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Birmanie: les poètes de la résistance

juin 5, 2021

« Nos vers sont des hordes d’enfants qui hurlent »: ulcérés par la répression sanglante de l’armée birmane au pouvoir depuis le coup d’Etat contre Aung San Suu Kyi, de nombreux poètes sont entrés en résistance et sont traqués par le régime militaire.

Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

© Handout Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

Plus d’une dizaine ont été arrêtés et au moins quatre ont été tués, dont Zaw Tun mort en détention « après avoir été torturé », d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

L’artiste, qui écrivait sous le nom de plume de Khet Thi, ne voulait « pas être un martyr », mais ses textes enflammés contre les soldats qui « tirent dans la tête » alors que « la révolution habite dans le coeur » en ont fait une cible.

Accusé de préparer des attentats à la bombe, il est interpellé le 8 mai avec son épouse Ma Chaw Su.

« Une centaine de policiers et de militaires ont encerclé notre maison. Ils ont menacé d’emmener un membre de notre famille si Khet Thi ne se rendait pas », raconte à l’AFP la femme, rapidement libérée.

Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

© Handout Photo prise le 10 mai et fournie le 19 mai 2021 par une source anonyme via Facebook des funérailles du poète Khet Thi à Pearl, en Birmanie

Le lendemain, « les militaires m’ont dit de venir chercher son corps. Ses organes avaient été prélevés ».

« Je ne veux pas soutenir l’injustice. Si je n’ai qu’une minute à vivre, je veux que ma conscience soit propre », avait écrit l’artiste peu avant son assassinat.

Deux autres poètes, Myint Myint Zin et K Za Win, ont été abattus début mars par les forces de sécurité lors d’un rassemblement anti-junte à Monywa, dans le centre du pays. Un quatrième, U Sein Win, proche du parti d’Aung San Suu Kyi, est mort mi-mai dans des conditions mystérieuses, son corps aspergé d’essence et brûlé.

– « Des larmes dans chacun de leur souffle » –

Ces écrivains « qui auraient dû être connus pour leur poésie n’ont été remarqués par les médias internationaux qu’après avoir été tués », déplore Ko Ko Thett, un poète birman installé au Royaume-Uni.

 Image tirée d'une vidéo du 14 avril 2021 et diffusée le 4 juin 2021 par une source anonyme via Facebook de manifestants participant à une lecture de poésie contre le coup d'Etat militaire, à Shwebo, en Birmanie

© Handout Image tirée d’une vidéo du 14 avril 2021 et diffusée le 4 juin 2021 par une source anonyme via Facebook de manifestants participant à une lecture de poésie contre le coup d’Etat militaire, à Shwebo, en Birmanie

Manifestations quasi-quotidiennes, économie paralysée par des grèves massives, recrudescence des affrontements entre armée et factions ethniques rebelles: la Birmanie est en ébullition depuis le putsch du 1er février qui a mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Manifestation contre le coup d'Etat militaire en Birmanie, le 3 juin 2021 à Rangoun

© STR Manifestation contre le coup d’Etat militaire en Birmanie, le 3 juin 2021 à Rangoun

La poésie n’est pas en reste. « Submergés par la rage, l’incrédulité et le chagrin, beaucoup de citoyens ordinaires se tournent vers elle », relève Ko Ko Thett.

De nombreux poètes sont entrés en clandestinité, comme ce collectif de 30 artistes qui publie ses vers sur les réseaux sociaux.

« Les poètes vivent aujourd’hui avec des larmes dans chacun de leur souffle », relève auprès de l’AFP un de ses membres, sous couvert d’anonymat par peur des représailles.

« Nos poèmes et nos vers sont des hordes d’enfants qui hurlent (…) Il y a tellement de crimes contre l’humanité » commis aujourd’hui dans notre pays.

– La junte craint leur pouvoir d’inspiration –

Au moins 845 civils sont tombés sous les balles de l’armée et de la police ces derniers mois, des ONG dénonçant des exécutions extra-judiciaires, des tortures et des violences envers les femmes.

De nombreux artistes ont été placés sur des listes noires par la junte qui craint leur pouvoir d’inspiration.

Ce n’est pas la première fois que les poètes combattent par la plume en Birmanie: beaucoup ont lutté contre la puissance coloniale britannique puis contre les différents régimes militaires qui se sont succédés pendant près de 50 ans jusqu’à l’auto-dissolution de la junte en 2011.

Pour échapper aux représailles, certains utilisaient un langage codé dans leurs vers. Des dizaines ont été emprisonnés, d’autres censurés.

Avec l’ouverture du pays et l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, « la poésie birmane s’est libérée (…) les textes sont devenus plus divers dans leur forme et leur contenu et aussi plus ouvertement politiques », relève Ko Ko Thett.

Depuis le coup d’Etat, l’artiste a cessé d’écrire. Sa mission: traduire en anglais les vers des poètes birmans tombés sous les balles ou menacés dans son pays.

Avec AFP par bur-lpm/sde/ybl

Journaliste arrêté en Birmanie : Washington demande sa libération

mai 28, 2021

Les États-Unis ont appelé à « libérer immédiatement » le ressortissant américain. « Nous sommes profondément préoccupés », a déclaré un porte-parole.

Inquiétude à la Maison-Blanche. Les États-Unis ont appelé le « régime militaire » au pouvoir en Birmanie à « libérer immédiatement » le journaliste américain Daniel Fenster, arrêté à Rangoun. « Nous sommes profondément préoccupés par l’arrestation du ressortissant américain Daniel Fenster, qui travaillait en tant que journaliste, en Birmanie », a déclaré un porte-parole du département d’État américain, vendredi 28 mai. Et d’ajouter : « Nous avons exhorté le régime militaire à le libérer immédiatement et nous continuerons à le faire tant qu’il n’aura pas été autorisé à retourner chez lui, auprès de sa famille, en toute sécurité. » Et d’assurer que l’ambassade américaine à Rangoun avait demandé en vain à avoir accès au détenu.

« Nous exhortons le régime birman à accorder un accès consulaire, comme prévu par la Convention de Vienne », a-t-il insisté. « L’arrestation de Daniel, ainsi que l’arrestation ou le recours à la violence de la part de l’armée birmane visant d’autres journalistes, constitue une attaque inacceptable contre la liberté d’expression en Birmanie », a encore estimé ce porte-parole.

« Notre priorité est de nous assurer qu’il va bien »

La diplomatie américaine insiste sur la nécessité de « médias libres et indépendants, indispensables pour bâtir des sociétés libres, résilientes et prospères ». Danny Fenster, responsable éditorial de Frontier Myanmar, a été arrêté lundi 24 mai à l’aéroport international de Rangoun alors qu’il s’apprêtait à prendre un avion pour la Malaisie, avait alors annoncé ce média sur Twitter, assurant ignorer la raison de cette interpellation. « Nous sommes inquiets et appelons à sa libération immédiate », avait affirmé Frontier. « Notre priorité est de nous assurer qu’il va bien et de lui apporter toute l’aide dont il pourrait avoir besoin », avait-il ajouté.

Danny Fenster, 37 ans, travaille pour Frontier Myanmar depuis environ un an et s’apprêtait à prendre l’avion pour rendre visite à sa famille en Malaisie lorsqu’il a été arrêté, avait précisé à l’AFP le responsable de la rédaction, Thomas Kean. La Birmanie est en proie au chaos et son économie est paralysée depuis le putsch du 1er février. La répression des opposants a fait plus de 800 morts. Des dizaines de milliers de civils sont déplacés en raison d’affrontements entre l’armée et des milices ethniques, nombreuses dans le pays. La presse se retrouve prise en étau par les mesures de la junte qui a cherché à bloquer l’accès à l’information en suspendant les connexions internet et en retirant à cinq médias locaux leurs autorisations de diffusion.

Avec Le Point

Coup d’Etat en Birmanie: des manifestants appellent à un « printemps révolutionnaire »

mai 2, 2021

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche contre la junte, certains espérant un « printemps révolutionnaire » en Birmanie où une puissante faction rebelle de l’est du pays a appelé d’autres groupes insurgés à l’unité face aux militaires.Sur cette capture d'écran d'une vidéo AFPTV, des manifestants font le salut à trois doigts, signe de ralliement de la contestation, le 2 mai 2021 à Rangoun© – Sur cette capture d’écran d’une vidéo AFPTV, des manifestants font le salut à trois doigts, signe de ralliement de la contestation, le 2 mai 2021 à Rangoun

Depuis février, malgré une répression sanglante, des manifestations quasi quotidiennes ébranlent le pays, une vaste campagne de désobéissance civile – avec des milliers de travailleurs grévistes – paralyse des secteurs entiers de l’économie et des opposants, passés dans la clandestinité, ont formé un gouvernement de résistance.

Sur cette capture d'écran d'une vidéo AFPTV, des manifestants protestent contre la junte à Rangoun le 2 mai 2021

© – Sur cette capture d’écran d’une vidéo AFPTV, des manifestants protestent contre la junte à Rangoun le 2 mai 2021

Des rassemblements se sont encore formés dimanche matin très tôt à Rangoun, des manifestants radicaux appelant à l’avènement d’un « printemps révolutionnaire ». Des jeunes se sont notamment rassemblés à un carrefour de la capitale économique avant de défiler rapidement dans les rues. Il se sont vite dispersés pour éviter l’affrontement avec les forces de sécurité.

Dans cette photo distribuée par l'agence Shwe Phee, des manifestants défilent contre la junte à Kyaukme dans l'Etat Shan en Birmanie le 2 mai 2021

© Handout Dans cette photo distribuée par l’agence Shwe Phee, des manifestants défilent contre la junte à Kyaukme dans l’Etat Shan en Birmanie le 2 mai 2021

« Notre chemin mène à la démocratie! » ont-ils scandé, avec trois doigts levés en signe de résistance.

« Notre chemin mène à la chute de la dictature militaire! »

Des centaines de personnes ont aussi défilé dans la région de Mandalay (centre) avec en tête de cortège des moines en robe safran, portant le drapeau de la Ligue national de la démocratie (LND), le parti de l’ex-dirigeante Aung San Suu Kyi.

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 n’a pas été vue en public depuis son arrestation lors du putsch qui l’a renversée le 1er février. Elle est depuis assignée à résidence.

– Coups de filet nocturnes –

Dans l’Etat Shan (nord-est), les forces de sécurité sont intervenues contre des manifestants dans la localité de Hsipaw, faisant au moins un mort.

« Il a été touché à la tête et est mort sur le coup », a déclaré un manifestant qui a dit avoir dissimulé le corps de son ami pour éviter que les forces de sécurité ne l’emmènent.

« Elles demandent le corps mais nous ne le donnerons pas. Ses funérailles auront lieu aujourd’hui », a-t-il dit à l’AFP.

Des explosions ont également retenti dans la matinée dans plusieurs zones de Rangoun. Les déflagrations se sont multipliées ces derniers temps dans l’ancienne capitale.

Dans l’Etat Kachin (nord), les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants.

Un homme de 33 ans a été touché à la tête, selon un manifestant qui a fait état de nombreux blessés.

« Ils ont tous dû être soignés dans des planques. Ils ne pouvaient se rendre à l’hôpital, sinon ils y auraient été arrêtés », a expliqué un manifestant.

Les villes comme Rangoun sont au coeur de la contestation. Des habitants ont fait circuler des vidéos montrant des civils se faisant battre dans les rues par les forces de sécurité.

Raids et coups de filets nocturnes sont aussi récurrents. Les forces de sécurité s’appuient sur des informateurs leur donnant les noms de personnes accusées d’aider les manifestants.

Le journal officiel Mirror Daily a rapporté qu’une femme accusée de soutenir le gouvernement « fantôme » avait été condamnée par un tribunal militaire à sept ans de travaux forcés.

Elle avait été arrêtée dans le quartier de Dagon Nord -une zone de Rangoun actuellement sous loi martiale- lors d’une descente à son domicile de la police qui avait fouillé ses comptes Facebook et Telegram.

Près de 760 civils sont tombés sous les balles des forces de sécurité ces trois derniers mois et quelque 3.500 sont en détention, d’après une ONG locale, l’Association pour l’aide aux prisonniers politiques (AAPP).

La junte, qui affirme que l’AAPP est une organisation illégale, affirme de son côté que 258 manifestants sont morts, de même que 17 policiers et sept militaires.

Dans plusieurs régions frontalières du Nord et de l’Est, la contestation a fait sortir de l’ombre plusieurs rébellions issues de minorités ethniques, en confrontation avec l’armée, dont certaines abritent dans les territoires qu’elles contrôlent des opposants ayant fui la répression de la junte.

Dans l’est du pays, où les affrontements entre l’armée et l’Union nationale karen (KNU), ont fait plus de 30.000 déplacés, selon l’ONU, des frappes aériennes de la junte ont visé dans la nuit de vendredi à samedi un secteur proche de la frontière thaïlandaise, provoquant une nouvelle vague de réfugiés.

Dimanche, la KNU, forte de plusieurs milliers d’hommes, a appelé tous les combattants de l’ethnie karen à unifier leurs rangs face à la junte.

Son message est adressé à l’Armée bouddhiste démocratique Karen et le Conseil de la Paix KNU/KNLA, né d’un scission de la KNU, restés silencieux depuis le coup d’Etat.

« Jamais il n’y a eu une telle opportunité au cours de plus 70 ans de révolution. Profitez-en et combattez la dictature militaire birmane », a déclaré l’un de ses chefs, le lieutenant-général Baw Kyaw Heh.

Avec AFP par bur-dhc/jac/pz/at/cls

Birmanie: l’ambassadeur à Londres évincé, affrontements meurtriers dans le centre du pays

avril 8, 2021
Birmanie: l'ambassadeur a Londres evince, affrontements meurtriers dans le centre du pays
Birmanie: l’ambassadeur à Londres évincé, affrontements meurtriers dans le centre du pays© AFP/Ben STANSALL

La junte en Birmanie a évincé son ambassadeur à Londres favorable à Aung San Suu Kyi, suscitant la condamnation du Royaume-Uni, tandis qu’au moins une dizaine de civils ont été tués lors d’affrontements dans le centre du pays.

La répression sanglante des forces de sécurité contre le vent de fronde démocratique qui secoue la Birmanie depuis plus de deux mois ne faiblit pas et la crise n’en finit pas de faire des remous à l’international.

Des diplomates proches de la junte se sont emparés mercredi soir de l’ambassade de Birmanie à Londres et en ont refusé l’accès à l’ambassadeur Kyaw Zwar Minn, soutien d’Aung San Suu Kyi, contraint de passer la nuit dans sa voiture.

L’attaché militaire a pris la direction de la représentation diplomatique, a relevé Kyaw Zwar Minn, dénonçant « une sorte de coup d’État ».

Dans une déclaration lue jeudi en son nom devant l’ambassade, Kyaw Zwar Minn a indiqué que l’équipe de son ambassadeur adjoint, Chit Win, « menace le personnel de l’ambassade de sanctions sévères si ces membres du personnel ne continuent pas à travailler pour la junte militaire ».

« Nous condamnons les actions d’intimidation du régime militaire », a tweeté le chef de la diplomatie britannique, Dominic Rabb.

Jeudi, le ministère britannique des Affaires étrangères a été notifié par les autorités birmanes de la fin de mandat de l’ambassadeur et Londres a indiqué ne pas avoir d’autre choix que d’accepter.

Le porte-parole de la junte, Zaw Min Tun, a confirmé que le ministère birman des Affaires étrangères avait été en contact avec son homologue britannique concernant l’incident.

« Nous avons déjà envoyé une lettre officielle pour Chit Win en tant que chef de misson là-bas. Ils ont accepté », a-t-il déclaré à l’AFP, ajoutant que Kyaw Zwar Minn était quant à lui prié de rentrer en Birmanie.

Parallèlement, le bilan des morts s’est encore alourdi.

Au moins 11 personnes ont été tuées et plusieurs blessées mercredi et jeudi par les forces de sécurité à Taze (centre), d’après des médias locaux, qui font état de trois décès dans les rangs de l’armée, un bilan que l’AFP n’a pu confirmer à ce stade de source indépendante.

Des habitants, munis de fusils de chasse et de bombes incendiaires, ont tenté d’empêcher policiers et militaires de pénétrer dans la ville. Ces derniers ont alors riposté.

Environ 600 civils ont été abattus depuis le coup d’Etat du 1er février, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Le bilan pourrait être plus lourd: plus de 2.800 personnes ont été arrêtées. Beaucoup, sans accès à leurs proches ou à un avocat, sont portées disparues.

Et la traque judiciaire se poursuit. Quelque 120 célébrités du pays – chanteurs, mannequins, journalistes – sont visées par un mandat d’arrêt, accusées d’avoir diffusé des informations susceptibles de provoquer des mutineries dans les forces armées.

« Rendez-nous notre héros »

Parmi elles, Paing Takhon, mannequin, acteur et chanteur très célèbre en Birmanie et en Thaïlande voisine. Le jeune homme de 24 ans a été interpellé jeudi au domicile de sa mère à Rangoun « par une cinquantaine de policiers et de militaires et placé en détention », a indiqué sa soeur aînée Thi Thi Lwin sur Facebook.

Mercredi, dans un de ses derniers messages sur internet, il avait indiqué « ne pas être en bonne santé depuis de nombreux jours ».

« J’ai le coeur brisé », « Rendez-nous notre héros »: les condamnations ont fleuri sur les réseaux sociaux, où Paing Takhon était suivi par un million de fans avant que ses comptes Facebook et Instagram soient fermés.

L’acteur a été l’une des premières personnalités du pays à condamner le putsch.

La mobilisation pro-démocratie ne faiblit pas avec des dizaines de milliers de travailleurs en grève et des secteurs entiers de l’économie paralysés.

Mais les foules sont moins nombreuses à manifester par peur des représailles.

La répression « se concentre désormais dans les zones rurales », relève l’AAPP.

Chaussures et fleurs contre la junte

Dans les villes, les protestataires essayent de trouver des parades pour continuer à se faire entendre.

Jeudi, ils ont déposé des chaussures dans les rues pour symboliser chaque manifestant absent.

A Rangoun, elles ont aussi été installées dans des abribus, certaines décorées de roses rouges en hommage aux « héros tombés sous les balles », d’après des images diffusées sur les réseaux sociaux.

Le coup d’État a provoqué de nombreuses condamnations des capitales occidentales et entraîné la défection de plusieurs diplomates birmans de premier plan, dont l’ambassadeur du pays auprès des Nations unies.

Le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Union européenne ont sanctionné la junte et son chef, le général Ming Aung Hlaing.

La Chine et la Russie, alliées traditionnelles de l’armée birmane, rejettent, elles, l’idée de mesures coercitives.

En attendant, un groupe de résistance baptisé CRPH (Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw, l’organe législatif birman) a entamé des discussions avec des enquêteurs de l’ONU sur des atrocités présumées.

Exécutions extrajudiciaires, tortures, détentions illégales: le CRPH assure avoir déjà rassemblé quelque 270.000 éléments prouvant des violations des droits humains « de grande ampleur ».

Par Le Point avec AFP

Birmanie : ulcérées par le bain de sang, les factions rebelles tentées de reprendre les armes contre la junte

avril 3, 2021

Dix factions ont entamé samedi une réunion de deux jours pour «réexaminer» leur position sur l’accord de cessez-le-feu signé en 2015.

Dix des principales factions rebelles de Birmanie vont «réexaminer» l’accord de cessez-le-feu signé à partir de 2015 avec l’armée, ulcérées par la répression sanglante du nouveau régime militaire à l’égard des civils. Plus de 12.000 déplacés ont fui ces derniers jours des raids aériens menés par les généraux birmans, d’après un de ces groupes, la puissante Union nationale Karen (KNU), qui appelle la multitude de minorités ethniques du pays à s’unir contre la junte.

Depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948, de nombreuses factions ethniques armées sont en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d’autonomie, l’accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue. À partir de 2015, l’armée avait conclu un accord national de cessez-le-feu (ANC) avec dix d’entre elles, dont la KNU.

Peu après le coup d’Etat, elles avaient indiqué continuer à appliquer cet accord, malgré le passage en force des généraux. Mais, depuis, «des centaines de civils, des enfants, des adolescents et des femmes, ont été tués» par les forces de sécurité, a écrit samedi Yawd Serk, chef du Conseil de restauration de l’État Shan, un de ces groupes rebelles. Face à cela, les dix factions, qui ont entamé ce samedi une réunion de deux jours, vont «réexaminer» leur position sur l’ANC, a-t-il ajouté.

La KNU est particulièrement virulente contre la junte. Ripostant au bain de sang des forces de sécurité contre les opposants au coup d’État du 1er février, elle s’était déjà emparée la semaine dernière d’une base militaire dans l’État Karen dans le sud-est du pays, tuant dix soldats. L’armée avait alors répliqué en menant des raids aériens contre des places fortes de la faction, une première depuis une vingtaine d’années dans cette région. «Beaucoup de civils sont morts, dont des mineurs et des étudiants. Des écoles, des maisons et des villages ont aussi été détruits» au cours de ces frappes, a relevé la KNU. «Nous exhortons toutes les minorités ethniques du pays (qui en compte plus de 130, ndlr) à engager des actions fortes et à prendre des sanctions» contre les responsables. Le porte-parole de la junte, Zaw Min Tun, a déclaré de son côté «espérer que la majorité des membres de la KNU respectent le cessez-le-feu».

D’autres groupes armés ont déjà apporté leur soutien à la mobilisation démocratique et menacé de reprendre les armes contre l’armée. Et l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a mis en garde cette semaine contre un risque «sans précédent» de «guerre civile». En attendant, les généraux poursuivent leur répression meurtrière.

Plus de 550 civils sont tombés sous les balles des forces de sécurité ces deux derniers mois, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Mais le bilan pourrait être beaucoup plus lourd: quelque 2700 personnes ont été arrêtées. Détenues au secret, sans accès à leur proche ou à un avocat, beaucoup sont portées disparues.

Par Le Figaro avec AFP

Washington exhorte la Birmanie à «ne pas faire usage de violence» après la mort d’une manifestante

février 19, 2021

Les États-Unis ont appelé vendredi 19 février la junte militaire en Birmanie à ne pas faire usage de violence et à renoncer au pouvoir après le décès d’une manifestante, le premier depuis le coup d’État du 1er février.

«Nous condamnons toute violence contre le peuple de Birmanie, et nous réitérons nos appels envers l’armée birmane à ne pas faire usage de violence contre des manifestants pacifiques», a déclaré le porte-parole du département d’État Ned Price devant la presse. Mya Thwate Thwate Khaing avait reçu une balle dans la tête le 9 février lors d’une manifestation contre le putsch à Naypyidaw, la capitale administrative de la Birmanie. La manifestante de 20 ans est décédée vendredi.

«Nous présentons nos condoléances à sa famille et à tous ceux blessés durant les manifestations pacifiques en Birmanie», a assuré le porte-parole de la diplomatie américaine. Mya Thwate Thwate Khaing est rapidement devenue un symbole de résistance pour les manifestants qui réclament la libération de l’ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, la fin de la dictature, et l’abrogation de la constitution de 2008, trop favorable à l’armée. Les États-Unis ont à plusieurs reprises dénoncé l’inculpation de la prix Nobel de la paix et exigent sa libération.

Par Le Figaro avec AFP

Coup d’État: Londres convoque l’ambassadeur de Birmanie

février 1, 2021

Des manifestants birmans se sont réunis à Katmandou ce lundi pour protester contre l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, la dirigeante démocratiquement élue du pays. 

Londres a convoqué ce lundi l’ambassadeur birman au Royaume-Uni pour condamner le «coup d’État» et appeler à la «libération immédiate» de la cheffe de facto du gouvernement civil Aung San Suu Kyi et des civils arrêtés «illégalement», a annoncé la diplomatie britannique.

L’ambassadeur birman Kyaw Zwar Minn a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et le secrétaire d’État britannique chargé de l’Asie, Nigel Adams, a «condamné le coup d’État militaire et l’emprisonnement illégal de civils, dont Aung San Suu Kyi», selon un porte-parole du ministère. Le secrétaire d’État a demandé des «assurances quant à la sécurité de tous ceux qui sont détenus et a appelé leur libération immédiate.

Birmanie : Biden appelle l’armée à rendre le pouvoir «immédiatement»

Le président américain Joe Biden a appelé lundi 1er février l’armée birmane, qui a mené un coup d’État et arrêté Aung San Suu Kyi, à rendre «immédiatement» le pouvoir, menaçant d’imposer des sanctions contre le pays.

«La communauté internationale doit parler d’une seule voix pour exiger de l’armée birmane qu’elle rende immédiatement le pouvoir», a indiqué Biden dans un communiqué. Le locataire de la Maison Blanche annonce par ailleurs un examen «immédiat» des sanctions qui ont été levées au cours de la décennie écoulée, menaçant de les remettre en place.

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra une réunion d’urgence mardi matin sur la situation en Birmanie, indique un programme de travail de l’actuelle présidence britannique de cette instance, approuvé lundi 1er février par ses membres.

Cette réunion, par vidéoconférence, se tiendra à huis clos, précise le programme.

Par Le Figaro avec AFP

Crise des Rohingyas: le chef de la diplomatie britannique en Birmanie

septembre 20, 2018

Naypyidaw (Birmanie) – Le chef de la diplomatie britannique, en visite en Birmanie, a rencontré jeudi son homologue birmane Aung San Suu Kyi, isolée sur la scène internationale en raison de son silence sur la crise des musulmans rohingyas, qualifiée de « génocide » par l’ONU.

« C’est un très grand moment dans l’histoire de la Birmanie. Le monde regarde (ce pays) pour voir si la justice peut être rendue après que des choses vraiment épouvantables se soient produites », a déclaré à l’AFP Jeremy Hunt à l’issue de la rencontre.

« La communauté internationale ne laissera pas les choses en l’état. Si nous voyons que rien ne se passe, nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour nous assurer que justice soit rendue », a-t-il ajouté, évoquant une résolution devant le Conseil de sécurité comme « une des options » sur la table.

Dans leur rapport final rendu mardi, les enquêteurs de l’ONU appellent le Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale par le biais d’une résolution ou à créer un tribunal international ad hoc, comme pour le Rwanda ou l’ex-Yougoslavie.

Mais la probabilité d’une résolution sur le « génocide » rohingya est faible, la Chine et la Russie risquant d’y opposer leur veto.

Plus tôt dans la journée, Jeremy Hunt s’est rendu en Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie d’où en 2017 plus de 700.000 Rohingyas ont fui au Bangladesh les exactions de l’armée birmane, décrivant des viols, des exécutions extrajudiciaires et des villages incendiés.

Leur retour en Birmanie est « la prochaine étape essentielle », a souligné le chef de la diplomatie britannique.

Un accord de rapatriement a été signé entre la Birmanie et le Bangladesh fin 2017, mais dix mois plus tard le processus est au point mort, les deux pays se rejetant mutuellement la faute. Les réfugiés rohingyas refusent, quant à eux, de revenir jusqu’à ce que leur sécurité et leurs droits soient garantis.

Quant aux deux reporters de Reuters condamnés récemment à sept ans de prison alors qu’ils enquêtaient sur des exactions commises contre les Rohingyas, Aung San Suu Kyi va « se pencher sur la question », d’après Jeremy Hunt.

Alors que la prix Nobel de la Paix garde un statut d’idole en Birmanie, cette affaire a écorné encore un peu plus son image à l’international car elle n’est pas intervenue en faveur des deux hommes, justifiant même leur condamnation.

Fin août, quelques jours avant le verdict, l’ex-Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, l’avait accusée d’être devenue « la porte-parole des militaires birmans ».

Mardi, un ancien commentateur politique, proche de la junte birmane, a été condamné à sept ans de prison pour avoir critiqué sur Facebook Aung San Suu Kyi.

Romandie.com avec(©AFP / 20 septembre 2018 12h47)                                                        

Birmanie: sept ans de prison pour avoir critiqué Aug San Suu Kyi sur Facebook

septembre 19, 2018

Rangoun – Un ancien commentateur politique proche de la junte birmane a été condamné à sept ans de prison pour avoir critiqué sur Facebook la dirigeante Aung San Suu Kyi, a-t-on appris mercredi auprès du tribunal.

Ngar Min Swe a été reconnu coupable mardi de « sédition » pour « avoir écrit des posts abusifs sur Facebook contre la Conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi, donnant aux gens des idées fausses sur elle », a déclaré à l’AFP Htay Aung, un porte-parole du tribunal.

Celui qui écrivait dans le journal officiel Global New Light of Myanmar à l’époque de la junte militaire est connu depuis des années pour ses prises de position contre l’ancienne dissidente Aung san Suu Kyi, au pouvoir depuis début 2016.

Sur Facebook, il s’est notamment emporté contre le fait que le président américain de l’époque Barack Obama avait embrassé lors de sa visite en 2014 Aung San Suu Kyi, dénonçant son accolade comme un outrage à la culture birmane, très pudique. Aung San Suu Kyi apparaît sur les photos de l’époque très gênée, et l’histoire avait à l’époque fait couler beaucoup d’encre.

« Obama est venu deux fois. Donald Trump pas encore. Attendez-vous à un baiser… Venez avant 2020 », écrit-il notamment. En 2020, des élections législatives risquent de remettre en jeu la domination du parti d’Aung San Suu Kyi au Parlement. Selon les commentateurs politiques, le parti des anciens dirigeants de la junte pourrait bien créer la surprise.

Cette affaire survient alors que la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi est empêtrée dans la gestion de la crise des Rohingyas, dénoncée par l’ONU comme un génocide par l’armée birmane.

Elle a justifié la semaine dernière à Hanoï l’emprisonnement de deux journalistes de Reuters après leur enquête sur un massacre de Rohingyas. Elle avait évoqué « l’Etat de droit » en Birmanie, mais l’indépendance de la justice est largement sujette à caution.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2018 11h18)                                                        

Birmanie: deux journalistes de Reuters condamnés à sept ans de prison

septembre 3, 2018

/ © AFP / Ye Aung THU

Deux reporters de Reuters accusés d’ »atteinte au secret d’Etat » pour avoir enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas par l’armée en Birmanie ont été condamnés lundi à sept ans de prison, au terme d’un procès qui a entaché un peu plus l’image de la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

« Ayant tous deux porté atteinte au secret d’Etat, ils sont condamnés à sept ans de prison chacun », a déclaré le juge Ye Lwin, devant une salle d’audience pleine à craquer de journalistes et diplomates.

« Nous continuons à demander leur libération », a réagi Knut Ostby, le représentant de l’ONU en Birmanie, peu après l’énoncé du verdict.

L’Union européenne a aussi appelé à leur « libération immédiate et inconditionnelle ».

« Nous demandons la libération immédiate des journalistes », a déclaré Mark Field, le secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, chargé de l’Asie. « C’est un jour sombre pour la Birmanie », a-t-il estimé.

La France a « déploré » cette condamnation, la qualifiant de « sérieuse atteinte à la liberté de la presse et à l’État de droit » en Birmanie.

Le journaliste birman Wa Lone (c) escorté par des policiers après son procès à Rangoun, le 4 avril 2018 / © AFP/Archives / SAI AUNG MAIN

Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, en détention préventive depuis décembre 2017, risquaient une peine de 14 ans de prison au terme de ce procès très controversé, dans un pays où l’indépendance de la justice est sujette à caution.

« Le gouvernement peut bien nous emprisonner… mais ne fermez pas les yeux et les oreilles du peuple », a lancé Kyaw Soe Oo à la foule de journalistes présents devant le tribunal, avant d’être poussé à bord d’un fourgon, en direction de la prison. Sa femme s’était effondrée en larmes à l’énoncé du verdict.

Cette condamnation est un coup dur pour la liberté de la presse, malmenée en Birmanie malgré les espoirs suscités par l’arrivée au pouvoir d’Aung san Suu Kyi en 2016.

Outre celles de l’ONU, de l’UE et de Londres et Paris, les réactions internationales ne se sont pas fait attendre.

L’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) « condamne avec la plus grande fermeté cette décision qui vient clore une instruction fantoche » en Birmanie, classée 137ème sur 180 pays dans le classement mondial de RSF.

Le journaliste birman Kyaw Soe Oo au tribunal de Rangoun, le 9 juillet 2018 / © AFP / STR

« Ce verdict est clairement destiné à intimider d’autres journalistes birmans. C’est une façon pour les militaires et le gouvernement de dire que si vous enquêtez sur certaines choses qui sont sensibles dans notre pays, nous allons vous poursuivre », a réagi Phil Robertson, de l’ONG Human Rights Watch, interrogé par l’AFP à Bangkok.

Les deux reporters birmans de l’agence de presse sont accusés de s’être procuré des documents relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l’Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie, théâtre du drame rohingya.

Ils enquêtaient sur un massacre de membres de la minorité musulmane dans le village de Inn Dinn. Quelques jours après leur arrestation, l’armée a reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingya le 2 septembre 2017, et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour ce massacre.

– Contexte de grande tension –

Ce verdict intervient dans un contexte de grande tension entre la Birmanie et la communauté internationale: lundi dernier, des enquêteurs de l’ONU ont publié un rapport évoquant un « génocide » des Rohingyas et accusant directement l’armée, mais aussi le silence d’Aung San Suu Kyi, à la tête du gouvernement civil depuis 2016.

Birmanie: « Nous n’avons commis aucun crime », assure un reporter / © REUTERS/AFP / –

Et mardi, la question de la poursuite des militaires birmans devant la justice internationale a été débattue au Conseil de sécurité de l’ONU.

Samedi, à Rangoun, une centaine de manifestants ont réclamé la libération des deux reporters, au nom de la liberté de la presse.

En 2017, plus de 700.000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, face aux violences commises par les forces armées birmanes et des milices bouddhistes, une répression qualifiée par l’ONU de « nettoyage ethnique », et même désormais de « génocide ».

Le verdict était suivi de près par la communauté internationale, qui avait multiplié les appels à libérer les deux reporters, de Bruxelles à Washington.

En dépit des pressions, la justice a toujours maintenu les poursuites. Si les documents que détenaient les journalistes « s’étaient retrouvés entre les mains de terroristes, ces derniers auraient pu fomenter plus facilement de nouvelles attaques », avait assuré le 20 août le procureur Kyaw Min Aung dans ses réquisitions.

Romandie.com avec(©AFP / (03 septembre 2018 15h11)