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Mauritanie : libération du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mkheïtir, accusé de blasphème

juillet 31, 2019

Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir, blogueur mauritanien, était incarcéré depuis 2014. © DR / Human Rights Watch

 

Condamné à mort pour blasphème en 2014, le blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkheïtir a été remis en liberté le 29 juillet, après plus de cinq ans de détention. Il a immédiatement quitté Nouakchott pour le Sénégal.

Après cinq années de détention, le blogueur mauritanien Mohamed Cheickh Ould Mkheïtir a été remis en liberté le 29 juillet, a annoncé Reporters sans frontières (RSF), qui lutte depuis 2014 pour sa libération. Le blogueur – condamné en 2014 à la peine de mort pour un billet de blog jugé blasphématoire, une condamnation ramenée à deux années de prison – a immédiatement été exfiltré au Sénégal, afin d’éviter les mouvements de contestation à son égard.

Contacté par RSF, il « a remercié les organisations qui se sont mobilisées pour sa libération depuis près de six ans de détention ». Sa libération « est un immense soulagement car, pour un simple article publié sur un réseau social, il a vécu un véritable calvaire, en violation d’une décision de justice rendue par son propre pays », a indiqué Christophe Deloire, le secrétaire générale de RSF.

Mohamed Cheickh Ould Mkheïtir n’est pas « entièrement libre de ses mouvements », a néanmoins précisé Me Fatima Mbaye, son avocate. En effet, le blogueur doit désormais trouver un pays d’accueil, le Sénégal n’étant qu’un pays de transit en attendant de recevoir qu’un pays lui accorde l’asile.

Aucune destination n’a pour le moment été citée. L’Agence mauritanienne d’information (AMI, officielle) a néanmoins annoncé que le président français, Emmanuel Macron, s’était entretenu au téléphone lundi après-midi avec le nouveau président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, qui doit être investit ce 1er août. « L’entretien a porté sur les excellentes relations entre la France et la Mauritanie », ont déclaré les autorités mauritaniennes, qui n’ont pas souhaité s’exprimer sur le cas de Mohamed Cheickh Ould Mkheïtir.

Persona non grata en Mauritanie

Dans un article publié sur son blog en janvier 2014, Mohamed Cheick Ould Mkheïtir avait dénoncé l’utilisation de la religion pour justifier des inégalités entre les castes, notamment au détriment de la sienne, les maalemine, une classe de forgerons dont il est issu. Il avait ensuite été placé en détention dès le 2 janvier 2014, dans l’attente de son procès, à la prison civile de Nouadhibou (Nord-Ouest). Bien que la peine capitale ne soit plus appliquée en Mauritanie depuis 1987, des manifestants avaient réclamé sa condamnation à mort lors de rassemblements à Nouakchott.

En première instance, il avait été reconnu coupable d’apostasie et condamné à mort le 24 décembre 2014 par la Cour criminelle de Nouadhibou. Le 21 avril 2016, la cour d’appel de Nouadhibou avait confirmé la condamnation en requalifiant les faits en « mécréance », une accusation moins lourde prenant en compte son repentir, puis renvoyé son dossier devant la Cour suprême, qui avait ordonné en janvier la tenue d’un nouveau procès devant une cour d’appel autrement composée. Celle-ci avait ramené en novembre 2017 sa condamnation à deux ans de prison.

Début juillet, il avait renouvelé la démarche en brisant le silence sur sa page Facebook, inactive depuis 2014. « Comme je l’avais annoncé au début 2014 et comme je l’ai répété à toutes les occasions qui s’offraient à moi devant les tribunaux, je réaffirme ici mon repentir devant Allah, le seigneur des mondes », a-t-il déclaré. La dernière repentance qui lui a valu sa libération a été cette fois exigée par une commission d’oulémas – chef religieux – qui a été spécialement constituée pour son cas.

 Par Jeune Afrique avec AFP

Pakistan: cinq blogueurs disculpés des accusations de blasphème

décembre 22, 2017

Des militants pakistanais pour les droits de l’Homme manifestent le 12 janvier 2017 à Lahore / © AFP / Arif ALI

Cinq blogueurs pakistanais, connus pour leur soutien à la laïcité sur les réseaux sociaux et dont la disparition avait fait la Une en janvier, ont été disculpés des très lourdes accusations de blasphème qui pesaient contre eux, a indiqué vendredi un avocat du dossier.

Des responsables de l’Agence fédérale d’enquête (FIA), qui menait les investigations, « ont dit à la cour qu’il semblait que les cinq blogueurs n’étaient pas impliqués dans du blasphème », a déclaré à l’AFP Tariq Asad, l’un des avocats qui leur étaient opposés.

« Le juge a remarqué qu’aucun individu innocent ne peut être impliqué dans une fausse affaire de blasphème » et les a disculpés, a-t-il poursuivi.

Les cinq hommes, qui faisaient publiquement connaître leur opposition à l’islam radical, l’armée ou le gouvernement sur les réseaux sociaux, avaient disparu à quelques jours d’intervalle en janvier, faisant craindre une reprise en main sévère de l’Etat sur la toile. Des manifestations de soutien s’étaient alors tenues dans plusieurs villes du pays.

Face à cette mobilisation, une campagne avait été lancée sur les réseaux sociaux et dans des émissions télévisées, où les disparus avaient été accusés d’être des blasphémateurs, déclenchant un flot de menaces.

Le blasphème est un crime passible de la peine de mort au Pakistan, même si aucun condamné dans ce genre d’affaire n’a encore été exécuté. De simples accusations aboutissent régulièrement à des meurtres.

Quatre des blogueurs avaient été libérés fin janvier. Certains se sont plaints d’avoir été torturés. Le sort du cinquième n’est pas connu.

Aucun groupe n’a revendiqué leur kidnapping, auquel le gouvernement et la très puissante armée pakistanaise ont nié avoir pris part.

La décision de vendredi « a au moins questionné l’impunité totale dont bénéficient les agences » de renseignement pakistanaises, a toutefois déclaré à l’AFP Ahmad Waqass Goraya, l’un des blogueurs relâchés, qui vit aux Pays-Bas.

Les défenseurs des droits de l’Homme critiquent de longue date la loi punissant le blasphème, souvent détournée pour régler des conflits personnels. Des ONG et observateurs estiment que les campagnes d’accusations de blasphème sont orchestrées, afin de faire taire les voix libérales.

Le Pakistan est régulièrement classé comme l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes. Critiquer l’armée y est considéré comme particulièrement risqué. Les journalistes sont parfois détenus, frappés ou même tués.

Romandie.com avec(©AFP / 22 décembre 2017 18h34)