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Centrafrique : un prêtre assassiné dans le Nord

avril 19, 2014

Un prêtre centrafricain a été tué vendredi dans la région de Paoua, dans le nord de la Centrafrique, par des hommes armés assimilés aux peuls et à l’ex-rébellion Séléka, selon une source dans la gendarmerie locale.

Selon cette source, « le prêtre Christ Foreman Wilibona, curé de la paroisse Saint Kisito de Paoua rentrant de Bossangoa à Paoua, a été tué de six balles vendredi par des hommes armés assimilés aux peuls et ex-Séléka, qui ont ouvert le feu sur lui alors qu’il était en pleine circulation en moto ».

Le prêtre aurait été mutilé

De même source, le prêtre aurait fait l’objet de mutilations avant d’être enterré sur place par des villageois.

La mort du prêtre avait déjà été annoncée la veille au soir lors de la messe du vendredi saint par le curé de la cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée conception de Bangui, l’abbé Francis Siki, sans pouvoir être confirmée par une autre source. Ce décès survient au lendemain du bref enlèvement et de la libération entre mercredi et jeudi de l’évêque de Bossangoa et de trois prêtres dans cette même localité.

Les combattants de l’ex-coalition rebelle Séléka à majorité musulmane, brièvement au pouvoir en Centrafrique entre mars 2013 et janvier 2014, sont désormais en déroute et continuent de semer la terreur dans diverses régions de province. Face à eux, les milices anti-balaka à dominante chrétienne sévissent également dans le pays, en particulier dans la région Nord.

Dans cette région, près de 45 000 personnes avaient fui en août et septembre derniers les affrontements entre anti-balaka et ex-Séléka, qui avaient fait plus de 150 morts et des centaines de blessés, pour se réfugier à l’archevêché de Bossangoa.

Jeuneafrique.com avec AFP

Centrafrique: des habitants fuient après des violences au passage d’un convoi de musulmans

avril 13, 2014
Centrafrique: des habitants fuient après des violences au passage d'un convoi de musulmans © AFP

Centrafrique: des habitants fuient après des violences au passage d’un convoi de musulmans © AFP

La majorité des 7. 000 habitants de Boguila, dans le nord de la Centrafrique, se sont enfuis dans la brousse en raison d’affrontements armés au passage d’un convoi de la force africaine escortant plus de 500 musulmans qui gagnaient le Tchad, a déclaré dimanche Médecins Sans Frontières (MSF).

Le convoi, escorté par des soldats tchadiens de la Misca quittant eux aussi la Centrafrique, était parti vendredi de Bossangoa, à 150 km de la frontière tchadienne. Il « a été pris à partie (samedi) par des groupes armés locaux », vraisemblablement des miliciens anti-balaka, en majorité des chrétiens, selon MSF.

« Le convoi de 20 camions évacuait les derniers 540 musulmans de Bossangoa vers Goré, dans le sud du Tchad. A son passage dans Boguila, l’équipe de MSF présente à l’hôpital a entendu une forte explosion et des tirs nourris et a vu les habitants s’enfuir de la ville », précise l’ONG dans un communiqué, ajoutant avoir pris en charge trois blessés à Boguila et à Poua, localité proche.

MSF, présente à Boguila depuis 2006, craint que d’autres personnes aient pu être blessées au cours des échanges de tirs.

Samedi, une source au sein de la gendarmerie de Bossangoa, à quelque 300 km au nord-ouest de Bangui, avait rapporté que les derniers musulmans encore présents dans la ville avaient tous quitté la région pour le Tchad afin d’échapper aux violences des anti-balaka. Ils étaient escortés par des soldats de la Misca.

En septembre, des violences avaient éclaté dans la région de Bossangoa et dans celle de Bouca voisine. Les anti-balaka avaient attaqué et tué des civils musulmans, entrainant des représailles de la Séléka, ex-rébellion de majorité musulmane, alors au pouvoir. Au moins 150 personnes avaient été tuées et plusieurs centaines blessées.

Sur une grande partie de son territoire, la Centrafrique s’est enfoncée dans un cycle de tueries intercommunautaires après des mois d’exactions perpétrées par les combattants de la coalition Séléka qui avaient pris le pouvoir à Bangui le 24 mars 2013 avant de devoir le quitter en janvier dernier.

Depuis la fin du régime des Séléka et leur désarmement par les forces française et africaines, les musulmans, souvent associés aux ex-rebelles et désormais sans défense se sont retrouvés en proie aux pires représailles de la part des milices anti-balaka. C’est par dizaine de milliers qu’ils fuient le pays depuis plusieurs mois.

Jeuneafrique.com avec AFP

Centrafrique: à Bossangoa, les musulmans attendent de partir, la peur au ventre

février 21, 2014
Centrafrique: à Bossangoa, les musulmans attendent de partir, la peur au ventre Centrafrique: à Bossangoa, les musulmans attendent de partir, la peur au ventre © AFP

Centrafrique: à Bossangoa, les musulmans attendent de partir, la peur au ventre © AFP

Ils ne sont plus que quelques centaines, cantonnés de fait dans un camp de fortune où ils manquent de tout et craignent tout le monde. Les quelques musulmans qui vivent encore à Bossangoa n’attendent qu’une chose, la peur au ventre: fuir la Centrafrique.

Coiffé de son chèche noir et blanc, les traits marqués, Mango Jimé paraît plus que ses 58 ans avec sa barbichette grisonnante.

Il a deux femmes et douze enfants dont la plupart ont fui Bossangoa, à 250 km au nord-ouest de Bangui, il y a 15 jours à bord de camions escortés par des soldats tchadiens dépêchés par N’Djamena pour mettre à l’abri ses ressortissants et d’autres musulmans.

Direction un camp du HCR, le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés, à Gore, au Tchad, à 225 km de là, de l’autre côté de la frontière.

« Les anti-balaka ont tout détruit, ils viennent tous les jours pour nous menacer, ils ont des armes », dit-il. Lui est né à Bossangoa et n’a jamais vécu ailleurs. « Mais s’il y a un camion, je pars », clame-t-il. « Je veux un camion vers le Tchad, vers le Cameroun, vers la sécurité ».

Depuis des mois, les violences qui secouent Bossangoa ont coupé cette ville en deux, jetant dans les camps de déplacés des milliers de civils.

En décembre, ils étaient 40. 000 chrétiens à camper à l’évêché pour fuir les exactions des Séléka, ces combattants pour la plupart musulmans qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013.

A un kilomètre de là, de l’autre côté de la route, jusqu’à 7. 000 musulmans s’étaient réfugiés à l’école Liberté, pour fuir les vengeances des milices anti-balaka majoritairement chrétiennes.

Depuis lors, beaucoup de chrétiens se sont réinstallés en ville. Le camp de l’évêché s’est un peu vidé mais 15. 000 personnes y campent encore sous un bout de bâche.

Côté musulman, beaucoup ont fui le pays et on ne compte plus qu’un petit millier de déplacés terrorisés. Entre les deux communautés, la tension est au maximum et la « peur est totale », comme le dit le vicaire général de l’évêché, Frédéric Tonfio.

– Musulmans interdits de marché –

Les musulmans racontent que leurs maisons ont été brûlées et pillées, leur mosquée saccagée. Ils disent que les anti-balaka les empêchent de travailler sur le marché central qui vient de reprendre du service cette semaine après plusieurs mois d’inactivité.

« Nous sommes bloqués et menacés partout. Il n’y a pas un musulman qui peut se déplacer dans les quartiers ou même se rendre à l’hôpital », a expliqué l’imam du camp des musulmans à la patronne des affaires humanitaires de l’ONU, Valerie Amos, venue sur place jeudi.

« La situation est pénible, nous n’avons plus de quoi manger, on ne peut pas travailler, nous vous demandons de nous amener au Tchad », lui a dit le vieil imam.

« Aujourd’hui ils ont même empêché des marchandises d’arriver au camp. Nous n’avons plus de sucre, plus rien à manger », a dit la présidente du camp, Kadjidja, à la responsable onusienne.

En face, le vicaire décrit des chrétiens « sans maison » et pétris de « peurs ». Peur des soldats tchadiens réputés proches des musulmans, des anti-balaka censés les protéger, « des (éleveurs musulmans) Peuls armés qui sont dans la brousse », dit-t-il.

– « Nettoyage basé sur la religion » –

« Ces derniers jours, une grande peur s’est installée à Bossangoa », regrette Seydou Camara, le coordinateur de l’Unicef dans la ville.

« Depuis que les camions tchadiens sont venus, les musulmans vivent dans une peur totale. Les chrétiens commencent à rentrer chez eux. C’est comme s’il y avait un nettoyage basé sur la religion, c’est ça la réalité », dit-il.

« Les musulmans ont été terrorisés et menacés. On les a empêchés de se déplacer jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’il fallait qu’ils partent », raconte-t-il, ému.

Le 13 février, un pick-up rempli d’anti-balaka lourdement armés est arrivé en ville pour patrouiller. « Ils sont restés là depuis. Ce qu’ils font n’est pas clair mais ils ont des lance-roquettes », commente un humanitaire.

De son côté, Valerie Amos est ressortie de son déplacement à Bossangoa en se disant « choquée » par « les maisons brûlées, les habitants traumatisés, des civils innocents qui subissent de plein fouet les violences ».

Jeuneafrique.com avec AFP