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Ukraine: bombardements sur Kiev, Poutine menace de frapper d’autres cibles

juin 5, 2022
Ukraine: bombardements sur Kiev, Poutine menace de frapper d'autres cibles
Ukraine: bombardements sur Kiev, Poutine menace de frapper d’autres cibles© AFP/Sergei SUPINSKY

Plusieurs frappes russes ont visé Kiev dimanche à l’aube, les premières depuis fin avril, Vladimir Poutine menaçant de frapper de nouvelles cibles si les Occidentaux fournissent des missiles de longue portée à l’Ukraine.

Dans l’est du pays, des combats intenses ont lieu pour le contrôle de la ville stratégique de Severodonestk, où chaque camp a affirmé progresser au cours des derniers jours.

Plusieurs explosions ont eu lieu à l’aube dans le sud-est de la capitale ukrainienne, dans les quartiers de Darnytsky et Dniprovsky, et un blessé a été hospitalisé, selon le maire de Kiev Vitali Klitschko et des témoins.

« J’ai entendu environ six explosions à 5H57 du matin », a déclaré à l’AFP Natalia, 72 ans, qui a été réveillée par les bombardements.

Selon des journalistes de l’AFP sur place, l’armée a installé un corridor de sécurité autour d’une cible interdite d’accès, une infrastructure ferroviaire. Un immeuble rose de 10 étages a eu toutes ses vitres brisées.

« L’agresseur continue de lancer des missiles et de mener des frappes aériennes sur les infrastructures militaires et civiles de notre pays, en particulier à Kiev », a écrit l’état-major de l’armée ukrainienne sur sa page Facebook.

Selon les forces aériennes ukrainiennes, plusieurs missiles de croisière ont été tirés en direction de Kiev par des avions russes TU-95 basés dans la mer Caspienne dont un a été détruit.

Des infrastructures ferroviaires ont été visées, selon diverses sources ukrainiennes, notamment de la société de chemins de fer Ukrzaliznytsia.

Moscou a affirmé avoir détruit des chars livrés par des pays d’Europe de l’Est.

« Des missiles de haute précision et de longue portée tirés (…) sur la banlieue de Kiev ont détruit des chars T-72 fournis par des pays d’Europe de l’Est et d’autres blindés qui se trouvaient dans des hangars », a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

La société ukrainienne Energoatom qui gère les centrales nucléaires du pays a pour sa part déclaré qu’un missile avait volé à un « niveau extrêmement bas au-dessus de la centrale Pivdenno-Ukraïnska », dans la région de Mykolaïv (sud), dénonçant « un acte de terrorisme nucléaire ». « Ce missile a probablement été tiré en direction de Kiev », selon Energoatom.

La capitale, autour de laquelle l’étau russe s’était desserré fin mars/début avril, n’avait plus été frappée depuis le 28 avril, jour de la visite du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

« Prolonger le conflit »

Peu après ces bombardements, le président russe a prévenu que Moscou frapperait de nouvelles cibles si les Occidentaux fournissent des missiles de longue portée à l’Ukraine, ce qui selon lui vise à « prolonger le conflit ».

En cas de telles livraisons, la Russie frapperait « des sites que nous n’avons pas visés jusqu’à présent », a déclaré M. Poutine à la chaîne de télévision Rossiya-1, sans plus de détails.

Ces déclarations interviennent quelques jours après que les Etats-Unis ont annoncé leur décision de livrer à l’Ukraine des lance-roquettes multiples Himars d’une portée d’environ 80 km.

Les experts militaires soulignent que cette portée est légèrement supérieure à celle des systèmes analogues russes, ce qui permettrait aux forces de Kiev de frapper l’artillerie adverse en restant hors d’atteinte.

-Combats cruciaux à Severodonetsk –

Dans le même temps dans l’est de l’Ukraine, des combats cruciaux se poursuivaient à Severodonetsk, au coeur de l’offensive russe dans le bassin minier du Donbass.

Cette région orientale est sous le contrôle partiel de séparatistes prorusses depuis 2014 et Moscou espère la conquérir en intégralité.

Au cours des dernières heures, chacun des camps a revendiqué progresser à Severodonestk, la capitale administrative ukrainienne de la région de Lougansk.

« Les Russes contrôlaient environ 70 % de la ville, mais au cours des deux derniers jours ils ont été repoussés. La ville est divisée en deux, ils ont peur de s’y déplacer librement », a déclaré dimanche matin sur Telegram Serguiï Gaïdaï, le gouverneur ukrainien de la région.

Plus tôt samedi, le maire de la ville Olexandre Striouk avait assuré que « nos militaires sont parvenus à se redéployer, à construire une ligne de défense. Actuellement, nous faisons le nécessaire pour rétablir le contrôle total » de la cité, notamment par des « combats de rue ».

Mais à l’inverse, le ministère russe de la Défense avait affirmé samedi que les unités ukrainiennes « ayant subi des pertes critiques lors des combats pour Severodonetsk (jusqu’à 90 % dans plusieurs unités) » se retiraient vers Lyssytchansk, la grande ville voisine.

Pour l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), la dynamique a changé et désormais les forces ukrainiennes « ralentissent avec succès (…) les assauts russes à Severodonetsk à travers des contre-attaques locales prudentes et efficaces ».

Combats sur d’autres fronts

Les combats se poursuivent aussi sur les autres fronts. Selon le ministre ukrainien de la Défense, « la Russie continue de faire des efforts pour occuper tout notre Etat ». Le Kremlin rêve, a assuré Oleksiï Reznikov, de « rassembler les terres » qu’il considère comme « siennes », y compris « la Pologne, les pays baltes, la Slovaquie et d’autres ».

Crimée, Donbass, sud de l’Ukraine: au total, la Russie a triplé, depuis le début de l’invasion, la superficie de territoire ukrainien sous son contrôle atteignant 125.000 km², soit 20 % du pays, selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Dans la région de Kherson, dans le sud, Moscou « continue de bombarder les territoires occupés et les positions de l’armée ukrainienne », a annoncé la présidence, qui craint une crise humanitaire dans les zones aux mains des Russes.

« Question de survie »

Sur le front diplomatique, le ministre ukrainien des Affaires étrangères avait répondu samedi au président français Emmanuel Macron qui, la veille, répétait qu’il ne fallait « pas humilier la Russie » pour préserver des portes de sortie diplomatiques.

« Nous ferions tous mieux de nous concentrer sur la façon de remettre la Russie à sa place. Cela apportera la paix et sauvera des vies », a rétorqué Dmytro Kouleba, estimant que la position de M. Macron ne peut qu' »humilier la France ».

Dans le même temps, l’USS Kearsarge prenait ses quartiers à Stockholm. Il s’agit du plus gros navire de guerre américain s’étant jamais ancré dans le port de la capitale suédoise.

« Il est important pour nous, les Etats-Unis, ainsi que pour les autres pays de l’Otan, de montrer notre solidarité avec la Finlande et la Suède », a déclaré le général Mark Milley, le chef d’état-major américain, avant des manoeuvres navales annuelles de l’Otan en mer Baltique.

Dimanche soir, sur la pelouse de Cardiff, les Ukrainiens vont tenter de remporter une autre victoire, celle qui qualifierait la sélection nationale au Mondial de football.

« Nous avons tous compris que le match contre le pays de Galles ne sera pas une question de condition physique ou de tactique, mais bien de survie. Tout le monde va se battre pour cela et tout donner », a expliqué le défenseur Oleksandre Zinchenko, comme pour mieux faire corps avec les soldats ukrainiens, à défaut de pouvoir combattre à leur côté.

Par Le Point avec AFP

Ukraine: « C’est l’enfer » dans le Donbass, déplore Zelensky

mai 20, 2022
Une femme, Klaudia Pushnir, 88 ans, prend sa tête dans ses mains, en pleurant, dans un sous-sol.

Les autorités ukrainiennes estiment que quelque 15 000 civils vivent encore à Sievierodonetsk, où ils se réfugient dans des sous-sols et des souterrains. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

« C’est l’enfer » dans le Donbass, qui est « complètement détruit », a déploré dans un message vidéo diffusé dans la nuit de jeudi à vendredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Les troupes russes y ont de nouveau intensifié leurs efforts vendredi, surtout à Sievierodonetsk, où plusieurs civils seraient morts.

Les Russes ont continué leur assaut sur Sievierodonetsk vendredi, au point où il serait devenu impossible de connaître le nombre exact de victimes. « L’armée russe a entamé une destruction de grande ampleur de Sievierodonetsk, a déclaré le gouverneur de la région de Louhansk, Sergueiï Gaïdaï, sur Telegram. « L’intensité des bombardements a doublé, [les Russes] pilonnent les quartiers résidentielles pour les détruire maison par maison. »

Jeudi, les autorités ukrainiennes avait déclaré que douze civils avaient été tués à Sievierodonetsk et 40 autres blessés par les forces russes, qui y ont multiplié les bombardements dans les derniers jours.

« Nous ne savons pas combien il y a de victimes car il est tout simplement impossible d’aller vérifier dans chaque appartement. »— Une citation de  Sergueiï Gaïdaï, gouverneur de la région du Louhansk Un bâtiment détruit à Sievierodonetsk.

Les Russes auraient détruit 70 % des résidences de Sievierodonetsk, selon le gouverneur régional. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Des troupes russes auraient ouvert le feu vendredi sur une école de Sievierodonetsk, où plus de 200 personnes se réfugient, dont des enfants, selon Sergeiï Gaïdaï. Trois adultes seraient morts, a-t-il ajouté. Aucun média n’a cependant été en mesure de confirmer ces informations pour l’instant.

Il resterait environ 15 000 civils dans cette ville qui comptait plus de 100 000 habitants avant la guerre, estime son chef de l’administration militaire, Oleksandr Striuk. Ils vivent dans des abris et des sous-sols et, depuis une semaine, seraient sans électricité, sans Internet, sans moyens de communication.

« Environ 70 % du parc immobilier de la ville a été détruit », a estimé Sergueiï Gaïdaï sur Telegram. Cela représente 11 000 maisons, dont 3000 sont des immeubles à logements, a-t-il ajouté.

La destruction méthodique des villes, qui vise à priver leurs défenseurs d’abris jusqu’à ce qu’ils soient contraints à s’en retirer, est la tactique utilisée par la Russie depuis le début de la bataille du Donbass.Une femme prépare un feu à l'extérieur pour se faire à manger.

Sans électricité, les derniers civils de Sievierodonetsk doivent se débrouiller avec ce qu’ils ont pour se faire à manger et se réchauffer. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Plus tôt, le ministre russe de la Défense déclarait que la Russie avait presque terminé la libération de la République autoproclamée de Louhansk, à une soixantaine de kilomètres de la frontière.

Si l’Ukraine admet que les Russes avancent dans l’est, elle assure que les troupes ukrainiennes tiennent le coup. L’attaque sur Sievierodonetsk a échoué. Les Russes ont subi des pertes de personnel et se sont repliés, a déclaré Sergueiï Gaïdaï.

Une vidéo publiée par la Garde nationale ukrainienne la montre d’ailleurs faisant exploser un pont, qui serait celui reliant Sievierodonetsk à Rubizhne, voulant ainsi ralentir l’avancée des troupes russes dans la région. Aucun média n’a toutefois pu vérifier l’origine et l’authenticité de la vidéo.Une capture d'écran d'une vidéo montrant le pont qui explose d'une vue aérienne.

Les autorités ukrainiennes assurent avoir fait exploser ce pont qui lie Severodonetsk à Rubizhne pour freiner l’avancée des Russes dans le Donbass. Photo : Reuters/Ukraine National Guard

La ville de Sievierodonetsk est stratégiquement importante pour la Russie parce que la contrôler lui permettrait de se diriger vers l’ouest et de rejoindre les troupes russes au sud-est d’Izyum.

Elle est également une des dernières poches de résistance de la région, avec Lyssytchansk, à une dizaine de kilomètres, aussi le théâtre de combats intenses depuis jeudi. La prise de ces deux villes permettrait donc à Moscou de revendiquer le contrôle total de la province et de la placer sous l’autorité de la république populaire de Louhansk.Le missile, le nez dans le sol.

Un missile a atterri sans exploser devant une garderie de Lyssytchansk où sept personnes se réfugient dans le sous-sol depuis deux mois. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Cette intensification des attaques russes n’a aucune explication militaire, a réagi dans son allocution quotidienne Volodymyr Zelensky.

« C’est une tentative délibérée et criminelle de tuer le plus d’Ukrainiens possible. De détruire le plus de maisons, d’installations sociales et d’entreprises possible. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président ukrainien.

Vendredi après-midi, à Lozova, à 150 km au sud de Kharkiv, au moins sept personnes, dont un enfant de 11 ans, ont été blessés dans une puissante frappe de missile russe sur un centre culturel fraîchement reconstruit, a annoncé Zelensky sur Telegram.

Le président ukrainien a accompagné son message d’une vidéo montrant une puissante explosion pulvérisant le bâtiment dans un panache de fumée, tandis que deux voitures passaient à proximité, l’une tentant ensuite de fuir la zone.Selon le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Oleksandre Motouzianyk, la situation sur le front reste tendue vendredi et montre des signes d’aggravation.

« Les forces d’occupation russes mènent des tirs intenses tout le long de la ligne de contact et tentent de frapper à l’artillerie profondément dans les défenses des troupes ukrainiennes. »— Une citation de  Oleksandre Motouzianyk, porte-parole du ministère ukrainien de la DéfenseUne capture d'écran d'une vidéo montrant le moment où le missile frappe le centre culturel de Lozova.

La Russie aurait bombardé le centre culturel de Lozova, où des civils se réfugiaient. Photo : Reuters/State Emergency Service of Ukrai

Les derniers défenseurs d’Azovstal cessent de combattre

Vendredi matin à Marioupol, les derniers combattants retranchés dans l’usine d’Azovstal ont reçu l’ordre de Kiev d’arrêter de se battre, a déclaré Denys Prokopenko, commandant du régiment d’Azov, dans une vidéo publiée sur Telegram.

Les autorités militaires ont donné l’ordre de sauver des vies, de préserver le bien-être des militaires et de cesser de défendre la ville.

Selon la Russie, environ 2000 combattants se seraient rendus dans les derniers jours.Des combattants, dans les souterrains d'Azovstal, devant un drapeau ukrainien.

Les derniers combattants retranchés dans l’usine d’Azovstal ont cessé les combats vendredi, à la demande de Kiev, qui désire « sauver des vies ». Photo : Reuters/Dmytro Orest Kozatskyi/Azov Regi

Selon Kiev, 90 % de la ville de Marioupol aurait été détruit et au moins 20 000 personnes y auraient péri depuis le début des combats.

La fin des combats à Marioupol pourrait permettre à plusieurs troupes russes de rejoindre celles qui combattent dans le Donbass et d’y intensifier encore les offensives.

Une fois que la Russie aura sécurisé Marioupol, il est probable qu’elle déplacera ses forces pour renforcer les opérations dans le Donbass, a déclaré le gouvernement britannique.

Mais ces unités doivent être rééquipées et remises en état avant de pouvoir être redéployées efficacement, alors même que le commandement russe est sous pression pour des résultats, analyse la même source. La Russie va probablement redéployer ses forces rapidement sans préparation adéquate, ce qui risque d’encore augmenter leur usure.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, BBC et CNN

Conflit en Ukraine : 60 morts dans le bombardement d’une école

mai 8, 2022
Les ruines d'une école bombardée.

Des sauveteurs dégagent une femme des débris d’une école dans le village de Bilogorivka. Photo : via Reuters/State Emergency Services

Soixante personnes ont été tuées samedi dans le bombardement d’une école de la région de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, a déclaré dimanche le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Pas plus tard qu’hier, dans le village de Bilogorivka, dans la région de Louhansk, une bombe russe a tué 60 civils, a affirmé M. Zelensky lors d’une intervention en visioconférence à un sommet du G7.

Ils essayaient de trouver refuge dans le bâtiment d’une école ordinaire qui a été visée par une frappe aérienne russe, a-t-il ajouté.

Une bombe aérienne a frappé une école et 60 personnes sont mortes sous les décombres, a déclaré de son côté le gouverneur de la région de Louhansk, Serguiï Gaïdaï, à la télévision en langue russe Current Time TV.

Il y a toujours des frappes très fortes sur Bilogorivka, a-t-il poursuivi.

J’aimerais vraiment croire que des gens sont encore vivants là-bas, a-t-il toutefois dit, en mentionnant que dès que les bombardements seront terminés, nous pourrons commencer à déblayer les décombres.

Dimanche matin, M. Gaïdaï avait déclaré qu’il y avait au total 90 personnes sur place au moment de la frappe. Vingt-sept ont été sauvées, avait-il ajouté, précisant que la température avait été très élevée sur les lieux après l’explosion.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit horrifié, soulignant que de nombreuses personnes cherchaient apparemment refuge face aux combats en cours.

M. Guterres a noté que cette attaque rappelait une nouvelle fois que dans cette guerre, comme dans tant de conflits, ce sont les civils qui paient le prix le plus élevé.

Cette attaque est un autre rappel brutal de la cruauté de cette guerre, avait pour sa part affirmé M. Awad, avant l’annonce du dernier bilan des morts.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Ukraine: Bombardements à Kiev durant la visite du secrétaire général de l’ONU

avril 28, 2022
Un soldat debout derrière une barrière antichar.

La situation s’était apaisée récemment à Kiev, en Ukraine, même si la tension reste présente. Photo: Reuters/ Gleb Garanich

La capitale ukrainienne, Kiev, a été la cible de frappes russes jeudi soir, en pleine visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et pour la première fois depuis la mi-avril, qui ont fait au moins 10 blessés, selon les services de secours.

Les journalistes de l’AFP ont vu sur place un étage d’un bâtiment en feu avec de la fumée noire s’échappant des fenêtres brisées, tandis que de nombreux policiers et des secouristes étaient présents sur les lieux.

Cela en dit long sur la véritable attitude de la Russie envers les institutions internationales, sur les efforts des dirigeants russes pour humilier l’ONU et tout ce que l’organisation représente, a dit le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Il a évoqué cinq missiles, qui ont frappé la ville juste après la fin des discussions avec M. Guterres.

Cela requiert une réaction puissante, de la même ampleur, a-t-il ajouté dans une vidéo diffusée sur Telegram.

Nous sommes en sécurité, a de son côté écrit un porte-parole de l’ONU à des journalistes. Il a ensuite précisé sur WhatsApp à l’AFP que c’est une zone de guerre, mais c’est choquant que cela soit arrivé à proximité de là où nous nous trouvions.

Un incendie s’est déclaré à la suite de bombardements ennemis sur un immeuble résidentiel de 25 étages, dont les deux premiers étages ont été partiellement détruits, ont pour leur part raconté les services de secours ukrainiens.

Selon des données préliminaires, cinq personnes ont été secourues et dix blessées, ont-ils poursuivi sur Facebook.

Dans la soirée, l’ennemi a tiré sur Kiev. Deux frappes sur le quartier de Chevchenkovsky, avait auparavant dit le maire de la capitale, Vitali Klitschko.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, avait rapidement dénoncé sur Twitter un acte odieux de barbarie, indiquant que les engins tirés étaient des missiles de croisière.

La Russie démontre une fois de plus son attitude envers l’Ukraine, l’Europe et le monde, a-t-il ajouté.

Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, a quant à lui dénoncé sur Twitter une attaque sur la sécurité du secrétaire général [de l’ONU] et sur la sécurité mondiale.

Des frappes de missiles dans le centre de Kiev pendant la visite officielle d’Antonio Guterres, a également dénoncé sur Twitter Mikhaïlo Podoliak, un conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Hier, il était assis à une longue table au Kremlin et, aujourd’hui, des explosions au-dessus de sa tête, a ironisé M. Podoliak.

C’est la preuve que nous avons besoin d’une victoire rapide sur la Russie et que tout le monde civilisé doit s’unir autour de l’Ukraine. Nous devons agir rapidement. Plus d’armes, plus d’efforts humanitaires, plus d’aide, a renchéri le chef de l’administration présidentielle, Andriï Iermak.

Il a appelé à priver la Russie de son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.

M. Guterres s’était entretenu mardi avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou. Mercredi, il est arrivé en Ukraine pour se rendre jeudi matin notamment à Boutcha et Irpin, dans la banlieue de la capitale, théâtres d’exactions imputées à l’armée russe par les Ukrainiens.

Il s’est aussi entretenu avec Volodymyr Zelensky, regrettant que le Conseil de sécurité de l’ONU n’ait pas réussi à empêcher et à arrêter la guerre déclenchée le 24 février par Moscou.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie est une violation de son intégrité territoriale et de la Charte des Nations unies, a-t-il une nouvelle fois déclaré.

Avec Radio-Canada par Agence France-Presse

Possibles crimes de guerre en Ukraine : Guterres appelle Moscou à coopérer avec la CPI

avril 28, 2022
Antonio Guterres dans la rue entouré de plusieurs gardes de sécurité.

Le secrétaire général de l’ONU visite l’Ukraine pour la première fois depuis le début de l’invasion. Photo: AFP via Getty Images/Sergei Supinsky

Le secrétaire général de l’ONUOrganisation des Nations unies Antonio Guterres a appelé jeudi Moscou à coopérer avec l’enquête de la Cour pénale internationale sur de possibles crimes de guerre, lors d’une visite dans des banlieues de Kiev théâtres d’exactions imputées par les Ukrainiens aux forces russes.

Quand nous voyons ce site horrible, je vois combien il est important d’avoir une enquête complète et d’établir les responsabilités, a déclaré M. Guterres à Boutcha. J’appelle la Russie à accepter de coopérer avec la CPICPI, a-t-il ajouté.

Le 2 avril, à Boutcha, des journalistes de l’AFP ont découvert une rue jonchée de cadavres. Et l’ONUOrganisation des Nations unies a documenté le meurtre, y compris certains par exécution sommaire, de 50 civils, après une mission dans la ville le 9 avril.

À Borodianka, autre commune proche de Kiev, M. Guterres a qualifié la guerre d’absurdité au XXIe siècle, devant des habitations en ruines.

J’imagine ma famille dans une de ces maisons aujourd’hui détruites et noircies, je vois mes petites-filles courir en panique, a-t-il lancé, avant d’ajouter: aucune guerre n’est acceptable au XXIe siècle.

M. Guterres effectue sa première visite en Ukraine depuis le début du conflit, et devait rencontrer le président Volodymyr Zelensky dans l’après-midi.

Cette visite intervient deux jours après sa visite à Moscou, où il a rencontré le président Vladimir Poutine et demandé à la Russie de collaborer avec l’ONUOrganisation des Nations unies pour permettre l’évacuation des civils des zones bombardées.

Ces régions, le sud et l’est, où se concentre à présent l’offensive russe, subissaient jeudi un feu nourri de bombes.

L’ennemi intensifie son offensive. Les occupants effectuent des frappes pratiquement dans toutes les directions, avec une activité particulièrement intense dans les régions de Kharkiv et le Donbass, a indiqué l’état-major ukrainien dans sa note matinale.

Selon lui, l’armée russe tente d’empêcher le transfert de forces ukrainiennes du nord vers l’est.

Le ministère russe de la Défense a de son côté indiqué avoir détruit dans la nuit avec des missiles de haute précision deux dépôts d’armements et de munitions dans la région de Kharkiv, et effectué des frappes aériennes sur 67 sites militaires ukrainiens.

Il a accusé les forces ukrainiennes d’avoir mercredi soir frappé avec des missiles balistiques Totchka-U et des roquettes (…) des quartiers d’habitation du centre de Kherson, dans le sud de l’Ukraine.

L’administration locale russe a dit jeudi vouloir introduire dans cette ville côtière – la seule dont les Russes aient pris le contrôle complet – le rouble à la place de la hryvnia ukrainienne à partir du 1er mai.

Dans les villes bombardées, les pompiers ukrainiens foncent d’un incendie à l’autre, comme à Kharkiv où plus de 2000 bâtiments ont été endommagés ou détruits par le feu, selon Ievguen Vassylenko, porte-parole régional des services d’urgence ukrainiens.

Et ça continue comme ça tous les jours. Les gars n’ont pas assez de temps pour se reposer, c’est le plus difficile. C’est épuisant, explique à l’AFP Roman Katchanov à la tête de la caserne numéro 11 de la deuxième ville d’Ukraine.

Jeudi, le commandant des forces aériennes ukrainiennes a estimé que les lance-missiles fournis par les Occidentaux avaient une portée insuffisante pour atteindre les avions de l’occupant, qui larguent des bombes sur nos villes à 8 km d’altitude et plus.

Il nous faut des systèmes antiaériens de moyenne et longue portée et des chasseurs modernes, a déclaré Mykola Olechtchouk sur Telegram.

Le Royaume-Uni avait appelé mercredi les alliés de l’Ukraine à faire preuve de courage en augmentant leur aide militaire, arguant que la guerre en Ukraine était notre guerre et la victoire de Kiev un impératif stratégique pour nous tous.

Armes lourdes, chars, avions – creuser dans nos stocks, accélérer la production, nous devons faire tout ça, a lancé mercredi soir dans un discours à Londres la cheffe de la diplomatie britannique Liz Truss.

Les livraisons d’armes à l’Ukraine menacent la sécurité européenne, a estimé jeudi le Kremlin. La veille, Vladimir Poutine avait à nouveau mis en garde contre toute intervention extérieure dans le conflit, promettant une riposte rapide et foudroyante.

Un conseiller de la présidence ukrainienne a laissé entendre que Kiev pourrait attaquer des cibles militaires en Russie.

La Russie attaque l’Ukraine et tue les civils. L’Ukraine se défendra par tous les moyens, y compris avec des frappes sur des entrepôts et des bases des assassins russes. Le monde reconnaît ce droit, a écrit jeudi sur son compte Twitter Mykhaïlo Podoliak.

Sur le terrain économique, le groupe russe Gazprom a annoncé mercredi avoir suspendu toutes ses livraisons de gaz à la Bulgarie et à la Pologne, assurant que ces deux pays n’avaient pas payé en roubles, comme l’exige depuis mars Vladimir Poutine.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un « chantage au gaz » et affirmé que ces deux pays membres de l’UEUnion européenne et de l’OTANOrganisation du traité de l’Atlantique nord, très dépendants du gaz russe, étaient désormais approvisionnés par leurs voisins de l’Union européenne.

Les ministres européens chargés de l’énergie se réuniront le 2 mai en session extraordinaire, selon la présidence française de l’Union européenne.

Pour soutenir l’économie ukrainienne, la Commission européenne a proposé mercredi de suspendre pendant un an tous les droits de douane sur les produits importés de ce pays dans l’UEUnion européenne. La proposition doit encore être approuvée par le Parlement européen et les 27 États membres.

Le président Volodymyr Zelensky a salué la proposition, accusant la Russie de tenter de provoquer une crise mondiale des prix et le chaos sur le marché alimentaire mondial.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Une pluie de missiles russes s’abat sur plusieurs grandes villes de l’Ukraine

avril 18, 2022

Des pompiers tentent d’éteindre l’incendie provoqué par une frappe de missile dans un garage de Lviv, lundi. Photo : Getty Images/Joe Raedle

La Russie poursuit son offensive massive en Ukraine, lundi, visant des centaines de cibles un peu partout, notamment à Kharkiv, Zaporijjia, Donetsk, Dnipropetrovsk, Mikolaïv et Lviv, une ville refuge située tout près de la frontière polonaise et qui est généralement épargnée par les bombardements.

Le gouverneur de la région, Maksym Kozitsky, a évoqué quatre frappes de missiles de croisière, tirés depuis la Caspienne : trois sur des infrastructures militaires et une sur un garage de pneumatiques, qui ont provoqué des incendies. Toutes les cibles sont gravement endommagées, selon lui.

À cette heure, sept morts sont connus, a-t-il ajouté, évoquant également 11 blessés, dont un enfant, et précisant que trois blessés se trouvent dans un état grave.

Selon M. Kozitsky, il s’agit des premières victimes du conflit dans la ville. Et les autorités craignent que d’autres personnes soient coincées dans les ruines.

« Les Russes continuent d’attaquer en barbares les villes ukrainiennes depuis les airs, déclarant cyniquement au monde entier leur « droit » de tuer des Ukrainiens. »— Une citation de  Mikhaïlo Podoliak, conseiller du président Volodymyr Zelensky

Sur les lieux de la frappe contre le garage, à environ quatre kilomètres du centre de la ville, des journalistes de l’Agence France-PresseAFP ont vu le bâtiment en feu, avec des carcasses de voitures dans un cratère près d’une voie ferrée.

Le maire de Lviv a indiqué qu’au moins un enfant figurait parmi les victimes des frappes survenues lundi sur sa ville. Photo : Twitter/Andriy Sadovyi

Les chemins de fer ukrainiens ont de leur côté indiqué sur Telegram que plusieurs missiles sont tombés à proximité des installations ferroviaires sans faire de victimes et sans entraver la circulation.

Nous réparerons notre infrastructure endommagée. Le chemin de fer continue de fonctionner, a affirmé le président du conseil d’administration de la compagnie, Alexandre Kamychine.

Située loin du front, à 60 kilomètres de la frontière polonaise, Lviv s’est convertie en ville refuge pour les personnes déplacées et a accueilli au début de la guerre plusieurs ambassades occidentales transférées à partir de Kiev.

Plus de 4,9 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays 54 jours après l’invasion russe du 24 février, selon les chiffres publiés lundi par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime aussi à 7,1 millions le nombre de déplacés à l’intérieur du pays. Au total, ce sont donc environ 12 millions de personnes, soit plus du quart de la population, qui ont dû quitter leur foyer soit en traversant la frontière, soit en trouvant refuge ailleurs en Ukraine.Un train passe devant un garage en ruine d'où s'échappe de la fumée.

Un train en provenance de Dnipro passe devant des bâtiments endommagés par une frappe russe à Lviv, lundi. Photo : AP/Philip Crowther

L’une des plus vastes séries de frappes

Le ministère de la Défense russe a annoncé lundi avoir lancé des frappes massives contre plusieurs centaines de cibles militaires ukrainiennes en mobilisant simultanément son artillerie, son aviation et son arsenal de missiles.

Il s’agit d’une des plus vastes séries de frappes signalées ces dernières semaines en Ukraine.

La plupart de ces frappes, menées dans l’est du pays, ont visé plus de 315 cibles militaires, selon le ministère de la Défense russe. Les autorités ukrainiennes, elles, accusent plutôt la Russie de viser des infrastructures civiles.

Les frappes ont principalement eu lieu dans les régions de Kharkiv, Zaporijjia, Donetsk et Dnipropetrovsk et dans le port de Mikolaïv, dans l’est du pays. Kiev et ses environ ont aussi été visés.Une femme pleure à genoux près d'un corps. Deux personnes l'entourent.

Une femme soutient sa mère, qui pleure près de la dépouille de son mari, à Kharkiv, lundi. Photo: Reuters/Alkis Konstantinidis

À Kharkiv, des journalistes de l’Agence France-PresseAFP ont entendu une série d’explosions dans la matinée de lundi. Les autorités locales, qui ont évoqué une frappe sur un centre de distribution d’aide humanitaire et un obus tombé sur un terrain de jeu pour enfants dans une zone résidentielle, ont rapporté trois morts et six blessés.

La Russie mène cette série d’attaques contre des cibles stratégiques ukrainiennes pour épuiser la capacité du pays à résister à une offensive terrestre majeure dans le Donbass, région disputée de l’est, à majorité russophone.

Le président Vladimir Poutine a choisi d’y concentrer ses efforts après que son armée eut été repoussée par la résistance ukrainienne dans le nord, d’où elle s’est récemment retirée. Les autorités ukrainiennes ont prévenu à plusieurs reprises dans les derniers jours qu’une offensive majeure est imminente dans le Donbass.

L’armée russe entre à Kreminna

Les troupes russes sont par ailleurs entrées lundi dans la ville de Kreminna, dans l’est de l’Ukraine, selon les autorités locales.

Il y a eu une importante attaque dans la nuit de dimanche à lundi à Kreminna, a déclaré le gouverneur ukrainien de la région de Lougansk, Serguiï Gaïdaï, sur sa page Facebook.

L’armée russe y est déjà entrée, avec une énorme quantité de matériel de guerre […]. Nos défenseurs se sont repliés sur de nouvelles positions, a-t-il ajouté.

Kreminna, qui compte environ 18 000 habitants, se trouve à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Kramatorsk, la capitale ukrainienne du Donbass et l’une des cibles de Moscou dans cette région.

La ville est aussi voisine de celle de Roubijné, qui était sous le feu intense de l’artillerie et des mortiers ukrainiens, ont constaté lundi des journalistes de l’Agence France-PresseAFP.

Le 13 avril, le chef des séparatistes prorusses de Lougansk, Léonid Passetchnik, avait indiqué que les Ukrainiens contrôlaient encore une partie de la ville de Roubijné.

Dès que nous aurons libéré [toute la région], nous prendrons une décision pour fournir une aide éventuelle à nos frères de Donetsk et éventuellement à la Russie, avait-il ajouté.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé dimanche soir la Russie de vouloir détruire toute la région orientale du Donbass et de se préparer à une offensive dans l’est du pays.

Pas de corridors humanitaires, y compris à Marioupol

Pour aujourd’hui, le 18 avril, il n’y aura malheureusement pas de couloirs humanitaires, a indiqué sur Telegram la vice-première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk.

Selon Mme Verechtchouk, les négociations avec l’armée russe sont longues et complexes, notamment pour la ville dévastée de Marioupol, en grande partie sous contrôle de Moscou, et d’autres localités où se déroulent des combats.

« Les occupants russes ne cessent de bloquer et de bombarder les routes humanitaires. Par conséquent, pour des raisons de sécurité, il a été décidé de ne pas ouvrir de couloirs. »— Une citation de  Iryna Verechtchouk, vice-première ministre de l’Ukraine

À Marioupol, les derniers défenseurs ukrainiens tiennent toujours des secteurs de la ville et ont refusé l’ultimatum lancé par les Russes qui expirait dimanche à la mi-journée.

Aucun bilan global récent des victimes n’est disponible, mais il est à l’évidence très lourd. Rien qu’à Marioupol, Kiev évoque 20 000 morts. Selon le directeur du Programme alimentaire mondial, David Beasley, plus de 100 000 personnes y sont au bord de la famine, manquant également d’eau et de sources de chauffage.Des rangées de tombes où sont posées des fleurs.

De nouvelles tombes ont été creusées à Irpin, en banlieue de Kiev, pour enterrer les dépouilles des personnes tuées depuis le début de l’invasion russe, le 24 février. Photo: Reuters/Zohra Bensemra

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Les derniers soldats ukrainiens à Marioupol combattront « jusqu’au bout »

avril 17, 2022

Faute d’accord avec l’armée russe pour mettre fin aux tirs, Kiev a suspendu l’évacuation des civils dans l’est de l’Ukraine.

Assiégée depuis des semaines par les troupes russes, la ville ukrainienne de Marioupol est en ruine. Photo : Getty Images/AFP/Andrey Borodulin

Les derniers combattants ukrainiens à Marioupol ont choisi de faire fi de l’ultimatum de la Russie, qui leur avait donné jusqu’à dimanche en début d’après-midi pour déposer les armes et pour quitter la ville. Un affrontement final se dessine entre les deux camps dans cette localité du Donbass, dont la chute paraît imminente.

Tous ceux qui abandonneront les armes auront la garantie d’avoir la vie sauve. C’est leur seule chance.

C’est en ces termes que le ministère russe de la Défense s’est adressé aux derniers défenseurs de Marioupol, retranchés dans le complexe métallurgique d’Azovstal. Ces combattants ont plutôt décidé de tenir promesse et de se battre jusqu’au bout même si le combat paraît pour eux sans issue.

Selon une récente publication Telegram de la Défense russe, à part cette poignée de résistants, l’entièreté du territoire de la ville de Marioupol a été débarrassée des militants de la formation nazie Azov, des mercenaires étrangers et des militaires ukrainiens.

« La ville n’est pas tombée. Nos forces militaires, nos soldats y sont toujours. Ils combattront jusqu’au bout. »— Une citation de  Denys Chmygal, premier ministre de l’Ukraine, en entrevue à la chaîne américaine ABC

Malgré leur refus de partir, la vice-première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk a exigé dimanche l’ouverture d’une voie d’évacuation pour les militaires blessés.

Des troupes russes en route pour Marioupol Photo : Reuters

L’état-major ukrainien a déjà signalé des frappes aériennes sur la ville ainsi que des opérations d’assaut près du port.

La Russie et ses supplétifs semblent se préparer à déclarer la victoire dans la bataille de Marioupol, a indiqué l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW).

La prise de cette ville portuaire du sud-est de l’Ukraine, inlassablement pilonnée par les forces russes depuis le début de l’invasion, le 24 février, constituerait un gain considérable pour Moscou.

Elle permettrait en effet à la Russie de consolider ses gains territoriaux le long de la mer d’Azov en reliant la région du Donbass à la Crimée, annexée en 2014.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a prévenu samedi que l’élimination des derniers soldats ukrainiens à Marioupol mettrait fin aux négociations de paix avec Moscou. Il a une fois de plus demandé aux pays occidentaux de fournir des armes lourdes à ses troupes pour qu’elles puissent défendre cette ville où des milliers d’habitants vivent dans des conditions inhumaines.

Il n’y a ni nourriture, ni eau, ni médicaments, a lancé M. Zelensky, qui a aussi accusé les Russes de refuser l’ouverture de couloirs humanitaires.

Selon le directeur général du Programme alimentaire mondial, David Beasley, plus de 100 000 civils sont au bord de la famine à Marioupol.

Deuxième ville en importance au Donbass, Marioupol comptait 441 000 habitants avant l’invasion russe.

La ville de Marioupol a été ravagée par l’offensive russe. Photo: Reuters/Alexander Ermochenko

La vice-première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk a annoncé dimanche la suspension des couloirs humanitaires pour l’évacuation des civils dans l’est de l’Ukraine, faute d’accord avec l’armée russe pour mettre fin aux tirs.

Nous n’avons pas réussi à négocier un cessez-le-feu sur les itinéraires d’évacuation avec les occupants. C’est pourquoi, malheureusement, nous n’allons pas ouvrir de couloirs humanitaires aujourd’hui, a indiqué Mme Verechtchouk sur Telegram. Nous ne ménageons aucun effort pour que les couloirs humanitaires soient rouverts le plus rapidement possible.

Afin de soutenir les efforts humanitaires en Ukraine et dans certains pays voisins qui accueillent des réfugiés, l’Union européenne a annoncé l’octroi de 50 millions d’euros supplémentaires.

Toujours debout

En ce 53e jour d’affrontements, le premier ministre ukrainien Denys Chmygal a catégoriquement rejeté les affirmations de Vladimir Poutine selon lesquelles l’armée russe était en train de remporter la guerre.

« Pas une seule grande ville n’est tombée. Seule [la ville de] Kherson est sous contrôle des forces russes, mais toutes les autres villes sont sous contrôle ukrainien. »— Une citation de  Denys Chmygal, premier ministre de l’Ukraine

Selon ses informations, plus de 900 municipalités ukrainiennes, dont Kiev, étaient libres de toute occupation russe.

Nous combattons actuellement dans la région du Donbass et nous n’avons pas l’intention de nous rendre, a-t-il ajouté.

Le premier ministre ukrainien Denys Chmyhal Photo : Reuters

Pour sa part, Volodymyr Zelensky a balayé l’hypothèse selon laquelle il laisserait Moscou s’emparer du Donbass et d’une partie de l’est de l’Ukraine pour arrêter le bain de sang.

L’Ukraine et son peuple sont clairs : nous n’avons aucune revendication sur les territoires de quelqu’un d’autre, mais nous n’allons pas abandonner le nôtre, a-t-il affirmé en entrevue à CNN.

Nouvelles frappes à Kiev

Les forces russes ont poursuivi leurs frappes dans la région Kiev dimanche. Le ministère russe de la Défense a annoncé avoir bombardé un autre complexe militaire situé non loin de la capitale ukrainienne.

Cette fois-ci, c’est une usine de munitions près de Brovary qui a été la cible des missiles russes. Le maire de la localité, Igor Sapojko, a affirmé que certains éléments d’infrastructures ont été touchés au début de la nuit.

Au cours des trois derniers jours, les forces russes ont mené plusieurs frappes sur des usines militaires à Kiev et dans sa région pour venger le naufrage du vaisseau amiral Moskva.

Samedi, une frappe russe avait visé une usine de matériel militaire, où sont notamment construits des chars, dans le district de Darnytsky. L’attaque a fait un mort et plusieurs blessés.

Une voiture fuit l’explosion d’une raffinerie de pétrole à Lyssytchansk. Photo: Reuters/Marko Djurica

Cette même journée, une raffinerie de pétrole en périphérie de la ville de Lyssytchansk, tout près de la ligne de front dans l’est de l’Ukraine, a été la cible de bombardements.

Le ministère russe de la Défense avait aussi affirmé avoir abattu, dans la région d’Odessa, un avion de transport militaire ukrainien qui livrait un important lot d’armes fourni par des pays occidentaux.

Selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre, les Russes ont poursuivi leurs offensives près d’Izyoum et de Popasna ainsi que dans la région de Roubijné et de Severodonetsk.

Du côté de Kharkiv, cinq personnes ont été tuées et 13 autres blessées dimanche dans une série de frappes, selon les services de secours.

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l’ONU (HCR) estime que cinq millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis le début de la guerre, qui a aussi fait plus de sept millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse

Ukraine: Les bombes russes pleuvent le long de la ligne de front dans la région de Louhansk

avril 6, 2022

Le Comité international de la Croix-Rouge confirme que 500 résidents de la ville assiégée de Marioupol ont réussi à fuir la ville vers Zaporijia.

Des secouristes ukrainiens viennent en aide à une résidente de Roubijne ensevelie sous des décombres, mercredi, après des bombardements russes. La femme a survécu. Photo : Reuters/Service d’Urgence de L’Ukraine

L’offensive russe bat son plein dans la région de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, où d’intenses bombardements sont signalés mercredi à Severodonetsk et à Roubijne, deux villes situées sur la ligne de front.

Selon des journalistes de l’AFP, des obus et des roquettes s’abattent à intervalles réguliers sur Severodonetsk, la ville la plus à l’est contrôlée par l’armée ukrainienne.

Une dizaine de gratte-ciel étaient en feu en milieu d’après-midi, a annoncé le gouverneur de Louhansk, Sergueiï Gaïdaï, dans une publication en ligne, en précisant ne pouvoir avancer de bilan.

Severodonetsk, qui comptait 100 000 habitants avant le début de la guerre, est le siège de l’administration régionale depuis que la ville de Louhansk est tombée aux mains de séparatistes prorusses en 2014.

Mardi, un convoi humanitaire de l’ONU composé de huit camions a atteint Severodonetsk, apportant des rations alimentaires, de la farine et des couvertures pour quelque 17 000 personnes, et quatre générateurs électriques pour les hôpitaux de la ville.

« L’est de l’Ukraine continue de subir l’intensification des combats, avec des milliers de personnes privées de gaz et d’eau, et des habitations touchées à plusieurs reprises par des frappes à Severodonetsk. »— Une citation de  Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU

Roubijne contrôlée à 60 % par l’armée russe

À Roubijne, une ville d’environ 60 000 habitants située tout juste au nord-ouest de Severodonetsk, d’importants bombardements ont aussi eu lieu depuis 24 heures, selon le gouverneur Gaïdaï.

Mardi, une personne a été tuée mardi et cinq ont été blessées dans un bombardement sur Roubijne, et sept autres extraites des décombres, a-t-il précisé.

60 % de Roubijne est contrôlée par les Russes , estime maintenant M. Gaïdaï, en accusant un ancien haut responsable de la ville d’avoir collaboré avec l’armée russe.

Le gouverneur de Louhansk a exprimé l’espoir d’évacuer des civils via cinq couloirs humanitaires , en exhortant une fois de plus les habitants de la région à s’en aller tant que c’est sûr .

Nous ferons partir tout le monde si les Russes nous laissent atteindre les points de rassemblement (pour les évacuations). Parce que, comme vous pouvez le voir, ils ne respectent pas toujours les cessez-le-feu , a-t-il écrit sur Telegram.

« Évacuez tant que c’est sûr […]. Tant qu’il y a des bus et trains, profitez de cette possibilité. Hier les Russes ont endommagé les communications ferroviaires […]. C’est encore un signal du danger. Mettez-vous et vos proches en sécurité ». »— Une citation de  Sergueiï Gaïdaï, gouverneur de la région de Louhansk

À l’ouest de la zone, après avoir capturé il y a quelques jours Izioum, les troupes russes campent à plus d’une vingtaine de kilomètres au nord des villes jumelles de Sloviansk et Kramatorsk.

Le long d’une route reliant Izioum à Sloviansk et Kramatorsk, les forces ukrainiennes se préparent en creusant des tranchées et en disposant des pièces d’artillerie et autres blindés, selon des journalistes de l’AFP.

L’Institute for the Study of War, basé aux États-Unis, estime que Sloviansk sera la prochaine bataille cruciale de la guerre en Ukraine.

500 résidents sauvés de l’enfer de Marioupol

Dans la région de Donetsk, au sud-ouest de Louhansk, l’armée russe continue d’assiéger et de bombarder Marioupol, sur la mer d’Azov, où plus de 100 000 personnes vivent dans des conditions extrêmement précaires.

Le Comité international de la Croix-Rouge a toutefois annoncé sur Twitter qu’une de ses équipes a réussi à escorter plus de 500 résidents ayant fui la ville vers Zaporijia, située au nord-ouest.

Selon une journaliste de l’AFP, le convoi en question était composé de 7 autobus et d’environ 40 véhicules privés.

Le Comité international de la Croix-Rouge a publié mercredi cette photo d’un convoi transportant des résidents de Marioupol qu’une de ses équipes a pu escorter. Photo : Twitter/Comité International de La Croix-Rouge

Le CICR a cependant précisé que ses équipes n’ont pas tenté d’atteindre la ville portuaire de Marioupol, mais que les « conditions de sécurité l’ont rendu impossible ».

Il appert plutôt que les résidents ont quitté Marioupol par leurs propres moyens, avant d’être pris en charge par le CICR à Berdiansk, à l’ouest de ville.

Au nord de Marioupol, deux civils ont été tués et cinq blessés dans le bombardement d’un centre de distribution d’aide humanitaire à Vougledar, selon le gouverneur de la région de Donetsk Pavlo Kirilenko.

L’attaque a eu lieu pendant la distribution d’aide humanitaire, a-t-il indiqué sur Telegram, publiant des photos montrant des corps inertes gisant à l’extérieur d’un bâtiment dont les fenêtres ont été soufflées.

Vougledar, ville de 15 000 habitants, se trouve à 50 kilomètres au sud-ouest de Donetsk, centre industriel d’un million d’habitants tenu depuis 2014 par les séparatistes prorusses.

Le ministère russe de la Défense indique aussi que les forces russes ont détruit avec des missiles cinq dépôts de carburants à Novomoskovsk, Radekhov, Kazatine, Prossianaïa et Mykolaïv.

Selon Moscou, ces dépôts fournissaient les forces ukrainiennes dans les régions de Kharkiv et Mykolaïv, ainsi que dans le Donbass.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Ukraine: Les forces russes se retirent des régions de Soumy et Tchernihiv

avril 4, 2022

Une nouvelle tentative pour évacuer des résidents de Marioupol a échoué, confirment Kiev et la Croix-Rouge. 90 % des infrastructures de la ville ont été détruites, selon le maire.

Une femme salue des soldats ukrainiens embarqués sur un tank traversant la région de Tchernihiv, le 2 avril. Photo : Reuters/Serhii Nuzhnenko

Les forces russes se retirent graduellement des régions de Soumy et de Tchernihiv, dans le nord de l’Ukraine, selon les autorités locales, confirmant implicitement que la guerre se concentrera dorénavant dans le sud-est du pays.

Les troupes russes n’occupent plus aucune ville ni aucun village de la région de Soumy, a confirmé lundi le gouverneur régional Dmytro Zhyvytskyi dans une entrevue à la télévision nationale ukrainienne.

Les troupes russes se sont essentiellement retirées et les forces ukrainiennes s’emploient à repousser celles qui restent, a-t-il dit. L’armée russe a abandonné beaucoup d’équipements derrière elle, selon lui.

Soumy, qui comptait environ 250 000 habitants avant le début de la guerre, a été encerclée dès le début du conflit et a subi d’importants bombardements.

Les échos sont similaires du côté de Tchernihiv, au nord-est de la capitale Kiev, où le gouverneur régional, Viatcheslav Tchaous, affirme que les troupes russes ont quitté la ville du même nom sans avoir pour autant quitté l’ensemble de la région.

Cette information est confirmée par l’armée ukrainienne, qui affirme que ses forces ont repris quelques villes dans la région, et que de l’aide humanitaire y est livrée. La route reliant Tchernihiv à Kiev sera rouverte lundi, a annoncé l’agence ukrainienne RBK.

Soulignant que les troupes russes ont placé des mines sur des routes de la région, le gouverneur Tchaous a demandé aux résidents désireux de revenir dans la région d’être patients et d’attendre que l’armée ukrainienne procède à des opérations de déminage.

Boutcha : l’Occident dénonce « un génocide »

L’Occident dénonce un génocide à Boutcha, au nord-ouest de Kiev, et de nouvelles sanctions sont réclamées. On en parle avec François Brousseau, chroniqueur d’information internationale à la radio de Radio-Canada.

Tchernihiv, ville de 250 000 habitants, a été assiégée, privée de ravitaillement et intensément bombardée dès le début de l’invasion russe. Son maire estime que 70 % de la ville a été détruite.

La semaine dernière, Moscou avait annoncé après des pourparlers avec Kiev à Istanbul qu’elle allait réduire « radicalement » ses opérations militaires aux alentours de Kiev et de Tchernihiv.

Les troupes russes se sont effectivement retirées des banlieues de Kiev au cours des derniers jours, après avoir semé la destruction et la mort dans des villes comme Boutcha, Irpin et Gostomel.

Le ministère russe de la Défense avait auparavant annoncé avoir terminé la première phase de ses opérations militaires en Ukraine, et qu’il allait désormais se concentrer sur la région du Donbass, dans le sud-est ukrainien.

Pas de répit pour Marioupol

Dans le sud-est ukrainien, l’opération d’évacuation des résidents de la ville assiégée de Marioupol continue de se faire attendre, une nouvelle tentative n’ayant pas donné les résultats escomptés.

Selon la vice-première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk, les forces russes continuent d’empêcher des autobus d’entrer dans la ville portuaire, et bloquent l’accès à une équipe de la Croix-Rouge.

Marioupol, qui comptait plus de 400 000 habitants avant la guerre, a été presque complètement détruite par les bombardements russes. Photo: Reuters/Pigiste

Un porte-parole de l’organisation, Jason Straziuso, a confirmé cette information à Reuters. En raison des conditions de sécurité, notre équipe n’a pas été capable d’atteindre Marioupol aujourd’hui, a-t-il indiqué.

En conférence de presse, le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, a brossé un portrait particulièrement sombre de l’état des lieux, où environ 130 000 habitants demeurent coincés, selon lui.

« La triste nouvelle est que 90 % des infrastructures de la ville sont détruites et 40 % d’entre elles sont irrécupérables. »— Une citation de  Vadim Boïtchenko, maire de Marioupol

La prise de Marioupol revêt une grande importance pour Moscou, qui veut établir un corridor terrestre entre la Crimée, territoire ukrainien qu’elle a annexé en 2014, et les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk, dans le Donbass, dont elle a reconnu l’indépendance.

Les autorités de Marioupol affirmaient la semaine dernière que les bombardements et les combats ont fait au moins 5000 morts.

Les résidents qui s’y trouvent toujours sont privés d’eau, de nourriture, d’électricité et de chauffage depuis déjà plusieurs semaines.

Le corps du soldat ukrainien Tereshko Volodymyr a été porté en terre lundi, à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Photo: La Presse Canadienne/AP/Nariman EL-Mofty

Huit morts dans des bombardements dans le sud

Huit personnes ont été tuées et 34, blessées dans des bombardements des forces russes dimanche sur les villes d’Otchakiv et de Mykolaïv, dans le sud de l’Ukraine, a aussi confirmé lundi le parquet ukrainien.

Du fait des bombardements de l’ennemi, sept habitants de la ville d’Otchakiv ont été tués et 20 autres ont été blessés. Dans la ville de Mykolaïv, une personne a été tuée et 14 autres ont été blessées, dont un enfant, a-t-il indiqué dans un communiqué.

Selon le parquet, les tirs des forces russes ont endommagé des habitations et des infrastructures civiles ainsi que des véhicules.

Ville-verrou sur la route d’Odessa, le plus grand port d’Ukraine, Mykolaïv, 475 000 habitants avant la guerre, a été longuement pilonnée quand l’armée russe avait en vain tenté de s’en emparer.

L’étau russe semblait s’y desserrer ces derniers jours.

Le port d’Otchakiv, 15 000 habitants, au bord de la mer Noire, était l’une des premières cibles de l’invasion russe le 24 février.

Par Radio-Canada avec les informations de Reuters, Associated Press et Agence France-Presse

Ukraine: A Kharkiv, des barricades de sable pour sauver le poète Chevtchenko des obus

mars 27, 2022

Comment protéger son patrimoine de la mitraille: deuxième ville d’Ukraine, Kharkiv, soumise quotidiennement aux bombardements russes, a commencé ce week-end à monter des barricades de sable devant ses statues les plus emblématiques.

La plus importante d’entre elles trône au cœur du centre-ville, dans un vaste parc aux arbres centenaires: menton en avant et l’allure conquérante, le poète Taras Chevtchenko est la principale figure du patriotisme ukrainien du XIXème siècle.

Depuis l’indépendance du pays en 1991 avec l’effondrement de l’Union soviétique, pas une ville ukrainienne qui n’ait son avenue ou sa place Chevtchenko, également nom de la plus grande université ukrainienne à Kiev.

Ouvriers et engins élévateurs s’affairent autour de l’imposante statue de fonte noire, haute de 16 mètres selon la mairie, et plus haute sculpture de Kharkiv depuis qu’a été mise à bas celle de Lénine en 1994, sur une grande esplanade voisine.

« Il faut protéger la ville pour que les générations futures la connaissent comme nous l’avons connue », plaide Petro, retraité de 72 ans à la casquette de cuir et aux dents en or, venu participer à l’opération comme « volontaire ».

Erigée en 1935, la statue de Chevtchenko est un mixte de réalisme socialiste et de stalinisme baroque, où le personnage central est comme cerné par les soldats révolutionnaires à ses pieds, image du patriotisme ukrainien longtemps bridé par la Russie « frère » sous le régime communiste.

Le socle en grès et les combattants staliniens disparaissent maintenant sous les sacs de sable, qui arrivent déjà à la taille du poète, masquant sa démarche conquérante, mais pas encore son regard farouche et sa moustache tombante.

« Il paraît que pendant la Seconde guerre mondiale, une balle avait ricoché sur sa tête », raconte, sourire en coin, l’une des employés de la municipalité mobilisée pour les travaux.

« A l’époque, la ville avait été ravagée, mais le centre-ville relativement préservé, il n’avait pas été bombardé comme maintenant », s’offusque Volodymyr, un colosse cinquantenaire.

Depuis le début de l’invasion russe le 24 février, Kharkiv est, avec Marioupol (sud), la métropole la plus bombardée. Stationnée à quelques kilomètres, l’artillerie russe bombarde quotidiennement le nord et l’est de la ville, ainsi que son centre historique.

« Encore mille ans ! »

Plus d’un millier de bâtiments ont été détruits ou endommagés, dans une ville vidée d’environ un tiers de ses 1,5 million d’habitants, selon les autorités locales.

Les édifices publics du centre, abritant administrations et services de sécurité, ont été particulièrement visés.

Ville de culture et d’histoire, Kharkiv compte « une cinquantaine de monuments dressés en l’honneur de ceux qui ont fait la gloire de la ville », et qui seront donc protégés par des sacs de sable, a annoncé la mairie. Et d’ajouter: « nous espérons que ces monuments dureront encore mille ans ! »

Il y a les monuments dans le plus pur style soviétique, comme celui qui commémore la « Grande guerre patriotique » ou le « Soldat libérateur ». Mais aussi divers mémoriaux, dont celui de Drobytsky Yar, en hommage aux milliers de juifs assassinés pendant la Seconde guerre mondiale. Situé à la limite est de la ville, il a été endommagé dans les combats samedi, a constaté l’AFP.

La muraille protectrice de la statue Chevtchenko quasi-terminée, des dizaines d’employés de la mairie et des volontaires s’activent désormais à disposer des sacs de sable autour du monument de l’Indépendance, une déesse brandissant les lauriers de la victoire, installée en l’honneur de la proclamation de l’indépendance de l’Ukraine le 24 août 1991.

Pour l’instant, on peut toujours lire, gravé en alphabet cyrillique, le slogan que l’on entend désormais partout dans le pays en guerre: « Gloire à l’Ukraine ».

« Nous sommes des fonctionnaires et des employés municipaux inoccupés actuellement, la mairie nous a mobilisés », explique une membre du groupe, Ilona Kalachnikova, habituellement affectée aux espaces verts.

« En ce moment, on ramasse surtout les branches et les arbres décapités par les roquettes. Cette année nous ne planterons rien, il n’y aura pas de fleurs », regrette-t-elle. « Ces sacs de sable sont un symbole de notre attachement à notre ville. On peut reconstruire des maisons détruites, mais pas des monuments historiques ».

Par Le Point avec AFP