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Mali, Burkina, Guinée : la Cédéao se penche sur les sanctions

juillet 3, 2022

Les dirigeants ouest-africains se réunissent ce dimanche 3 juillet au Ghana pour réexaminer leur plan d’action face aux juntes arrivées au pouvoir par la force au Mali, en Guinée et au Burkina Faso.

Assimi Goïta, ici lors d’une réunion de la Cedeao, à Accra, le 15 septembre 2020. © REUTERS/Francis Kokoroko

Levée, maintien ou durcissement des sanctions ? Les leaders des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), réunis ce dimanche à Accra, doivent notamment se prononcer sur le Mali, qui subit depuis le 9 janvier de sévères mesures de rétorsion commerciales et financières et qui a accepté récemment des prérequis indispensables à leur levée.

« Le Mali a fait d’énormes progrès »

La décision sur la levée de l’embargo sur les transactions commerciales et financières est très attendue au Mali, où les négociations entre la junte et la Cedeao durent depuis des mois. Le médiateur Goodluck Jonathan, ancien président du Nigeria, est venu la semaine dernière à Bamako. Si rien n’a officiellement filtré des échanges, un membre de son entourage a indiqué à l’AFP que « le Mali a fait d’énormes progrès ».

Les autorités ont annoncé mercredi un calendrier électoral fixant la présidentielle à février 2024, le référendum constitutionnel à mars 2023, et les législatives entre octobre et novembre 2023. Il vient compléter l’adoption, le 17 juin, d’une nouvelle loi électorale et la mise en place d’une commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution.

Un potentiel point de blocage dans les négociations peut néanmoins subsister avec la porte désormais ouverte, par la nouvelle loi électorale, d’une candidature d’un militaire à une élection présidentielle. Les « actes qui ont été posés ces jours-ci vont dans le sens d’une levée de ces sanctions », a estimé vendredi soir le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop.

La Guinée veut rassurer

Le Burkina Faso et la Guinée seront également au centre des attentions. Les deux pays ne sont pour l’heure que suspendus des organes de la Cedeao. Mais les juntes en place entendent y rester trois ans et exposent leur pays à un durcissement des sanctions.

La Guinée a mené cette semaine une intense campagne diplomatique pour apaiser les dirigeants ouest-africains et éviter de nouvelles sanctions. Les autorités guinéennes avaient suscité l’ire de ses voisins en actant une durée de transition de 36 mois. Un délai qualifié d’« impensable » par le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine. « La Cedeao va devoir prendre des mesures », avait-il dit.

Le Premier ministre de transition, Mohamed Béavogui, a reçu samedi le représentant spécial des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mahamat Saleh Annadif. Le message de la Guinée est de rassurer « les frères de la Cedeao » sur l’engagement du pays à mener une transition apaisée et inclusive, a souligné le gouvernement.

Lundi, le gouvernement a aussi reçu les principales formations politiques en vue d’engager un dialogue. Plusieurs mouvements politiques ont conditionné leur participation à la nomination d’un médiateur ouest-africain. « Il nous apparaît fondamental que la Cedeao intervienne pour présider le dialogue et favoriser ainsi le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée », a déclaré vendredi le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC).

« Sur la voie du compromis » au Burkina

Au Burkina Faso, la Cedeao a nommé l’ex-président nigérien Mahamadou Issoufou comme médiateur. « Nous sommes sur la voie du compromis » avec ce pays, a dit à l’AFP un diplomate de la sous-région. En visite samedi à Ouagadougou, Mahamadou Issoufou a salué « l’ouverture au dialogue » des militaires et dit avoir « échangé sur le chronogramme de la transition » présenté mercredi aux leaders politiques.

Les autorités burkinabè prévoient les dates du 24 décembre 2024 pour un référendum constitutionnel et du 25 février 2025 pour la tenue d’élections législatives et présidentielle.

Vendredi, les partis de l’ex-majorité du président Roch Marc Christian Kaboré renversé ont dénoncé l’agenda présenté par la junte comme une « manœuvre solitaire qui contraste avec les impératifs d’une transition inclusive et réussie », regrettant « l’absence de concertations en amont ».

La Cedeao, qui a vu se succéder les coups de force des colonels et lieutenants-colonels, multiplie les sommets, les médiations et les pressions pour accélérer le retour des civils à la direction de ces pays. Mais le dernier sommet en date, le 4 juin, avait accouché d’une souris : aucune décision n’avait été prise et la Cedeao s’était donnée un mois de plus pour négocier.

Avec AFP

France-Afrique : le bilan de trente ans de coopération décentralisée

mai 22, 2022

Sénégal, Burkina Faso et Mali sont, juste après l’Allemagne, les pays dont les collectivités territoriales ont noué le plus de partenariats avec leurs homologues françaises.

L’Agence française de développement (AFD) soutient l’action des collectivités à l’étranger. Ici, une école primaire au Kenya. © LAMBERT COLEMAN/AFD

C’est presque un anniversaire que va fêter cette année la coopération décentralisée française. Héritier des grandes campagnes de jumelage entre villes françaises et villes étrangères – notamment allemandes – , au lendemain de la Seconde guerre mondiale, ce type de partenariats tissés entre collectivités territoriales est entré pour la première fois dans le lexique législatif français en 1992, il y a tout juste trente ans. Un laps de temps suffisant pour faire la preuve de sa complémentarité dans l’arsenal de la coopération internationale au développement, avec l’aide bilatérale entre États et l’appui des ONG.

Diplomatie des territoires

Au fil des décennies, de plus en plus de collectivités territoriales, de la grande métropole urbaine à la petite commune rurale, ont cherché à profiter de l’élargissement progressif du cadre autorisé par l’État pour se projeter vers l’extérieur. Quand elles le souhaitent, car la coopération décentralisée n’est qu’une compétence facultative. Il n’empêche, une véritable « diplomatie des territoires » a vu le jour peu à peu, suppléant même parfois les relations plus officielles de Paris en cas de crise. « Mais toujours dans le respect des engagements internationaux pris par la France », précise un responsable de la Délégation pour l’action extérieure des collectivités territoriales (DAECT, qui fait partie du ministère des Affaires étrangères).

À l’exception donc des domaines régaliens, les collectivités françaises ont vu leurs compétences s’étoffer à mesure que les lois de décentralisation se succédaient, leur transférant des compétences jusque-là réservées à l’État. Aujourd’hui, ces collectivités ont toute latitude pour mener des actions internationales dans les secteurs qu’elles souhaitent, et avec les autorités locales étrangères de leur choix. Elles peuvent s’impliquer dans un dossier en entraînant dans leur sillage les différents acteurs économiques, associatifs ou culturels de leurs territoires, et selon les modalités qui leurs conviennent (soit directement, soit par le biais de l’un des réseaux internationaux de collectivités), et ce pour réaliser des projets ou mobiliser des experts.

Participative et modeste

Selon les services spécialisés du ministère français des Affaires étrangères, près de 5 000 d’entre elles ont déjà tenté l’aventure de la coopération décentralisée, parfois bien au-delà des frontières originelles de l’Europe. Si l’Allemagne reste le partenaire numéro un des collectivités territoriales françaises, elle est talonnée (dans l’ordre) par le le Sénégal, le Burkina Faso et le Mali.

Moins formaliste et bureaucratique, davantage participative et modeste dans ses ambitions, l’aide extérieure entre collectivités semble surtout, selon ses promoteurs, « mieux répondre aux besoins constatés sur le terrain ». Les problèmes, en matière de sécurité et de propreté, de santé et d’éducation, d’équipement et de services urbains, restent identiques d’un territoire à l’autre, même si les réalités quotidiennes ne sont pas forcément les mêmes. À commencer par la décentralisation elle-même, qui, si elle avance à marche forcée depuis quatre décennies en France, peut suivre des rythmes très différents selon les pays, limitant les compétences des collectivités locales et donc, l’efficacité et la portée de ce type de coopération.

Cette coopération reste pourtant l’occasion de tisser des liens humains qui permettent souvent aux partenariats de s’inscrire dans la durée pendant que les collectivités montrent leur solidarité internationale en transférant leur expertise, leurs compétences et parfois leurs matériels selon une règle de réciprocité qui reste souvent difficile à trouver. Qu’elles soient du Nord ou du Sud, ces collectivités profitent en revanche de cette proximité pour repousser leurs limites géographiques ou institutionnelles, avec l’objectif partagé de mieux faire entendre leur voix sur des sujets aussi globaux que l’environnement, le climat ou la pandémie de Covid-19.

La question financière

Du côté français, les collectivités jouent également leur rôle de soutien financier en investissant chaque année quelques centaines de millions d’euros, soit une fraction des 15 milliards d’euros de l’aide publique au développement accordée par la France en 2020. « La question financière reste l’une des principales limites de la coopération décentralisée », admet le responsable de la DAECT. Surtout depuis la crise de 2008, qui a bouleversé les budgets en même temps que l’État abandonnait de nouvelles compétences aux frais des exécutifs territoriaux.

« Les dispositifs financiers existent, mais ils sont souvent mal fléchés », constate Jean-François Habeau, directeur exécutif du Fonds mondial pour le développement des villes (FMDV), dont le rôle consiste à aider les collectivités à trouver les solutions de financement, en France auprès de la DAECT ou de l’Agence française de développement (AFD), parmi les multiples instruments mis en place par l’Union européenne et, plus récemment, auprès des grands bailleurs de fonds multilatéraux comme la Banque mondiale.

Pour y avoir accès, encore faut-il disposer de l’expertise nécessaire pour répondre aux appels à projets. Certaines collectivités françaises aident donc directement leurs partenaires à monter le leur, demandant à l’occasion une rétribution pour leur assistance technique. « Outre qu’elle permet le développement de projets plus ambitieux », comme le dit Jean-François Habeau, cette dernière tendance montre les capacités de la coopération décentralisée à se réinventer, sans oublier l’essentiel.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

Extradition de François Compaoré : la France réclamera-t-elle d’ultimes garanties au Burkina ?

mai 2, 2022

Après la condamnation de Blaise Compaoré à la perpétuité, son frère François sera-t-il extradé pour que se tienne un nouveau procès historique à Ouagadougou ? Paris doit fournir, ce 3 mai, de nouveaux documents…

© Damien Glez

La justice burkinabè n’a pas attendu le retour de Blaise Compaoré pour condamner l’ancien président à la prison à perpétuité dans l’affaire de l’assassinat de Thomas Sankara, trente-cinq ans après les faits. Mais elle semble attendre le renvoi du frère au pays pour juger des faits qui lui sont reprochés. C’est que les affaires sont différentes, ainsi que les chances de voir l’un ou l’autre extradé.

Si le procès de l’ancien chef de l’État concernait l’assassinat de son prédécesseur, en 1987, la procédure judiciaire qui cerne son frère cadet traite des meurtres du journaliste burkinabè Norbert Zongo et de trois de ses compagnons, le 13 décembre 1998. Dans ce dossier comme dans le premier, circonstances et exécutants semblent connus, mais la justice devra ici établir le niveau de responsabilité. Le directeur de L’Indépendant enquêtait sur une affaire impliquant directement François Compaoré et la garde présidentielle ainsi que, indirectement, Blaise Compaoré…

Quant aux chances de voir aboutir l’extradition de l’un des deux frères, elles semblent nulles dans le cas de Blaise Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire, dont il a acquis la nationalité. En s’enfuyant en France, François a en revanche péché par excès de confiance – ou manque de jugeote. Une procédure d’expulsion progresse, même au train de sénateur qu’imposent les va-et-vient de recours français puis européens.

Peine de mort

Dès mars 2020, la France autorisait l’extradition de François Compaoré vers le Burkina Faso, autorisation validée par la plus haute juridiction administrative française, le Conseil d’État, en juillet 2021. Mais, en août, la Cour européenne des droits de l’homme suspendait temporairement ladite extradition, dans l’attente de garanties démentant un « risque imminent de dommage irréparable », si les autorités burkinabè venaient à prendre en charge François Compaoré. Ce sera fait, Paris et Ouagadougou mettant notamment en avant l’abolition de la peine de mort, après la chute des Compaoré…

Puis les interlocuteurs burkinabè changèrent, ce fameux 23 janvier 2022 où des militaires renversèrent le président Roch Marc Christian Kaboré. Et la Cour européenne des droits de l’homme de demander aux autorités françaises de produire à nouveau des garanties. Un document est fourni par Paris dès le 30 janvier, mais les avocats de Compaoré le jugent insuffisant, le 17 mars. Et la Cour européenne de préciser, le 21, à l’État français, que les garanties devraient être fournies « par une autorité habilitée à engager l’État burkinabè ». La France négocie alors un délai et relance des putschistes burkinabè jusque-là peu prolixes…

C’est ce mardi 3 mai que les autorités françaises entendent présenter, sous la forme d’un « deuxième mémoire en réplique », les garanties actualisées de nature à permettre l’extradition du frère de l’ancien chef de l’État burkinabè. Si cette étape s’achèvera symboliquement lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse, les observateurs ont conscience que la procédure d’extradition de François Compaoré est loin d’être terminée. Le coup d’État mené par le lieutenant-colonel Damiba avait déjà failli compromettre la conclusion du « procès Sankara », des juristes estimant qu’un putsch de 2022 étrangement « constitutionnalisé » invalidait des poursuites contre une atteinte à la sûreté de l’État datant de 1987…

Avec Jeune Afrique

Par Damien Glez

Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Burkina Faso : la famille Sankara ne réclame qu’un euro symbolique

avril 29, 2022

Après le verdict au procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, les familles des victimes attendent de savoir quels dommages et intérêts leurs seront accordés.

© Glez

« La justice n’est pas une affaire d’argent », semble indiquer la famille Sankara en accueillant, le 6 avril dernier, la condamnation de Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et Gilbert Diendéré à la prison à perpétuité, 35 ans après l’assassinat de l’ancien président du Conseil national de la révolution burkinabè. Alors que le tribunal militaire décidera, le 10 mai, d’éventuelles compensations financières à l’endroit des parties civiles, les parents du défunt ne demandent qu’un franc symbolique de dommages et intérêts.

Comme pour mieux souligner le caractère politique de la tragédie d’octobre 1987, les avocats souhaitent que l’État soit solidairement responsable des préjudices, les exécutants des faits ayant reçu des ordres de certains dirigeants d’alors.

L’alliance et l’arme

Les ayants droit de Thomas Sankara insistent à ce point sur la primauté de la vérité qu’ils exigent que le certificat de décès soit délivré conformément aux faits, alors que le document de l’époque stipule que le président s’est éteint d’une « mort naturelle ». La famille veut également que ses effets personnels lui soient restitués, notamment son alliance et son arme.

Si le panache des Sankara prend des airs de mansuétude, la vérité et la justice conduiront-elles à la réconciliation qui a largement truffé les discours des régimes successifs ?

N’est pas nation arc-en-ciel qui veut, mais Blaise Compaoré espérerait quitter le quartier abidjanais de Cocody-Ambassades et finir ses jours dans son Faso natal. Évoqué par le nouveau ministre d’État chargé de la Cohésion sociale et de la Réconciliation nationale Yéro Boly – ancien cacique du compaorisme -, un projet d’amnistie gagnerait à être précédé de la bienveillance des familles de victimes.

« Prendre un thé avec Blaise Compaoré ? »

Avant même les dernières conclusions du tribunal, Adama Ouédraogo dit « Damiss » a mis les pieds dans le plat. Dans une tribune s’adressant à la veuve Mariam Sankara, le journaliste-écrivain pose une question directe : « Et si vous partiez à Abidjan prendre le thé avec Blaise Compaoré ? » Et d’invoquer Nelson Mandela rendant visite aux architectes de l’apartheid. Relayée par la presse, la tribune suscite un débat sur les réseaux.

Le thé abidjanais devrait donc refroidir. Tous les acteurs du procès n’affichent pas le même désintéressement que la famille Sankara. Les parents d’autres victimes de la tragédie réclament des centaines de millions de francs d’indemnisation. L’État lui-même a demandé un peu plus d’un milliard cent quarante-cinq millions de francs CFA pour les préjudices financiers, matériels et moraux subis. Requête rejetée par les avocats de la défense…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Nouveau gouvernement au Burkina : Paul-Henri Damiba dévoile son équipe

mars 6, 2022
Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 11 février 2022. © DR / Présidence du Faso

Moins de 48 heures après sa nomination, le Premier ministre Albert Ouédraogo a rendu publique la liste de son équipe de 25 ministres.

Le général Barthélémy Simporé, déjà ministre de la Défense sous Roch Marc Christian Kaboré, le président renversé par un coup d’Etat militaire fin janvier, conserve son poste, selon un décret publié le 5 mars. Il est élevé au rang de ministre d’État.

Parmi les autres ministres, Yero Boly, plusieurs fois ministre dans différents gouvernements de l’ex-président Blaise Compaoré, est nommé ministre d’État auprès du président du Faso, chargé de la Cohésion sociale et de la Réconciliation nationale. Des leaders de la société civile et des syndicats dont Lionel Bilgo (Éducation nationale et Alphabétisation) et Bassolma Bazié (Fonction publique) font également leur entrée dans le gouvernement. Six femmes figurent dans ce gouvernement, dont Olivia Rouamba à qui échoit le portefeuille des Affaires étrangères.

Lutte contre le jihadisme

Jeudi 3 mars, Albert Ouédraogo, un universitaire de 53 ans, avait été nommé Premier ministre. Le nouveau chef de l’Etat burkinabè, le lieutenant-colonel Damiba, 41 ans, a pris le pouvoir fin janvier après deux jours de mutineries dans plusieurs casernes du pays, renversant le président élu Roch Marc Christian Kaboré accusé d’inefficacité face aux violences jihadistes qui minent le pays.

Le nouveau président a fait de la lutte contre le jihadisme et la refondation de l’état burkinabè sa « priorité ». La période de transition avant un retour à l’ordre constitutionnel a été fixée à trois ans, selon une charte signée par le lieutenant-colonel Damiba, qui lui interdit de se présenter aux élections prévues à la fin de la transition.

La Cedeao face aux transitions

La durée des transitions est au coeur des négociations entre les pays de la région touchés par les putschs et la Communauté des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) qui réclame qu’elles soient les plus courtes possible. La Cedeao a jugé « inacceptable » celle de cinq ans fixée par le Mali, et ne cesse de réclamer un calendrier à la Guinée qui refuse de se voir imposer un quelconque délai. Elle ne s’est pas encore prononcée sur le calendrier burkinabè.

Avec Jeune Afrique par AFP

Avec AFP

Procès Sankara au Burkina Faso : le putsch de Damiba au secours de celui de Compaoré ?

mars 4, 2022
© Damien Glez

Pour les avocats des responsables présumés de la mort de Thomas Sankara, l’investiture du lieutenant-colonel à la présidence du pays démontre qu’un putsch ne constitue plus une infraction. Le procès est suspendu.

Aussi indolore semble-t-il devenu, le putsch militaire – sport politique national du Burkina Faso – est-il condamné à scander toujours la vie des Burkinabè sans que la justice ne fasse exception ? L’historique et médiatique procès de l’assassinat de Thomas Sankara – président arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État et renversé par un coup d’État – pourrait emprunter une déviation elle-même liée à… un coup d’État.

Aujourd’hui au banc des accusés, les putschistes compaoristes du 15 octobre 1987 (Gilbert Diendéré, Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando) paraissent proche d’être sauvés par ceux-là même qui enfoncèrent censément le dernier clou du cercueil de l’ère Compaoré en renversant l’ancien compaoriste Roch Marc Christian Kaboré.

Un coup d’État légalisé

Les avocats des trois accusés, contre lesquels sont requis plusieurs dizaines d’années de prison, ont obtenu le 3 mars la suspension du procès qui venait juste de reprendre. Leur argumentation est limpide : en validant cette semaine l’investiture du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba à la présidence du pays, le Conseil constitutionnel a légalisé le coup de force du 23 janvier. Dès lors, tout putsch cesserait d’être une infraction au Burkina Faso, celui de Compaoré comme celui de Damiba. « Si l’attentat à la sûreté de l’État est devenu légal, je ne vois pas pourquoi nos clients sont poursuivis », conclut Me Olivier Somé.

Peut-on juger un coup d’État sous un régime issu d’un coup d’État ? L’exception d’inconstitutionnalité est-elle justifiée ? Sans doute gêné aux entournures, le Conseil constitutionnel dispose d’un délai d’un mois pour répondre à cette requête de la défense. Qui se contorsionne se contorsionnera…

« Catastrophe constitutionnelle »

Déjà en deuil de leur président Kassoum Kambou, décédé le 19 février, les sages vont devoir mettre en perspective leur habillage légal de la prise du pouvoir du Mouvement patriotique pour la sauvegarde de la restauration (MPSR) et la plaie béante de l’assassinat de l’icône « Thom Sank ». Noieront-ils le poisson de la requête dans les eaux du jargon judiciaire, eux qui savent à quel point la popularité de l’évènement de 2022 est inversement proportionnelle à celle du drame de 1987 ? Paraphraseront-ils la célèbre publicité burkinabè « Tôle, c’est pas tôle » en concluant « Putsch, c’est pas putsch » ?

Si le constitutionnaliste Abdoulaye Soma a qualifié la bienveillance du Conseil à l’égard du lieutenant-colonel Damiba de « catastrophe constitutionnelle », certains considèrent, selon le proverbe, que « lorsque le canari se casse sur sa tête, il faut en profiter pour se laver ». Dans une tribune parue 7 février dernier, le philosophe Kwesi Debrsèoyir Christophe Dabiré suggérait rien de moins que la légalisation des coups d’État en Afrique. À effet rétroactif ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Burkina Faso: qui est Albert Ouédraogo, le nouveau Premier ministre de Paul-Henri Damiba ?

mars 4, 2022
Albert Ouedraogo, nouveau Premier ministre du Burkina Faso © DR

Le président de la transition burkinabè a choisi un technocrate inconnu du grand public et sans réseau politique pour conduire le gouvernement.

Ces dernières semaines, les noms de plusieurs prétendants à la primature circulaient à Ouagadougou, mais c’est finalement un inconnu qui a été choisi par Paul-Henri Sandaogoa Damiba. Jeudi 3 mars, le président de la transition a nommé Albert Ouédraogo, 53 ans, Premier ministre du Burkina Faso.

Ce natif de Dori, dans la région du Sahel, a fait carrière dans le secteur privé et s’est spécialisé dans le conseil aux entreprises, les audits et l’élaboration des plans d’affaires. Il était jusqu’à sa nomination le dirigeant d’une société nommée IPSO Conseils et enseignait parallèlement la comptabilité à l’université de Ouagadougou et dans des écoles supérieures privées comme l’université Aube Nouvelle. Selon la présidence du Faso, Albert Ouédraogo dispose d’une solide expérience dans le domaine du management des administrations publiques, des projets de développement et des entreprises privées. Cet ancien élève du Prytanée militaire de Kadiogo (promotion 1981) est un proche de l’ancien premier président de la Banque ouest-africaine de développement, Pierre Claver Damiba, l’oncle du chef de la junte.

Novice en politique

Il est à parier que ce lien a pesé dans la balance. En effet, contrairement à ses prédécesseurs, Christophe Dabiré, Premier ministre de 2019 à 2021, qui connaissait les rouages de l’administration et de la politique, ou à Lassina Zerbo, dernier chef de gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré, doté d’un solide réseau à l’international, Albert Ouédraogo semble novice en politique.

LE GOUVERNEMENT QUI DOIT ÊTRE NOMMÉ COMPTERA 25 MINISTRES

Ce technicien n’a d’ailleurs pas d’accointances politiques connues. Son principal fait d’armes remonte à 1990 : lors des longues grèves étudiantes, il fut, en tant que membre de l’Association des étudiantes burkinabè (Aneb) l’un des leaders de la mobilisation de la section Essec (Sciences économiques et de gestion) de l’université de Ouagadougou. Malgré ses qualités d’étudiant brillant, cela lui valut une exclusion.

Alors que Paul-Henri Sandaogo Damiba fait ses premier pas comme président de la transition, officiellement investi, le choix de ce Premier ministre peu connu et technocrate donne une première orientation. La nomination des membres du gouvernement, qui doit compter 25 ministres, sera scrutée.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Burkina Faso : Paul-Henri Damiba prête serment à nouveau, les politiques grincent des dents

mars 2, 2022
Prestation de serment du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 2 mars 2022. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

La charte de la transition qui vient d’être adoptée permet au lieutenant-colonel de rester au pouvoir pendant trois ans. Mais l’omniprésence des militaires dans les institutions mécontente la classe politique.

Cela fait moins d’un mois et demi que Paul-Henri Sandaogo Damiba a renversé Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso, mais déjà deux fois qu’il prête serment. Après avoir été investi le 16 février devant le Conseil constitutionnel du Burkina Faso, le lieutenant-colonel l’a été de nouveau, ce 2 mars, au lendemain de l’adoption d’une charte de la transition.

SUR LES 71 DÉPUTÉS DU PARLEMENT, 16 SERONT DES MILITAIRES

Le texte lui permet de rester au pouvoir trois années de plus et prévoit la mise en place des organes de la transition. Un Premier ministre doit prochainement être nommé par le chef de l’État et un Parlement mis sur pied. Celui-ci comptera 71 députés dont seize seront issus de l’armée, treize de la société civile et huit pour les partis politiques. Une répartition qui fait la part belle à l’armée au détriment des formations politiques.

« Comment les partis peuvent-ils choisir si peu de représentants alors qu’il y a plusieurs dizaines de formations politiques ? Nous avons l’impression que les politiques ne sont pas les bienvenus dans cette transition », regrette Boubacar Sannou, premier vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de l’ancien président Blaise Compaoré. « Nous sommes prêts à accompagner le président pour que la transition soit réussie. Mais il faut que nous soyons consultés. »

L’échec des politiques

Patron de l’institut de recherches Free Afrik, Seydou Ra-Sablga Ouédraogo s’inquiète du manque d’inclusivité de la transition. « L’importante présence des militaires dans les institutions crée un déséquilibre qui marginalise la participation de certains acteurs stratégiques de la société et affaiblit leur engagement dans la transition. En effet, ni les syndicats, ni l’administration publique ne seront représentés au sein du Parlement. Cela peut être source de dérive », analyse celui que certains pressentent au poste de Premier ministre.

NOUS AVONS L’IMPRESSION QUE LES POLITIQUES NE SONT PAS LES BIENVENUS DANS CETTE TRANSITION

Pour d’autres acteurs burkinabè, au contraire, il faut laisser les militaires tenter de reprendre en main le pays. « Les partis politiques ont échoué à gérer et sécuriser le Burkina. Il est désormais temps de laisser d’autres acteurs redresser le pays, en l’occurrence l’armée, puisque le retour de la sécurité est une priorité », justifie Roland Bayala, membre de la Coalition des patriotes du Burkina Faso (COPA-BF), un regroupement d’acteurs de la société civile.

Dans les prochains jours, la Cedeao devrait statuer sur ces derniers développements. Une transition de trois ans conduite par un militaire sera-t-elle satisfaisante pour éviter au Burkina Faso des sanctions économiques ? Le Mali voisin a été fermement sanctionné lorsqu’Assimi Goïta a annoncé qu’il se maintiendrait cinq années de plus à la tête de l’État.

Avec Jeune Afrique

Burkina Faso : Paul-Henri Damiba pourra rester trois ans au pouvoir

mars 1, 2022
Paul-Henri Sandaogo Damiba a prêté serment le mercredi 16 février en tant que président du Faso. © DR / Présidence du Faso.

Dans la nuit de lundi à mardi, les assises nationales ont signé une charte constitutionnelle de la transition qui prévoit l’organisation d’élections dans 36 mois. Le chef de la junte ne pourra pas se présenter à la prochaine présidentielle.

La période de transition avant un retour à l’ordre constitutionnel au Burkina Faso, où un coup d’État a eu lieu le 24 janvier, a été fixée à trois ans lundi soir par des assises nationales qui ont rassemblé les « forces vives » du pays. Une « charte constitutionnelle de la transition » a été signée sous les acclamations par le chef de la junte, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à l’issue de plusieurs heures de travaux des assises. « La durée de la transition est fixée à 36 mois à compter de la date de l’investiture du président de la transition », stipule la charte qu’il a signée dans la nuit de lundi à mardi.

Président non-éligible

Le lieutenant-colonel Damiba, qui a prêté serment le 16 février devant le Conseil constitutionnel, sera investi ce mercredi 2 mars par les assises qui ont impliqué la junte, les partis, syndicats, organisations de la société civile, de la jeunesse, des femmes et des personnes déplacées par les attaques jihadistes qui frappent le Burkina Faso depuis 2015. La charte stipule par ailleurs que le président de la transition « n’est pas éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales qui seront organisées pour mettre fin à la transition ».

Cette disposition s’applique également aux 25 membres du gouvernement de transition dont « le Premier ministre est une personnalité civile ». Outre le président et le gouvernement, les organes de la transition comprennent un « Conseil d’orientation et de suivi de la transition », fixant « les grandes orientations de la politique de l’État », et une « Assemblée législative de transition » composée de 75 membres, selon la charte.

Lutte contre le terrorisme

Il précise que deux des principales missions de la transition seront « de lutter contre le terrorisme, restaurer l’intégrité du territoire national » et en « assurer la sécurité », et « apporter une réponse efficace et urgente à la crise humanitaire et aux drames socioéconomiques et communautaires provoqués par l’insécurité ». Elle devra également « renforcer la gouvernance et la lutte contre la corruption ».

Outre le reproche d’impuissance face aux groupes jihadistes, le président renversé Roch Marc Christian Kaboré – en résidence surveillée à Ouagadougou depuis le putsch – était aussi accusé de ne pas avoir fait preuve d’efficacité dans la lutte contre la corruption.

La charte définitive a revu à la hausse plusieurs dispositions contenues dans un rapport d’une commission créée par la junte début février et dans le projet de charte discuté par les assises: transition de 36 mois au lieu de 30, gouvernement de 25 membres au lieu de 20, assemblée législative de 75 membres au lieu de 51. Tous seront payés, contrairement à ce que prévoyait initialement le projet. « Les uns et les autres ont exprimé leur position sincèrement, ce n’était pas pas facile, mais nous avons abouti à un document consensuel », s’est réjoui l’ancien chef de l’opposition, Eddie Komboïgo.

Quelle réaction de la Cedeao ?

Pour Pascal Zaida, président de la Coordination nationale pour une transition réussie (CNTR), la charte est le résultat d’« un consensus qui a été dégagé tant au niveau de l’inéligibilité de certains membres de la transition, de la question de la rémunération, de la durée de la transition et du nombre des membres de l’organe législatif ».

Des discussions sur la charte devraient rapidement s’engager désormais avec la Cedeao, qui a suspendu le Burkina Faso de l’organisation le 28 janvier en raison du coup d’État. Elle avait demandé aux nouvelles autorités de présenter un calendrier « raisonnable pour le retour à l’ordre constitutionnel ». Au Mali voisin, elle avait jugé « inacceptable » celle de cinq ans exigée par le Mali et ne cesse de réclamer un calendrier à la Guinée qui refuse de se voir imposer un quelconque délai.

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso: L’armée française tue 40 jihadistes impliqués dans les attaques au Bénin

février 13, 2022
Les soldats français de l’opération Barkhane. © FLORENT VERGNES – AFP/Archives

Les soldats français de l’opération Barkhane ont abattu des jihadistes impliqués dans les récentes attaques dans le nord du Bénin voisin qui ont fait neuf morts, dont un ancien militaire français, a annoncé samedi l’état-major dans un communiqué.

Après ces trois attaques à la bombe artisanale ayant fait également douze blessés parmi les équipes chargées de la sécurité du parc naturel W, la force Barkhane, « alertée par ses partenaires béninois et burkinabè, a engagé des capacités aériennes de renseignement pour localiser ce groupe armé » responsable des attentats avant d’effectuer jeudi des frappes aériennes dans lesquelles 40 jihadistes ont été tués, détaille le communiqué.

« Dans la matinée du 10 février, après avoir localisé et identifié une première colonne de terroristes se déplaçant à moto, en accord et en coordination permanente avec les autorités burkinabè, une première frappe aérienne a été effectuée par un drone Reaper alors que la colonne venait de pénétrer sur le territoire burkinabè », et « une dizaine de terroristes ont été neutralisés », selon l’état-major.

« L’engagement d’une patrouille de chasseurs Mirage 2000 a permis de procéder à trois nouvelles frappes visant des regroupements de terroristes à proximité du lieu de la première frappe », au cours desquelles « plus d’une trentaine de terroristes ont été neutralisés, un pick-up et plus d’une dizaine de motos ont été détruits », ajoute le communiqué.

Une lutte prioritaire pour la France

Le Bénin était jusqu’à récemment considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest, région où opèrent de nombreux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI). Mais une récente série de raids frontaliers dans les pays situés au sud du Sahel a confirmé les craintes que des groupes jihadistes sévissant au Mali, au Niger et au Burkina Faso cherchent à progresser vers la côte.

La France, qui combat les groupes jihadistes au Sahel depuis neuf ans, pourrait bien annoncer dans les prochains jours le retrait de ses troupes du Mali, alors que la junte au pouvoir à Bamako témoigne d’une hostilité croissante à l’égard de la présence française.

Paris conserve néanmoins la ferme intention de continuer à lutter contre la propagation du jihadisme dans la région. L’état-major français souhaite y renforcer ses activités de coopération et fournir des capacités-clés aux état-majors locaux, selon des sources concordantes.

La priorité de la France reste de « poursuivre la lutte contre le terrorisme » aux côtés des pays africains, a souligné mardi le chef d’état-major des armées françaises, le général Thierry Burkhard, lors d’une visite en Côte d’Ivoire.

Par Jeune Afrique avec AFP