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Pakistan: cinq blogueurs disculpés des accusations de blasphème

décembre 22, 2017

Des militants pakistanais pour les droits de l’Homme manifestent le 12 janvier 2017 à Lahore / © AFP / Arif ALI

Cinq blogueurs pakistanais, connus pour leur soutien à la laïcité sur les réseaux sociaux et dont la disparition avait fait la Une en janvier, ont été disculpés des très lourdes accusations de blasphème qui pesaient contre eux, a indiqué vendredi un avocat du dossier.

Des responsables de l’Agence fédérale d’enquête (FIA), qui menait les investigations, « ont dit à la cour qu’il semblait que les cinq blogueurs n’étaient pas impliqués dans du blasphème », a déclaré à l’AFP Tariq Asad, l’un des avocats qui leur étaient opposés.

« Le juge a remarqué qu’aucun individu innocent ne peut être impliqué dans une fausse affaire de blasphème » et les a disculpés, a-t-il poursuivi.

Les cinq hommes, qui faisaient publiquement connaître leur opposition à l’islam radical, l’armée ou le gouvernement sur les réseaux sociaux, avaient disparu à quelques jours d’intervalle en janvier, faisant craindre une reprise en main sévère de l’Etat sur la toile. Des manifestations de soutien s’étaient alors tenues dans plusieurs villes du pays.

Face à cette mobilisation, une campagne avait été lancée sur les réseaux sociaux et dans des émissions télévisées, où les disparus avaient été accusés d’être des blasphémateurs, déclenchant un flot de menaces.

Le blasphème est un crime passible de la peine de mort au Pakistan, même si aucun condamné dans ce genre d’affaire n’a encore été exécuté. De simples accusations aboutissent régulièrement à des meurtres.

Quatre des blogueurs avaient été libérés fin janvier. Certains se sont plaints d’avoir été torturés. Le sort du cinquième n’est pas connu.

Aucun groupe n’a revendiqué leur kidnapping, auquel le gouvernement et la très puissante armée pakistanaise ont nié avoir pris part.

La décision de vendredi « a au moins questionné l’impunité totale dont bénéficient les agences » de renseignement pakistanaises, a toutefois déclaré à l’AFP Ahmad Waqass Goraya, l’un des blogueurs relâchés, qui vit aux Pays-Bas.

Les défenseurs des droits de l’Homme critiquent de longue date la loi punissant le blasphème, souvent détournée pour régler des conflits personnels. Des ONG et observateurs estiment que les campagnes d’accusations de blasphème sont orchestrées, afin de faire taire les voix libérales.

Le Pakistan est régulièrement classé comme l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes. Critiquer l’armée y est considéré comme particulièrement risqué. Les journalistes sont parfois détenus, frappés ou même tués.

Romandie.com avec(©AFP / 22 décembre 2017 18h34)

Bangladesh: les blogueurs sont assassinés et les journalistes arrêtés

avril 4, 2015
Une proche du blogueur bangladais laïc Washiqur Rahman, assassiné à coups de poignard par des islamistes, vient de reconnaître le corps du jeune homme, lundi 30 mars, juste après sa mort.AFP PHOTO/Munir uz ZAMAN

Une proche du blogueur bangladais laïc Washiqur Rahman, assassiné à coups de poignard par des islamistes, vient de reconnaître le corps du jeune homme, lundi 30 mars, juste après sa mort.AFP PHOTO/Munir uz ZAMAN

Washiqur Rahman, blogueur laïc de 27 ans, pourfendeur du fondamentalisme islamique sur Facebook, a été tué de coups de couteau ce lundi 30 mars à Dacca par des étudiants en école islamique. Il est le deuxième auteur indépendant en moins de cinq semaines à avoir été assassiné dans la capitale du Bangladesh par des intégristes musulmans. Au Bangladesh, la liberté d’expression est sans cesse attaquée aussi par le pouvoir, laïc, en place. Le gouvernement bangladais menace, poursuit et parfois même arrête les journalistes pro-fondamentalisme ou « de l’opposition », et ceux qui osent des critiques à son encontre.

Cinq auteurs actifs sur les réseaux sociaux ont été massacrés au Bangladesh depuis 2004. Le dernier meurtre en date remonte à ce lundi 30 mars 2015. Trois hommes ont attaqué Washiqur Rahman, 27 ans, à environ 500 mètres de chez lui, à Dacca. Ce blogueur a été poignardé à mort avec de grands couteaux. « Ils l’ont frappé à la tête et au cou […] et une fois à terre, ils ont lardé son corps de coups de couteaux », a précisé le chef de la police locale, Wahidul Islam.

Deux hommes, qui tentaient de fuir, ont été arrêtés après l’agression. Ils sont âgés d’une vingtaine d’années. « Les premières auditions des deux suspects semblent montrer qu’ils l’ont tué parce qu’il critiquait les islamistes radicaux », a déclaré un autre responsable de la police, Biplob Kumar Sarker. L’un des deux suspects était étudiant dans une madrasa dirigée par le groupe islamiste Hefazat-e-Islam (qui a piloté des manifestations géantes contre les blogueurs laïcs en 2013). Un troisième suspect est parvenu à s’enfuir. Et une quatrième personne, organisateur présumé de l’attaque, est également accusée de meurtre.

Le blog de Rahman ne semblait pas centré sur les questions religieuses. En revanche, il postait, selon la police, sur une page Facebook au nom de Washiqur Babu, des articles d’autres auteurs ridiculisant les opinions de fondamentalistes islamiques. Il écrivait aussi, semble-t-il, sous le nom de Kutshit Hasher Chaana (« vilain petit canard ») et ses amis le disent athée.

« Impunité »

« Il a été assassiné car il existe ici une culture de l’impunité. C’était un libre-penseur progressiste opposé au fondamentalisme religieux », a dit Imran Sarker, responsable du réseau de blogueurs, Blogger and Online Activists Network. Mais pour une fois, la police et la justice ont fait vite, puisque les meurtriers présumés ont comparu sous haute sécurité mardi 31 mars devant un juge qui a prolongé leur garde à vue de huit jours.

Comme lors du meurtre de l’écrivain et blogueur américain Avijit Roy, le 26 février 2015, la communauté des blogueurs et les partisans d’un régime laïc ont manifesté le soir du meurtre. Une veillée aux chandelles a eu lieu à l’université de Dacca, leur fief. Ils dénoncent le gouvernement dirigé par la Première ministre Sheikh Hasina pour l’insuffisance de protection apportée aux auteurs humanistes. En effet, face à la menace islamiste, sa seule parade est d’arrêter les blogueurs et de bloquer certains de leurs sites, tout en renforçant leur sécurité.

Aussi ce ne sera qu’à partir du 21 avril que les huit assassins présumés – sept étudiants et un prédicateur musulman – du blogueur athée de 35 ans Ahmed Rajib Haider, alias Thaba Baba, tué en février 2013, seront jugés (d’où ces critiques sur l’impunité). Ils risquent la peine capitale pour avoir mutilé jusqu’à la mort de multiples coups de machettes Thaba Baba qu’ils accusaient d’injurier l’islam. Un deuil national avait suivi cet assassinat, des milliers de personnes étaient descendues dans les rues.

Jamaat-e-Islami

Avijit Roy, lui, était un écrivain et blogueur américain de 42 ans, d’origine bangladaise. Fondateur du blog Mukto-Mona (« Libre pensée »), il avait émigré aux Etats-Unis il y a quinze ans. Promoteur de la laïcité au Bangladesh, où 90% des 160 millions d’habitants sont musulmans, son best-seller The virus of Faith (« Le virus de la foi ») avait suscité la controverse dans ce pays et à travers le monde musulman. Il a été tué à coups de machettes alors qu’il rentrait de la Foire du livre de Dacca, à laquelle il était venu participer avec sa femme, le 26 février dernier. Sa compagne a été grièvement blessée. Avijit Roy avait déjà reçu plusieurs menaces de mort de la part d’intégristes bangladais. « Il sera assassiné lors de sa prochaine visite », avait menacé l’un d’eux sur son Facebook, conscient qu’Avijit Roy était inaccessible aux Etats-Unis. Des intégristes de la Jamaat-e-Islami, puissante organisation religieuse et principal parti fondamentaliste musulman du Bangladesh, reprochaient à Avijit Roy de blasphémer et lui prédisaient le même sort que celui du blogueur Thaba Baba. A Paris, le ministère des Affaires étrangères a lui aussi appelé « les autorités du Bangladesh à faire toute la lumière sur ces actes révoltants ».

Dans un climat politique extrêmement agité, la guerre sans merci que se livrent Khaleda Zia, du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), d’opposition, alliée au Jamaat-e-Islami, et Sheikh Hasina, de la Ligue Awami, – les deux femmes qui se succèdent au pouvoir depuis 24 ans -, et les tensions entre leurs partisans, les écrivains, blogueurs et éditeurs laïcs sont devenus des cibles faciles pour les groupes intégristes.

« Liberticide »

Et comme le dénonce l’organisation Reporters sans frontières, le gouvernement semble plus intéressé par ramener l’ordre public que par mener les enquêtes et sécuriser les lieux de culture. En 2014, le Bangladesh était d’ailleurs 146e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse, selon l’ONG. Les journalistes bangladais pâtissent aussi de la guerre politique entre les deux partis majoritaires. Ils sont arrêtés lorsqu’ils sont soupçonnés de faire partie de « l’opposition », lorsqu’ils tiennent des propos pro-fondamentalistes, et ils font face à une justice intolérante, qui multiplie les menaces et poursuites pour « outrage à la cour », à la moindre critique.

En janvier 2014, par exemple, quelques jours après les élections législatives (durant lesquelles des troubles ont causé la mort de plusieurs personnes), le journal pro-islamiste Dainik Inqilab a publié des informations jugées fausses par le gouvernement. La police n’a pas attendu 24 heures pour effectuer un raid dans les locaux du journal. Elle a saisi ses installations informatiques, scellé les imprimantes, et a procédé à l’arrestation de trois de ses journalistes : le rédacteur en chef, le rédacteur en chef adjoint et un correspondant. La publication a été partiellement suspendue. Malgré la mise en ligne d’excuses de la part de l’édition numérique du Dainik Inqilab et le retrait de l’article incriminé, qui disait que des forces indiennes avaient aidé les autorités bangladaises dans une opération contre un groupe de combattants pro-islamistes clandestins, la cour de Dacca a autorisé le maintien en détention des journalistes durant la durée de l’enquête. Les autorités ont invoqué la loi Information Communication Technology (ICT), adoptée en 2006 et qui traite des crimes dits numériques et de la « publication en ligne de fausses informations ou à caractère obscène ou diffamatoire », une loi dépeinte par Reporters sans frontières comme « liberticide ».

« Confrontation » De 2010 à 2014, au moins cinq journalistes et rédacteurs en chef, dont des journalistes étrangers, ont été inculpés et souvent condamnés à payer des amendes, voire à des peines de prison, pour « outrage à la cour », par des juges du tribunal des crimes internationaux ou de la Cour suprême du Bangladesh.

Le journaliste d’investigation britannique David Bergman, dernier journaliste en date à avoir été inculpé, a été condamné en décembre 2014 par le tribunal des crimes internationaux du Bangladesh pour « outrage à la cour » car il avait partiellement critiqué un jugement du tribunal sur les estimations officielles du nombre de victimes lors de la guerre d’indépendance de 1971, dans des articles publiés en 2011. Il citait des sources indépendantes qui avaient relevé un moins grand nombre de victimes que les sources officielles.

« L’atmosphère de confrontation qui règne au Bangladesh entre les deux partis politiques majoritaires favorise les comportements extrémistes et les actes violents de certains », constate une ancienne professeure d’université française, spécialiste de la langue bengali, qui séjourne régulièrement au Bangladesh. « Le parti au pouvoir n’a pas du tout la même conception de ce que doit être le pays, un Etat laïc, indépendant, avec une identité bengali forte, que l’opposition alliée aux islamistes, qui revendique un Etat et une identité musulmanes. Chacun défend son point de vue et il n’y a aucun dialogue », détaille-t-elle. Les grèves initiées par l’opposition et les attaques à la bombe se multiplient au Bangladesh depuis plus d’un an. Selon le BNP, le gouvernement doit démissionner. Pour éviter tout incident, l’exécutif ferme régulièrement les écoles, les banques, les entreprises, et la croissance économique du pays ralentit. « On est à deux doigts d’une guerre civile, m’a soufflé un diplomate », confie l’ancienne professeure.

Rfi.fr par Anne Frintz

Ethiopie: dix journalistes et blogueurs inculpés de terrorisme

juillet 18, 2014

Addis Abeba – Dix journalistes et blogueurs éthiopiens, détenus depuis près de trois mois, ont été inculpés vendredi de terrorisme par la justice, qui les accuse de liens avec un mouvement interdit.

Ces sept contributeurs du blog Zone9 et trois journalistes de diverses publications éthiopiennes ont été arrêtés les 25 et 26 avril. Leur sort a été vivement dénoncé par des organisations de défense de la presse.

Le groupe de blogueurs et journalistes est accusé d’avoir préparé des attaques en Éthiopie et d’agir en collusion avec le mouvement interdit Ginbot 7, basé aux États-Unis et considéré comme une organisation terroriste par Addis Abeba.

Ils ont été formés à fabriquer des explosifs et prévoyaient d’y former d’autres personnes, a déclaré le juge Tareke Alemayehu.

Le blog Zone9 évoque l’actualité politique et sociale sur un ton souvent critique à l’égard du pouvoir.

Ce travail sert de couverture à des activités clandestines, a affirmé le juge, accusant les suspects de chercher à déstabiliser la nation.

Neuf des accusés – le 10e était absent – ont adressé sourires et saluts à leurs proches quand ils sont entrés dans la salle d’audience bondée.

L’avocat de huit des suspects a rejeté les accusations. Nous ne pensons pas qu’il y ait là une once de crédibilité, a déclaré Amaha Mekonnen à l’AFP.

Human Rights Watch (HRW) a condamné ces inculpations et accusé l’Éthiopie de tourner en dérision son propre système judiciaire.

S’abriter derrière une loi antiterroriste abusive pour poursuivre des blogueurs et des journalistes qui font leur travail est une insulte à la Constitution éthiopienne, a dit à l’AFP la directrice adjointe de HRW pour l’Afrique.

Des ONG de défense des droits de l’Homme comme HRW accusent le régime éthiopien de se servir de cette loi controversée pour étouffer la liberté d’expression et museler les dissidences.

Cette loi a abouti à l’emprisonnement de plusieurs journalistes, dont deux Suédois condamnés à 11 ans de prison en 2012. Ils avaient été graciés au bout de 15 mois.

Le blogueur Eskinder Nega purge actuellement une peine de 18 ans de prison pour ses liens avec Ginbot 7, qui appelle au renversement du parti au pouvoir.

La situation de la liberté de la presse en Éthiopie est considérée comme l’une des plus préoccupantes au monde.

Le procès des blogueurs et journalistes doit reprendre le 4 août.

Romandie.com avec(©AFP / 18 juillet 2014 14h47)