Posts Tagged ‘Burkina Faso’

Burkin-Faso/Assassinat de Thomas Sankara : ce qu’il faut retenir du premier jour du procès historique

octobre 11, 2021
Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

L’heure du procès a enfin sonné. Plus de trois décennies après l’assassinat du président burkinabè, le 15 octobre 1987, les audiences ont démarré devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Revivez cette première journée grâce aux envoyés spéciaux de « Jeune Afrique ».

15h33 – Les audiences suspendues jusqu’au 25 octobre 

Le président du tribunal, le juge Urbain Méda, a annoncé que les audiences reprendront le 25 octobre à 9h.

Les défenseurs des accusés réclamaient un délai plus long, d’un mois, afin que les avocats commis d’office puissent prendre connaissance du dossier. Le magistrat a estimé que quinze jours étaient suffisants, comme l’avait plaidé le procureur.

Par ailleurs, le tribunal a décidé de rejeter les demandes formulées par les avocats des parties civiles, qui souhaitaient que le procès soit filmé.

13h45 – Plusieurs semaines de procès

Alors que l’audience est suspendue depuis près de deux heures, nous allons clôturer ce live.

À retenir :

· Le procès s’est ouvert peu après 9 h dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. Un dispositif exceptionnel a été mis en place. Environ 150 personnes assistaient à cette première audience, en grande majorité des journalistes, mais aussi des membres des familles de Thomas Sankara et des douze autres victimes de la tuerie du 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente.

· Douze hommes étaient dans le box des accusés, mais deux manquaient à l’appel : Blaise Compaoré, accusé d’être le commanditaire du crime, qui est en exil à Abidjan depuis 2014, et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir été à la tête du commando. Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, sera donc particulièrement scruté.

· Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président, a fait le déplacement depuis Montpellier, où elle réside. Elle a regretté l’absence du principal accusé, Blaise Compaoré.

· Attendue depuis 34 ans par les familles des victimes, cette première journée d’audience était essentiellement consacrée au règlement de questions formelles. Les audiences doivent durer plusieurs semaines.

12h45 – Absence de Compaoré : « Un vrai homme viendrait s’expliquer »

Mariam Sankara a fait quelques déclarations sur l’absence du principal accusé, l’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, à ce procès : « Blaise Compaoré a fui et ne veut pas rentrer [au Burkina Faso] pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Un vrai homme viendrait s’expliquer », a dénoncé la veuve de Thomas Sankara.

Blaise Compaoré, 70 ans, est en exil en Côte d’Ivoire depuis qu’il a été renversé par un soulèvement populaire en 2014. Selon son avocat, Pierre-Olivier Sur, il refuse de répondre à cette cour car il s’agit d’un « procès politique ».

12h00 – Alouna Traoré : « Nos rêves de révolution »

Alouna Traoré, ancien collaborateur de Thomas Sankara et seul survivant de la tuerie du 15 octobre 1987, est présent au procès. « J’éprouve un sentiment de soulagement. On n’y croyait plus mais finalement ce procès se tient enfin. C’est une opportunité unique de rétablir la vérité, a-t-il déclaré à Jeune Afrique. Maintenant, nous voulons que justice soit faite. La justice ne pourra pas nous restituer les rêves de changement de la société que nous avions sous la révolution, mais elle pourra au moins restituer la vérité. Elle finira par être connue. Quant à nos rêves de révolution, c’est aux nouvelles générations de les porter désormais.

11h55 – Suspension d’audience

L’audience a de nouveau été suspendue par le président Urbain Méda. Le juge veut consulter les parties sur le chronogramme de l’audience.

11h15 – Les « autres » accusés

Quatorze hommes sont inculpés et trois d’entre eux sont bien connus : Blaise Compaoré, l’ancien président burkinabè, qui est accusé d’avoir commandité le crime, Gilbert Diendéré, l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, qui est accusé de l’avoir organisé, et Hyacinthe Kafando, qui est soupçonné d’être le chef du commando.

Mais qui sont les onze autres ?

Trois hommes étaient gardes du corps de Blaise Compaoré au moment des faits et sont poursuivis pour « assassinat » : le caporal Idrissa Sawadogo, les soldats de première classe Nabonswendé Ouédraogo et Yamba Elysée Ilboudo.

Tout comme le sergent Bossobè Traoré, poursuivi pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’État », ils officiaient au Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô au moment des faits, en 1987. Créé par Thomas Sankara en 1976, ce centre situé dans le sud du Burkina, à la frontière avec le Ghana, avait dès le début la vocation de former et d’héberger les meilleurs militaires du pays. En 1987, il était dirigé par Blaise Compaoré, qui était secondé par Gilbert Diendéré.

Trois autres accusés servaient à Pô, cette fois-ci au sein de l’escadron motocycliste : le colonel Tibo Ouédraogo, l’adjudant-chef Albert Pascal Sibidi Belemlilga et Diakalia Démé.

Parmi les inculpés, il y a également Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm, qui officiait au camp militaire de Bobo-Dioulasso, et le soldat Nina Tondé.

Enfin, il y a deux anciens médecins militaires : Alidou Jean Christophe Diébré et Hamado Kafando. Ce sont eux qui ont inscrit sur le certificat de décès de Thomas Sankara que le président du Faso était décédé de « mort naturelle ».

11h10 – Les assesseurs choisis

Après un nouveau débat sur les liens qui ont pu exister entre les assesseurs tirés au sort et les accusés, trois officiers supérieurs ont finalement été retenus comme assesseurs militaires titulaires pour composer la chambre. Il s’agit du colonel-major Boureima Ouédraogo, du colonel-major Alfred Somda, et du colonel Saturnin Poda.

10h45 – Thomas Sankara : derniers instants, derniers témoins, derniers secrets…

Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986.
Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986. © Pascal Maitre/Archives JA

« Il a à peine franchi la porte de la villa qu’il est littéralement canardé. Les assaillants étaient venus pour tuer ! » Dans Il s’appelait Sankara, paru deux ans après la mort de l’ancien président, Sennen Andriamirado, rédacteur en chef de Jeune Afrique et intime de l’ex-chef de l’État, faisait le récit des dernières heures de Thomas Sankara.

10h30 – Urbain Méda, le juge

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

L’homme qui a la lourde charge de présider les audiences de ce procès historique est Urbain Méda. S’il sera assisté de militaires, lui est un civil.

Il a été président du tribunal de grande instance de Ouagadougou, puis de ceux de Dori (dans le nord du pays) et Koudougou (à l’ouest de la capitale). C’est aujourd’hui en qualité de président de la chambre de première instance du tribunal militaire qu’il officie.

10h25 – Les révélations de Moussa Diallo, l’ex-aide de camp du « camarade capitaine » 

Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021.
Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021. © Vincent Fournier pour JA.

« En idéaliste qu’il était, il se pensait sûrement plus utile pour la cause mort que vivant ». Moussa Diallo, l’ancien aide de camp de Thomas Sankara était l’un des maillons essentiels du dispositif de l’ancien président burkinabè. Il a accepté de livrer son témoignage en exclusivité à Jeune Afrique.  

Au-delà des anecdotes sur le « camarade capitaine » dont il fut l’un des plus proches collaborateurs, Moussa Diallo revient sur les semaines qui ont précédé l’assassinat du président burkinabè. La montée des tensions avec Blaise Compaoré, la manière dont Thomas Sankara faisait face, jusqu’à ce jour fatidique du 15 octobre 1987. L’intégralité de ce témoignage est à retrouver dans notre article ci-dessous.  

10h15 – Dispositif sécuritaire renforcé

Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou.
Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou. © Sam Mednick/AP/SIPA

Un dispositif sécuritaire renforcé a été mis en place autour de la salle des Banquets de Ouaga 2000 durant toute la durée du procès. Trois entrées sont prévues pour accéder à l’intérieur de la salle : une pour les magistrats et les officiels, une pour les accusés, et une pour le public.

Le port de tout vêtement, accessoire ou pancarte à l’effigie d’un des accusés ou d’une victime est interdit dans la salle d’audience, tout comme à ses abords.

10h00 – Problème d’assesseurs

L’audience a été suspendue à 9h40 car les deux généraux de brigade qui ont été appelés pour être assesseurs se sont récusés. Brice Bayala a mis en avant des raisons de santé et Ouedraogo Nazingouba sa proximité avec certains accusés, dont Gilbert Diendéré et Blaise Compaoré, dont il fut le médecin personnel.

Alors que les assesseurs doivent théoriquement être de grade égal ou supérieur à celui de l’accusé le plus haut gradé (en l’occurrence Gilbert Diendéré, qui est général), le juge a dû suspendre l’audience afin qu’une dérogation lui permettant de choisir des assesseurs de grade inférieur soit acceptée.

9h40 – Audience suspendue

L’audience s’est ouverte à 9h10 exactement, selon nos correspondants sur place. Le juge Urbain Méda, qui présidera les débats lors de ce procès, a fait son entrée dans la salle d’audience.

Il a d’abord lu l’ordonnance n°004 sur la  délocalisation du tribunal dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 – une mesure exceptionnelle à la mesure de ce procès. Il a ensuite procédé à l’appel des accusés et constaté l’absence de deux d’entre eux – Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando.

Enfin, ce juge, qui est le président du tribunal de première instance, a demandé au greffier en chef de procéder au tirage au sort de trois juges militaires qui officieront en tant qu’assesseur et suppléants. Mais une difficulté est apparue qui a contraint à suspendre temporairement l’audience.

9h35 – [Vidéo] Trois minutes pour comprendre les enjeux d’un procès historique

Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de trente ans pour que le procès s’ouvre enfin ? Quelles seront les conséquences de l’absence de Blaise Compaoré ? Pourquoi les thèses de la « main de l’étranger » dans l’assassinat de l’ancien président burkinabè ne sera pas abordée lors des audiences ?

Décryptage des enjeux du procès en vidéo :
https://www.youtube.com/embed/TCrqPrMzWa4

9h25 – Mariam Sankara, vêtue de bleu, à l’ouverture du procès

Benjamin Roger / JA

9h15 – Un procès enterré… puis ressuscité

Thomas Sankara et ses douze compagnons tués le 15 octobre 1987 ont été immédiatement enterrés à la sauvette. Leur mort devient tabou et quasiment impossible à évoquer pendant des années. Alors que Blaise Compaoré, suspecté d’être le commanditaire de cet assassinat, a pris le pouvoir, le régime refuse de lancer une quelconque enquête.

Le dossier est enterré, mais Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara, porte plainte contre X en 1997 pour éviter que l’affaire soit prescrite. Il lui faudra encore attendre des années avant qu’un juge ne s’en empare.

C’est en 2014, alors que Blaise Compaoré est renversé après 27 années de pouvoir, que l’espoir renaît pour la famille Sankara. En mars 2015, un juge ouvre une enquête, puis auditionne Mariam Sankara deux mois plus tard. « J’ai été entendue. J’ai eu l’impression que le juge voulait vraiment aller au bout de cette enquête, je ne peux qu’espérer que cela se passe bien », déclare-t-elle à l’époque.

Six ans d’instruction plus tard, la voilà ce matin, dans la salle d’audience, pour assister au procès.

9h00 – Ouverture du procès imminente

Il est 9h00 à Ouagadougou, le procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara doit désormais s’ouvrir d’un instant à l’autre.

8h55 – Gilbert Diendéré, bras-droit de Blaise Compaoré

Gilbert Diendéré fait figure de principal accusé. Ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, il est poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins dans le dossier Sankara.

Lors de l’assassinat de Thomas Sankara, il était le commandant adjoint des para-commandos de Pô et faisait déjà office de bras droit de Compaoré. Ce sont ses hommes qui ont tiré sur Sankara et ses douze camarades. Véritable boite noire du régime Compaoré pendant vingt-sept ans, il a été arrêté à la suite d’une tentative de putsch raté en 2015, pour laquelle il a été condamné à vingt ans de prison.

8h50 – Les accusés sont dans la salle d’audience

Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021.
Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Nos journalistes, Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly, sont dans la salle d’audience du tribunal militaire.

Neuf accusés sont déjà présents. Douze doivent venir – les deux autres, l’ancien président Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir dirigé le commando qui a tué Thomas Sankara, seront jugés par contumace.

Dans le box, Gilbert Diendéré sera le plus scruté. C’est le seul à comparaître ce matin en treillis militaire. Benjamin Roger a pu échanger quelques mots avec lui. Détendu et souriant, il lui a déclaré : « Je ne peux rien vous dire pour l’instant, mais je vous invite à venir quand je témoignerai. »

8h45 – Des journalistes mais peu de curieux

Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021.
Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

À une demi-heure de l’ouverture du procès, seules quelques dizaines de personnes attendaient de pénétrer dans la salle d’audience. Des journalistes pour la plupart. Tous sont méticuleusement fouillés, dans le calme.

Quelques personnalités sont également présentes, comme Cheriff Sy, l’ancien ministre de la Défense, ou Domba Jean-Marc Palm, ancien ministre et spécialiste de l’histoire politique du Burkina Faso.

8h35 – Mariam Sankara attendue au procès

Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président burkinabè, est aussi attendue à l’ouverture de ce procès pour lequel elle se bat depuis trois décennies. Elle est arrivée dimanche 10 octobre de Montpellier, dans le sud de la France, où elle réside depuis plusieurs années. Philippe et Auguste, les deux fils du couple Sankara, qui vivent aux États-Unis, ne seront, eux, pas présents. Plusieurs frères et sœurs de l’ancien président, comme Valentin ou Odile, devraient également assister à l’ouverture de l’audience.

8h20 – Les accusés arrivent au tribunal

Benjamin Roger pour JA

Les douze accusés viennent d’arriver à la salle des Banquets de Ouaga 2000, nous informe notre envoyé spécial, Benjamin Roger. Derrière les vitres des bus qui les amènent à la salle d’audience, on les distingue, habillés en treillis militaire.

Quatorze personnes sont inculpées dans ce dossier, mais seuls douze vont comparaître. Les deux principaux accusés, l’ancien président Blaise Compaoré, et Hyacinthe Kafando, ne sont pas présents. Le premier est en exil à Abidjan depuis sa chute en 2014 et le second a fui le Burkina Faso, il est toujours recherché.

8h05 – Un procès historique

Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons doit s’ouvrir ce lundi 11 octobre à 9h GMT devant la chambre de première instance du tribunal militaire de Ouagadougou. Pour des questions logistiques, il se tiendra dans la salle des Banquets de Ouaga 2000, comme cela avait été le cas pour le procès du putsch manqué de 2015, qui s’y était tenu entre février 2018 et septembre 2019.

Ce procès historique, attendu par de nombreux Burkinabè depuis plus de trente ans, est ouvert au public dans la limite des quelques centaines de places de cette salle des Banquets.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Assassinat de Thomas Sankara : enfin la vérité ?

septembre 28, 2021
Thomas Sankara.

Qui a tué l’ancien président burkinabè, icône de la révolution ? C’est un procès historique qui doit s’ouvrir le 11 octobre à Ouagadougou, au cours duquel seront notamment jugés Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

L’heure du procès a enfin sonné, mettant fin à plus de trente ans d’attente, durant lesquels l’enquête judiciaire a d’abord été enterrée, avant d’être relancée après la chute du régime de Blaise Compaoré, en 2014. Le 11 octobre, à 9 heures, s’ouvrira, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, le 15 octobre 1987. Un procès historique dont les audiences seront publiques tant cette affaire d’État cristallise l’attention des Burkinabè – et de nombreux Africains – depuis trois décennies. 

En tout, 14 prévenus sont appelés à comparaître devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Parmi eux, des membres du commando qui a tué Sankara, des complices, mais aussi et surtout trois hommes dont beaucoup pointent depuis longtemps la responsabilité directe dans cet assassinat : Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando. Ancien aide de camp de Sankara et ex-commandant adjoint de la gendarmerie nationale, Moussa Diallo était l’un des intimes du président assassiné. En amont du procès, ce témoin de premier plan qui a longtemps gardé le silence s’est longuement confié à JA. Et livre des détails inédits sur la fin sanglante de la révolution burkinabè.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Poulet bicyclette burkinabè : entre fierté inébranlable et méfiance actuelle

septembre 2, 2021
Damien Glez

Après un scandale sanitaire viral et une volonté politique de labelliser le « poulet bicyclette », le gallinacé burkinabè sera-t-il l’animal de la concorde ou de la discorde ?

Au pays des Hommes intègres, le scandale numéro un de l’hivernage 2021 a un goût de poulet qui peine à s’estomper. Le 12 août dernier, une internaute affirmait, sur le groupe éConsomm’Action de Facebook, qu’elle venait de trouver deux aiguilles dans l’aile d’un poulet flambé acheté aux grilleurs de l’espace culturel Morène, dans le quartier ouagalais de la Patte-d’oie. Dans ce pays friand de gallinacés, le cliché du délit deviendra viral et le responsable du lieu ne cherchera pas à démentir, tout en exprimant sa perplexité.

Rapidement, les commentaires s’enflammeront comme le feu qui flambe les poulets. Les uns émettront des hypothèses allant du recyclage d’un volatile utilisé au cours d’un sacrifice rituel à une opération de sabotage concurrentiel. Les autres trouveront de quoi rire, dans ce scandale glaçant, imaginant un poulet styliste, coiffeur, voire adepte d’implants contraceptifs Norplant.

Galvaniser le poulet burkinabè

Comme à l’accoutumée, si un fait divers n’autorise aucune généralisation, il dépeint, sous l’angle qui est le sien, telle ou telle société. Le marché national et la réputation internationale des volatiles « made in Faso » ne sont pas anodins, en témoigne la volonté récente des ministères du Commerce et des Ressources animales de créer un label pour le « poulet bicyclette ». Les aiguilles de « l’affaire Morène » seront-elles une épine dans le pied du gouvernement ?

Le « poulet bicyclette » désigne la volaille locale non congelée nourrie de végétaux issus des restes de récolte et de ménage. L’expression ferait référence à la démarche saccadée d’un poulet élevé en plein air ou au vélo que les vendeurs utilisent pour amener les gallinacés du village aux différents marchés.

Le poulet local est tellement prisé – 80 000 têtes seraient consommées chaque jour, rien qu’à Ouagadougou – qu’il ne suffit pas à satisfaire la demande nationale. En outre, il subit de plein fouet la concurrence d’éleveurs des Pays-Bas, du Ghana ou de Côte d’Ivoire. La croissance rapide des volatiles de chair ou hybrides permet une meilleure rentabilité. Les poulets « de race » n’ont besoin que de 45 jours pour atteindre leur poids de vente, contre quatre à cinq mois pour leurs concurrents burkinabè.

C’est donc pour galvaniser ces derniers et promouvoir leur production que le gouvernement du Faso entend créer un label. Le processus de normalisation tiendra compte de la race de l’animal, d’une utilisation modérée de produits vétérinaires, d’une alimentation en partie composée de résidus alimentaires et d’un espace de vie en plein air. En attendant – qui sait ? –, une inscription du poulet bicyclette au patrimoine immatériel de l’Unesco, aux côtés du couscous maghrébin et du « repas gastronomique des Français »…

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Burkina Faso : les casseroles de Blaise Compaoré

août 25, 2021
Glez

Le procureur de la Haute Cour de justice vient d’annoncer que le procès des membres du gouvernement soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la répression de l’insurrection de 2014 allait pouvoir s’ouvrir. Et l’ancien président pourrait de nouveau être sommé de répondre aux questions des juges.

Si la récente attribution du portefeuille de la Défense au président du Faso est « une erreur tactique », selon l’analyste burkinabè Luc Damiba, le cumul de ces deux fonctions peut carrément s’avérer une mauvaise idée. Les 34 membres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré pourraient en effet bientôt comparaître devant la Haute Cour de justice. Et l’ancien président cumulait, au moment des faits, la magistrature suprême et le maroquin de la Défense, comme c’est parfois le cas dans des pays africains à la contestation galopante.

À balles réelles

En 2014, Compaoré tentait de modifier la Constitution pour que celle-ci lui permette de continuer à briguer la magistrature suprême malgré 27 années déjà passées au pouvoir. Après sa chute, le 31 octobre, c’est la Haute Cour de justice qui fut saisie pour poursuivre les membres de l’équipe du Premier ministre d’alors pour leur implication présumée dans la répression de l’insurrection.

Luc-Adolphe Tiao avait notamment signé une réquisition spéciale qui « aurait fourni aux forces de défense et de sécurité les instruments et moyens qui leur auraient permis de tirer à balles réelles sur des manifestants ». En ce mois d’octobre 2014, 24 personnes seront tuées et 625 blessées, selon une enquête officielle de la transition.

Composée de députés et de magistrats de grade exceptionnel, la Haute Cour de justice est la juridiction compétente pour juger les membres du gouvernement pour des crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions. Après quatre années de suspension pour des raisons de procédure, son procureur vient d’annoncer que le dossier était prêt et qu’il n’attendait plus que l’Assemblée nationale pour fixer la date d’ouverture du procès.

Blaise Compaoré se serait bien passé de cette perspective judiciaire, d’autant que le procureur militaire du Burkina Faso a annoncé, le 17 août dernier, que le procès public de l’assassinat de Thomas Sankara allait débuter le 11 octobre, soit quatre jours avant le 34e anniversaire de la mort de l’ancien président et de ses douze compagnons. L’exilé d’Eburnie y est accusé d’« attentat à la sûreté de l’État », de « complicité d’assassinats » et de « complicité de recel de cadavres ».

Tentatives de négociations

Alors que l’actuel ministre burkinabè de la Réconciliation nationale – l’ex-chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré – échafaude un forum pour tenter de réconcilier les Hommes intègres, ces procédures judiciaires ne seront-elles que des formalités pour ensuite pouvoir amnistier les acteurs de l’histoire récente du Faso ? Conscient que le régime actuel est largement constitué d’anciens collaborateurs du président déchu, le Réseau international justice pour Sankara dénonce déjà les « tentatives des autorités burkinabè de négocier son retour avec Blaise Compaoré ».

Que pense le successeur de Sankara d’un processus « vérité-justice-réconciliation » clivant ? Peu loquace lorsqu’il était au pouvoir, l’exilé est tout bonnement muet depuis qu’il en a été chassé.  Et il est peu probable que le régime ivoirien décide un jour de l’extrader.

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Assassinat de Thomas Sankara : un procès sans Blaise Compaoré ?

août 18, 2021
Le capitaine Thomas Sankara, président du Burkina Faso, le 7 février 1986 à Paris.

Le procureur militaire a annoncé l’ouverture du procès des assassins présumés de l’ancien président burkinabè et de ses compagnons, tués en octobre 1987. Parmi les accusés figure Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire depuis sa chute.

Depuis le 14 avril, le procès semblait inéluctable. Ce jour-là, la chambre de contrôle de l’instruction avait renvoyé le dossier de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara et de ses douze compagnons en jugement devant le tribunal militaire de Ouagadougou.

En annonçant, ce mardi 17 août, qu’une date a finalement été retenue, le procureur militaire vient donc confirmer que justice va être rendue dans ce dossier vieux de trente-quatre ans : ce sera le 11 octobre 2021, à partir de 9 heures. « Cette audience de la chambre de jugement, délocalisée dans la salle des banquets de Ouaga 2000, est publique », est-il précisé dans un communiqué. Les Burkinabè sont invités à suivre les audiences dans cette salle des fêtes transformée pour l’occasion en tribunal.

« Attentat à la sûreté de l’État »

Quatorze personnes vont être jugées pour l’assassinat du père de la révolution burkinabè, le 15 octobre 1987 : l’ancien président Blaise Compaoré ; Gilbert Diendéré, qui est déjà sous le coup d’une condamnation à vingt ans de prison pour le putsch manqué de 2015 ; Hyacinthe Kafando ; Bossobè Traoré ; Nabonswendé Ouédraogo ; Idrissa Sawadogo ; Yamba Elysée Ilboudo ; Tibo Ouédraogo ; Albert Pascal Sibidi Belemlilga ; Diakalia Démé ; Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm ; Alidou Jean Christophe Diébré ; Hamado Kafando et Ninda Tondé.

Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont accusés d’« attentat à la sûreté de l’État » et de « complicité d’assassinat ». L’ex-président et celui qui fut son chef d’état-major particulier sont également poursuivis pour « recel de cadavres ». Les charges d’« assassinat », que l’accusation avait initialement réclamées à l’encontre de Diendéré, n’ont finalement pas été retenues, mais il sera poursuivi pour « subornation de témoins ».

Quatre hommes, qui comptaient parmi les gardes du corps de Blaise Compaoré à l’époque des faits, seront pour leur part jugés pour « assassinat ». Il s’agit de Nabonsouindé Ouedraogo, Idrissa Sawadogo, Yamba Élysée Ilboudo et Hyacinthe Kafando.

Ce dossier politico-judiciaire a été relancé après la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014. Si le cas de l’ex-président cristallise l’attention, il y a toutefois peu de chances qu’il assiste à son procès. En exil en Côte d’Ivoire depuis 2014, pays dont il a pris la nationalité, il ne devrait pas être extradé malgré les mandats d’amener délivrés par la justice burkinabè.

Retour au pays compromis

Depuis quelques mois, des discussions ont lieu entre les autorités des deux pays. Alors que Roch Marc Christian Kaboré a placé son second mandat sous le signe de la réconciliation, les partisans de Blaise Compaoré ont fait de son retour l’une des conditions de leur participation à d’éventuelles discussions. Zéphirin Diabré et Kouadio Konan Bertin, ministres de la Réconciliation respectifs des deux pays, ont d’ailleurs échangé sur la question.

L’annonce de l’ouverture prochaine du procès compromet néanmoins l’hypothèse d’un retour. « Cela serait évidemment mieux que Blaise Compaoré soit là, avait confié en mars dernier à Jeune Afrique Me Guy Hervé Kam, avocat de certaines familles de victimes. Mais il y a suffisamment d’éléments et de témoignages dans le dossier qui permettent de montrer qu’il était le cerveau de cette affaire. »

Par Jeune Afrique

Burkina Faso : l’extradition de François Compaoré suspendue par la CEDH

août 6, 2021
François Compaoré, à Paris, le 12 septembre 2017.

La Cour européenne des droits de l’homme a suspendu ce vendredi l’extradition de la France vers le Burkina Faso de François Compaoré. Le frère du président déchu Blaise Compaoré est mis en cause dans l’assassinat en 1998 d’un journaliste d’investigation, Norbert Zongo.

Alors que le Conseil d’État avait validé son extradition, François Compoaré a appris que la Cour européenne des droits de l’homme avait suspendu ce vendredi l’extradition de la France vers le Burkina Faso. Il est mis en cause dans l’assassinat en 1998 d’un journaliste d’investigation, Norbert Zongo.

« La Cour a décidé d’indiquer au gouvernement français, en vertu de l’article 39 » du règlement de la CEDH qui régit les « mesures provisoires », que François Compaoré « ne devrait pas être extradé vers le Burkina Faso pendant la durée de la procédure devant la Cour », a indiqué dans un communiqué laconique le bras juridique du Conseil de l’Europe.

Les mesures provisoires de la Cour « ne s’appliquent que lorsqu’il y a un risque imminent de dommage irréparable », souligne la CEDH, qui insiste sur le fait qu’elles « ne présagent pas de ses décisions ultérieures sur la recevabilité ou sur le fond des affaires en question ».

Satisfecit des avocats de Compaoré

Les avocats de François Compaoré, François-Henri Briard et Pierre-Olivier Sur, ont salué dans un communiqué une « décision indépendante et impartiale ». « La position de la Cour, qui protège désormais Paul François Compaoré des traitements inhumains et dégradants auxquels il était exposé et lui assure un procès équitable, contredit avec éclat les déclarations du Président de la République française, l’avis de la Cour d’appel de Paris, l’arrêt de la Cour de cassation et l’arrêt du Conseil d’Etat français, (…) hélas unanimes pour approuver cette mesure d’extradition », ajoutent-ils.

Le Conseil d’État français avait validé vendredi dernier l’extradition de François Compaoré, 67 ans, vers le Burkina Faso mais ses avocats avaient saisi la CEDH « afin qu’elle fasse échec à l’extradition envisagée ». La Cour, basée à Strasbourg, avait donné jusqu’à mardi soir à Paris pour fournir des garanties sur le fait qu’il ne risquait pas d’être torturé, notamment.

Trois ex-soldats déjà inculpés

Norbert Zongo, auteur de plusieurs enquêtes retentissantes dénonçant une mauvaise gouvernance sous le régime Compaoré, avait été tué avec trois de ses compagnons. Les quatre dépouilles avaient été retrouvées calcinées dans le sud du Burkina.

En juin 2019, la Cour de cassation française avait rejeté le pourvoi de François Compaoré contre son extradition vers Ouagadougou, où le dossier de l’assassinat du journaliste, classé en 2006 après un « non-lieu » en faveur du seul inculpé, a été rouvert à la faveur de la chute de Blaise Compaoré.

François Compaoré avait été arrêté à l’aéroport parisien de Roissy en octobre 2017, en exécution d’un mandat d’arrêt émis par les autorités de Ouagadougou. Mais à ce jour, il n’est pas inculpé dans son pays, à la différence de trois ex-soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré.

Par Jeune Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso : le Conseil d’Etat valide l’extradition de François Compaoré

juillet 30, 2021

Le frère cadet de l’ancien chef de l’Etat burkinabé est poursuivi pour « incitation à assassinat » du journaliste d’investigation Norbert Zondo, tué en décembre 1998.

Francois Compaore, en 2012 à Ouagadougou
Francois Compaore, en 2012 à Ouagadougou AHMED OUOBA / AFP

La bataille juridique n’est pas terminée, mais un pas important vers un futur procès vient d’être franchi. Le conseil d’Etat a validé, vendredi 30 juillet, l’extradition vers Ouagadougou de François Compaoré, frère cadet de l’ancien président Blaise Compaoré qui a dirigé le Burkina Faso de 1987 jusqu’à une insurrection populaire en 2014. François Compaoré, âgé de 67 ans, est poursuivi dans le cadre de l’affaire Norbert Zongo, célèbre journaliste burkinabé tué le 13 décembre 1998 avec trois de ses compagnons (Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma, Ernest Zongo) et dont les dépouilles avaient été retrouvées calcinées dans le sud du Burkina. Leur mort avait provoqué une très vive émotion au « Pays des hommes intègres ».

Arrêté à l’aéroport de Roissy en octobre 2017 en exécution d’un mandat d’arrêt émis par Ouagadougou pour « incitation à assassinat », François Compaoré avait demandé au Conseil d’Etat d’annuler « pour excès de pouvoir » un décret français datant du 21 février 2020 accordant son extradition aux autorités judiciaires burkinabées. Mais la plus haute juridiction administrative française a considéré que ce décret, signé par Edouard Philippe et Nicole Belloubet, alors respectivement premier ministre et garde des Sceaux, ne pouvait être annulé.

Le Conseil d’Etat a rejeté cette demande en considérant notamment que « M. Compaoré n’est pas fondé à soutenir que son extradition aurait été demandée dans un but politique » et que le risque qu’il soit « exposé à des traitements inhumains ou dégradants en raison des conditions de détention dans les prisons burkinabées et de sa condition personnelle » pouvait être écarté grâce à certaines dispositions nationales et des engagements internationaux.

Journaliste d’investigation reconnu

Ses avocats, qui ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme, disent craindre pour la vie de leur client s’il devait être détenu au Burkina Faso. « Il sera malheureusement et assurément exposé à des risques, a fait savoir Maître François Briard, car le pays est en proie à une grave déstabilisation. » « Nous saisissons la Cour européenne car elle est la seule juridiction qui pourra statuer avec une vraie et juste distance dans ce dossier, veut croire Me Pierre-Olivier Sur, un autre avocat de M. Compaoré. En France, il y a une pression politique sur la justice dans cette affaire. La preuve, c’est la réponse faite par Emmanuel Macron lorsqu’il avait dit aux étudiants burkinabés [le 28 novembre 2017 à l’université de Ouagadougou] qu’il allait leur livrer François Compaoré. »

Journaliste d’investigation reconnu et directeur de l’hebdomadaire « L’Indépendant », Norbert Zongo, 49 ans, avait été assassiné alors qu’il enquêtait sur le meurtre du chauffeur de François Compaoré. La mort de ce journaliste, auteur de plusieurs enquêtes retentissantes dénonçant une mauvaise gouvernance sous le régime Compaoré, avait provoqué une profonde crise politique. Classé en 2006 après un « non-lieu » qui avait suscité un tollé international, le dossier judiciaire avait été rouvert en octobre 2014 après la chute de Blaise Compaoré.

Avec Le Monde par Pierre Lepidi

Jean-Luc Mélenchon, l’autre discours de Ouagadougou

juillet 22, 2021

En visite au Burkina Faso, le président du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale s’est dit prêt, s’il est élu, à annuler tous les accords de défense signés avec des Etats africains.

Pour exposer sa conception des relations franco-africaines, forcément renouvelées selon la promesse de tous les candidats en campagne, Jean-Luc Mélenchon avait projeté une tournée de dix jours au Sahel avec des visites au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Les restrictions dues au Covid-19 et le débat parlementaire en France sur le passe sanitaire l’ont finalement amené à concentrer son déplacement sur quatre jours, du 18 au 21 juillet, et un pays.

Inévitablement, le choix s’est porté sur le Burkina Faso pour une visite dans une nation qui s’enorgueillit de ses contestations. Un voyage en pays ami – accompagné de Mathilde Panot, la vice-présidente du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée, et du député de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud – avec ses étapes officielles et ses hommages aux figures révolutionnaires passées et présentes. M. Mélenchon a ainsi eu droit à un entretien avec le président Kaboré qui l’a reçu « avec une forme de courtoisie et de fraternité » en dépit de son statut d’opposant.

Il est également allé chercher l’inspiration auprès du Balai citoyen, mouvement-phare de « la révolution citoyenne » de 2014 qui mena à la chute du président Blaise Compaoré. M. Mélenchon a, enfin, salué comme il se doit pour toute personnalité de gauche de passage la mémoire de Thomas Sankara« haute figure de l’insoumission ». Le groupe LFI avait demandé, en 2017, l’ouverture des archives françaises sur l’assassinat de ce capitaine trente ans plus tôt.

Opposition à l’opération « Barkhane »

Le Burkina Faso est le lieu idéal pour tenir un discours de rupture à destination d’une jeunesse d’Afrique francophone qui manifeste ouvertement sa défiance à l’égard de l’ancien colonisateur. Emmanuel Macron avait ainsi choisi à dessein en novembre 2017 l’université de Ouagadougou pour assurer devant un auditoire dubitatif « qu’il n’y a plus de politique africaine de la France » et amorcer un récit où « l’Afrique n’est ni un encombrant passé ni un voisin parmi d’autres ».about:blankclose

A moins d’un an de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est donc venu marcher sur les pas du chef de l’Etat, mais avec l’ambition affichée d’effacer sa trace. Mercredi 21 juillet, dans cette même université Joseph-Ki-Zerbo connue pour son esprit frondeur, il a tenté de faire entendre « une autre voix de la France », forcément débarrassée des maux de « l’impérialisme », du « néocolonialisme » et du « paternalisme ».

Le député LFI a ainsi réitéré son opposition à l’opération « Barkhane », en voie de disparaître, et déploré l’absence de consultation sur l’intervention au Sahel dont le président Macron a annoncé une diminution des effectifs. « Il n’existe aucune solution militaire à un problème politique. Les premiers qui l’ont dit ce sont les militaires de mon pays. Je ne supporte pas que nous soyons depuis huit ans en guerre et que nous n’en ayons discuté qu’une fois à l’Assemblée nationale », a-t-il dénoncé une nouvelle fois, avant de se dire, s’il est élu, « prêt à annuler tous les accords de défense » qui lient Paris avec plusieurs capitales africaines en cas d’attaque extérieure. « Le départ de l’armée française, c’est quand vous voulez ! », a-t-il lancé à son jeune public.

Alors que l’une des premières préoccupations des Burkinabés est la perte de contrôle de leur Etat face aux groupes djihadistes, Jean-Luc Mélenchon a délivré sa vision du combat qui doit être mené. « Je crois à la guerre idéologique, à la guerre sociale (…), à la guerre du financement » contre des groupes sur lesquels il dit avoir « de petits doutes sur les motivations religieuses ».

« Il n’est pas là pour nous, il parle aux Français »

Pour lui, à l’origine de tous les maux se trouvent « des puissants », animés par des logiques d’accaparement auxquels devrait être opposée la réalisation d’ « un horizon commun ». Son outil pour rétablir les ponts entre une France où se renforce « un sentiment xénophobe insupportable » et une Afrique où le sentiment antifrançais « est un crève-cœur » ? Une langue française et un monde créolisés. « Je sais quels soupçons pèsent sur la francophonie. Un instrument de l’impérialisme français », a t-il concédé. Mais, selon lui, « la langue est un usage commun », « un bien commun » pour 300 millions de locuteurs présumés. « J’en appelle à une langue francophone qui soit une langue d’opinions et de projets », a-t-il plaidé, dessinant les batailles à venir : contre « le Big Pharma » dans la crise sanitaire actuelle, contre le changement climatique avec la création d’une force « pour intervenir à chaque fois qu’il y a une catastrophe » et pour « la souveraineté alimentaire, où cela a été compris au Burkina Faso plus vite qu’ailleurs ».

A l’issue de deux heures de discours et d’échanges, dans l’auditoire les avis se partageaient entre ceux conquis par l’ardeur de la dénonciation et ceux revenus de toutes les promesses venues d’ailleurs. Aucun n’était dupe des intentions. « Il n’est pas là pour nous, il parle aux Français », jugeait Kelgwendé Sawadogo, un étudiant en philosophie de 28 ans. Notamment à un électorat issu de l’immigration africaine, dont une partie garde un œil attentif sur les déclarations relatives au continent. Jean-Luc Mélenchon a répété durant son voyage qu’il était venu « apprendre et pas pour donner des leçons ». Une démonstration d’humilité aux allures de numéro de séduction.

Avec Le Monde par Cyril Bensimon et Sophie Douce (Ouagadougou, correspondance)

L’actrice américaine Angelina Jolie soutient des réfugiés maliens au Burkina

juin 20, 2021
L'actrice americaine Angelina Jolie soutient des refugies maliens au Burkina
L’actrice américaine Angelina Jolie soutient des réfugiés maliens au Burkina© AFP/OLYMPIA DE MAISMONT

L’actrice américaine Angelina Jolie, envoyée spéciale du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), est venue soutenir dimanche des milliers de réfugiés maliens ayant fui la violence jihadiste, dans le camp de Goudebou, dans le nord-est du Burkina Faso, a constaté l’AFP.

La star américaine est arrivée au camp de réfugiés de Goudebou à bord d’un hélicoptère, accompagnée du ministre burkinabè des Affaires étrangères Alpha Barry, pour la commémoration de la journée mondiale des réfugiés, célébrée chaque 20 juin.

« Je célèbre cette journée chaque année depuis 40 ans avec des réfugiés dans différents pays, et je n’ai jamais été aussi préoccupée par l’état des déplacements dans le monde qu’aujourd’hui », a déclaré Angelina Jolie, après la visite du vaste camp, situé à une centaine de kilomètres de la frontière malienne.

« La vérité est que nous ne faisons pas la moitié de ce que nous pourrions et devrions faire pour trouver des solutions pour permettre aux réfugiés de rentrer chez eux ou pour soutenir les pays d’accueil », a-t-elle ajouté, appelant à soutenir les pays qui accueillent les réfugiés comme le Burkina Faso.

En mars 2020, après une nouvelle attaque contre le poste de sécurité de ce camp, situé près de Dori, et qui abritait jusqu’à 9.000 réfugiés, ceux qui étaient restés après de précédentes attaques avaient dû fuir à leur tour, occasionnant la fermeture de fait de Goudebou.

Depuis décembre, les autorités burkinabè et le HCR ramènent les réfugiés dans ce camp, après avoir renforcé le dispositif sécuritaire, avec davantage de personnels militaires, plus de patrouilles et à terme la construction d’une caserne.

Entre décembre et juin, près de 11.000 personnes venant de villes du nord du Burkina sont revenues à Goudebou, selon le HCR.

« Les réfugiés sont meurtris car le contexte sécuritaire se dégrade au jour le jour malgré les efforts consentis par les autorités burkinabè, leurs partenaires et les forces de défense et de sécurité dans la région du Sahel », a déclaré le représentant des réfugiés de Goudebou, Wanadine ag Mohamed.

Il a rappelé le drame de Solhan (nord-est du Burkina), au cours duquel 132 personnes selon les autorités et 160 selon des sources locales, ont été tuées dans une attaque menée par des jihadistes présumés dans la nuit du 4 au 5 juin.

Depuis 2012, quelque 22.000 réfugiés de diverses nationalités ont trouvé refuge au Burkina Faso, dont de nombreux Maliens fuyant les exactions des groupes jihadistes dans le nord et le centre de leur pays.

Mais le Burkina est devenu à son tour la cible d’attaques jihadistes depuis 2015, qui ont fait plus de 1.400 morts et contraint un million de personnes à fuir leurs foyers, en raison d’attaques de groupes jiadistes liés à Al-Qaida ou à l’Etat islamique.

Par Le Point avec AFP

Côte d’Ivoire: un soldat tué dans une attaque à la frontière du Burkina Faso

juin 8, 2021

Avec France24