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Liban : une réfugiée syrienne tuée par une balle perdue

janvier 1, 2021

Une balle perdue a en outre creusé un trou dans un avion de la compagnie nationale Middle East Airlines, garé sur le tarmac de l’aéroport international de Beyrouth.

Une réfugiée syrienne au Liban a été tuée par une balle perdue lors de tirs en l’air pour célébrer le Nouvel An, a indiqué vendredi 1er janvier l’agence nationale d’information (ANI), un phénomène récurrent dans ce pays que les autorités peinent à endiguer.

Les décès causés par des balles perdues sont fréquents au Liban, où les civils tirent régulièrement en l’air en guise par exemple de célébrations ou d’acclamation d’un chef politique.

Selon ANI, la Syrienne est décédée «après avoir été touchée à la tête par une balle perdue dans un camp de réfugiés à Taybeh» dans la ville de Baalbek (est) où des habitants ont tiré en l’air pour célébrer la nouvelle année.

Une balle perdue a en outre creusé un trou dans un avion de la compagnie nationale Middle East Airlines (MEA), garé sur le tarmac de l’aéroport international de Beyrouth, après des tirs similaires à proximité, selon une source à la MEA. L’appareil, un Airbus A321neo qui fait partie d’une flotte de sept nouveaux avions livrés en 2020, nécessite désormais des réparations, a-t-elle dit à l’AFP.

Mise en garde

Appréhendant ces tirs, les Forces de sécurité intérieure (FSI) avaient dès jeudi spécifiquement mis en garde contre les célébrations par des tirs en l’air en avertissant que des balles perdues pourraient tomber à l’aéroport, «ce qui menacerait la sécurité de l’aviation (civile) et la vie des voyageurs».

Cela n’a pas empêché des tirs nourris dans plusieurs régions du pays pour accueillir le Nouvel An, comme en témoignent des photos et des vidéos publiées sur les réseaux sociaux.

Par Le Figaro avec AFP

Liban: Pour le FBI, l’explosion à Beyrouth a été provoquée par 500 tonnes de nitrate d’ammonium

décembre 29, 2020

L’explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth a été provoquée par 500 tonnes de nitrate d’ammonium, a indiqué mardi 29 décembre le premier ministre libanais démissionnaire Hassan Diab, citant les résultats d’une enquête de la police fédérale américaine (FBI).

Le jour du drame, qui a fait plus de 200 morts et 6500 blessés, M. Diab avait affirmé que 2750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées depuis des années «sans mesures de précaution» dans un entrepôt du port, imputant l’explosion à la présence de cette cargaison. Des experts estimaient toutefois que la quantité de ce produit à haut risque ayant pris feu était moins importante.

Si les autorités libanaises ont refusé les appels à une enquête internationale, elles ont autorisé des enquêteurs français et ceux du FBI américain à venir au Liban pour participer aux investigations préliminaires. «Le rapport du FBI a révélé que la quantité ayant explosé était de 500 tonnes seulement», a indiqué Hassan Diab lors d’une rencontre avec des journalistes. Mais «où sont passées les autres 2200 tonnes ?», a-t-il interrogé.

L’enquête piétine toujours près de cinq mois après l’explosion qui a traumatisé la nation et dévasté des quartiers entiers de la capitale. L’opinion publique, en colère, attend toujours de savoir comment un tel drame a pu avoir lieu et réclame aux responsables de rendre des comptes.

De nombreux dirigeants, dont le président Michel Aoun et le Premier ministre, avaient été officiellement avertis du danger que représentait la présence du nitrate d’ammonium au port. Le chef du gouvernement avait présenté sa démission quelques jours après le drame, tout en se dédouanant de toute responsabilité. Mais avec trois anciens ministres, Diab a été inculpé le 10 décembre par un juge d’instruction. Ils sont accusés de «négligence et d’avoir causé des centaines de décès».

Quelques jours plus tard, l’enquête a toutefois été temporairement suspendue, deux ministres accusés ayant réclamé la récusation du juge d’instruction Fadi Sawan. La cour de cassation doit désormais trancher sur cette requête avant une reprise des procédures. Une vingtaine de personnes, notamment des responsables du port et des douanes, ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête.

Par Le Figaro avec AFP

Liban/Beyrouth : sous la pression des manifestants, le premier ministre propose des élections anticipées

août 8, 2020

Quelques jours après l’explosion du port, la foule se masse dans le centre-ville. Les manifestants ont pénétré le ministère des Affaires étrangères pour en faire le «quartier général de la Révolution», mettant le gouvernement sous pression.

 

Le samedi de la colère. Quatre jours après la terrible explosion qui a tué au moins 158 personnes, blessé 6000 autres et mis en ruine le port et une partie de la ville de Beyrouth, les Libanais se sont donné rendez-vous pour demander des comptes. Face à la pression de la rue, le premier ministre Hassane Diab a annoncé qu’il allait proposer des élections anticipées.

Dès 15 heures, heure locale (14 heures en France), des centaines de citoyens se sont retrouvés dans le centre. Comme sur la place des Martyrs, symbole de la contestation populaire depuis plusieurs mois, où environ 5000 manifestants, selon des premières estimations, demandent «le Jour du Jugement». Des potences y ont même été installées.

Un groupe de manifestants s’en est également pris au Parlement, jusqu’à tenter d’y pénétrer, rapporte l’agence Reuters. Ils ont été séparés par la police, qui a tiré des gaz lacrymogènes. Plus tard dans l’après-midi, peu après 18h, heure locale, une dizaine de manifestants ont réussi à pénétrer dans le ministère des Affaires étrangères, fortement touché par l’explosion de mardi. Les manifestants ont déclaré, en direct à la télévision libanaise, que ce ministère devenait le «quartier général de la Révolution».

Les manifestants sur le perron du ministère des Affaires étrangères, ont également suspendu des banderoles.

Les manifestants sur le perron du ministère des Affaires étrangères, ont également suspendu des banderoles. ELLEN FRANCIS / REUTERS

«Le peuple veut la chute du régime», «partez, vous êtes des assassins», «vengeance, vengeance, jusqu’à la chute du régime», plusieurs slogans sont scandés dans la ville à l’encontre du pouvoir. Selon l’AFP, le rassemblement reste majoritairement pacifiste, malgré quelques zones de tension. La Croix Rouge libanaise fait état de 110 personnes blessées au cours de la journée, dont 32 emmenées à l’hôpital.

Au même moment, le gouverneur de la ville, Marwan Abboud, était pris pour cible. Après quelques instants de discussion avec des manifestants, il est entré dans sa voiture, qui s’est retrouvée poursuivie et caillassée sur les premiers mètres de son trajet. Sur son compte Twitter, l’armée libanaise assure comprendre «la profondeur de la douleur dans le cœur des Libanais» mais «rappelle aux manifestants l’obligation de préserver l’aspect pacifique du mouvement, d’éviter de barrer les routes et toute atteinte aux biens publics et privés». Depuis l’explosion, près de 300.000 habitants sont sans-abri.


Les forces de l'ordre ont tiré du gaz lacrymogène, à proximité du Parlement.
Les forces de l’ordre ont tiré du gaz lacrymogène, à proximité du Parlement. THAIER AL-SUDANI / REUTERS

Ce samedi, plusieurs députés ont rendu leur mandat, suivant ainsi d’autres membres du Parlement, plus tôt dans la semaine. Selon eux, le temps est venu de bâtir un «nouveau Liban». «Le peuple libanais doit prendre une position historique. Un nouveau Liban doit émerger sur les ruines de l’ancien, que vous représentez», a déclaré Samy Gemayel, chef du parti Kataëb, un groupe chrétien de l’opposition, lors des obsèques de Nazar Najarian, secrétaire général du parti, tué dans l’explosion du port. «J’invite tous les députés qui ont de l’honneur à démissionner pour que le peuple puisse décider de ses gouvernants», a ajouté Samy Gemayel.

Demain, dimanche, une visioconférence des donateurs en soutien au Liban sera organisée. Co-organisée par l’ONU et la France, le président américain Donald Trump y participera également. Elle aura lieu à 14h.

Des manifestants libanais, le 8 août 2020.

Des manifestants libanais, le 8 août 2020. HANNAH MCKAY / REUTERS 

Avec Le Figaro par Pierre Zéau

 

Explosions à Beyrouth : le Mozambique nie avoir eu connaissance de l’arrivée du navire chargé de nitrate d’ammonium

août 8, 2020

 Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août.

Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août. © Hassan Ammar/AP/SIPA

 

Les autorités portuaires du Mozambique ont officiellement nié jeudi avoir eu connaissance du navire et de sa cargaison de nitrate d’ammonium qui a explosé à Beyrouth, faisant au moins 137 morts et 5 000 blessés. Des sources libanaises assurent que le bateau était à l’origine en route vers le port mozambicain de Beira.

Une source de sécurité libanaise a assuré qu’en 2013, le Rhosus, battant pavillon moldave et venant de Géorgie, a fait escale à Beyrouth alors qu’il était en route pour le port mozambicain de Beira. Il transportait 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un produit qui peut entrer dans la composition de certains explosifs à usage civil, mais également être utilisé comme engrais. C’est l’explosion de cette cargaison qui, selon les premiers éléments de l’enquête a provoqué le drame qui a coûté la vie à au moins 137 personnes et causé plus de 5 000 blessés à Beyrouth.

« Les autorités portuaires de Beira n’étaient pas informés de l’arrivée du Rhosus », a cependant indiqué le port de Beira dans un communiqué, ce jeudi, ajoutant que « l’arrivée d’un navire dans ce port est annoncée de 7 à 15 jours à l’avance ».

Un haut responsable du port de Beira, qui a demandé à rester anonyme, a cependant indiqué à l’AFP que « bien que la destination du navire était Beira, la destination finale de la cargaison n’était pas le Mozambique mais le Zimbabwe ou la Zambie parce que le nitrate d’ammonium sert à fabriquer des explosifs pour l’industrie minière ». « Et apparemment ce type de nitrate d’ammonium n’était pas celui utilisé dans l’agriculture (comme engrais) mais dans l’industrie minière », a-t-il poursuivi.

Arrivé à Beyrouth en 2013

Selon le site Marine Traffic, le navire est arrivé le 20 novembre 2013 dans le port de Beyrouth et n’est jamais reparti. Il avait rencontré des problèmes techniques. D’après des sources sécuritaires libanaises, alors que le Rhosus était en transit à Beyrouth, une firme libanaise aurait porté plainte contre la compagnie à laquelle le bateau appartenait, poussant la justice locale à saisir l’embarcation. La cargaison a été placée dans le hangar numéro 12, consacré aux marchandises saisies. Quant au bateau, endommagé, il a fini par couler.

En juin 2019, la sûreté de l’État, un des plus hauts organismes de sécurité au Liban, a lancé une enquête sur cette cargaison, après des plaintes répétées sur des odeurs nauséabondes qui émanaient du hangar. Dans son rapport, elle a signalé que l’entrepôt contenait « des matières dangereuses qu’il est nécessaire de déplacer ». Elle a aussi indiqué que les parois de l’entrepôt étaient lézardées, ce qui rendait un vol possible, et recommandé qu’il soit réparé

La direction du port, qui était au courant du caractère dangereux des produits, a finalement envoyé des ouvriers colmater les fissures de l’entrepôt. Ces travaux, selon les sources de sécurité, auraient été à l’origine du drame.

Le nitrate d’ammonium est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels dont l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en France en 2001.

L’équivalent de 1 200 à 1 300 tonnes de TNT

Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale.
Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale. © AP SIPA /Hussein Malla

Selon une autre source de sécurité, « la capacité de destruction de cette quantité de nitrate d’ammonium équivaut à entre 1 200 et 1 300 tonnes de TNT ». Après les explosions, le directeur des douanes, Badri Daher, s’est empressé de rendre publique une lettre qu’il avait adressée en décembre 2017 au procureur, dans laquelle il demandait comme dans des missives précédentes soit de transférer la cargaison à l’étranger, soit de la vendre à une compagnie locale, l’armée ayant affirmé n’en avoir pas besoin.

Selon Riad Kobaissi, un journaliste d’investigation libanais spécialisé dans les affaires de corruption et qui a beaucoup enquêté sur le port de Beyrouth, les services des douanes cherchent à se décharger de toute responsabilité. Soulignant qu’à la base il est interdit d’introduire de tels produits chimiques au Liban sans autorisation, il estime que cette affaire « met en lumière l’état de délabrement et la corruption au sein des douanes, qui assument en premier lieu, mais pas exclusivement, la responsabilité » du drame.

Par Le Figaro avec AFP

Liban: le Hezbollah «nie catégoriquement» avoir tout «entrepôt d’armes» dans le port de Beyrouth

août 7, 2020

Au moins 150 personnes ont été tuées dans l'explosion survenue mardi.

Au moins 150 personnes ont été tuées dans l’explosion survenue mardi. MARWAN TAHTAH / AFP 

Le chef du mouvement libanais du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a «nié catégoriquement» vendredi 7 août que son organisation possédait un «entrepôt d’armes» dans le port de Beyrouth, secoué par une explosion meurtrière et destructrice.

«Je nie totalement, catégoriquement, qu’il y ait quoi que ce soit à nous dans le port, ni entrepôt d’armes, ni entrepôt de missiles (…) ni une bombe, ni une balle, ni nitrate» d’ammonium, a martelé le chef du Hezbollah dans une allocution télévisée, après des accusations qui ont circulé dans les médias ou au sein de l’opinion publique et pointant du doigt l’influent mouvement chiite libanais.

Par Le Figaro avec AFP

[Photos] Beyrouth : les images apocalyptiques du jour d’après

août 5, 2020

Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale.

Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale. © AP SIPA /Hussein Malla

Immeubles éventrés, hôpitaux débordés, familles endeuillées et sans domicile… les deux explosions survenues mardi 4 août ont plongé la capitale libanaise dans un chaos total.

Deux puissantes explosions ont secoué Beyrouth mardi en fin d’après-midi. Parties d’un entrepôt du port de la capitale où étaient stockées plus de 2 700 tonnes de nitrate d’ammonium, produit qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d’explosifs, ces déflagrations ont fait plus de 100 morts, 4000 blessés et 300 000 sans abris, selon le bilan provisoire délivré par la Croix Rouge libanaise.

Ressenties à des centaines de kilomètres, les explosions ont plongé la capitale dans un état post-apocalyptique. Immeubles détruits, familles endeuillées et sans logement, hôpitaux saturés… retour en images sur une catastrophe sans précédent.

  • Champignon de fumée orange

Les explosions dans le portd de Beyrouth mardi 5 août 2020 ont provoqué un immense champignon de fumée dans le ciel de la capitale libanaise.

Les explosions, dont le souffle a été ressenti jusque sur l’île Chypre, à plus de 200 kilomètres de Beyrouth, ont formé un nuage géant semblable à un champignon atomique. Les stocks de nitrate d’ammonium dans l’un des entrepôts du port sont suspectés d’être la cause du désastre.

  • Beyrouth sous les décombres 

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Éclats de verre, véhicules en feu, bâtiments détruits … les images de Beyrouth au lendemain des explosions sont dignes d’une scène de guerre.
  • Hôpitaux saturés

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Les secours s’affairent à transférer les victimes dans les différents hôpitaux de la capitale, débordés après les explosions.

  • Sauvetage improvisé

Lebanon Explosion

Des civils tentent d’évacuer un marin blessé alors qu’il se trouvait sur un navire qui accostait non loin du lieu de l’explosion qui a frappé le port de Beyrouth.

  • Solidarité citoyenne

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Anonymes et soldats œuvrent main dans la main pour évacuer les habitants touchés par les violentes déflagrations.

  • L’hôpital Saint Georges à Achrafieh, très endommagé 

Lebanon Explosion

Les hôpitaux de la capitale libanaise sont arrivés à pleine capacité mardi soir, certains d’entre eux ayant subi d’importants dégâts après les explosions. De nombreux patients sont renvoyés vers des établissements situés aux quatre coins du pays.

  • Course contre la montre

APTOPIX Lebanon Explosion

Les secouristes, épaulés par des agents de sécurité, ont cherché toute la nuit des survivants ou des blessés coincés sous les décombres des immeubles.

  • Drames humains

Beyrouth sous les décombres ce mardi 4 août après la double explosion survenue dans le port.

Des familles entières se retrouvent à la rue après la destruction de nombreux immeubles d’habitations. Ici, un père portant sa fille dans les rues de Beyrouth.

  • Tensions entre civils et autorités

Lebanon

Dans un contexte politique déjà tendu, les explosions survenues ce mardi 4 août ont engendré d’énièmes affrontements avec les forces de l’ordre. Ici des manifestants anti-gouvernementaux venus protester devant le ministère de l’Énergie et de l’Eau après le drame.

Ave Jeune Afrique par Mélany Procolam

Qu’est-ce que le nitrate d’ammonium, responsable présumé de l’explosion de Beyrouth ?

août 5, 2020

 

Quelque 2750 tonnes de nitrate d’ammonium auraient été stockées dans l’entrepôt du port de Beyrouth qui a explosé, causant des dizaines de morts et des dégâts sans précédent.

Nitrat

Des sacs de nitrate d’ammonium sont stockés, le 26 octobre 2001 à l’intérieur de l’usine chimique AZF de Toulouse, après l’explosion du 21 septembre qui a fait 30 morts et près de 2500 blessés ERIC CABANIS / AFP

Le nitrate d’ammonium à l’origine supposée des explosions de Beyrouth mardi est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés. Selon le premier ministre libanais, environ 2750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées dans l’entrepôt du port de Beyrouth qui a explosé, causant des dizaines de morts et des dégâts sans précédent dans la capitale libanaise.

Les nitrates d’ammonium composent les engrais appelés ammonitrates, que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac. Ce ne sont pas des produits combustibles : ce sont des comburants, c’est-à-dire qu’ils permettent la combustion d’une autre substance déjà en feu. «C’est très difficile de le brûler», dit à l’AFP Jimmie Oxley, professeure de chimie à l’université du Rhode Island, qui a elle-même travaillé sur la combustion du nitrate d’ammonium. «Ce n’est pas facile de le faire détoner».

La détonation n’est possible qu’avec une contamination par une substance incompatible ou une source intense de chaleur. Le stockage doit donc suivre des règles pour isoler le nitrate d’ammonium de liquides inflammables (essence, huiles…), de liquides corrosifs, de solides inflammables ou encore de substances qui dégagent une chaleur importante, parmi d’autres interdits, selon une fiche technique du ministère français de l’Agriculture (en PDF).

De nombreuses tragédies dans le monde, accidentelles et criminelles, ont comme source le nitrate d’ammonium. La France garde notamment le souvenir tragique de l’accident de l’usine chimique AZF de Toulouse, le 21 septembre 2001. 300 tonnes de nitrates d’ammonium avaient subitement explosé, provoquant la mort de 31 personnes. La déflagration fut entendue jusqu’à 80 kilomètres à la ronde.

Le nitrate d’ammonium peut aussi être utilisé dans la construction d’engins explosifs. Le mélange ANFO est un mélange hautement explosif composé à 94% de nitrate d’ammonium et 6% de kérosène, d’essence ou de gazole, dont la puissance est comparable à celle de la TNT.

Mais la professeure Oxley nuance en rappelant que le nitrate d’ammonium est devenu indispensable à l’agriculture et à la construction. «Nous n’aurions pas ce monde moderne sans explosifs, et nous ne pourrions pas nourrir la population actuelle sans les engrais au nitrate d’ammonium», dit-elle. «Nous en avons besoin, mais il faut faire vraiment attention à ce qu’on fait avec.»

Par Le Figaro avec AFP

Liban : ce que l’on sait des fortes explosions survenues à Beyrouth

août 4, 2020

Libex

Deux puissantes explosions successives ont secoué Beyrouth mardi 4 août. afp.com/Anwar AMRO

Deux puissantes explosions successives ont secoué Beyrouth ce mardi en fin d’après-midi, semant la panique et provoquant un immense champignon de fumée dans le ciel de la capitale libanaise. Les puissantes déflagrations qui ont secoué le port de la capitale ont fait plus de 60 morts et plus de 2750 blessés, selon un bilan provisoire établi en début de soirée. L’express fait le point sur la situation.

·  Une première explosion suivie d’une autre

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une première explosion suivie d’une autre qui provoque le gigantesque nuage de fumée. Les déflagrations ont fait trembler les immeubles et brisé des vitres à des kilomètres à la ronde. « C’est une catastrophe à l’intérieur du port. Il y a des cadavres par terre. Des ambulances emmènent les corps », a indiqué un soldat aux abords du port.

Les médias locaux ont diffusé des images de personnes coincées sous des décombres, certaines couvertes de sang. « J’ai senti comme un tremblement de terre et puis après une énorme déflagration et les vitres se sont cassées. J’ai senti que c’était plus fort que l’explosion lors de l’assassinat de Rafic Hariri » en 2005, provoqué par une camionnette bourrée d’explosifs, a déclaré une Libanaise dans le centre-ville de Beyrouth. Des voitures, avec leurs airbags gonflés, mais aussi des bus ont été abandonnés au beau milieu de plusieurs routes. Selon des témoins, les déflagrations ont été entendues jusqu’à la ville côtière de Larnaca, à Chypre, distante d’un peu plus de 200 km des côtes libanaises.

Un navire arrimé face au port de Beyrouth est en flamme, après les violentes explosions qui ont ravagé le secteur mardi, a constaté une correspondante de l’AFP, sans qu’il ne soit possible de déterminer s’il y avait à son bord des passagers. Plusieurs entrepôts du port ont été dévastés, tandis que le sol est jonché de verre brisé. Le secteur du port a été bouclé par les forces de sécurité, qui ne laissent passer que la défense civile, les ambulances aux sirènes hurlantes et pompiers, selon des correspondants de l’AFP à l’entrée du port. Aux abords, les dégâts matériels et destructions sont importants.

Plus de deux heures après l’explosion, les flammes enveloppaient toujours le secteur. « Nous avons vu un peu de fumée et ensuite une explosion. Puis le champignon. La force de l’explosion nous a propulsés en arrière dans l’appartement », a raconté un habitant du quartier de Manssouriyeh, qui a assisté à la scène depuis son balcon, à plusieurs kilomètres du port.

Après les explosions, de nombreux habitants, dont certains blessés, marchaient vers des hôpitaux dans plusieurs quartiers de Beyrouth. Devant le centre médical Clémenceau, des dizaines de blessés parmi lesquels des enfants, parfois couverts de sang, attendent d’être admis. « C’est une catastrophe dans tous les sens du terme », a déploré le ministre de la Santé, Hamad Hassan, interrogé par plusieurs télévisions alors qu’il visitait un hôpital de la capitale. « Les hôpitaux de la capitale sont tous pleins de blessés », a-t-il souligné, appelant à transporter les autres blessés vers des établissements de la banlieue.

  • L’origine des explosions encore inconnue

On ignore encore à ce stade l’origine des explosions. Dans une première réaction d’un responsable, le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, a déclaré que les explosions étaient peut-être dues à des « matières explosives confisquées depuis des années », mais ajouté que l’enquête en cours devrait déterminer « la nature exacte de l’incident ». « Il semble qu’il y ait un entrepôt contenant des matières confisquées depuis des années, et il semblerait qu’il s’agissait de matières très explosives », a-t-il indiqué.

Le Premier ministre libanais, Hassan Diab, a quant à lui assuré que les responsables devraient « rendre des comptes ». « Ce qui s’est passé aujourd’hui ne passera pas sans que des comptes soient rendus. Les responsables de cette catastrophe devront payer le prix », a martelé le chef du gouvernement lors d’une allocution télévisée. Le Premier ministre a également décrété une journée de deuil national mercredi « pour les victimes de l’explosion du port de Beyrouth ». Le président libanais, Michel Aoun, a lui convoqué mardi soir une « réunion urgente » du Conseil supérieur de la Défense, après les violentes explosions, ont annoncé ses services.

En Israël, pays voisin qui a mené plusieurs opérations militaires ces dernières décennies contre le Liban, un responsable du gouvernement a affirmé à l’AFP sous couvert d’anonymat que son pays n’avait « rien à voir avec l’incident ».

  • La France prête à apporter une « assistance » si nécessaire

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré ce mardi soir que la France était aux « côtés du Liban » et prête à lui apporter son aide. « La France se tient et se tiendra toujours aux côtés du Liban et des Libanais. Elle est disposée à apporter son assistance en fonction des besoins qu’exprimeront les autorités libanaises », a-t-il déclaré sur Twitter. « Alors que Beyrouth vient d’être durement touchée par des explosions, la France présente ses condoléances aux familles des victimes et souhaite un prompt rétablissement aux nombreux blessés », a-t-il ajouté.

Alors que Beyrouth vient d’être durement touchée par des explosions, la France présente ses condoléances aux familles des victimes et souhaite un prompt rétablissement aux nombreux blessés.

— Jean-Yves Le Drian (@JY_LeDrian) August 4, 2020

Emmanuel Macron a quant à lui « exprimé sa solidarité fraternelle avec les Libanais après l’explosion qui a fait tant de victimes et de dégâts ce soir à Beyrouth ». « La France se tient aux côtés du Liban. Toujours. Des secours et moyens français sont en cours d’acheminement sur place », a-t-il écrit sur Twitter.

J’exprime ma solidarité fraternelle avec les Libanais après l’explosion qui a fait tant de victimes et de dégâts ce soir à Beyrouth. La France se tient aux côtés du Liban. Toujours. Des secours et moyens français sont en cours d’acheminement sur place.

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) August 4, 2020

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a lui aussi exprimé le soutien de son pays au peuple « résilient » du Liban. « Nos pensées et prières sont avec le grand et résilient peuple du Liban », a tweeté le ministre iranien.

Israël a aussi proposé mardi soir une aide humanitaire au Liban, pays voisin avec lequel il est techniquement en état de guerre. « Israël s’est tourné vers le Liban par l’intermédiaire de contacts sécuritaires et politiques internationaux pour offrir une aide humanitaire et médicale au gouvernement libanais », ont annoncé dans un communiqué les ministères israéliens des Affaires étrangères et de la Défense.

Hassan Diab a appelé les « pays amis » à aider le Liban. « Je lance un appel urgent à tous les pays amis et les pays frères qui aiment le Liban à se tenir à ses côtés et à nous aider à panser nos plaies profondes », a lancé le Premier ministre libanais.

Par Lexpress.fr avec AFP

Explosions à Beyrouth: «Tout a commencé à s’écrouler autour de nous»

août 4, 2020
Virginie Lefèvre a salué la réaction de ses compatriotes, qui se sont rapidement mobilisés afin d’offrir des vêtements, des lieux d’hébergement et même du sang aux victimes dans le besoin.
© COURTOISIE Virginie Lefèvre a salué la réaction de ses compatriotes, qui se sont rapidement mobilisés afin d’offrir des vêtements, des lieux d’hébergement et même du sang aux victimes dans le besoin.
TROIS-RIVIÈRES — «Au début, on sent une super forte incertitude en nous. Puis, on se dit que ce n’est pas possible que ça arrive là, maintenant, que c’est trop. Ce n’est que quelques heures après qu’on pense aux événements avec rationalité. Et pendant tout ce temps, la peur est présente.»

Résidente du Liban depuis maintenant 10 ans, la Trifluvienne d’origine Virginie Lefèvre se trouvait à son lieu de travail, dans les bureaux de l’organisme non gouvernemental (ONG) à vocation humanitaire Amel, lorsque deux explosions d’envergure sont survenues en plein cœur de la capitale, mardi en fin d’après-midi. Sans grande surprise, d’intenses émotions se sont aussitôt chevauchées dans son cœur.

«Dans un premier temps, on a senti que ça tremblait. On a donc pensé à un tremblement de terre, mais je n’avais jamais senti un tel mouvement du sol. Ensuite, tout a commencé à s’écrouler autour de nous. Finalement, on a pu voir et entendre les deux explosions. On a fait le lien entre les trois incidents, mais on pensait à un attentat», a raconté Mme Lefèvre.

Quelques instants après, les ambulances ont foulé les rues. L’organisme pour lequel œuvre la Trifluvienne de 35 ans a ensuite commencé à recevoir des appels pour réclamer des dons de sang. Enfin, les médias nationaux ont fait état de la situation, avançant qu’un entrepôt désaffecté de produits dangereux situé près de feux d’artifice avait causé ces explosions, qui semblent jusqu’à présent d’origine accidentelle.

En plus de s’être mise à craindre pour sa propre sécurité dès le début des événements, Virginie Lefèvre a eu peur pour ses proches, dont certains avaient peut-être été blessés ou même tués par l’impact, qui, au moment d’écrire ces lignes, avait fait plusieurs dizaines de morts et des milliers de blessés à Beyrouth.

Virginie Lefèvre est passée par toute une gamme d’émotions après la double explosion survenue à Beyrouth, mardi.

© FACEBOOK Virginie Lefèvre est passée par toute une gamme d’émotions après la double explosion survenue à Beyrouth, mardi.
«On ressent une certaine urgence de contacter rapidement tous les gens que l’on connaît, car plus les minutes passent et plus on apprend des détails sur ce qui s’est passé. De plus, on souhaite rassurer tous ceux qui se trouvent autour de nous, qui sont inquiets. Le dernier réflexe qu’on a, c’est d’appeler la famille et les proches qui ne sont pas au Liban, qui voient les images à la télé et qui, avec raison, craignent pour nous», a exprimé la Trifluvienne.

Un vent de chaleur provenant de son Trois-Rivières natal a effectivement pu traverser l’océan et rejoindre le coeur de Mme Lefèvre, qui s’est dite surprise par ce soutien.

«On n’est pas habitué de voir les événements du Liban faire la une ailleurs dans le monde. Ça m’a donc beaucoup touchée de voir que les gens du Québec, et particulièrement de Trois-Rivières, m’écrivaient non seulement pour avoir de mes nouvelles, mais également pour s’informer de la condition des autres Libanais touchés. C’est très beau.»

Il est à noter que le bilan des victimes de ces explosions continuait de s’alourdir, mardi soir, et promettait d’augmenter encore au fur et à mesure «que des gens étaient découverts parmi les décombres».

Vouloir faire une différence

Bien que les habitants du Liban se seraient passés d’un tel incident, la Trifluvienne contactée par Le Nouvelliste a tout de même pu sourire quelques instants durant la journée grâce à la réaction de ses proches à la suite des explosions.

«Certes, on ressent actuellement un grand énervement de voir que ça arrive encore et toujours au même pays. En même temps, je constate en moi et auprès de mes amis une grande volonté de faire quelque chose pour aider les plus démunis. On a eu de la chance, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. On souhaite donc partager pour aider les moins chanceux d’entre nous.»

Comme l’organisme pour lequel elle œuvre a pour mission de faire une différence dans la vie des Libanais dans le besoin sur les plans de l’éducation, de l’alimentation, des conditions de vie ainsi que des soins, Virginie Lefèvre et ses collègues passeront les prochains jours à déployer de nombreuses équipes dans la capitale pour épauler les citoyens qui ont été touchés par ces explosions.

«On effectue vraiment un travail de terrain. Notamment, on a 25 centres médicaux sociaux répartis sur tout le Liban, six ambulances et des unités mobiles éducatives. Dès mardi soir, nos 800 membres ont pu joindre leurs efforts afin de donner suite aux appels concernant le don de sang ou la recherche de soins», a-t-elle fait savoir.

«Certains ont également été envoyés dans les rues de Beyrouth pour recenser les secteurs ayant subi les plus grands dommages. Dès demain (mercredi), nos équipes de volontaires, particulièrement des jeunes, vont aller aider des familles à nettoyer leurs domiciles ravagés par les explosions», a ajouté la Trifluvienne.

Un pays malchanceux

Évidemment, une telle tragédie aurait été dévastatrice pour n’importe quel pays du globe. Cependant, aux yeux de Virginie Lefèvre, le Liban était déjà particulièrement touché par toutes sortes de problématiques. Ce faisant, il pourrait être extrêmement difficile pour l’État de pallier l’ensemble des dommages occasionnés par ce qui est survenu à Beyrouth.

«Ces jours-ci, il y a une augmentation assez exponentielle des cas de COVID-19 au pays. De plus, l’État est extrêmement absent dans la gestion du territoire en plus d’être au bord de la faillite. Nous vivons une grave crise économique et essuyons toujours les conséquences de la crise humanitaire causée par les réfugiés syriens. Les catastrophes se succèdent ici», a mentionné la dame de 35 ans.

À la suite de la double explosion, un épais nuage de fumée s’est répandu au coeur de la capitale.© COURTOISIE À la suite de la double explosion, un épais nuage de fumée s’est répandu au cœur de la capitale.

Créé au Liban, l’ONG Amel a également pour mandat de faire connaître la situation vécue par ce pays à l’échelle planétaire, de sorte que «les autres pays prennent conscience qu’il est important de contribuer à enrayer les problématiques qui font rage à cet endroit», soutient Virginie Lefèvre.

Avec Le Nouvelliste par Pierrick Pichette

Liban: de retour à Beyrouth, Saad Hariri suspend sa démission

novembre 22, 2017

Le Premier ministre libanais Saad Hariri salue ses partisans à son arrivée à sa maison à Beyrouth, le 22 novembre 2017 / © AFP / MARWAN TAHTAH

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé mercredi qu’il suspendait sa démission surprise, en attendant des consultations sur des dossiers épineux dont l’implication du Hezbollah proiranien dans des conflits régionaux.

Cette décision, faite au lendemain de son retour au pays après près de trois semaines à l’étranger, devrait décrisper l’atmosphère dans le pays pris de court par sa démission annoncée le 4 novembre depuis Ryad, où son séjour prolongé avait alimenté les spéculations sur une interdiction de voyage.

Dans ses interventions à Beyrouth, M. Hariri n’a pas évoqué les accusations du président libanais Michel Aoun selon lesquelles il avait été « retenu en otage » en Arabie saoudite. Des accusations qu’il avait niées durant son séjour à Ryad.

Le visage grave, s’exprimant dans une brève allocution télévisée, M. Hariri a appelé au « dialogue » dans un pays miné par les crises politiques à répétition opposant les deux principaux blocs, celui emmené par M. Hariri et celui dirigé par le puissant mouvement armé du Hezbollah.

« J’ai discuté de ma démission avec le président de la République qui m’a enjoint d’attendre avant de la présenter pour permettre davantage de consultations. J’ai accepté cette requête », a dit M. Hariri à l’issue d’un entretien avec le président Michel Aoun.

Le constitutionnaliste Edmond Rizk a expliqué à l’AFP que « tant que le président n’a pas accepté (la démission), elle n’est pas valable constitutionnellement parlant ».

M. Hariri a appelé à éloigner le Liban des conflits au Moyen-Orient en respectant une « politique de distanciation », une allusion claire à l’intervention du Hezbollah, membre de son gouvernement, dans la guerre en Syrie voisine au côté du régime.

« J’aspire aujourd’hui à un véritable partenariat avec toutes les forces politiques en vue de mettre les intérêts du Liban au-dessus de tout autre », a-t-il ajouté.

– ‘Je reste avec vous’ –

Un protégé de l’Arabie saoudite, M. Hariri avait justifié sa démission en dénonçant la « mainmise » du Hezbollah et de son allié iranien sur le Liban et en disant craindre pour sa vie.

M. Aoun avait refusé d’accepter sa démission, la tradition voulant que celle-ci soit remise en main propre et sur le sol libanais.

Dans l’après-midi, des centaines de ses partisans se sont retrouvés devant son domicile, dans le centre-ville de Beyrouth, arborant le drapeau bleu de son parti, le Courant du Futur.

Après avoir troqué son costume pour une veste bleu marine décontractée, M. Hariri est sorti saluer la foule.

« Je reste avec vous, je vais continuer avec vous », a-t-il lancé, tout sourire, interrompu par les cris enthousiastes des manifestants: « par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifions pour toi Saad ».

« Nous continuerons ensemble, pour être le front de défense du Liban et de sa stabilité », a-t-il poursuivi, avant de s’offrir un bain de foule et de poser pour des selfies.

« Son retour est très important, même si il y a beaucoup de choses que nous ne comprenons pas » a reconnu à l’AFP Hala, manifestante de 32 ans. « Il a unifié le Liban ».

Lundi, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, adoptant un ton conciliant, s’est dit « ouvert à tout dialogue ».

Pour Maha Yahya, directrice du Centre Moyen-Orient de Carnegie, il y a aujourd’hui « un effort pour calmer les choses, et laisser de la place aux négociations qui ont lieu en coulisses ».

– Bras de fer régional –

M. Hariri a assisté le matin avec M. Aoun à la parade militaire de la fête de l’Indépendance, 74 ans après la fin du mandat français au Liban.

L’annonce de la démission de M. Hariri avait été rapidement interprétée comme un nouveau bras de fer entre les parrains régionaux des deux camps rivaux au Liban: l’Arabie saoudite sunnite, qui soutient M. Hariri, et l’Iran chiite, qui appuie le Hezbollah, poids lourd de la politique libanaise.

Le geste de M. Hariri a provoqué d’intenses consultations diplomatiques, « la communauté internationale comprenant qu’il n’est de l’intérêt de personne d’avoir encore un autre Etat failli dans la région », souligne Mme Yahya.

C’est la France qui s’est fortement impliquée pour « exfiltrer » selon des experts M. Hariri d’Arabie saoudite, où se sont rendus successivement ces dernières semaines le président Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Détenant également la nationalité saoudienne, M. Hariri a quitté le 18 novembre Ryad pour la France. De là, il s’est rendu mardi en Egypte puis à Chypre avant de revenir à Beyrouth.

Agé de 47 ans, le Premier ministre libanais a repris le flambeau politique après la mort de son père Rafic Hariri, un ancien chef de gouvernement, tué dans un attentat en 2005 à Beyrouth pour lequel des membres du Hezbollah ont été accusés.

Romandie.com avec(©AFP / 22 novembre 2017 14h34)