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Braconnage et trafics mettent en danger les espèces protégées

août 23, 2017

Près de Kajiado, dans le sud du Kenya, une équipe médicale s'apprête à administrer un atidote à un éléphant anesthésié après un contrôle vétérinaire.

Près de Kajiado, dans le sud du Kenya, une équipe médicale s’apprête à administrer un atidote à un éléphant anesthésié après un contrôle vétérinaire. Crédits photo : Ben Curtis/AP

La mort d’un défenseur des éléphants rappelle que les rangers paient de leur vie la lutte contre les trafics.

Le trafic des espèces menacées, que certains experts évaluent à 15 ou 20 milliards de dollars, se situe parmi les cinq plus rentables au monde avec celui des armes, des êtres humains, de la contrefaçon et de la drogue. Un enjeu financier énorme, qui met en danger la vie non seulement des animaux pourchassés, mais aussi de ceux qui tentent de les protéger, comme Wayne Lotter, grand défenseur des éléphants, assassiné la semaine dernière en Tanzanie. Et le Sud-Africain n’est hélas pas le seul. De 2009 à 2016, l’International Ranger Federation a recensé 565 rangers morts pour la protection de la nature sauvage, la plupart sous les balles des braconniers, en Afrique mais aussi en Asie.

Une criminalité très organisée

Ce trafic met en danger la survie d’espèces menacées emblématiques, tels les gorilles, les éléphants et les rhinocéros, mais en fait des milliers d’espèces animales sont concernées, certaines chassées pour leur peau ou leurs cornes, d’autres pour servir d’animaux de compagnie plus exotiques les uns que les autres.

 

Malgré une lutte qui s’organise de mieux en mieux au niveau international, les filières clandestines sont en plein essor. Selon un dernier bilan, la douane française a réalisé l’année dernière pas moins de 493 constatations portant sur des spécimens protégés (423 en 2015, soit une augmentation de 16,5 %).

 

Le négoce clandestin de défenses d’éléphant et de cornes de rhinocéros destinées aux marchés asiatiques, en particulier à la Chine et plus récemment au Vietnam, flambe en raison de tarifs qui atteignent des sommets. La défense d’ivoire «brute», avant d’être ouvragée en objets décoratifs, se négocie autour de 1000 euros le kilo. Les douaniers en ont confisqué 790 kilos l’année dernière, soit une augmentation de 76 % en une seule année. Du jamais-vu depuis 2006. Le prix de la corne de rhinocéros, marchandée le plus souvent sous forme de poudre, destinée à produire de prétendus remèdes aphrodisiaques pour des clients asiatiques, s’envole quant à lui à plus de 50.000 euros le kilo. Ces trafics bien spécifiques sont animés par une criminalité très organisée, placée dans le viseur des douaniers.

Lefigaro.fr par Christophe Cornevin , Cyrille Vanlerberghe

Le Kenya détruit la plus grande quantité d’ivoire de l’Histoire

avril 30, 2016

Le président kényan a procédé samedi à la destruction de 105 tonnes d’ivoire dans le parc de Nairobi, soit la plus grande quantité d' »or blanc » jamais incinérée. Un geste symbolique fort pour la lutte contre le braconnage des éléphants, décimés pour leurs défenses.

Face aux caméras du monde entier, le président Kenyatta et son homologue gabonais Ali Bongo Ondimba, dont le pays abrite plus de la moitié des éléphants de forêt en Afrique, ont inséré chacun une torche dans une des pyramides constituées de défenses d’éléphant empilées verticalement, sur plus de trois mètres de haut.

Au total, dix pyramides d’ivoire et une pile de cornes de rhinocéros ont ainsi été mises à feu par des invités de marque. Environ 5% du stock mondial d’ivoire devaient ainsi partir en fumée.

Patrimoine en jeu
Avant de procéder à l’incinération, le chef de l’Etat a répondu aux critiques déplorant la perte pour le Kenya d’un tel trésor, estimé à 150 millions de dollars environ sur le marché noir. « Pour nous, l’ivoire ne vaut rien sauf lorsqu’il est sur nos éléphants », a déclaré Uhuru Kenyatta.

S’adressant aux braconniers, le président Bongo a de son côté fait part de sa détermination à les combattre: « Nous allons mettre un terme à votre commerce et la meilleure chose que vous puissiez faire, c’est de prendre votre retraite ».

Interdire le commerce
Les 16’000 défenses incinérées samedi représentent la quasi-totalité du stock d’ivoire kényan constitué depuis 1989 et l’interdiction du commerce international de « l’or blanc ».

M. Kenyatta a appelé à l’interdiction totale du commerce de l’ivoire afin d’empêcher l’extinction de cette espèce à l’état sauvage. C’est en effet la survie des 450’000 à 500’000 éléphants d’Afrique qui est en jeu, d’ici une à deux générations à peine.

Présente à la cérémonie, la ministre française de l’Environnement Ségolène Royal a défendu la nécessité de « tuer la demande ». Elle a annoncé l’interdiction prochaine de tout commerce d’ivoire en France.

30’000 morts par an
Environ 30’000 éléphants sont massacrés chaque année pour leurs défenses par des braconniers de mieux en mieux équipés. La conséquence est dramatique: additionnées, les morts naturelles et celles imputées aux braconniers surpassent le taux de reproduction de l’espèce.

La situation des rhinocéros est encore plus précaire. Il y en a moins de 30’000 en Afrique et une espèce, le rhinocéros blanc du Nord, est au bord de l’extinction. Et le prix des cornes de rhinocéros continue à augmenter.

« Une satanée bonne opération »
Lors de la cérémonie, le célèbre paléoanthropologue Richard Leakey, qui dirige le Service kényan de la faune (KWS), a défendu l’initiative kényane: « C’est une satanée bonne opération de communication. Si je veux atteindre six milliards d’individus, j’ai besoin de ce genre d’événement », a-t-il expliqué.

Il a qualifié de « honteuses » les nations qui continuent de garder leurs stocks, en référence notamment à plusieurs pays d’Afrique australe: « Ce sont des spéculateurs d’une marchandise illégale et diabolique ».

Assécher la demande asiatique
Le trafic d’ivoire est porté par la demande asiatique, essentiellement en Chine, où le kilo se négocie environ 1000 euros.

La Chine a récemment durci sa législation sur les importations d’ivoire, mais elle permet la revente de « l’or blanc » acheté avant 1989. Selon les défenseurs des éléphants, ce commerce légal peut servir de paravent pour des importations clandestines.

Interdire le trafic
Des organisations de protection de la faune et de la nature considèrent que l’interdiction définitive du commerce de l’ivoire serait le moyen le plus efficace. Vera Weber, présidente de la Fondation Franz Weber citée dans un communiqué, pense qu’une telle mesure devrait intervenir « avant qu’il ne soit trop tard ».

Selon Daniela Freyer, de l’organisation allemande Pro Wildlife, toutes les expériences ayant jusqu’à présent autorisé le commerce sous contrôle ont échoué. Elle est d’avis que les marchés légaux devraient être fermés. La prochaine réunion de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), en septembre à Johannesburg, donnera cette possibilité.

Romandie.com