec la Banque africaine de développement, la Banque africaine d’import-export (Afrexim) et la Société financière africaine, ainsi que les banques de dépôt, doivent s’unir pour fournir des capitaux « patients », au coût raisonnable aux entrepreneurs ayant des projets intéressants.

Comme le dit un célèbre proverbe chinois : « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans, le deuxième meilleur moment est maintenant ». C’est aujourd’hui l’occasion pour le continent africain de récupérer sa part du gâteau.

Par Jeune Afrique avec

Kelvin Ayebaefie Emmanuel

* Kelvin Ayebaefie Emmanuel est le co-fondateur et le DG de Dairy Hills

Aviation: une pilote de 19 ans décolle pour un tour de monde en solo et vise un record

août 18, 2021
Aviation: une pilote de 19 ans decolle pour un tour de monde en solo et vise un record
Aviation: une pilote de 19 ans décolle pour un tour de monde en solo et vise un record© AFP/JOHN THYS

Un périple pour tutoyer les étoiles et peut-être battre un record: Zara Rutherford, une pilote de 19 ans, a décollé mercredi de Belgique dans son avion biplace ultraléger, pour la première étape d’un tour du monde à travers 52 pays et cinq continents.

L’intrépide pilote belgo-britannique rêve de devenir un jour astronaute, mais pour l’instant, son objectif est d’être la plus jeune femme à accomplir un tour de la planète dans les airs en solitaire.

Son itinéraire a débuté par une brève traversée de la Manche, depuis sa ville natale de Courtrai (Flandre, dans l’ouest de la Belgique) jusqu’aux côtes anglaises. Elle prévoit ensuite d’enchaîner les étapes à travers océans, déserts, forêts, et les vastes étendues sauvages de la Sibérie.

À bord de son minuscule avion à hélices, un ULM Shark UL pesant 325 kilos seulement, elle entend éviter les principaux hubs aéroportuaires très fréquentés, à l’exception de JFK de New York, et prévoit de se poser plutôt sur de petits aéroports et aérodromes pour se reposer la nuit et se ravitailler en carburant.

Elle a obtenu l’autorisation de survoler le Groenland, le Honduras, l’Arabie saoudite ou encore la Birmanie, et sera seule aux manettes pour l’ensemble des vols, qui dureront chaque fois de cinq à six heures.

Zara Rutherford n’est pas la plus jeune pilote à faire un tour du monde aérien en solo: un Britannique de 18 ans, Travis Ludlow, y est parvenu en juillet. Mais elle entend bien être la plus jeune femme à accomplir cet exploit.

Au-delà du record, elle espère devenir une source d’inspiration: « J’espère vraiment encourager les filles et les jeunes femmes à se lancer dans l’aviation, les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques », a-t-elle déclaré avant le décollage.

« En grandissant, je n’ai pas vu beaucoup de femmes dans ces domaines et c’était assez décourageant. J’espère donc être en mesure de changer cela », insiste-t-elle. Son odyssée aérienne peut être suivie sur le site Web de Rutherford, FlyZolo.com, ainsi que sur la plateforme TikTok.

-« Atteindre les étoiles » –

La jeune femme dispose d’un téléphone satellite et d’une radio pour communiquer avec les contrôleurs aériens des pays ponctuant son itinéraire, mais dans le cockpit, elle sera seule avec sa musique et ses podcasts.

Si aucun autre avion ne la suivra pour lui prêter renfort le cas échéant, son équipe de soutien basée en Belgique a soigneusement planifié l’aventure, notamment en décrochant à l’avance les autorisations nécessaires pour traverser les espaces aériens d’une cinquantaine de pays.

Après la Belgique et les îles britanniques, la traversée de l’Atlantique sera son premier grand défi, avant que son périple ne la conduise en Sibérie et en Mongolie, parfois très loin des zones habitées.

« Je n’ai pas très bien dormi, je suis assez nerveuse mais je suis vraiment excitée. Pour l’instant, j’ai encore du mal à y croire, je commencerai à réaliser en atterrissant au Royaume-Uni », a-t-elle confié à l’AFP.

A l’aéroport de Courtrai-Wevelgem, sa famille, ses amis, le maire de la ville et quelques journalistes s’étaient réunis pour assister au début de son aventure.

Un moment poignant pour sa mère belge, Béatrice De Smet: « Évidemment, j’ai beaucoup d’émotions mélangées. Je suis une maman et j’ai le coeur qui se presse quand je la vois partir comme ça », glisse-t-elle.

Dans le même temps, « je suis extrêmement fière du vol qu’elle va entreprendre, mais aussi de la mission qu’elle voudrait réaliser derrière, c’est-à-dire encourager les petites filles à suivre leurs rêves et à atteindre les étoiles », indique-t-elle, alors que le petit avion de sa fille disparaît dans le ciel gris des Flandres.

Si tout se passe comme prévu, Zara Rutherford sera de retour en Belgique le 4 novembre –avec un autre horizon: elle souhaite entamer des études d’ingénieur.

Par Le Point avec AFP et webSetle site Web de Rutherford

Sans-papiers en grève de la faim: le conflit se durcit et fait tanguer le gouvernement belge

juillet 19, 2021
Sans-papiers en greve de la faim: le conflit se durcit et fait tanguer le gouvernement belge
Sans-papiers en grève de la faim: le conflit se durcit et fait tanguer le gouvernement belge© AFP/Archives/Kenzo TRIBOUILLARD

« Un drame est imminent »: des associations et partis politiques ont tiré la sonnette d’alarme lundi sur la santé très dégradée des 450 sans-papiers en grève de la faim à Bruxelles, un conflit qui fait tanguer le gouvernement belge et dont s’est même saisi l’ONU.

Dans un courrier rendu public lundi à Genève, deux rapporteurs spéciaux des Nations unies ont appelé l’exécutif dirigé par Alexander De Croo à prendre des mesures face aux risques de « violation des droits humains » auxquels sont exposés les 150.000 étrangers sans papiers recensés en Belgique.

Et ils ont surtout plaidé pour la délivrance d’un permis de séjour temporaire avec accès au marché du travail pour les 450 sans-papiers.

« Les informations que nous avons reçues sont alarmantes, et plusieurs grévistes de la faim sont entre la vie et la mort », a lancé l’un des deux experts, Olivier De Schutter, qui leur avait rendu visite le 8 juillet.

Ce conflit qui s’est durci depuis le début de l’été menace désormais la survie de la coalition au pouvoir depuis octobre 2020 en Belgique. Deux partis qui en sont des piliers, le PS francophone et Ecolo-Groen, ont menacé lundi de la quitter si un décès devait survenir.

Une manière d’appeler le Premier ministre « à la responsabilité », ont fait valoir les deux formations qui demandent que le secrétaire d’Etat pilotant le dossier, le chrétien-démocrate flamand Sammy Mahdi, en soit officiellement déchargé.

Depuis le 23 mai, quelque 450 étrangers en situation irrégulière, principalement des Marocains et des Algériens, observent une grève de la faim dans une église du centre de Bruxelles et sur deux sites de l’Université libre de Bruxelles (l’ULB et la VUB, son pendant flamand).

Le collectif qui les soutient met en avant des années de séjour en Belgique dans des secteurs en manque de main d’oeuvre comme le bâtiment.

Après des semaines de dialogue de sourds avec les autorités, certains viennent d’opter pour un mode d’action encore plus radical et refusent de boire.

« Grève de la soif »

Ils réclament la délivrance de permis de séjour temporaire, « de six mois à un an », qui offrirait un délai avant l’examen sur le fond de chaque situation, a expliqué lundi à l’AFP l’un des animateurs du comité de soutien, Anas Amara.

Mais Sammy Mahdi refuse pour l’instant ce scénario, y voyant « une solution collective » susceptible de déboucher sur « des grèves de la faim dans toutes les églises du pays ». Le secrétaire d’Etat déplore que le bureau administratif ouvert près de l’église occupée pour l’examen individuel des dossiers soit peu fréquenté par les intéressés.

Depuis trois jours « près de 300 grévistes » ont entamé « une grève de la soif », selon l’organisation Médecins du monde (MDM), une des ONG présente sur place qui redoute un décès « à tout moment ».

Michel Genet, directeur de MDM Belgique, rappelle que leur état physique est déjà très dégradé après 59 jours sans manger. Il craint aussi des suicides parmi les grévistes « pour la plupart en dépression majeure ».

En outre, la majorité d’entre eux présente un état neurologique « excessivement critique avec des débuts de cécité, des vertiges et pertes d’équilibre entraînant des blessures et lésions », a averti le médecin Rose Nelki, citée dans un communiqué dimanche de MDM.

En pleines inondations catastrophiques qui mobilisent les politiques et l’administration, cette autre « urgence absolue » a conduit Paul Magnette et Jean-Marc Nollet, présidents respectifs du Parti socialiste et d’Ecolo-Groen, à interpeller le Premier ministre.

Ils ont menacé de retirer leurs ministres en cas de drame, ce qui signerait la fin de la fragile coalition de sept partis formée notamment avec les libéraux et les chrétiens-démocrates flamands. Pour Jean-Marc Nollet, ce départ relèverait de la « pleine cohérence » entre les propos et les actes.

Par Le Point avec AFP

Intempéries dévastatrices en Europe : au moins 126 morts en Allemagne et en Belgique

juillet 16, 2021

L’Allemagne paie le plus lourd tribut de ces pluies diluviennes, avec au moins 103 morts recensés vendredi à la mi-journée. Le bilan devrait s’alourdir en raison du nombre de personnes toujours portées disparues et d’un glissement de terrain près de Cologne.

A Erftstadt en Allemagne, près de Cologne, un gigantesque glissement de terrain du aux inondations a fait de nombreuses victimes et continue de s’étendre le 16 juillet 2021. Les autorités évacuent la population de la zone.
A Erftstadt en Allemagne, près de Cologne, un gigantesque glissement de terrain du aux inondations a fait de nombreuses victimes et continue de s’étendre le 16 juillet 2021. Les autorités évacuent la population de la zone. RHEIN-ERFT-KREIS / AP

Le bilan des intempéries dévastatrices en Europe s’est alourdi vendredi 16 juillet, il est maintenant de 126 morts, la plupart en Allemagne, où les secours continuent de rechercher de nombreuses personnes portées disparues.

De nombreux villages de l’ouest de l’Allemagne présentent une image de désolation. Dans cette vaste zone affectée par les inondations subites causées par des pluies diluviennes, le nombre de victimes a augmenté à au moins 103 morts, selon les autorités locales. « Je crains que nous ne voyions toute l’étendue de la catastrophe que dans les prochains jours », a prévenu jeudi soir la chancelière Angela Merkel, en visite à Washington.

La Belgique, avec au moins 23 morts selon les médias vendredi, le Luxembourg et les Pays-Bas, où plusieurs quartiers de Maastricht ont dû être évacués, ont également durement été touchés par les intempéries. En Allemagne, le bilan est probablement appelé à grimper en raison du nombre de personnes toujours portées disparues. Une des régions les plus touchées, la Rhénanie-Palatinat, a vu le nombre de décès recensés passer vendredi matin de 28 à 60.

Près de Cologne, dans la commune d’Erftstadt, de nombreuses personnes étaient portées disparues, et « plusieurs morts » dénombrés après un glissement de terrain consécutif aux crues, selon une porte-parole du district. « Les maisons ont été largement emportées par les eaux, et certaines se sont effondrées », selon un tweet de la communauté de communes de Cologne. Les images de la zone sinistrée diffusées par les autorités montraient un vaste cratère dans lequel se déversent des masses de terre, d’eau brune et de débris.

Champ de ruines

En Rhénanie-Palatinat, les autorités ont annoncé qu’elles étaient toujours sans nouvelles de plus de 1 000 personnes dans le canton le plus touché, celui d’Ahrweiler, ce qui pourrait toutefois être lié aux perturbations téléphoniques. « Nous tablons encore sur quarante, cinquante ou soixante disparus, et quand vous avez des personnes qui n’ont pas donné signe de vie depuis tant de temps (…), on doit craindre le pire », a déclaré le ministre de l’intérieur du Land, Roger Lewentz, à la chaîne de télévision SWR. De plus, il doit continuer de pleuvoir dans certaines régions de l’ouest du pays. Et le niveau du Rhin et de plusieurs de ses affluents monte dangereusement.

Près d’un millier de soldats ont été mobilisés pour aider aux opérations de secours et de déblaiement dans les villes et villages, qui tous offrent le même spectacle de désolation : rues et maisons sous les eaux, voitures renversées, arbres arrachés. A Ahrweiler, plusieurs maisons se sont littéralement effondrées. Sous les décombres, la ville donne le sentiment de s’être trouvée sur la route d’un tsunami. Euskirchen, un peu plus au nord, est probablement l’une des villes les plus sinistrées. Le centre-ville ressemble à un champ de ruines, les façades des maisons littéralement arrachées par les crues. Qui plus est, un barrage tout proche menace de céder.

Ces intempéries ont placé la question du réchauffement climatique au centre de la campagne électorale, qui bat son plein en Allemagne en vue du scrutin législatif du 26 septembre, au terme duquel Angela Merkel quittera le pouvoir. Le président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeier, a exhorté, dans une déclaration solennelle, à lutter « résolument » contre le réchauffement climatique, seule alternative à ses yeux face aux phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations meurtrières qui ont frappé son pays. « Nous devons accélérer les mesures de protection du climat, au niveau européen, national et mondial », a clamé Armin Laschet, candidat du parti conservateur de Mme Merkel et favori pour lui succéder au vu des sondages.

« Ces inondations confirment ce que dit la science sur le réchauffement climatique », a dit vendredi à Dublin la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Mes pensées vont aux victimes des intempéries (…). La France est solidaire dans cette épreuve », a, de son côté, assuré le président de la République française, Emmanuel Macron.

Une atmosphère plus chaude retient en effet davantage d’eau et peut provoquer des précipitations d’extrême intensité. Celles-ci peuvent avoir des conséquences particulièrement dévastatrices dans les zones urbaines, en présence de cours d’eau mal drainés et de constructions en zone inondable. Dans les pays les plus touchés, il est tombé en deux jours l’équivalent de deux mois de précipitations, selon l’Organisation météorologique mondiale.

Risques de crues en Suisse

Voisins des régions allemandes les plus touchées, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg sont également affectés. La situation pourrait aussi s’aggraver en Suisse, avec des risques de crues de plusieurs lacs et cours d’eau. En Belgique, les inondations, qui touchent principalement l’est et le sud du pays, ont fait au moins 23 morts, selon les médias locaux. Le président du gouvernement wallon, Elio Di Rupo, a dit craindre une aggravation du bilan : « Hier soir, des centaines de personnes étaient encore bloquées chez elles », a souligné l’ex-premier ministre.

La Wallonie, région francophone du sud de la Belgique, est particulièrement touchée et restait en grande partie en état d’« alerte de crue » selon une carte actualisée vendredi matin par les autorités régionales. Pompiers, forces de l’ordre et armée participaient aux missions de sauvetage et d’évacuation dans les zones inondées.

Plus de 21 000 personnes étaient privées d’électricité dans la région, selon le gestionnaire des réseaux de distribution d’électricité et de gaz en Wallonie, faisant état de l’inondation de trois cents cabines de distribution. L’eau courante était par ailleurs jugée non potable en raison des conditions météorologiques dans plusieurs communes de la province de Liège. D’après la police fédérale, des dizaines de tronçons routiers restaient fermés à la circulation, et une majeure partie du trafic ferroviaire était interrompu en Wallonie. Aucun TGV Thalys ne circulera vendredi entre la Belgique et l’Allemagne.

A Liège, quatrième ville la plus peuplée de Belgique, les autorités locales avaient appelé jeudi après-midi des milliers d’habitants des quartiers bordant la Meuse à quitter leur logement, en prévision d’une forte montée du niveau du fleuve. Le niveau de l’eau au centre-ville n’a finalement pas augmenté durant la nuit et commençait à baisser « tout doucement » dans le quartier le plus touché, a annoncé vendredi matin la police liégeoise, qui rappelait que de nombreux axes routiers alentour restaient fermés.

Avec Le Monde avec AFP

Fortes inondations en Allemagne et en Belgique, au moins quarante-huit morts et de nombreux disparus

juillet 15, 2021

L’ouest de l’Allemagne est frappé par des pluies diluviennes, qui ont fait gonfler les rivières, ont arraché des arbres, inondé les routes et les maisons. Au moins six personnes ont également été retrouvées mortes dans l’est de la Belgique.

A Kordel (Rhénanie-Palatinat), en Allemagne, le 15 juillet.
A Kordel (Rhénanie-Palatinat), en Allemagne, le 15 juillet. SEBASTIAN SCHMITT / AP

Pluies diluviennes et inondations ont frappé jeudi 15 juillet plusieurs pays européens, l’Allemagne en particulier, et un nouveau bilan établi par la police et les services de secours des Etats touchés font état d’au moins 48 morts. L’est de la Belgique, où les intempéries ont fait au moins six morts, selon le dernier bilan, le Luxembourg et les Pays-Bas ont aussi subi d’importants dégâts.

  • Très lourd bilan en Allemagne

Mais c’est dans l’ouest de l’Allemagne que la situation était la plus préoccupante jeudi. Les pluies diluviennes ont fait gonfler les rivières, arraché des arbres, inondé routes et maisons, dont certaines se sont effondrées. Les secours tentent d’évacuer les sinistrés, dont beaucoup se sont réfugiés sur le toit des maisons. Mais de nombreux accès sont bloqués, compliquant les opérations. Les autorités ont appelé les habitants à rester chez eux si possible et à « se réfugier dans les étages supérieurs si nécessaire ». L’armée allemande va déployer 300 soldats dans les deux Länder les plus touchés pour participer aux opérations de sauvetage.about:

Le district d’Euskirchen, dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, est particulièrement touché avec, à lui seul, quinze morts, a précisé la police locale, ajoutant que « tous les corps n’avaient pas encore été retrouvés ». Le district d’Ahrweiler, en Rhénanie-Palatinat, déplore également 18 victimes, a rapporté la police de Coblence sur Twitter.

Le bilan pourrait encore s’alourdir. Ainsi, dans la commune de Schuld, au sud de Bonn, où six maisons en bord de rivière se sont effondrées, la police dénombre entre 50 et 60 disparus. Quatre personnes sont mortes dans cette localité où d’autres maisons menacent de s’écrouler, selon la police de Coblence (Rhénanie-Palatinat).

Angela Merkel s’est dite « bouleversée » par « la catastrophe que doivent endurer tant de personnes dans les zones inondées. Ma sympathie va aux familles des morts et des disparus »a tweeté, au nom de la chancelière allemande, le porte-parole Steffen Seibert« Nous n’avons jamais vu une telle catastrophe, c’est vraiment dévastateur », a déploré de son côté la ministre-présidente de Rhénanie-Palatinat, Malu Dreyer.

Armin Laschet, dirigeant de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et favori pour succéder à l’automne à la chancelière Angela Merkel, a annulé à la hâte une réunion de son parti en Bavière, dans le sud du pays, pour suivre la situation dans son Etat, le plus peuplé d’Allemagne. « La situation est alarmante », a déclaré au quotidien Bild M. Laschet, qui a visité, chaussé de bottes en caoutchouc, des localités inondées. La chef de file des Verts au Bundestag, Katrin Göring-Eckardt, a dit voir dans ce drame « les effets de la catastrophe climatique ». Ces intempéries sont un « appel au réalisme » : « C’est déjà là, c’est déjà là avec nous », a-t-elle regretté, appelant à un « changement urgent ».

  • Au moins six morts en Belgique, Liège en partie évacuée

Dans l’est de la Belgique, quatre corps ont été retrouvés jeudi par les secours venus en aide aux victimes des inondations dans l’arrondissement de Verviers, selon le procureur de cette ville, ce qui porte à au moins six morts le bilan des inondations liées aux pluies diluviennes qui ont frappé ces derniers jours, en particulier la Wallonie, dans le sud et l’est francophone.

Jeudi après-midi, les autorités de Liège (200 000 habitants) ont demandé aux riverains de la Meuse d’évacuer leurs habitations. Les villes de Theux, Pepinster ou encore Spa, situées près de Verviers, ont également été affectées.

Le réseau ferroviaire du pays, Infrabel, a annoncé qu’il suspendait jeudi le trafic dans la moitié sud du pays, compte tenu des risques pour les déplacements. Aucun train Thalys ne circulera entre Bruxelles et l’Allemagne jeudi, a par ailleurs rapporté sur son site la société gestionnaire de ces liaisons internationales.

  • Plan « intempéries » déclenché au Luxembourg

De son côté, le Luxembourg a déclenché le plan « intempéries ». De nombreuses maisons sont inondées partout dans le pays, et leurs habitants ont été évacués, selon les autorités.

Aux Pays-Bas, la province du Limbourg, bordée par l’Allemagne et la Belgique, a également déploré d’importants dégâts. La montée des eaux menace d’isoler la petite ville de Valkenburg, à l’ouest de Maastricht. Plusieurs axes, dont une autoroute très fréquentée, ont été fermés face au risque de crues de fleuves et rivières.

Avec Le Monde avec AFP

Belgique : l’avocate Julienne Mpemba renvoyée devant le tribunal correctionnel pour fraude à l’adoption

février 16, 2021

La chambre du conseil de Dinant a rendu, le mardi 16 février, une décision dans l’affaire de la fraude à l’adoption à grande échelle impliquant divers «orphelins» congolais. Sur les huit suspects, seule la Belgo-Congolaise, Julienne Mpemba, doit répondre devant le tribunal correctionnel plus tard cette année, indique le quotidien néerlandophone Het Nieuwsblad.  

Julienne Mpemba/ DR

La chambre du conseil de Dinant a estimé que les sept fonctionnaires de la communauté française, également impliqués dans ce dossier, ne devaient pas répondre devant le tribunal correctionnel, car ils ne peuvent pas être blâmés en vertu du droit pénal. Les parents des familles qui ont adopté un enfant sont très déçus, indique le quotidien, précisant que leur avocat, George-Henri Beauthier, a déclaré qu’il vérifiera prochainement auprès du procureur du parquet fédéral s’il peut faire appel de la décision.

L’affaire de cette fraude à l’adoption remonte à 2015. Cette année-là, plusieurs enfants congolais, rappelle-t-on, se sont  retrouvés dans un orphelinat de Kinshasa dirigé par Julienne Mpemba, juriste à l’époque pour la communauté française et qui avait des contacts avec les plus hautes sphères politiques du Congo et avec des responsables de la Communauté française de la Belgique. Elle devait remettre des enfants adoptés à des familles belges en novembre 2015. L’enquête a démarré en 2016. Julienne Mpemba a été suspectée d’avoir enlevé et détenu onze enfants orphelins et d’avoir demandé en échange le paiement d’une importante somme d’argent. Des allégations rejetées par l’avocate belgo-congolaise. Les enfants avaient été remis aux familles belges concernées après quelques jours et Julienne Mpemba avait été arrêtée. Un dossier avait été ouvert à sa charge pour trafic d’êtres humains commis envers des mineurs. Trois des onze enfants adoptés par des familles belges ne répondaient pas aux conditions légales de l’adoption internationale et auraient été recherchés par les autorités congolaises. « Ces trois enfants sont pris en charge par les sections jeunesse des parquets locaux compétents afin de mettre en œuvre les mesures de protection adéquates », avait, à l’époque, indiqué le parquet fédéral belge.

Accusée de traite des êtres humains, Julienne Mpemba avait déclaré avoir fait adopter entre trente à quarante enfants en Belgique et aux États-Unis.  Après avoir été privée de liberté pendant plusieurs mois, elle avait été remise en liberté sous surveillance électronique en attendant son procès.

Sept fonctionnaires de la communauté française de Belgique avaient également été inculpés. Il leur était reproché d’avoir fermé les yeux sur des manipulations frauduleuses de date de naissance et de photos d’enfants dont certains enfants n’étaient même pas orphelins et auraient été volés à leurs parents biologiques  en RDC. Certains de ces fonctionnaires sont des responsables  politiques, dont l’un, renseigne Het Nieuwsblad, est un proche collaborateur du président de la région Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort (PS.

Des perquisitions avaient notamment eu lieu dans trois centres d’adoption wallons et au Cabinet de Rachid Madrane, ancien ministre de la Jeunesse de la fédération Wallonie-Bruxelles et actuel président du Parlement bruxellois. ). Ces perquisitions avaient été menées car Rachid Madrane avait, à l’époque,  la tutelle sur l’Autorité centrale communautaire (ACC), compétente en matière d’adoption pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Didier Dehou, directeur de l’ACC a également été jugé

Avec Adiac-Congo par Patrick Ndungidi

L’Europe isole le Royaume-Uni sur fond d’une nouvelle variante de la COVID-19

décembre 20, 2020

Les Pays-Bas, l’Italie et la Belgique suspendent les vols provenant du Royaume-Uni. La France, l’Allemagne et l’Autriche y songent également, après les déclarations du premier ministre britannique sur une nouvelle variante plus contagieuse du coronavirus SARS-CoV-2, qui serait « hors de contrôle ».

Les voyageurs britanniques seront vraisemblablement coincés chez eux, avec l'isolement rapide du pays par les autres nations européennes.

© Niklas Halle’n/afp via getty images Les voyageurs britanniques seront vraisemblablement coincés chez eux, avec l’isolement rapide du pays par les autres nations européennes.

Quant à l’Espagne, elle demande une réponse « coordonnée » de l’Union européenne. «L’objectif est de protéger les droits des citoyens européens à travers la coordination et en évitant des mesures unilatérales», a déclaré le gouvernement dans un communiqué.

Les autorités britanniques ont annoncé samedi dans la soirée un reconfinement de Londres, du sud-est de l’Angleterre et d’une partie de l’est du pays. Cette mesure contraint plus de 16 millions d’habitants à rester chez eux et à renoncer aux retrouvailles de Noël.

Le reconfinement interdit l’ouverture des commerces non essentiels et tous les déplacements en dehors de ces zones, placées sous le niveau d’alerte 4, le plus élevé décrété au pays.Les restaurants et bars y étaient déjà fermés depuis mercredi.

Plus contagieux

Le premier ministre Johnson a indiqué que le Royaume-Uni avait informé l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de la propagation plus rapide de la nouvelle souche, «jusqu’à 70 %», a-t-il précisé.

De précédentes mutations du SARS-CoV-2 ont déjà été observées et signalées dans le monde.

Les observations des experts sur cette souche apparue mi-septembre à Londres ou dans le Kent n’ont rien de rassurant. Le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance, a déclaré samedi que cette nouvelle variante, en plus de se propager rapidement, devenait aussi la forme «dominante», ayant entraîné «une très forte hausse» des hospitalisations en décembre.

Le nombre de cas de COVID-19 ne cesse d’augmenter partout sur la planète, mais quelques pays semblent avoir réussi à se mettre à l’abri de la pandémie. La plupart de ceux qui peuvent se vanter de ce haut fait sont des petites nations insulaires isolées dans le Pacifique, pour qui la géographie est devenue un atout incommensurable durant la pandémie. Voici une liste de dix pays qui n’ont pas eu de cas de COVID-19.

Samedi, le premier ministre Johnson expliquait que rien n’indiquait que cette nouvelle souche de virus était plus mortelle, qu’elle cause une forme plus grave de la maladie, ou qu’elle réduit l’efficacité des vaccins.

Des mutations sous observation

Cette mutation du coronavirus a poussé l’OMS à demander à ses membres européens de «renforcer leurs procédures de contrôle et de prévention» de la COVID-19.

Au niveau mondial, l’OMS recommande «à tous les pays d’accroître leurs capacités de séquençage du virus Sars-Cov-2 quand c’est possible et de partager les données au niveau international, notamment si les mêmes mutations problématiques sont identifiées».

Selon l’OMS, outre «des signes préliminaires que la variante pourrait être plus contagieuse», la variante «pourrait aussi affecter l’efficacité de certaines méthodes de diagnostic», là aussi selon «des informations préliminaires». L’organisation affirme qu’il n’y a en revanche «aucune preuve d’un changement de la gravité de la maladie», même si ce point fait aussi l’objet de recherches.

Hors du territoire britannique, neuf cas causés par cette nouvelle souche ont été rapportés au Danemark, ainsi qu’un aux Pays-Bas et un en Australie, note l’OMS.

Par ailleurs, plusieurs autres pays ont signalé à l’OMS d’autres variantes qui portent certains des changements génétiques de la variante britannique.

L’Afrique du Sud, qui a également signalé une variante problématique vendredi, considère que cette mutation est à l’origine d’un plus grand nombre de contagions et note une évolution du paysage épidémiologique, notamment avec davantage de patients plus jeunes, sans comorbidités, qui développent des formes graves de la maladie.

Le pays «mène des recherches supplémentaires pour mieux comprendre le lien», indique l’OMS.

Avec CBC/Radio-Canada