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Burkina-Faso- Assassinat de Sankara : l’ex-président Blaise Compaoré condamné à la perpétuité

avril 6, 2022

Le verdict est tombé dans le procès des assassins de l’ancien président burkinabè. L’ex-président Compaoré, absent du procès, a été condamné à la perpétuité. Tout comme Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

Blaise Compaoré, en exil depuis 2014 en Côte d’Ivoire, a été condamné par contumace, le 6 avril, à la prison à perpétuité pour sa participation à l’assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara, tué avec douze de ses compagnons lors d’un coup d’État en 1987. Le tribunal militaire de Ouagadougou a également condamné à la perpétuité le commandant de sa garde Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016, et le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987.

Dans le détail, Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando ont été reconnus coupables d’« attentat à la sûreté de l’État ». Kafando a en outre été reconnu coupable d’« assassinat », Compaoré et Diendere de « complicité d’assassinat ». Ces deux derniers ont cependant été acquittés des faits de « recel de cadavre », pour cause de prescription. Le tribunal a également maintenu les mandats d’arrêt émis à l’encontre de Compaoré et de Kafando.

Idrissa Sawadogo et Nabonssouindé Ouedraogo, reconnus coupables d’assassinat, ont été condamnés à 20 ans de prison ferme. Yamba Élysée Ilboudo, lui aussi reconnu coupable d’assassinat, a écopé de 11 ans de prison. Jean-Pierre Palm et Tibo Ouedraogo ont été condamnés à 10 ans de prison. Nida Tonde, dit « Mang-Baaba », a été condamné à trois ans de prison.

Cinq ans de prison avec sursis ont été prononcés contre Djakalia Dème et Pascal Sidibi Belemlilga. Bossobè Traoré, qui comparaissait pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État et de complicité d’assassinat, a été acquitté.

Les différentes parties ont désormais quinze jours pour faire appel.

Grands absents

L’énoncé du verdict est intervenu au terme d’un long procès démarré en octobre dernier devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Le jour de la première audience, le 11 octobre, douze des quatorze accusés étaient présents, dont le général Gilbert Diendéré, 61 ans, un des principaux chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Tous doivent répondre des chefs d’inculpation suivants : « complicité d’assassinat », « assassinat », « recel de cadavres » et « attentat à la sûreté de l’État ».

Le principal accusé, l’ancien président Blaise Compaoré, porté au pouvoir par ce putsch et ami proche de Sankara, est absent, ses avocats ayant dénoncé « un simulacre de procès » devant « un tribunal d’exception ». Soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Sankara – ce qu’il a toujours nié -, il a été chassé du pouvoir en 2014 par la rue et vit depuis en Côte d’Ivoire. Le parquet militaire a requis 30 ans de prison contre lui.

Trente ans ont également été requis contre l’autre grand absent, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, ancien commandant de la garde de Compaoré, en fuite depuis 2016 et soupçonné d’avoir mené le commando qui a assassiné Thomas Sankara et ses compagnons.

L’écrasante majorité des accusés présents plaide non coupable, dont le général Diendéré qui risque une peine de 20 ans de prison, durée de celle qu’il purge actuellement pour une tentative de coup d’État en 2015. Les prévenus racontent une tentative d’arrestation de Sankara qui a « mal tourné », à la suite de divergences avec Blaise Compaoré « sur la marche de la révolution« .

Complot international

D’anciens collaborateurs du président tué lèvent le voile sur les relations tendues entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara et sur l’existence d’un « complot international » ourdi contre un leader progressiste qui voulait bouleverser l’ordre du monde et éradiquer la pauvreté dans son pays. « Le drame du 15 octobre 1987 est arrivé sous la pression de certains chefs d’État, tels que Félix Houphouët Boigny de la Côte d’Ivoire », témoigne Abdoul Salam Kaboré, ministre des Sports de Sankara.

C’EST LA CRÉATION D’UN PARTI POLITIQUE UNIQUE QUI A MIS LE FEU AUX POUDRES

Entendu en visioconférence depuis la France, ancienne puissance coloniale au Burkina, Moussa Diallo, aide de camp du président assassiné, assure que les événements d’octobre 1987 « ont été prémédités » et que le président Houphouët Boigny, grand ami de la France, était « au centre de ce complot ».

Houphouët Boigny avait dit à Thomas Sankara : « Il faut que vous changiez, si vous ne changez pas, nous allons vous changer », selon Serge Théophile Balima, ancien directeur de la télévision burkinabè.

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« Blaise Compaoré voulait le pouvoir. C’est la création d’un parti politique unique qui a mis le feu aux poudres » car Compaoré « ne voulait pas de l’unification des organisations du Comité national de la révolution (CNR) », a expliqué aux enquêteurs Valère Somé, politologue burkinabè dont la déposition a été lue au procès. Selon un commandant militaire, Blaise Sanou, « celui qui était accro au pouvoir, c’était Blaise Compaoré ». « C’est également à cause (de cette soif) du pouvoir qu’il a voulu modifier la constitution après 27 ans de règne », ce qui a provoqué sa chute en 2014.

Coup d’État

Le procès a été interrompu à plusieurs reprises à la suite du coup d’État du 24 janvier mené par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba qui a renversé le président élu Roch Marc Christian Kaboré. L’une de ces interruptions a été motivée par un requête des avocats de la défense auprès du Conseil constitutionnel qui a investi Damiba le 16 février. Ils estiment qu’on ne peut pas condamner des accusés pour « attentat à la sûreté de l’État » alors que le coup d’État est en lui-même une telle atteinte. Une requête rejetée par le Conseil constitutionnel.

Par Jeune Afrique avec AFAvec AFP

Procès Sankara au Burkina Faso : le putsch de Damiba au secours de celui de Compaoré ?

mars 4, 2022
© Damien Glez

Pour les avocats des responsables présumés de la mort de Thomas Sankara, l’investiture du lieutenant-colonel à la présidence du pays démontre qu’un putsch ne constitue plus une infraction. Le procès est suspendu.

Aussi indolore semble-t-il devenu, le putsch militaire – sport politique national du Burkina Faso – est-il condamné à scander toujours la vie des Burkinabè sans que la justice ne fasse exception ? L’historique et médiatique procès de l’assassinat de Thomas Sankara – président arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État et renversé par un coup d’État – pourrait emprunter une déviation elle-même liée à… un coup d’État.

Aujourd’hui au banc des accusés, les putschistes compaoristes du 15 octobre 1987 (Gilbert Diendéré, Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando) paraissent proche d’être sauvés par ceux-là même qui enfoncèrent censément le dernier clou du cercueil de l’ère Compaoré en renversant l’ancien compaoriste Roch Marc Christian Kaboré.

Un coup d’État légalisé

Les avocats des trois accusés, contre lesquels sont requis plusieurs dizaines d’années de prison, ont obtenu le 3 mars la suspension du procès qui venait juste de reprendre. Leur argumentation est limpide : en validant cette semaine l’investiture du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba à la présidence du pays, le Conseil constitutionnel a légalisé le coup de force du 23 janvier. Dès lors, tout putsch cesserait d’être une infraction au Burkina Faso, celui de Compaoré comme celui de Damiba. « Si l’attentat à la sûreté de l’État est devenu légal, je ne vois pas pourquoi nos clients sont poursuivis », conclut Me Olivier Somé.

Peut-on juger un coup d’État sous un régime issu d’un coup d’État ? L’exception d’inconstitutionnalité est-elle justifiée ? Sans doute gêné aux entournures, le Conseil constitutionnel dispose d’un délai d’un mois pour répondre à cette requête de la défense. Qui se contorsionne se contorsionnera…

« Catastrophe constitutionnelle »

Déjà en deuil de leur président Kassoum Kambou, décédé le 19 février, les sages vont devoir mettre en perspective leur habillage légal de la prise du pouvoir du Mouvement patriotique pour la sauvegarde de la restauration (MPSR) et la plaie béante de l’assassinat de l’icône « Thom Sank ». Noieront-ils le poisson de la requête dans les eaux du jargon judiciaire, eux qui savent à quel point la popularité de l’évènement de 2022 est inversement proportionnelle à celle du drame de 1987 ? Paraphraseront-ils la célèbre publicité burkinabè « Tôle, c’est pas tôle » en concluant « Putsch, c’est pas putsch » ?

Si le constitutionnaliste Abdoulaye Soma a qualifié la bienveillance du Conseil à l’égard du lieutenant-colonel Damiba de « catastrophe constitutionnelle », certains considèrent, selon le proverbe, que « lorsque le canari se casse sur sa tête, il faut en profiter pour se laver ». Dans une tribune parue 7 février dernier, le philosophe Kwesi Debrsèoyir Christophe Dabiré suggérait rien de moins que la légalisation des coups d’État en Afrique. À effet rétroactif ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Procès Sankara au Burkina : trente ans de prison requis contre Blaise Compaoré

février 8, 2022
Le général Diendéré au tribunal militaire de Ouagadougou, le 9 novembre 2021. © General Diendere at the Military Tribunal of Ouagadougou, Tuesday, November 9, 2021. General Diendere will be questioned as an accused from this Tuesday. Le General Diendere au Tribunal Militaire de Ouagadougou, le mardi 9 novembre 2021. Le General Diendere sera interroge en tant qu accuse a partir de ce mardi. © Sophie Garcia/Hans Lucas

L’ancien président burkinabè, en exil en Côte d’Ivoire, a été désigné par le parquet comme le principal responsable de l’assassinat de Thomas Sankara. Trente ans de prison ont également été requis contre Hyacinthe Kafando et vingt contre Gilbert Diendéré, alors que le procès historique touche bientôt à son terme.

Trente ans de prison ferme ont été requis ce mercredi contre Blaise Compaoré, soupçonné d’être le principal commanditaire de l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons en 1987. Le parquet militaire a demandé au tribunal de reconnaître l’ancien président du Burkina Faso coupable « d’attentat à la sûreté de l’État », de « recel de cadavre » et de « complicité d’assassinat ».

Une réquisition énoncée en l’absence du principal concerné. Chassé du pouvoir par la rue en 2014, Blaise Compaoré vit depuis en Côte d’Ivoire. Il ne s’est pas présenté devant ses juges, ses avocats dénonçant « un tribunal d’exception ». Il a toujours nié toute implication dans les événements du 15 octobre 1987.

Vingt ans à l’encontre de Diendéré

Trente ans de prison ont également été requis contre l’autre grand absent, Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016. L’ancien commandant de la garde de Compaoré est soupçonné d’avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara et ses collaborateurs. Le parquet a réclamé sa condamnation pour « attentat à la sûreté de l’État » et « assassinat ». Outre ces deux absents de marque, douze autres accusés étaient présents lors de ce procès fleuve qui a débuté en octobre. L’écrasante majorité avait plaidé non coupable.

La veille, mardi 7 février, vingt ans de prison ont été requis contre le général Gilbert Diendéré, l’un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Il purge déjà une peine de vingt ans de réclusion pour avoir pris le pouvoir au terme du coup d’État de 2015. De trois à vingt ans d’emprisonnement ferme ont également été demandés pour cinq accusés, en plus d’une peine de onze ans avec sursis. Enfin, le parquet a requis l’acquittement de trois accusés « pour faits non constitués » et des deux derniers pour « prescription ».

« Personne n’a avoué »

Lors de son réquisitoire, mardi matin, le parquet militaire a retracé la chronologie des évènements du 15 octobre 1987. Selon lui, alors que le chef de l’État burkinabè se rendait au Conseil de l’entente, le siège du Conseil national de la révolution où s’est produite la tuerie, vers 16h20, « ses bourreaux étaient déjà sur place ». Lorsque Thomas Sankara est entré dans la salle de réunion, « le commando, scindé en deux groupes, a investi les lieux en abattant les gardes du chef de l’État. Le commando a ensuite ordonné au président Sankara et à ses collaborateurs de sortir de la salle. Ils seront tour à tour abattus », a poursuivi l’accusation.

HÉLAS, AUCUN ACCUSÉ NE S’EST REPENTI

Suspendu après le coup d’État militaire survenu au Burkina il y a deux semaines, le procès a repris le 2 février avec les plaidoiries des parties civiles, qui se sont achevées lundi 7 février. « Après quatre mois de débat, c’est un sentiment de soulagement qui anime les familles », a indiqué Me Prosper Farama, l’avocat de la famille Sankara. « Hélas, au cours de ce procès, aucun accusé n’a avoué, aucun ne s’est repenti. Personne ! Nous demandons au tribunal de rendre justice aux familles. Nous ne voulons pas une vengeance, nous demandons simplement justice », a-t-il ajouté. Le procès doit se poursuivre avec les plaidoiries des avocats de la défense.

Par Jeune Afrique avec AFP

Procès Sankara : la ligne de défense de Blaise Compaoré mise à mal par un témoin-clé

octobre 29, 2021
Thomas Sankara, à Paris en février 1986. © PASCAL GEORGE/AFP

Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, absents aux audiences, sont au centre du procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara. En une semaine, témoins et accusés se sont succédé à la barre, et l’un d’eux a particulièrement fragilisé la défense de l’ancien président burkinabè en exil à Abidjan.

Cette fois, les choses sérieuses ont commencé. Après une première audience rapidement reportée, lundi 11 octobre, le procès historique qui doit lever le voile sur les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune, le 15 octobre 1987, est entré depuis une semaine dans le fond du dossier. Et au fil des premières auditions des 12 accusés présents au tribunal militaire, principalement d’anciens soldats du Centre national d’entraînement commando de Pô, la parole se libère et la lumière commence peu à peu à émerger.

Appelé à la barre lundi, Yamba Élysée Ilboudo, 62 ans, premier accusé à comparaître devant le tribunal militaire présidé par le juge Urbain Méda, a expliqué avoir exécuté un ordre de son supérieur hiérarchique. En l’occurrence, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, l’un des deux grands absents de ce procès, avec l’ancien président Blaise Compaoré, en fuite en Côte d’Ivoire depuis sa chute en 2014. À la barre, le soldat de 1ère classe, se montre beaucoup moins prolixe que lors de l’instruction.

« J’ai oublié, cela fait longtemps »

Celui qui était à l’époque le chauffeur de la sécurité rapprochée de Compoaré avait affirmé, lors de ses auditions devant le juge d’instruction, avoir été présent au Conseil de l’entente, ce jour funeste d’octobre 1987. Il a aussi assuré y avoir aperçu Gilbert Diendéré. Devant le tribunal, cependant, il botte souvent en touche face à la vague de questions à laquelle le soumettent le juge, le procureur et les avocats des parties civiles. « Je ne me souviens pas » ; « J’ai oublié, cela fait longtemps »… Au fil de l’audition, l’ancien soldat, qui plaide non coupable, a pourtant fini par livrer quelques détails sur la manière dont le commando a exécuté le père de la révolution burkinabè.

« Je suis militaire, si le chef dit de faire quelque chose, je le fais », a-t-il notamment déclaré, pointant – sans le nommer – Hyacinthe Kafando. Il confirme que le commando est bien parti du domicile de Blaise Compaoré, situé alors dans le quartier de Koulouba, dans le centre-ville de Ouagadougou. Un témoignage qui vient mettre à mal la ligne de défense de Blaise Compaoré, qui a refusé de comparaître à ce procès dont il est le principal accusé et que ses avocats qualifient de « politique ».

THOMAS SANKARA SORT DE LA SALLE, LES MAINS EN L’AIR… HYACINTHE KAFANDO ET MAÏGA TIRENT SUR LUI.

Arrivé au Conseil de l’entente, celui qui conduisait l’un des deux véhicules transportant les hommes du commando raconte que l’assaut lancé contre Thomas Sankara et ses compagnons a duré « 4 à 5 minutes ». Lui n’y a pas participé, promet-il. À peine les portes franchies, Hyacinthe Kafando descend précipitamment et scinde le commando pour encercler la salle où se tenait la réunion présidée par le « camarade capitaine ».

De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983.
De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983. © Archives Jeune Afrique

Hyacinthe Kafando et l’adjudant Maïga se dirigent vers l’entrée de la salle où sont réunis Thomas Sankara et ses compagnons. « J’ai assisté aux coups de feu depuis le véhicule, qui avait été endommagé après avoir percuté violemment le portail. Je me souviens avoir vu Oualilahi Ouédraogo, un garde de la sécurité de Thomas Sankara, touché par les balles. C’est la première victime », a raconté Yamba Élysée Ilboudo. « Puis, Thomas Sankara sort de la salle, les mains en l’air, en demandant ce qui se passe… Là, Hyacinthe Kafando et Maïga, qui avançaient, tirent sur lui. Il s’effondre, d’abord sur les genoux, avant de tomber sur un côté », poursuit-il, avant d’affirmer : « Je ne sais pas lequel des deux à tirer le coup fatal. »

Quant à la présence de Gilbert Diendéré sur place au moment du massacre, Yamba Élysée Ilboudo change d’abord de version, affirmant ne pas l’y avoir vu. Puis pressé de questions par le président du tribunal, il finit par faire à nouveau volte-face et confirme sa présence sur les lieux, en réunion avec ses soldats. « Pourquoi, quand il s’agit du général Diendéré, vous ne vous souvenez de rien ? Avez-vous peur ? », l’interroge le juge Méda. « Cette question est compliquée », concède le soldat. « Mais oui, j’ai peur ». Après l’assaut, le commando a regagné, à pied, le domicile de Blaise Compaoré.

Dénégations et versions contradictoires

Jeudi, ce fut au tour d’Idrissa Sawadogo de se présenter devant les juges. Aujourd’hui âgé de 59 ans, l’ancien soldat a tenu sa ligne de défense : il affirme ne pas avoir été présent au moment de la tuerie, puisqu’il était resté au domicile de Blaise Compaoré. « C’est de là-bas que j’ai entendu les tirs », a-t-il assuré, affirmant même que Yamba Élysée Ilboudo, dont le témoignage est si accablant pour Blaise Compaoré, n’était pas présent lors de l’attaque, car « malade » le jour des faits. Un témoignage balayé d’un revers de manche par l’accusation. « Nous n’attendons pas grand-chose de l’interrogatoire d’Idrissa Sawadogo, car sa ligne de défense est de tout rejeter », a lâché le substitut du procureur militaire Sidi Becaye Sawadogo.

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Troisième accusé à comparaître au cours de cette première semaine d’audiences, Nabonswendé Ouédroago qui était, comme Sawadogo, membre de la sécurité rapprochée de Blaise Compaoré. Et comme lui, également, il s’inscrit en faux vis-à-vis du témoignage de Yamba Élysée Ilboudo. Non, il ne faisait pas parti du commando qui a donné l’assaut, puisque, affirme-t-il, il était en poste à la surveillance de l’entrée du Conseil de l’entente. « Le 15 octobre, entre 15 h 30 et 16 heures, Hyacinthe Kafando – dont le pied à terre est mitoyen de celui de Blaise Compaoré – est passé dans les locaux [du Conseil de l’entente] où j’étais de garde. Il y a embarqué avec lui des éléments qui l’attendaient à la porte. Peu après leur départ, les coups de feu ont retenti », a-t-il raconté au tribunal. Sans vraiment convaincre. Son audition doit reprendre à la réouverture des audiences, prévue ce mardi 2 novembre.

Ce sera ensuite au tour du général Gilbert Diendéré d’être appelé à la barre. La version de ce militaire, qui purge actuellement  une peine de vingt ans pour son implication dans le putsch manqué de septembre 2015, est particulièrement attendu. Il viendra clore la série d’auditions des accusés présents lors de ce procès, ouvrant la voie aux réquisitions et plaidoiries des parties civiles et de la défense.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Assassinat de Thomas Sankara : enfin la vérité ?

septembre 28, 2021
Thomas Sankara.

Qui a tué l’ancien président burkinabè, icône de la révolution ? C’est un procès historique qui doit s’ouvrir le 11 octobre à Ouagadougou, au cours duquel seront notamment jugés Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

L’heure du procès a enfin sonné, mettant fin à plus de trente ans d’attente, durant lesquels l’enquête judiciaire a d’abord été enterrée, avant d’être relancée après la chute du régime de Blaise Compaoré, en 2014. Le 11 octobre, à 9 heures, s’ouvrira, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, le 15 octobre 1987. Un procès historique dont les audiences seront publiques tant cette affaire d’État cristallise l’attention des Burkinabè – et de nombreux Africains – depuis trois décennies. 

En tout, 14 prévenus sont appelés à comparaître devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Parmi eux, des membres du commando qui a tué Sankara, des complices, mais aussi et surtout trois hommes dont beaucoup pointent depuis longtemps la responsabilité directe dans cet assassinat : Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando. Ancien aide de camp de Sankara et ex-commandant adjoint de la gendarmerie nationale, Moussa Diallo était l’un des intimes du président assassiné. En amont du procès, ce témoin de premier plan qui a longtemps gardé le silence s’est longuement confié à JA. Et livre des détails inédits sur la fin sanglante de la révolution burkinabè.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Burkina Faso : les casseroles de Blaise Compaoré

août 25, 2021
Glez

Le procureur de la Haute Cour de justice vient d’annoncer que le procès des membres du gouvernement soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la répression de l’insurrection de 2014 allait pouvoir s’ouvrir. Et l’ancien président pourrait de nouveau être sommé de répondre aux questions des juges.

Si la récente attribution du portefeuille de la Défense au président du Faso est « une erreur tactique », selon l’analyste burkinabè Luc Damiba, le cumul de ces deux fonctions peut carrément s’avérer une mauvaise idée. Les 34 membres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré pourraient en effet bientôt comparaître devant la Haute Cour de justice. Et l’ancien président cumulait, au moment des faits, la magistrature suprême et le maroquin de la Défense, comme c’est parfois le cas dans des pays africains à la contestation galopante.

À balles réelles

En 2014, Compaoré tentait de modifier la Constitution pour que celle-ci lui permette de continuer à briguer la magistrature suprême malgré 27 années déjà passées au pouvoir. Après sa chute, le 31 octobre, c’est la Haute Cour de justice qui fut saisie pour poursuivre les membres de l’équipe du Premier ministre d’alors pour leur implication présumée dans la répression de l’insurrection.

Luc-Adolphe Tiao avait notamment signé une réquisition spéciale qui « aurait fourni aux forces de défense et de sécurité les instruments et moyens qui leur auraient permis de tirer à balles réelles sur des manifestants ». En ce mois d’octobre 2014, 24 personnes seront tuées et 625 blessées, selon une enquête officielle de la transition.

Composée de députés et de magistrats de grade exceptionnel, la Haute Cour de justice est la juridiction compétente pour juger les membres du gouvernement pour des crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions. Après quatre années de suspension pour des raisons de procédure, son procureur vient d’annoncer que le dossier était prêt et qu’il n’attendait plus que l’Assemblée nationale pour fixer la date d’ouverture du procès.

Blaise Compaoré se serait bien passé de cette perspective judiciaire, d’autant que le procureur militaire du Burkina Faso a annoncé, le 17 août dernier, que le procès public de l’assassinat de Thomas Sankara allait débuter le 11 octobre, soit quatre jours avant le 34e anniversaire de la mort de l’ancien président et de ses douze compagnons. L’exilé d’Eburnie y est accusé d’« attentat à la sûreté de l’État », de « complicité d’assassinats » et de « complicité de recel de cadavres ».

Tentatives de négociations

Alors que l’actuel ministre burkinabè de la Réconciliation nationale – l’ex-chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré – échafaude un forum pour tenter de réconcilier les Hommes intègres, ces procédures judiciaires ne seront-elles que des formalités pour ensuite pouvoir amnistier les acteurs de l’histoire récente du Faso ? Conscient que le régime actuel est largement constitué d’anciens collaborateurs du président déchu, le Réseau international justice pour Sankara dénonce déjà les « tentatives des autorités burkinabè de négocier son retour avec Blaise Compaoré ».

Que pense le successeur de Sankara d’un processus « vérité-justice-réconciliation » clivant ? Peu loquace lorsqu’il était au pouvoir, l’exilé est tout bonnement muet depuis qu’il en a été chassé.  Et il est peu probable que le régime ivoirien décide un jour de l’extrader.

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Assassinat de Thomas Sankara : un procès sans Blaise Compaoré ?

août 18, 2021
Le capitaine Thomas Sankara, président du Burkina Faso, le 7 février 1986 à Paris.

Le procureur militaire a annoncé l’ouverture du procès des assassins présumés de l’ancien président burkinabè et de ses compagnons, tués en octobre 1987. Parmi les accusés figure Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire depuis sa chute.

Depuis le 14 avril, le procès semblait inéluctable. Ce jour-là, la chambre de contrôle de l’instruction avait renvoyé le dossier de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara et de ses douze compagnons en jugement devant le tribunal militaire de Ouagadougou.

En annonçant, ce mardi 17 août, qu’une date a finalement été retenue, le procureur militaire vient donc confirmer que justice va être rendue dans ce dossier vieux de trente-quatre ans : ce sera le 11 octobre 2021, à partir de 9 heures. « Cette audience de la chambre de jugement, délocalisée dans la salle des banquets de Ouaga 2000, est publique », est-il précisé dans un communiqué. Les Burkinabè sont invités à suivre les audiences dans cette salle des fêtes transformée pour l’occasion en tribunal.

« Attentat à la sûreté de l’État »

Quatorze personnes vont être jugées pour l’assassinat du père de la révolution burkinabè, le 15 octobre 1987 : l’ancien président Blaise Compaoré ; Gilbert Diendéré, qui est déjà sous le coup d’une condamnation à vingt ans de prison pour le putsch manqué de 2015 ; Hyacinthe Kafando ; Bossobè Traoré ; Nabonswendé Ouédraogo ; Idrissa Sawadogo ; Yamba Elysée Ilboudo ; Tibo Ouédraogo ; Albert Pascal Sibidi Belemlilga ; Diakalia Démé ; Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm ; Alidou Jean Christophe Diébré ; Hamado Kafando et Ninda Tondé.

Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont accusés d’« attentat à la sûreté de l’État » et de « complicité d’assassinat ». L’ex-président et celui qui fut son chef d’état-major particulier sont également poursuivis pour « recel de cadavres ». Les charges d’« assassinat », que l’accusation avait initialement réclamées à l’encontre de Diendéré, n’ont finalement pas été retenues, mais il sera poursuivi pour « subornation de témoins ».

Quatre hommes, qui comptaient parmi les gardes du corps de Blaise Compaoré à l’époque des faits, seront pour leur part jugés pour « assassinat ». Il s’agit de Nabonsouindé Ouedraogo, Idrissa Sawadogo, Yamba Élysée Ilboudo et Hyacinthe Kafando.

Ce dossier politico-judiciaire a été relancé après la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014. Si le cas de l’ex-président cristallise l’attention, il y a toutefois peu de chances qu’il assiste à son procès. En exil en Côte d’Ivoire depuis 2014, pays dont il a pris la nationalité, il ne devrait pas être extradé malgré les mandats d’amener délivrés par la justice burkinabè.

Retour au pays compromis

Depuis quelques mois, des discussions ont lieu entre les autorités des deux pays. Alors que Roch Marc Christian Kaboré a placé son second mandat sous le signe de la réconciliation, les partisans de Blaise Compaoré ont fait de son retour l’une des conditions de leur participation à d’éventuelles discussions. Zéphirin Diabré et Kouadio Konan Bertin, ministres de la Réconciliation respectifs des deux pays, ont d’ailleurs échangé sur la question.

L’annonce de l’ouverture prochaine du procès compromet néanmoins l’hypothèse d’un retour. « Cela serait évidemment mieux que Blaise Compaoré soit là, avait confié en mars dernier à Jeune Afrique Me Guy Hervé Kam, avocat de certaines familles de victimes. Mais il y a suffisamment d’éléments et de témoignages dans le dossier qui permettent de montrer qu’il était le cerveau de cette affaire. »

Par Jeune Afrique

Burkina-Faso/Assassinat de Thomas Sankara: Blaise Compaoré mis en accusation

avril 13, 2021

Le tribunal militaire burkinabè a décidé, le 13 avril, de mettre en accusation l’ex-président Blaise Compaoré dans le dossier Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987.

Blaise Compaoré a été mis en accusation dans le dossier de l’assassinat de son prédécesseur, Thomas Sankara, pour des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat et de recel de cadavres.

Son ancien bras droit, le général Diendéré qui purge actuellement sa peine dans l’affaire du putsch manqué du 16 septembre 2015, est poursuivi dans le présent dossier pour attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, subornation de témoins et recel de cadavres. Trente-sept ans après, au total, quatorze personnes comparaîtront devant le tribunal dans ce dossier.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, le 4 août 1983, Thomas Sankara a été assassiné lors d’un putsch qui amena au pouvoir Blaise Compaoré, le 15 octobre 1987. Ce dernier vit en Côte d’Ivoire depuis 2014.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Burkina – Eddie Komboïgo : « J’ai toujours eu le soutien de Blaise Compaoré »

novembre 13, 2020

Homme d’affaires prospère, Eddie Komboïgo, 54 ans, a été investi par le CDP le 26 juillet dernier.

Candidat à la présidentielle du 22 novembre, adoubé par Blaise Compaoré, Eddie Komboïgo entend remettre le CDP au centre de la vie politique burkinabè.

Tenu à l’écart des scrutins de 2015, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) rêve de faire son grand retour sur le devant de la scène politique burkinabè lors des présidentielle et législatives du 22 novembre.

C’est donc un CDP requinqué qui part à la conquête des électeurs. Pour la première fois depuis la chute de Blaise Compaoré en 2014, le parti présentera un candidat à la magistrature suprême : Eddie Komboïgo.

Homme d’affaires prospère, Komboïgo, 54 ans, a été investi par son parti le 26 juillet dernier. Militant du CDP depuis le mitan des années 1990, il espère marquer des points face au président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, en surfant sur le mécontentement né de la forte dégradation de la situation sécuritaire.

Jeune Afrique : Le CDP peut-il vraiment percer aux élections du 22 novembre ?

Eddie Komboïgo : En 2015, notre parti avait été donné pour mort. Nous avons tenu des assemblées dans chacune des 45 provinces du territoire, nous l’avons reconstruit et nous sommes aujourd’hui sereins et confiants. Nous avons sillonné le pays, sauf lorsque certaines zones étaient déconseillées pour des raisons sécuritaires. C’est un travail essentiel pour connaître les réalités d’un pays et être en mesure d’apporter des réponses pertinentes. Il ne suffit pas d’organiser des meetings ici ou là pour rassembler du monde.

Qu’attendez-vous de ces élections couplées ?

Nous sommes convaincus que le CDP va de nouveau être porté à la tête du pays. Il n’y a qu’à voir l’adhésion et l’engouement que nous avons suscités. Le CDP demeure un grand parti, bien organisé et solidement implanté dans tout le Burkina. Nos comités de base et nos sous-sections sont en ordre de bataille, et nos forces sont intactes : les caciques, anciens présidents d’institutions ou ex-Premiers ministres, sont restés avec nous. Nous avons su rester unis.

NOUS POUVONS BÉNÉFICIER D’UN VOTE SANCTION

J’ajoute que, durant ce quinquennat, la gouvernance a été un échec total. Nous pouvons donc bénéficier d’un vote sanction. Et puis il y a notre programme, bâti autour du nouveau pacte social, qui achèvera de convaincre nos concitoyens de nous faire confiance. Je suis un candidat serein et satisfait, et je veux ramener le CDP au pouvoir.

Mais le CDP n’incarne-t-il pas une époque aujourd’hui révolue ?

Bien au contraire ! Notre parti suit désormais une trajectoire nouvelle et il a rajeuni – c’est fondamental dans un pays où les jeunes représentent près de 65 % de la population.

Quelles seront vos priorités si vous êtes élu ? 

La paix, la réconciliation et la cohésion sociale. Sans oublier la relance économique qui, pour être forte, sera portée par les grands travaux de désenclavement et par l’autoroute Ouagadougou-Abidjan. Nous allons également relancer le débat sur l’investissement ferroviaire.

Vous critiquez la gestion du président Kaboré, notamment sur la question sécuritaire et en matière de gouvernance. Mais que proposez-vous aux Burkinabè ?

Roch Marc Christian Kaboré a manqué de vision. Le terrorisme n’est pas apparu du jour au lendemain. Avant lui, ceux qui dirigeaient ce pays avaient pour credo : mieux vaut prévenir que guérir. Malheureusement, les soubresauts politiques d’octobre 2014 et la période de transition qui a suivi ont fissuré le dispositif de renseignement militaire. Le régime issu des élections de 2015 se devait de remettre ces structures en place. Cela n’a pas été le cas, et les groupes terroristes ont profité de ces failles pour s’incruster.

Plutôt que de chercher les solutions appropriées pour faire reculer l’insécurité, le président Kaboré a montré du doigt Blaise Compaoré pour se rendre compte, trois, voire quatre ans plus tard, qu’il faisait fausse route. Nous proposons donc de changer d’approche.

Pour combattre le terrorisme, il faut former des unités spéciales, mieux équiper les forces de défense et de sécurité, et ce afin de bâtir une armée véritablement dissuasive. Sans oublier d’investir massivement dans les régions touchées. Mais il faut aussi tenter de parvenir à un compromis.

Vous préconisez le dialogue avec les groupes terroristes ?

Nulle part le terrorisme n’a été vaincu par la seule option militaire. Il faut travailler à connaître ceux qui attaquent et endeuillent le Burkina, et il faut comprendre ce qui les pousse à agir ainsi, pour mieux les combattre – c’est ce que devrait faire le président.

Par ailleurs, en 2016, le président Kaboré lui-même a dit avoir reçu à Kosyam des terroristes, venus demander du matériel. Comment un chef d’État peut-il recevoir des terroristes et ne pas les mettre en prison ?

IL EST TEMPS DE PASSER LA MAIN AUX JEUNES

Le président Compaoré vous a finalement adoubé comme candidat à la présidentielle. Était-ce indispensable pour espérer vous imposer dans les urnes ?

Il est vrai que nous avons connu quelques résistances, notamment de la part d’anciens cadres du parti. Mais j’ai toujours eu le soutien du président Blaise Compaoré. Il comprend, lui, que nous sommes dans une phase de transition intergénérationnelle. Tous ceux qui, comme lui, m’ont apporté leur soutien, à l’instar de Tertius Zongo et de Paramanga Ernest Yonli [anciens Premiers ministres], de Mélégué Maurice Traoré [ancien président de l’Assemblée nationale] ou de Jean de Dieu Somda [ancien ministre], sont convaincus qu’il est temps de passer la main aux jeunes.

Des pourparlers pour le retour de l’ancien président Compaoré sont-ils en cours ?

Non. J’entends dire que ceux qui se sont exilés peuvent rentrer mais qu’ils vont devoir affronter la justice. En 2018, j’avais approché le président Kaboré à la demande de Blaise Compaoré pour lui dire qu’il serait une erreur de garder les Burkinabè divisés pour des motifs politiques. Aujourd’hui, le président Compaoré souhaite toujours rentrer et être utile à son pays.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Burkina: Compaoré sort de son silence pour démentir « tout lien » avec des terroristes

novembre 17, 2017

Abidjan – L’ancien président du Burkina Faso Blaise Compaoré, resté 27 ans au pouvoir avant d’être chassé par la rue en octobre 2015, a démenti vendredi depuis son exil à Abidjan « tout lien coupable avec les terroristes » islamistes sous sa présidence, dans un communiqué parvenu à l’AFP.

« Je ne peux accepter de lire (…) que j’aurais pu avoir des liens coupables avec les terroristes d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique, lesquels justifieraient en réaction les attaques subies par mon pays », affirme M. Compaoré, rompant ainsi « un devoir de réserve absolu » qu’il observait depuis sa chute, selon le communiqué transmis par son avocat Pierre-Olivier Sur.

« Ceci est odieux, scandaleux, abject. Et chacun comprendra que cela nécessite qu’aujourd’hui, je brise exceptionnellement le silence et que je quitte mon devoir de réserve pour condamner fermement des allégations formulées avec légèreté qui ne sont que la marque d’une très grave irresponsabilité », souligne l’ancien président.

« Depuis que j’ai quitté le pouvoir, j’ai observé un devoir de réserve absolu. Cependant, je reste très attentif à l’actualité de mon pays. J’ai souffert lorsqu’il a été l’objet d’attaques terroristes qui ont occasionné de nombreuses pertes en vies humaines », assure M. Compoaré.

Le Burkina a été victime de deux attentats majeurs à Ouagadougou en août 2017 (19 morts) et janvier 2016 (30 morts) ainsi que d’innombrables attaques dans ses zones frontières depuis 2016. Ce pays sahélien pauvre avait été préservé de toute attaque pendant la présidence de Compaoré.

L’actuel président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a notamment observé le 5 novembre à TV5 Monde que « l’ex-président Blaise Compaoré a joué des rôles de médiation au Mali qui ont fait que, de façon constante, nous avons eu certaines collusions –je pèse mes mots– +collusions+ avec les forces jihadistes qui sont au Mali ».

« En matière de terrorisme, la polémique et la division partisane n’ont pas de sens. L’union sacrée est plus qu’un impératif. C’est une exigence absolue. Je salue à cet égard les efforts effectués par mon successeur, démocratiquement élu, le président Roch Marc Christian Kaboré, que je respecte », ajoute Compaoré.

« Il (Kaboré) s’investit, avec le gouvernement, les Forces de Défense et de Sécurité, sans concession et en synergie avec les chefs d’Etat de la sous-région et les Nations unies dans la lutte contre le terrorisme », poursuit l’ancien président, qui fait mine de ne pas avoir relevé les déclarations à TV5 de son successeur.

Des observateurs avaient aussi évoqué ces liens présumés, soulignant le rôle prépondérant du régime Compaoré dans la libération de plusieurs otages occidentaux dans la sous-région. Certains soulignaient notamment les relations de Moustapha Chafi avec les groupes jihadistes. Ce Mauritanien, fin diplomate et excellent connaisseur de la région, a longtemps été un conseiller de Compaoré.

Romandie.com avec(©AFP / 17 novembre 2017 18h07)