Posts Tagged ‘Burkina Faso’

Burkina Faso : « le combat pour l’indépendance totale a commencé », assure le capitaine Traoré

décembre 11, 2022

« Ce combat passe nécessairement par les armes, mais aussi par nos valeurs, nos comportements et le redressement de notre économie », a assuré samedi 10 décembre le président burkinabè de transition.

Ibrahim Traoré, en novembre 2022. © Présidence du Faso

« Le combat pour l’indépendance totale a commencé » au Burkina Faso, a affirmé le capitaine Ibrahim Traoré, président burkinabè de transition. Il s’exprimait à la télévision publique dans un discours à la nation à l’occasion du 62e anniversaire de l’accession à l’indépendance du pays.

« L’heure n’est pas à la fête, notre indépendance n’est pas acquise, parce que nos terres sont occupées, notre économie est balbutiante et nos mains sont liées », a-t-il déclaré, invitant à la sobriété.

« Plus de sacrifices »

Estimant que « le destin du pays changeait le 30 septembre », date du coup d’État qui l’a porté au pouvoir, il a affirmé que « le combat pour l’indépendance totale a commencé » ce jour-là. « Ce combat passe nécessairement par les armes, mais aussi par nos valeurs, nos comportements et le redressement de notre économie ».

Il a demandé « plus de sacrifices » à ses compatriotes afin « que cette lutte soit menée par les Burkinabè pour libérer les terres du Burkina Faso », les appelant à « rester confiants, soudés, mobilisés derrière les forces de défense et de sécurité », ainsi que « nos vaillants VDP », les Volontaires pour la défense de la patrie, des supplétifs civils de l’armée.

90 000 civils ont rejoint les VDP

Selon le capitaine Ibrahim Traoré, « l’espoir est permis, parce que nous ne lâcherons pas, nous irons jusqu’au bout de ce combat pour l’indépendance totale de notre patrie ». « Notre lutte ne s’arrêtera que lorsque tous les enfants du Burkina Faso mangeront à leur faim et dormiront tranquillement dans leur pays », a-t-il affirmé.

Depuis 2015, le Burkina Faso est régulièrement endeuillé par des attaques jihadistes qui ont fait des milliers de morts et contraint quelque deux millions de personnes à fuir leurs foyers. Ces attaques de groupes liés à l’État islamique et à Al-Qaïda visant militaires et civils se sont multipliées ces derniers mois, essentiellement dans le nord et l’est du pays.

Le capitaine Ibrahim Traoré s’est donné pour objectif « la reconquête du territoire occupé par ces hordes de terroristes » qui en occupent 40%. À l’issue d’une campagne de recrutement, 90 000 civils se sont inscrits pour rejoindre les VDP, appelés à seconder l’armée dans sa lutte contre les jihadistes.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Le Burkina Faso ordonne la suspension immédiate de RFI « jusqu’à nouvel ordre »

décembre 4, 2022

Après le Mali, le Burkina Faso est le deuxième pays de la région à interdire cette année Radio France Internationale (RFI).

Le capitaine Ibrahim Traoré assiste à la cérémonie du 35e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara à Ouagadougou, le 15 octobre 2022. © OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

Le Burkina Faso a ordonné samedi « la suspension immédiate et jusqu’à nouvel ordre » de RFI, lui reprochant notamment d’avoir relayé un « message d’intimidation » attribué à un « chef terroriste », a annoncé le porte-parole du gouvernement burkinabè.

En ayant relayé ce message, RFI « contribue ainsi à une manœuvre désespérée des groupes terroristes en vue de dissuader les milliers de Burkinabè mobilisés pour la défense de la Patrie », indique un communiqué signé du porte-parole, Jean Emmanuel Ouedraogo.

Suspension immédiate

Au début de la semaine, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda), avait diffusé une vidéo dans laquelle l’un de ses chefs au Burkina Faso menaçait de s’attaquer à des villages défendus par des Volontaires de la défense de la patrie (VDP), supplétifs civils de l’armée, qui vient d’en recruter 90 000 en trois semaines pour faire face à la recrudescence des attaques jihadistes.

Le gouvernement reproche également à RFI, radio publique française, d’avoir repris dans sa revue de presse de vendredi « une information mensongère, indiquant que: ‘Le président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré, assure qu’une tentative de coup d’État a visé son pouvoir’ ».À LIREBurkina : la colère très calculée du capitaine Traoré

Le communiqué rappelle que « le 3 novembre dernier, le gouvernement avait déjà exprimé son indignation face à l’attitude tendancieuse des journalistes de ce média (RFI) et leur propension à jeter un discrédit sur la lutte dans laquelle le peuple burkinabè est engagé pour plus de liberté et de dignité ».

« Au regard de tout ce qui précède, le gouvernement a décidé de la suspension immédiate jusqu’à nouvel ordre, de la diffusion des programmes de Radio France Internationale sur toute l’étendue du territoire national », ajoute-t-il.

« Accusations infondées »

La direction de RFI « déplore vivement cette décision et s’élève contre les accusations totalement infondées mettant en cause le professionnalisme de ses antennes », a-t-elle indiqué samedi soir dans un communiqué. « Cette coupure est intervenue sans préavis et sans que ne soient mises en œuvre les procédures prévues par la convention de diffusion de RFI établie par le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso », affirme-elle.

🔴 @RFI DÉPLORE VIVEMENT LA SUSPENSION DE SA DIFFUSION AU BURKINA FASO HTTPS://T.CO/VFVN8GFJ3M VIA @RFI— FRANCE MÉDIAS MONDE (@FRANCE_MM) DECEMBER 3, 2022

Elle ajoute que le groupe France médias monde auquel RFI appartient, « explorera toutes les voies pour parvenir au rétablissement de la diffusion de RFI, et rappelle son attachement sans faille à la liberté d’informer comme au travail professionnel de ses journalistes ». Selon la direction de RFI, la radio est suivie chaque semaine au Burkina Faso « par plus de 40% de la population et plus de 70% des leaders d’opinion ».

MUSELER OU PERSÉCUTER LA PRESSE NE TRANSFORME PAS LE MENSONGE EN VÉRITÉ

Le gouvernement a tenu néanmoins « à réaffirmer à l’opinion nationale et internationale son attachement à la liberté de presse et d’opinion » et « au droit du public à l’information », mais « invite cependant au respect des règles et principes édictés en la matière dans notre pays ».

Le Burkina est le deuxième pays de la région à interdire RFI cette année après le Mali, en mars. « Les nerfs sont à vif, cependant museler ou persécuter la presse ne transforme pas le mensonge en vérité », a estimé Newton Ahmed Barry, journaliste et ancien président de la Commission électorale nationale (CEN).

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Burkina Faso-Mali : Ibrahim Traoré à Bamako pour rencontrer Assimi Goïta

novembre 2, 2022

Le président burkinabè a réservé son premier voyage à l’étranger au Mali. Avec son homologue, il doit échanger sur la lutte contre les groupes jihadistes et les partenariats avec l’étranger.

Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabè, à Ouagadougou, le 15 octobre 2022, lors du 35e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. © Olympia de Maismont / AFP.

Le chef de la junte malienne, le capitaine Ibrahim Traoré, se rend ce 2 novembre à Bamako, son premier déplacement à l’étranger depuis sa prise de pouvoir il y a un mois. Un communiqué du ministère malien des Affaires étrangères précise que cette « visite d’amitié et de travail » durera deux heures quarante (de 15 h locales à 17 h 40).

Le capitaine Traoré va s’entretenir avec son homologue, le Malien Assimi Goïta. « Il sera principalement question de la lutte contre le terrorisme », précise une source officielle burkinabè.

Outre leur proximité géographique, leur frontière commune, les deux pays sont en effet dans des situations similaires. Tous deux sont dirigés par des soldats putschistes, qui ont pris le pouvoir en promettant de battre les groupes jihadistes.

Russie ou France

Pour y parvenir, les méthodes diffèrent pour l’instant. Bamako a rompu avec la France, dont les derniers soldats, opérant au sein de l’opération Barkhane, ont quitté le pays, s’est tourné et s’est tourné vers la Russie, notamment vers le groupe de mercenaires russes Wagner, pour l’aider à combattre les groupes terroristes.

Depuis le coup d’État du 24 janvier du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé huit mois plus tard par le capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso, lui, n’a pas coupé les liens avec l’armée française qui a continué à participer aux côtés de l’armée burkinabè à la lutte anti-jihadiste. Néanmoins, les interrogations sur la politique future du nouveau président de la transition en la matière sont nombreuses.

À plusieurs reprises à Ouagadougou, des soutiens de la junte militaire ont manifesté en brandissant des drapeaux russes, s’en prenant à des intérêts français et réclamant le départ des quelque 400 soldats des forces spéciales françaises présents dans le pays.

« Peut-être qu’avec la nouvelle donne [sécuritaire] nous réexaminerons nos rapports avec la Russie pour voir s’il faut la renforcer dans un secteur ou pas, s’il faut la réorienter dans l’intérêt du Burkina Faso et dans le respect de sa souveraineté », a déclaré le 30 octobre le nouveau Premier ministre burkinabè, Apollinaire Kyélem de Tembèla. Mais, a-t-il averti, « ce n’est pas à la rue de nous dire de faire ceci ou cela ».

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Burkina Faso : Balise Compaoré déchu de son titre de Docteur

octobre 12, 2022

L’ancien président du Burkina Faso Blaise Compaoré, condamné par contumace à perpétuité en avril dernier pour l’assassinat en 1987 de son prédécesseur Thomas Sankara a été déchu de son titre de Docteur honoris causa par l’université Jean-Moulin de Lyon 3 en France.

La proposition de déchoir l’ancien président burkinabé avait été émise le 20 septembre dernier par Éric Carpano, Président de l’Université Jean Moulin Lyon 3 par voie de communiqué au Conseil d’administration, c’est finalement le mardi 11 octobre qu’elle a été entérinée. Selon l’université, Blaise Compaoré avait gravement manqué aux valeurs de la communauté universitaire, notamment aux principes les plus fondamentaux de la démocratie, de l’État de droit, des droits humains et des libertés académiques ._

La condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité de M. Compaoré pour complicité d’assassinat d’un opposant politique est de nature à porter gravement atteinte à l’honneur, à l’image et à la considération de l’Université Jean Moulin, lui ayant conféré le titre de Docteur honoris causa a ajouté le communiqué. Le titre lui avait été remis en 2004.

Exilé en Côte d’Ivoire

Blaise Compaoré était arrivé au pouvoir en 1987 à la faveur d’un putsch qui avait coûté la vie au président d’alors, Thomas Sankara, icône panafricaine dont il était un des proches amis. Renversé par la rue en 2014, l’ex-président vit depuis en Côte d’Ivoire, mais a pu faire un bref retour de quelques jours dans son pays, début juillet, sans être arrêté.

Dans son message, il a remercié le président ivoirien Alassane Ouattara d’avoir facilité ce retour.

Il avait été invité par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui a finalement été renversé le 30 septembre par le capitaine Ibrahim Traoré pour son incapacité à endiguer la menace djihadiste.

Avec Sacer-infos par Stany Frank

Burkina Faso : Ibrahim Traoré, le « vieux » plus jeune chef d’État du monde

octobre 9, 2022

Devenu président du Faso, le putschiste Ibrahim Traoré est actuellement le plus jeune de tous les chefs d’État de la planète. Dans un pays qui n’en reste pas moins majoritairement peuplé de citoyens bien plus jeunes que lui…

© Damien Glez

Celui qui aime préciser ne pas être intéressé par le pouvoir vient d’être propulsé premier magistrat du Burkina Faso, par la magie des kalachnikovs puis des procédures internes du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). Ibrahim Traoré n’a que 34 ans et pourrait donc quitter le pouvoir avant d’en avoir 35, pour peu que les « Assises nationales » annoncées dégagent un consensus autour d’un président de transition, éventuellement civil. La retraite d’ancien chef d’État de celui qu’on surnomme déjà « IB » pourrait donc peser sur le budget national pendant un demi-siècle…

Ce jeu des statistiques et des dates de naissance révèle que le gestionnaire des « affaires courantes » burkinabè est actuellement le plus jeune chef d’État du monde. Il est né en 1988, alors que Gabriel Boric, arrivé à la présidence chilienne en mars dernier, est né en 1986. Même rares, les dirigeants trentenaires ne sont pas tout à fait des exceptions. Actuellement âgée de 38 ans, la Finlandaise Sanna Marin est Première ministre depuis près de trois ans.

Mais la jeunesse prometteuse s’émousse rapidement. Arrivés trentenaires au pouvoir, le Français Emmanuel Macron et le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé ont respectivement 44 et 54 ans. Quant au Nord-coréen Kim Jong-un, il devrait être quadragénaire le 8 janvier prochain, si l’on en croit certaines biographies discutées…

L’âge d’Ibrahim Traoré n’est pas sans rappeler celui du père de la révolution burkinabè, figure historique sacrifiée qui fait l’objet d’un culte inégalé. Capitaine comme lui, Thomas Sankara était dans sa trente-quatrième année lorsqu’il accédait au pouvoir de la Haute-Volta, le 4 août 1983. L’histoire dira si Traoré saura créer son propre mythe, lui qui cultive pour l’instant le profil bas…

Écart d’âge

Si l’Afrique se révèle la championne des présidents jeunes, elle se fait également remarquer dans les classements des magistrats suprêmes ayant célébré le plus de printemps. Après le décès de la reine Elizabeth II à 96 ans, Paul Biya est devenu le chef d’État le plus âgé – 55 ans le séparent d’Ibrahim Traoré –, à défaut d’être le doyen en nombre d’années passées sur le trône. Le dirigeant camerounais fêtera ses 90 bougies en février prochain. Et les réseaux sociaux de s’amuser du fait qu’un Burkinabè d’un an a connu trois fois plus de présidents qu’un Camerounais de 39 ans…

Pour peu que la surveillance médicale soit fiable et transparente, l’âge du leader n’est pas une question rédhibitoire, en dépit de certaines restrictions constitutionnelles appliquées, dans certains pays, aux candidats à la candidature. Souvent présentés comme la première puissance mondiale, les États-Unis sont dirigés par un homme qui fêtera ses 80 ans dans six semaines, alors qu’il n’est qu’au milieu de son premier mandat…

Les dirigeants aux âges extrêmes ne sont donc pas spécifiquement africains. Si le capitaine sierra-léonais Valentine Strasser arriva au pouvoir à 26 ans, en 1992, Elizabeth II fut intronisée à 25 ans. Et d’ailleurs, la jeunesse est relative. Selon les statistiques de 2018, l’âge d’Ibrahim Traoré est exactement le double de l’âge médian burkinabè. Et les trois quarts de la population sont plus jeunes que lui. D’un certain point de vue, le jeune président est un vieux Burkinabè…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Burkina Faso – Attaque de Gaskindé : « 22 ans, c’est trop jeune pour mourir »

octobre 9, 2022

L’attaque du convoi qu’ils escortaient a précipité le coup d’État mené par le capitaine Ibrahim Traoré, il y a une semaine. Ce samedi, les 27 militaires tués à Gaskindé ont été inhumés à Ouagadougou, en présence du nouvel homme fort du pays.

Lors des obsèques des 27 soldats du 14e régiment interarmes tués à Gaskindé le 26 septembre, à Ouagadougou le 8 octobre 2022. © Benjamin Roger pour JA

Son cercueil en bois est doucement descendu en terre par ses frères d’armes. Devant sa tombe, un autre tient silencieusement son portrait. Celui d’un homme de 24 ans en uniforme et au visage encore juvénile. Le 26 septembre, le seconde classe Hamadé Boina faisait partie de l’escorte du convoi de ravitaillement à destination de Djibo qui a été attaqué par des jihadistes sur la route nationale 22, à hauteur de Gaskindé. Il y a perdu la vie, comme 26 autres militaires. La plupart avaient moins de trente ans.

Selon un bilan officiel, dix civils ont aussi été tués dans cette attaque meurtrière qui a choqué tout le Burkina Faso. Ce macabre décompte pourrait même s’aggraver : selon un syndicat de transporteurs routiers, 70 conducteurs qui étaient dans le convoi seraient toujours portés disparus.

Lors des obsèques des 27 soldats du 14e régiment interarmes tués à Gaskindé le 26 septembre, à Ouagadougou le 8 octobre 2022. © Benjamin Roger pour JA
Lors des obsèques des 27 soldats du 14e régiment interarmes tués à Gaskindé le 26 septembre, à Ouagadougou le 8 octobre 2022. © Benjamin Roger pour JA

Défilé de cercueils

Le drame de Gaskindé n’a pas fait qu’allonger la liste des milliers de personnes, civils ou militaires, morts depuis que le pays a basculé dans l’insécurité, en 2015. Il a aussi précipité le coup d’État du 30 septembre, mené par le capitaine Ibrahim Traoré contre le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même arrivé au pouvoir par la force huit mois plus tôt. Accusant leur supérieur de n’avoir rien réglé à la crise sécuritaire qu’il promettait d’enrayer, Traoré et ses hommes ont décidé de le renverser, ouvrant un nouveau chapitre incertain à la tête d’un État déjà largement fragilisé.À LIREBurkina Faso : qui est Ibrahim Traoré, le capitaine qui a fait tomber Damiba ?

Ce 8 octobre, ils étaient plusieurs centaines – familles, militaires, mais aussi citoyens lambda – à être venus pour assister aux obsèques de Hamadé Boina et de ses camarades au cimetière militaire de Gounghin, à Ouagadougou. Dans l’allée arborée de cette nécropole qui n’en finit plus d’accueillir des tombes, les 27 cercueils ont défilé un à un, portés par des soldats.

Le cimetière militaire de Gounghin, à Ouagadougou, le 8 octobre 2022. © Benjamin Roger pour JA
Le cimetière militaire de Gounghin, à Ouagadougou, le 8 octobre 2022. © Benjamin Roger pour JA

Décorations à titre posthume

Dans l’assistance, Ousmane Tapsoba. Son frère cadet, Aziz, a été tué dans l’attaque de Gaskindé. Entré dans l’armée il y a seulement deux ans, il avait 22 ans. « C’est bien trop jeune pour mourir. Beaucoup d’entre nous ont perdu un fils ou un frère dans cette attaque. Aujourd’hui, c’est toute la nation qui est en deuil », confie ce commerçant ouagalais à la sortie du cimetière.

Avant d’être conduits à leur dernière demeure, les 27 soldats ont été décorés à titre posthume de la médaille militaire lors d’une cérémonie d’hommage avec les familles organisée à la morgue du camp Sangoulé Lamizana. Le capitaine Ibrahim Traoré, désormais officiellement président de la transition, était présent avec plusieurs haut gradés, dont le chef d’état-major général des armées, le colonel-major David Kabré. Dans un communiqué officiel, il a salué « la mémoire et la bravoure » de ces hommes qui « ont défendu la nation au prix de leur vie ».

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger- envoyé spécial à Ouagadougou

Burkina Faso : des assises nationales pour désigner un président de transition les 14 et 15 octobre

octobre 8, 2022

Des « Assises nationales » rassemblant les forces vives du Burkina Faso et devant désigner un président de transition avant l’organisation d’élections se tiendront les 14 et 15 octobre, selon un décret présidentiel lu samedi 8 octobre à la télévision.

Le nouveau chef du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, escorté par des soldats à Ouagadougou, le 2 octobre 2022. © VINCENT BADO/REUTERS

« En vue de l’adoption de la charte de transition, il est convoqué des Assises nationales les 14 et 15 octobre » à Ouagadougou, indique ce décret signé du nouvel homme fort du Burkina, le capitaine Ibrahim Traoré, qui a pris le pouvoir il y a une semaine et a été désigné président par intérim.

Officiellement investi chef de l’État mercredi, ce dernier avait déclaré deux jours auparavant qu’il ne ferait qu’expédier « les affaires courantes » jusqu’à la désignation d’un nouveau président de transition – civil ou militaire – par des « Assises nationales », indiquant qu’elles se tiendraient « bien avant la fin de l’année ».

La Cedeao « confiante »

Ces assises doivent notamment rassembler les représentants des forces politiques, sociales et de la société civile.

Le capitaine Traoré, 34 ans, a renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même arrivé par la force au pouvoir en janvier 2022 en renversant le président élu Roch Marc Christian Kaboré.

À l’issue d’une rencontre mardi avec une délégation de la Cedeao, l’ex-président nigérien Mahamadou Issoufou avait dit qu’elle repartait « confiante ». Le capitaine Traoré a assuré que Ouagadougou continuerait à respecter ses engagements pris par Paul-Henri Sandaogo Damiba, en particulier sur l’organisation d’élections et un retour de civils au pouvoir au plus tard en juillet 2024.

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso : le capitaine Ibrahim Traoré officiellement désigné président

octobre 6, 2022
Ibrahim Traoré, le nouveau président du Burkina Faso à Ouagadougou, le 2 octobre 2022. © Vincent Bado/REUTERS

Le Burkina Faso, qui vient de vivre deux coups d’État en huit mois, a officiellement un nouveau président depuis le 5 octobre au soir, en la personne du capitaine Ibrahim Traoré, auteur du dernier putsch en date. « Le président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration [MPSR] assure les fonctions de chef de l’État, chef suprême des forces armées nationales », ont fait savoir les autorités dans une déclaration intitulée Acte fondamental, qui complète la Constitution « en attendant l’adoption d’une charte de la transition ».

Cette déclaration a été lue par le capitaine Kiswendsida Farouk Azaria Sorgho, porte-parole du MPSR, lors d’une émission spéciale diffusée à la télévision nationale. Le capitaine Traoré avait assuré le 3 octobre, sur les antennes de la radio française RFI, qu’il ne ferait qu’expédier « les affaires courantes » jusqu’à la désignation d’un nouveau président de transition civil ou militaire par des « assises nationales », qui devront se réunir « bien avant la fin de l’année », selon lui.

Acte fondamental

Le 30 septembre dernier, il avait remplacé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même arrivé par la force au pouvoir en janvier 2022 en renversant le président élu Roch Marc Christian Kaboré.

L’Acte adopté le 5 octobre précise qu’en « attendant la mise en place des organes de la transition », le MPSR « est garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l’État, du respect des traités et accords internationaux auxquels le Burkina Faso est partie ». La Constitution, suspendue après le putsch, a été rétablie et « s’applique à l’exception de ses dispositions contraires » à l’Acte fondamental.

Le 4 octobre, Ibrahim Traoré avait reçu une délégation de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), venue évaluer la situation quelques jours après le putsch. Elle est repartie « confiante », selon l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou, membre de la délégation et médiateur pour le Burkina. Il a jugé que le Faso avait été « au bord du gouffre » après un week-end de troubles et d’incertitude quant à l’attitude du lieutenant-colonel Damiba, qui s’est d’abord opposé à sa destitution avant d’accepter de démissionner et de quitter le pays.

À l’issue de la rencontre avec la Cedeao, Ibrahim Traoré avait assuré que Ouagadougou continuerait à respecter ses engagements pris sous la présidence Damiba vis-à-vis de l’organisation régionale, en particulier sur l’organisation d’élections et un retour des civils au pouvoir au plus tard en juillet 2024.

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Burkina : Paul-Henri Sandaogo Damiba en exil au Togo

octobre 3, 2022

Le gouvernement togolais a confirmé, lundi 3 octobre, qu’il avait accueilli le chef de la junte burkinabè pour préserver « la paix ». Damiba a été contraint à la démission hier matin, après le coup de force du capitaine Traoré et de ses hommes.

Le lieutenant-colonel de Paul-Henri Sandaogo Damiba à sa cérémonie d’investiture en tant que président de la transition, à Ouagadougou, le 2 mars 2022 © OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba se trouve au Togo dans l’esprit de l’engagement du pays « à la paix dans la sous-région », a déclaré ce lundi 3 octobre le ministre togolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, Akodah Ayewouadan. « Le Togo, comme la Cedeao, salue le fait que l’esprit de paix l’ait emporté », a-t-il ajouté. L’accueil de « Paul-Henri Damiba fait partie de cet esprit ».

Après 48 heures de confusion et de tractation, le président de la transition burkinabè a finalement accepté de démissionner hier matin. Lors de la médiation menée par les chefs religieux et traditionnels, les corps de l’armée s’étaient finalement rangés du côté d’Ibrahim Traoré et de ses hommes, qui ont pris la tête du putsch.

Médiation

Depuis que les premiers coups de feu ont retenti le 30 septembre au matin, le lieutenant-colonel Damiba, lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’État en janvier dernier, était demeuré invisible. Il ne s’était pas rendu sur les lieux où se déroulaient les négociations.

Samedi 1er octobre, à la RTB, Ibrahim Traoré avait affirmé que Damiba s’était réfugié à une trentaine de kilomètres de la capitale, « au sein de la base française de Kamboinsin ». Et d’ajouter : « Il est en mesure de planifier une contre-offensive afin de semer le trouble au sein de nos forces de défense et de sécurité. » Des allégations vivement démenties par la France. En effet, selon nos informations, Damiba se trouvait alors toujours à Ouagadougou, mais ces déclarations avaient suscité des manifestations demandant le départ du président de la transition.

La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a salué les différentes parties burkinabè pour « avoir accepté un règlement pacifique de leurs différends », et annoncé l’envoi d’une délégation à Ouagadougou dès ce lundi 3 octobre.

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Burkina: Damiba, chef de la junte, démissionne après deux jours de tensions

octobre 2, 2022
Burkina: Damiba, chef de la junte, demissionne apres deux jours de tensions
Burkina: Damiba, chef de la junte, démissionne après deux jours de tensions© AFP/Olympia DE MAISMONT

Le chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui refusait sa destitution annoncée par un jeune capitaine, a finalement accepté de démissionner dimanche après deux jours de tensions marquées par des manifestations antifrançaises.

Son départ était réclamé à Ouagadougou par des centaines de manifestants favorables au capitaine Ibrahim Traoré, 34 ans, qui avait annoncé sa destitution vendredi soir.

A la suite d’une médiation menée entre les deux rivaux par des chefs religieux et communautaires, « le Président Paul-Henri Sandaogo Damiba a proposé lui-même sa démission afin d’éviter des affrontements aux conséquences humaines et matérielles graves », indique un communiqué de ces chefs très influents au Burkina Faso.

Depuis l’annonce vendredi soir par des militaires emmenés par le capitaine Traoré de la destitution de M. Damiba – lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en janvier -, la tension a été vive au Burkina.

Le putschiste déchu avait clairement fait savoir qu’il n’entendait pas abdiquer, en dépit des manifestations qui lui étaient hostiles.

Il avait appelé samedi les nouveaux putschistes « à revenir à la raison pour éviter une guerre fratricide dont le Burkina Faso n’a pas besoin dans (le) contexte » des violences jihadistes qui minent le pays depuis 2015.

Un communiqué séparé publié dimanche par les militaires pro-Traoré indique que le capitaine « est chargé de l’expédition des affaires courantes jusqu’à la prestation de serment du président du Faso désigné par les forces vives de la nation », à une date non précisée.

Dans un discours prononcé devant une trentaine de secrétaires généraux de ministères, le capitaine Traoré s’est excusé pour les militaires qui « ont troublé Ouagadougou » ces dernières heures.

« Cela est arrivé parce que certaines choses ne fonctionnent pas bien », a-t-il dit, et « il faut aller vite » pour changer cela, car « tout le pays est en situation d’urgence ».

Appel « au calme et à la retenue »

Quelques dizaines de manifestants soutenant Ibrahim Traoré se sont rassemblés dimanche devant l’ambassade de France à Ouagadougou, mettant le feu à des barrières de protection et jetant des pierres à l’intérieur du bâtiment sur le toit duquel étaient positionnés des soldats français, d’autres arrachant des barbelés pour tenter d’escalader le mur d’enceinte du bâtiment diplomatique, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des gaz lacrymogènes ont été tirés depuis l’intérieur de l’ambassade pour disperser les manifestants, a-t-il également constaté.

Dans un communiqué lu par l’un de ses proches à la télévision nationale, le capitaine Traoré, qui se trouvait à ses côtés, a appelé les manifestants à « se départir de tout acte de violence et de vandalisme (…) notamment ceux qui pourraient être perpétrés contre l’ambassade de la France ou la base militaire française » à Ouagadougou. Il a appelé « au calme et à la retenue ».

Samedi en fin d’après-midi, deux institutions françaises avaient déjà été prises pour cibles par des manifestants: un incendie s’était déclaré devant l’ambassade de France et l’Institut français à Ouagadougou, un autre devant l’Institut français à Bobo-Dioulasso.

Des affirmations sur les réseaux sociaux faisant état d’une protection accordée par la France au lieutenant-colonel Damiba, ont contribué à la colère des manifestants pro-Traoré.

Elles ont été formellement démenties tant par Paris que par M. Damiba lui-même.

Quelques heures avant l’annonce de sa destitution vendredi soir, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté à Ouagadougou pour réclamer son départ, mais aussi la fin de la présence militaire française au Sahel, et une coopération militaire avec la Russie.

L’influence de Moscou ne cesse de croître dans plusieurs pays d’Afrique francophone ces dernières années, particulièrement au Mali et en Centrafrique.

Frontières rouvertes

Plusieurs centaines de manifestants, réclamant la reddition définitive de M. Damiba, scandant des slogans antifrançais et brandissant des drapeaux russes, avaient accompagné le cortège du capitaine Traoré à la télévision où il était allé pour l’enregistrement de son communiqué.

« Nous avons décidé de prendre notre destin en main et d’accompagner » le capitaine Traoré qui nous donne « espoir » a affirmé l’un d’eux, Yaya Traoré, mais « si ça ne va pas, nous allons sortir pour encore lui dire de partir. Donc c’est à lui de bien faire ».

Les militaires qui ont pris le pouvoir ont indiqué que le couvre-feu instauré vendredi de 21h00 à 05h00 (locales et GMT) avait été levé et les frontières terrestres rouvertes à compter de ce dimanche.

Le lieutenant-colonel Damiba était arrivé au pouvoir en janvier par un coup d’Etat ayant renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, accusé d’inefficacité dans la lutte contre les violences jihadistes.

Mais ces derniers mois, des attaques frappant des dizaines de civils et de soldats se sont multipliées dans le Nord et l’Est du Burkina Faso, où des villes sont désormais soumises à un blocus des jihadistes.

Depuis 2015, les attaques régulières de mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes.

Par Le Point avec AFP