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Crise des Rohingyas: le chef de la diplomatie britannique en Birmanie

septembre 20, 2018

Naypyidaw (Birmanie) – Le chef de la diplomatie britannique, en visite en Birmanie, a rencontré jeudi son homologue birmane Aung San Suu Kyi, isolée sur la scène internationale en raison de son silence sur la crise des musulmans rohingyas, qualifiée de « génocide » par l’ONU.

« C’est un très grand moment dans l’histoire de la Birmanie. Le monde regarde (ce pays) pour voir si la justice peut être rendue après que des choses vraiment épouvantables se soient produites », a déclaré à l’AFP Jeremy Hunt à l’issue de la rencontre.

« La communauté internationale ne laissera pas les choses en l’état. Si nous voyons que rien ne se passe, nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour nous assurer que justice soit rendue », a-t-il ajouté, évoquant une résolution devant le Conseil de sécurité comme « une des options » sur la table.

Dans leur rapport final rendu mardi, les enquêteurs de l’ONU appellent le Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale par le biais d’une résolution ou à créer un tribunal international ad hoc, comme pour le Rwanda ou l’ex-Yougoslavie.

Mais la probabilité d’une résolution sur le « génocide » rohingya est faible, la Chine et la Russie risquant d’y opposer leur veto.

Plus tôt dans la journée, Jeremy Hunt s’est rendu en Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie d’où en 2017 plus de 700.000 Rohingyas ont fui au Bangladesh les exactions de l’armée birmane, décrivant des viols, des exécutions extrajudiciaires et des villages incendiés.

Leur retour en Birmanie est « la prochaine étape essentielle », a souligné le chef de la diplomatie britannique.

Un accord de rapatriement a été signé entre la Birmanie et le Bangladesh fin 2017, mais dix mois plus tard le processus est au point mort, les deux pays se rejetant mutuellement la faute. Les réfugiés rohingyas refusent, quant à eux, de revenir jusqu’à ce que leur sécurité et leurs droits soient garantis.

Quant aux deux reporters de Reuters condamnés récemment à sept ans de prison alors qu’ils enquêtaient sur des exactions commises contre les Rohingyas, Aung San Suu Kyi va « se pencher sur la question », d’après Jeremy Hunt.

Alors que la prix Nobel de la Paix garde un statut d’idole en Birmanie, cette affaire a écorné encore un peu plus son image à l’international car elle n’est pas intervenue en faveur des deux hommes, justifiant même leur condamnation.

Fin août, quelques jours avant le verdict, l’ex-Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, l’avait accusée d’être devenue « la porte-parole des militaires birmans ».

Mardi, un ancien commentateur politique, proche de la junte birmane, a été condamné à sept ans de prison pour avoir critiqué sur Facebook Aung San Suu Kyi.

Romandie.com avec(©AFP / 20 septembre 2018 12h47)                                                        

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Birmanie: sept ans de prison pour avoir critiqué Aug San Suu Kyi sur Facebook

septembre 19, 2018

Rangoun – Un ancien commentateur politique proche de la junte birmane a été condamné à sept ans de prison pour avoir critiqué sur Facebook la dirigeante Aung San Suu Kyi, a-t-on appris mercredi auprès du tribunal.

Ngar Min Swe a été reconnu coupable mardi de « sédition » pour « avoir écrit des posts abusifs sur Facebook contre la Conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi, donnant aux gens des idées fausses sur elle », a déclaré à l’AFP Htay Aung, un porte-parole du tribunal.

Celui qui écrivait dans le journal officiel Global New Light of Myanmar à l’époque de la junte militaire est connu depuis des années pour ses prises de position contre l’ancienne dissidente Aung san Suu Kyi, au pouvoir depuis début 2016.

Sur Facebook, il s’est notamment emporté contre le fait que le président américain de l’époque Barack Obama avait embrassé lors de sa visite en 2014 Aung San Suu Kyi, dénonçant son accolade comme un outrage à la culture birmane, très pudique. Aung San Suu Kyi apparaît sur les photos de l’époque très gênée, et l’histoire avait à l’époque fait couler beaucoup d’encre.

« Obama est venu deux fois. Donald Trump pas encore. Attendez-vous à un baiser… Venez avant 2020 », écrit-il notamment. En 2020, des élections législatives risquent de remettre en jeu la domination du parti d’Aung San Suu Kyi au Parlement. Selon les commentateurs politiques, le parti des anciens dirigeants de la junte pourrait bien créer la surprise.

Cette affaire survient alors que la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi est empêtrée dans la gestion de la crise des Rohingyas, dénoncée par l’ONU comme un génocide par l’armée birmane.

Elle a justifié la semaine dernière à Hanoï l’emprisonnement de deux journalistes de Reuters après leur enquête sur un massacre de Rohingyas. Elle avait évoqué « l’Etat de droit » en Birmanie, mais l’indépendance de la justice est largement sujette à caution.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2018 11h18)                                                        

Birmanie: deux journalistes de Reuters condamnés à sept ans de prison

septembre 3, 2018

/ © AFP / Ye Aung THU

Deux reporters de Reuters accusés d’ »atteinte au secret d’Etat » pour avoir enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas par l’armée en Birmanie ont été condamnés lundi à sept ans de prison, au terme d’un procès qui a entaché un peu plus l’image de la prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

« Ayant tous deux porté atteinte au secret d’Etat, ils sont condamnés à sept ans de prison chacun », a déclaré le juge Ye Lwin, devant une salle d’audience pleine à craquer de journalistes et diplomates.

« Nous continuons à demander leur libération », a réagi Knut Ostby, le représentant de l’ONU en Birmanie, peu après l’énoncé du verdict.

L’Union européenne a aussi appelé à leur « libération immédiate et inconditionnelle ».

« Nous demandons la libération immédiate des journalistes », a déclaré Mark Field, le secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, chargé de l’Asie. « C’est un jour sombre pour la Birmanie », a-t-il estimé.

La France a « déploré » cette condamnation, la qualifiant de « sérieuse atteinte à la liberté de la presse et à l’État de droit » en Birmanie.

Le journaliste birman Wa Lone (c) escorté par des policiers après son procès à Rangoun, le 4 avril 2018 / © AFP/Archives / SAI AUNG MAIN

Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, en détention préventive depuis décembre 2017, risquaient une peine de 14 ans de prison au terme de ce procès très controversé, dans un pays où l’indépendance de la justice est sujette à caution.

« Le gouvernement peut bien nous emprisonner… mais ne fermez pas les yeux et les oreilles du peuple », a lancé Kyaw Soe Oo à la foule de journalistes présents devant le tribunal, avant d’être poussé à bord d’un fourgon, en direction de la prison. Sa femme s’était effondrée en larmes à l’énoncé du verdict.

Cette condamnation est un coup dur pour la liberté de la presse, malmenée en Birmanie malgré les espoirs suscités par l’arrivée au pouvoir d’Aung san Suu Kyi en 2016.

Outre celles de l’ONU, de l’UE et de Londres et Paris, les réactions internationales ne se sont pas fait attendre.

L’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) « condamne avec la plus grande fermeté cette décision qui vient clore une instruction fantoche » en Birmanie, classée 137ème sur 180 pays dans le classement mondial de RSF.

Le journaliste birman Kyaw Soe Oo au tribunal de Rangoun, le 9 juillet 2018 / © AFP / STR

« Ce verdict est clairement destiné à intimider d’autres journalistes birmans. C’est une façon pour les militaires et le gouvernement de dire que si vous enquêtez sur certaines choses qui sont sensibles dans notre pays, nous allons vous poursuivre », a réagi Phil Robertson, de l’ONG Human Rights Watch, interrogé par l’AFP à Bangkok.

Les deux reporters birmans de l’agence de presse sont accusés de s’être procuré des documents relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l’Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie, théâtre du drame rohingya.

Ils enquêtaient sur un massacre de membres de la minorité musulmane dans le village de Inn Dinn. Quelques jours après leur arrestation, l’armée a reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingya le 2 septembre 2017, et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour ce massacre.

– Contexte de grande tension –

Ce verdict intervient dans un contexte de grande tension entre la Birmanie et la communauté internationale: lundi dernier, des enquêteurs de l’ONU ont publié un rapport évoquant un « génocide » des Rohingyas et accusant directement l’armée, mais aussi le silence d’Aung San Suu Kyi, à la tête du gouvernement civil depuis 2016.

Birmanie: « Nous n’avons commis aucun crime », assure un reporter / © REUTERS/AFP / –

Et mardi, la question de la poursuite des militaires birmans devant la justice internationale a été débattue au Conseil de sécurité de l’ONU.

Samedi, à Rangoun, une centaine de manifestants ont réclamé la libération des deux reporters, au nom de la liberté de la presse.

En 2017, plus de 700.000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, face aux violences commises par les forces armées birmanes et des milices bouddhistes, une répression qualifiée par l’ONU de « nettoyage ethnique », et même désormais de « génocide ».

Le verdict était suivi de près par la communauté internationale, qui avait multiplié les appels à libérer les deux reporters, de Bruxelles à Washington.

En dépit des pressions, la justice a toujours maintenu les poursuites. Si les documents que détenaient les journalistes « s’étaient retrouvés entre les mains de terroristes, ces derniers auraient pu fomenter plus facilement de nouvelles attaques », avait assuré le 20 août le procureur Kyaw Min Aung dans ses réquisitions.

Romandie.com avec(©AFP / (03 septembre 2018 15h11)

Birmanie: une bombe tue deux personnes dans une banque

février 21, 2018

L’immeuble de la banque Yoma où une bombe a explosé tuant deux employés, le 21 février 2018 à Lashio, en Birmanie / © AFP / NAY MYO

Deux employées ont été tuées mercredi dans l’explosion d’une bombe dans une banque dans le nord de la Birmanie, en proie à une rébellion ethnique armée, a annoncé un responsable des forces de l’ordre à l’AFP.

« Deux employées de la banque Yoma ont été tuées et treize personnes ont été blessées dans l’explosion de la bombe », a déclaré ce responsable, sous couvert de l’anonymat.

L’explosion s’est produite à Lashio, la grande ville du nord de l’Etat Shan, en proie à un conflit ethnique armé depuis des années.

La façade de l’immeuble où se trouve la banque a été fortement endommagée, ainsi que des véhicules stationnés dans la rue, selon des témoins.

Les forces de sécurité ne privilégiaient dans un premier temps aucune piste, criminelle ou rebelle.

L’attaque intervient dans un contexte politique difficile pour Aung San Suu Kyi, chef de la diplomatie et numéro un du gouvernement civil. Elle est empêtrée dans la crise des musulmans rohingyas, victimes d’une épuration ethnique par l’armée birmane selon l’ONU.

Ces violences interviennent quelques jours après que deux rébellions ethniques armées ont signé un cessez-le-feu, un succès relatif pour Aung San Suu Kyi, dans un pays où armée et guérillas s’affrontent dans certaines régions comme l’Etat Shan.

Par ailleurs, il y a quelques jours, l’armée a effectué un raid contre un gros laboratoire clandestin dans le nord de l’Etat Shan, saisissant pour plusieurs millions d’euros de drogue et de matériel.

Or les groupes rebelles ethniques comptent sur le trafic de drogue pour financer leurs mouvements.

Et ces derniers jours les combats entre armée et rebelles en Etat Shan se sont renforcés, forçant des centaines de villageois à fuir leurs maisons.

Romandie.com avec (©AFP / 21 février 2018 13h55)                

Birmanie: profil bas d’Aug San Suu Kyi pour le 70ème anniversaire de l’indépendance

janvier 4, 2018

De jeunes Birmans se livrent à une traditionnelle bataille d’oreillers assis sur un bambou, lors des célébrations du 70ème anniversaire de l’indépendance de la Birmanie, jeudi 4 janvier, dans les environs de Rangoun / © AFP / YE AUNG THU

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, fille du père de l’indépendance, a gardé jeudi un profil bas et n’a pas participé à la célébration du 70ème anniversaire de la fin de la domination britannique sur le pays, marquée essentiellement par des festivités populaires.

Seul le vice-président, Myint Swe, a participé à une discrète cérémonie, à l’aube à Naypyidaw, la capitale administrative. Aucune raison n’a été donnée à la faible visibilité politique pour cet évènement, alors même que la Birmanie est marquée par un fort nationalisme.

Le gouvernement est embourbé cette année dans le dossier de la crise des musulmans rohingyas et la population est largement braquée contre l’opinion internationale, et notamment l’ONU, qui accuse l’armée birmane de « nettoyage ethnique » contre cette minorité. Plus de 650.000 de ses membres ont fui au Bangladesh voisin depuis août 2017.

Mais jeudi, l’ambition était à la fête et à l’oubli dans les rues de Rangoun, envahies par les sonos jouant de la musique à plein volume, avec des jeux de rue allant du lancer de noix de coco à l’avalage de gâteaux en vol, traditionnelle façon de célébrer l’indépendance du pays.

« Nous devons nous souvenir de ce jour chaque année…. Les jeunes générations doivent se souvenir des anciens qui se sont battus pour notre liberté », explique à l’AFP Ye Yint, 27 ans, un jeune participant aux festivités à Rangoun.

La Birmanie a déclaré son indépendance de l’Empire britannique le 4 janvier 1948.

« Le général Aung San, héros de notre jour de l’Indépendance, et ses camarades se sont battus pour obtenir l’indépendance de notre pays », ajoute Aung Thant Kyaw, un jeune de 18 ans.

« Alors aujourd’hui nous faisons des jeux pour célébrer notre liberté et pour lui rendre hommage », assure celui qui a remporté un jeu consistant à se saisir d’une noix de coco passant de joueurs en joueurs, couverts d’huile pour rendre la prise plus difficile.

Le général Aung San, père de la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, aujourd’hui à la tête du premier gouvernement civil après des décennies de junte, est en effet le héros de l’indépendance.

Romandie.com avec(©AFP / 04 janvier 2018 13h22)                

La Birmanie sous pression internationale après l’arrestation de deux journalistes

décembre 19, 2017

Rangoun – La Birmanie était sous pression internationale mardi après l’arrestation de deux journalistes et leur détention au secret depuis une semaine, qui posent des questions sur le respect de la liberté de la presse dans le pays.

« Nous attendons des autorités birmanes qu’elles garantissent la pleine protection de leurs droits et qu’elles libèrent les journalistes le plus rapidement possible », a déclaré un porte-parole de l’Union européenne dans un communiqué.

« Nous appelons à leur libération immédiate », a renchéri la porte-parole du département d’Etat américain Heather Nauert devant la presse à Washington. « Nous sommes très inquiets au sujet de leur arrestation », « nous ne savons pas où ils sont, c’est un autre sujet d’inquiétude », a-t-elle ajouté. « J’espère que le gouvernement birman nous dira, ainsi qu’à leurs familles, comment ils vont. »

Les deux Birmans qui travaillent pour l’agence Reuters ont été inculpés en vertu d’une loi datant de l’époque coloniale pour détention de documents relatifs aux forces de sécurité en Etat Rakhine, où l’armée est accusée d' »épuration ethnique » contre les musulmans rohingyas.

Personne n’a revu Wa Lone, 31 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans, depuis leur arrestation dans la capitale économique Rangoun, le 12 décembre alors que l’ONU a, comme les États-Unis et l’UE, demandé leur libération.

Les faits pour lesquels ils sont poursuivis sont passibles de près de 14 ans de prison.

Les journalistes ont été arrêtés après avoir accepté une invitation à dîner de policiers, qui revenaient du nord de l’Etat Rakhine, et ont également été arrêtés.

« Nous n’avons pas pu les rencontrer, et leurs familles non plus, et nous n’avons reçu aucune information concernant leur localisation ou leur condition », a déclaré mardi le rédacteur en chef de Reuters, Stephen J. Adler.

Pour Sean Bain, un conseiller juridique de la Commission internationale des juristes (CIJ), leur situation « semble constituer une détention arbitraire ».

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2016 d’Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto le premier gouvernement civil depuis des décennies, les défenseurs de la liberté de la presse pointent le peu de progrès réalisés dans ce domaine voire les reculs.

« Les récentes arrestations ont accentué la peur de beaucoup de journalistes dans le pays, pour lesquels l’autocensure devient la norme, notamment quand il s’agit de parler des forces de sécurité », a déclaré Swe Win, un journaliste birman lui-même arrêté cette année.

Au moins onze journalistes ont été interpellés en 2017. Début novembre, deux journalistes –une Malaisienne et un Singapourien– travaillant pour une télévision turque avaient été condamnés à deux mois de prison ferme pour avoir fait voler un drone au dessus du Parlement, en attendant d’autres inculpations.

Plusieurs régions du pays sont inaccessibles aux journalistes, y compris la majeure partie de l’Etat Rakhine, où l’armée a lancé une opération militaire poussant à l’exode plus de 650.000 musulmans rohingyas.

Romandie.com avec(©AFP / 20 décembre 2017 00h30)                                            

La Birmanie a planifié les attaques contre les Rohingyas, selon l’ONU

décembre 18, 2017

Des réfugiés Rohingyas installés dans un camp au Bangladesh, le 25 septembre 2017 après avoir fui la Birmanie / © AFP / DOMINIQUE FAGET

La Birmanie a clairement « planifié » les attaques violentes visant la minorité musulmane des Rohingyas, provoquant un exode massif dans ce qui apparaît un possible « génocide », a déclaré lundi à l’AFP le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

« Pour nous, c’était clair (…) que ces opérations avaient été organisées et planifiées », a dit Zeid Ra’ad Al Hussein dans une interview, à propos de la répression qui a tué plusieurs milliers de personnes et contraint plus de 655.000 Rohingyas à trouver refuge au Bangladesh voisin depuis août. « Vous ne pouvez pas exclure la possibilité d’actes de génocide, » a-t-il dit.

Romandie.cm avec (©AFP / 18 décembre 2017 18h36)                

Birmanie: 6.700 Rohingyas tués en Birmanie le premier mois des violences

décembre 14, 2017

Des réfugiés rohingyas au camp de Naybara, le 3 décembre 2017 à Cox’s Bazar, au Bangladesh / © AFP/Archives / Ed JONES

Au moins 6.700 Rohingyas ont été tués entre fin août et fin septembre au cours d’une opération de l’armée birmane, selon une estimation publiée jeudi par Médecins sans frontières (MSF), qui estime que le bilan réel pourrait être encore plus lourd.

Les chiffres de MSF ne couvrent que le premier mois des violences, mais l’exode se poursuit encore aujourd’hui. Et les personnes qui fuient « disent avoir subi des violences ces dernières semaines », a souligné MSF.

Les Nations unies n’ont jusqu’ici jamais publié de chiffres sur le nombre de tués.

« Les études montrent qu’au moins 71,7% des décès sont dus à la violence, y compris parmi les enfants de moins de cinq ans. Cela représente au moins 6.700 personnes, dont 730 enfants », a écrit MSF, qui a interrogé plus de 11.000 réfugiés au Bangladesh pour parvenir à cette estimation.

Et pour le Dr Sidney Wong de MSF, « le nombre de décès est vraisemblablement sous-estimé », car « l’ampleur et la nature des violences mises au jour sont effroyables ».

« Nous avons entendu des personnes raconter que des familles entières avaient péri après que les forces armées les ont enfermées dans leurs maisons avant d’y mettre le feu », a-t-il affirmé.

Selon les milliers d’entretiens menés par MSF pour tenter d’évaluer l’ampleur du drame, 69% des victimes ont été tuées par balles, 9% ont péri de brûlures et 5% de passages à tabac.

« Presque chaque famille rohingya a eu un ou plusieurs de ses membres tués dans les violences », a indiqué à l’AFP Mohammad Zubir, enseignant rohingya réfugié depuis 25 ans au Bangladesh, qui joue un rôle de dirigeant dans la communauté locale.

Les violences ont poussé environ 647.000 Rohingyas à fuir au Bangladesh voisin soit plus de la moitié de cette communauté musulmane vivant principalement dans l’Etat Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie, pays très majoritairement bouddhiste.

« Je ne vois pas 600.000 personnes fuir leurs maisons et leurs rizières sans bonnes raisons », a argumenté Karline Kleijen, de MSF.

L’ONG, comme la plupart des acteurs humanitaires et des journalistes, n’a pas accès à la zone de conflit, tenue par l’armée. Ses programmes y sont au point mort.

Comme le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, MSF réclame l’ouverture d’une enquête internationale et la réouverture de la zone.

Le même jour que la publication du rapport de MSF, hasard du calendrier, le Parlement européen a approuvé une résolution sur la Birmanie appelant les pays de l’Union européenne à imposer « de toute urgence des sanctions punitives ciblées à l’encontre d’individus dans l’armée ».

– ‘Apartheid’ –

Jusqu’ici, l’armée birmane, qui nie toute représailles contre les civils, avait évoqué un bilan de moins de 400 morts, tous des « terroristes » rohingyas.

Des attaques rebelles contre des postes de police en août avaient déclenché la répression de l’armée, accusée d’incendier des villages et de s’en prendre aux civils.

Les chiffres de MSF contredisent en tout point l’armée birmane, qui a rendu mi-novembre les conclusions de son enquête interne.

« Les soldats n’ont pas commis de violences sexuelles ni tué des civils. Ils n’ont pas arrêté, battu ou tué de villageois », affirmait le rapport sur la base de plus de 2.800 témoignages de villageois musulmans.

L’armée a seulement confirmé avoir tiré sur une foule de Rohingyas qui les attaquaient, affirmant avoir agi en état de légitime défense.

Pour Richard Horsey, analyste indépendant basé en Birmanie, le bilan de MSF est « choquant » et devrait « inévitablement pousser la communauté internationale à s’intéresser de nouveau à la question des responsabilités ».

Les violences dans l’Etat Rakhine ont débuté par des attaques de postes de police par la rébellion rohingya de l’ARSA, qui dénonce les mauvais traitements subis par cette minorité.

Ils représentent la plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire.

Victimes de discriminations, ils n’ont pas de papiers d’identité, ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n’ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et hôpitaux. Amnesty international a récemment évoqué une situation d' »apartheid ».

Dans ces circonstances, MSF estime que le récent accord entre les gouvernements du Bangladesh et de la Birmanie sur le rapatriement des Rohingyas « apparaît prématuré ».

Côté Bangladesh, dans les immenses camps insalubres de réfugiés, les autorités et les ONG parviennent difficilement à nourrir et soigner tout le monde. Mardi, le Bangladesh a lancé une campagne de vaccination contre la diphtérie, maladie qui aurait causé la mort de neuf réfugiés et en aurait infecté 700 autres.

Romandie.com avec(©AFP / 14 décembre 2017 14h31)                

Le pape prononce le mot  » Rohingya » après une rencontre avec des réfugiés à Dacca

décembre 1, 2017

Le pape François (d) auprès de réfugiés rohingyas, le 1er décembre 2017 à Dacca / © AFP / Vincenzo PINTO

Le pape François a utilisé vendredi pour la première fois de son voyage en Asie le mot « Rohingya », suite à une rencontre au Bangladesh avec seize de ces réfugiés chassés de Birmanie.

« La présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya », a déclaré publiquement le pape, à l’issue de cette rencontre.

D’une grande prudence verbale lors de sa visite en Birmanie sur l’exode forcé des Rohingyas, le souverain pontife a écouté avec gravité les seize membres de trois familles de réfugiés rohingyas en provenance du plus grand camp de réfugiés de la planète.

« Votre tragédie est très dure, très grande, mais a une place dans notre cœur », a souligné le pape.

« Pour ceux qui vous ont fait du mal, en particulier dans l’indifférence du monde, je vous demande pardon », a-t-il lancé.

« Une tradition de votre religion dit que Dieu au début a pris un peu de sel et l’a jeté dans l’eau qui est l’âme de tous les hommes », a commenté le souverain pontife.

« Chacun de nous porte en lui un peu du sel divin. Ces frères et sœurs portent en eux le sel de Dieu », a ajouté le pape, fustigeant « l’égoïsme » du monde.

« Continuons à faire le bien et à les aider, continuons à agir pour que leurs droits soient reconnus », a-t-il plaidé.

« Ne fermons pas nos cœurs, ne regardons pas dans l’autre direction. La présence de Dieu aujourd’hui s’appelle aussi Rohingya », a-t-il enfin dit.

Partisan d’une diplomatie pour « créer des ponts » lorsqu’il se déplace à l’étranger, il n’a jamais mâché ses mots depuis le Vatican sur le sort des Rohingyas, y compris en amont de la marée humaine de plus de 620.000 réfugiés qui a afflué au Bangladesh ces trois derniers mois.

En Birmanie pendant quatre jours, le pape François a appelé les bouddhistes birmans « à dépasser toutes les formes d’intolérance, de préjugé et de haine » en évitant toutefois de mentionner directement le sort de la minorité musulmane rohingya.

Il n’y a pas non plus prononcé ce mot tabou, alors qu’à Rome il s’était ému publiquement pour ses « frères Rohingyas » « torturés et tués ».

Au premier jour de son arrivée à Dacca jeudi, en provenance de Rangoun, l’évêque de Rome avait demandé à la communauté internationale des « mesures décisives » pour régler cette crise humanitaire, notamment une aide d’urgence au Bangladesh.

Romandie.com avec(©AFP / 01 décembre 2017 15h11)                

Arrivé en Birmanie, le pape rencontre le chef de l’armée

novembre 27, 2017

Le pape François est accueilli par un jeune garçon en costume traditionnel, le 27 novembre 2017, à Rangoun / © AFP / Vincenzo PINTO

Accueilli par des milliers de Birmans, le pape François est arrivé lundi à Rangoun pour une visite délicate, qui a débuté avec une rencontre surprise avec le chef de l’armée, accusé de mener une « épuration ethnique » contre la minorité musulmane des Rohingyas.

Le général Min Aung Hlaing a eu la primeur d’une audience avec le pape en fin de journée à sa résidence: un ajout de dernière minute qui permet au puissant chef de l’armée de se positionner en interlocuteur de premier plan, en devançant la rencontre mardi avec la dirigeante civile et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi.

L’aura internationale de cette dernière a été fortement ternie par son manque d’empathie affiché pour les Rohingyas, qui sont plus de 620.000 à avoir fui depuis fin août au Bangladesh pour échapper à une campagne de répression de l’armée, qualifiée d' »épuration ethnique » par les Nations unies.

Le général Min Aung Hlaing est accusé par les organisations de défense des droits de l’Homme d’être le principal responsable de cette campagne. Il s’est dit opposé au retour en masse des Rohingyas, malgré un accord en ce sens annoncé la semaine dernière entre les gouvernements birman et bangladais.

La rencontre entre le pape et le général, « de courtoisie » selon le Vatican, n’a duré qu’une quinzaine de minutes.

Le chef de l’armée a assuré au pape que son pays n’exerçait « aucune discrimination religieuse ». « De même, notre armée (…) agit pour la paix et la stabilité du pays », a-t-il déclaré, cité dans un post publié sur Facebook.

« Ils ont parlé de la grande responsabilité des autorités du pays en cette période de transition », a prudemment commenté le Vatican.

Le pape sait que ses déclarations concernant le sort de la minorité seront scrutées à la loupe lors de cette visite de quatre jours. Il n’a pas hésité à dénoncer à plusieurs reprises ces derniers mois le traitement réservé à ceux qu’il appelle ses « frères rohingyas », au risque de froisser la majorité bouddhiste de Birmanie.

– Croire à la paix –

L’opinion publique, portée par un nationalisme bouddhiste antimusulman, est chauffée à blanc par les critiques internationales sur le traitement des Rohingyas.

Mais, agitant des drapeaux birman et du Vatican, les catholiques birmans ayant fait le déplacement pour apercevoir le pape lundi voulaient croire en une paix possible.

« Il vient pour la paix », assurait Christina Aye Aye Sein, employée de banque catholique, arborant un T-shirt avec la photo du pape et le slogan de sa visite: « Paix et amour ».

« Je vous demande de m’accompagner par la prière, afin que ma présence soit pour ces populations un signe de proximité et d’espérance », avait lancé le pape dimanche aux 30.000 fidèles réunis place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus.

Les quelque 700.000 catholiques de Birmanie – un peu plus de 1% des 51 millions d’habitants – qui ont longtemps été victimes de discriminations de la junte, espèrent beaucoup de cette visite.

– Exode –

Mais ce voyage donne également de l’espoir aux réfugiés rohingyas, qui ont raconté depuis le Bangladesh les exactions de l’armée birmane – viols, meurtres, torture.

Nur Mohammad, imam de 45 ans dans un camp de réfugiés à Cox’s Bazar au Bangladesh, espère que le pape demandera le retour des Rohingyas, avec « la citoyenneté et la fin de toutes les discriminations ».

Avant la flambée de violences en août, environ un million de musulmans rohingyas vivaient en Birmanie, depuis des générations pour certains. Mais depuis la loi de 1982, ils sont privés de la nationalité birmane et constituent la plus grande population apatride au monde.

Ils sont victimes de multiples discriminations – travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Mais les marges de manœuvre du pape sont étroites car « la grande majorité des gens en Birmanie ne croient pas au récit international des abus contre les Rohingyas et à un exode en grand nombre de réfugiés au Bangladesh », explique Richard Horsey, analyste indépendant basé en Birmanie.

Selon lui, « si le pape venait à évoquer de façon appuyée le sujet, cela attiserait les tensions », ce que redoute la minorité catholique.

Romandie.com avec(©AFP / 27 novembre 2017 17h48)