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Génocide des Tutsi au Rwanda : non-lieu requis dans l’enquête sur l’opération Turquoise à Bisesero

mai 3, 2021
Des soldats français de l’opération Turquoise, en 1994 sur l’aéroport de Bukavu au Zaïre (actuelle RDC), juste avant leur départ pour la France.

Le parquet de Paris a requis un non-lieu général dans l’enquête sur l’inaction reprochée à l’armée française lors des massacres de Bisesero fin juin 1994. La décision finale revient désormais aux juges d’instruction.

Le parquet de Paris a considéré que n’a été « établie aucune aide ou assistance des forces militaires françaises lors de la commission d’exactions, aucune adhésion de ces dernières au projet criminel poursuivi par les forces génocidaires ni aucune abstention d’intervenir face à des crimes constitutifs d’un génocide ou de crimes contre l’humanité en vertu d’un accord antérieur », a expliqué le procureur de Paris, Rémy Heitz, dans un communiqué.

Au terme de ses réquisitions de 386 pages, le parquet n’écarte pas la possibilité que la non-intervention des militaires soient constitutives d’une « non-assistance à personne en péril », mais conclut que cet éventuel délit est quoiqu’il en soit prescrit. « Ce réquisitoire est navrant et affligeant juridiquement », a déclaré Eric Plouvier, l’avocat de l’ONG Survie, dénonçant « un déni de justice ».

Les parties civiles réclament un procès en « complicité de génocide »

Depuis 2005, les associations Survie, Ibuka, FIDH et six rescapés de Bisesero accusent la force Turquoise, déployée au Rwanda sous mandat de l’ONU pour faire cesser les massacres, d’avoir sciemment abandonné aux génocidaires pendant trois jours des centaines de Tutsi réfugiés dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du pays. Pendant l’instruction, cinq hauts-gradés français – dont le chef de Turquoise, le général Jean-Claude Lafourcade – ont été entendus par les juges et sont restés placés sous le statut de témoin assisté, moins incriminant que celui de mis en examen qui ouvre, lui, la voie à un éventuel procès.

Un choix contesté par les parties civiles qui réclament un procès en « complicité de génocide » contre ces officiers mais aussi contre l’entourage, jamais visé par l’enquête, de l’ancien président français François Mitterrand. Pour les plaignants, le rapport publié en mars par la commission présidée par l’historien Vincent Duclert, sur la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994, a révélé « des charges nouvelles » qui justifient de relancer l’enquête et d’auditionner enfin des hauts-responsables de l’Élysée de l’époque.

Les cinq officiers généraux de l’opération Turquoise visés par l’enquête n’ayant pas été mis en examen, les magistrats devraient logiquement ordonner un non-lieu, à moins qu’ils ne décident de relancer les investigations, comme réclamé récemment par des associations et des rescapés après la publication du rapport Duclert sur le rôle de la France au Rwanda

Par Jeune Afrique avec AFP

Génocide au Rwanda: le chef de l’opération Turquoise entendu comme témoin assisté par la justice française

février 7, 2016

Paris – Le général français Jean-Claude Lafourcade a été entendu en janvier à Paris comme témoin assisté par un juge sur le rôle et l’attitude de la force française Turquoise lors du génocide de 1994 au Rwanda, a appris dimanche l’AFP de sources proches du dossier.

Il a notamment été questionné sur le massacre de Bisesero, fin juin 1994, quelques jours après le déploiement de cette opération qui avait pour mission, confiée par l’ONU, de faire cesser les tueries, y compris en usant de la force.

Des rescapés du génocide et des associations ont porté plainte, ce qui a déclenché une enquête en France: ils reprochent aux militaires français d’avoir laissé en toute connaissance de cause, trois jours durant, des centaines de Tutsis à la merci des génocidaires hutu dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du Rwanda.

Le général Lafourcade, qui commandait Turquoise, a de nouveau réfuté ces accusations devant le juge qui l’a longuement entendu les 12 et 14 janvier, selon ces sources.

Le génocide a fait 800.000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi.

Le général Lafourcade s’est par ailleurs inscrit complètement en faux contre les allégations selon lesquelles des armes auraient pu être fournies par des soldats français aux Hutu.

Interrogé par l’AFP, son avocat Pierre-Olivier Lambert a expliqué que le général était très satisfait d’avoir pu enfin apporter son témoignage auprès de la justice française, ainsi qu’il le demandait depuis de nombreuses années.

Turquoise a permis de protéger et de sauver en stricte impartialité des centaines de milliers de personnes tutsi et hutu, a ajouté l’avocat selon qui son client réaffirme sa fierté de la mission accomplie au Rwanda, alors que la France s’est trouvée seule à s’engager pour mettre fin au génocide.

Le général apporte son entier soutien aux militaires français injustement mis en cause, a conclu Me Lambert.

Lors de son audition, le commandant de Turquoise a également critiqué l’attitude de l’actuel président Paul Kagame, alors chef des rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) qui a pris le pouvoir en mettant fin au génocide et a toujours dénoncé le rôle de la France en 1994.

Après la prise de Kigali par le FPR début juillet 1994, la rébellion tutsi poursuit son avancée vers Goma, dans l’est du Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), provoquant un exode de réfugiés: J’ai moi-même envoyé un message au général Kagame lui disant aussi d’arrêter sa progression puisqu’il avait gagné la guerre, a affirmé au juge le général Lafourcade. Il m’a répondu à l’époque qu’il continuerait, les Hutus étant coupables. Ceci a provoqué le drame humanitaire de Goma, selon lui.

Romandie.com avec(©AFP / 07 février 2016 11h03)