Posts Tagged ‘Butembo’

RDC : les manifestations anti-Monusco enflent dans l’Est

juillet 27, 2022

Trois Casques bleus et douze manifestants ont été tués ce mardi 26 juillet à Butembo et Goma, lors de protestations contre la présence de la mission des Nations unies dans le pays.

Manifestations du 26 juillet 2022 à Goma. © Michel Lunanga/AFP

Trois membres de la mission de l’ONU et au moins douze manifestants ont été tués le mardi 26 juillet dans deux villes de l’est de la République démocratique du Congo, au deuxième jour de manifestations contre les Nations unies, accusées d’inefficacité dans la lutte contre les groupes armés.

À Butembo, troisième ville de la province du Nord-Kivu, « trois morts parmi les membres de la Monusco, deux Indiens et un Marocain, et un blessé » ont été recensés et du « côté [des] manifestants, sept morts et plusieurs blessés », a déclaré le colonel Paul Ngoma, chef de la police urbaine. Il s’agit d’ »un Casque bleu et [de] deux membres de la police des Nations unies », a précisé la Monusco dans un communiqué, ajoutant que « des assaillants ont violemment arraché des armes à des éléments de la police nationale congolaise et tiré à bout portant sur nos forces de maintien de la paix ». La mission onusienne « condamne fermement cette attaque que rien ne justifie », a-t-elle ajouté.

Situation « très instable »

Lors d’une conférence de presse conjointe avec le numéro deux de la Monusco à Kinshasa, capitale de la RDC, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a confirmé le bilan de 15 morts et fait état de 61 blessés dans les récents troubles. « En aucun cas la violence n’est justifiée », a-t-il condamné, ajoutant qu’ »une enquête conjointe » serait menée.

Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA
Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

Farhan Haq, un porte-parole de l’ONU, a déclaré aux journalistes à New York que la situation sur le terrain était « très instable » et que « des renforts sont en train d’être mobilisés ». À Butembo, important carrefour commercial, où sept personnes ont été tuées, les activités ont été paralysées durant toute la journée. Devant une base de la Monusco, des manifestants ont été dispersés par les forces de sécurité, selon plusieurs témoins. « Parmi ces jeunes gens, on trouve des armes », avait déploré plus tôt le colonel Ngoma.

« Bye bye Monusco »

Beni, la capitale du Nord-Kivu, et Goma ont elles aussi été le théâtre de manifestations. À Goma, la capitale provinciale, les incident ont fait « cinq morts » parmi les manifestants, selon Patrick Muyaya. Un correspondant de l’Agence France presse sur place a constaté la mort d’un manifestant, atteint à la tête par une balle apparemment tirée de l’intérieur de la base logistique de la Monusco en fin de matinée.

Tôt le matin, des centaines de manifestants avaient envahi les abords de la base logistique de la Monusco à Goma et attaqué le camp de transit de la mission situé hors du centre ville. « Nous ne voulons plus de la Monusco », « bye bye Monusco », scandaient des affiches de cette « campagne ». Les forces de sécurité congolaises contenaient difficilement la foule aux abords de la base logistique.

Manifestation devant le siège de la Monusco à Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA
Manifestation devant le siège de la Monusco à Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

En RDC, des manifestations sont régulièrement organisées pour exiger le départ des Casques bleus, accusés d’inefficacité dans la lutte contre des dizaines de groupes armés locaux et étrangers qui déstabilisent l’est du pays depuis près de trente ans. Des centaines de manifestants étaient déjà descendus dans la rue le lundi 25 juillet à Goma, à l’appel des organisations de la société civile et du parti du président Félix Tshisekedi, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Après avoir pris d’assaut le quartier général de la Monusco et sa base logistique, ils avaient cassé des vitres, des murs et pillé des ordinateurs, des chaises, des tables et des objets de valeur. Le gouvernement congolais avait condamné « toute forme d’attaque contre le personnel et les installations des Nations unies », promettant que « les responsables [seraient] poursuivis et sévèrement sanctionnés ».

Sentiment de colère

Toutefois, dans une interview à Radio Okapi, Patrick Muyaya a estimé que l’on ne peut pas qualifier les événements « d’acharnement [des Congolais contre la Monusco]. Ce n’est pas un acharnement parce que la mission est en RDC depuis une vingtaine d’années et malheureusement, au-delà des progrès qui ont été accomplis, la situation a dérapé et il y a eu récemment des déclarations des différents porte-parole des Nations unies que nous avons considérées comme maladroites, qui ont ravivé le feu », a-t-il déclaré.

« Nous sommes en train de subir une agression rwandaise et pour une bonne partie de l’opinion, la Monusco devrait être en mesure de le dire ouvertement, alors qu’elle ne l’a pas dit. La recrudescence de l’insécurité ces derniers jours justifie un sentiment de colère, c’est un sentiment normal », a poursuivi Patrick Muyaya. « Mais au-delà, les gens ont le droit de critiquer la Monusco s’ils estiment que la Monusco n’agit pas efficacement. Il y a maintenant une différence à faire entre ceux qui donnent leur opinion pour critiquer la Monusco et ceux qui s’appellent, derrière une manifestation voulue pacifique, à détruire. »

Khassim Diagne, chef adjoint de la Monusco, a assuré lors de la conférence de presse conjointe : « Notre souhait le plus ardent, c’est de voir l’Est [de la RDC] stabilisé. »

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

En RDC, quand une ville est gérée par des marchands, elle prospère et échappe à la guerre

mars 19, 2017

A Butembo, dix-sept grands commerçants ont fait fortune pendant la guerre du Congo. Ils règnent désormais sur cette ville du Nord-Kivu, loin de la politique et de Kinshasa.

Katembe Kahehero, l’un des millionnaires de Butembo, au Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Crédits : Le Monde Afrique
A Butembo, il n’y a que neuf kilomètres de routes asphaltées pour un million d’habitants, dont une poignée de millionnaires aussi puissants que discrets. Aucun de ces Congolais ne figure dans les classements africains de Forbes. Pourtant, la réputation de ces hommes d’affaires s’étend de Johannesbourg à Shenzhen, en passant par les grands ports d’Afrique de l’Est. Eux se contentent de régner sur cette ville poussiéreuse du Nord-Kivu rescapée de tant de guerres, ceinturée par des champs de café, de cacao et de collines toujours infestées de groupes armés. La frontière ougandaise est à 80 km et la capitale, Kinshasa, à plus de 1 600 km.

A Butembo n’est établie qu’une seule ethnie, les Nande. Et ce ne sont pas des hommes politiques qui gouvernent cette sorte de micro-Etat propret, mais le « G17 », un club de dix-sept grands commerçants transfrontaliers fortunés. « On n’attend rien des politiques et l’Etat a abandonné Butembo. On finance nous-mêmes la sécurité et les infrastructures comme l’université, la mairie, les monuments… On est sûr que les choses se font et on maîtrise les avancées », lâche d’une voix grave un certain Katembe Kahehero. De fait, la ville n’a jamais reçu un seul kilowatt de la société nationale d’électricité depuis l’indépendance, en 1960.

« Bolloré n’a jamais eu sa place ici »

Membre éminent du G17, M. Kahehero est un colosse de 60 ans qui reçoit dans un bureau donnant sur l’une des deux avenues asphaltées du centre-ville. Les jardins à la française des papiers peints rappellent au visiteur son attachement à l’ordre mais ne le mettent pas sur la piste de l’origine chinoise de sa fortune.

« Je suis le deuxième commerçant de Butembo et donc du Congo à avoir posé un pied en Asie, en 1983 », pavoise l’ancien marchand de café, aujourd’hui à la tête de plusieurs usines, d’une myriade de sociétés et d’un parc immobilier considérable dans les beaux quartiers de Kinshasa, où le prix du mètre carré est parfois aussi cher qu’à Londres.

De l’autre côté de la rue, son ami, concurrent et partenaire du G17 qu’on appelle du nom de son entreprise, Cetraca, a connu les mêmes débuts. Les aventures dans les cités industrieuses de Chine d’abord, puis dans les échoppes de Dubaï.

Katembe Kahehero, Cetraca et d’autres pionniers ont ouvert les routes commerciales reliant l’Asie à ce qui est alors le Zaïre, via les ports d’Afrique de l’Est. Ils ont acquis des dizaines puis des centaines de camions qui arpentent les routes d’Ouganda pour acheminer les marchandises jusqu’à Butembo où affluent des acheteurs en gros de toute la région.

Empire déclinant

« Bolloré n’a jamais eu sa place ici. On gère la logistique et on s’est organisé entre nous », lâche Cetraca, de son vrai nom Katembo Musavuli, avachi dans le fauteuil de son bureau enfumé où s’entassent des piles de papiers aussi jaunis que les murs. A 67 ans, cet homme madré se plaint de gérer un empire déclinant et s’inquiète de l’état de « Butembo Inc. ».

« Mes activités dans l’agriculture et l’élevage sont interrompues à cause de l’insécurité. Mes hôtels à Butembo et Kinshasa fonctionnent au ralenti. Mes usines sont à l’arrêt. Je me concentre sur la construction d’immeubles à Kinshasa », dit-il en regrettant son âge d’or, les années 1996 à 2002. Pour les autres, ce fut la période funeste de la deuxième guerre du Congo qui a engendré d’innombrables viols et massacres et provoqué la mort de plus de 4 millions de personnes, principalement de famine et de maladies, selon un rapport de l’International Rescue Committee.

Pendant ces années-là, l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est ravagé, mais Butembo est épargnée. Les hommes d’affaires sont alors autant les obligés que les financiers d’Antipas Mbusa Nyamwisi, leader de la communauté nande et chef de milice soutenu par l’Ouganda. M. Mbusa Nyamwisi a été le chef de la diplomatie congolaise de Joseph Kabila, avant de se réfugier en Afrique du Sud. C’est aussi un vrai libéral : à l’époque où il administrait le territoire, plus de douanes, plus de taxes et beaucoup de profits. Les grands commerçants de Butembo sont alors pointés du doigt par l’ONU pour leur commerce d’or fourni par des groupes armés ainsi que pour le transport d’armes et de minerais. Les barons du G17 démentent, esquivent ou restent silencieux sur le sujet.

Osmose avec Dieu

« A Butembo, la paix et la sécurité s’achètent, car la région reste dangereuse, lâche froidement M. Kahehero. A 60 km plus au nord, à Béni, les populations sont terrorisées par de mystérieux massacreurs qui ont tué plus d’un millier de personnes depuis deux ans. « Pendant la grande guerre, on vivait mieux que maintenant, il y avait beaucoup de business et de cash. Aujourd’hui encore, on paie les rations des militaires qui nous ont protégés. »

Vue de Butembo, ville commerçante au nord du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo.

Vue de Butembo, ville commerçante au nord du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. Crédits : Le Monde Afrique

Au sortir de la guerre, Butembo voit apparaître de grands projets d’infrastructures et de jolies villas à plus de 500 000 dollars. Et si l’alliance des grands commerçants avec les chefs de guerre est éphémère, l’osmose avec Dieu, elle, est éternelle. Car l’autre pouvoir local est religieux. « Le secret de Butembo est un capitalisme un peu sauvage et une conscience commune, dit l’évêque Sikuli Paluku Melchisédech. Certains grands commerçants sont devenus riches par la fraude mais Dieu pardonne. Avec eux et nos frères protestants, on bâtit un autre modèle de développement, unique dans le pays ».

L’association de la foi et des affaires permet d’ériger, en 2003, l’université catholique du Graben, au milieu d’une forêt qui surplombe la ville. L’équipement a de quoi surprendre : un hôpital doté d’un centre cardiologique, des laboratoires de médecine et d’agriculture, un centre de recherche en pisciculture…

Attirées par le cash accumulé sous la guerre, les banques de Kinshasa se ruent sur Butembo. La Raw Bank, la première du pays, réduit les frais de dépôt et de retrait. « Une exception propre à Butembo et taillée sur mesure pour les commerçants nande », s’amuse un banquier de Kinshasa. Mais les hommes d’affaires locaux se piquent de créer leur propre établissement, « une banque du peuple nande ».

Minerai de contrebande

La Cruche Bank comptera parmi ses actionnaires une icône de la ville : l’abbé Malu Malu, président de la Commission électorale indépendante en charge d’organiser les premières élections libres de l’histoire du pays en 2006. Il ira chercher des investisseurs en Chine pendant que le G8 d’alors courtisera des Nigérians et des Iraniens pour réunir les 10 millions de dollars de capital exigé par la banque centrale. En vain. La banque est liquidée en 2007.

En parallèle, un contrat est signé avec un entrepreneur sud-africain pour la construction d’un aéroport et d’un barrage hydroélectrique nécessaire pour relancer l’industrie. Rien ne se fera. Au grand dam de Katembe Kahehero, qui a perdu un pactole dans cette affaire, de même que Katembo Musavuli qui, malgré l’absence d’aéroport, a tout de même réussi à créer une étonnante compagnie aérienne.

Cetraca Aviation transportait des voyageurs et, mais il ne le dira pas, du minerai de contrebande dans des Antonov décatis entre l’Ouganda et la RDC. Jusqu’à ce que les autorités congolaises lui retirent sa licence d’exploitation, en 2013. « J’ai vendu mes avions à Nairobi. Il y en a d’autres que j’ai abandonnés ou détruits », dit-il en faisant la moue du millionnaire en mal d’affaires. Avant de se ressaisir : « A Butembo, on ne rigole pas avec le business et on est les seuls à pouvoir concurrencer les Libanais à Kinshasa. On va se refaire, mais les temps sont durs, vraiment durs ».

Nouvelle génération d’hommes d’affaires

Alors que le reste de la RDC s’enfonce dans la crise économique, une nouvelle génération d’hommes d’affaires de Butembo s’efforce de prolonger le miracle de leur cité rurale, grâce au commerce. Le contexte n’est pas favorable : la valeur du franc congolais ne cesse de se déprécier face au dollar, l’inflation guette et les investisseurs sont suspendus à l’issue de l’interminable crise politique.

« Butembo souffre mais résiste, bien que l’activité soit réduite de 50 % par rapport au temps de la guerre, dit Polycarpe Ndivito, président de la branche locale de la Fédération des entreprises du Congo. Lui rêve de créer une « zone économique spéciale » à la fiscalité avantageuse.

En attendant, John Palos, 45 ans, et ses amis entrepreneurs et fils de millionnaires se démènent. « On sait s’adapter. Pas le choix. Tu sais, nos aînés nous conseillent mais ne nous font pas de cadeaux ! Pour être millionnaire, il fallait bénéficier d’allégement fiscal ou frauder la douane. Mais ça, c’était avant. Et nous, les jeunes, on innove et on bosse », dit-il entre deux appels reçus de Dubaï et de Nairobi.

Figure de proue de la nouvelle génération d’hommes d’affaires, « Palos » est le principal importateur et distributeur de motos chinoises Haojin, robustes et bon marché. Il en écoule près de 30 000 par an, dans toute la RDC. Avec ses dix camions, il importe aussi de Chine du wax (tissu) en grande quantité, des vélos, des produits électroménagers. Mais aussi des générateurs Jangfa, puissants et économes en kérosène, suffisants pour alimenter des petites usines, des moulins et des quartiers de la ville.

« Je vais te montrer un autre produit qui va me rendre encore plus riche », dit-il. Il pousse une porte dans sa maison natale transformée en bureaux et entrepôts. « Voilà, ceux-là viennent de Dubaï et coûtent entre 1 500 et 5 000 dollars. Ceux-là viennent de Chine et je les vends entre 500 et 1 000 dollars ». Dans ses mains, M. Palos tient des panneaux solaires de toute taille. « C’est le nouveau gros business à Butembo et je l’ai senti très tôt. Mes clients viennent des Kivu mais j’en exporte aussi dans les autres régions du pays », se réjouit-il.

Malgré les fortunes qu’ils ont amassées en temps de guerre, les membres vieillissants du G17 n’ont pas réussi à construire le barrage qui aurait pu enfin fournir de l’électricité à Butembo. Leurs enfants semblent s’être promis de faire mieux.

 

Est de la RDC : 5 rebelles, un Casque bleu et un policier tués

décembre 19, 2016

Goma (RD Congo) – Cinq rebelles, un Casque bleu sud-africain et un policier congolais ont été tués lundi matin dans des combats à Butembo, à la suite de l’attaque d’une milice contre cette ville de l’Est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris de sources concordantes.

L’attaque a notamment visé la prison de cette ville du nord de la province troublée du Nord-Kivu. Le bilan des morts a été confirmé par le porte-parole de la Mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco), les autorités locales, et une source policière.

Elle est survenue à la veille de la fin du mandat du président congolais Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, et qui entend se maintenir au pouvoir jusqu’à l’élection d’un successeur, contre l’avis d’une coalition d’opposition qui demande sa démission et l’instauration d’un régime politique de transition jusqu’à la prochaine présidentielle.

Aux environ de 06h00 (04h00 GMT), les assaillants, présumés maï-maï, ont lancé une attaque contre la prison, et différents endroits de Butembo a déclaré à l’AFP le colonel Félix-Prosper Basse, porte-parole de la Monusco.

Les Casques bleus et FARDC [l’armée congolaise] ont repoussé l’attaque, tuant cinq parmi les assaillants [mais] un policier congolais et un Casque bleu du contingent sud-africain ont péri, a-t-il ajouté.

Le Casque bleu a succombé à ses blessures lors de l’évacuation, a précisé le colonel Basse, indiquant que deux autres soldats sud-africains avaient été blessés.

La Monusco condamne cette attaque (…) qui n’entame en rien sa volonté avec les FARDC de traquer tous les groupes armés qui écument l’est congolais depuis plus de vingt ans, a-t-il encore dit.

Ville de 1,1 million d’habitants, Butembo a vu apparaître récemment des milices maï-maï aux motivations confuses. Selon des habitants, certains combattants de ces groupes armés ont affirmé vouloir chasser du pouvoir le président Kabila.

La RDC a été ravagée par deux guerres entre 1996 et 2003, dont le détonateur ont été les provinces du Nord et du Sud-Kivu, qui restent aujourd’hui déchirées par la violence des conflits armés et des milices.

Romandie.com avec(©AFP / 19 décembre 2016 13h45)        

Est de la RDC: deux personnes lynchées puis brûlées à Butembo

août 24, 2016

Butembo (RD Congo) – Deux personnes soupçonnées de vouloir rejoindre les auteurs d’une série de massacres dans la région de Beni, ont été lynchées puis brûlées mercredi par la population de Butembo, dans l’est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris de sources locales.

Je condamne la mort de ces deux personnes lynchées puis brûlées par la foule, a déclaré à l’AFP Sikuli Uvasaka Makala, maire de la ville de Butembo dans la province du Nord-Kivu (est).

Ces gens ont été tués parce qu’ils tentaient de rejoindre les égorgeurs de Beni, a expliqué à l’AFP un jeune manifestant, sous couvert d’anonymat. Un autre a affirmé qu’ils venaient de Lubero, plus au sud, et transitent par Butembo pour Beni où ils tuent à la machette.

Selon des témoins, une forte tension a régné toute la journée à Butembo où des jeunes avaient barricadé les principales artères de la ville, procédant à des contrôles sur tous les véhicules en provenance des territoires du sud réputés zones d’action des rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

L’armée est venue en renfort pour rétablir l’ordre, a déclaré à l’AFP le général Marcel Mbangu qui était à la tête d’un contingent d’une centaine de militaires venus de Beni et qui avaient procédé à des tirs de sommation pour disperser les manifestants.

Les deux personnes tuées ne sont même pas rwandophones: l’une est originaire de l’Ituri [nord-est], l’autre est de Bukavu, capitale de la province voisine du Sud-Kivu, a ajouté le général Mbangu.

Huit meneurs ont été arrêtés, selon un autre officier.

La ville de Butembo est située à une cinquantaine de kilomètres du territoire de Beni, théâtre depuis octobre 2014 d’une série de massacres ayant causé la mort de plus de 700 personnes, selon l’ONU. Ces massacres sont majoritairement imputés aux rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF).

Vous tuez des innocents, a lancé le maire, M. Sikuli, aux manifestants, les invitant à bannir la justice populaire, estimant que cela portait préjudice à la communauté nande.

Dans cette région, des affrontements entre communautés nande et hutu sont fréquents.

Les Nande accusent les Hutu congolais d’être complices des FDLR pour les chasser de leur territoire. Les Hutu congolais, qui ne nient pas être à la recherche de nouvelles terres agricoles, accusent les Nande de violer leur droit constitutionnel à s’installer où ils le veulent.

Opposés au pouvoir de Kigali, les FDLR, disséminés essentiellement au Nord et au Sud-Kivu, n’ont pas mené d’action militaire d’envergure au Rwanda depuis 2001, mais sont régulièrement accusés de commettre des atrocités contre les civils dans les zones sous leur contrôle.

L’est de la RDC est déchiré depuis plus de 20 ans par des conflits armés alimentés par des différends ethniques et fonciers, la concurrence pour le contrôle des ressources minières et des rivalités entre puissances régionales.

Romandie.com avec(©AFP / 24 août 2016 19h12)