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Le cardinal Marc Ouellet « nie fermement » les allégations d’agression sexuelle

août 19, 2022
Le pape François marche avec le cardinal Ouellet.

Le pape François en compagnie du cardinal Ouellet, lors de la tenue du symposium sur le sacerdoce, à Rome en 2022. Photo : Getty Images/TizianaI Fabi

Le cardinal Marc Ouellet « nie fermement » les allégations d’agression sexuelle à son égard et les qualifie de « diffamatoires ».

Ayant pris connaissance des fausses accusations portées contre moi par la plaignante (F.), je nie fermement avoir fait des gestes déplacés sur sa personne, peut-on lire dans le communiqué de presse publié en italien sur le site Vatican News. Dans ce même communiqué, le cardinal Ouellet qualifie les accusations contre lui de « diffamatoires ».

« Si une enquête civile devait être ouverte, j’entends y participer activement afin que la vérité soit établie et mon innocence reconnue. »— Une citation de  Marc Ouellet, cardinal

Le prélat n’a toutefois pas spécifiquement commenté l’annonce du pape, jeudi, selon laquelle une nouvelle enquête contre lui n’irait pas de l’avant, faute de preuves suffisantes.

De son côté, la plaignante (F.) a dit maintenir sa version des faits et soutient qu’aucune véritable enquête n’a été menée de façon rigoureuse.

Celle-ci a par ailleurs indiqué ne pas se sentir nécessairement libre et en confiance de discuter avec le père Jacques Servais, à qui avait été confié la gestion de sa plainte, puisque ce dernier est un ami du cardinal Ouellet, une situation que la plaignante connaissait.

Il a clairement dit, au début de l’entrevue, que ce n’était pas sa job d’enquêter, qu’il n’avait jamais fait ça… Que lui, il faisait de la catéchèse avec des petits garçons, et qu’il ne savait pas trop quoi faire de ma lettre, a mentionné la plaignante à Radio-Canada.

Ces faits n’ont pu être corroborés par le diffuseur public.

Vaste enquête

Le cardinal est au cœur d’une enquête, rendue publique mardi dans les médias, qui porte sur de nombreux documents, déposés en Cour supérieure dans le cadre d’une action collective, autorisée en mai dernier. Cette dernière vise l’ensemble des agressions sexuelles qui auraient été commises par des personnes sous l’autorité du diocèse de Québec depuis 1940.

Mgr Ouellet est ainsi ciblé par cette requête, en compagnie de près de 80 autres membres du clergé, dont une majorité de prêtres.

Les faits reprochés remontent généralement aux années 1950 et 1960, et toucheraient plus d’une centaine de victimes, dont la plupart étaient mineures au moment des gestes allégués.

Avec Radio-Canada

Allégations d’agressions : le pape exclut une nouvelle enquête contre Marc Ouellet

août 18, 2022
Le pape François marche avec le cardinal Ouellet.

Le pape François en compagnie du cardinal Ouellet, lors de la tenue du symposium sur le sacerdoce, à Rome en 2022. Photo : Getty Images/Tiziana Fabi

Le pape François exclut l’ouverture d’une nouvelle enquête par l’Église catholique contre le cardinal Marc Ouellet, qui fait l’objet d’allégations d’agressions sexuelles.

Dans une déclaration relayée par le Vatican jeudi, le souverain pontife affirme que les preuves sont insuffisantes pour que l’Église catholique lance une telle investigation à l’endroit de l’influent cardinal québécois.

Le pape François déclare qu’il n’y a pas d’éléments suffisants pour ouvrir une enquête canonique pour agression sexuelle de la part du cardinal Ouellet, a affirmé le porte-parole du Vatican Matteo Bruni dans un bref communiqué.

Le cardinal Ouellet s’est retrouvé sur la sellette deux jours plus tôt : son nom est cité dans de nouveaux documents déposés en Cour supérieure dans le cadre d’une action collective, autorisée en mai dernier, visant l’ensemble des agressions sexuelles qui auraient été commises par des personnes sous l’autorité du diocèse de Québec depuis 1940.

Près de 80 membres du clergé sont ciblés par la requête, des prêtres pour la plupart, pour des gestes qui remonteraient généralement aux années 1950 et 1960 et qui toucheraient plus d’une centaine de victimes, dont la plupart étaient des personnes mineures au moment des faits.

Pressenti pour succéder au pape François, le cardinal Ouellet est de loin la personne la plus connue de la liste et dont les fonctions sont les plus élevées. Il ne fait face à aucune accusation criminelle. C’est la première fois que son nom apparaît dans ces procédures.

Dans son cas, la requérante, dont l’identité se résume à la lettre F dans les documents, faisait un stage comme agente de pastorale, de 2008 à 2010, au moment où les faits se seraient produits, lors d’événements publics.

À différentes occasions, le cardinal Ouellet l’aurait serrée contre lui, aurait massé ses épaules ou lui aurait caressé vigoureusement le dos jusqu’à l’endroit où se mélangent les fesses, provoquant chaque fois un profond malaise chez la jeune stagiaire, qui a confié s’être sentie pourchassée par l’homme.

Marc Ouellet, âgé de 78 ans, est actuellement préfet de la Congrégation pour les évêques, l’une des fonctions les plus importantes du gouvernement du Vatican. Au moment des faits allégués, il était archevêché de Québec.

Une première enquête bâclée?

Lorsque la plaignante a relaté les faits au comité-conseil sur les abus sexuels du diocèse de Québec en 2020, on l’a invitée à transmettre l’affaire directement au pape, puisque c’est ce que les règles prévoient.

La plainte doit aller à l’évêque du diocèse où se trouve la personne, le prêtre, actuellement. Alors comme le cardinal Ouellet est à Rome, l’évêque du cardinal Ouellet, c’est le pape, explique le théologien Jean-Guy Nadeau.

À la suite de cette démarche, c’est le père Jacques Servais qui a été mandaté par le pape, en 2021, pour enquêter sur les allégations d’agressions sexuelles visant le cardinal Ouellet.

Mon premier réflexe a été de faire une recherche pour voir c’est qui. Quand j’ai vu tout de suite d’emblée les relations avec Marc Ouellet, ça m’a inquiétée au niveau de son indépendance et de sa neutralité, confie la plaignante.

Des règles bafouées?

Le Vatican a-t-il enfreint ses propres règles dans le traitement de la plainte contre le cardinal Marc Ouellet? Les allégations d’inconduite sexuelle apparues hier dans l’action collective contre le diocèse de Québec avaient fait l’objet d’une enquête au préalable par le Vatican. Or, les circonstances laissent planer un doute sur l’intégrité du processus. Voici ce qu’a appris Sylvie Fournier de l’équipe d’Enquête.

Marc Ouellet et le père Servais se connaissent, ils font notamment partie d’un même comité et ont collaboré à différentes publications de même qu’à l’organisation d’événements à Rome.

Ce lien entre les deux hommes contrevient à un décret formulé par le pape lui-même, qui stipule qu’un enquêteur est tenu d’agir avec impartialité et doit être exempt de conflits d’intérêts, sans quoi il a l’obligation de s’abstenir.

Une situation que le théologien Jean-Guy Nadeau qualifie de troublanteOn est un peu estomaqués. Il y a d’autres personnes à Rome qui auraient pu faire enquête.

Plus encore, la plaignante affirme que, rapidement, le père Servais lui a directement admis ne pas être un enquêteur, n’avoir jamais vraiment agi dans ce genre de dossier et qu’il ne savait pas quoi faire des allégations.

Toujours selon le décret du pape, le père Servais avait 90 jours pour rendre une décision concernant les allégations contre Marc Ouellet. La plaignante attend toujours cette décision, un an et demi plus tard.

Jacques Servais n’a pas répondu aux demandes d’entrevue formulées par l’équipe d’Enquête.

Pas de raison de poursuivre, assure le père Servais

C’est sur la base des éléments réunis par le père Servais dans le cadre de cette enquête que le pape a décidé d’exclure l’ouverture d’une nouvelle enquête contre Mgr Ouellet. C’est du moins ce qu’a fait savoir le porte-parole du Vatican, Matteo Bruni, jeudi.

M. Bruni précise dans son communiqué que le père Servais a été de nouveau contacté par le pape, qui a reçu l’assurance de sa part qu’il n’y avait pas de raison de poursuivre la procédure.

Cité dans le communiqué du Vatican, Jacques Servais affirme qu’il n’y a aucun motif fondé pour ouvrir une enquête pour agression sexuelle de la personne F. de la part du Card. M. Ouellet.

Ni dans son rapport écrit [de F.] envoyé au Saint-Père ni dans le témoignage via Zoom que j’ai recueilli par la suite en présence d’un membre du Comité diocésain ad hoc, cette personne n’a porté une accusation qui fournirait matière à une telle enquête, assure le père Servais, toujours cité par le Vatican.

Les allégations contre le cardinal Marc Ouellet surviennent trois semaines après la visite du pape au Canada, au cours de laquelle il s’est excusé pour les agressions sexuelles perpétrées par des membres de l’Église et pour le traitement infligé aux Autochtones dans les pensionnats.

En février, Marc Ouellet avait lui-même fustigé le drame des agressions sexuelles commises par des clercs et les comportements criminels trop longtemps dissimulés pour protéger l’institution, lors d’un important colloque au Vatican en présence du pape François.

En 2013, le cardinal était cité parmi les favoris du dernier conclave à l’issue duquel le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio a été élu pape.

Radio-Canada avec les informations de Sylvie Fournier, d’Enquête, et de l’Agence France-Presse

Qui pour succéder à Benoît XVI ?

février 12, 2013
Benoît XVI lors d'une rencontre avec de jeunes catholiques, place Saint-Pierre, à Rome, le 6 avril 2006.
Benoît XVI lors d’une rencontre avec de jeunes catholiques, place Saint-Pierre, à Rome, le 6 avril 2006. Crédits photo : ALBERTO PIZZOLI/AFP 
 
 

INFOGRAPHIES – Un Canadien, deux Italiens, un Autrichien et un Guinéen sont les cinq «papabili» le plus souvent cités.

La succession d’un pape est vraiment une affaire d’hommes. Une culture existe, elle est tissée de discrétion – ne jamais aborder ce sujet publiquement -, mais aussi de prévision, car cette institution bimillénaire n’aime pas l’imprévu. Ces hommes que sont les cardinaux pensent donc depuis longtemps à celui qui, parmi eux, pourrait remplacer Benoît XVI – ils entreront en conclave avant le 31 mars, date de Pâques -. Mais l’œuvre de prévision est périlleuse en cette matière. Certes, des noms circulent depuis longtemps, mais ces listes de papabili sont en réalité établies par les journalistes spécialisés. Elles reflètent l’état de ceux dont on parle le plus à Rome. Elles sont donc aléatoires, fluctuantes… et consultées avec curiosité par les intéressés.

 

Le plus en vue aujourd’hui est le cardinal Marc Ouellet (68 ans, le 21 octobre 2012). Ce Canadien est un «Américain» au sens large, puisqu’il connaît autant l’Amérique du Nord que l’Amérique du Sud, où il a été missionnaire pendant une dizaine d’années, en Colombie. Né au Québec, il est francophone, mais aussi anglophone, hispanophone et italophone, et parle également l’allemand et le portugais. Il a une expérience pastorale d’évêque à Acropolis, puis à Québec. Mais il a aussi une double expérience de la curie. Jean-Paul II lui avait confié la responsabilité du secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens, où Mgr Ouellet a été en charge du dialogue, pour le compte du Vatican, avec les protestants et les orthodoxes, mais aussi avec les juifs. Et, seconde expérience en curie, voulue par Benoît XVI, qui l’a rappelé à Rome en 2010 pour lui confier la troisième plus importante responsabilité du Vatican après la secrétairerie d’État et la congrégation pour la Doctrine de la foi: celle de la congrégation pour les Évêques. Le pape démissionnaire lui avait également confié la présidence de la puissante commission pour l’Amérique latine.

Recteur de l’université pontificale du Latran

Presque aussi en vue, le cardinal Angelo Scola (71 ans, le 7 novembre 2012), nommé archevêque de Milan en 2012 par Benoît XVI, ce qui fut interprété comme une grande marque de confiance, alors que le cardinal Scola était déjà patriarche de Venise. En général, on ne quitte pas ce poste vénitien, à moins de devenir pape, comme le fit Jean XXIII. Angelo Scola n’a pas une aussi riche expérience que Marc Ouellet, mais c’est un patron, grand organisateur, doublé d’un intellectuel qui fut recteur de l’université pontificale du Latran, l’une des plus prestigieuses de l’Église. Il s’est notamment fait remarquer en renouant à Venise avec la grande tradition de cette ville tournée vers l’Orient et le monde arabe, en créant une fondation internationale de recherche, Oasis. C’est le candidat italien, même s’il ne fait pas l’unanimité chez les cardinaux de son pays en raison de sa filiation spirituelle avec le mouvement Communion et Libération.

Sur ce même plan, italien, on parle également du cardinal Mauro Piacenza (68 ans, le 15 septembre prochain), un Génois qui a un profil plutôt conservateur et qui connaît très bien la curie de l’intérieur pour avoir été – ce qui n’arrive jamais ou presque, mais ce fut la volonté de Benoît XVI, dont il est proche – secrétaire, puis préfet de la congrégation pour le Clergé, qui gère dans l’Église, la question des prêtres (formation, discipline). C’est, pour le coup, un profil de grand serviteur de l’État finalement peu connu mais d’une grande orthodoxie sur le rôle central du prêtre dans l’Église catholique. Et dans la filiation du cardinal Siri, qui l’ordonna prêtre, l’ancienne tête de file des «conservateurs» lors du conclave de 1978.

Pas de figure cardinalice pour l’Asie et l’Amérique latine

Toujours très en vue également, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne (68 ans, le 22 janvier 2013), est un disciple direct de Jean-Paul II, qui le nomma à ce poste et qui confia aussi à ce dominicain, la coordination de la rédaction du catéchisme de l’Église catholique. Il est aussi un très proche de Benoît XVI, dont il fut l’étudiant, mais aussi l’un des fils spirituels. Très charismatique, il est aussi très controversé dans la curie romaine, parce qu’il a été le seul cardinal à avoir osé contester la politique du silence sur les affaires de pédophilie. Ce qui lui a valu beaucoup d’ennemis à Rome, mais beaucoup de reconnaissance à l’extérieur. Sans être un progressiste – il est d’une théologie très classique -, il est aussi celui qui, pour des raisons pastorales, a poussé le plus loin le débat sur la question des divorcés remariés.

L’Asie n’a pas à l’heure actuelle de figure cardinalice qui serait susceptible d’être un jour élue pape. De même l’Amérique latine, où aucun cardinal ne ferait l’unanimité. Pour l’Afrique, on parle en revanche du cardinal Robert Sarah (67 ans, le 15 juin 2012), ancien archevêque de Conakry en Guinée, où Jean-Paul II le remarqua. Il fut nommé en 2001 secrétaire, donc numéro deux, de la congrégation pour l’Évangélisation des peuples. À Rome, c’est un État dans l’État, puisque cet organisme gère toutes les Églises encore en mission (quasi la moitié du globe). Pasteur dans l’âme, très orthodoxe, il a été choisi par Benoît XVI en 2010 pour présider le conseil pontifical Cor unum, chargé de coordonner toute l’action humanitaire de l’Église.

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Lefigaro.fr par Jean-Marie Guénois,