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Le pape prononce le mot  » Rohingya » après une rencontre avec des réfugiés à Dacca

décembre 1, 2017

Le pape François (d) auprès de réfugiés rohingyas, le 1er décembre 2017 à Dacca / © AFP / Vincenzo PINTO

Le pape François a utilisé vendredi pour la première fois de son voyage en Asie le mot « Rohingya », suite à une rencontre au Bangladesh avec seize de ces réfugiés chassés de Birmanie.

« La présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya », a déclaré publiquement le pape, à l’issue de cette rencontre.

D’une grande prudence verbale lors de sa visite en Birmanie sur l’exode forcé des Rohingyas, le souverain pontife a écouté avec gravité les seize membres de trois familles de réfugiés rohingyas en provenance du plus grand camp de réfugiés de la planète.

« Votre tragédie est très dure, très grande, mais a une place dans notre cœur », a souligné le pape.

« Pour ceux qui vous ont fait du mal, en particulier dans l’indifférence du monde, je vous demande pardon », a-t-il lancé.

« Une tradition de votre religion dit que Dieu au début a pris un peu de sel et l’a jeté dans l’eau qui est l’âme de tous les hommes », a commenté le souverain pontife.

« Chacun de nous porte en lui un peu du sel divin. Ces frères et sœurs portent en eux le sel de Dieu », a ajouté le pape, fustigeant « l’égoïsme » du monde.

« Continuons à faire le bien et à les aider, continuons à agir pour que leurs droits soient reconnus », a-t-il plaidé.

« Ne fermons pas nos cœurs, ne regardons pas dans l’autre direction. La présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya », a-t-il enfin dit.

Partisan d’une diplomatie pour « créer des ponts » lorsqu’il se déplace à l’étranger, il n’a jamais mâché ses mots depuis le Vatican sur le sort des Rohingyas, y compris en amont de la marée humaine de plus de 620.000 réfugiés qui a afflué au Bangladesh ces trois derniers mois.

En Birmanie pendant quatre jours, le pape François a appelé les bouddhistes birmans « à dépasser toutes les formes d’intolérance, de préjugé et de haine » en évitant toutefois de mentionner directement le sort de la minorité musulmane rohingya.

Il n’y a pas non plus prononcé ce mot tabou, alors qu’à Rome il s’était ému publiquement pour ses « frères Rohingyas » « torturés et tués ».

Au premier jour de son arrivée à Dacca jeudi, en provenance de Rangoun, l’évêque de Rome avait demandé à la communauté internationale des « mesures décisives » pour régler cette crise humanitaire, notamment une aide d’urgence au Bangladesh.

Romandie.com avec(©AFP / 01 décembre 2017 15h11)                

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Arrivé en Birmanie, le pape rencontre le chef de l’armée

novembre 27, 2017

Le pape François est accueilli par un jeune garçon en costume traditionnel, le 27 novembre 2017, à Rangoun / © AFP / Vincenzo PINTO

Accueilli par des milliers de Birmans, le pape François est arrivé lundi à Rangoun pour une visite délicate, qui a débuté avec une rencontre surprise avec le chef de l’armée, accusé de mener une « épuration ethnique » contre la minorité musulmane des Rohingyas.

Le général Min Aung Hlaing a eu la primeur d’une audience avec le pape en fin de journée à sa résidence: un ajout de dernière minute qui permet au puissant chef de l’armée de se positionner en interlocuteur de premier plan, en devançant la rencontre mardi avec la dirigeante civile et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

L’aura internationale de cette dernière a été fortement ternie par son manque d’empathie affiché pour les Rohingyas, qui sont plus de 620.000 à avoir fui depuis fin août au Bangladesh pour échapper à une campagne de répression de l’armée, qualifiée d' »épuration ethnique » par les Nations unies.

Le général Min Aung Hlaing est accusé par les organisations de défense des droits de l’Homme d’être le principal responsable de cette campagne. Il s’est dit opposé au retour en masse des Rohingyas, malgré un accord en ce sens annoncé la semaine dernière entre les gouvernements birman et bangladais.

La rencontre entre le pape et le général, « de courtoisie » selon le Vatican, n’a duré qu’une quinzaine de minutes.

Le chef de l’armée a assuré au pape que son pays n’exerçait « aucune discrimination religieuse ». « De même, notre armée (…) agit pour la paix et la stabilité du pays », a-t-il déclaré, cité dans un post publié sur Facebook.

« Ils ont parlé de la grande responsabilité des autorités du pays en cette période de transition », a prudemment commenté le Vatican.

Le pape sait que ses déclarations concernant le sort de la minorité seront scrutées à la loupe lors de cette visite de quatre jours. Il n’a pas hésité à dénoncer à plusieurs reprises ces derniers mois le traitement réservé à ceux qu’il appelle ses « frères rohingyas », au risque de froisser la majorité bouddhiste de Birmanie.

– Croire à la paix –

L’opinion publique, portée par un nationalisme bouddhiste antimusulman, est chauffée à blanc par les critiques internationales sur le traitement des Rohingyas.

Mais, agitant des drapeaux birman et du Vatican, les catholiques birmans ayant fait le déplacement pour apercevoir le pape lundi voulaient croire en une paix possible.

« Il vient pour la paix », assurait Christina Aye Aye Sein, employée de banque catholique, arborant un T-shirt avec la photo du pape et le slogan de sa visite: « Paix et amour ».

« Je vous demande de m’accompagner par la prière, afin que ma présence soit pour ces populations un signe de proximité et d’espérance », avait lancé le pape dimanche aux 30.000 fidèles réunis place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus.

Les quelque 700.000 catholiques de Birmanie – un peu plus de 1% des 51 millions d’habitants – qui ont longtemps été victimes de discriminations de la junte, espèrent beaucoup de cette visite.

– Exode –

Mais ce voyage donne également de l’espoir aux réfugiés rohingyas, qui ont raconté depuis le Bangladesh les exactions de l’armée birmane – viols, meurtres, torture.

Nur Mohammad, imam de 45 ans dans un camp de réfugiés à Cox’s Bazar au Bangladesh, espère que le pape demandera le retour des Rohingyas, avec « la citoyenneté et la fin de toutes les discriminations ».

Avant la flambée de violences en août, environ un million de musulmans rohingyas vivaient en Birmanie, depuis des générations pour certains. Mais depuis la loi de 1982, ils sont privés de la nationalité birmane et constituent la plus grande population apatride au monde.

Ils sont victimes de multiples discriminations – travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Mais les marges de manœuvre du pape sont étroites car « la grande majorité des gens en Birmanie ne croient pas au récit international des abus contre les Rohingyas et à un exode en grand nombre de réfugiés au Bangladesh », explique Richard Horsey, analyste indépendant basé en Birmanie.

Selon lui, « si le pape venait à évoquer de façon appuyée le sujet, cela attiserait les tensions », ce que redoute la minorité catholique.

Romandie.com avec(©AFP / 27 novembre 2017 17h48)

Le pape part pour la Birmanie et le Bengladesh

novembre 26, 2017

Rome – Le pape François a entamé dimanche soir son 21e voyage, qui doit le mener dans la Birmanie bouddhiste et le Bangladesh musulman, deux pays asiatiques marqués par de fortes tensions religieuses et sous les projecteurs avec l’exode forcé des Rohingyas.

L’avion transportant le souverain pontife âgé de 80 ans a décollé à 22H10 (21H10 GMT) de Rome et doit atterrir lundi vers 13H30 (7H30 GMT) à Rangoun, la capitale économique de la Birmanie.

« Je vous demande de m’accompagner par la prière, afin que ma présence soit pour ces populations un signe de proximité et d’espérance », a déclaré le pape dimanche midi devant 30.000 fidèles réunis place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus.

Jorge Bergoglio a également exprimé dimanche sa « grande douleur » après l’attentat terroriste qui a fait 305 morts dans une mosquée en Egypte, pays où il s’était rendu en avril.

En Birmanie, le pape François est très attendu sur le drame vécu par la minorité musulmane des Rohingyas, victime d’un « nettoyage ethnique » selon l’ONU et Washington.

Quelque 900.000 Rohingyas de Birmanie sont entassés dans le plus grand camp de réfugiés de la planète, dans le sud du Bangladesh, dont 620.000 arrivés depuis fin août pour échapper à des violences de la part des militaires.

A quelques jours de la visite, la Birmanie et le Bangladesh ont annoncé un accord sur un retour des réfugiés rohingyas, qui facilite assurément la tâche diplomatique de Jorge Bergoglio.

Le pape doit rencontrer la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui dirige le gouvernement civil, et, plus discrètement, le chef de l’armée birmane, le général Min Aung Hlaing.

Evitera-t-il de prononcer le mot « Rohingya », tabou en Birmanie, comme le lui recommande l’Eglise locale, affolée à l’idée qu’il puisse attiser la colère d’extrémistes bouddhistes ?

François est le premier pape à se rendre en Birmanie, où quelque 200.000 personnes sont attendues à une messe en plein air à Rangoun, temps fort pour la toute petite minorité catholique (660.000 soit 1,2% de la population).

Le pape partira ensuite jeudi le Bangladesh qui a pour sa part déjà reçu Paul VI en 1970 et Jean-Paul II en 1986 mais où les catholiques sont encore moins nombreux (375.000 soit 0,24% de la population).

A Dacca, la capitale, François a glissé dans son emploi du temps une rencontre avec un groupe de réfugiés rohingyas.

Le chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques souhaite encourager deux petites Eglises des « périphéries », un exercice qu’il affectionne, au risque d’irriter des pays majoritairement catholiques attendant en vain sa visite.

François accorde une grande importance au développement en Asie du catholicisme, qui ne rassemble que 3% de la population mais connaît une belle croissance (+9% entre 2010 et 2015). Il s’est déjà rendu en Corée du Sud, au Sri Lanka et aux Philippines.

Et le Vatican, qui vient de nouer des relations diplomatiques avec la Birmanie, négocie aussi à petits pas un rapprochement avec le Vietnam et la Chine communistes.

Romandie.com avec(©AFP / 26 novembre 2017 22h41)                                           

Birmanie: Washington dénonce un « nettoyage ethnique » contre les Rohingyas

novembre 22, 2017

Washington – Les Etats-Unis considèrent que les violences ayant poussé plus de 600.000 Rohingyas à fuir la Birmanie depuis fin août « constituent un nettoyage ethnique » contre cette minorité musulmane, a déclaré mercredi le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

« Les responsables de ces atrocités doivent rendre des comptes », a-t-il ajouté dans un communiqué, accusant « certains parmi l’armée et les forces de sécurité birmanes ainsi que les groupes locaux d’autodéfense ».

Rex Tillerson s’est rendu mi-novembre en Birmanie où il a rencontré séparément le chef de l’armée et la dirigeante du gouvernement civil, Aung San Suu Kyi. Depuis le début de cette nouvelle crise des musulmans rohingyas fin août, les Etats-Unis prennent soin de ne pas blâmer la prix Nobel de la paix, mais évoquent ouvertement la responsabilité de l’armée.

Washington s’était refusé jusque-là, contrairement aux Nations unies, à parler de « nettoyage ethnique ».

En réponse à des attaques de la rébellion rohingya, l’armée birmane mène une campagne de représailles dans l’Etat Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie.

Plus de 600.000 Rohingyas ont fui depuis fin août au Bangladesh voisin, dont la moitié sont des enfants, et ont témoigné d’exactions, viols ou meurtres de la part des soldats birmans, accusés de vouloir vider la région des musulmans.

Le chef de la diplomatie américaine a de nouveau condamné les attaques imputées aux rebelles rohingyas. « Mais aucune provocation ne peut justifier les horribles atrocités qui ont suivi », a-t-il martelé.

Il a réclamé une « enquête crédible et indépendante » sur le terrain.

Romandie.com avec(©AFP / 22 novembre 2017 14h49)                                            

La Birmanie récolte les champs des Rohingyas réfugiés au Bangladesh

octobre 28, 2017

Des travailleurs gouvernementaux vont assurer les récoltes sur les terres agricoles abandonnées en Birmanie par les Rohingyas, photographiés ici le 24 octobre 2017 au camp de réfugiés de Balukhali au Bangladesh / © AFP/Archives / Tauseef MUSTAFA

La Birmanie a commencé samedi à récolter le riz sur les terres abandonnées en raison des violences dans l’Etat Rakhine (ouest), a-t-on appris samedi auprès d’un responsable local, confirmant les informations des médias étatiques, une initiative qui soulève des inquiétudes sur les perspectives de retour pour plus de 600.000 Rohingyas ayant fui cette région.

La région, frontalière du Bangladesh, s’est vidée depuis fin août de la plupart de ses habitants rohingyas, membres d’une minorité musulmane apatride et persécutée dans ce pays majoritairement bouddhiste, suite à des opérations militaires qualifiées de nettoyage ethnique par l’ONU.

Des centaines de villages ont été rasés et selon l’ONU près de 603.000 Rohingyas dont quelque 60% d’enfants ont franchi la frontière vers le Bangladesh depuis fin août.

Soumise à d’intenses pressions internationales, la Birmanie a accepté de rapatrier des réfugiés pouvant prouver leur résidence dans l’Etat Rakhine mais les détails de ce projet restent flous.

Un responsable local a confirmé samedi les informations des médias d’Etat selon lesquelles le gouvernement a lancé la récolte de quelque 29.000 hectares de riz dans la région de Maungdaw, particulièrement touchée par les violences.

« Nous avons commencé aujourd’hui la récolte sur les terres du village de Myo Thu Gyi », a déclaré à l’AFP Thein Wai, responsable à Maungdaw du ministère de l’Agriculture.

« Nous allons récolter des champs de paddy de Bengalis qui se sont enfuis au Bangladesh », a-t-il ajouté, utilisant le terme qui sert en Birmanie à désigner les Rohingyas.

– ‘Assurer la récolte’ –

« Nous ne savons pas quand ces Bengalis qui se sont enfuis de l’autre côté vont revenir. C’est pourquoi nous devons assurer la récolte », a-t-il ajouté précisant qu’il ne savait pas ce que le gouvernement entendait ensuite faire de ces champs.

Selon le journal officiel Global New Light of Myanmar, des travailleurs seront ainsi convoyés en autocars depuis d’autres parties du pays.

La Birmanie a rejeté les accusations de nettoyage ethnique et défendu son opération militaire, engagée pour riposter selon elle à une attaque de rebelles rohingyas contre des postes de police fin août qui a fait au moins une dizaine de morts.

Mais les médias, des organisations de défense des droits de l’homme et l’ONU ont publié des rapports documentés sur des témoignages de réfugiés rohingyas faisant état d’atrocités commises par des membres birmans des forces de sécurité.

Vendredi, des experts de l’ONU en matière de droits de l’homme se sont dits « profondément perturbés » après avoir parlé à des réfugiés rohingyas au Bangladesh.

Les témoignages entendus évoquent « des actions méthodiques » constituant des « violations flagrantes des droits de l’homme affectant des centaines de milliers de personnes », a dit Marzuki Darusman qui dirigeait la mission d’enquête.

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, qui n’a aucun contrôle sur la puissante armée birmane, a créé une commission pour superviser la réinstallation de déplacés de l’Etat Rakhine où des dizaines de milliers de membres d’autres minorités ont également fui les violences.

La construction de maisons pour des minorités comme les Mro a débuté, selon les médias officiels. Mais les craintes demeurent de voir les Rohingyas oubliés, alors que la Birmanie refuse de les reconnaître formellement comme une minorité ce qui rend quelque 1,1 million de Rohingyas apatrides.

Romandie.com avec(©AFP / 28 octobre 2017 11h08)

Quatre conflits dans le monde dont personne ne parle

octobre 6, 2017

Alors que le prix Nobel de la paix 2017 est connu ce 6 octobre, La Croix s’intéresse à la multitude de conflits « oubliés » qui ont cours sur tous les continents. Quelles sont les particularités de ces conflits ? Pourquoi leur résolution est-elle si complexe ?

Le Mozambique, le Congo, la Nouvelle-Guinée et la Birmanie sont en proie depuis des années à de violents affrontements.

À Bahreïn, dans le village de Diraz, des manifestants fuient les tirs de la police.

À Bahreïn, dans le village de Diraz, des manifestants fuient les tirs de la police. / Andrea Bruce/andrea bruce / NOOR

Au Mozambique, un conflit continu

L’ancienne rébellion de la guerre civile mozambicaine (1976-1992, un million de morts), la Renamo (Résistance nationale mozambicaine), a repris le maquis dans le centre du pays en 2012. Elle exige un plus grand partage des richesses et du pouvoir alors que la Frelimo (Front de libération du Mozambique) dirige le Mozambique depuis l’indépendance en 1975. Plusieurs trêves ont été signées entre les deux camps mais les tensions et les conflits armés resurgissent régulièrement, comme à l’été 2015.

Ce conflit a une coloration nettement sociale, opposant les inclus et les exclus du développement, le Frelimo accaparant les ressources du pays. Le leader de la Renamo, Afonso Dhlakama, a proclamé en décembre 2016 un cessez-le-feu après l’échec d’une médiation internationale. Au mois d’août, il a rencontré le président Filipe Nyusi dans les montagnes du Gorongosa, au centre, où il vit retranché depuis deux ans. Une autre rencontre est annoncée prochainement pour finaliser un futur accord.

Souhaitant surtout ne pas inquiéter les investisseurs intéressés par l’immense potentiel gazier du pays, Maputo ne fait pas grande publicité sur cette crise. D’autant que le régime est secoué depuis 2016 par un scandale provoqué par l’achat pour 2 milliards de dollars de matériel militaire financé par un prêt caché aux députés et aux bailleurs de fonds.

Il y a deux semaines, l’ONU a accusé le Mozambique d’acheter des armes à la Corée du Nord pour un montant de 6 millions de dollars, malgré l’embargo qui frappe Pyongyang.

Entretien : « Les conflits oubliés ont un impact sur nos vies »

Au Congo-Brazzaville, la guerre du Pool

À la suite de la réélection controversée de Denis Sassou N’Guesso, au mois de mars 2017, l’armée congolaise s’est déployée dans la région du Pool, un département du sud du Congo-Brazzaville. Officiellement, elle y pourchasse Frédéric Bintsamou, alias « pasteur Ntumi », l’ancien chef des « Ninjas ». Ce groupe armé avait déjà combattu dans le Pool entre 1998 et 2005. Après avoir déposé les armes, pasteur Ntumi avait pris des responsabilités politiques en 2007 auprès de Denis Sassou Nguesso.

Accusé par le régime d’être le responsable des violences qui ont frappé Brazzaville le 5 avril 2016, faisant 17 morts, le rebelle s’est enfui dans le Pool rejoindre ses soutiens. Les deux camps s’affrontent, depuis, sans avoir les moyens de se vaincre. Des témoins et des ONG de défense des droits de l’homme accusent les troupes gouvernementales d’exactions et d’user de la force sans se préoccuper des civils (bombardements, hélicoptères d’attaque).

Le comportement des rebelles est aussi dénoncé. Les journalistes ne sont pas autorisés à se rendre dans le Pool. Le Programme alimentaire mondial de l’ONU, le Comité international de la Croix-Rouge et les organisations des droits de l’homme n’y ont pas accès.

Plusieurs districts sont totalement isolés. Cette crise aurait fait 81 000 déplacés (soit le tiers de la population du Pool) et 138 000 personnes auraient besoin d’une aide humanitaire d’urgence, selon l’ONU.

En Nouvelle-Guinée, la révolte des Papous

L’Organisation pour une Papouasie libre (OPM) est un mouvement séparatiste de Papua, nom indonésien de la Nouvelle-Guinée occidentale, une entité rattachée à l’Indonésie en 1963 après avoir été hollandaise.

En 1967, le gouvernement indonésien signe un contrat minier avec la société américaine Freeport. Celle-ci découvre en 1988 les troisièmes réserves les plus importantes au monde pour le cuivre et les deuxièmes pour l’or. Les revenus seront partagés avec le gouvernement central. De nombreux Papous se sentent victimes de discrimination. C’est dans ce contexte que l’OPM mène une guerre de basse intensité.

En 2001, l’assassinat du leader indépendantiste Theys Eluay porte un coup dur à l’OPM. À partir de 2008, on assiste à une recrudescence des actes de guérilla contre l’armée indonésienne. Le 14 décembre 2011, la police indonésienne parvient à attaquer le quartier général d’une cellule de l’organisation, tuant 14 séparatistes.

En 2014, l’action se porte sur le terrain politique. Les indépendantistes fondent un parti, le Mouvement uni pour la libération de la Papouasie occidentale. En 2011, un bilan fait état de 100 000 déplacés et de 150 000 à 400 000 tués depuis le début de l’insurrection dans les années 1960. L’accès du territoire est très difficile pour les étrangers, ce qui rend les observations quasi nulles.

En Birmanie, des conflits persistants

En Birmanie, la crise des Rohingyas est médiatisée, mais elle n’est pas la seule qui frappe ce pays. On note une persistance de conflits armés, avec des minorités ethniques dans le Nord et l’est du pays et les violations des droits de l’homme qui les accompagnent, notamment dans les États Shan et Kachin.

Dans ces régions proches de la frontière chinoise, des combats se poursuivent depuis des décennies entre plusieurs guérillas ethniques et l’armée birmane. En 2011, par une attaque des postes de contrôle de l’Armée d’indépendance kachin (KIA), l’armée birmane mettait fin à dix-sept ans de cessez-le-feu dans la région. Depuis, la situation se dégrade. Dans l’État Kachin, plus de 86 000 personnes vivent dans 140 camps de déplacés internes, et 20 000 personnes se sont réfugiées en Chine. Dans le nord de l’État Shan, près de 12 000 déplacés habitent dans 42 camps.

Depuis août 2016, les offensives de l’armée birmane se sont multipliées. La KIA a refusé de signer un accord de paix. Le 20 novembre dernier, l’Alliance du Nord – dont la KIA fait partie – a lancé une attaque contre les militaires. Les troupes armées gouvernementales ont utilisé de l’artillerie lourde et des avions de chasse. Ces combats ont provoqué des vagues de déplacement obligeant les populations civiles à vivre dans des situations précaires.

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« Nous avons un rôle de sentinelle »

Clément Saccomani,

Directeur du collectif d’auteurs Noor créé il y a dix ans

« Avec l’exposition “Conflits oubliés, conflits de demain” (1), le collectif d’auteurs Noor –

« lumière » en arabe – braque les projecteurs sur des reportages réalisés par ses photographes membres actionnaires de la structure depuis dix ans et qui sont hors des radars de l’actualité.

Notre responsabilité n’est pas de prédire l’avenir, mais nous avons un rôle de sentinelle pour anticiper les problèmes et les enjeux de demain, surtout lorsque certains ingrédients “explosifs” semblent réunis sur le terrain : le lac Tchad et son cocktail de conflits frontaliers, de ressources naturelles, de religions ; le chaos pakistanais ou, plus près de nous, les 5 000 fusillades et 900 morts par an à Chicago… Ce sont aussi les conséquences des viols comme armes de guerre, les troubles mentaux des enfants-soldats, ou encore les enjeux climatiques qui seront à l’origine des conflits de demain.

Installations, expériences sonores, tablettes…, cette exposition casse les codes traditionnels pour éviter le rejet du public même quand la violence des situations est brutale, et lui permettre de s’informer en s’appropriant ces nouvelles façons de raconter des histoires. »

Recueilli par Armelle Canitrot

(1) Jusqu’au 8 octobre, Hôtel du Doyen, Bayeux (14). www.noorimages.com

Lepoint.fr par Laurent Larcher et Pierre Cochez

Ouest de la Birmanie: l’ONU fait état d’une « souffrance inimaginable »

octobre 2, 2017

Un camp de fortune où sont réfugiés des Rohingyas ayant fui la Birmanie, le 2 octobre 2017 à Balukhali au Bangladesh / © AFP / FRED DUFOUR

Les Nations unies ont qualifié lundi d' »inimaginable » « l’ampleur de la souffrance humaine » dans l’ouest de la Birmanie, théâtre de violences depuis plus d’un mois et qui a été ouvert pour la première fois à la communauté internationale.

L’organisation demandait depuis plusieurs semaines un accès à cette région du nord de l’Etat Rakhine, qu’ont quittée plus d’un demi-million de membres de la minorité musulmane rohingya. Ils fuient une opération de l’armée birmane qualifiée d' »épuration ethnique » par l’ONU.

Depuis le début des violences fin août déclenchées par des attaques de la rébellion rohingya, la zone nord de l’Etat Rakhine était bouclée par l’armée birmane et inaccessible.

Outre les Nations Unies, plusieurs ambassadeurs ont pris part à cette visite d’une journée dans les principales zones concernées par les violences, organisée par le gouvernement birman.

Ils se sont rendus dans le district de Maungdaw, le plus proche de la frontière du Bangladesh, zone qui était à 90% peuplée de musulmans rohingyas avant août et qui comptent aujourd’hui des dizaines de villages brûlés et désertés de leurs habitants.

Dans son communiqué, l’ONU a appelé à l' »arrêt des violences » et a également demandé un « accès sans restriction pour l’aide humanitaire ». Mais aussi pour les organisations de défense des droits de l’Homme afin de permettre une « évaluation globale de la situation sur le terrain » pour répondre « aux besoins de toutes les communautés ».

Dans la zone, des dizaines de villages ont été réduits en cendre et des milliers de Rohingyas seraient déplacés ou cachés dans les forêts, survivant avec peu de nourriture et sans aide médicale.

Près de 30.000 bouddhistes et hindous ont également été déplacés par les combats depuis fin août.

Au Bangladesh, dans les camps près de la frontière, autorités et ONG sont débordées face à l’afflux de 500.000 nouveaux réfugiés. Elles ne parviennent pas à les nourrir et s’inquiètent des risques sanitaires.

Les Rohingyas, plus grande population apatride au monde, sont traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste.

Romandie.com avec(©AFP / 02 octobre 2017 18h01)

Birmanie: fosse commune avec les corps de 28 Hindous

septembre 24, 2017

L’armée birmane annonce la découverte d’une fosse commune recelant les coprs de 28 Hindous, auraient été tués par des « terroristes » rohingyas / © AFP/Archives / STR

L’armée birmane a annoncé dimanche la découverte d’une fosse commune comptant 28 Hindous, affirmant qu’ils avaient été tués par des « terroristes » rohingyas.

« Des membres des forces de sécurité ont trouvé et déterré 28 corps d’Hindous tués par les terroristes » musulmans rohingyas, accuse le chef de l’armée sur sa page Facebook.

Romandie.com avec(©AFP / 24 septembre 2017 16h34)                

Sur la crise des Rohingyas, le discours ambigu d’Aung San Suu Kyi

septembre 19, 2017

Aung San Suu Kyi lors d’un discours à la nation le 19 septembre 2017 à Naypyidaw / © AFP / Ye Aung THU

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi s’est efforcée mardi de répondre aux critiques de la communauté internationale sur la crise des Rohingyas sans s’aliéner la puissante armée birmane, ni une opinion publique aux profonds sentiments anti-musulmans.

S’exprimant à Naypyidaw quelques heures avant l’ouverture de l’Assemblée générale de l’ONU, elle a d’ailleurs fait le choix de parler en anglais pour sa grande adresse télévisée, un discours destiné au monde, qui n’était même pas sous-titré pour ses concitoyens.

Elle n’y reprend pas la rhétorique distillée par son gouvernement depuis plus de trois semaines de crise, qui assimilait les Rohingyas à des terroristes. Mais elle évite aussi de critiquer frontalement la puissante armée, avec laquelle elle doit composer. Une ambiguïté relevée par les analystes.

« Ce n’est pas qu’une question de langue, mais de contenu », relève Maël Raynaud, consultant indépendant spécialiste de la Birmanie: « elle n’a pas grand chose à dire à la Nation, qui la soutient quasiment à l’unanimité ».

A travers le pays, des milliers de Birmans s’étaient rassemblés pour regarder le discours sur écran géant, l’occasion surtout de montrer leur soutien à Aung San Suu Kyi en agitant son portrait et le drapeau national.

« Nous n’avons rien compris du discours d’Aung San Suu Kyi. Mais nous voulons lui montrer notre soutien. Quand son discours a été fini, nous avons applaudi et sommes rentrés chez nous », a expliqué à l’AFP Cho Cho, une habitante de l’Etat Karen, dans le nord-est du pays.

L’adresse à la Nation annoncée a d’ailleurs été rebaptisée au dernier moment « briefing diplomatique ».

Aung San Suu Kyi l’a elle-même expliqué d’entrée de jeu dans son discours, rappelant que cette année, elle n’avait pas pu se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies en raison de cette crise et comptait « partager avec la communauté internationale les défis auxquels est confrontée » la Birmanie.

– discours pour l’ONU –

Avec ce discours à Naypyidaw, la capitale administrative, devant un parterre d’ambassadeurs, « elle tente de regagner un peu de crédibilité internationale, sans pour autant s’aliéner les militaires et l’opinion publique », très xénophobe dans son ensemble, estime lui aussi Phil Robertson, représentant de l’ONG Human Rights Watch pour l’Asie.

Elle a évité cette fois-ci de dénoncer l' »iceberg de désinformation » des médias internationaux, qu’elle critiquait comme pro-rohingyas dans un communiqué début septembre, mettant alors de l’huile sur le feu, dans un pays gagné ces dernières semaines par un forte colère contre la communauté internationale.

Elle s’est abstenue aussi de marteler l’expression « terroristes extrémistes », qui revient sans cesse dans ses communiqués de presse en birman.

Elle qui est critiquée pour sa froideur a même eu des élans compassionnels dans son discours, se disant « profondément désolée » pour les victimes du conflit, avec plus de 420.000 membres de la minorité musulmane des Rohingyas réfugiés au Bangladesh depuis des attaques, le 25 août, de rebelles rohingyas.

Cela n’a pas empêché les critiques de fuser, Amnesty International dénonçant sa « politique de l’autruche ».

« Elle n’est pas allée assez loin dans la reconnaissance du fait que les militaires sont derrière » les incendies de villages et divers abus dans la zone de conflit et agissent avec des milices bouddhistes extrémistes, regrette Laura Haigh, spécialiste de la Birmanie à Amnesty International.

Le service de presse d’Aung San Suu Kyi assure de son côté que la traduction en birman du discours d’Aung San Suu Kyi sera bientôt disponible sur le site internet du gouvernement.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2017 14h32)                

Birmanie: Suu Kyi annule un déplacement à l’ONU en pleine crise des Rohingyas

septembre 13, 2017

Des réfugiés rohingyas de Birmanie arrivent en bateau à Teknaf, le 12 septembre 201 au Bangladesh / © AFP / MUNIR UZ ZAMAN

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a annulé un déplacement à l’Assemblée générale des Nations unies alors que l’ONU a récemment affirmé que la minorité rohingya de Birmanie était victime d’un « nettoyage ethnique » et réunit son Conseil de sécurité mercredi sur ce dossier.

L’ex-dissidente et prix Nobel de la paix est sous le feu des critiques de la communauté internationale pour son silence sur le sort de cette minorité musulmane du pays, qui fuit à nouveau en masse la Birmanie.

D’après les derniers chiffres des Nations unies mercredi, plus de 379.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août, pour fuir une campagne de répression de l’armée birmane, consécutive à des attaques de rebelles rohingyas. Quelque 60% d’entre eux sont des enfants.

Et des milliers d’autres seraient toujours sur les routes.

Les réfugiés arrivent au Bangladesh épuisés, démunis, affamés, après des jours de marche sous la pluie. Autorités locales et organisations internationales peinent à prendre en charge cette marée humaine, d’une ampleur sans précédent pour ce conflit.

Le fleuve Naf, qui marque une frontière naturelle entre les deux pays, continue de charrier des cadavres: sept nouveaux corps, dont des enfants, ont été retrouvés échoués sur la rive mercredi par les autorités bangladaises. Certaines dépouilles portaient des traces de balles.

Depuis le début des troubles, près de 100 personnes ont péri noyées en tentant de passer au Bangladesh.

Bien que sous le feu des critiques internationales, Aung San Suu Kyi reste très peu loquace sur la crise et continue d’afficher son soutien à l’armée dans son opération contre les « terroristes ».

L’ancienne icône de la démocratie, qui semble s’enfoncer dans son silence, « n’assistera pas à l’Assemblée générale de l’ONU » fin septembre, a annoncé à l’AFP Zaw Htay, son porte-parole.

L’an dernier, à la tribune de cette Assemblée générale, la prix Nobel de la paix, qui dirige de facto le gouvernement birman depuis avril 2016, s’était engagée à soutenir les droits de la minorité musulmane.

Elle avait promis de « s’opposer fermement aux préjugés et à l’intolérance » et de promouvoir les droits de l’homme, tout en demandant à la communauté internationale de se montrer « compréhensive et constructive ».

Suu Kyi « nous avait promis la paix mais nous ne l’aurons jamais. Nous avons été et continueront sans cesse à être persécutés », a déploré un réfugié Rohingya qui vit depuis 25 ans au Bangladesh.

Impératif moral –

Mais cette nouvelle crise est au contraire « un exemple classique de nettoyage ethnique », caractérisé par « exécutions », des « tirs sur des civils en fuite » et des incendies de villages, d’après le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

La réunion, à huis clos, du Conseil de sécurité prévue à 15H00 GMT s’annonce divisée: la Chine, qui est le premier investisseur étranger en Birmanie, a réitéré son « soutien » à Naypyidaw et loué « ses efforts pour préserver la stabilité de son développement national ».

« Nous espérons que le Conseil de sécurité va proposer des décisions substantielles et notamment un embargo sur les armes », a déclaré Phil Robertson de Human Rights Watch.

Traités comme des étrangers dans ce pays à plus de 90% bouddhiste d’Asie du Sud-Est, les Rohingyas sont apatrides, même si certains vivent là depuis des générations.

Ils sont victimes de multiples discriminations: travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Plusieurs prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai et l’archevêque sud-africain Desmond Tutu puis le dalaï lama, admiré par Aung San Suu Kyi, l’ont appelée à intervenir.

Mais la tâche d’Aung San Suu Kyi est compliquée par la montée des bouddhistes extrémistes ces dernières années. Et surtout par la grande autonomie de l’armée birmane, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit et tient les rênes de trois ministères importants: l’Intérieur, les Frontières et la Défense.

« Aung San Suu Kyi doit parler, c’est un impératif moral pour elle », a estimé Phil Robertson, ajoutant que « ce n’est pas seulement sa réputation internationale qui est en jeu, mais aussi son statut vis-à-vis de l’armée ».

La cause des Rohingyas a trouvé ces derniers jours un écho particulier dans le monde musulman, où les images présentées comme des exactions de l’armée birmane sont largement partagées sur les réseaux sociaux. Mardi, le guide suprême iranien Ali Khamenei a estimé que leur sort marquait « la mort du prix Nobel de la paix ».

Romandie.com avec(©AFP / 13 septembre 2017 12h27)