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Burkina : le président Kaboré écarté, le lieutenant-colonel Damiba prend le pouvoir

janvier 24, 2022
Roch Marc Christian Kaboré, en octobre 2019. © Mikhail Metzel/TASS/Sipa USA/SIPA

Selon un communiqué lu par les militaires sur les ondes de la radio-télévision nationale, le chef de l’État a été destitué, ce lundi 24 janvier. Un « Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration » annonce prendre la tête du pays.

Les militaires putschistes ont confirmé, aux environs de 17h30 TU, le renversement du président Roch Marc Christian Kaboré. La déclaration, signée du lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, « président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration[MPSR] » a été lue à la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB).

« Au regard de la dégradation de la situation sécuritaire et de l’incapacité manifeste du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré à unir les Burkinabè pour faire face efficacement à la situation et suite à l’exaspération des différentes couches sociales de la nation, le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration a décidé d’assumer ses responsabilités devant l’Histoire, a lu le capitaine Sidaoré Kader Ouédraogo, coiffé d’un béret bleu. Le mouvement, qui regroupe toutes les composantes de forces de défense et de sécurité, a ainsi décidé de mettre fin au pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré  ce 24 janvier 2022. »

« Tournant décisif »

Capture d’écran des militaires burkinabè lisant la déclaration annonçant la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale, le lundi 24 janvier 2022.
Capture d’écran des militaires burkinabè lisant la déclaration annonçant la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale, le lundi 24 janvier 2022. © DR / RTB

Il a dans la foulée annoncé la suspension de la Constitution, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes du Burkina Faso. Il a également précisé que le coup d’État avait eu lieu « sans effusion de sang et sans aucune violence physique à l’encontre des personnes arrêtées ». Il a promis que le MPSR présenterait « un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel ». Il s’agit, a-t-il conclu, d’un « tournant décisif » pour le Burkina Faso.

« Le président Kaboré a voulu éviter un bain de sang », avait confié un membre de son proche entourage, joint par Jeune Afrique peu de temps avant la lecture du communiqué, laissant entendre qu’il s’était résolu à démissionner.

Jusqu’au bout, Roch Marc Christian Kaboré aura tenté de trouver une issue pour rester au pouvoir. « Il pensait encore pouvoir trouver une solution pour que toutes les forces armées ne rallient pas les putschistes », glisse l’un de ses intimes qui l’a eu au téléphone hier. Mais le chef de l’État savait sa marge de manœuvre réduite d’autant que, derrière les mutineries qui ont éclaté hier dans plusieurs camps et casernes du pays, se dessinait le scénario d’une action concertée.

À Emmanuel Macron, Alassane Ouattara ou encore Macky Sall, avec lesquels il a échangé dans l’après-midi de ce dimanche, le président burkinabè a répété la même chose : « Nous essayons de gérer la situation. Nous avons entamé des discussions avec les mutins et nous espérons un dénouement favorable. »

SELON LE MPP, LE CHEF DE L’ÉTAT A ÉCHAPPÉ À UNE TENTATIVE D’ASSASSINAT

Le dénouement surviendra, mais il ne lui sera pas favorable. Dès dimanche soir, une fois la parenthèse de la victoire des Étalons en huitièmes de finale de la CAN refermée, les événements se précipitent. Des mutins prennent d’assaut sa résidence personnelle, dans le quartier de la Patte-d’Oie. Deux véhicules de sa garde rapprochée sont criblés de balles. Leurs sièges, filmés par la foule le lendemain, sont maculés de taches de sang. Quatre membres de sa sécurité sont blessés.

Ses proches affirment qu’il a été exfiltré et placé en « lieu sûr » par les gendarmes qui composent sa garde. Son parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), affirme même que le chef de l’État a échappé à une tentative d’assassinat.

Tout au long de ce lundi, plusieurs de ses collaborateurs affirment qu’il est en sécurité et qu’ils échangent avec lui. Une version contredite par d’autres sources, selon lesquelles il est au contraire entre les mains des putschistes. La confusion règne, mais une chose est sûre : alors que les heures passent, le chef de l’État, invisible et introuvable, voit le pouvoir lui échapper. Les putschistes contrôlent les abords de la présidence et de sa résidence, ainsi que la télévision nationale.

En coulisses, les tractations entre militaires progressent. L’ensemble de l’armée, y compris la gendarmerie, réputée fidèle à Kaboré, semble se rallier aux putschistes. Malgré les pressions politiques et diplomatiques pour maintenir le président en place, l’affaire semble entendue. Difficile, dès lors, de voir comment le rapport de force pouvait s’inverser. Contrairement à ce qu’il espérait il y a encore quelques heures, Roch Kaboré n’y est pas parvenu. Il rejoint désormais la liste – qui ne cesse de s’allonger – des chefs d’État ouest-africains renversés par un putsch.

Par Jeune Afrique

Burkina Faso: Le président Roch Marc Christian Kaboré a toujours eu des problèmes avec son armée

janvier 24, 2022

Avec France24

Ce que l’on sait de la tentative de coup d’Etat au Burkina Faso

janvier 24, 2022

Les informations en provenance du Burkina Faso sont encore floues. Le président Kaboré aurait été arrêté après des mutineries qui se sont déclenchées partout dans le pays le 23 janvier 2022. Article rédigé par

Le siège de campagne du Mouvement pour le progrès du peuple (MPP), le parti au pouvoir, a été incendié à Ouagadougou par un groupe de jeunes soutenant le rôle de l'armée et opposés au président Roch Marc Christian Kabore, le 23 janvier 2022. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)
Le siège de campagne du Mouvement pour le progrès du peuple (MPP), le parti au pouvoir, a été incendié à Ouagadougou par un groupe de jeunes soutenant le rôle de l’armée et opposés au président Roch Marc Christian Kabore, le 23 janvier 2022. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)

La situation politique au Burkina Faso reste incertaine ce 24 janvier 2022. Le président Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté et est détenu, selon des sources sécuritaires contactées par l’AFP, à la caserne Sangoulé Lamizana, située dans la capitale Ouagadougou, ainsi que le chef du Parlement et des ministres. Une déclaration des auteurs de cette tentative de coup d’Etat, dont l’identité n’est pas encore confirmée, est attendue depuis plusieurs heures. Selon les médias burkinabè, la télévision nationale est aux mains d’hommes armés. En attendant, voici ce que l’on sait. 

Le fil des événements 

L’arrestation probable du président Kaboré, annoncée lundi 24 janvier, est l’épilogue d’une mutinerie qui s’est déclarée dans plusieurs casernes du Burkina Faso pour réclamer le départ des chefs de l’armée et des « moyens adaptés » à la lutte contre les jihadistes qui frappent ce pays depuis 2015. Des tirs ont été ainsi entendus toute la journée du dimanche 23 janvier 2022 dans plusieurs camps militaires, notamment ceux de Sangoulé Lamizana, de Baba Sy et sur la base aérienne à Ouagadougou. Des mutineries ont également éclaté à Kaya et Ouahigouya, dans le nord du Burkina, où sont concentrées la majorité des attaques jihadistes, selon des habitants et des sources militaires. En fin de journée, des tirs ont été entendus près de la résidence du chef de l’Etat.

Dans un communiqué pointant les informations diffusées sur les réseaux sociaux, rapporte Le Faso.net, le gouvernement avait reconnu dans la journée du 23 janvier des tirs dans plusieurs casernes, tout en démentant « une prise de pouvoir par l’armée ». Dans la soirée, le président Kaboré avait décrété « jusqu’à nouvel ordre » un couvre-feu de 20h à 5h30 (locales et GMT) et le gouvernement avait annoncé la fermeture des écoles lundi et mardi.

Sans nouvelles du président burkinabè

Le chef de l’Etat burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté et est en détention au camp Sangoulé Lamizana de Ouagadougou qui abrite la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca), une prison militaire. « Le président Kaboré, le chef du Parlement (Alassane Bala Sakandé) et des ministres sont effectivement aux mains des soldats », à la caserne Sangoulé Lamizana de Ouagadougou, a déclaré à l’AFP une source sécuritaire, information confirmée par une autre source au sein des services de sécurité.

Dans un communiqué diffusé le 24 janvier, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui s’était dite de nouveau préoccupée par la situation au Burkina Faso a déclaré qu’elle tenait « les militaires responsables de l’intégrité physique » du président burkinabè.

Le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014 est aussi détenu dans la prison du camp Sangoulé Lamizana. L’officier a été condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015 contre le président Kaboré, et est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l’assassinat en 1987 de l’ancien président Thomas Sankara. C’est également dans ce camp qu’est emprisonné, depuis le 14 janvier, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, soupçonné par le pouvoir burkinabè d’être à l’origine d’une tentative de coup d’Etat. L’ancien chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando du Burkina Faso a été accusé d’avoir projeté de « déstabiliser les institutions ».

Des militaires en colère 

« Nous voulons des moyens adaptés à la lutte » anti-jihadiste « et des effectifs conséquents », ainsi que le « remplacement » des plus hauts gradés de l’armée nationale, a affirmé dans un enregistrement sonore parvenu à l’AFP un militaire de la caserne Sangoulé Lamizana, sous couvert de l’anonymat. Il a en outre souhaité « une meilleure prise en charge des blessés » lors des attaques et des combats avec les jihadistes, ainsi que « des familles des défunts ». Le dénuement dans lequel semblent se trouver les soldats burkinabè fait écho à la situation décrite par les soldats maliens au nord de leur pays, également occupé par les jihadistes, et qui a conduit à un coup d’Etat dans ce pays en 2012.  

Autre élément de mécontentement pour l’armée burkinabè qui aurait pu justifier ce coup de force : la récente arrestation du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana. « En rappel, cet officier supérieur, dont on dit à tort ou à raison, qu’il est aimé des troupes et qui commandait les forces anti-terroristes dans le front Nord, vient d’être arrêté pour soupçon de coup d’Etat », soulignait dans un article le journal burkinabè Le Pays. L’ancien chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando du Burkina Faso a été mis aux arrêts alors qu’il attendait, à Ouagadougou,  une nouvelle affectation. Basé à Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord, le lieutenant-colonel Zoungrana, âgé de 41 ans, avait quitté son dernier poste le 21 décembre. Il était commandant du groupement des forces du secteur Ouest, engagées dans la lutte antiterroriste. L’officier avait été décoré pour ses faits d’armes, notamment pour avoir repris des localités assiégées.  

Des citoyens excédés par l’insécurité 

Au pouvoir depuis 2015, Roch Marc Christian Kaboré a été réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte anti-jihadiste sa priorité. Un défi qu’il n’aurait pas relevé selon les Burkinabè qui manifestent depuis plusieurs semaines. La formation d’un nouveau gouvernement en décembre dernier n’aura rien changé au mécontentement général. Outre les accusations d’une partie de la population qui le trouve « incapable » de contrer les groupes terroristes, plusieurs partis d’opposition étaient montés au créneau pour demander son départ en raison d’une gestion du pays décrite par certains, peut-on lire sur Le Faso.net, comme « calamiteuse ». Tout au long de la journée du 23 janvier, des manifestants ont apporté leur soutien aux mutins et ont dressé des barrages de fortune dans plusieurs avenues de la capitale, avant d’être dispersés par la police, ont constaté des journalistes de l’AFP.

La veille, des incidents avaient éclaté à Ouagadougou et dans d’autres villes du Burkina Faso entre les forces de l’ordre et des manifestants qui ont bravé une nouvelle fois l’interdiction de se rassembler pour protester contre l’impuissance des autorités face à la violence jihadiste.  

« Effet de contagion »

La tentative de coup d’Etat que connaît le Burkina Faso était au cœur de rumeurs persistantes depuis plusieurs semaines. La restriction récente de Facebook via les données mobiles, expliquée pour des raisons sécuritaires par le pouvoir, la coupure de l’internet mobile plus généralement et les difficultés pour joindre le Burkina ces derniers jours semblent avoir été des signes avant-coureurs d’une situation politique qui se détériorait.

Ce 24 janvier, comme a pu le constater franceinfo Afrique, il est toujours difficile de joindre quelqu’un au Burkina Faso. Les conversations sont souvent inaudibles. Après le Mali et la Guinée, « un troisième coup d’Etat réussi en Afrique de l’Ouest compliquerait la tâche pour la Cédéao et les dirigeants ouest-africains, car il pourrait y avoir un effet de contagion », a confié à franceinfo le Guinéen Issaka Souaréexpert international sur les questions de paix, de sécurité et de gouvernance et enseignant à l’université Général Lansana Conté.

Dans un communiqué publié le 23 janvier, la Cédéao avait souligné qu’elle suivait « avec une grande préoccupation » la situation au Burkina Faso, avait réaffirmé son soutien au président Kaboré et avait « (appelé) au calme » tout en invitant les militaires à demeurer « dans une posture républicaine ». L’organisation sous-régionale, qui a pris des sanctions décriées contre le Mali où les putschistes souhaitent une transition de cinq ans, s’est dotée d’instruments pour en finir avec les coups d’Etats, récurrents dans la région dans les années 70-80.

Avec France Télévisions  Rédaction Afrique par

Falila Gbadamassi avec AFP 

Burkina Faso : tirs dans plusieurs camps militaires

janvier 23, 2022
Des soldats burkinabè patrouillent à Ouagadougou le 3 mars 2018 (illustration). © Ahmed OUOBA/AFP

Des tirs ont été entendus ce dimanche 23 janvier en début de matinée au camp Sangoulé Lamizana, principal camp militaire de Ouagadougou, ainsi que dans plusieurs autres casernes.

Beaucoup imaginaient se réveiller en pensant au seul enjeu de la journée : le huitième de finale des Étalons contre le Gabon à la Coupe d’Afrique des nations (CAN), ce soir à 17h au Cameroun. Au lieu de cela, les riverains du camp Sangoulé Lamizana, le principal camp militaire de Ouagadougou, ont été réveillés en sursaut par des rafales de tirs aux alentours de 5h du matin. D’autres tirs ont été signalés à la base aérienne, ainsi que dans un régiment basé à Kaya (Centre-Nord).

Tirs nourris

Dans un communiqué publié ce dimanche matin, le gouvernement burkinabè reconnaît « l’effectivité des tirs dans certaines casernes » mais « dément les informations véhiculées sur les réseaux sociaux tendant à faire croire à une prise de pouvoir par l’armée ».

Selon un responsable sécuritaire haut placé, les tirs entendus au camp Sangoulé Lazimana serait liés à « une mutinerie ». « Des soldats mécontents y revendiquent plus de moyens et d’équipements dans la lutte contre le terrorisme », assure-t-il.

Des tirs nourris y résonnaient toujours à 8h, heure locale. Le camp Sangoulé Lamizana abrite par ailleurs la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca), où sont détenus plusieurs militaires, dont certains officiers de haut rang, à commencer par le général Gilbert Diendéré, ex-chef d’état-major particulier de l’ancien président Blaise Compaoré.

Ces incidents interviennent quelques heures après la dispersion d’une manifestation – interdite – à Ouagadougou, qui avait lieu à l’appel du mouvement « Sauvons le Burkina Faso ». Mais surtout deux semaines après l’arrestation d’un officier, le lieutenant-colonel Zoungrana, accusé par les autorités de préparer un coup d’État. Une dizaine d’autres personnes, dont plusieurs militaires, avaient été arrêtés dans cette affaire. D’après une source sécuritaire, il est « possible » que les soldats qui tirent au camp Lamizana « aient des liens » avec ces personnes arrêtées.

Depuis l’attaque d’Inata, le 14 novembre dernier, qui avait coûté la vie à 53 gendarmes (soit la pire attaque jamais enregistrée par l’armée burkinabè), l’armée est en plein doute et le pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré fortement contesté. Après avoir promis des changements et des sanctions au sein de la hiérarchie militaire, le chef de l’État avait également procédé à un remaniement ministériel et à la nomination d’un nouveau Premier ministre, Lassina Zerbo.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Burkina Faso : incidents à Ouagadougou lors d’une manifestation interdite

janvier 22, 2022
Des membres des forces de sécurité retirent des barricades installées par des manifestants, le 22 janvier 2022, à Ouagadougou. © AFP/OLYMPIA DE MAISMONT

Des manifestants ont bravé samedi à Ouagadougou l’interdiction de se rassembler pour protester contre l’insécurité liée aux violences jihadistes dans le pays. Des incidents ont éclaté quand les forces de l’ordre ont tenté de les disperser.

Les policiers anti-émeutes ont dispersé les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène, puis une course poursuite s’est engagée dans les rues du centre-ville de la capitale burkinabè où l’on pouvait également voir des jeunes circulant à moto harcelant les policiers.

Des barricades de fortune faites de planches en bois, de pierres et de pneus enflammés ont été dressées en plusieurs endroits. Un journaliste de La Chaîne au cœur de l’Afrique (LCA), une télévision privée, a été blessé au bras gauche après avoir reçu un projectile, et évacué vers un hôpital de Ouagadougou, a indiqué un membre de la Croix rouge.

Une manifestation interdite pour « raisons de sécurité »

« Le pouvoir est aux abois », affirme un manifestant, Ahmed Soulama. « Il refuse de comprendre la douleur des populations qui font face chaque jour à des attaques qui endeuillent les familles. (…). Au lieu d’encadrer cette marche et d’entendre notre cri de cœur, voilà que ce sont des gaz qu’on nous jette », ajoute-t-il.

La manifestation contre « l’incapacité » du pouvoir à empêcher les attaques jihadistes dans le pays, à l’appel du mouvement de la société civile Sauvons le Burkina, a été interdite pour des « raisons de sécurité » par la mairie de Ouagadougou.

Sauvons le Burkina avait été à l’origine, le 27 novembre dernier, d’une précédente manifestation également interdite, qui avait fait une dizaine de blessés dans des heurts entre manifestants et forces de l’ordre.

Plus de 2 000 morts en 6 ans

La mairie a également interdit samedi un autre rassemblement de soutien au Mali, visé par des sanctions renforcées par ses voisins ouest-africains.

Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

Parfois mêlées à des affrontements intercommunautaires, elles ont fait depuis six ans plus de 2.000 morts et contraint 1,5 million de personnes à fuir leur foyer.

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso : une nouvelle attaque « jihadistes » dans le nord du pays fait une dizaine de morts

janvier 17, 2022
Un soldat burkinabè, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le18 janvier 2016 (image d’illustration) © Sunday Alamba/AP/SIPA

Une dizaine de civils ont été tués samedi lors d’une attaque attribuée à des jihadistes et perpétrée contre le village de Namssiguian, dans le nord du Burkina Faso.

Samedi matin « des individus armés non identifiés ont mené une attaque meurtrière dans le village de Namssiguian, dans la province du Bam », a déclaré une source sécuritaire en précisant que « le bilan provisoire établi hier (samedi) était d’une dizaine de civils tués » et que « des familles sont toujours sans nouvelles de certains de leurs proches », a-t-elle ajouté.

Un habitant de la zone a de son côté parlé d’un bilan provisoire d’au moins neuf morts. Il y a également « d’importants dégâts matériels car des boutiques et des commerces ont été incendiés ». « Les terroristes sont restés pendant plusieurs heures dans le village où ils ont pillé et détruit», a-t-il ajouté, affirmant que « les assaillants avaient préalablement saboté les antennes téléphoniques, rendant toute communication impossible ».

Spirale de violences

Comme ses voisins malien et nigérien, le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Malgré des opérations contre ces groupes, l’armée a du mal à contenir les violences qui ont fait plus de 2 000 morts en six ans, et contraint plus de 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers.

Fin décembre, une attaque de jihadistes présumés avait fait 41 morts dans le nord du Burkina Faso, dont des civils et des supplétifs de l’armée. Selon plusieurs médias burkinabè, cette embuscade visait un convoi de commerçants, escorté par des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). C’était le bilan le plus lourd enregistré depuis l’attaque d’Inata (nord), mi-novembre, où 57 personnes dont 53 gendarmes avaient été tuées, suscitant l’exaspération de la population.

Mais la plus meurtrière depuis le début des violences djihadistes en 2015 au Burkina reste à ce jour celle de Solhan, dans la province du Sahel (nord), au cours de laquelle au moins 132 personnes ont été tuées, selon un bilan officiel.

Les attaques d’ampleur variable contre des civils ou des membres des Forces de défense et de sécurité sont devenues presque quotidiennes au Burkina. Jeudi, un policier a été tué et « plusieurs terroristes neutralisés » lors d’une attaque armée contre un poste de contrôle dans le nord, selon des sources sécuritaires. Deux jours auparavant, au moins quatre soldats avaient trouvé la mort dans une attaque attribuée à des groupes jihadistes contre une unité du détachement militaire de Markoye, toujours dans le nord du pays, près de la frontière du Niger.

Quatre officiers supérieurs de l’armée ont été nommés jeudi à la tête de régions du nord et de l’est du Burkina Faso, les zones les plus frappées par les jihadistes.

Par Jeune Afrique avec l’AFP

CAN 2022 : le Cameroun réussit ses débuts

janvier 9, 2022

Pays hôte de la Coupe d’Afrique des Nations, le Cameroun a remporté le match d’ouverture en renversant le Burkina Faso (2-1)

Le Cameroun recoit le Burkina Faso pour le match d'ouverture de la Coupe d'Afrique des nations 2022.
Le Cameroun reçoit le Burkina Faso pour le match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations 2022.© AFP / Issouf SANOG

Le Cameroun s’est fait peur. Mais le Cameroun a réussi son entrée en matière dans la Coupe d’Afrique des Nations 2022. Menés peu avant la demi-heure de jeu par un but de Gustavo Sangaré (24e), les hommes d’António Conceição ont renversé le Burkina Faso devant leur public de Yaoundé, grâce а un doublé de Vincent Aboubakar (40e, 45e+3) sur pénalty. Les Lions Indomptables prennent ainsi provisoirement la tête de leur groupe A, en attendant la rencontre entre l’Éthiopie et le Cap-Vert.

Le Cameroun renverse le Burkina Faso

L’attente fut longue. Près d’un demi-siècle sans organiser de Coupe d’Afrique des nations sur son territoire. Mais après trois ans de retard, voilà que le Cameroun lance finalement « sa » CAN au stade Olembé de Yaoundé face au Burkina Faso. Les Lions indomptables donnent alors le coup d’envoi de ce match d’ouverture et obtiennent immédiatement un bon coup franc, après une vilaine faute de Steeve Yago (1e) sanctionné d’un carton jaune. Le coup de pied arrêté ne donne rien, mais le Cameroun annonce déjà la couleur.

La première opportunité de cette rencontre est d’ailleurs pour les hommes d’António Conceição avec la tentative de Vincent Aboubakar. Bien servi aux abords de la surface, l’attaquant camerounais contrôle idéalement pour se retourner avant de percuter dans l’axe et de frapper… hors du cadre d’Hervé Koffi (8e). Quelques instants plus tard, le portier burkinabé s’aventure loin de son but pour s’interposer sur une longue relance de son homologue camerounais. Mais Hervé Koffi se fait éliminer par Karl Toko Ekambi qui, poussé dans le coin droit, ne parvient pas à redresser son centre (10e). Les situations se multiplient.

Au quart d’heure de jeu, les Lions indomptables mettent l’accent sur les côtés et cherchent à écarter le jeu. Mais ne parvenant pas à concrétiser sa domination (60 %), le Cameroun va finir par se faire punir. Au terme d’une triple situation burkinabé, Gustavo Sangaré est parfaitement servi par Bertrand Traoré au second poteau. Onana manque complètement sa sortie et l’attaquant de Quevilly-Rouen (L2) signe un plat du pied parfait dans des cages vides (24e, 0-1). Les Camerounais sont punis de leur manque de justesse.

Une ouverture du score qui douche l’enthousiasme des fans des Lions indomptables. Quelque peu abattu, le Cameroun manque de tranchant pour faire la différence. Mais les hommes d’António Conceição vont être récompensés de leurs efforts. Zambo Anguissa est fauché dans la surface de réparation par le capitaine burkinabé Bertrand Traoré. Après consultation de la VAR, Mustapha Ghorbal, l’expérimenté arbitre algérien de cette rencontre, désigne le point de pénalty. Vincent Aboubakar se présente alors face à Hervé Koffi qui, d’un contre-pied parfait, offre l’égalisation au Cameroun (40e, 1-1). Le stade Olembé exulte et les Lions relancent ce match.

Et alors que les deux équipes se rendent coup pour coup en fin de première période, les Lions vont à nouveau obtenir un pénalty. Lancé à pleine vitesse côté gauche, Nouhou Tolo pénètre dans la surface avant de subir le tacle glissé de Issoufou Dayo, complètement pris de vitesse. Le latéral gauche des Sounders de Seattle s’écroule et Mustapha Ghorbal désigne une seconde fois le point de pénalty. Là encore, Vincent Aboubakar s’illustre d’un contre-pied parfait (2-1, 45e+3). Le Cameroun renverse le Burkina Faso juste avant la pause.

Au retour des vestiaires, aucun changement n’est à signaler et le Burkina Faso donne le coup d’envoi de ce deuxième acte. Les Burkinabés portent le ballon vers l’avant et, face à la pression imposée par les hommes de Kamou Malo, le Cameroun recule. André Onana, le portier camerounais, est même contraint de s’illustrer d’un arrêt réflexe décisif. Collé à la ligne de sortie de but à droite Bertrand Traoré tire fort à ras de terre en direction du but. Le ballon revient sur Adama Guira, après un contre de Jérôme Onguéné, qui frappe à bout portant. Sur sa ligne, Onana repousse d’une main ferme le tir burkinabé (55e). Coup de chaud à Yaoundé !

Pourtant, le Cameroun est proche de faire le break. En surnombre, les Lions Indomptables mènent un contre éclair après une frappe manquée de Traoré et repoussée. Vincent Aboubakar décale alors Moumi Ngamaleu à droite, qui pénètre dans la surface et croise son tir. Hervé Koffi repousse, dans les pieds d’Aboubakar qui contre dans le but (59e). Toutefois, le capitaine ne célèbre pas son triplé car le but est refusé pour une position de hors-jeu de Ngamaleu en amont.

Il faut finalement attendre la 69e minute de jeu pour voir les premiers changements dans cette rencontre. Côté camerounais, Karl Toko Ekambi et Emmanuel Kundé sont respectivement remplacés par Clinton Njie (69e) et Éric-Maxim Choupo-Moting (69e). Quelques instants plus tard, Firmin Sanou opère à son tour du coaching avec les entrées de Mohamed Konaté à la place de Edmond Tapsoba (71e), et de Yaya Sanogo à celle de Cyrille Bayala (71e).

En fin de rencontre, le Cameroun tente de faire le break pour soigner encore davantage son entrée en matière dans la Coupe d’Afrique des Nations. Mais les Lions Indomptables ne parviennent pas à retrouver le chemin des filets. De son côté, le Burkina Faso ne réussit pas à poser le pied sur le ballon et accepte de subir. Malgré cinq minutes de temps additionnel, le score en reste là. Le Cameroun remporte le match d’ouverture de la CAN 2022 et prend provisoirement la tête de leur groupe A, en attendant la rencontre entre l’Éthiopie et le Cap-Vert.

Avec Le Point par Guillaume Paret

Comment le Mali, le Burkina et le Nigeria luttent contre l’excision

janvier 4, 2022
Rassemblement contre l’excision à Abidjan, en 2005 © KAMBOU SIA/AFP

Malgré un recul sensible depuis les années 1990, les mutilations génitales féminines sont toujours un fléau en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Focus sur le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria, qui abordent le problème de façons très différentes.

En 2022, les mutilations génitales féminines (MGF) et leurs justifications culturelles – conformisme, pression sociale – subsistent malheureusement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. On y enregistre toujours les plus forts taux d’excision au monde. Mais ces pratiques sont en recul progressif : dans les 30 pays où les MGF sont les plus répandues, moins d’un tiers des filles les subissent aujourd’hui, contre près de la moitié en 1994.

Un progrès permis par des actions conjointes menées par les pays touchés, leurs sociétés civiles et un important programme conjoint du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et de l’Unicef lancé en 2009 et financé par l’Espagne, la France, l’Islande, l’Italie, la Norvège, la Suède et l’Union européenne (UE). En 2020, en dépit de la pandémie de Covid-19, des résultats probants ont été obtenus en vue de l’élimination des MGF d’ici à 2030, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Nigeria. Tour d’horizon.

Objectif 2030 au Burkina

Au Burkina Faso, les MGF concernent 68 % des femmes, mais reculent de génération en génération : 87,4 % des 45-49 ans ont subi cette pratique, contre 42,4 % des 15-19 ans. Ce progrès s’explique par un programme national de prévention et de sanction exemplaire dans la sous-région, porté par une volonté politique forte. Les autorités se sont engagées à éliminer les MGF à l’horizon 2030. Entre 2009 et 2015, 223 dossiers ont été portés en justice, aboutissant à la condamnation de 384 personnes, dont 31 exciseuses. En 2020, sur 40 personnes poursuivies, 31 ont été jugées et condamnées à des peines allant de 6 mois fermes à 24 mois avec sursis et des amendes conséquentes de 760 à 1 370 euros.

128 567 FILLES DE MOINS DE 14 ANS ONT ÉTÉ IDENTIFIÉES COMME POTENTIELLES VICTIMES EN 2020

L’exemple burkinabè montre que le combat doit se faire de manière à la fois préventive et par un suivi institutionnel, sur plusieurs fronts : l’appropriation politique et plus largement sociale de cet enjeu collectif, ainsi que le respect effectif de la loi. Voilà pourquoi 128 567 filles de moins de 14 ans ont été identifiées comme potentielles victimes en 2020, et leurs parents, 24 506 personnes, sensibilisés au respect de leur intégrité. En outre, 4 135 relais d’influence, chefs religieux et coutumiers, directeurs de structures de santé et d’établissement scolaires ont été engagés dans la promotion des droits de l’enfant et de l’abandon des MGF dans les villages ciblés.

Les jeunes servent aussi de vecteur puissant pour faire passer le message : 46 255 garçons au Burkina ont été sensibilisés comme acteurs de changement en faveur de l’élimination de la pratique au sein de leurs communautés, tandis que 91 082 filles se sont déclarées disponibles comme relais pour la prévention des MGF. Enfin, l’effort de sensibilisation mené auprès de 1 215 militaires, dont 950 femmes, a conduit l’armée à engager une campagne de réparation des séquelles de l’excision en 2021.

Au Mali, toujours pas de loi

Le Mali, en revanche, reste avec la Sierra Leone l’un des rares États sans texte de loi contre les MGF. Ce pays, où 83 % des femmes sont excisées, affiche le plus fort taux de prévalence avec la Guinée, la Gambie et la Sierra Leone. Un avant-projet de loi sur les Violences basées sur le genre (VBG), en préparation depuis 2017, reste à adopter.

LA COUR DE JUSTICE DE LA CEDEAO A IMPOSÉ EN 2021 UN MORATOIRE DE DEUX ANS AU MALI

En raison du contexte sécuritaire et de la résistance des leaders religieux et traditionnels, la loi pénalisant les MGF et les mariages d’enfants est reléguée au second plan. La plainte déposée par des organisations de la société civile contre l’État malien auprès de la Cour africaine des droits de l’homme et du peuple (CADHP) en vue de relever l’âge du mariage de 16 à 18 ans et l’adoption d’une loi contre les MGF a abouti à une interpellation du gouvernement. La Cour de justice de la Cedeao a par ailleurs imposé en 2021 un moratoire de deux ans au Mali, pour harmoniser la législation nationale en lien avec les textes ratifiés par le pays.

En attendant, 888 filles et femmes survivantes des complications des MGF ont été identifiées et prises en charge en 2020. La sensibilisation se fait sans relâche, même durant la pandémie de Covid-19 : en 2020, 317 communautés de Kayes, Koulikoro et Ségou ont rejoint le mouvement national d’abandon des MGF et mariages d’enfants, et signé une convention. Pas moins de 235 660 personnes ont participé aux activités de communication sur les MGF, mariages d’enfants et violences basées sur le genre.

Au Nigeria, des avancées vers l’élimination des MGF à l’horizon 2024

Au Nigeria, où un quart des femmes du Nigeria a subi des MGF, ces pratiques sont en recul. Une nouvelle politique nationale chiffrée en vue de l’élimination de l’excision a été adoptée sur la période 2020-24 par deux ministères (Santé, Affaires féminines et développement social). Un grand pas en avant, qui mérite d’être salué. L’État fédéré d’Oyo, qui affiche l’une des plus fortes prévalences, s’est prononcé en faveur de leur éradication. Dans l’État d’Osun, l’UNFPA, en collaboration avec Action Health Incorporated et le ministère local de la Santé et des Affaires féminines, a invité des dirigeants communautaires, des policiers et d’autres agents des forces de l’ordre à participer à une réunion de concertation. Celle-ci a abouti à la signature d’un document pour œuvrer collectivement à l’élimination des MGF.

501 COMMUNAUTÉS ONT DÉCLARÉ L’ABANDON DE CES PRATIQUES ET 233 AUTRES ONT MIS EN PLACE DES SYSTÈMES DE SURVEILLANCE

En 2020, 501 communautés ont déclaré publiquement l’abandon de ces pratiques, couvrant une population estimée à environ 2,8 millions de personnes. Par ailleurs, 233 communautés ont mis en place des systèmes de surveillance qui ont protégé 2 462 filles. Des actions de plaidoyer et de concertation se sont tenues avec les chefs religieux (chrétiens, musulmans et traditionnels) dans plus de 600 communautés. Le réseau de jeunes hommes EndFGM Jingles a produit des messages dans les langues de cinq États fédérés, touchant 3,6 millions de personnes. Le Nigeria a entrepris un grand nombre d’actions en ce sens, prouvant qu’avec de la volonté politique, l’engagement des leaders traditionnels, religieux et des communautés elles-mêmes, l’évolution des mentalités va dans le bon sens.

Argentina Matavel Piccin

Avec Jeune Afrique par Argentina Matavel Piccin

Directrice du bureau régional du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale

Burkina Faso : le scientifique Lassina Zerbo nommé Premier ministre

décembre 11, 2021
Lassina Zerbo (ici en 2015) a été nommé Premier ministre du Burkina Faso le 10 décembre 2021. © Creative Commons / Wikimedia / Simonis

Ce géophysicien de 58 ans, évoluant à la lisière entre la science et la diplomatie, a été nommé vendredi 10 décembre en remplacement de Christophe Dabiré. Peu connu du grand public, il a de nombreux réseaux politiques.

Quelques minutes après l’allocution du président Roch Marc Christian Kaboré à la télévision publique appelant à célébrer le 61è anniversaire du pays dans la sobriété, le nom du nouveau Premier ministre a été dévoilé, vendredi 10 décembre. Au lendemain de la démission de Christophe Marie Dabiré, c’est Lassina Zerbo qui a été nommé. Un choix surprise : celui d’un fonctionnaire international de 58 ans, spécialisé en sciences mais ni en économie ni dans les questions militaires.

Ce diplômé de géophysique à l’université de Paris XI en France travaillait jusqu’ici à la Commission Préparatoire du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE), un poste à la lisière entre sciences et diplomatie. Basé à Vienne, il résidait d’ailleurs depuis plusieurs semaines à Ouagadougou pour y organiser une vaste conférence internationale, finalement reportée sine die.

Bons réseaux politiques

Peu connu par grand public, il l’est en revanche du milieu politique, au sein duquel il n’hésitait pas à dévoiler ses ambitions. Soutenu par Djibrill Bassolé, ministre des affaires étrangères sous Blaise Compaoré, le nouveau Premier ministre possède de bons réseaux qui transcendent les clivages politiques, selon un observateur avisé. Il était reçu par le président burkinabè à chacun de ses séjours à Ouagadougou.

« Nous souhaitions que le Premier ministre ne soit pas un membre de la diaspora, mais il a été difficile de trouver la personnalité adéquate. Il nous fallait un Premier ministre avec de l’envergure pour gérer les égos. Donc le chef de l’État a tranché en faveur de Lassina Zerbo », glisse sous couvert de l’anonymat un cadre du parti présidentiel.

Crise politique et sécuritaire

La tâche du nouveau locataire de la Primature s’annonce ardue. Outre la composition de son équipe, il va devoir faire face à une crise sécuritaire, politique et sociale. Après l’attaque d’Inata lors de laquelle 53 gendarmes ont été tués, dimanche 14 novembre, des manifestations d’ampleur ont eu lieu contre le pouvoir, accusé d’être impuissant face aux terroristes. Des protestations qui ont sans doute précipité la démission de Christophe Dabiré.

Confronté depuis cinq ans à la violence des groupes terroristes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique et à l’État islamique, le Burkina Faso connaît une grave dégradation de sa situation sécuritaire. Alors que le Nord et l’Est du pays étaient déjà fragilisés, un nouveau front s’est ouvert au Sud-ouest, dans la région frontalière de la Côte d’Ivoire. 

Depuis 2015, les exactions causées par les groupes jihadistes ont fait plus de 2 000 morts (dont 400 soldats) et contraint plus d’1,4 million de personnes à fuir de chez elles. « Nos concitoyens se posent des questions. Nous devons les rassurer et leur montrer que nous sommes capables de défendre notre pays », a déclaré le président Kaboré le 10 décembre.

Enfin, le gouvernement Zerbo devra également relancer l’économie. À commencer par convaincre la communauté des investisseurs d’aider au financement du méga-plan de développement 2021-2025.

Ce nouveau référentiel de développement doit être financé à 63 % via la mobilisation de ressources propres, les 37 % restants devant venir de financements extérieurs et/ou innovants. Un quart de ces financements extérieurs (environ 2,1 milliards d’euros) ont déjà fait l’objet d’accords avec les partenaires du développement. Il reste encore 6,4 milliards d’euros à trouver.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Burkina : plusieurs blessés à Ouagadougou dans des manifestations contre le pouvoir

novembre 28, 2021
Un manifestant porte un bandeau avec un drapeau du Burkina Faso, lors d’un rassemblement de protestation à Ouagadougou, le 27 novembre 2021. © AFP/OLYMPIA DE MAISMONT

Des incidents ont éclaté samedi dans la capitale du Burkina Faso après la dispersion de centaines de manifestants dénonçant l’« incapacité » du pouvoir à contrer les violences terroristes.

Dans la matinée, les policiers anti-émeute ont tiré du gaz lacrymogène pour empêcher les manifestants de se rassembler place de la Nation, dans le centre de la capitale burkinabè quadrillé par un important dispositif de sécurité, où tous les commerces étaient fermés.

Après cette dispersion musclée, des jeunes ont dressé des barricades de fortune et brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de la capitale. Des manifestants ont également vandalisé une partie de la direction de l’état-civil, après avoir tenté d’incendier le bâtiment de la mairie de Ouagadougou, dont le maire avait interdit les manifestations.

UN PORTE-PAROLE DE LA COALITION DU 27 NOVEMBRE ÉVOQUE « DEUX BLESSÉS DANS LE COMA »

Au cours des violences, un enfant de moins de 10 ans a été blessé par des tirs de gaz lacrymogène et remis par les manifestants à une unité anti-émeute de la gendarmerie. Deux journalistes burkinabè ont également été blessés lors de tirs de gaz lacrymogène, ont annoncé leurs médias, la radio privée Omega et le site en ligne Filinfos, sans qu’on sache la gravité de leurs blessures.

Un porte-parole de la Coalition du 27 novembre qui avait appelé à manifester, Hervé Ouattara, a évoqué « énormément de blessés », dont « deux sont dans le coma », ce qui n’a pas pu être confirmé de source indépendante. Dans une déclaration à la télévision nationale, le ministre de la Sécurité Maxime Koné a dit qu’il y avait eu « un certain nombre de blessés » parmi les forces de sécurité, mais il a indiqué ne pas encore avoir de bilan des victimes dans les deux camps. « Force doit rester à la loi », a-t-il affirmé, « et nous allons travailler à ce que ceux qui ont soutenu ou appelé à la marche répondent de leurs actes ».

« Face à la barbarie, on va se défendre »

« On était sortis pour une marche pacifique, mais la réaction des forces de l’ordre a mis le feu aux poudres, nous obligeant à ériger des barricades », a déclaré un des manifestants. « On ne veut pas brûler le pays qui est déjà en guerre, mais face à la barbarie, on va se défendre ».

Des manifestants ont également brûlé des pneus devant le siège du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), et s’en sont pris à des journalistes, dont une de l’AFP. « Je suis allée au siège du MPP avec une consœur suite à des rumeurs disant que le siège avait été brûlé par des manifestants, la foule nous a foncé dessus, jeté des cailloux, ils ont voulu bloquer notre voiture en criant “La France, on veut pas de vous” », a raconté Olympia de Maismont, collaboratrice photo et vidéo de l’AFP au Burkina Faso. « On a réussi à s’échapper mais c’était à la seconde près ».

DES MANIFESTATIONS ONT ÉGALEMENT EU LIEU DANS D’AUTRES VILLES DU BURKINA, EN PARTICULIER À BOBO DIOULASSO ET KAYA

L’un des manifestants, Fabrice Sawadogo, 28 ans, a affirmé qu’ »après sept ans d’incapacité face aux attaques terroristes qui nous endeuillent chaque jour, il est temps de demander le départ du régime ». « Nous n’avons pas à négocier avec un gouvernement incompétent qui doit admettre qu’il a échoué », a-t-il lancé.

Des manifestations ont également eu lieu dans d’autres villes du Burkina, en particulier à Bobo Dioulasso (ouest), la seconde du pays, où des manifestants ont également été dispersés à l’aide de gaz lacrymogène. Ce fut également le cas à Kaya, à une centaine de kilomètres au nord-est de Ouagadougou.

Plusieurs interpellations

La Coalition du 27 novembre, regroupant trois organisations de la société civile, avait appelé « l’ensemble des Burkinabè à sortir massivement » samedi « dans une ambiance pacifique, pour dénoncer l’insécurité grandissante et exiger le départ du chef de l’Etat » Roch Marc Christian Kaboré. Plusieurs manifestants ont été interpellés, dont une des responsables du « Mouvement Sauvons le Burkina Faso », selon cette organisation membre de la coalition, sans donner le nombre d’arrestations.

LES VIOLENCES JIHADISTES ONT FAIT DEPUIS SIX ANS ENVIRON 2 000 MORTS ET CONTRAINT 1,4 MILLION DE PERSONNES À FUIR LEUR FOYER

D’autres mouvements de la société civile ont appelé à se démarquer de ces manifestations, pour « ne pas être complices de ceux qui veulent jeter le chaos dans le pays ». Le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

L’attaque le 14 novembre d’un détachement de gendarmerie à Inata (nord), l’une des plus meutrières contre les forces de sécurité, a profondément choqué: au moins 57 personnes, dont 53 gendarmes, ont été tuées par des jihadistes armés. « Nous devons mettre fin aux dysfonctionnements inacceptables qui sapent le moral de nos troupes combattantes et entravent leur efficacité dans la lutte contre les groupes armés terroristes », a déclaré jeudi soir le président Kaboré, des paroles souvent répétées qui ne convainquent plus dans le pays.

Parfois mêlées à des affrontements intercommunautaires, les violences jihadistes ont fait depuis six ans environ 2 000 morts et contraint 1,4 million de personnes à fuir leur foyer.

Par Jeune Afrique avec AFP