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Brésil : décès de Joao Gilberto, un des pères de la bossa nova

juillet 6, 2019

Joao Gilberto, ici en 2008.

Joao Gilberto, ici en 2008. AFP PHOTO/Ari Versiani Ari Versiani / AFP

Auteur du tube The Girl from Ipanema, il était devenu l’ambassadeur de l’âme brésilienne.

Le Brésilien Joao Gilberto, dont le décès à l’âge de 88 ans a été annoncé samedi par son fils, était le dernier vivant des pères de la bossa nova, rythme syncopé issu de la samba mais métissé de cool jazz, devenu l’ambassadeur de l’âme brésilienne.

«Mon père est décédé. Son combat était noble, il a tenté de conserver sa dignité alors qu’il perdait son autonomie», a écrit Joao Marcelo à propos de l’icône qui vivait ruiné et solitaire à Rio.

Joao Gilberto était notamment connu pour le tube The Girl from Ipanema, sortie en 1962 et peut-être la chanson de bossa nova la plus connue au monde. Le titre avait été repris notamment par Frank Frank Sinatra et Ella Fitzgerald.

Avec Joao Gilberto, le pianiste compositeur Tom Jobim et le poète-diplomate Vinicius de Moraes, la saudade (nostalgie) a fait irruption sur les ondes, à l’été 1958. Né le 10 juin 1931 à Juazeiro, dans l’État de Bahia, Joao Gilberto Prado Pereira de Oliveira découvre la musique avec sa première guitare, à l’âge de 14 ans. Quatre ans plus tard, « Joaozinho » quitte son village natal pour Salvador de Bahia où on peut l’entendre sur les ondes de la radio locale et, à 19 ans, se retrouve à Rio de Janeiro. Il y joue dans une petite formation, Garotos da Lua, avec laquelle il fait ses premiers enregistrements et, en 1957, se fait connaître comme guitariste sur un disque de Elizeth Cardoso, Cançao do Amor Demais, composé par Tom Jobim et Vinicius de Moraes.

En août 1958, son 33 tours Chega de Saudade marque le point de départ de sa carrière et celui de la bossa nova (« nouveau truc »). Le public est sous le charme de sa voix chuchotante, des harmonies de Jobim et des paroles de Moraes. Deux autres albums de Joao Gilberto sortent en 1960 et 1961 avec outre des compositions de Jobim et Moraes, celles d’autres comme Dorival Caymmi, Carlos Lyra, Roberto Menescal.

A partir de 1962 et pendant près de 20 ans, le guitariste-chanteur vit à New York avec un intermède de deux ans au Mexique. Il travaille avec Jobim et des jazzmen comme le saxophoniste Stan Getz qui avoue être tombé amoureux de sa musique, dès les premières notes entendues.

L’album Getz/Gilberto, avec Garota de Ipanema chantée par Astrud Gilberto (voir plus haut), la première femme de Joao (qui le quittera pour Stan Getz), est un immense succès comme leur concert new-yorkais au Carnegie Hall, à l’automne 1964. En 1967, Frank Sinatra met Girl from Ipanema à son répertoire. La bossa nova envoûte un public international.

Perfectionniste à l’extrême, Joao attend 1970 pour sortir un nouvel album, Ela é Carioca.

Il reste généralement fidèle à Jobim mais collabore aussi avec Gilberto Gil, Caetano Veloso, Maria Bethania notamment, mêlant bossa nova, samba, chansons et dialogues.

Guitariste et chanteur intimiste de l’âme brésilienne, il est rentré à Rio mais se produit sur les plus grandes scènes du monde. Parmi ses nombreux morceaux d’anthologie, il cite Desafinado, Garota de Ipanema, Chega de saudade, Rosa Morena, Corcovado, Aquarela do Brasil.

En 2001, il remporte à Los Angeles le Grammy du meilleur artiste dans la catégorie Musiques du monde pour son album Joao: Voz e Violao, succédant à ses compatriotes Milton Nascimento, Gilberto Gil et Gaetano Veloso.

Son succès semble éternel: en août 2008, les billets de ses concerts pour le 50e anniversaire de la bossa nova sont épuisés en moins d’une heure. A l’été 2015, il devait encore se produire en France aux festivals de Vienne, Marcillac et Marseille.

Il a fini sa vie en solitaire et ruiné, pris dans un conflit entre deux de ses enfants, son fils Joao Marcelo et sa fille Bebel, d’une part, et sa dernière épouse dont il vivait séparé, Claudia Faissol, une journaliste 40 ans plus jeune que lui et mère de sa fille adolescente.

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Coupe du Monde féminine 2019 : Proche du cauchemar, le rêve des Bleues se poursuit

juin 23, 2019

 

Au terme d’un match très crispant, l’équipe de France s’est qualifiée pour les quarts de finale de «sa» Coupe du monde en dominant le Brésil après prolongation (2-1 ap).

Le rendez-vous en quart de finale fixé aux tenantes du titre américaines n’attend plus que l’accusé de réception d’Alex Morgan et compagnie, qui défieront l’Espagne ce lundi. Dans la douleur, l’équipe de France a en effet validé sa présence au Parc des Princes vendredi 28 juin en dominant le Brésil après prolongation (2-1 ap), dimanche soir, au Stade Océane du Havre. Ajoutant ainsi une sixième victoire – pour trois matches nuls – à l’historique de ses confrontations face à la formation sud-américaine, dont elle est la véritable bête noire.

Consciente des problèmes d’animation offensive de son équipe depuis le début de la compétition, Corinne Diacre avait de nouveau dérogé à sa parole. Interrogée après le délicat succès contre le Nigéria (1-0) sur le cas Gaëtane Thiney, la sélectionneuse avait pris la défense de sa joueuse : «Elle peut encore faire mieux, mais elle est mieux que sur les deux premiers matches. C’est de bon augure pour la suite.» Tellement de bon augure que la joueuse du Paris FC a été priée de s’asseoir sur le banc de touche au coup d’envoi au profit de Viviane Asseyi. Une modification dans le onze de départ qui en entraînait une autre, plus tactique, avec un passage du 4-2-3-1 au 4-4-2, Kadidiatou Diani évoluant dans l’axe de l’attaque hexagonale aux côtés de Valérie Gauvin.

Un changement qui n’apportait pas de véritable révolution, hélas, au jeu des Bleues. Remuantes en début de match, elles titillaient bien les Brésiliennes, guère connues pour leur étanchéité défensive. Mais sans se montrer très menaçantes. Jusqu’à la 23e minute, lorsque Gauvin pensait avoir fait le plus dur en ouvrant le score d’un but heureux de l’épaule, après une sortie de la gardienne adverse très moyenne. Sauf que l’arbitrage vidéo (VAR), après avoir été décisif en faveur des Bleues contre la Norvège et le Nigéria, se retournait cette fois contre elles, l’arbitre canadienne de la rencontre annulant le but, sans que la faute de l’attaquante paraisse incontestable.

Entre les soins prodigués à la gardienne brésilienne et le VAR, le jeu avait été interrompu près de cinq longues, très longues minutes. Une coupure néfaste à l’allant des Bleues. Jambes coupées, celles-ci tombaient petit à petit dans la toile d’araignée jaune. Jouée sur un faux rythme, la physionomie de la rencontre commençait perceptiblement à changer avec des Brésiliennes plus dangereuses. Ainsi, en 45 minutes, Sarah Bouhaddi, le dernier rempart français, avait plus de travail à effectuer – entre ses sorties loin de son but et sa parade sur un tir de Cristiane (43e) – que lors des trois premiers matches réunis. Les Bleues, elles, peinaient à mettre hors de position leurs rivales, ne cadrant aucune de leurs trois maigres tentatives du premier acte. Un mal endémique depuis le début de la compétition.

Bonne nouvelle cependant, leur première frappe cadrée, elle, faisait mouche lorsque Gauvin, servie sur un plateau d’argent, ouvrait la marque dès la 51e minute (1-0). Le début de la fin pour les Brésiliennes ? Pas du tout. Derrière, Bouhaddi devait s’employer pour dévier une tête de Cristiane sur sa transversale (55e), avant que Thaisa ne remette les compteurs à égalité (1-1, 63e), non sans l’aide, une nouvelle fois, du VAR. Débutait alors un match crispant pour des Bleues dominatrices, mais en difficulté dans les 20 derniers mètres adverses, tandis que planait l’angoisse d’un contre brésilien meurtrier. Comme en prolongation avec un sauvetage de Griedge Mbock devant sa ligne (105e). Jusqu’à la délivrance apportée par la capitaine Amandine Henry à la 107e minute d’un plat du pied délivré à l’arraché (2-1). Le symbole de ce 8e de finale pour la France.

Par Cédric Callier

Transfert à Jérusalem de l’ambassade du Brésil: Netanyahu salue une décision « historique »

novembre 1, 2018

Jérusalem – Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié jeudi d' »historique » la décision confirmée le même jour par le président élu du Brésil Jair Bolsonaro de déplacer de Tel-Aviv à Jérusalem l’ambassade de son pays en Israël.

« Je félicite mon ami le président élu du Brésil Jair Bolsonaro pour son intention de déplacer l’ambassade brésilienne à Jérusalem, un pas historique, juste et enthousiasmant », a déclaré M. Netanyahu dans un communiqué.

M. Bolsonaro avait auparavant confirmé son intention sur Twitter.

« Comme nous l’avons déjà annoncé lors de la campagne, nous avons l’intention de transférer l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem », avait-il écrit. « Israël est un Etat souverain et nous devons respecter cela pleinement », avait-il ajouté.

Peu après ce tweet publié en portugais et en anglais, le président élu d’extrême droite a affirmé lors d’une conférence de presse qu’il ne pensait pas que cette annonce pourrait créer « un climat pesant » dans les relations entre le Brésil et le Proche-orient.

« Nous avons le plus grand respect pour le peuple d’Israël et pour le peuple arabe. Nous ne voulons créer de problèmes avec personne. Nous voulons faire du commerce avec tout le monde et rechercher des solutions pacifiques pour résoudre les problèmes », a-t-il déclaré.

Dans un entretien publié jeudi par le journal israélien Hayom, Jair Bolsonaro avait déjà estimé qu’Israël devrait être libre de choisir sa capitale.

– Après Trump –

La question de l’emplacement des ambassades en Israël est particulièrement sensible.

L’Etat hébreu considère toute la ville de Jérusalem comme sa capitale, alors que les Palestiniens aspirent à faire de Jérusalem-Est la capitale de leur futur Etat.

Pour la communauté internationale, le statut de la Ville sainte doit être négocié par les deux parties et les ambassades ne doivent pas s’y installer tant qu’un accord n’a pas été trouvé.

Le président américain Donald Trump a rompu en décembre 2017 avec des décennies de diplomatie américaine en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. Le président palestinien Mahmoud Abbas a depuis coupé les ponts avec l’administration Trump.

Des médias brésiliens se sont inquiétés qu’un transfert de l’ambassade puisse provoquer des représailles commerciales de la part de pays arabes, grands importateurs de viande brésilienne de boeuf, agneau et poulet.

Le Brésil avait reconnu l’Etat de Palestine sous le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010).

Mais Israël s’est félicité de l’accession au pouvoir de Bolsonaro. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé que l’élection du candidat d’extrême droite conduirait à une « grande amitié entre (leurs) peuples et au renforcement des relations entre le Brésil et Israël ».

Le Premier ministre israélien assistera d’ailleurs « très probablement » à la cérémonie d’investiture de Bolsonaro à Brasilia au début janvier, a indiqué à l’AFP un responsable de son bureau.

L’ambassade des Etats-Unis a été transférée de Tel-Aviv à Jérusalem le 14 mai, avant que le Guatemala et le Paraguay n’annoncent vouloir emboîter le pas à Washington. Asuncion a depuis fait marche arrière en annonçant le retour de son ambassade à Tel-Aviv.

Romandie.com avec(©AFP / 01 novembre 2018 22h45)                                                        

Bolsonaro président, une ère de rupture s’ouvre pour le Brésil

octobre 29, 2018

Des partisans du candidat d’extrême droite célèbrent la victoire de Jair Bolsonaro à la présidentielle à Rio de Janeiro le 28 octobre 2018 / © AFP / Mauro Pimentel

La jeune démocratie brésilienne a basculé dans l’inconnu lundi au lendemain de l’élection de Jair Bolsonaro, son premier président d’extrême droite depuis la fin de la dictature, qui commençait à préparer la transition vers un régime de rupture.

Jair Bolsonaro, qui prendra ses fonctions le 1er janvier après sa victoire contre le candidat de gauche Fernando Haddad, n’a pas eu d’activité publique lundi, mais il a accordé une interview en soirée à la télévision Record où il a légèrement modéré son ton martial.

Il a en effet assuré, à propos du Venezuela dont il a souvent vertement dénoncé le régime chaviste, que le Brésil allait « toujours chercher la voie pacifique pour résoudre ce problème » qu’est « la dictature » de Nicolas Maduro.

Un article du quotidien Folha de Sao Paulo de lundi affirmait que la Colombie serait prête à donner son soutien au Brésil s’il aidait à « renverser Nicolas Maduro à travers une intervention militaire ». Le journal a cité un haut fonctionnaire à Bogota sous couvert d’anonymat, mais le gouvernement colombien a opposé un net démenti lundi soir dans un communiqué.

Présidentielle au Brésil : résultats par commune / © AFP / Dario INGIUSTO

Interrogé là-dessus, Jair Bolsonaro a dit qu’il n’avait pas abordé ce sujet dans sa « discussion protocolaire » avec le président colombien Ivan Duque.

Ses premiers discours — trois au soir de son élection — prononcés sur un ton martial et dans lesquels il n’a pas eu un mot pour son adversaire défait — auguraient d’un virage radical.

Bolsonaro veut une rupture par rapport à tout ce qui a été fait par sa bête noire, le Parti des travailleurs (PT), qui avait remporté les quatre dernières présidentielles et est jugé par des dizaines de millions de Brésilliens responsable des maux du pays.

La victoire de Jair Bolsonaro à la présidentielle en Une des journaux brésiliens le 29 octobre 2018 / © AFP / EVARISTO SA

Haddad, du PT, qui avait rompu avec tous les usages en n’appelant pas son adversaire au soir de sa victoire, a fini par lui souhaiter lundi « bonne chance » dans un tweet.

Bolsonaro va succéder, pour quatre ans, au conservateur Michel Temer, qui lui laissera les rênes d’un pays miné par la violence, le chômage et la corruption.

Jair Bolsonaro devrait se rendre à Brasilia la semaine prochaine pour s’entretenir avec M. Temer, si ses médecins l’y autorisent.

Jair Bolsonaro lors de son vote le 28 octobre 2018 à Rio de Janeiro / © POOL/AFP / RICARDO MORAES

Depuis l’attentat ayant failli lui coûter la vie le 6 septembre, Jair Bolsonaro, qui a subi des perforations de l’intestin, porte une poche de stomie. Il limite les sorties de son domicile et fuit la foule.

– « Changer le modèle économique » –

Le nouveau gouvernement « va changer le modèle économique du pays », a lancé dès dimanche soir Paulo Guedes, futur « super ministre » ultra-libéral, fustigeant le « modèle socio-démocrate » et évoquant les privatisations et la réforme des retraites qui s’annonce épineuse et extrêmement impopulaire.

Bolsonaro élu / © AFP / Aude GENET

Bolsonaro, qui avoue son incompétence en la matière, « devra remettre l’économie en mouvement le plus rapidement possible, car il n’aura une marge que de six mois, ou un an », dit Leandro Gabiati, directeur du cabinet de consultants Dominium, à Brasila.

La Bourse de Sao Paulo a accueilli avec prudence l’élection du candidat fraîchement converti à l’ultra-libéralisme, qu’elle avait déjà anticipée en engrangeant 10% en un mois.

Elle a même perdu 2,24% en clôture sur des prises de bénéfices après avoir ouvert en hausse de plus de 3%. Le réal est momentanément monté à 3,60 pour un dollar, au plus haut face à la devise américaine depuis avril, avant de retomber lui aussi en fin de séance.

Bolsonaro : ce qu’il veut faire / © AFP / Valentina BRESCHI

Les marchés sont dans l’expectative de mesures concrètes et rapides pour redresser une 8e économie mondiale chancelante.

Le président élu, qui n’a fait voter que deux lois en 27 ans de députation, arrive à la tête d’un pays de 208 millions d’habitants sans aucune expérience du pouvoir, comme ses futurs ministres.

Une fois installé dans le palais du Planalto à Brasilia, l’ancien capitaine aura aussi fort à faire pour recoller les morceaux d’un pays qui s’est fracturé profondément.

Haddad félicite Bolsonaro, président élu au Brésil, sur Twitter / © twitter/AFP / –

Les plus optimistes pensent que cet admirateur de la dictature militaire (1964-85) abandonnera sa rhétorique au vitriol une fois au pouvoir. Mais d’autres le voient gouverner d’une manière très idéologique et faire prendre un virage vertigineux au Brésil.

– « Consolider la démocratie  » –

Bolsonaro sera sous la surveillance de la communauté internationale. Il a déjà reçu lundi de l’Union européenne, qui lui a demandé de « consolider la démocratie », le signal qu’il serait sous le radar. A Paris, le président Emmanuel Macron lui a aussi rappelé la nécessité du « respect » des « principes démocratiques ».

Mais à Rome, Matteo Salvini, patron de l’extrême droite italienne et homme fort du gouvernement, s’est félicité qu' »au Brésil aussi les citoyens ont chassé la gauche! ». Steeve Bannon, ex-conseiller de la Maison blanche, s’est réjoui de l’arrivée au pouvoir d’un « leader populiste nationaliste ».

Le président américain Donald Trump avait téléphoné à Bolsonaro, qui l’admire, dès dimanche soir pour le féliciter, ce qu’a fait lundi le président russe Vladimir Poutine dans un communiqué. Lundi, Trump a souhaité dans un tweet « un rapprochement dans les domaines commercial et militaire » avec Brasilia.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu l’a invité en Israël. Bolsonaro veut, comme Trump en mai, faire le transfert hautement polémique de l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem.

Bolsonaro aura-t-il les moyens de mettre en oeuvre sa politique? « Il sera face au Congrès le plus fragmenté de l’Histoire », relève Gaspard Estrada, specialiste de l’Amérique latine à Sciences Po.

Le président « sera tenté de prendre des mesures très dures, sans passer par le Parlement », où il aura beaucoup de mal à former une majorité, dit M. Estrada, qui « craint des dérapages dès le début de son mandat ».

Romandie.com avec(©AFP / (30 octobre 2018 02h34)

Brésil: « Pas lui », les femmes dans la rue contre Bolsonaro

septembre 29, 2018

Manifestation contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle brésilienne Jair Bolsonaro, le 29 septembre 2018 à Rio de Janeiro / © AFP / Mauro Pimentel

Au cri de « Non, pas lui! », des dizaines de milliers de Brésiliennes manifestent samedi contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle Jair Bolsonaro, qui a provoqué une nouvelle polémique en menaçant de ne pas reconnaître les résultats s’il n’était pas élu.

« Ici, il y a des personnes blanches, noires, homosexuelles, des pères et des mères de famille, avec une grande diversité. Et ce type de candidat, ce type de politique ne représente pas la culture brésilienne dans sa grande diversité », a déclaré à l’AFP Beatriz Lorena, une enseignante de 33 ans qui a rejoint la foule massée sur la place Cinelandia et les rues adjacentes, au centre de Rio.

Des dizaines de milliers de personnes étaient également réunies sur l’esplanade Largo da Batata à Sao Paulo.

« Quelqu’un qui défend la violence, le racisme ou dévalorise les femmes ne peut pas être président du Brésil », juge Cristina, 56 ans, présente avec son mari au rassemblement organisé dans la capitale économique du Brésil, première puissance de la région.

L’offensive des femmes lancée au début septembre avec un groupe sur Facebook baptisé « Les femmes unies contre Bolsonaro » est devenue virale après une mobilisation massive sur les réseaux sociaux, au Brésil et à l’étranger.

La chanteuse américaine Madonna a apporté son soutien sur Instagram à #EleNao (Pas lui), le mot-clé de ce mouvement en portugais.

Manifestation contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle brésilienne Jair Bolsonaro, le 29 septembre 2018 à Rio de Janeiro / © AFP / CARL DE SOUZA

« Dans l’histoire récente du pays sud-américain, on ne trouve pas la trace d’une mobilisation aussi importante liée aux femmes », observe Ligia Fabris Campos, professeure de droit à la Fondation Getulio Vargas.

– Diviser le pays –

Des manifestations étaient également organisées par des collectifs de femmes samedi dans plusieurs pays: Etats-Unis, Canada, France, Espagne, Royaume-Uni, Pays-Bas ou Argentine.

Jair Bolsonaro, député de 63 ans, caracole en tête des intentions de vote du premier tour de la présidentielle du 7 octobre. Il est sorti samedi matin de l’hôpital où il avait été admis début septembre, après avoir été poignardé lors d’un bain de foule, a annoncé l’établissement.

Le candidat est à l’origine d’une nouvelle polémique: il a menacé de ne pas reconnaître le résultat des élections s’il n’était pas élu.

Des femmes brésiliens vivant au Chili participent à la manifestation contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro, lancée sur les réseaux sociaux sous le hashtag #EleNao (Pas lui), à Santiago, le 29 septembre 2018 / © AFP / MARTIN BERNETTI

« De ce que je vois dans la rue, je n’accepte(rai) pas un résultat aux élections qui soit différent de mon élection », a-t-il déclaré vendredi à la chaîne Bandeirantes.

Bolsonaro « montre à nouveau qu’il n’est pas prêt pour la démocratie, il veut maintenir le pays divisé », a déclaré le candidat de centre droit Geraldo Alckmin, quatrième dans les sondages, à 10%, au sujet du candidat célèbre pour ses saillies misogynes, homophobes et racistes.

L’ancien capitaine de l’armée a par exemple déclaré à une députée qu’elle ne « méritait pas » qu’il la viole ou déploré la longueur des congés maternité.

Le général Hamilton Mourao, vice-président sur son ticket, a provoqué un tollé en déclarant que les familles monoparentales sans figure paternelle étaient des « fabriques à individus non intégrés qui ont tendance à grossir les rangs des narcotrafiquants ».

– « Les femmes avec Bolsonaro » –

Supportrices du candidat d’extrême droite à la présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro, durant une manifestation des « femmes pour Bolsonaro » à Rio de Janeiro, le 29 septembre 2018 / © AFP / CARL DE SOUZA

D’autres femmes se sont aussi mobilisées pour soutenir M. Bolsonaro, au cours de contre-manifestations samedi dans plusieurs villes au Brésil.

A Copacabana, à Rio, plus d’un millier de personnes étaient rassemblées, dont beaucoup portaient des maillots jaune et vert avec l’inscription « Mon parti c’est le Brésil ».

Jair Bolsonaro « a beaucoup de soutien. Ici, ce n’est que la pointe de l’iceberg », assure Thayane Montero, une étudiante en génie civil de 26 ans, présente avec sa famille.

L’ancien militaire « va en finir avec la corruption, c’est un patriote, il défend la famille traditionnelle », ajoute-t-elle.

Le vote des femmes –52% de l’électorat– va être crucial dans cette élection très imprévisible où le nombre d’indécis reste élevé.

Mais le candidat Bolsonaro souffre d’un taux de rejet très élevé parmi les femmes, environ 50% d’entre elles assurant qu’elles ne voteraient jamais pour lui.

Romandie.com avec(©AFP / (30 septembre 2018 01h40)

Theodorin Obiang pris la main dans le sac au Brésil

septembre 17, 2018

Le vice-président équato-guinéen et sa délégation transportaient des montres de luxe d’une valeur de 15 millions de dollars.

Teodorin Nguema Obiang, en 2013, lors de sa fête d’anniversaire, près de Malabo.

Teodorin Nguema Obiang, en 2013, lors de sa fête d’anniversaire, près de Malabo. Crédits : JEROME LEROY / AFP

Le temps est un bien précieux et Teodorin Obiang Nguema l’a compris. Le fils du président de Guinée équatoriale en a donc fait une passion et dépense sans compter pour habiller son poignet de montres de luxe, souvent uniques au monde. C’est ainsi qu’entre 2005 et 2011, il a dilapidé plus de 10 millions d’euros dans les boutiques de la place Vendôme, à Paris. Il a en plus craqué pour quatre modèles d’exception de montres Cartier, Vacheron, Constantin et Piaget, à 710 000 euros, selon les enquêteurs qui s’intéressaient à son train de vie extravagant dans le cadre de l’affaire dite des « biens mal acquis ». Une coquetterie comparée aux près de 150 millions d’euros blanchis en France entre 1997 et 2011, ce qui lui a valu d’être condamné en octobre 2017 à trois ans de prison et 30 millions d’euros d’amende avec sursis, une décision dont il a fait appel. Pas de quoi affecter le « prince de Malabo », la capitale de son Etat pétrolier d’Afrique centrale, dont il est le puissant et capricieux vice-président.

Exception anachronique et ringarde

Après avoir organisé une fête démesurée pour ses 49 ans, en juin, à Malabo, après avoir posé avec Nicolas Sarkozy et croisé Vladimir Poutine le mois suivant dans les tribunes VIP de la Coupe du monde de football, à Moscou, Teodorin Obiang Nguema a trouvé le temps de se rendre au Brésil. Son avion privé se pose vendredi 14 septembre sur le tarmac d’un aéroport près de Sao Paulo. Là, les douaniers sont stupéfaits lorsqu’ils examinent deux des dix-neuf bagages de la délégation équato-guinéenne, composée de onze membres.

A l’intérieur d’une première valise Louis Vuitton : 1,5 million de dollars (1,3 million d’euros) en espèces – le maximum autorisé est fixé à 2 400 dollars. Dans la seconde, des montres de luxe, pour certaines gravées de ses initiales, dont la valeur s’élèverait à 15 millions de dollars. Un nouveau scandale pour celui qui a déjà été accusé d’utiliser de l’argent de la corruption et de détournements de fonds publics pour acquérir des biens aux Etats-Unis, et qui est toujours visé par une enquête en Suisse pour l’acquisition suspecte de deux yachts.

Les frasques de Teodorin Obiang Nguema s’accumulent. Au sein de l’élite du continent, où l’Union africaine a fait de la lutte contre la corruption sa priorité, « Teodorin » est en passe de devenir une exception anachronique et ringarde, voire honteuse. Lui n’en a cure. Il met en scène sa vie fastueuse sur les réseaux sociaux comme s’il était intouchable. Et comme s’il était acquis que le « prince » succédera un jour à son père, qui dirige la Guinée équatoriale d’une main de fer depuis trente-neuf ans. Après tout, il a le temps et les montres, le pouvoir et l’impunité – dans son pays seulement.

Lemonde.fr par Joan Tilouine

Brésil: Bolsonaro, candidat d’extrême droite à la présidentielle, poignardé

septembre 6, 2018

Le député d’extrême droit brésilien Jair Bolsonaro, candidat à la présidentielle, en campagne à Ceilandia le 5 septembre 2018 / © AFP / EVARISTO SA

Le député d’extrême droite Jair Bolsonaro, favori du premier tour de la présidentielle le mois prochain au Brésil, a été opéré d’urgence jeudi après avoir été poignardé à l’abdomen en faisant campagne.

L’un de ses fils, Flavio Bolsonaro, député de l’Etat de Rio de Janeiro, qui a annoncé l’attaque et avait d’abord évoqué sur Twitter « des blessures superficielles », a ensuite écrit sur son compte: « Malheureusement, c’est plus grave que nous ne le pensions ».

« Il a eu le foie, un poumon, et une partie de l’intestin perforés. Il a perdu beaucoup de sang », a-t-il expliqué. Son état paraît maintenant s’être stabilisé. Prions pour lui ».

L’hôpital de la ville de Juiz de Fora, une localité de 700.000 habitants dans l’Etat du Minais Gerais (sud-est) où le candidat a été attaqué, a toutefois démenti peu après que le foie de M. Bolsonaro ait été touché.

Selon l’hôpital Santa Casa, cité par le site G1, Jair Bolsonaro, 63 ans, a été atteint à l’intestin, mais pas au foie, et son état a été jugé « stable ». L’établissement a annoncé que le patient était opéré en urgence.

Les médecins devaient faire une déclaration à 20H30 locales (23H30 GMT).

Un porte-parole de la police militaire du Minas Gerais a annoncé à l’AFP que le suspect, un homme de 40 ans, avait été immédiatement arrêté. Il a précisé que l’auteur de l’attaque « portait un couteau enveloppé dans un tissu ».

Selon plusieurs sites d’information, l’agresseur serait un ancien militant du parti de gauche PSOL et aurait dit avoir agi « au nom de Dieu ».

Des images télévisées ont montré M. Bolsonaro, juché sur les épaules de sympathisants, recevant un coup violent sous le thorax. Il s’est effondré en arrière avec une grimace de douleur, avant d’être évacué.

Il était en pleine campagne, vêtu d’un tee-shirt jaune et saluant la foule dans une rue bondée de Juiz de Fora, à trois heures de route de Rio de Janeiro, quand il a été agressé, un événement rare dans une campagne présidentielle au Brésil.

M. Bolsonaro avait une protection policière, en tant que candidat à la présidence.

Grand admirateur de la dictature militaire (1964-85) et habitué des dérapages racistes, misogynes ou homophobes, il arrive largement en tête des intentions de vote du premier tour de la présidentielle (22%).

C’est ce qu’a indiqué le premier sondage réalisé après l’invalidation de la candidature de l’ex-président Luis Inacio Lula da Silva, jusque-là grand favori malgré sa condamnation à plus de 12 ans de prison pour corruption.

M. Bolsonaro, du petit Parti social libéral (PSL), serait toutefois battu par la quasi totalité de ses adversaires au second tour, selon l’enquête d’opinion publiée tard mercredi.

– « Punition exemplaire » –

L’ancien capitaine de l’armée est par ailleurs le candidat suscitant le plus de rejet, surtout parmi les femmes, 44% des personnes interrogées affirmant qu’elles ne voteraient jamais pour lui.

Le président Michel Temer et les candidats les plus en vue pour le scrutin ont rapidement condamné l’attaque contre le député d’extrême droite.

« Il est intolérable de voir que dans un Etat démocratique il n’est pas possible d’avoir une campagne normale », a dit le chef de l’Etat.

L’écologiste Marina Silva, en 2e position dans les sondages derrière M. Bolsonaro (12% des intentions de vote) pour le premier tour, a jugé cette attaque « inadmissible » et a évoqué « un double attentat, contre son intégrité physique et contre la démocratie ».

Le candidat du PSDB (centre droit) Geraldo Alckmin a réagi sur Twitter en estimant que « la politique se fait par le dialogue, et jamais avec la haine ».

L’ex-gouverneur de Sao Paulo a espéré que « l’enquête sur l’attaque subie par le député Jair Bolsonaro sera rapide, et la punition exemplaire », tout en souhaitant un « prompt rétablissement au candidat ».

Un autre candidat, Ciro Gomes (centre gauche), a rejeté dans un tweet également « la violence comme langage politique » et a exprimé sa « solidarité » au député. Il a exigé que « les autorités punissent les responsables de cette barbarie ».

L’attaque contre M. Bolsonaro pourrait modifier le cours de la campagne, mais elle risque aussi d’accentuer la très grande polarisation du pays à un mois de la présidentielle la plus incertaine de son Histoire récente.

Romandie.com avec(©AFP / (07 septembre 2018 01h15)

Présidentielle au Brésil: le parti de Lula défiant malgré son inéligibilité

septembre 1, 2018

Des soutiens de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva manifestent à Curitiba (sud), le 31 août 2018 / © AFP / Heuler Andrey

Grand favori des sondages pour la présidentielle d’octobre au Brésil, Lula, incarcéré depuis avril pour corruption, a été déclaré inéligible dans la nuit de vendredi à samedi mais son parti veut lutter « par tous les moyens » pour qu’il se présente et continue à le considérer comme son candidat.

À l’issue d’un jugement fleuve dont la lecture s’est prolongée tard dans la nuit, le Tribunal Supérieur Électoral (TSE) a invalidé la candidature de Luiz Inacio Lula da Silva, par six voix contre une.

L’ex-président (2003-2010), âgé de 72 ans, ne pourra pas briguer un troisième mandat, mais le Parti des Travailleurs (PT) a promis de « déposer tous les recours possibles ».

« Nous allons le défendre dans les rues, avec le peuple, parce qu’il est le candidat de l’espérance », a affirmé le parti fondé par Lula dans un communiqué.

La décision du TSE a également interdit le PT de présenter Lula comme candidat dans les spots campagne télévisée qui a commencé à être diffusés samedi, mais l’icône de la gauche était pourtant la figure centrale de la vidéo du parti.

Avant le début du programme, un texte sur écran bleu indiquait que « la volonté du peuple avait souffert un rude coup avec l’invalidation de la candidature de Lula » en dépit d’une recommandation de l’ONU préconisant qu’il pouvait se présenter le temps que tous les recours soient épuisés.

De nombreuses images montraient l’ex-président, mais aussi son colistier, Fernando Haddad, pressenti pour le remplacer en tête du ticket.

Ancien maire de Sao Paulo, Haddad, 55 ans, dit « jurer loyauté » à son mentor, en ajoutant « nous sommes avec Lula jusqu’au bout ».

Un soutien du candidat d’extrême droite à la présidentielle brésilienne, Jair Bolsonaro, interpelle les supporteurs de l’ancien président Lula le 31 août 2018 à Curitiba (sud) / © AFP / Heuler Andrey

– « Boulet » –

Le TSE a donné au PT dix jours pour choisir un successeur à son leader historique.

Hasard du calendrier ou non, M. Haddad a fait campagne samedi dans l’Etat pauvre de Pernambouc (nord-est), plus particulièrement dans la petite ville de Caetés, terre natale de Lula.

« Notre cause est bien plus importante que nos difficultés. J’arrive sur les terres de Lula, plus disposé que jamais à serrer les rangs derrière notre président », a-t-il publié en fin de matinée sur Twitter.

Lundi, ce fils de commerçants libanais sera à Curitiba (sud), pour rendre visite à son mentor dans la prison où il purge une peine de 12 ans et un mois de réclusion.

« Le PT doit redéfinir sa stratégie et rien ne sera décidé avant la rencontre d’Haddad et d’autres membres du parti avec Lula lundi », a affirmé l’éditorialiste Tereza Cruvinel dans l’édition de samedi du Jornal do Brasil.

D’après le dernier sondage de l’institut Datafolha, Lula caracole en tête, avec 39%, 20 points de plus que le deuxième, le député d’extrême droite Jair Bolsonaro. Mais M. Haddad, peu connu du grand public, peine à dépasser les 4%.

Le Tribunal Supérieur Électoral (TSE) a déclaré Luiz Inacio Lula da Silva inéligible le 31 août 2018 / © AFP / Rodrigo Fonseca, Fernando Robles

« Le PT a beau pleurnicher, la décision du TSE est un soulagement pour le parti dans sa tentative de rendre viable la candidature d’Haddad », a affirmé samedi Igor Gielow, dans son éditorial sur le site du quotidien Folha de S. Paulo. Pour lui, le PT traînait la candidature de Lula « comme un boulet ».

– « Le match commence » –

« Le match commence maintenant. Le PT ne peut plus reporter cette décision douloureuse d’admettre que Lula n’est plus candidat », a expliqué à l’AFP Eduardo Grin, analyste politique de la Fondation Getulio Vargas, qui ajoute néanmoins que « l’ombre de Lula va continuer à planer sur les élections ».

Les autres candidats, eux, se félicitent d’y voir enfin plus clair et tentent de s’engouffrer dans la brèche.

« La décision (de déclarer Lula inéligible) rendra la campagne plus claire pour les électeurs, évitant le traumatisme d’un remplacement à la veille de l’élection », a affirmé sur Twitter le candidat de centre-gauche Ciro Gomes.

Pour la candidate écologiste Marina Silva, « à partir de cette décision du TSE, le processus électoral pourra suivre son cours dans la légalité ».

L’invalidation de la candidature de Lula a également suscité des réactions internationales, notamment de la part de ses alliés traditionnels, comme le président bolivien Evo Morales.

« Nous rejetons cette décision parce qu’elle porte atteinte à la démocratie et à la volonté du peuple brésilien », a-t-il publié sur Twitter.

Romandie.com avec(©AFP / (01 septembre 2018 19h45)

Présidentielle au Brésil: la candidature de Lula entre les mains des juges

août 31, 2018

L’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, à Sao Paulo le 3 juillet 2014 / © AFP / NELSON ALMEIDA

Le Tribunal supérieur électoral (TSE) du Brésil doit prendre vendredi une décision très attendue, en rejetant ou en validant la candidature à la présidentielle d’octobre de Lula, ex-chef de l’Etat incarcéré pour corruption et grand favori du scrutin.

Après des mois de conjectures et d’incertitudes, le plus grand pays d’Amérique Latine devrait enfin y voir plus clair dans l’élection la plus imprévisible de son histoire récente, même si des recours sont encore possibles.

L’incertitude sur le sort de l’icône de la gauche emprisonnée depuis avril suscite de nombreuses interrogations au Brésil, même si la plupart des analystes considèrent que sa candidature sera invalidée.

Cette incertitude a notamment agité les marchés et accéléré la dépréciation du real, la monnaie brésilienne, qui a chuté depuis janvier de quelque 20% face au dollar.

« L’enregistrement (de la candidature de Lula) et toutes les réclamations (contre cette candidature, ndlr) seront jugés aujourd’hui », a annoncé le service de presse du TSE à l’AFP.

– Spots de campagne –

La question de la validité de la candidature de l’ex-président (2003-2010) ne figurait pas initialement à l’ordre du jour de la session extraordinaire qui a commencé en début d’après-midi : elle a été ajoutée au dernier moment.

L’ex-juge du TSE Henrique Neves da Silva a expliqué que « quel que soit le résultat du jugement » de vendredi, « des recours sont encore possibles », notamment auprès de la Cour suprême.

Le Tribunal électoral doit également décider si Lula a le droit d’apparaître dans les spots de campagne qui ont commencé à être diffusés à la télévision vendredi.

En attendant cette décision, le Parti des Travailleurs (PT) n’a pas manqué d’inclure des nombreuses images de l’ex-président sur les spots des candidats locaux pour les postes de sénateur et de gouverneur, désignés également le 7 octobre.

Marcia Tiburi, qui brigue le poste de gouverneure de Rio de Janeiro, a par exemple promis de « gouverner Rio comme Lula a gouverné le Brésil ».

Des images de son spot de campagne montraient notamment des extraits du dernier discours de Lula avant qu’il ne se rende aux autorités pour purger sa peine de 12 ans et un mois de prison à Curitiba (sud).

L’ancien ouvrier métallurgiste est accusé d’avoir reçu un appartement en bord de mer de la part d’une entreprise du bâtiment en échange de faveurs dans l’attribution de marchés publics.

Lula et la justice / © AFP / Gustavo IZUS

Il rejette farouchement ces accusations et se dit victime d’un complot politique visant à l’empêcher de briguer un troisième mandat.

– Grand favori des sondages –

Sa défense considère que Lula ne peut être empêché de se présenter dans la mesure où des recours contre sa condamnation n’ont toujours pas été examinés par des instances judiciaires supérieures.

Le 18 août, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a demandé au Brésil de prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre à Lula (…) d’exercer ses droits politiques de sa prison, en tant que candidat à l’élection présidentielle » d’octobre 2018.

Ce comité d’experts rend des avis mais n’a pas de pouvoir de contrainte.

Le dernier sondage de l’institut Datafolha crédite Lula de 39% des intentions de vote au premier tour, 20 points de plus que le deuxième, le député d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Au second tour, il l’emporterait largement contre tous les autres candidats.

Dans le cas probable où Lula serait déclaré inéligible, le Parti des Travailleurs (PT) devrait se choisir pour candidat l’ex-maire de Sao Paulo Fernando Haddad, qui brigue actuellement la vice-présidence.

Le PT a lancé sur Tweeter un appel à tous les partisans de Lula à soutenir sur ce réseau social sa candidature avec le hashtag #LulaNasUrnasTSE (Lula dans les urnes/TSE) rapidement devenu viral.

Premier chef d’Etat issu de la classe ouvrière, Lula avait quitté le pouvoir en 2010 avec une cote de popularité record.

Sous ses deux mandats, près de 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère, à la faveur d’ambitieux programmes sociaux et d’une forte croissance portée par le boom des matières premières.

Romandie.com avec(©AFP / (31 août 2018 21h17)

Le Brésil mobilise son armée pour « garantir la sécurité » à la frontière du Venezuela (décret)

août 28, 2018

Brasilia – Le président brésilien Michel Temer a ordonné mardi soir par décret l’utilisation des forces armées pour « garantir la sécurité » dans l’Etat septentrional de Roraima, où ont afflué depuis des mois des dizaines de milliers de réfugiés du Venezuela.

« Je décrète l’envoi des forces armées pour garantir la loi et l’ordre dans l’Etat de Roraima (…) du 29 août au 12 septembre », a annoncé le chef de l’Etat « afin de garantir la sécurité des citoyens brésiliens mais aussi des immigrants vénézuéliens qui fuient leur pays ».

M. Temer a ajouté que la situation était « tragique » et « menaçait l’harmonie de quasiment tout le continent ».

Il a appelé « la communauté internationale à adopter des mesures diplomatiques » contre l’exode de Vénézuéliens fuyant la crise politique et économique sous l’administration du président Nicolas Maduro.

Le chef de l’Etat n’a pas précisé combien d’hommes étaient concernés par ce décret pris une dizaine de jours après une explosion de colère contre les migrants dans la localité frontalière de Pacaraima, où une foule d’habitants a chassé des centaines de Vénézuéliens et brûlé leurs biens.

Le ministre de la Défense, Joaquim Silva e Luna, a affirmé ensuite que « les troupes étaient déjà positionnées » à la frontière, tandis que celui de la Sécurité institutionnelle Sergio Etchegoyen indiquait: « Nous avons besoin de discipliner » les flux de migrants.

Romandie.com avec(©AFP / 28 août 2018 22h48)