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Josep Borrell : « L’Europe aura besoin du potentiel humain de l’Afrique »

février 13, 2022
Joseph Borrell, haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le 21 mai 2021, à Bruxelles © OLIVIER HOSLET/EPA/MAXPPP

À quelques jours du prochain sommet UE-UA, les 17 et 18 février à Bruxelles, le chef de la diplomatie européenne rappelle l’interdépendance des deux continents, soulignée par la pandémie de Covid-19.

Presque six ans après la dernière édition de ce rassemblement à Abidjan, Bruxelles s’apprête à accueillir le sixième sommet entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA). À cette occasion, l’ancien ministre espagnol Josep Borrell, nommé en décembre 2019 haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, revient sur la stratégie africaine de l’UE. S’il reconnait l’existence d’un déficit de confiance renforcé par la pandémie de Covid-19, l’ex-président du Parlement européen (de 2004 à 2007) assure que les deux continents parlent toujours le même langage. Entretien.

Jeune Afrique : L’Europe s’apprête à recevoir l’Afrique à Bruxelles pour le sixième sommet UE-UA. Avec quel agenda et quelles priorités ?

Joseph Borrell : À ce stade, l’ambition reste déjà d’avoir un sommet en présentiel, dans le respect des règles sanitaires appliquées en Belgique bien entendu. Avec un objectif très clair : faire ou refaire de l’Europe le partenaire de choix de l’Afrique, donner un souffle inédit à notre partenariat avec ce continent voisin, en identifiant des priorités communes autour desquelles concentrer nos efforts dans les années à venir et surtout des projets concrets témoignant de cette ambition pour les citoyens, qu’ils soient africains ou européens.

LA CRISE SANITAIRE NE DOIT PAS NOUS FAIRE OUBLIER LES AUTRES DÉFIS

La priorité à court terme reste évidemment de lutter efficacement contre la pandémie, afin de poser les bases durables d’une reconstruction post-Covid-19. Mais cette crise sanitaire ne doit pas nous faire oublier les autres défis à moyen ou plus long terme que sont la transformation verte et digitale de nos sociétés, la paix, la gouvernance et la stabilité ou encore le développement social et humain.

Un peu plus de quatre ans après le dernier sommet, et avec les difficultés dues à la pandémie, comment a évolué le dialogue entre l’Europe et l’Afrique ? Parlez-vous encore le même langage ?

La pandémie a montré à ceux qui en doutaient encore à quel point nos deux continents sont interdépendants. Pour le meilleur et pour le pire. Les problèmes de l’Afrique sont nos problèmes. Le terrorisme et l’insécurité ne connaissent pas de frontières. Ce qui se passe au Sahel se passe à nos frontières. Ce qui se passe dans la Corne de l’Afrique menace l’une des routes maritimes concentrant une grande part du commerce mondial.

Inversement, les opportunités de l’Afrique peuvent aussi être les nôtres. Le marché africain est jeune et dynamique, il présente pour nos entreprises des opportunités uniques. Nos sociétés vieillissantes devront tôt ou tard faire appel à son potentiel humain.

La stratégie africaine de l’UE a été dévoilée en mars 2020, quelques jours avant l’arrivée de la pandémie. Est-elle encore valide ?

 Il a toujours été clairement dit que cette stratégie n’était qu’une proposition. Elle reste valable dans ses grandes lignes, mais le Covid-19 nous a évidemment forcés à nous adapter. La pandémie est venue renforcer des fragilités existantes et creuser les inégalités. Elle a aussi incontestablement renforcé une certaine forme de compétition géopolitique. Nous ne pouvons évidemment pas ignorer ce contexte inédit pour tout le monde. Ce qui est clair, en tous les cas, c’est que nous n’avons cessé depuis deux ans de parler avec nos partenaires africains sur les priorités que nous pourrions adresser mieux et plus vite ensemble. Le sommet précisera ces choses encore davantage.

L’Europe semble souffrir d’un déficit de confiance aujourd’hui en Afrique, notamment sur la question migratoire. Comment y remédier ?

Tant de choses ont été dites sur les relations entre l’Europe et l’Afrique, parfois justes, parfois injustes. Des incompréhensions subsistent, par exemple au sujet de la distribution trop lente des vaccins ou des interdictions de voyage prises à l’encontre de l’Afrique australe.

ENSEMBLE, L’EUROPE ET L’AFRIQUE PEUVENT PESER SUR LA MARCHE DU MONDE.

Je suis convaincu que nous sommes d’accord sur l’essentiel. Et cela doit nous permettre d’avancer. L’Afrique et l’Europe réunis représentent plus de 1,7 milliard de citoyens ainsi que 40 % des États membres et un potentiel de plus de 80 voix aux Nations unies. Ensemble, nous pouvons peser sur la marche du monde.

Qu’est-ce que le nouveau plan européen Global Gateway signifie pour l’Afrique ?

L’objectif est de stimuler des connections intelligentes, propres et sécurisées dans les domaines du numérique, de l’énergie et des transports, et de renforcer les systèmes de santé, d’éducation et de recherche, d’une manière durable et fiable. En Afrique et partout dans le monde.

Il ne s’agit pas d’une initiative dirigée contre quelqu’un, mais d’une offre présentant une vraie valeur ajoutée pour les partenaires qui l’adopteront. Combinée aux nouveaux instruments financiers que nous avons mis en place, notamment les mécanismes de garanties, et au nouveau paradigme Team Europe qui tend à rassembler la force de frappe des institutions européennes, de nos États membres et de nos agences et banques de développement, ceci peut avoir un effet véritablement transformateur.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin