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Canada-Québec: Un jeune homme mutilé lors d’une « nuit de torture » dans un chalet de Lévis

janvier 30, 2023
Photo générique du Service de police de la Ville de Lévis.

Le juge a qualifié de « nuit d’horreur » l’événement qui serait survenu dans un chalet de Lévis. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada/Marc André Turgeon

Un trio de jeunes aurait frappé, brûlé et agressé sexuellement un jeune homme à Lévis dans ce que le juge a qualifié « de véritable nuit d’horreur ».

Selon la poursuite, trois accusés auraient soumis le plaignant à une nuit de torture dans le but de lui faire avouer qu’il avait violé l’ex-copine d’un membre du groupe.

Les circonstances très particulières de cette affaire ont été révélées lors de l’enquête sur remise en liberté de Roberto Chartier-Vézina tenue la semaine dernière au palais de justice de Québec.

Le jeune homme aux cheveux longs fixe la lentille.

Roberto Chartier-Vézina fait face à de graves accusations. Photo : Facebook Roberto Vézina

Le jeune homme de 21 ans est accusé d’avoir causé des lésions à la victime en commettant des voies de fait armées et d’agression sexuelle. Lucas Lambert, 18 ans et Cédric Bérubé, 19 ans, font face aux mêmes accusations.

La victime aurait été attirée dans un chalet de fortune, dans le secteur du chemin Petit-Saint-Jean, à Saint-Étienne-de-Lauzon, en octobre dernier.

Le plaignant était fortement intoxiqué et serait tombé dans une mare en se rendant sur place.

Frappé à coups de « botte à cap »

Une fois dans le chalet, un feu a été allumé pour qu’il se réchauffe. Il s’est ensuite déshabillé.

C’est à ce moment que ses malheurs auraient commencé, selon le récit fait par le procureur de la poursuite, Me Christian Gauthier.

Roberto Chartier Vézina aurait lancé les premiers coups, en frappant la victime à coup de botte à cap aux côtes, aux jambes et au visage.

Les présumés agresseurs étaient accompagnés de deux autres personnes qui ont assisté à la scène, sans y participer, selon Me Gauthier.

Selon lui, le coup à la tête était fort. Je ne réutiliserais pas le terme donné au policier, mais c’est épeurant, décrit le procureur.

Il ajoute qu’un témoin se demandait déjà, à ce moment, si la victime allait mourir.

Marqué au fer « comme les bêtes »

Chartier-Vézina aurait par la suite saisi un tisonnier pour le chauffer sur le poêle à bois, avant de brûler le plaignant un peu comme on fait avec les bêtes , précise Me Gauthier.

Selon l’avocat de la poursuite, la victime est brûlée à la hanche, au dos et sur plusieurs endroits de son corps.

Par la suite, le plaignant sera enduit d’une huile rouge, servant pour les scies à chaîne. Cette huile sera également versée dans sa bouche alors qu’il cherchait son air, selon un témoin.

Feu, scie et étau

Les présumés bourreaux auraient ensuite utilisé un briquet pour allumer l’huile.

Les cheveux seront allumés et ses poils brûlent, dont ceux du pubis, a indiqué Me Gauthier en ajoutant que le plaignant a dû se taper dessus, pour que le feu cesse de progresser.

« Ils sont trois à vouloir faire avouer le prétendu crime au plaignant. »— Une citation de  Me Christian Gauthier, procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales

Une scie aurait été appliquée sur la main de la victime pour tenter de le faire avouer.

On mettra également sa main dans un étau qu’on va serrer, a aussi relaté le procureur.

Après son arrestation, Roberto Chartier-Vézina aurait lui-même avoué qu’un manche à balai avait été utilisé pour agresser sexuellement le plaignant.

Les événements se seraient déroulés pendant plusieurs heures, jusqu’au lever du soleil.

Le trio de présumés agresseurs aurait discuté de la possibilité de tuer la victime, pour éviter d’être dénoncés à la police.

Ce choix aurait été écarté et le groupe de jeune a pris le chemin du retour. Le plaignant a cependant été poussé dans un fossé rempli d’eau, où il a été abandonné.

Désorienté

Un passant qui a aperçu la victime déambulant nue et saignant du nez a alerté la police de Lévis.

Les agents ont conduit le jeune homme à l’hôpital où il a été gardé pour être soigné pendant deux jours.

Le juge Stéphane Poulin a refusé de remettre Robert Chartier-Vézina en liberté pendant le processus judiciaire, même s’il n’a pas d’antécédent judiciaire depuis sa majorité.

Le jeune homme qui a affirmé boire une trentaine de bières par jour et consommer cannabis et cocaïne voulait aller dans une maison de thérapie.

« Je doute de ses motivations, qui semblent un prétexte pour éviter momentanément sa détention. »— Une citation de  Stéphane Poulin, juge à la Cour du Québec

Son avocate a fait valoir qu’une partie de la preuve reposait sur des aveux obtenus par les policiers et que la défense comptait en demander l’exclusion. Selon l’avocate de Chartier-Vézina, les agents n’ont peut-être pas respecté les procédures.

La défense pourra faire valoir ses arguments lors du procès, mais le juge a préféré ordonner la détention du jeune homme en raison des circonstances très particulières de cette affaire qui démontrent une agressivité importante, a-t-il dit.

Les trois accusés ont été arrêtés dans le temps des Fêtes. Lucas Lambert a, lui, obtenu une remise en liberté pendant le processus judiciaire, lors d’une audience entre Noël et le jour de l’An.

Cédric Bérubé est toujours en attente de son enquête sur remise en liberté.

Les faits allégués par la poursuite restent à prouver lors d’un procès, alors que la défense pourra présenter sa preuve pour contrer les accusations.

Avec Radio-Canada par Yannick Bergeron

Canada: Hazel McCallion, ancienne mairesse de Mississauga, s’éteint à 101 ans

janvier 29, 2023
Hazel McCallion tout sourire le jour de ses 100 ans.

Hazel McCallion disait ne pas avoir l’impression d’avoir passé la barre des 100 ans. Photo: Radio-Canada/John Sandeman

Hazel McCallion, qui a été mairesse de Mississauga pendant 36 ans, est décédée « paisiblement à son domicile » tôt dimanche matin, selon un communiqué du bureau de Doug Ford.

Hazel incarnait à merveille la notion de service public. En effet, elle a consacré sa vie entière à sa communauté, a déclaré le premier ministre de l’Ontario par écrit.

Mme McCallion aurait fêté ses 102 ans le 14 février. Originaire de Port-Daniel en Gaspésie, elle est arrivée à Toronto dans les années 1940. Après plusieurs années passées chez Kellogg Canada où elle grimpe rapidement les échelons, elle décide de se lancer en politique.

Elle a d’abord été élue mairesse du village de Streetsville en 1969. Elle a ensuite été mairesse de la nouvelle ville fusionnée de Mississauga, qui incorpore Streetsville et Port Credit, de 1978 à 2014.

Surnommée Hurricane Hazel pour son style politique, Mme McCallion était considérée comme une pionnière pour les femmes dans ce milieu.

Elle est restée active dans la sphère publique jusqu’à la fin de sa vie.

Le maire de Toronto, John Tory, a exprimé ses condoléances dans un communiqué. Il dit avoir eu le privilège de la rencontrer et de discuter avec elle mardi dernier, et qu’elle était aussi impliquée et active que jamais, malgré sa maladie.

Il a également parlé d’elle comme d’une politicienne compétente et sincère.

Elle savait tenir tête au pouvoir et exigeait des comptes [des autres paliers de gouvernement] quand elle avait à le faire. On savait toujours à quoi s’en tenir avec Hazel, dit John Tory.

Une reconnaissance de la classe politique

Je me considère incroyablement privilégié d’avoir pu faire partie des amis de Hazel pendant de nombreuses années. Au moment de mon arrivée en politique, j’ai eu la chance de bénéficier de sa sagesse et de ses conseils, qu’elle a offerts sans réserve jusqu’à la toute fin, déclare par communiqué le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford.

L'ex-mairesse de Mississauga Hazel McCallion félicitant le premier ministre Doug  Ford lors des élections provinciales le 7 juin 2018.

Hazel McCallion félicitant le premier ministre Ford lors des élections provinciales en juin 2018. Photo : La Presse Canadienne/Mark Blinh

Le maire de Toronto, John Tory, reconnaît aussi en Mme McCallion une amie et une mentore.

Je parlais souvent avec elle et j’ai eu le grand privilège de la rencontrer deux fois dans les deux dernières semaines, dont mardi dernier. Elle était toujours aussi engagée malgré la maladie, témoigne John Tory.

« Retraite, ce n’était qu’un mot pour Hazel. Elle a continué à apporter une grande contribution jusqu’à 101 ans. »— Une citation de  John Tory, maire de Toronto

Le Mississauga Miracle

La carrière politique de Hazel McCallion à la tête de Mississauga a été notamment marquée par l’évacuation d’environ 23 000 personnes pendant une semaine après une puissante explosion de propane près de Mississauga, le 10 novembre 1979.

Un déraillement majeur près de la route Mavis et de la rue Dundas avait provoqué la fuite de plusieurs produits chimiques dangereux. Malgré l’ampleur de la catastrophe et les milliers de personnes en situation d’urgence, aucune perte de vie n’avait été déplorée.

Des controverses au sujet de conflits d’intérêts

Les mandats de Hazel McCallion en tant que mairesse n’ont toutefois pas toujours été irréprochables. La mairesse a dû répondre à plusieurs allégations de conflit d’intérêts.

En 1981, un avocat a intenté une action en justice contre elle pour avoir participé à un débat et à un vote du conseil sur l’aménagement de 3 800 acres de terrain, dont 5 lui appartenaient.

Un tribunal a statué en 1982 qu’elle avait violé quatre aspects de la Loi sur les conflits d’intérêts municipaux de l’Ontario. Elle n’a toutefois pas été démise de ses fonctions.

En 2013, un autre résident de Mississauga a présenté des allégations de conflit d’intérêts. Les accusations concernaient un vote du conseil municipal de 2007 qui aurait pu profiter à l’entreprise de son fils. Le juge a toutefois rejeté la demande.

Hazel McCallion a été une des mairesses les mieux payées au Canada. Au moment de sa retraite en 2014, elle était au sixième rang au pays, avec un salaire de 181 098 $.

Elle a également été décorée de l’Ordre de l’Ontario le 1er janvier 2021.

Avec Radio-Canada

Canada-Québec: Une dizaine de marins étrangers coincés à Trois-Rivières, dans le froid, depuis trois mois

janvier 28, 2023
Deux bateaux-remorqueurs amarrés au port de Trois-Rivières.

Deux des trois bateaux-remorqueurs bloqués au port de Trois-Rivières depuis plusieurs mois, le Bradley C. devant, et le Brianna T. derrière. Photo : Radio-Canada/Julie Grenon

Onze marins sont bloqués dans le port de Trois-Rivières depuis trois mois en attendant d’obtenir une autorisation de Transports Canada. Leurs trois bateaux-remorqueurs ne répondent pas aux exigences des lois et conventions maritimes internationales, et sont donc non conformes pour prendre le large.

Les bateaux, qui devaient prendre la mer vers la Guyane en octobre, sont stationnés au port de Trois-Rivières avec ses marins caribéens et sud-américains.

L’entreprise guyanaise B.K. Marine a fait l’acquisition de ces bateaux qui étaient antérieurement de propriété canadienne, selon Vince Giannopoulos, vice-président St-Laurent et côte est du Syndicat international des marins canadiens.

Les nouveaux propriétaires ont l’intention de les utiliser pour du remorquage et du transport maritime en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. Dans ce contexte, les bateaux doivent se soumettre à des changements de réglementation, affirme M. Giannopoulos.

Au moment de publier ces lignes, l’entreprise B.K. Marine n’avait pas répondu aux demandes d’entrevue de Radio-Canada. Impossible de savoir à quelle réglementation doivent maintenant se plier les bateaux afin de retrouver leurs nouveaux propriétaires, en Guyane.

Les marins dans le froid québécois

La chute des températures a été difficile pour les marins qui ne sont pas habitués au climat. La plupart d’entre eux n’ont pas de vêtements ni d’équipements pour faire face à l’hiver.

Il leur est permis de débarquer du bateau et de se promener dans la ville, mais ils n’ont tout simplement pas l’équipement nécessaire pour rester au chaud, explique Vince Giannopoulos.

L’aide de la communauté locale est venue. Paul Racette, directeur général du Foyer des marins de Trois-Rivières, a mené les efforts pour récolter des vêtements d’hiver pour les marins. Le Foyer leur permet d’utiliser son espace pour se réchauffer et avoir accès à Internet.

M. Racette affirme n’avoir rien vu de tel en huit ans de service au port de Trois-Rivières.

Ils sont arrivés ici et n’avaient aucun salaire, raconte-t-il, mentionnant que 25 marins sont venus au début, mais que 14 sont repartis depuis.

Avec Radio-Canada

Canada-Québec: Des ministres se réuniront toutes les deux semaines pour sauver le français

janvier 27, 2023

LAVAL, Qc — Des ministres du gouvernement Legault se réuniront toutes les deux semaines pour sauver la langue française.

Des ministres se réuniront toutes les deux semaines pour sauver le français© Fournis par La Presse Canadienne

Le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, a annoncé vendredi la mise sur pied d’un groupe d’action interministériel qui se concertera ainsi pour inverser le déclin du français au Québec.

Mais le gouvernement ne sait pas encore combien de temps il faudra pour renverser la vapeur. Cela sera indiqué dans un plan d’action prévu pour l’automne prochain.  

Une campagne de publicité «de grande envergure sur plusieurs années» sera lancée, a dit le ministre sans pouvoir annoncer ses coûts. 

Il entreprendra aussi des consultations afin d’arriver à des «mesures concrètes» et il n’écarte pas l’adoption ou la modification de lois.  

«On est à la croisée des chemins», a tenu à indiquer Jean-François Roberge, au cours d’une conférence de presse dans un hôtel de Laval, en marge du caucus de deux jours des élus caquistes.

Il était accompagné de ses collègues ministres qui l’épauleront dans ce processus, dont le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, et la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry. 

«On risque de se rencontrer aux deux semaines, après, on verra la cadence en fonction du travail qu’on a à faire chacun de notre côté, a dit M. Roberge. Il va falloir travailler entre les rencontres.» 

M. Roberge a toutefois exclu d’emblée la possibilité d’étendre la loi 101 au collégial, jugeant que ce dossier est déjà clos.

Le ministre se fonde sur le recul de l’usage du français à la maison, révélé par Statistique Canada en août, afin de justifier la nécessité de prendre d’autres mesures en appui à la loi 96 pourtant adoptée en mai 2022.   

Or, depuis les années 1970, le gouvernement du Québec a plutôt insisté dans la panoplie de ses actions sur le français langue officielle dans l’espace public, et non dans l’espace privé.

Pourquoi le ministre veut-il maintenant s’attaquer à l’enjeu de la langue parlée à la maison?

«Si les gens tombent en amour avec le Québec, si les Québécois vivent en français, pensent en français, ils vont aussi s’exprimer en français à la maison. La langue qu’on utilise à la maison, c’est aussi un indicateur de la langue qu’on utilise pour  consommer des biens culturels.»

Par Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

Canada-Montréal: Le milieu communautaire lance un cri du cœur pour soutenir les demandeurs d’asile

janvier 25, 2023
Des personnes noires assises sur un banc public.

Les organismes communautaires n’arrivent plus à répondre aux besoins des dizaines de milliers de demandeurs d’asile qui arrivent chaque année au Québec. Photo : Radio-Canada/Charles Contant

La crise des demandeurs d’asile se traduit actuellement par un étouffement des ressources communautaires, déplore un regroupement d’organismes de quartier de Montréal, qui réclame de l’oxygène et des mesures d’aide immédiates de la part des gouvernements.

La réouverture des frontières internationales, après une fermeture forcée par la crise sanitaire en 2020 et en 2021, a provoqué un afflux jamais vu de demandeurs d’asile aux portes du Canada.

L’an dernier seulement, ce sont quelque 90 000 demandeurs d’asile qui sont venus chercher refuge au Québec; du nombre, 40 % sont arrivés par le chemin Roxham, chiffre Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Si l’on en retrouve beaucoup dans la métropole, ces demandeurs d’asile percolent aussi dans les couronnes nord et sud de l’île, mais aussi, dans une moindre mesure, dans plusieurs régions du Québec, a-t-il ajouté.

N’ayant pas accès aux services publics, ce nombre inédit d’immigrants sans-papiers se tourne vers les organismes communautaires, qui font à leur tour face à une demande inouïe, sans toutefois obtenir quelque compensation financière supplémentaire que ce soit ni du gouvernement provincial ni du palier fédéral.

« Malgré notre bonne volonté et nos efforts, nos ressources ne suffisent pas. »— Une citation de  Catherine Pappas, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Côte-des-Neiges.

Déjà aux prises avec un exode du personnel là où les salaires sont généralement plus généreux, ces organismes de quartier voient aussi leurs employés restants à bout de souffle, ne sachant pas combien de temps ils pourront tenir le fort.

La situation est critique, dénonce pour sa part Maria Ximena Flores, de la Coalition montréalaise des Tables de quartier (CMTQ) et du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent/COSSL. Il faut agir rapidement avant que ça ne devienne encore plus dramatique et que tout nous explose en plein visage.

Demandes

Pour les demandeurs d’asile, ces obstacles bureaucratiques et administratifs représentent une épreuve supplémentaire dans un parcours du combattant déjà bien chargé au cours duquel ils ont parfois bourlingué à travers plusieurs pays avant d’arriver au Canada.

« Rappelons-nous que ces gens-là, ces familles-là, ont traversé un parcours difficile, ponctué de traumatismes et de violence. C’est essentiel qu’on puisse les accueillir et les soutenir dès le jour un »— Une citation de  Bruno Hidalgo, intervenant pour Pause Famille

Lançant un cri du cœur d’une seule voix, ces organismes réclament que leur financement soit revu à la hausse pour renforcer leur capacité à offrir soutien et accompagnement adéquats aux demandeurs d’asile. Aucun chiffre n’a toutefois pu être avancé quant au montant nécessaire pour répondre à tous les besoins.

Ce n’est pas un enjeu d’argent, soutient M. Reichhold, rappelant qu’Ottawa rembourse Québec pour les frais engagés par l’accueil des demandeurs d’asile.

Ils souhaitent aussi le renversement d’une décision du Conseil des ministres québécois datant de 1996, qui limite l’accès aux services publics pour les demandeurs d’asile, comme l’assurance-maladie et certaines prestations.

Une demande réitérée à maintes reprises, mais qui demeure sans suite malgré les appels répétés du milieu, fait valoir M. Reichhold. On nous dit toujours que c’est le fédéral qui doit s’en mêler, laisse-t-il tomber.

Le regroupement souhaiterait également que les demandeurs d’asile aient accès à l’ensemble du Programme d’accompagnement et de soutien à l’intégration offert par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, aux services de garde subventionnés et aux mesures d’employabilité financées par Services Québec.

Le renforcement des services d’accompagnement juridique pour les demandeurs d’asile ainsi qu’un dispositif d’hébergement transitoire pour ceux qui n’auront pas accès à un logement transitoire font aussi partie des demandes.

Conséquences

À long terme, il est plus coûteux pour la société de ne pas soutenir rapidement les demandeurs d’asile, rappellent plusieurs intervenants.

Trop souvent, les demandeurs d’asile sont perçus comme un fardeau et non comme un actif pour notre société, dénonce Sylvie Guyon, membre du comité immigration de Verdun et du comité de rapprochement interculturel de Ville-Émard/Côte-Saint-Paul. Pendant la pandémie, on a réalisé que ces demandeurs d’asile étaient surreprésentés parmi les travailleurs des services essentiels. On s’est soudainement mis à les appeler nos « anges gardiens »…

« En leur imposant un parcours semé d’embûches et de stress, qui s’étend parfois sur plusieurs années, le gouvernement fait un très mauvais calcul, à notre avis. »— Une citation de  Sylvie Guyon, membre du comité immigration de Verdun et du comité de rapprochement interculturel de Ville-Émard/Côte-Saint-Paul

Martin Savard, président du conseil d’administration de Concert’Action Lachine, rappelle qu’en étant mal informés sur leurs droits et sur leur employabilité, les demandeurs d’asile sont plus susceptibles d’être victimes de fraude ou d’accidents du travail.

Ces arrivants-là sont plus que des chiffres, souligne Gary Obas, porte-parole de l’organisme pour l’Intégration, la Citoyenneté et l’Inclusion, sis dans Montréal-Nord. Ce sont des gens qui veulent contribuer à l’essor économique de la société. La plupart des demandeurs d’asile finiront par devenir résidents permanents du Canada.

Si on ne les aide pas en partant en leur donnant accès à des ressources et à de la francisation, certains ne trouveront jamais du travail et vivront d’aide sociale, poursuit M. Hidalgo. Ils ne pourront pas se loger adéquatement et avoir accès à certains services. Les enfants n’auront pas accès à une scolarité satisfaisante. Et ce cycle va se poursuivre.

Avec Radio-Canada par La Presse canadienne

Canada-Québec: Retour des infirmières d’agence à 100 $ l’heure

janvier 24, 2023

Depuis le début de l’année, de nombreux propriétaires de centres d’hébergement pour aînés doivent composer avec des hausses tarifaires de 30 % à 40 % de la part des agences de placement de personnel infirmier. Toutefois, selon ces agences, ces hausses s’imposaient en raison de l’inflation.

Une personne âgée se déplace avec une marchette dans le corridor d'une résidence privée pour aînés.

Une personne âgée se déplace avec une marchette dans le corridor d’une résidence privée pour aînés. Photo : Radio-Canada/Josée Ducharme

Au début du mois de janvier, l’équipe de gestion du Groupe Santé Arbec a sursauté lorsqu’elle a reçu de nouvelles grilles tarifaires des agences de placement d’infirmières.

On a eu plusieurs agences qui ont fait des tentatives pour hausser les tarifs horaires de façon assez exagérée, explique le président directeur général du Groupe, Paul Arbec.

Une agence est par exemple passée de 72 $ à 95 $ l’heure pour du personnel infirmier, précise-t-il, soit une hausse de plus de 30 %.

Le Groupe Santé Arbec gère plus d’une quinzaine de milieux d’hébergement, dont des CHSLD privés non conventionnés sous contrat avec le gouvernement.

M. Arbec, qui est aussi porte-parole de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec (AELDPQ), constate que plusieurs membres de l’Association reçoivent des augmentations de 35 %, 40 %.

Jusqu’à maintenant, le plus élevé qu’on a vu pour du temps simple, c’est 107 $ […] pour une infirmière qui, en temps normal, nous coûterait 50 $ de l’heure, dit le président de l’AELDPQ.

Un homme dans son bureau.

Paul Arbec, président-directeur général du Groupe Santé Arbec Photo : Radio-Canada

Au début de la pandémie, des agences avaient facturé jusqu’à 150 $ l’heure.

Un arrêté ministériel de 2021, échu le 31 décembre dernier, avait plafonné le tarif horaire à près de 72 $, tant au public qu’au privé.

Le PDG du Groupe Santé Arbec, tout comme le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), espère une intervention rapide de Québec.

On pourrait dire que c’est le free for all, c’est vraiment du n’importe quoi au niveau des agences, affirme Marc Fortin, du RQRA. Il va vraiment falloir que le gouvernement [s’occupe de régler] cette question-là, dit-il.

Selon le dernier rapport sur l’effectif infirmier 2021-2022 de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), plus de 3,2 % du personnel infirmier, soit 2400 personnes, exerçait cette profession principalement auprès d’agences de placement ou de soins privés en mars dernier.

Cependant, pour le représentant des agences privées de placement, des ajustements tarifaires s’imposaient.

De façon générale, les prix ont été plafonnés par le gouvernement lors des deux dernières années en utilisant des données datant de 2018, alors que la planète entière traversait la pire crise inflationniste des dernières décennies, explique Patrice Lapointe, de l’Association des entreprises privées de personnel soignant du Québec (EPPSQ). Il est donc possible que certains ajustements tarifaires puissent avoir été nécessaires dans certains cas.

Des contrats octroyés sans appel d’offres par le réseau public durant la pandémie ont également eu un impact sur les salaires versés aux infirmières d’agence, selon l’EPPSQ. M. Lapointe espère une rencontre avec le gouvernement.

Abolir Recrutement Santé Québec

La pénurie d’infirmières dans le réseau de la santé et de l’hébergement privé pour aînés s’est accentuée depuis la pandémie.

Radio-Canada dévoilait la semaine dernière que les établissements publics avaient mandaté Recrutement Santé Québec (RSQ) afin de recruter plus de 3300 infirmières à l’étranger. RSQ est le service de recrutement officiel du ministère de la Santé à l’extérieur du Canada.

Au RQRA, on suggère une transformation de RSQ.

On a demandé au gouvernement d’abolir RSQ pour créer un organisme à but non lucratif qui s’occuperait des besoins [de recrutement dans le secteur] de la santé, que ce soit au public, au privé ou au communautaire, lance Marc Fortin, du RQRA.

Un homme dans son bureau.

Marc Fortin, président-directeur général, Regroupement québécois des résidences pour aînés Photo: Radio-Canada

Pour le moment, il n’y a pas d’ouverture, mais c’est quelque chose qu’on devrait regarder parce qu’on est tous interreliés dans un écosystème, soutient M. Fortin.

Entre-temps, l’association qu’il représente a recours depuis l’an dernier à des intermédiaires pour recruter du personnel à l’étranger.

On travaille avec des entreprises privées […] qui recrutent pour des entreprises comme St-Hubert et Olymel, où on essaie d’avoir une économie d’échelle, précise M. Fortin.

Les bureaux du ministère de l’Immigration dans des pays francophones sont également utilisés

Avec Radio-Canada par Daniel Boily et Davide Gentile

Canada: Forte tempête de neige dès mercredi dans la plupart des régions du Québec

janvier 23, 2023
Des voitures sur une route enneigée.

Environnement Canada prévoit des accumulations de neige de 15 à 25 centimètres à compter de mercredi soir jusqu’à jeudi sur plusieurs régions du Québec. (Photos d’archives) Photo : Radio-Canada/Mario Landry

Une tempête de neige devrait s’abattre sur plusieurs régions du Québec à compter de mercredi soir, jusqu’à jeudi.

Environnement Canada a lancé lundi matin un bulletin météorologique spécial annonçant que des accumulations de neige de 15 à 25 centimètres sont attendues pour toutes les régions longeant la vallée du Saint-Laurent, de Montréal jusqu’à Gaspé, et que des vents modérés à forts accompagneront cette neige et devraient créer de la poudrerie par endroits.

En Outaouais, les précipitations devraient être inférieures, de 10 à 15 centimètres, mais dans le Bas-Saint-Laurent, sur l’ensemble de la Gaspésie et sur la Côte-Nord, jusqu’à Blanc-Sablon, des chutes de 30 centimètres de neige sont possibles.

Environnement Canada prévient qu’en Estrie, une brève période de pluie pourrait se produire jeudi matin et qu’il y aura un risque de pluie verglaçante lors de la transition de la neige vers la pluie.

Les régions de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Haute-Mauricie et du Saguenay-Lac-Saint-Jean ne faisaient l’objet d’aucun bulletin météorologique spécial lundi matin.

Avec Radio-Canada par La Presse canadienne

Le Canada atteint pour la première fois sa cible d’immigration francophone hors Québec

janvier 23, 2023
Sean Fraser.

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de Citoyenneté Canada Sean Fraser a annoncé que les cibles d’immigration francophone sont enfin atteintes. (Photo d’archives) Photo : La Presse Canadienne/Patrick Doyle

En 2022, plus de 16 300 immigrants francophones se sont installés à l’extérieur du Québec. Cela représente 4,4 % des immigrants hors Québec et permet au pays d’atteindre pour la première fois la cible qu’il s’est fixée.

L’augmentation du nombre d’immigrants francophones qui choisissent de s’installer à l’extérieur du Québec est importante.

En 2006, on comptait 2800 admissions d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec, ce qui représentait seulement 1,38 % des personnes admises.

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, était lundi matin à l’École secondaire catholique Franco-Cité de Sturgeon Falls, dans le nord de l’Ontario, pour en faire l’annonce.

Nous avons atteint notre cible, il s’agit d’un moment important et cela reflète l’importance et la contribution des immigrants d’expression française à la vitalité et à l’épanouissement des communautés francophones hors Québec, a indiqué le ministre dans un communiqué.

Une cible souvent repoussée

La cible d’immigration francophone de 4,4 % a été établie en 2003. L’échéance initiale était en 2008, mais a été repoussée à plusieurs reprises. Elle n’avait jamais été atteinte avant cette année.

Dans un rapport publié en 2021, le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, s’inquiétait du fait que le Canada n’avait jamais atteint ses buts en matière d’immigration francophone.

Il soulignait que ces échecs avaient contribué à diminuer le poids des francophones hors Québec au pays.

C’est d’ailleurs pour cette raison que la Fédération des communautés francophones et acadienne a demandé en avril que le Canada se dote d’une nouvelle cible à atteindre d’ici 2036. Selon l’organisme, le pays devrait accueillir 12 % d’immigrants francophones dès 2024 et 20 % d’ici 2036 s’il espère corriger le tir et limiter la baisse du poids démographique des francophones en situation minoritaire.

La population francophone en situation minoritaire du Canada, définie selon la langue maternelle et la première langue officielle parlée, représentait 4,4 % de la population en 2001 et 3,3 % de la population en 2021.

Le gouvernement du Canada, par l’entremise du Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023, a alloué près de 500 millions de dollars sur 5 ans à l’appui des langues officielles, dont 40,7 millions de dollars visant les initiatives d’immigration francophone.

Avec Radio-Canada par Nadia Gaudreau

Canada: À Vancouver, le défilé du Nouvel An lunaire revient en force

janvier 23, 2023
Une fille habillée en vêtements traditionnels, lors d'un défilé du Nouvel An lunaire à Vancouver

Quelque 3000 personnes ont participé au défilé du Nouvel An lunaire à Vancouver. Photo: Radio-Canada/Geneviève Lasalle

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues du quartier chinois historique de Vancouver pour célébrer le Nouvel An lunaire et regarder le passage d’un énorme défilé, le premier depuis la venue de la pandémie en 2020.

Des danses traditionnelles du dragon et du lion, des arts martiaux, des groupes communautaires et musicaux ont contribué à une atmosphère festive.

Un dragon est porté par deux personnes lors du défilé du Nouvel An lunaire dans le quartier chinois de Vancouver.

Un dragon a fait parti du défilé. Photo: Radio-Canada/Geneviève Lasalle

Le premier ministre Justin Trudeau, le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilièvre, et le chef du Nouveau Parti démocratique fédéral, Jagmeet Singh, ont assisté à l’événement, considéré comme le plus grand de son genre au pays.

Le premier ministre Justin Trudeau, le premier ministre de la Colombie-Britannique David Eby, et le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh, au défilé du Nouvel An lunaire à Vancouver.

Justin Trudeau, David Eby, et et Jagmeet Singh, au défilé. Photo: La Presse Canadienne/Darryl Dyck

Si l’ambiance manifestait de la gaieté, la nouvelle d’une fusillade en Californie a interpellé des participants. L’attaque a fait 10 morts samedi soir dans une salle de bal à Monterey Park où les gens célébraient le Nouvel An lunaire.

C’est un rappel de l’importance de rassemblements comme ceux-ci : pour combattre la haine, le racisme, se réunir et célébrer notre diversité culturelle en Colombie-Britannique, a déclaré David Eby.

Quatre danseuses en costumes traditionnels défilent dans le quartier chinois à Vancouver.

Le défilé du Nouvel An lunaire a attiré les foules dans le quartier chinois. Photo: Radio-Canada/Geneviève Lasalle

Le défilé marque le début de l’année du lapin, un bon augure, selon un organisateur de l’événement, Frank Huang :

« Le lapin symbolise la gentillesse et la paix. Nous espérons que le lapin apportera de la paix et de l’harmonie à notre communauté, et qu’il amènera les gens à fréquenter ce quartier en plus grand nombre. »— Une citation de  Frank Huang, un des organisateurs du défilé

Des participants au défilé du Nouvel An lunaire tiennent une bannière.

Des participants au défilé du Nouvel An lunaire de Vancouver. Photo: Radio-Canada/Geneviève Lasalle

Une participante du défilé marquant le Nouvel An chinois est habillée d'un costume traditionnel.

Une participante du défilé marquant le Nouvel An chinois à Vancouver Photo: Radio-Canada/Geneviève Lasalle

Le défilé à travers les yeux de participants

Une résidente de Richmond originaire de Chine, Shelly Pan, attendait sur le trottoir pour voir ses enfants passer avec leur troupe de scouts. Elle veut que ses enfants, nés au Canada, conservent une connaissance de la culture de leurs ancêtres.

« Je suis très fière qu’à Vancouver, nous ayons la chance de maintenir notre culture. Je vois beaucoup de personnes au défilé, toutes cultures confondues. Au travail, beaucoup de mes collègues viennent me souhaiter une bonne année lunaire. J’ai donc l’impression que la culture chinoise est de plus en plus acceptée. »— Une citation de  Shelly Pan, spectatrice au défilé

Une femme qui porte un masque, qui assiste au défilé du Nouvel An lunaire.

« Je veux que mes enfants gardent notre langue. La langue porte avec elle la culture », dit Shelly Pan, dont les enfants participent au défilé dans leur groupe de Scouts. Photo : Radio-Canada/William Burr

Un autre spectateur, Mike Thien, amenait ses enfants à leur premier défilé, ce qui lui rappelle ses propres souvenirs de son enfance à Taïwan. Selon lui, les célébrations du Nouvel An peuvent rassembler les gens dans un moment où certains pays, comme le Taïwan et la Chine, ne s’entendent pas. C’est un moment pour mettre de côté nos différences. Tout le monde vient ici pour la même raison : profiter du moment.

Une famille d'origine taïwanaise au défilé du Nouvel An lunaire à Vancouver

Anna et Mike Chien amènent leurs garçons à leur premier défilé du Nouvel An lunaire. Photo : Radio-Canada/William Burr

Je crois qu’aujourd’hui, on côtoie tellement de différentes cultures dans cette ville, et c’est bien de pouvoir vivre cette expérience au maximum et la célébrer , déclare un autre spectateur, Phillippe White, qui est venu avec ses deux garçons observer le défilé dans le quartier chinois.

Un homme et ses deux fils au défilé du Nouvel An lunaire à Vancouver.

Philippe White est venu avec ses deux garçons. Photo : Radio-Canada/William Burr

Une autre spectatrice, Angela Tan, se réjouit que ses grands-parents aient finalement pu rendre visite à sa famille à Vancouver pour le Nouvel An, après de longues périodes de confinement cette année en Chine.

« Le Nouvel An signifie la tradition, l’union de notre famille, et les valeurs que nous partageons, soit les valeurs que nous avons apportées de Chine. »— Une citation de  Angela Tan, spectatrice

Deux personnes d'origine chinoise au défilé du Nouvel An lunaire à Vancouver.

« Le Nouvel An lunaire est une énorme partie de notre identité. On veut la préserver et la célébrer », dit Angela Tan (à gauche). Photo : Radio-Canada/William Burr

Christine Joinville est venue assister au défilé tout simplement parce qu’elle apprécie les cultures asiatiques : J’enseigne dans une école ou la moitié de ma classe est d’origine asiatique.

J’ai une petite fille qui vient d’Égypte en ce moment, dit-elle, un petit garçon qui vient d’Ukraine, une petite fille de Russie. J’en ai un qui parle allemand, et un autre qui parle italien, et puis des autres qui parlent chinois ou japonais, ou le fidjien, et tout le monde apprend le français, en plus.

Au Canada, les cultures se mélangent bien, souligne Christine Joinville. Elles ne se mélangent pas bien partout dans le monde.

Deux spectateurs au défilé du Nouvel An lunaire à Vancouver.

L’enseignante Christine Joinville, avec son partenaire Gordon Wark. Elle est responsable d’une classe multiculturelle, à Richmond : « Certains élèves ont même quatre langues. C’est une ouverture d’esprit extraordinaire.» Photo : Radio-Canada/William Burr

Radio-Canada par William Burr avec les informations de Susana da Silva

Canada: À 99 ans, elle est menacée de poursuites pour avoir omis de se présenter comme jurée

janvier 21, 2023
Marion Lenko se fait nourrir par une jeune femme.

Marion Lenko reçoit des soins 24/24 au CHSLD Vigi Santé de Dollard-des-Ormeaux. Photo : Radio-Canada/Edward Ritchuk

Marion Lenko, 99 ans, demeure au CHSLD Vigi Santé de Dollard-des-Ormeaux, à Montréal. Elle est alitée, reçoit des soins 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, entend mal, et ses capacités cognitives sont diminuées. Pourtant, elle est menacée d’être poursuivie au criminel pour avoir omis de se présenter comme jurée.

L’avis de convocation pour participer le 9 janvier à une séance de sélection d’un jury a d’abord été envoyé au CHSLD Vigi Santé. Puis, une lettre a été envoyée chez son beau-fils, le mari de sa fille maintenant décédée, Edward Ritchuk.

Au début, j’ai pensé que c’était une blague!

Après avoir compris que la convocation était bien réelle, il a fait suivre la lettre au fils de Mme Lenko, qui en est le tuteur légal, mais qui vit en Floride, aux États-Unis. Il semble que ce dernier n’ait cependant jamais répondu à la convocation, omettant du même coup de demander une exemption pour sa mère.

« Enfin, cette semaine, j’ai reçu une lettre du ministère de la Justice avisant que ma belle-mère devait paraître en cour le 31 janvier sans quoi des procédures judiciaires seraient entamées contre elle. »— Une citation de  Edward Ritchuk

Edward Ritchuk assis dans son salon.

Edward Ritchuk veut aider sa belle-mère, mais doute de pouvoir le faire puisqu’il n’est pas son tuteur légal. Photo: Radio-Canada/CBC/Valeria Cori-Manocchio

Il a alors composé le numéro de téléphone fourni dans la lettre, mais est tombé sur un système automatisé et assure ne pas avoir été en mesure de parler à qui que ce soit.

De ce qu’il en comprend, quelqu’un doit aller en cour en personne, mais il ne peut pas le faire lui-même. C’est le fils de Mme Lenko, qui vit à plus de 2400 km de Montréal, qui doit représenter sa mère.

Une situation difficile pour Edward Ritchuk, qui ne veut pas abandonner sa belle-mère. Il la connaît depuis 1972 et est resté en contact avec elle après la mort de son épouse, mais il se sent coincé et ne sait pas comment l’aider.

Surtout, il a du mal à croire qu’aucune vérification sur l’état de sa belle-mère n’a été faite avant de lui envoyer une convocation pour une séance de sélection d’un jury.

Des procédures conformes à la loi

Selon la porte-parole du ministère de la Justice, Isabelle Boily, une personne peut être dispensée de ses devoirs de juré ou jurée si des circonstances l’empêchent de remplir ses obligations.

Il faut alors demander une exemption en remplissant le formulaire reçu avec l’avis de convocation, a-t-elle écrit par courriel. Le formulaire doit ensuite être envoyé avec des pièces justificatives dans les 20 jours suivant la réception de la convocation.

Les personnes de 65 ans et plus peuvent aussi demander cette exemption en appelant le bureau du shérif durant la même période de 20 jours. Un membre de la famille peut appeler au nom de la personne convoquée, assure Isabelle Boily.

Selon René Verret, avocat criminaliste et ancien procureur de la Couronne, ce qui arrive à Mme Lenko est tout à fait conforme à la loi.

« C’est ce que la loi prévoit, tout simplement. Une personne qui veut être exemptée doit présenter une demande […] Il faut absolument répondre. »— Une citation de  René Verret, avocat criminaliste et ancien procureur de la Couronne, en entrevue à RDI

Il n’est toutefois pas trop tard pour la dame de 99 ans, assure-t-il. Sa famille a jusqu’au 31 janvier pour présenter une demande d’exemption.

C’est honteux

Eric Sutton, aussi avocat criminaliste, doute cependant qu’un simple appel au bureau du shérif soit suffisant. De ce que j’en comprends, la famille a tenté d’appeler, en vain.

Et maintenant, elle fait face à la possibilité de devoir payer une amende ou même d’être emprisonnée. Je l’ai vu dans les documents. C’est assez dur pour une femme de 99 ans. C’est honteux.

Aucun des deux avocats n’a précisé si Edward Ritchuk ou quelqu’un au CHSLD aurait pu répondre à l’avis de convocation ou s’il fallait absolument que ce soit son fils qui s’en occupe.

Eric Sutton souligne cependant que les convocations sont envoyées par le bureau du shérif en se basant sur la liste électorale, qui comprend tous les citoyens de 18 ans et plus, sans tenir compte de la date de naissance.

Par Radio-Canada avec les informations de CBC