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Congo/Poto-Poto : les coulisses du marché le plus cosmopolite de Brazzaville

juin 11, 2021

Avez-vous déjà été au marché Poto-Poto ?  Avez-vous déjà visité Brazzaville ? Vous n’avez pas pu passer à côté de cet épicentre incontournable où coule la vie, la vie sous plusieurs facettes.

Photo: Une allée du marché Poto-Poto

Les marchés de Brazzaville recèlent d’une vie abondante, joyeuse et multicolore. Le marché « Poto- Poto » ou de « La boue », lieu de brassage culturel donne le ton à la vie des habitants de la capitale, Il booste assurément tous ses usagers, bien que dans la gadoue comme l’indique son nom « Poto-Poto ».

 Ce dernier doit son nom au fait que le troisième arrondissement a été construit dans les marécages bordant le grand fleuve Congo, qui a reçu ses premières populations autochtones provenant du nord du pays par le fait de l’exode rural à partir des années 40.

De 1940 à nos jours, la vie de cet arrondissement, qui était centrée principalement sur la maison commune sous l’ère coloniale, se portera rapidement sur le marché de Poto-Poto qui est un centre où se mélangent les cultures, les affaires, les langues et les gens. La beauté du marché de Poto-Poto est assurément sa mixité culturelle. La ville de Brazzaville du fait de l’hospitalité des Congolais présente un attrait économique pour les populations d’horizons diverses.

Au sortir de la période sombre de l’histoire congolaise entre 1997 et 1999, on a pu observer une immigration diffuse mais importante de populations étrangères, notamment les Ouest-Africains, les Libanais, les Mauritaniens et plus récemment les Chinois sur le sol brazzavillois. La plupart d’entre eux ont choisi le marché de Poto-Poto et son extension le marché de Moungali pour leur nouveau départ.

Une balade au marché de Poto-Poto est avant tout une balade sensorielle.  Les cinq sens (la vue, le toucher, l’ouïe, l’odorat et le goût) sont mis en éveil et contribuent à la richesse de ce moment.

La vue est sollicitée avec les graphismes et les coloris des vêtements, le textile recoupant la grosse part de ce centre d’affaires. Viennent ensuite les odeurs avec les viandes de bœufs, de mouton et la volaille cuites sur les tonneaux transformés en barbecue géants qui mettent rapidement de l’eau à la bouche et attirent des clients au profils diversifiés : de la femme à l’apparence négligée à peine sortie de son lit, à l’homme qui a pris son bain dans un flacon d’eau de parfum, sortant fraîchement de sa voiture et tiré à quatre épingles.

L’ouïe est ensuite sollicitée avec le brouhaha ambiant mais aussi les prix des articles portés par des mégaphones sur enregistrements de la voix des commerçants devenus pour la nécessité d’attirer des clients, des dj du marché Poto-Poto. La musique qui se veut avant tout jeune et dynamique occupe une place majeure dans le marché pour détendre et inciter les acheteurs à avoir la main souple. Le métissage des sons et des couleurs mais aussi des gens fait que le marché Poto-Poto est un endroit où on se sent bien et où il n’est pas surprenant d’entendre parler du wolof, de l’arabe mais aussi parfois de l’anglais.

La présence de la mosquée de Poto-Poto en plein marché contribue aussi largement à ce melting-pot et aujourd’hui, il est de plus en plus fréquent de voir des enfants issus de ce mélange culturel grandir dans le marché même, qui vont à l’école coranique, s’expriment parfaitement en lingala et ne vous feront jamais le cadeau de vendre un article à prix bas de ceux que leurs parents, véritables parrains et gourous en affaires, leur ont mis dans la tête. Vous pourrez toujours tenter, qui sait… Que vous soyez touriste ou Brazzavillois, vous vous ferez un grand bien à visiter le marché de Poto-Poto, bien que vos poches ne soient pas de cet avis.

Avec Adiac-Congo par Princilia Pérès