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Conte : Le Bûcheron et le Cerf

juin 18, 2011

Il était une fois, Tâ Samba dia Nkouni, un Bûcheron, aux biceps arrondis, aux mollets de bouteille ventrue, à l’allure robuste et fort, vivait dans l’hémisphère boréal avec sa femme Mâ Oumba dia Pandou.

Samba dia Nkouni avait pour activité principale celle de couper le bois de pin avec sa hache fabriquée aux Forges de Saint-Maurice, à Trois-Rivières, au Québec, au Canada. Il prenait ses dispositions de chauffage à l’automne pour affronter l’hiver rude, âpre et dur.

Fort réputé dans l’abattage, il était connu de tout le monde dans sa communauté. Chaque ménage passait la commande chez lui au point où son nom était devenu une grande référence inoubliable et mémorable. Sa grande et belle maison qu’il avait construite dans la localité était facilement repérée de loin car du haut de sa cheminée s’échappait toujours en l’air de la fumée du bois combustible.

Travailleur assidu, consciencieux, organisé et infatigable, il rassemblait ses coupes et les entreposait dehors dans un hangar soutenu par de nombreux pieux solidement enfouis dans le sol.

Il ne craignait rien dans sa terre d’accueil. Il ne se reprochait d’aucun cas de conscience dans sa patrie d’adoption. Il voulait juste s’affirmer, prendre sa place dans la société et avoir de la considération humaine.

Un soir pendant qu’ils étaient autour du feu, mangeant des pommes de terre et des topinambours enfouis sous la cendre, sa femme Oumba dia Pandou entendait un troupeau de cerfs qui bramait.

Des cris d’animaux qui leur étaient familiers pour ces ruminants nomades venant des massifs résineux vers des montagnes peuplées de sapin car c’était leur heure préférée du crépuscule somnolent dans le bois vert pour se promener, manger des bourgeons, des jeunes pousses des arbres et arbustes mais aussi du maïs et des pommes pendant la nuit.

Après avoir partagé des heureux moments dans le crépitement des étincelles du bois torchant leur singulier visage qui brillait de jais. Ils dormirent, rêvèrent des paysages d’Afrique, des parties de chasse, de pêche et des travaux champêtres.

Le lendemain matin, dans les prémisses des bulles de la rosée qui avaient formé des cristaux de glace, au moment où elle descendait au puits pour prendre l’eau de la journée, elle vit un gros Cerf qui, après avoir traîné des paquets de bois assemblés, s’était accroché à un morceau d’arbre coupé la veille qui le retenait dans sa marche pendant un long moment.

Surprise de la découverte, elle déposa précipitamment son récipient par terre et courut avertir son mari qu’elle venait de voir un voleur avec un fagot de bois de son hangar en disant : « Tata Samba, Tata Samba voumbounka, Mwivi wu bahoukiri na nkouta nkouni (Monsieur Samba, Monsieur Samba, réveille-toi, un voleur s’est fait prendre avec un fagot de bois).

Le Bûcheron portant son pantalon attaché avec une écorce d’arbre sous forme de ceinture, prit sa chemise en peau d’ours et se rendit en toute vitesse au lieu de la capture par la nature. Là il trouva le voleur. C’était un grand Cerf élancé, au poitrail massif et au cou allongé d’un beau brun des feuilles mortes de l’automne. L’animal était fatigué. Sa respiration était haletante et s’était recroquevillé sur ses pattes, les yeux ampoulés et le regard vide de sens, transpirant à grosses gouttes. A force de chercher d’avancer avec sa lourde charge, il avait creusé un gros trou à l’endroit de son immobilisation. Le propriétaire alla informer le service des eaux et forêts qui vint constater l’infraction. Le Cerf fut conduit au tribunal situé à la place publique du marché central – noir de monde – pour soustraction frauduleuse de bois pendant la nuit, à l’insu et sans autorisation du propriétaire.

Interrogé par un grand Ours qui faisait, à la fois, office de président et de procureur de la couronne; il avoua qu’il avait posé son acte parce qu’il avait besoin de bois pour préparer de l’eau chaude de sa femme, une belle Biche aux oreilles effilées et aux pattes fines qui attendait maternellement dans les prochains jours un faon qui naîtrait de leur rut.

L’Ours était très sévère sur la sentence qui serait appliquée contre le Cerf consistant de lui couper les pattes afin de l’empêcher de marcher et de se rendre encore d’aventure dans un quelconque lieu pour voler le bois. Mais Tâ Samba dia Nkouni regardant la Biche en gestation qui était venue soutenir son mari, le Cerf, et assise à côté de sa femme Oumba dia Pandou, plongea dans une pitié lamentable de la dure sanction de la couronne et réclama contre le malfaiteur puisqu’il aime voler le bois de le condamner seulement à porter son fagot sur la tête sans le lui enlever. Cette peine fut acceptée et arrêtée à l’audience.

Dès lors on chargea sur la tête du Cerf qui avait à l’époque de petites cornes, un branchage de bois qui est devenu désormais ses cornes pouvant pousser à partir du 9e mois sur la tête du mâle et tombant chaque année en début du printemps chez les jeunes et en fin de l’hiver chez les cerfs âgés.

L’Ours leva la séance, Tâ Samba dia Nkouni et sa femme Oumba dia Pandou rentrèrent chez-eux dans la joie de l’application de la peine.

Quant à la Biche, elle sanglotait s’essuyant entre les pattes, éternuant tout en consolant son mari le Cerf qui bavait et marchait en petits bonds de seconde nature avec son fardeau.

C’est pourquoi depuis lors le Cerf d’Amérique du nord et celui d’Europe porte un branchage de cornes sur la tête – contrairement à celui d’Afrique – pour avoir volé du bois chez Tâ Samba dia Nkouni.

La faute des pères peut avoir des conséquences sur la vie des enfants, la postérité et les générations futures.

© Bernard NKOUNKOU