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Lire ou relire : « Désir d’Afrique » de Boniface Mongo-Mboussa

octobre 30, 2020

L’essai publié aux éditions Gallimard est un puissant plaidoyer en faveur de la littérature africaine réalisé par un critique littéraire africain.

Le souci d’écrire l’histoire du continent africain anime de plus en plus l’élite africaine face aux incohérences souvent décriées dans des ouvrages écrits par des Occidentaux spécialistes des questions d’Afrique. Au-delà d’une passion puérile, le critique littéraire congolais Boniface Mongo-Mboussa explore la production littéraire africaine depuis les pères de la Négritude jusqu’aux plumes émergentes du XXIe siècle.

Cette œuvre analytique n’est certes pas exhaustive, néanmoins elle est fondamentale. D’une part, elle présente un tableau englobant des classiques africains et, de l’autre, elle fait une synthèse assez pertinente des thématiques majeures de la littérature africaine de façon diachronique.

La littérature africaine a la particularité d’être fortement liée au vécu. Et souvent c’est une écriture soit de révolte, soit de réminiscence culturelle en guise de mémorial, ou encore d’appropriation de l’exotique pour enrichir le fait endogène. En bref, d’amont en aval, la quête identitaire et l’altérité demeurent, depuis des lustres, les caractéristiques majeures de cette portion de la littérature mondiale.

Pour Sami Tchak, qui a écrit la postface, « Désir d’Afrique offre la possibilité, même à celui qui ignore encore tout de la littérature africaine, de l’aborder sous la forme d’une mise en scène où apparaissent nombre des principaux acteurs qui la font » (page 369).  Quant au préfacier, Ahmadou Kourouma voit en cet ouvrage une immense œuvre d’érudition, un grand trésor caché à exploiter, dont la cachette n’est qu’un secret de polichinelle. « De page en page, écrit-il, on est surpris de constater tout ce qu’on ignorait et que Mongo-Mboussa nous apprend ; rapidement on comprend, on comprend jusqu’à aimer ces chevaliers de la plume, jusqu’à désirer l’Afrique et ses problèmes » (page 17).

Docteur ès lettres, Boniface Mongo-Mboussa est enseignant supérieur de littérature francophone à Paris, critique littéraire à la revue L’Atelier du roman et animateur de l’émission « Francoscopie » pour la radio Fréquence protestante.

Avec Adiac-Congo par Aubin Banzouzi

Littérature : Gallimard publie une anthologie de Tchicaya U Tam’Si

novembre 6, 2013
Tchicaya U Tam’Si. Source Ph: Africanaute.com

Tchicaya U Tam’Si. Source Ph: Africanaute.com

Tchicaya U Tam’Si a consacré 56 ans de sa vie à la vulgarisation de la culture africaine en général, et de celle du Congo en particulier. C’est dans ce contexte que la collection « Continents noirs » de Gallimard lui dédie une anthologie poétique qui paraîtra le 8 novembre 2013. Préfacée par Boniface Mongo-Mboussa, professeur de littérature francophone à Paris et rédacteur de la revue Africultures, elle est intitulée Tchicaya U Tam’Si. J’étais nu pour le premier baiser de ma mère.

Né le 25 août 1931 à Mpili (République du Congo) et décédé le 22 avril 1988 à Bézancourt (France), Gérald-Félix Tchicaya, connu sous le nom de Tchicaya U Tam’Si, est poète, romancier, nouvelliste et dramaturge. Il est considéré comme le poète africain le plus doué de sa génération ; et il est le premier poète moderne africain. Un poète engagé dont les poèmes s’inscrivent dans le mouvement rimbaldien africain, la décolonisation, et la lutte contre le racisme et les discriminations. Mais il n’appartient pas au mouvement de la négritude. Cela lui a fait mériter le Grand Prix de Poésie du Festival mondial des arts nègres de Dakar en 1966.

Tchicaya U Tam’Si a passé son enfance à Pointe-Noire ; ensuite, il a quitté le Congo à l’âge de 15 ans pour continuer ses études en France. Son père l’avait prédestiné au métier de magistrat, mais il s’était rebellé en quittant l’école avant le baccalauréat pour exercer des petits métiers et se livrer à l’écriture. Ainsi, il publia en 1955 (à l’âge de 24 ans) son premier recueil de poèmes, Le Mauvais Sang, inspiré de Rimbaud. La célébrité de ce recueil va entraîner une confusion : son père, Jean-Félix Tchicaya, était confondu avec l’auteur puisqu’ils portaient pratiquement le même nom (Gérald-Félix Tchicaya). En fait, son père était félicité et congratulé à sa place. Pour éviter cette confusion, il adopte en 1957 le pseudonyme de Tchicaya U Tam’Si avant de faire paraître son deuxième recueil de poème, Feu de brousse. Cette œuvre crée une rupture avec la génération de la négritude. En effet, Tchicaya U Tam’Si refusait le terme de nègre reflétant l’idée de dominé, il se disait congolais et non nègre. « Quand Léopold Sédar Senghor publie, en 1948, son Anthologie de la poésie nègre et malgache, avec la célèbre préface de Jean-Paul Sartre, la part africaine dans cette compilation est bien mince. Sur les seize poètes qu’elle compte, trois seulement sont africains (Birago Diop, David Diop et L. S. Senghor). Tous Sénégalais. Sept ans plus tard, Tchicaya U Tam’Si fait voler aux éclats les certitudes de la négritude. […] Oser s’attaquer au père de la négritude au faîte de sa gloire, titiller ensuite les négrologues, il fallait une bonne dose d’insouciance », écrit Boniface Mongo-Mboussa dans la préface.

La couverture du premier tome de l’anthologie dédiée à Tchicaya U’Tamsi chez Gallimard En 1958, Tchicaya U Tam’Si publie À triche-cœur, faisant le mélange du Mauvais Sang et de Feu de brousse. « C’est un recueil dans lequel le mal du pays (le Congo) et le spleen du poète se confondent », précise Boniface Mongo-Mboussa. En 1960, pendant les indépendances, Tchicaya U Tam’Si rentre au Congo et consacre son écriture au service de Patrice Lumumba, mais il est assassiné. Il va exprimer sa passion pour le Congo et Lumumba dans Épitomé en 1962. Des antagonismes politiques, des querelles intestines et des luttes tribales orchestrés par des jeux obscurs des impérialistes lui inspirent Le Ventre (en 1964). Ce recueil constitue un cri de douleur et un chant de deuil. La Veste d’intérieur (en 1977) met l’accent « sur la mort » – alors que Le Mauvais Sang, « sur la vie » – marquant ainsi un adieu à la poésie. Il se dirige alors vers le roman pour publier La Main sèche en 1980.

La présente anthologie réunit l’œuvre poétique de Tchicaya U Tam’Si. Les deux tomes suivants seront consacrés à ses textes narratifs et à ses pièces de théâtre.

StarduCongo.com par Richard Ballet