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Le Camerounais John Nkengasong, de l’Union africaine à l’administration Biden

septembre 24, 2021
John Nkengasong à Addis-Abeba, en 2019

Encore inconnu il y a deux ans, le virologue camerounais a acquis une renommée internationale en devenant l’un des piliers de la lutte contre le Covid en Afrique. Au point que Washington l’a choisi pour prendre la tête du programme américain de lutte contre le VIH.

Fin 2019, peu de gens connaissaient le docteur John Nkengasong en dehors de son Cameroun natal et des milieux médicaux américains. Né à Douala en 1959, ce diplômé en virologie de l’université de Yaoundé s’est spécialisé en médecine tropicale à Anvers avant de rejoindre, en 1993, l’OMS puis, rapidement, d’entrer dans le réseau américain des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), ce qui l’a amené à vivre de nombreuses années aux États-Unis mais aussi à travailler en Afrique, et en particulier à Abidjan. Avec, parmi ses spécialités, la lutte contre l’épidémie de VIH.

« Héros africain des temps modernes »

C’est donc un scientifique camerounais au profil très « américain » qui, en 2016, est appelé par l’Union africaine à prendre la direction de la toute nouvelle structure mise en place pour lutter à l’échelle continentale contre les grandes épidémies : l’Africa CDC. À Addis-Abeba, où siège la nouvelle institution, beaucoup louent le calme et le sens de la pédagogie du brillant scientifique. Mais s’il fait la fierté des Camerounais, John Nkengasong n’est pas encore une célébrité internationale.

Tout change début 2020, avec l’apparition du Covid-19. Si Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l’OMS et Matshidiso Moeti, la directrice du bureau africain de l’organisation, occupent la scène médiatique dès l’identification du virus en Chine, John Nkengasong et l’Africa CDC ne vont pas tarder à devenir familier aux oreilles de ceux qui s’intéressent au mystérieux coronavirus, avant même qu’il n’atteigne l’Afrique. Dès la fin février, le médecin camerounais évoque dans le Lancet une « menace imminente » qui pourrait avoir « un effet dévastateur » sur le continent. C’est d’ailleurs sans doute grâce à son insistance que l’UA parvient à réunir, le 22 février, les ministres africains de la Santé afin d’évoquer le problème et de commencer à discuter des moyens de protection et de riposte.

IL N’HÉSITE PAS À CONDAMNER L’ÉGOÏSME DES PAYS RICHES AU SUJET DE LA RÉPARTITION DES VACCINS

Aujourd’hui, le Dr Nkengasong fait partie des quatre ou cinq noms qui reviennent systématiquement lorsqu’on évoque la riposte africaine au Covid-19. Il figure dans la plupart des listes et classements de personnes les plus influentes du continent, y compris celui du Time, paru tout récemment, dans lequel Ngozi Okonjo-Iweala, également distinguée, le qualifie de « héros africain des temps modernes ». Le patron de l’Africa CDC est souvent la voix la plus audible, au point d’éclipser parfois celle des dirigeants de l’OMS, avec lesquels il prend toujours soin de préciser qu’il travaille main dans la main.

Débauché par Washington

Partisan de la fabrication en Afrique de matériel médical et de médicaments, favorable à la levée des brevets sur les vaccins – comme il le déclarait dans une interview à Jeune Afrique en janvier 2021 –, il ne mâche pas non plus ses mots pour condamner l’égoïsme des pays riches en ce qui concerne la répartition des vaccins et appelle à une remise à plat complète de la politique internationale en la matière.

C’est donc cet homme que, selon une indiscrétion du New York Times publiée le 21 septembre, l’administration américaine s’apprête à débaucher pour le mettre à la tête du PEPFAR, le programme gouvernemental américain de lutte contre le VIH (actif dans 50 pays, notamment en Afrique). La nomination n’a pas été officialisée à ce jour mais devrait intervenir très vite. Au Cameroun, la presse a d’ailleurs déjà salué « le premier Africain de l’administration Biden ».

L’AFRICA CDC PERD UN PATRON EFFICACE ET CHARISMATIQUE

Pour John Nkengasong, cette évolution de carrière est logique. Spécialiste du VIH, il a longtemps travaillé avec les Américains, y compris au sein du PEPFAR lorsque celui-ci a été créé, en 2003. Il y bénéficiera de moyens colossaux – le programme a déjà investi 85 milliards de dollars depuis sa création et son budget annuel avoisine les 7 milliards – et aura fort à faire, la lutte contre le sida ayant beaucoup pâti des contraintes imposées par la pandémie de Covid depuis deux ans. Le nombre de personnes dépistées aurait ainsi baissé de 22 % en 2020.

L’UA en quête de leaders

Le revers de la médaille concerne l’Africa CDC. L’agence perd un patron efficace et charismatique alors même que le continent reste confronté à de nombreux défis sanitaires, au premier rang desquels la pandémie de Covid-19, qui sévit toujours. Nul ne songe à critiquer le choix de John Nkengasong d’aller faire profiter une autre organisation de ses talents, mais beaucoup, y compris au sein de l’UA, craignent une « perte de leadership » au moins temporaire et se demandent où trouver une personnalité capable de succéder au médiatique virologue camerounais.

La pandémie de Covid a toutefois permis de faire émerger les noms de grands spécialistes africains des virus et de la santé publique, du Maroc à l’Afrique du Sud. C’est dans cette liste que l’UA va maintenant devoir choisir. Et le plus tôt sera le mieux.

Avec Jeune Afrique par John Nkengasong

Un migrant rescapé: « J’ai vu des gars découper des morts pour les manger »

novembre 28, 2017

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Des migrants vendus comme des esclaves en Libye, l’affaire scandalise le monde depuis la diffusion d’une vidéo choc de CNN. Franceinfo a retrouvé un Camerounais victime de cette barbarie qui vit aujourd’hui en France. Un récit qui fait froid dans le dos.

« Il a jeté les trois enfants comme des pommes avant de les abattre »
Le migrant a réussi à acheter sa liberté pour gagner la France, où il vit depuis près d’un an. Il a accepté de témoigner pour France Télévisions et a dévoilé les dessous de ces pratiques insoutenables.

C’est en janvier 2015 que le jeune homme de 32 ans choisit de quitter le Cameroun pour aller en France avec sa soeur. Il passe par le Nigeria et le Niger, avant d’être stoppé à Debdeb, à la frontière entre l’Algérie et la Libye. Pour aller plus loin, sa soeur et lui sont obligés de payer un passeur 500 euros, ce qui leur permet de traverser le désert en pleine nuit.

Là, ils seront capturés par une milice libyenne. « Les messieurs sont arrivés. C’étaient des arabes et tout le monde était armé avec des Kalachnikov », explique l’homme qui souhaite rester anonyme.

Très vite, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils vont faire partie d’un gigantesque marché. « Il y avait des enfants avec nous qui pleuraient. Le chauffeur s’est garé, il est venu à l’arrière, il a sorti les trois enfants en les jetant au sol comme des pommes. Il a tiré dessus, il a abattu les trois enfants. »

Après une très longue route qui a duré toute une journée, le migrant et sa soeur seront mis dans un enclos. « On s’est retrouvés avec plus de 1.500 Noirs, hommes et femmes mélangés, avec des enfants et des femmes enceintes, dans un enclos. »

« Comme s’ils étaient là depuis des années »
Certains sont d’ailleurs très marqués par ce qu’ils subissent. « On voit des gens abandonnés comme s’ils étaient là depuis des mois ou des années. Ils nous ont fait descendre avec une brutalité extrême, tout en nous battant et en nous mettant le front contre le sol. Ils ont commencé à violer les femmes. » Après ce viol collectif, il n’a jamais revu sa soeur. Aujourd’hui, il ne sait toujours pas si elle est vivante.

Les miliciens vont alors décider de son sort, presque de semaine en semaine. « On peut passer peut-être une semaine ou deux dans un endroit. Il y en a un autre qui viendra nous prendre. »

Le camp où tous les migrants sont regroupés est un lieu où l’horreur est partout. Beaucoup sont tués. Et les plus chanceux restent sans nourriture pendant plusieurs jours. « On était affamés depuis trois jours et j’ai vu des gars, dont je ne vais pas citer la nationalité, qui ont découpé les cuisses de l’un des morts. Ils l’ont mangé devant mes yeux. »

Un passeur camerounais va finalement racheter sa liberté, ce qui va lui permettre de rejoindre Tripoli pour passer la Méditerranée en zodiac. C’est la vidéo de CNN qui l’a poussé à témoigner.

Abidjantv.net by Leking

« Boko Haram, tu vas mourir », les Camerounais dans la rue contre les islamistes

février 28, 2015

'Boko Haram, tu vas mourir', les Camerounais dans la rue contre les islamistes
« Boko Haram, tu vas mourir », les Camerounais dans la rue contre les islamistes © AFP

« Boko Haram, tu vas mourir », « Boko Haram, tu es mort »: des milliers de Camerounais sont descendus dans la rue samedi à Yaoundé pour dénoncer les meurtrières attaques et exactions des islamistes nigérians, appelant à la mort de leur chef, Abubakar Shekau.

Plusieurs milliers de personnes, dont des ministres, ont participé dans la capitale à cette manifestation pacifique au cours de laquelle les participants ont promis que le Cameroun viendrait à bout de Boko Haram et de son chef.

Depuis sept mois, les soldats camerounais sont en guerre contre le groupe nigérian qui multiplie ses attaques sanglantes contre militaires et civils dans la région de l’Extrême-Nord, frontalière du Nigeria. L’armée tchadienne se bat aussi contre Boko Haram, depuis cette région proche de Ndjamena.

Le rassemblement a été organisé par un collectif « Unis pour le Cameroun » et constitué principalement de journalistes supposés proches, pour certains, du régime de Yaoundé, pour exprimer « le soutien aux populations de cette région et à l’armée camerounaise ».

« Entre 10. 000 et 15. 000 personnes » ont répondu à l’appel, s’est fécilité auprès de l’AFP Eric Benjamin Lamère, membre du collectif.

Plusieurs ministres avaient pris la tête du cortège, submergé de drapeaux camerounais, tchadiens et nigérians et dans lequel se trouvaient également des diplomates en poste à Yaoundé, dont l’ambassadrice de France, Christine Robichon.

-‘Shekau, tu es lâche’-

« Nous voici rassemblés pour dire non à Boko Haram. Non à la barbarie! » a lancé à la foule un des organisateurs, ajoutant: « Non à l’obscurantisme! Non à l’intolérance! ».

A chacune de ses phrases ou exclamations, la foule hurle et applaudit, sous le regard des membres du gouvernement présents. L’orateur cite ensuite, toujours sous des ovations, les noms de localités prises pour cible par Boko Haram: Fotokol, Kolofata, Limani, Amchidé,. . .

« Cette marche symbolise l’unité de tous les Camerounais contre Boko Haram », s’enthousiasme Grégoire Owona, ministre du Travail. « Shekau », lance-t-il. « Tu es mort, tu es lâche », réagissent en choeur de jeunes manifestants.

« C’était important d’être là pour moi, pour mes frères qui sont au front, pour mon pays. Je pense que ce soutien peut galvaniser les troupes et faire en sorte que la guerre cesse le plus vite possible », confie Philomène Ekombo, drapeau du Cameroun en main.

La date de cette manifestation a suscité une polémique au Cameroun car elle coïncide avec la commémoration des manifestations contre la faim et la modification de la Constitution qui avaient éclaté dans le pays fin février 2008.

Du 25 au 28 février 2008, de nombreux jeunes avaient en effet manifesté dans plusieurs villes du Cameroun pour dénoncer la cherté de la vie et s’indigner du projet du régime du président Paul Biya de modifier la Constitution afin de lui permettre de briguer un nouveau mandat.

Les manifestations de révolte avaient été réprimées par l’armée et la police: 40 personnes avaient ainsi été tuées, selon un bilan officiel, au moins 139 d’après des ONG locales.

– ‘Pas de guerre mémorielle’ –

Le reproche a été fait aux organisateurs de la marche de samedi d’avoir été encouragés par le régime à choisir la date du 28 février pour que la commémoration des événements de 2008 passe inaperçue.

« Il n’y a pas de guerre mémorielle. Nous avons programmé notre marche tôt le matin (07H00 GMT). Rien n’empêche qu’on se mobilise (pour les événements de 2008) », s’est défendu Guibaï Gatama, du collectif « Unis pour le Cameroun ».

De plus en plus d’initiatives de soutien à l’armée sont enregistrées au Cameroun ces derniers temps.

Ainsi, vendredi, les chefs traditionnels du département des Bamboutos (ouest du pays) ont remis au ministre de la Défense une enveloppe de 22 millions de francs CFA (environ 30. 000 euros) pour aider les soldats au front, a rapporté la télévision d’Etat.

Jeudi, des entreprises avaient offert à l’armée des centaines de tonnes de produits alimentaires.

Les troupes camerounaises engagées contre Boko Haram vivent parfois dans des conditions difficiles, certains soldats rencontrés par un journaliste de l’AFP se plaignant notamment du manque d’eau, de matelas pour dormir et d’absence de primes dans certaines mesures.

Jeuneafrique.com avec AFP

Ce cimetière pour chiens qui étonne les Camerounais

juin 30, 2011

Une curiosité bien française semble émouvoir les Camerounais, qui s’imaginent difficilement un tel phénomène sous leurs latitudes. C’est le cimetière pour chiens et autres animaux domestiques d’Asnières, situé dans la banlieue ouest de Paris, en France. L’étonnement est tel que le quotidien camerounais Le Jour a dépêché une journaliste sur place pour un reportage.

Après quelques rappels historiques sur ce cimetière animalier créé il y a plus d’un siècle par une journaliste française, Marguerite Durand, et un publiciste, Georges Harmois, le quotidien basé à Yaoundé se demande comment ce cimetière, le premier du genre en Europe, a pu devenir une référence en la matière:

«Il n’existait alors, à Paris, aucun moyen pratique pour se débarrasser d’un animal mort. Beaucoup les jetaient dans la Seine ou dans les fossés de fortifications de la ville, ce qui provoquait des odeurs pestilentielles», explique au journal un employé de la mairie d’Asnières.

L’envoyée spéciale du Jour semble même s’étonner de ce que ce site, devenu monument historique en 1987, soit ouvert pour des visites au public contre la somme de 3,50 euros (2.200 francs CFA) par adulte, afin «d’admirer les sépultures». Une somme qui semble surprendre, puisque des millions de Camerounais vivent avec bien moins de 454 francs CFA (0,7 euro) par jour.

Mais il n’y a pas que le prix des visites qui attire l’attention de la journaliste:

«Les tarifs ne sont pas toujours bon marché. Ils varient en fonction de la taille de la tombe et de la durée de la concession, pouvant aller de 75.000 francs CFA (116 euros) pour un an renouvelable, jusqu’à 2.536.300 francs CFA (3.902 euros) pour 20 ans renouvelables», écrit-elle.

Si dans la plupart des villes camerounaises et même dans les campagnes les familles possèdent un animal domestique, elles sont loin d’entretenir un rapport aussi intime que celui des gens qui viennent enterrer leurs chiens au cimetière d’Asnières. Sur les tombes, on peut lire «des messages aussi poignants qu’insolites». Parmi les petites perles récoltées par la reporter du Jour:

«Sophie mon bébé, nous avons eu 17 ans d’amour. Tes petites sœurs et toi, avez remplacé l’enfant que je n’ai jamais eu. Je t’aime à jamais.Ta petite mère.»

Ou encore: «White, nous n’irons plus au bois où tu courais joyeux. Je te dépose là, mon amour merveilleux.»

Mais aussi: «Mon cher petit Faust, mon joli mouton bien aimé, tu étais trop bon et trop intelligent pour vivre.»

Car dans ce cimetière animalier d’Asnières, d’une superficie de 9.800 mètres carrés, sont aussi enterrés des chevaux (comme celui de la fondatrice du cimetière), des chats, mais aussi des hamsters, des souris, des oiseaux, des lapins, des tortues, des singes ou des poules.

SlateAfrique avec Le Jour