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Élections au Burundi : Agathon Rwasa rejette les premiers « résultats fantaisistes »

mai 22, 2020

Agathon Rwasa, principal candidat de l'opposition burundaise à la présidentielle, lors du scrutin du 20 mai 2020.

Agathon Rwasa, principal candidat de l’opposition burundaise à la présidentielle, lors du scrutin du 20 mai 2020. © Dorcas Nininahazwe/AP/SIPA

 

Le leader du principal parti d’opposition du Burundi a qualifié de « fantaisistes » les résultats partiels portant sur 12 % des 119 communes, accordant au candidat du pouvoir, Évariste Ndayishimiye, une victoire écrasante.

Les résultats partiels de ces élections générales qui se sont tenues mercredi, dont une présidentielle disputée sans le sortant Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, ont été annoncés jeudi au journal de 20h00 (18h00 GMT).

Le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Pierre-Claver Kazihise, avait appelé jeudi matin les Burundais à la patience avant la publication des résultats partiels, attendus au plus tôt à partir de vendredi.

« Les résultats qu’on est en train de proclamer sont fantaisistes, ils ne collent pas avec la réalité », a déclaré jeudi soir Agathon Rwasa. Je le dis parce que hier (mercredi soir,) lorsqu’on a commencé à faire le comptage des voix, on était en tête. Les résultats que nous avons démontrent que nous le sommes toujours », a-t-il poursuivi, assurant avoir « gagné ». « Les chiffres qu’on est en train de balancer sur les ondes sont le résultat d’une pure manipulation ».

Ces résultats partiels donnent par exemple au candidat du parti au pouvoir CNDD-FDD, le général Évariste Ndayishimiye, 73,9 %, contre 24,6 % à Agathon Rwasa dans la commune de Kabezi, dans le Bujumbura rural, pourtant considéré comme un fief historique du chef de l’opposition. Des résultats qui étaient « joués d’avance », selon le chercheur Thierry Vircoulon.

Fraude électorale ?

Lors de l’élection présidentielle, sept candidats étaient en lice, mais le duel majeur opposait le dauphin désigné du président Pierre Nkurunziza, le général Évariste Ndayishimiye, à Agathon Rwasa .

Le parti d’Agathon Rwasa a dénoncé des arrestations dans ses rangs, des pressions à l’encontre de ses assesseurs ainsi que des fraudes, en particulier dans les provinces de Rumonge (sud-ouest) et Bujumbura-Rural (ouest).

L’accès à Internet a notamment été bloqué durant toute la journée de jeudi sauf pour les utilisateurs ayant recours à un réseau virtuel privé (VPN). Pour les partis d’opposition, le CNDD-FDD a tout fait pour frauder lors de l’élection. Le Conseil national pour la liberté (CNL) cite par exemple la coupure des réseaux sociaux le jour du vote, qui aurait largement écarté les partisans d’Agathon Rwasa et empêché la presse locale et la société civile de rapporter les résultats sortis des urnes.

Toujours selon le CNL, les mandataires du parti d’Agathon Rwasa auraient été chassés au moment du dépouillement dans plusieurs bureaux de vote. Du côté du CNDD-FDD, on assure qu’il ne s’agit là que d’une stratégie pour expliquer une défaite annoncée.

Burundi: le président Nkurunziza nommé «guide suprême du patriotisme»

février 19, 2020

L’Assemblée nationale du Burundi a adopté mercredi un projet de loi qui élève au rang de «guide suprême du patriotisme» le président Pierre Nkurunziza, lequel a décidé de ne pas se représenter à l’élection présidentielle du 20 mai.

Ce texte, présenté par la ministre de la Justice, Aimée-Laurentine Kanyana, a été adopté par «91 voix pour, 4 contre et 13 abstentions», a annoncé le président de l’Assemblée nationale, Pascal Nyabenda, à l’issue du vote. Il institue également «une journée nationale du patriotisme organisée chaque année au mois de juillet et présidée par le Guide suprême du patriotisme». Pierre Nkurunziza sera à l’avenir consulté à ce titre «sur des questions relatives à la sauvegarde de l’indépendance nationale, à la consolidation du patriotisme et à l’unité nationale», précise ce texte. Il prévoit aussi, à côté de la retraite dorée à laquelle il aura droit, des «mesures d’accompagnement» qui doivent lui permettre de mener à bien sa mission.

Parachute (très) doré

L’Assemblée avait adopté en janvier un projet de loi octroyant au président Nkurunziza de très nombreux avantages à la fin de son mandat: une villa de «très haut standing», une allocation d’environ 500.000 euros et pour le reste de sa vie une indemnité égale aux émoluments d’un député. Ces avantages, dans un pays où 75% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, avaient été qualifiés d’«indécents» par l’opposition.

Le député d’opposition Fabien Banciryanino a déclaré à l’AFP avoir voté contre le texte présenté mercredi et s’en être expliqué devant l’Assemblée. «J’ai expliqué que depuis qu’il est au pouvoir, des crimes graves ont été commis, on retrouve chaque semaine des corps de personnes tuées, le pays est devenu l’un des plus pauvres et des plus corrompus au monde (…). Je pense qu’il devrait plutôt répondre de tous ces actes devant la justice», a-t-il indiqué.

Une crise qui s’éternise

Le Burundi est en crise depuis que le président Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat controversé. Il a été réélu en juillet de la même année. Les violences et la répression qui ont accompagné la crise auraient fait au moins 1200 morts et déplacé plus de 400.000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, selon les estimations de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête.

Au pouvoir depuis 2005, M. Nkurunziza a surpris en annonçant en juin 2018 qu’il ne se présenterait pas à sa succession en 2020, alors que la nouvelle Constitution modifiée par référendum le lui permettait. Le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a choisi pour tenter de lui succéder l’un de ses proches, le général Evariste Ndayishimiye.

Par Le Figaro avec AFP

Burundi : quatre journalistes d’Iwacu condamnés à deux ans et demi de prison

janvier 30, 2020

Des journalistes burundais ont protesté, lors de la Journée mondiale de la presse le 3 mai 2015, contre la fermeture d'une station de radio.

Des journalistes burundais ont protesté, lors de la Journée mondiale de la presse le 3 mai 2015, contre la fermeture d’une station de radio. © Jerome Delay/AP/SIPA

 

La justice burundaise a condamné à deux ans et demi de prison quatre journalistes arrêtés le 22 octobre alors qu’ils couvraient l’incursion de rebelles burundais venus de la République démocratique du Congo (RDC) voisine, a-t-on appris de source judiciaire et d’un témoin.

« Nous sommes sous le choc, le tribunal vient de condamner les 4 journalistes d’Iwacu à 2 ans et 6 mois de prison et à une amende de 1 million de francs burundais (485 euros), c’est une honte car ils n’ont fait que leur métier », a indiqué à l’AFP un témoin ayant assisté à l’audience et requérant l’anonymat. Ces journalistes travaillant pour Iwacu, l’un des derniers médias indépendants du Burundi, ont été condamnés pour « tentative de complicité (…) d’atteinte à la sécurité intérieure de l’État » par le tribunal de Bubzabza, dans l’ouest du pays. Leur chauffeur a été acquitté.

Le parquet, qui avait requis 15 ans de prison, souhaitait les voir condamner pour « complicité d’atteinte à la sûreté de l’état », mais le tribunal a « décidé de requalifier les faits », a souligné une source judiciaire, sous couvert de l’anonymat. Selon un journaliste burundais souhaitant lui aussi garder l’anonymat, cette décision des juges résulte du fait que « la défense avait établi clairement que les journalistes n’ont jamais été en contact avec les rebelles, qu’ils n’avaient fait que leur travail ».

Iwacu fera appel

Selon un témoin présent lors du réquisitoire, le 30 décembre, l’accusation avait basé l’essentiel de son argumentation sur un message WhatsApp échangé par l’une des journalistes avec un collègue se trouvant à l’étranger, dans lequel elle écrivait: « Nous nous dirigerons vers Bubanza (…) pour aider les rebelles ». Le fondateur d’Iwacu, Antoine Kaburahe, qui vit en exil en Belgique, a indiqué sur Twitter la volonté de son organisation d’interjeter appel.

Au moins 14 rebelles du groupe burundais RED-Tabara, basé dans l’est de la RDC, ont été tués lors de l’attaque du 22 octobre, la première depuis 2017, selon la police burundaise. De son côté, le mouvement rebelle a affirmé avoir tué une dizaine de membres des forces de défense et de sécurité. Reporters sans frontières, qui souligne que les journalistes ne faisaient que leur travail, et Human Rights Watch, ont demandé à plusieurs reprises leur libération.

Burundi : Évariste Ndayishimiye désigné candidat à la présidentielle par le CNDD-FDD

janvier 27, 2020

Le général Evariste Ndayishimiye, le 22 mai 2018 à Bujumbura.

Le général Evariste Ndayishimiye, le 22 mai 2018 à Bujumbura. © AFP

 

Le parti au pouvoir au Burundi (CNDD-FDD) a désigné dimanche le général Évariste Ndayishimiye pour porter ses couleurs à la présidentielle du 20 mai et tenter de succéder au président sortant Pierre Nkurunziza dont il est proche.

« Gen. Évariste Ndayishimiye choisi pour représenter le CNDD-FDD lors de la Présidentielle de 2020 », a annoncé le parti sur son compte officiel Twitter.
Il a été choisi lors d’un congrès extraordinaire du CNDD-FDD organisé dimanche à Gitega, la nouvelle capitale administrative du pays, en présence de l’actuel président, Pierre Nkurunziza.
Au pouvoir depuis 2005, il avait pris tout le monde de court lorsqu’il avait annoncé en juin 2018 qu’il ne se présenterait pas à sa succession en 2020, alors que la nouvelle Constitution qu’il venait de faire modifier par référendum le lui permettait.

Ces derniers jours, le nom du général Ndayishimiye faisait partie des favoris à la succession de Pierre Nkurunziza. Le nom du président de l’Assemblée nationale Pascal Nyabenda était aussi régulièrement cité.

À 52 ans, Évariste Ndayishimiye est l’un des hommes clés du système qui dirige aujourd’hui le pays. Ancien ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique, chef de cabinet militaire et civil du président, le général Ndayishimiye comptait parmi les principaux chefs militaires du CNDD-FDD à la signature de l’accord de cessez-le-feu en 2003 qui mit un terme à la guerre civile au Burundi (au moins 300 000 morts entre 1996 et 2003).

Le parti a prévu d’importantes manifestations dans l’après-midi pour célébrer l’annonce de son nouveau champion.

Parachute doré

Samedi, le président sortant avait souligné la portée historique pour le pays du congrès de dimanche, précédé d’ailleurs de « Trois jours de prières » organisées par le parti.
« Ce congrès est un événement exceptionnel qui va marquer le début d’une nouvelle page dans l’histoire du Burundi et du parti CNDD-FDD », avait ainsi déclaré PierreNkurunziza, réaffirmant au passage sa volonté de ne pas se représenter « malgré ceux qui me le demandent ».

« Tout ce qui va se passer dimanche, c’est le plan de Dieu. L’Éternel a déjà opéré son choix », avait ajouté Pierre Nkurunziza, chrétien évangélique doublé d’un amoureux du ballon rond.

Ces dernières années, il se déplaçait rarement sans sa propre équipe de football et sa chorale, jouant avec des équipes locales et organisant des prières à la faveur de l’inauguration d’une école (il en a fait construire quelque 5 000) ou d’un stade omnisports.

On ignore encore si le chef de l’État sortant se retirera du débat public ou s’il gardera une influence sur les affaires du pays. Quoi qu’il en soit, son confort matériel est assuré par un projet de loi récemment adopté.

Outre une villa « de très haut standing » qui doit être construite dans une localité de son choix d’ici cinq ans, Pierre Nkurunziza devrait recevoir une allocation de près de 500 000 euros. Un salaire à vie lui est aussi garanti.

Le président sortant laisse derrière lui un pays fracturé par une crise politique marquées par de nombreux cas d’assassinats ciblés, de torture et autres graves violations des droits de l’homme documentées dans de nombreux rapports de l’ONU ou d’organisations des droits humains. Des accusations systématiquement rejetées par le régime.

De nombreux activistes des droits de l’homme et journalistes burundais vivent actuellement en exil.
La crise a aussi durement affecté l’économie qui en 2018 affichait 1,6% de croissance contre 0,5 % en 2017, après deux années consécutives de récession en 2015 (-3,9 %) et 2016 (-0,6 %), selon la Banque mondiale.

Burundi: découverte du corps démembré d’un jeune albinos

août 18, 2019

 

Le corps démembré d’un jeune albinos porté disparu depuis le début de la semaine a été retrouvé samedi soir dans le nord-ouest du Burundi, a appris l’AFP auprès de témoins et de l’association Albinos sans frontières, dimanche.

Le corps de Bonheur Niyonkuru, 15 ans, qui habitait dans le village de Mugina, a été retrouvé une quinzaine de kilomètres plus à l’ouest, au bord de la rivière Rusizi qui sépare le Burundi de la RD Congo, a indiqué un témoin.

«Le jeune albinos a été tué atrocement, (…), ses assassins ont coupé sa jambe droite jusqu’au genou, son bras droit et sa langue et ils ont pris avec eux toutes ces parties de son corps», a précisé le président d’Albinos sans frontières, Kazungu Kassim, dénonçant un «acte barbare et inhumain».

Les albinos pourchassés

Dans certains pays africains, les albinos sont parfois pourchassés, tués et amputés de membres et d’organes, ensuite utilisés pour des rituels magiques censés apporter richesse et chance.

Le corps de Bonheur Niyonkuru, «en état de décomposition avancée, a été découvert vers 18H (16H GMT) par des pêcheurs qui allaient pêcher sur la Rusizi, dans la commune voisine de Rugombo», a précisé le témoin.

Selon lui, le corps était «toujours sur place» dimanche matin en attendant la venue d’une équipe de la Croix-Rouge qui devait l’enterrer le même jour. L’administrateur de la commune de Mugina et la police étaient sur place dimanche à la mi-journée, selon des témoins, mais aucun responsable n’a pu être joint.

La famille de Bonheur Niyonkuru, qui compte «deux autres enfants albinos (…) est terrifiée en pensant à ce qui pourrait leur arriver», a indiqué un proche. Une vingtaine d’albinos ont été tués au Burundi depuis 2008.

Le dernier cas remonte à 2016. Mais un petit garçon albinos de 4 ans est porté disparu depuis octobre 2018 dans la commune de Cendajuri, près de la frontière tanzanienne, dans la province de Muyinga (est), selon M. Kazungu. «Nous n’avons plus aucun espoir de le retrouver vivant», a-t-il dit.

«Nous demandons une véritable enquête en vue de découvrir ceux qui ont commis ce crime innommable, une enquête sur les sorciers burundais et que le président (burundais, Pierre Nkurunziza) décrète trois jours de deuil national en l’honneur de ce jeune albinos (Bonheur Niyonkuru) pour alerter la société sur ces crimes qui sont récurrents», a encore déclaré le président d’Albinos sans frontières.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Burundi: Pierre Nkurunziza accusé d' »appels récurrents à la haine » par des experts de l’ONU

septembre 5, 2018

 

La police patrouille dans le quartier de Musaga à Bujumbura, au Burundi, tirant à balles réelles pour disperser les manifestants protestant contre la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, le mercredi 20 mai 2015. © Jerome Delay/AP/SIPA

Des enquêteurs de l’ONU ont averti mercredi 5 septembre que de graves violations des droits de l’homme, dont des crimes contre l’humanité, se poursuivent sans relâche au Burundi. Ils dénoncent des « appels récurrents à la haine » de la part du président Pierre Nkurunziza.

« Ce climat attentatoire aux droits de l’homme continue à être favorisé par des appels récurrents à la haine et à la violence de la part d’autorités, dont le chef de l’État, et de membres du CNDD-FDD (parti au pouvoir, NDLR), ainsi que par une impunité générale », a indiqué dans un rapport la Commission d’enquête de l’ONU sur le Burundi, établie en 2016 par le Conseil des droits de l’homme.

Il y a un an, elle avait indiqué avoir « des motifs raisonnables de croire que plusieurs de ces violations, commises en majorité par des membres du service national de renseignement, de la police et de l’armée ainsi que des Imbonerakure (ligue des jeunes du parti au pouvoir, qualifiée par les Nations unies de « milice », NDLR), constituent des crimes contre l’humanité ».

La commission assure dans son rapport que ces violations, « dont certaines sont constitutives de crimes contre l’humanité », se sont poursuivies en 2017 et 2018, citant des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des détentions arbitraires, des tortures et autres traitements cruels, et des violences sexuelles.

Disparitions forcées

« Certaines pratiques, comme celles consistant à faire disparaître les corps ou à opérer de nuit, tendent à les rendre moins visibles, mais elles n’en sont pas moins réelles », a expliqué le président de la commission, Doudou Diène, dans un communiqué. La commission affirme notamment avoir « des motifs raisonnables de croire » que Léopold Habarugira, un homme d’affaires et cadre de l’opposition, appréhendé le 12 septembre 2017 par des individus dont au moins un en tenue policière, a été victime de disparition forcée.

Le rapport dénonce aussi le renforcement du rôle joué par les Imbonerakure et s’inquiète du rétrécissement de l’espace démocratique au Burundi, ainsi que de l’appauvrissement croissant de la population.

« Persécutions, menaces et intimidations »

Selon Doudou Diène, « le référendum constitutionnel organisé en mai 2018 et la campagne pour les élections à venir en 2020 ont en particulier donné lieu à des persécutions, menaces et intimidations à l’encontre des personnes soupçonnées de s’opposer au gouvernement ou de ne pas partager la ligne du parti au pouvoir, que cela soit avéré ou non ».

La commission qui dénonce l’impunité au Burundi a élaboré une liste confidentielle d’auteurs présumés de crimes contre l’humanité, qui pourra être partagée par l’ONU avec tout organe ou juridiction compétente qui « mènera des enquêtes indépendantes et crédibles ».

« Au lieu de faire respecter les lois, (…) les institutions judiciaires servent à couvrir les crimes et violations des droits de l’homme commis par la police, le SNR et les Imbonerakure, en leur offrant l’impunité », a estimé Doudou Diène.

Le Burundi est en crise depuis que le président Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat controversé. Sa réélection en juillet de la même année a déclenché une crise qui a fait au moins 1 200 morts et déplacé plus de 400 000 personnes. Ces violences ont poussé la Cour pénale internationale (CPI) a ouvrir une enquête.

Le président burundais a toutefois surpris les observateurs en assurant qu’il ne se présenterait pas à sa succession en 2020, alors que la nouvelle Constitution le lui permet. Mais la communauté internationale s’est depuis montrée prudente quant à cette annonce,  disant attendre des actes concrets.

Jeuneafrique.com avec AFP

Burundi: l’ONU souhaite un accord avant les élections de 2020

août 23, 2018

 

Le président burundais Pierre Nkurunziza prête serment pour son troisième mandat, le 20 août 2015 au Parlement, à Bujumbura. © Gildas Ngingo / AP / SIPA

Le Conseil de sécurité de l’ONU a regretté le 22 août la lenteur des négociations au Burundi entre le gouvernement et l’opposition, malgré la décision du président Pierre Nkurunziza de ne pas être candidat à sa succession en 2020.

Dans une déclaration unanime, le Conseil de sécurité a salué cette décision, tout en soulignant que « des progrès supplémentaires seront nécessaires » pour la tenue d’ »élections crédibles » dans deux ans.

L’opposition s’était montrée sceptique suite à l’annonce du président burundais. « Je ne peux pas être leurré par ce genre de discours. Le parti au pouvoir peut très bien proposer son nom pour la prochaine élection et c’est à ce moment que l’on verra s’il renonce vraiment au pouvoir », avait expliqué à Jeune Afrique un membre de la coalition d’opposition Amizero y’Abarundi, dirigée par Agathon Rwasa après le discours de Pierre Nkurunziza.

La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) cherche à arranger un accord politique entre le gouvernement et l’opposition afin de mettre fin à cette crise. Mais l’exécutif burundais refuser de discuter avec certains groupes d’opposition, qu’il considère comme « terroristes ».

Pour un scrutin « libre, juste, transparent »

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont exprimé leur « vive inquiétude quant à lenteur des progrès » dans le dialogue. Ils ont par ailleurs indiqué qu’il est « essentiel que toutes les parties, et plus particulièrement le gouvernement burundais, participent au processus mené par la CAE et parviennent à un accord bien avant les élections de 2020 ».

Ce scrutin devra être « libre, juste, transparent », avec l’implication de « l’ensemble des partis politiques » et une « participation complète des femmes », demande le Conseil de sécurité.

Ses opposants accusent Pierre Nkurunziza d’autoritarisme depuis son arrivée au pouvoir en 2005, au lendemain d’une violente guerre civile. Le président Nkurunziza avait annoncé dans un premier temps, en avril 2015, être candidat à un troisième mandat. Une candidature, contestée par l’opposition, la société civile et une partie de son camp, qui a plongé le Burundi dans des violences ayant fait au moins 1200 morts et plus de 400 000 réfugiés.

Jeuneafrique.com avec AFP

Burundi: les 4 Français accusés d' »escroquerie », libérés, quittent le pays

juin 30, 2018

Nairobi – Quatre Français, arrêtés pour escroquerie le 22 juin à Bujumbura et écroués dans plusieurs prisons du Burundi, ont été libérés au cours des derniers jours et ont quitté le pays samedi, a-t-on appris de sources concordantes.

« Les quatre hommes d’affaires français sont libres, ils ont été totalement disculpés des accusations qui étaient portées contre eux et ils viennent de prendre l’avion pour la France », a annoncé samedi après-midi à l’AFP une source diplomatique.

Leur départ à bord d’un avion de Kenya Airways samedi en milieu d’après-midi a été confirmé à l’AFP de source aéroportuaire à Bujumbura.

« Officiellement, l’enquête continue mais les quatre Français sont libres, leurs passeports leur ont été remis samedi matin, ils peuvent quitter le pays et revenir quand ils veulent », a confirmé à l’AFP un haut responsable burundais sous couvert de l’anonymat.

Ils avaient été arrêtés en compagnie de leur accompagnateur burundais et accusés de « faux et usage de faux, escroquerie et de constitution de société fictive » par le ministère de la Sécurité publique dirigé par le numéro 2 du régime, le général Alain-Guillaume Bunyoni, qui n’avait alors donné aucune précision.

Leur avocat burundais était monté au créneau en assurant qu’ils n’avaient « commis aucune infraction sur le sol burundais », alors que plusieurs sources évoquaient une affaire « sensible » impliquant plusieurs responsables haut placés au Burundi.

Selon leur avocat, Fabien Segawa, et plusieurs hauts responsables burundais, les quatre hommes étaient venus au Burundi au nom de la société de télécoms ITS, basée à Hong Kong, pour prendre le contrôle d’une société burundaise rachetée en avril.

Ces sources affirment que cette société burundaise, dirigée par un proche du président Pierre Nkurunziza, n’a jamais versé de bénéfices à sa maison-mère depuis sa création en 2015. Le but du nouveau propriétaire était donc d’y installer un gérant de confiance.

Cette société burundaise avait été créée en 2015 pour contrôler les appels internationaux en vue de prélever une taxe de 0,32 dollar par minute introduite à cette époque par le gouvernement.

« On les a arrêtés et jetés dans une prison pour leur faire peur, les terroriser pour qu’ils renoncent à leur société et à leurs dividendes (…) mais cette affaire a eu le mérite de mettre à nu un racket généralisé au profit du parti au pouvoir et des plus hautes autorités du pays », a dénoncé à l’AFP Gabriel Rufyiri, l’une des principales figures de la société civile burundaise.

Romandie.com avec(©AFP / 30 juin 2018 16h51)                               

Burundi: Pierre Nkurunziza annonce qu’il ne se représentera pas en 2020

juin 7, 2018

Nairobi – Le président du Burundi Pierre Nkurunziza a annoncé jeudi qu’il ne serait pas candidat à sa succession en 2020, juste après avoir promulgué une nouvelle Constitution qui lui ouvrait pourtant la possibilité de diriger le pays jusqu’en 2034.

« Notre mandat s’achève en 2020 », a-t-il déclaré dans un discours prononcé en kirundi dans la localité de Bugendana (centre), devant plusieurs milliers de personnes, les autorités du pays et le corps diplomatique.

Rappelant avoir promis lors de son investiture en 2015 de ne pas chercher à se maintenir au pouvoir à l’issue de ce troisième mandat, il a ajouté: « en tant que Guide du CNDD-FDD (parti au pouvoir), je voudrais annoncer que je ne reviendrai pas sur la parole ».

« La nouvelle Constitution n’a pas été taillée sur mesure pour Pierre Nkurunziza comme le disent nos ennemis », a déclaré le président de 54 ans.

« En ce qui me concerne, je me prépare à soutenir de toutes mes forces (…) le nouveau président que nous allons élire en 2020 », a-t-il assuré.

Le Burundi est plongé dans une grave crise politique depuis l’annonce de la candidature controversée de M. Nkurunziza à un troisième mandat, en avril 2015.

Les violences qui ont accompagné cette crise ont fait au moins 1.200 morts et plus de 400.000 réfugiés entre avril 2015 et mai 2017, d’après les estimations de la Cour pénale internationale (CPI), qui a ouvert une enquête.

Romandie.com avec(©AFP / 07 juin 2018 12h27)                                                        

Burundi: vers un référendum à huis clos

mai 16, 2018
Pierre Nkurunziza, le président burundais, lors du lancement de la campagne pour le « Oui » au référendum constitutionnel lancé par le CNDD-FDD (au pouvoir), le 2 mai 2018 à Bugendana, dans la province de Gitega. © STR/AP/SIPA

Pierre Nkurunziza, le président burundais, lors du lancement de la campagne pour le « Oui » au référendum constitutionnel lancé par le CNDD-FDD (au pouvoir), le 2 mai 2018 à Bugendana, dans la province de Gitega. © STR/AP/SIPA

Le Burundi a rendez-vous avec les urnes pour un référendum constitutionnel, jeudi 17 mai. Un vote qui se déroulera sans aucun observateur international puisque, selon la Commission électorale, aucune mission d’observation n’a sollicité d’accréditation.

Jeudi, après une campagne menée dans un contexte tendue et entachée d’épisodes de violence meurtrière, les électeurs burundais sont appelés à se prononcer sur le projet d’amendement de la Constitution de 2005 lors d’un référendum critiqué par l’opposition et la communauté internationale. Aucune mission d’observation n’a été mise en place, les différentes institutions internationales ne souhaitant pas cautionner le processus de révision du texte fondamental. Résultat, le référendum burundais, qui devrait sans surprise voir le « oui » l’emporter, se déroulera à huis clos.

« En raison de circonstances imprévues, l’EAC [Communauté d’Afrique de l’Est, East African Community en anglais, ndlr] n’enverra pas de mission d’observation au référendum du 17 mai au Burundi. Nous souhaitons au gouvernement et au Burundi un référendum pacifique », déclare à Jeune Afrique Richard Owora, chargé de la communication et affaires publiques au sein de l’EAC.

Désapprobation de l’UA à l’ONU

Lors d’un meeting du CNDD-FDD en faveur du « oui » au référendum constitutionnel au Burundi, le 14 mai 2018 à Bujumbura. © STR/AP/SIPA
 

En février dernier, Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, déclarait déjà sur la chaîne allemande Deutsche Welle, que « le dossier [burundias] est entre les mains de la communauté est-africaine », et que « jusqu’à ce que les choses soient claires, l’UA n’est pas à même d’envoyer des observateurs si les règles ne sont pas connues d’avance ».

Une position clarifiée par le président de la Commission de l’UA dans sa lettre du 9 mai adressée au président ougandais Yoweri Museveni, médiateur dans le conflit burundais. Après avoir vivement critiqué la tenue du référendum du 17 mai, Moussa Faki Mahamat y enjoint le président Museveni d’agir « pour faire face à la situation ».

Une posture déjà adoptée en 2015, lors de la présidentielle : l’Union africaine avait alors déjà refusé d’envoyer une mission d’observation, marquant ainsi sa désapprobation vis-à-vis du scrutin qui avait permis à Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat considéré comme inconstitutionnel.

 

Pierre Nkurunziza, lors des festivités de l’Indépendance du Burundi, le 1er juillet 2017. © REUTERS/Evrard Ngendakumana

Nous avons échoué à faire temporiser le pouvoir burundais

Même son de cloche au niveau de l’Union européenne, dont la cheffe de la diplomatie, Federica Mogherini, a dénoncé le 8 mai le « climat d’intimidation et de répression » qui règne au Burundi.

« Jouer le rôle d’observateur implique beaucoup de travail en amont, pour évaluer le contexte, qui n’a pas pu être mené », explique un diplomate européen joint par JA qui précise que c’est à l’initiative du pays qui organise le vote d’accepter la présence d’observateurs internationaux. « On a vite compris qu’il n’y avait pas cette volonté de la part des autorités burundaises pour ce référendum. »

Les Nations unies ne feront pas l’exception et n’enverront pas de mission d’observation. Michel Kafando, envoyé spécial des Nations unies pour le Burundi, était chargé de soutenir la médiation entre le pouvoir et l’opposition, à Arusha.

Contacté par Jeune Afrique, il affirme que « tout a été fait pour que le projet qui allait être soumis au référendum fasse l’objet d’un consensus au sein de la classe politique burundaise. Mais nous avons échoué à faire temporiser le pouvoir burundais. Nous attendons maintenant de voir comment le vote va se dérouler.

Malgré l’échec du dialogue, Michel Kafando affirme que les Nations unies y restent attachées sur le principe : « Il est primordial que les parties s’entendent et adopte une vision commune de l’avenir. L’objectif de l’ONU est désormais de préparer l’élection de 2020, pour cela le dialogue doit continuer. »

La presse internationale tenue à l’écart

Si les journalistes étrangers qui désirent se rendre au Burundi pour couvrir ce référendum sont légion, ils se trouvent confronté à un obstacle : l’obtention du visa. « Nous sommes nombreux à avoir tenté, sans succès. Maintenant, il est compliqué pour nous de couvrir l’actualité au Burundi », témoigne un reporter basé en Ouganda, membre de l’Association des correspondants étrangers en Afrique de l’Est.

Dix jours avant le référendum, le Conseil national de communication (CNC), autorité de régulation des médias au Burundi, avait ordonné la suspension des radios BBC et Voice of America pour une durée de six mois pour « traitement tendancieux » de l’information.

L’ONG Human Right Watch, qui n’enverra personne au Burundi pour le scrutin, indique « qu’il est devenu plus difficile de confirmer les détails des abus commis dans le climat de peur qui s’est emparé du pays ».

Amnesty International confirme. « Il est actuellement très compliqué de mener des enquêtes sur terrain par risque de représailles aux interlocuteurs », regrette Rachel Nicholson, chercheuse sur le Burundi pour l’ONG.

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) explique de son côté être persona non grata à Bujumbura « depuis le rapport de 2016 [qui dénonçait un risque de génocide contre les Tutsis] et les réactions qu’il a suscitées ».

 

Meurtres et disparitions forcées

Des soldats et policiers à Ruhagarika, après l’attaque qui a fait plus de 26 morts, le 11 mai 2018 dans la province de Cibitoke, au Burundi. © AP/SIPA

 

Jugé inopportun par la communauté internationale, l’opposition et la société civile, le changement constitutionnel – qui balayera une fois voté plusieurs acquis des Accords de paix d’Arusha signé en 2000 – se tiendra dans un contexte de peur et de tensions.

Dernier épisode sanglant en date, le 11 mai,  26 personnes ont été tuées en une nuit par un groupe armé à Buganda, dans la province Cibitoke, dans le nord-ouest du pays. Les assaillants, qualifiés par les autorités de « terroristes », se sont ensuite repliés vers la RDC voisine.

Depuis l’éclatement de la crise en avril 2015, déclenchée par la volonté de Pierre Nkurunziza de se représenter pour un troisième mandat controversé, « la Ligue ITEKA [une organisation locale des droits humains interdite de travailler au Burundi depuis octobre 2016, ndlr] a recensé 1710 meurtres, 486 cas de disparitions forcées, 558 victimes de torture et 8 561 arrestations arbitraires, majoritairement liés à la crise politique et à la répression du régime », relève la FIDH dans son nouveau rapport. Le HCR quant à lui comptait plus de 430 000 réfugiés burundais jusqu’au 26 avril dernier éparpillés dans les pays de la sous-région.

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