Posts Tagged ‘Brésil’

Coronavirus: le Brésil face à une hécatombe annoncée

mai 2, 2020

 

Opération de désinfectioin dans une favela de Rio de Janeiro, le 20 avril 2020 au Brésil
© Mauro PIMENTEL Opération de désinfectioin dans une favela de Rio de Janeiro, le 20 avril 2020 au Brésil

Avec un confinement de moins en moins respecté et un système de santé précaire, le Brésil semble condamné à devenir le prochain épicentre de la crise planétaire du coronavirus, qui s’y propage à une vitesse galopante.

Des femmes font la queue pour une distribution de nourriture dans une favela de Rio de Janeiro, le 7 avril 2020 au Brésil

© MAURO PIMENTEL Des femmes font la queue pour une distribution de nourriture dans une favela de Rio de Janeiro, le 7 avril 2020 au Brésil
« La question n’est pas de savoir si le Brésil sera un jour le principal foyer de contamination au monde: c’est déjà le cas », dit à l’AFP Domingos Alves, responsable du Laboratoire de renseignements sur la Santé (LIS) de l’université de Sao Paulo (USP).

Des cercueils stockés dans un entrepôt des services funéraires de Manaus, le 27 avril 2020 au Brésil

© MICHAEL DANTAS Des cercueils stockés dans un entrepôt des services funéraires de Manaus, le 27 avril 2020 au Brésil
Selon les estimations du collectif de chercheurs Covid-19 Brasil, dont il fait partie, le Brésil comptait plus d’1,3 million de cas de coronavirus jeudi et une hécatombe se profile.

C’est 16 fois plus que les 85.646 cas confirmés ce jour-là par le ministère de la Santé, dans ce pays de 210 millions d’habitants où l’on dépiste très peu.

À titre de comparaison, les Etats-Unis, qui comptent le plus grand nombre de personnes infectées, viennent de franchir officiellement le cap du million.

Le Brésil a par ailleurs le taux de contamination le plus élevé du monde (2,8), selon l’Imperial College of London.

Dans certains Etats brésiliens où la situation est la plus critique, comme celui d’Amazonas (nord), le nombre de cas réels pourrait même être 38 fois supérieur au bilan officiel.

En dépit de cette énorme sous-évaluation, le Brésil est déjà le 2e pays (après les Etats-Unis) qui enregistre le plus de nouveaux cas par jour (6.209 vendredi), alors même qu’il est loin de son pic de pandémie.

Le nombre de décès, 6.329 selon le dernier bilan national, soit 428 supplémentaires lors des dernières 24 heures, pourrait également être largement en-dessous de la réalité.

Des familles enterrent leurs proches au cimetière de Taruma, à Manaus, au Brésil, où de nouvelles tombes sont creusées pour les victimes potentielles et confirmées du nouveau coronavirus.

© Yan Boechat Des familles enterrent leurs proches au cimetière de Taruma, à Manaus, au Brésil, où de nouvelles tombes sont creusées pour les victimes potentielles et confirmées du nouveau coronavirus.
En raison de la lenteur des résultats des tests, de nombreuses familles enterrent leurs proches sans connaître la cause du décès.

Mais d’après les registres d’état civil, le nombre de décès liés à des syndromes respiratoires aigus sévères a augmenté de près de 1.200% depuis le 16 mars par rapport à la même période de l’année dernière.

Des personnels soignants s'occupent d'un patient atteint du coronavirus dans une unité de soins intensifs à l'hôpital Emilio Ribas de Sao Paulo, le 20 avril 2020 au Brésil

© Miguel SCHINCARIOL Des personnels soignants s’occupent d’un patient atteint du coronavirus dans une unité de soins intensifs à l’hôpital Emilio Ribas de Sao Paulo, le 20 avril 2020 au Brésil
Pic incertain

Pour Domingos Alves, la situation est d’autant plus préoccupante que le Brésil est un pays « aux dimensions continentales, avec des populations très vulnérables, comme les habitants des favelas ou les indigènes. Sans compter une faible adhésion aux mesures de confinement ».

Jeudi, le nouveau ministre de la Santé Nelson Teich a admis que le Brésil pourrait dépasser prochainement le seuil de 1.000 morts par jour.

Le même jour, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, corona-sceptique notoire, a affirmé que les mesures de confinement décidées contre son gré par les gouverneurs des Etats avaient été « inutiles ».

Domingos Alves prône au contraire des mesures bien plus strictes: « C’est impossible de prévoir quand le Brésil va atteindre le pic de contaminations, mais une chose est sûre: moins les gens sont confinés, plus la courbe va s’accentuer et plus on aura de morts en raison de la surcharge du système de santé ».

– Confinement en baisse –

Dans l’Etat de Sao Paulo (sud-est), le plus peuplé et le plus touché du pays, le taux de confinement mesuré à partir du signal des téléphones mobiles n’était que de 46% vendredi, au plus bas depuis le début de la quarantaine décrétée par le gouverneur.

Dans celui de Rio de Janeiro (sud-est), des files de voitures de touristes attendaient d’entrer dans la station balnéaire de Buzios pour le long week-end férié du 1er mai.

D’après le quotidien Estado de Sao Paulo, plus de 70% des lits de soins intensifs sont déjà occupés dans six des 27 Etats du Brésil, avec 96% dans le Pernambouc (nord-est), 95% à Rio de Janeiro et 89% dans l’Amazonas (nord).

À Rio, certains hôpitaux sont bien dotés de lits disponibles munis de respirateurs, mais ils sont vides en raison… du manque de médecins.

À Manaus, capitale de l’Etat d’Amazonas, où les cadavres sont entassés dans des camions frigorifiques près des hôpitaux, le nombre d’enterrements en avril a presque triplé par rapport au même mois de 2019.

Dans le Para, autre Etat en grande partie recouvert par la forêt amazonienne, les décès liés au Covid-19 ont triplé en une semaine. Dans la capitale du Para, la maire n’a décidé la fermeture des commerces non essentiels que cette semaine, plus d’un mois et demi après Rio et Sao Paulo.

Et à Blumenau (sud), le nombre de cas a doublé en une semaine, après la réouverture des centres commerciaux.

Par MSN Québec  avec AFP

Coronavirus/Brésil: «Désolé, certains vont mourir», dit Bolsonaro

mars 28, 2020
CORONAVIRUS/BRÉSIL: "DÉSOLÉ, CERTAINS VONT MOURIR", DIT BOLSONARO
© Reuters/UESLEI MARCELINO CORONAVIRUS/BRÉSIL: « DÉSOLÉ, CERTAINS VONT MOURIR », DIT BOLSONARO RIO DE JANEIRO/SAO PAULO (Reuters) –
Jair Bolsonaro a émis vendredi des doutes sur le nombre de décès liés au coronavirus à Sao Paulo et a accusé son gouverneur de manipuler les chiffres à des fins politiques, sans apporter de preuves, une nouvelle étape dans la querelle que se livrent sur la question le président brésilien et les élus locaux.

Le chef de l’Etat s’est attiré les foudres d’une grande partie de la classe politique en estimant qu’une paralysie de l’économie serait plus néfaste qu’un confinement généralisé visant à limiter la propagation de l’épidémie, qualifiant le coronavirus de « petite grippe ».

Suivant les recommandations des experts en santé publique, la grande majorité des 26 gouverneurs du pays ont interdit les activités commerciales et les services publics non-essentiels afin d’endiguer l’épidémie dans leurs Etats respectifs, notamment à Sao Paulo et Rio de Janeiro, quasiment à l’arrêt.

« Je suis désolé, certaines personnes vont mourir, c’est la vie », a déclaré Jair Bolsonaro lors d’un entretien télévisé vendredi soir. « Vous ne pouvez pas arrêter une usine automobile à cause des accidents routiers », a-t-il ajouté.

Le président d’extrême droite a dit que le bilan semblait « trop élevé » dans l’Etat de Sao Paulo, coeur économique du pays. « Nous devons regarder ce qu’il s’y passe, cela ne peut pas être un jeu chiffré pour favoriser des intérêts politiques », a-t-il poursuivi.

Sao Paulo a rapporté le bilan le plus élevé dans le pays, avec 1223 cas de contamination et 68 décès liés à l’épidémie.

PLUS DE 3400 CAS DANS LE PAYS, SELON LE MINISTÈRE DE LA SANTÉ

Plus tôt dans la journée, le gouverneur de Sao Paulo, Joao Doria, ancien allié de Bolsonaro qui devrait être son rival lors de l’élection présidentielle de 2022, a accusé le chef de l’Etat de propager une « désinformation » avec une campagne publicitaire télévisée critiquant les restrictions en vigueur.

Des alliés de Jair Bolsonaro ont partagé sur les réseaux sociaux cette publicité au slogan #LeBrésilNePeutPasS’Arrêter. « Pour le vendeur de quartier, pour les propriétaires de commerces dans les centre-villes, pour les employés de maison, pour des millions de Brésiliens, le Brésil ne peut pas s’arrêter », dit la publicité télévisée, montrant des salles de classe et des rues commerçantes bondées.

Selon deux personnes au fait de la question, cette campagne a été préparée sur demande des services du président sans consultation avec le ministère de la Santé, et a coûté environ 1 million de dollar.

Un représentant du ministère de la Santé a déclaré aux journalistes qu’il ne ferait aucun commentaire sur Bolsonaro et que les recommandations sur la distanciation sociale n’avaient pas changé.

Le gouvernement brésilien a interdit vendredi aux étrangers ne disposant pas d’un titre de résidence d’entrer dans le pays via ses aéroports afin d’éviter la propagation du virus. Émise par le ministère de la Justice et publiée au Journal officiel, cette interdiction prend effet lundi pour une durée de 30 jours.

Plus de 3400 cas de contamination ont été confirmés au Brésil, selon le dernier bilan communiqué vendredi par le ministère de la Santé, contre près de 1.900 cas lundi. Le nombre de décès s’est alourdi à 92.

La popularité de Bolsonaro a décliné depuis le début de la crise sanitaire, et de nombreuses personnes à travers le pays affichent chaque soir leur désaccord avec Bolsonaro depuis leurs fenêtres.

Avec Reuters par Pedro Fonseca et Marcelo Rochabrun

Le Brésil rappelle «tout» son personnel diplomatique du Venezuela

mars 5, 2020

 

Le gouvernement brésilien d’extrême droite a rappelé jeudi «tout» son personnel diplomatique du Venezuela et demandé à Caracas de retirer ses représentants au Brésil, a annoncé à l’AFP une source gouvernementale.

«Tout le personnel diplomatique brésilien a été rappelé. Il n’y aura plus personne au Venezuela», a déclaré cette source. Les deux pays entretiennent des relations tendues depuis l’arrivée au pouvoir du président brésilien Jair Bolsonaro début 2019. Selon la presse locale, le processus de retrait devrait prendre deux mois environ.

Mais cette mesure ne signifie pas pour autant une fermeture de l’ambassade, souligne cette source gouvernementale. «Le gouvernement brésilien est en train d’évaluer la façon dont l’assistance consulaire sera assurée», a-t-elle ajouté, en référence aux quelque 10.000 Brésiliens vivant au Venezuela qui pourraient se voir affectés.

Cette mesure intervient peu avant la visite du président Bolsonaro aux Etats-Unis, prévue samedi.

Par Le Figaro avec AFP

La dengue tue quatre fois plus cette année au Brésil

septembre 11, 2019

 

La dengue a tué quatre fois plus de personnes au Brésil de janvier à août que sur la même période de l’an dernier, faisant au moins 591 morts, a annoncé mercredi le ministère de la Santé. Les autorités sanitaires ont fait état par ailleurs de 486 cas mortels suspectés, mais non confirmée à ce stade. En comparaison, 141 personnes étaient mortes de la dengue de janvier au 24 août 2018, selon le ministère.

Les cas de dengue, à 1,43 million dans tout le pays jusqu’au 24 août, ont été multipliés par près de sept par rapport aux 205.791 cas de la même période de 2018. L’année 2015 reste celle du pic de la maladie au Brésil avec près de 1,7 million de cas, dont 986 mortels.

Les Etats du Sud et du Sud-Est, comme ceux de Sao Paulo et du Minas Gerais, sont les plus touchés par la maladie infectieuse transmise par les moustiques Aedes aegypti qui prolifèrent surtout dans les zones urbaines grâce à la chaleur et l’humidité. Ces deux derniers facteurs ont apparemment joué un rôle déterminant dans la forte augmentation des cas cette année, selon le ministère de la Santé.

Par ailleurs, le chikungunya, autre maladie transmise par le moustique du genre Aedes, est aussi en augmentation cette année au Brésil. De janvier au 24 août, 110.627 cas ont été enregistrés, soit 44,2% de plus que lors de la même période de 2018. La maladie a provoqué 57 décès, en majorité (47) à Rio de Janeiro. Une soixantaines d’autres décès sont suspectés, mais non confirmés.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Brésil : décès de Joao Gilberto, un des pères de la bossa nova

juillet 6, 2019

Joao Gilberto, ici en 2008.

Joao Gilberto, ici en 2008. AFP PHOTO/Ari Versiani Ari Versiani / AFP

Auteur du tube The Girl from Ipanema, il était devenu l’ambassadeur de l’âme brésilienne.

Le Brésilien Joao Gilberto, dont le décès à l’âge de 88 ans a été annoncé samedi par son fils, était le dernier vivant des pères de la bossa nova, rythme syncopé issu de la samba mais métissé de cool jazz, devenu l’ambassadeur de l’âme brésilienne.

«Mon père est décédé. Son combat était noble, il a tenté de conserver sa dignité alors qu’il perdait son autonomie», a écrit Joao Marcelo à propos de l’icône qui vivait ruiné et solitaire à Rio.

Joao Gilberto était notamment connu pour le tube The Girl from Ipanema, sortie en 1962 et peut-être la chanson de bossa nova la plus connue au monde. Le titre avait été repris notamment par Frank Frank Sinatra et Ella Fitzgerald.

Avec Joao Gilberto, le pianiste compositeur Tom Jobim et le poète-diplomate Vinicius de Moraes, la saudade (nostalgie) a fait irruption sur les ondes, à l’été 1958. Né le 10 juin 1931 à Juazeiro, dans l’État de Bahia, Joao Gilberto Prado Pereira de Oliveira découvre la musique avec sa première guitare, à l’âge de 14 ans. Quatre ans plus tard, « Joaozinho » quitte son village natal pour Salvador de Bahia où on peut l’entendre sur les ondes de la radio locale et, à 19 ans, se retrouve à Rio de Janeiro. Il y joue dans une petite formation, Garotos da Lua, avec laquelle il fait ses premiers enregistrements et, en 1957, se fait connaître comme guitariste sur un disque de Elizeth Cardoso, Cançao do Amor Demais, composé par Tom Jobim et Vinicius de Moraes.

En août 1958, son 33 tours Chega de Saudade marque le point de départ de sa carrière et celui de la bossa nova (« nouveau truc »). Le public est sous le charme de sa voix chuchotante, des harmonies de Jobim et des paroles de Moraes. Deux autres albums de Joao Gilberto sortent en 1960 et 1961 avec outre des compositions de Jobim et Moraes, celles d’autres comme Dorival Caymmi, Carlos Lyra, Roberto Menescal.

A partir de 1962 et pendant près de 20 ans, le guitariste-chanteur vit à New York avec un intermède de deux ans au Mexique. Il travaille avec Jobim et des jazzmen comme le saxophoniste Stan Getz qui avoue être tombé amoureux de sa musique, dès les premières notes entendues.

L’album Getz/Gilberto, avec Garota de Ipanema chantée par Astrud Gilberto (voir plus haut), la première femme de Joao (qui le quittera pour Stan Getz), est un immense succès comme leur concert new-yorkais au Carnegie Hall, à l’automne 1964. En 1967, Frank Sinatra met Girl from Ipanema à son répertoire. La bossa nova envoûte un public international.

Perfectionniste à l’extrême, Joao attend 1970 pour sortir un nouvel album, Ela é Carioca.

Il reste généralement fidèle à Jobim mais collabore aussi avec Gilberto Gil, Caetano Veloso, Maria Bethania notamment, mêlant bossa nova, samba, chansons et dialogues.

Guitariste et chanteur intimiste de l’âme brésilienne, il est rentré à Rio mais se produit sur les plus grandes scènes du monde. Parmi ses nombreux morceaux d’anthologie, il cite Desafinado, Garota de Ipanema, Chega de saudade, Rosa Morena, Corcovado, Aquarela do Brasil.

En 2001, il remporte à Los Angeles le Grammy du meilleur artiste dans la catégorie Musiques du monde pour son album Joao: Voz e Violao, succédant à ses compatriotes Milton Nascimento, Gilberto Gil et Gaetano Veloso.

Son succès semble éternel: en août 2008, les billets de ses concerts pour le 50e anniversaire de la bossa nova sont épuisés en moins d’une heure. A l’été 2015, il devait encore se produire en France aux festivals de Vienne, Marcillac et Marseille.

Il a fini sa vie en solitaire et ruiné, pris dans un conflit entre deux de ses enfants, son fils Joao Marcelo et sa fille Bebel, d’une part, et sa dernière épouse dont il vivait séparé, Claudia Faissol, une journaliste 40 ans plus jeune que lui et mère de sa fille adolescente.

  • Par 

Coupe du Monde féminine 2019 : Proche du cauchemar, le rêve des Bleues se poursuit

juin 23, 2019

 

Au terme d’un match très crispant, l’équipe de France s’est qualifiée pour les quarts de finale de «sa» Coupe du monde en dominant le Brésil après prolongation (2-1 ap).

Le rendez-vous en quart de finale fixé aux tenantes du titre américaines n’attend plus que l’accusé de réception d’Alex Morgan et compagnie, qui défieront l’Espagne ce lundi. Dans la douleur, l’équipe de France a en effet validé sa présence au Parc des Princes vendredi 28 juin en dominant le Brésil après prolongation (2-1 ap), dimanche soir, au Stade Océane du Havre. Ajoutant ainsi une sixième victoire – pour trois matches nuls – à l’historique de ses confrontations face à la formation sud-américaine, dont elle est la véritable bête noire.

Consciente des problèmes d’animation offensive de son équipe depuis le début de la compétition, Corinne Diacre avait de nouveau dérogé à sa parole. Interrogée après le délicat succès contre le Nigéria (1-0) sur le cas Gaëtane Thiney, la sélectionneuse avait pris la défense de sa joueuse : «Elle peut encore faire mieux, mais elle est mieux que sur les deux premiers matches. C’est de bon augure pour la suite.» Tellement de bon augure que la joueuse du Paris FC a été priée de s’asseoir sur le banc de touche au coup d’envoi au profit de Viviane Asseyi. Une modification dans le onze de départ qui en entraînait une autre, plus tactique, avec un passage du 4-2-3-1 au 4-4-2, Kadidiatou Diani évoluant dans l’axe de l’attaque hexagonale aux côtés de Valérie Gauvin.

Un changement qui n’apportait pas de véritable révolution, hélas, au jeu des Bleues. Remuantes en début de match, elles titillaient bien les Brésiliennes, guère connues pour leur étanchéité défensive. Mais sans se montrer très menaçantes. Jusqu’à la 23e minute, lorsque Gauvin pensait avoir fait le plus dur en ouvrant le score d’un but heureux de l’épaule, après une sortie de la gardienne adverse très moyenne. Sauf que l’arbitrage vidéo (VAR), après avoir été décisif en faveur des Bleues contre la Norvège et le Nigéria, se retournait cette fois contre elles, l’arbitre canadienne de la rencontre annulant le but, sans que la faute de l’attaquante paraisse incontestable.

Entre les soins prodigués à la gardienne brésilienne et le VAR, le jeu avait été interrompu près de cinq longues, très longues minutes. Une coupure néfaste à l’allant des Bleues. Jambes coupées, celles-ci tombaient petit à petit dans la toile d’araignée jaune. Jouée sur un faux rythme, la physionomie de la rencontre commençait perceptiblement à changer avec des Brésiliennes plus dangereuses. Ainsi, en 45 minutes, Sarah Bouhaddi, le dernier rempart français, avait plus de travail à effectuer – entre ses sorties loin de son but et sa parade sur un tir de Cristiane (43e) – que lors des trois premiers matches réunis. Les Bleues, elles, peinaient à mettre hors de position leurs rivales, ne cadrant aucune de leurs trois maigres tentatives du premier acte. Un mal endémique depuis le début de la compétition.

Bonne nouvelle cependant, leur première frappe cadrée, elle, faisait mouche lorsque Gauvin, servie sur un plateau d’argent, ouvrait la marque dès la 51e minute (1-0). Le début de la fin pour les Brésiliennes ? Pas du tout. Derrière, Bouhaddi devait s’employer pour dévier une tête de Cristiane sur sa transversale (55e), avant que Thaisa ne remette les compteurs à égalité (1-1, 63e), non sans l’aide, une nouvelle fois, du VAR. Débutait alors un match crispant pour des Bleues dominatrices, mais en difficulté dans les 20 derniers mètres adverses, tandis que planait l’angoisse d’un contre brésilien meurtrier. Comme en prolongation avec un sauvetage de Griedge Mbock devant sa ligne (105e). Jusqu’à la délivrance apportée par la capitaine Amandine Henry à la 107e minute d’un plat du pied délivré à l’arraché (2-1). Le symbole de ce 8e de finale pour la France.

Par Cédric Callier

Transfert à Jérusalem de l’ambassade du Brésil: Netanyahu salue une décision « historique »

novembre 1, 2018

Jérusalem – Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié jeudi d' »historique » la décision confirmée le même jour par le président élu du Brésil Jair Bolsonaro de déplacer de Tel-Aviv à Jérusalem l’ambassade de son pays en Israël.

« Je félicite mon ami le président élu du Brésil Jair Bolsonaro pour son intention de déplacer l’ambassade brésilienne à Jérusalem, un pas historique, juste et enthousiasmant », a déclaré M. Netanyahu dans un communiqué.

M. Bolsonaro avait auparavant confirmé son intention sur Twitter.

« Comme nous l’avons déjà annoncé lors de la campagne, nous avons l’intention de transférer l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem », avait-il écrit. « Israël est un Etat souverain et nous devons respecter cela pleinement », avait-il ajouté.

Peu après ce tweet publié en portugais et en anglais, le président élu d’extrême droite a affirmé lors d’une conférence de presse qu’il ne pensait pas que cette annonce pourrait créer « un climat pesant » dans les relations entre le Brésil et le Proche-orient.

« Nous avons le plus grand respect pour le peuple d’Israël et pour le peuple arabe. Nous ne voulons créer de problèmes avec personne. Nous voulons faire du commerce avec tout le monde et rechercher des solutions pacifiques pour résoudre les problèmes », a-t-il déclaré.

Dans un entretien publié jeudi par le journal israélien Hayom, Jair Bolsonaro avait déjà estimé qu’Israël devrait être libre de choisir sa capitale.

– Après Trump –

La question de l’emplacement des ambassades en Israël est particulièrement sensible.

L’Etat hébreu considère toute la ville de Jérusalem comme sa capitale, alors que les Palestiniens aspirent à faire de Jérusalem-Est la capitale de leur futur Etat.

Pour la communauté internationale, le statut de la Ville sainte doit être négocié par les deux parties et les ambassades ne doivent pas s’y installer tant qu’un accord n’a pas été trouvé.

Le président américain Donald Trump a rompu en décembre 2017 avec des décennies de diplomatie américaine en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. Le président palestinien Mahmoud Abbas a depuis coupé les ponts avec l’administration Trump.

Des médias brésiliens se sont inquiétés qu’un transfert de l’ambassade puisse provoquer des représailles commerciales de la part de pays arabes, grands importateurs de viande brésilienne de boeuf, agneau et poulet.

Le Brésil avait reconnu l’Etat de Palestine sous le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010).

Mais Israël s’est félicité de l’accession au pouvoir de Bolsonaro. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a estimé que l’élection du candidat d’extrême droite conduirait à une « grande amitié entre (leurs) peuples et au renforcement des relations entre le Brésil et Israël ».

Le Premier ministre israélien assistera d’ailleurs « très probablement » à la cérémonie d’investiture de Bolsonaro à Brasilia au début janvier, a indiqué à l’AFP un responsable de son bureau.

L’ambassade des Etats-Unis a été transférée de Tel-Aviv à Jérusalem le 14 mai, avant que le Guatemala et le Paraguay n’annoncent vouloir emboîter le pas à Washington. Asuncion a depuis fait marche arrière en annonçant le retour de son ambassade à Tel-Aviv.

Romandie.com avec(©AFP / 01 novembre 2018 22h45)                                                        

Bolsonaro président, une ère de rupture s’ouvre pour le Brésil

octobre 29, 2018

Des partisans du candidat d’extrême droite célèbrent la victoire de Jair Bolsonaro à la présidentielle à Rio de Janeiro le 28 octobre 2018 / © AFP / Mauro Pimentel

La jeune démocratie brésilienne a basculé dans l’inconnu lundi au lendemain de l’élection de Jair Bolsonaro, son premier président d’extrême droite depuis la fin de la dictature, qui commençait à préparer la transition vers un régime de rupture.

Jair Bolsonaro, qui prendra ses fonctions le 1er janvier après sa victoire contre le candidat de gauche Fernando Haddad, n’a pas eu d’activité publique lundi, mais il a accordé une interview en soirée à la télévision Record où il a légèrement modéré son ton martial.

Il a en effet assuré, à propos du Venezuela dont il a souvent vertement dénoncé le régime chaviste, que le Brésil allait « toujours chercher la voie pacifique pour résoudre ce problème » qu’est « la dictature » de Nicolas Maduro.

Un article du quotidien Folha de Sao Paulo de lundi affirmait que la Colombie serait prête à donner son soutien au Brésil s’il aidait à « renverser Nicolas Maduro à travers une intervention militaire ». Le journal a cité un haut fonctionnaire à Bogota sous couvert d’anonymat, mais le gouvernement colombien a opposé un net démenti lundi soir dans un communiqué.

Présidentielle au Brésil : résultats par commune / © AFP / Dario INGIUSTO

Interrogé là-dessus, Jair Bolsonaro a dit qu’il n’avait pas abordé ce sujet dans sa « discussion protocolaire » avec le président colombien Ivan Duque.

Ses premiers discours — trois au soir de son élection — prononcés sur un ton martial et dans lesquels il n’a pas eu un mot pour son adversaire défait — auguraient d’un virage radical.

Bolsonaro veut une rupture par rapport à tout ce qui a été fait par sa bête noire, le Parti des travailleurs (PT), qui avait remporté les quatre dernières présidentielles et est jugé par des dizaines de millions de Brésilliens responsable des maux du pays.

La victoire de Jair Bolsonaro à la présidentielle en Une des journaux brésiliens le 29 octobre 2018 / © AFP / EVARISTO SA

Haddad, du PT, qui avait rompu avec tous les usages en n’appelant pas son adversaire au soir de sa victoire, a fini par lui souhaiter lundi « bonne chance » dans un tweet.

Bolsonaro va succéder, pour quatre ans, au conservateur Michel Temer, qui lui laissera les rênes d’un pays miné par la violence, le chômage et la corruption.

Jair Bolsonaro devrait se rendre à Brasilia la semaine prochaine pour s’entretenir avec M. Temer, si ses médecins l’y autorisent.

Jair Bolsonaro lors de son vote le 28 octobre 2018 à Rio de Janeiro / © POOL/AFP / RICARDO MORAES

Depuis l’attentat ayant failli lui coûter la vie le 6 septembre, Jair Bolsonaro, qui a subi des perforations de l’intestin, porte une poche de stomie. Il limite les sorties de son domicile et fuit la foule.

– « Changer le modèle économique » –

Le nouveau gouvernement « va changer le modèle économique du pays », a lancé dès dimanche soir Paulo Guedes, futur « super ministre » ultra-libéral, fustigeant le « modèle socio-démocrate » et évoquant les privatisations et la réforme des retraites qui s’annonce épineuse et extrêmement impopulaire.

Bolsonaro élu / © AFP / Aude GENET

Bolsonaro, qui avoue son incompétence en la matière, « devra remettre l’économie en mouvement le plus rapidement possible, car il n’aura une marge que de six mois, ou un an », dit Leandro Gabiati, directeur du cabinet de consultants Dominium, à Brasila.

La Bourse de Sao Paulo a accueilli avec prudence l’élection du candidat fraîchement converti à l’ultra-libéralisme, qu’elle avait déjà anticipée en engrangeant 10% en un mois.

Elle a même perdu 2,24% en clôture sur des prises de bénéfices après avoir ouvert en hausse de plus de 3%. Le réal est momentanément monté à 3,60 pour un dollar, au plus haut face à la devise américaine depuis avril, avant de retomber lui aussi en fin de séance.

Bolsonaro : ce qu’il veut faire / © AFP / Valentina BRESCHI

Les marchés sont dans l’expectative de mesures concrètes et rapides pour redresser une 8e économie mondiale chancelante.

Le président élu, qui n’a fait voter que deux lois en 27 ans de députation, arrive à la tête d’un pays de 208 millions d’habitants sans aucune expérience du pouvoir, comme ses futurs ministres.

Une fois installé dans le palais du Planalto à Brasilia, l’ancien capitaine aura aussi fort à faire pour recoller les morceaux d’un pays qui s’est fracturé profondément.

Haddad félicite Bolsonaro, président élu au Brésil, sur Twitter / © twitter/AFP / –

Les plus optimistes pensent que cet admirateur de la dictature militaire (1964-85) abandonnera sa rhétorique au vitriol une fois au pouvoir. Mais d’autres le voient gouverner d’une manière très idéologique et faire prendre un virage vertigineux au Brésil.

– « Consolider la démocratie  » –

Bolsonaro sera sous la surveillance de la communauté internationale. Il a déjà reçu lundi de l’Union européenne, qui lui a demandé de « consolider la démocratie », le signal qu’il serait sous le radar. A Paris, le président Emmanuel Macron lui a aussi rappelé la nécessité du « respect » des « principes démocratiques ».

Mais à Rome, Matteo Salvini, patron de l’extrême droite italienne et homme fort du gouvernement, s’est félicité qu' »au Brésil aussi les citoyens ont chassé la gauche! ». Steeve Bannon, ex-conseiller de la Maison blanche, s’est réjoui de l’arrivée au pouvoir d’un « leader populiste nationaliste ».

Le président américain Donald Trump avait téléphoné à Bolsonaro, qui l’admire, dès dimanche soir pour le féliciter, ce qu’a fait lundi le président russe Vladimir Poutine dans un communiqué. Lundi, Trump a souhaité dans un tweet « un rapprochement dans les domaines commercial et militaire » avec Brasilia.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu l’a invité en Israël. Bolsonaro veut, comme Trump en mai, faire le transfert hautement polémique de l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem.

Bolsonaro aura-t-il les moyens de mettre en oeuvre sa politique? « Il sera face au Congrès le plus fragmenté de l’Histoire », relève Gaspard Estrada, specialiste de l’Amérique latine à Sciences Po.

Le président « sera tenté de prendre des mesures très dures, sans passer par le Parlement », où il aura beaucoup de mal à former une majorité, dit M. Estrada, qui « craint des dérapages dès le début de son mandat ».

Romandie.com avec(©AFP / (30 octobre 2018 02h34)

Brésil: « Pas lui », les femmes dans la rue contre Bolsonaro

septembre 29, 2018

Manifestation contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle brésilienne Jair Bolsonaro, le 29 septembre 2018 à Rio de Janeiro / © AFP / Mauro Pimentel

Au cri de « Non, pas lui! », des dizaines de milliers de Brésiliennes manifestent samedi contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle Jair Bolsonaro, qui a provoqué une nouvelle polémique en menaçant de ne pas reconnaître les résultats s’il n’était pas élu.

« Ici, il y a des personnes blanches, noires, homosexuelles, des pères et des mères de famille, avec une grande diversité. Et ce type de candidat, ce type de politique ne représente pas la culture brésilienne dans sa grande diversité », a déclaré à l’AFP Beatriz Lorena, une enseignante de 33 ans qui a rejoint la foule massée sur la place Cinelandia et les rues adjacentes, au centre de Rio.

Des dizaines de milliers de personnes étaient également réunies sur l’esplanade Largo da Batata à Sao Paulo.

« Quelqu’un qui défend la violence, le racisme ou dévalorise les femmes ne peut pas être président du Brésil », juge Cristina, 56 ans, présente avec son mari au rassemblement organisé dans la capitale économique du Brésil, première puissance de la région.

L’offensive des femmes lancée au début septembre avec un groupe sur Facebook baptisé « Les femmes unies contre Bolsonaro » est devenue virale après une mobilisation massive sur les réseaux sociaux, au Brésil et à l’étranger.

La chanteuse américaine Madonna a apporté son soutien sur Instagram à #EleNao (Pas lui), le mot-clé de ce mouvement en portugais.

Manifestation contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle brésilienne Jair Bolsonaro, le 29 septembre 2018 à Rio de Janeiro / © AFP / CARL DE SOUZA

« Dans l’histoire récente du pays sud-américain, on ne trouve pas la trace d’une mobilisation aussi importante liée aux femmes », observe Ligia Fabris Campos, professeure de droit à la Fondation Getulio Vargas.

– Diviser le pays –

Des manifestations étaient également organisées par des collectifs de femmes samedi dans plusieurs pays: Etats-Unis, Canada, France, Espagne, Royaume-Uni, Pays-Bas ou Argentine.

Jair Bolsonaro, député de 63 ans, caracole en tête des intentions de vote du premier tour de la présidentielle du 7 octobre. Il est sorti samedi matin de l’hôpital où il avait été admis début septembre, après avoir été poignardé lors d’un bain de foule, a annoncé l’établissement.

Le candidat est à l’origine d’une nouvelle polémique: il a menacé de ne pas reconnaître le résultat des élections s’il n’était pas élu.

Des femmes brésiliens vivant au Chili participent à la manifestation contre le candidat d’extrême droite à la présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro, lancée sur les réseaux sociaux sous le hashtag #EleNao (Pas lui), à Santiago, le 29 septembre 2018 / © AFP / MARTIN BERNETTI

« De ce que je vois dans la rue, je n’accepte(rai) pas un résultat aux élections qui soit différent de mon élection », a-t-il déclaré vendredi à la chaîne Bandeirantes.

Bolsonaro « montre à nouveau qu’il n’est pas prêt pour la démocratie, il veut maintenir le pays divisé », a déclaré le candidat de centre droit Geraldo Alckmin, quatrième dans les sondages, à 10%, au sujet du candidat célèbre pour ses saillies misogynes, homophobes et racistes.

L’ancien capitaine de l’armée a par exemple déclaré à une députée qu’elle ne « méritait pas » qu’il la viole ou déploré la longueur des congés maternité.

Le général Hamilton Mourao, vice-président sur son ticket, a provoqué un tollé en déclarant que les familles monoparentales sans figure paternelle étaient des « fabriques à individus non intégrés qui ont tendance à grossir les rangs des narcotrafiquants ».

– « Les femmes avec Bolsonaro » –

Supportrices du candidat d’extrême droite à la présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro, durant une manifestation des « femmes pour Bolsonaro » à Rio de Janeiro, le 29 septembre 2018 / © AFP / CARL DE SOUZA

D’autres femmes se sont aussi mobilisées pour soutenir M. Bolsonaro, au cours de contre-manifestations samedi dans plusieurs villes au Brésil.

A Copacabana, à Rio, plus d’un millier de personnes étaient rassemblées, dont beaucoup portaient des maillots jaune et vert avec l’inscription « Mon parti c’est le Brésil ».

Jair Bolsonaro « a beaucoup de soutien. Ici, ce n’est que la pointe de l’iceberg », assure Thayane Montero, une étudiante en génie civil de 26 ans, présente avec sa famille.

L’ancien militaire « va en finir avec la corruption, c’est un patriote, il défend la famille traditionnelle », ajoute-t-elle.

Le vote des femmes –52% de l’électorat– va être crucial dans cette élection très imprévisible où le nombre d’indécis reste élevé.

Mais le candidat Bolsonaro souffre d’un taux de rejet très élevé parmi les femmes, environ 50% d’entre elles assurant qu’elles ne voteraient jamais pour lui.

Romandie.com avec(©AFP / (30 septembre 2018 01h40)

Theodorin Obiang pris la main dans le sac au Brésil

septembre 17, 2018

Le vice-président équato-guinéen et sa délégation transportaient des montres de luxe d’une valeur de 15 millions de dollars.

Teodorin Nguema Obiang, en 2013, lors de sa fête d’anniversaire, près de Malabo.

Teodorin Nguema Obiang, en 2013, lors de sa fête d’anniversaire, près de Malabo. Crédits : JEROME LEROY / AFP

Le temps est un bien précieux et Teodorin Obiang Nguema l’a compris. Le fils du président de Guinée équatoriale en a donc fait une passion et dépense sans compter pour habiller son poignet de montres de luxe, souvent uniques au monde. C’est ainsi qu’entre 2005 et 2011, il a dilapidé plus de 10 millions d’euros dans les boutiques de la place Vendôme, à Paris. Il a en plus craqué pour quatre modèles d’exception de montres Cartier, Vacheron, Constantin et Piaget, à 710 000 euros, selon les enquêteurs qui s’intéressaient à son train de vie extravagant dans le cadre de l’affaire dite des « biens mal acquis ». Une coquetterie comparée aux près de 150 millions d’euros blanchis en France entre 1997 et 2011, ce qui lui a valu d’être condamné en octobre 2017 à trois ans de prison et 30 millions d’euros d’amende avec sursis, une décision dont il a fait appel. Pas de quoi affecter le « prince de Malabo », la capitale de son Etat pétrolier d’Afrique centrale, dont il est le puissant et capricieux vice-président.

Exception anachronique et ringarde

Après avoir organisé une fête démesurée pour ses 49 ans, en juin, à Malabo, après avoir posé avec Nicolas Sarkozy et croisé Vladimir Poutine le mois suivant dans les tribunes VIP de la Coupe du monde de football, à Moscou, Teodorin Obiang Nguema a trouvé le temps de se rendre au Brésil. Son avion privé se pose vendredi 14 septembre sur le tarmac d’un aéroport près de Sao Paulo. Là, les douaniers sont stupéfaits lorsqu’ils examinent deux des dix-neuf bagages de la délégation équato-guinéenne, composée de onze membres.

A l’intérieur d’une première valise Louis Vuitton : 1,5 million de dollars (1,3 million d’euros) en espèces – le maximum autorisé est fixé à 2 400 dollars. Dans la seconde, des montres de luxe, pour certaines gravées de ses initiales, dont la valeur s’élèverait à 15 millions de dollars. Un nouveau scandale pour celui qui a déjà été accusé d’utiliser de l’argent de la corruption et de détournements de fonds publics pour acquérir des biens aux Etats-Unis, et qui est toujours visé par une enquête en Suisse pour l’acquisition suspecte de deux yachts.

Les frasques de Teodorin Obiang Nguema s’accumulent. Au sein de l’élite du continent, où l’Union africaine a fait de la lutte contre la corruption sa priorité, « Teodorin » est en passe de devenir une exception anachronique et ringarde, voire honteuse. Lui n’en a cure. Il met en scène sa vie fastueuse sur les réseaux sociaux comme s’il était intouchable. Et comme s’il était acquis que le « prince » succédera un jour à son père, qui dirige la Guinée équatoriale d’une main de fer depuis trente-neuf ans. Après tout, il a le temps et les montres, le pouvoir et l’impunité – dans son pays seulement.

Lemonde.fr par Joan Tilouine