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Congo: Comment régler la question des enseignants bénévoles, pour sauver l’école à l’intérieur du pays?

septembre 22, 2015
Salle de classe au Congo

Salle de classe au Congo

Le gouvernement devrait se préoccuper de la situation de l’école congolaise qui a donné des signes fort inquiétants, à travers les résultats des examens d’Etat.

Par bénévoles de l’enseignement, on entend des enseignants qui donnent l l’instruction aux élèves, dans les établissements scolaires publics du primaire au lycée, sans être intégrés à la fonction publique. La particularité est qu’ils sont soit détenteurs d’un C.e.p.e (Certificat d’études primaires élémentaires), d’un B.e.p.c (Brevet d’études du premier cycle) ou B.e.m.g (Brevet d’études moyennes générales), d’un baccalauréat…

Le phénomène des bénévoles de l’enseignement a fait son apparition pour pallier le déficit très poussé en personnel enseignant dit titulaire qui a commencé à se manifester de manière inquiétante, à partir de la fin des années 80. Les bénévoles de l’enseignement sont pris en charge directement par les parents d’élèves à raison de 250, 500 ou 1000 FCfa par élève, proportionnellement au nombre d’élèves à l’école. Ils sont surtout présents à l’intérieur du pays, dans les villages où les enseignants titulaires rechignent à travailler. Dans certaines localités, ce sont les responsables politiques (députés, sénateurs, conseillers locaux…) qui les prennent en charge, avec parfois des promesses non tenues. Cependant, ils sont moins présents dans les chefs-lieux de départements où les enseignants titulaires préfèrent évoluer.

Mais, les bénévoles de l’enseignement ne bénéficient pas de contrat avec l’Etat ou les établissements scolaires où ils assurent leurs prestations. Lorsqu’ils s’absentent à l’école, personne ne peut leur demander des comptes. En 2011, s’étant rendu compte que le terme «bénévole» était galvaudé, le Ministère en charge de l’enseignement primaire et secondaire leur a préféré le terme: «enseignants communautaires».

Si certains enseignants communautaires ont reçu un bain pédagogique grâce au Praebase (Projet d’appui à l’éducation de base) entre 2007 et 2011, d’autres, en revanche, se mettent malheureusement en amateur en face des élèves qu’ils enseignent. Dans plusieurs localités, les enseignants communautaires sont plus nombreux  que les titulaires. A titre d’exemple, tout le C.e.g de Ngamandzambala (Pool) ne compte que trois enseignants dont deux bénévoles détenteurs d’un B.e.m.g. Outre le bénévolat qu’ils exercent, l’un est le plus grand commerçant du village et l’autre est scieur de planches. On peut donc imaginer le sort des élèves de ce collège d’enseignement général tenu non seulement par un nombre très insuffisant d’enseignants, mais encore par des bénévoles qui ont d’autres occupations pour gagner leur vie.

En juin 2011, le Praebase a organisé un test au profit des enseignants communautaires qui avaient suivi les différentes sessions de formation pédagogique. Le test était suivi d’une promesse d’intégration dans la fonction publique. Plus de trois fois, il leur avait été demandé de constituer des dossiers pour cela. Mais, c’était sans succès. Seuls, quelques bacheliers étaient recrutés; rarement les vrais bénévoles.

Fin mai 2013, les directeurs départementaux de l’enseignement primaire et secondaire, suivant les instructions de la tutelle, avaient annoncé aux enseignants communautaires qu’à partir d’octobre 2013, c’est le Ministère de l’enseignement primaire et secondaire qui va assurer directement leur rémunération, à raison de 90.000 frs, 100.000 frs ou 120.000 frs Cfa, selon qu’on se trouve au primaire, au collège ou au lycée. Malheureusement, rien de concret n’a suivi. La promesse est restée sans suite.
En 2014, le discours a changé. On a parlé cette fois-ci du recrutement des bénévoles dans la fonction publique territoriale. Une fois encore, la promesse ne s’est pas matérialisée.

Lorsqu’on regarde de près cette situation, on a l’impression qu’on fait perdre du temps à nos enfants de l’intérieur du pays, qui connaissent une scolarité en pointillées. Beaucoup d’écoles dans les villages sont encore entre les mains inexpertes des bénévoles. Dans la plupart des localités, ceux-ci fonctionnent en situation multigrades que les instituteurs formés peinent à maîtriser. Dans ces écoles, le bénévole prend, souvent, les classes de C.p1, C.p2 et C.e1. L’instituteur s’occupe des classes de C.e2, C.m1 et C.m2. Dans le pire des cas, le bénévole prend seul en charge, tout le cycle primaire. Voilà le vrai visage de l’école congolaise, à l’intérieur du pays. Les O.m.d (Objectifs du millénaire pour le développement) avaient prévu d’atteindre la qualité de l’enseignement en 2015, le Congo est-il au rendez-vous de cet objectif? La Fonction publique peut-elle accorder la priorité aux enseignants bénévoles, lorsque les promotions des instituteurs sorties des Ecoles normales, de 2007 à nos jours, sont encore en instance d’intégration?

La qualité de l’enseignement dépend des hommes et des femmes qui tiennent les écoles et assurent l’enseignement, suivant les normes et les objectifs pédagogiques fixés. Face au déficit en personnel enseignant, qui est très accentué dans l’arrière-pays, il y a lieu de rechercher des solutions urgentes: par exemple, procéder au regroupement des écoles; confier la gestion des écoles du cycle primaire et du cycle secondaire premier degré (collèges) aux conseils départementaux ou créer cette fameuse Fonction publique territoriale, pour y intégrer les enseignants communautaires. C’est là un dossier urgent, parmi tant d’autres, pour le nouveau ministre en charge de l’enseignement primaire et secondaire, mais, en réalité, c’est tout le gouvernement qui devrait se préoccuper de la situation de l’école congolaise qui a donné des signes fort inquiétants, à travers les résultats des examens d’Etat, cette année.

Lasemaineafricaine.net par Gora Ley HYPOLITE