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Guinée : Mamadi Doumbouya en visite au Mali avant un sommet de la Cedeao

septembre 22, 2022
Mamadi Doumbouya. © JOHN WESSELS / AFP

Le colonel Mamadi Doumbouya a atterri le 21 septembre en fin d’après-midi, à l’aéroport de Bamako, dans un contexte international particulier, puisque des sanctions pourraient être prises contre les autorités de Conakry lors de la session extraordinaire de la Cedeao prévue ce 22 septembre, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Le colonel Doumbouya « a été accueilli, avec tous les honneurs, à sa descente de l’avion présidentiel de la République du Mali, par le président Goïta », chef de la junte malienne, ont indiqué les autorités maliennes qui parlent d’une « visite d’amitié et de travail ».

« Je suis à Bamako à côté de mon frère, le président Assimi Goïta, pour fêter l’indépendance du Mali et accompagner le peuple malien, qui est un peuple frère », a déclaré de son côté le chef de la junte guinéenne. Le 22 septembre, le Mali célèbre le 62ème anniversaire de son indépendance. Le même jour doit se tenir un sommet extraordinaire de l’organisation des États ouest-africains (Cedeao) qui devrait être principalement consacré à la Guinée et au Mali. Le Mali, à deux reprises, et la Guinée font partie avec le Burkina Faso des pays de la Cedeao où les militaires se sont emparés du pouvoir au cours des deux dernières années.

Le sommet devrait examiner la réponse à apporter au plan des militaires guinéens de se maintenir pendant trois ans à la tête du pays avant de céder la place à des civils élus. Le président en exercice de la Cedeao, le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embalo, a prévenu que la Guinée allait au devant « de lourdes sanctions » si la junte persistait dans ce dessein.

Fin janvier, la Cedeao a infligé un sévère embargo commercial et financier au Mali, pour sanctionner le projet des militaires de rester au pouvoir jusqu’à cinq années supplémentaires. La junte dirigée par le colonel Assimi Goïta s’est depuis engagée sous la pression à organiser des élections en février 2024, et l’embargo a été levé.

Les autorités guinéennes avaient été parmi les rares à rester solidaires du Mali face aux sanctions, et avait maintenu les frontières ouvertes.

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Mali – Soldats ivoiriens détenus : Bamako rejette l’intervention de la Cedeao

septembre 16, 2022

Alors que la Côte d’Ivoire vient de hausser le ton contre le Mali et demande une réunion d’urgence de la Cedeao au sujet de ses 46 militaires toujours retenus, Bamako affirme n’être « nullement concerné ».

Assimi Goïta, en août 2022, à Bamako. © AP/SIPA

Ce mercredi, la Côte d’Ivoire avait dénoncé « le chantage inacceptable » de la junte malienne dans le dossier des soldats détenus depuis deux mois au Mali et exigeait leur libération « sans délai ». La réaction de Bamako ne s’est pas faite attendre. Dans un communiqué, les autorités maliennes font part de leur « très grande préoccupation » et « profonde stupéfaction ».

L’affaire est « purement judiciaire et bilatérale », affirme Bamako, qui conditionne la libération de ces 46 militaires – trois militaires femmes ont été libérées le 4 septembre -, inculpés en août pour « tentative d’atteinte extérieure à la sécurité de l’État », à l’extradition de personnalités maliennes vivant sur le sol ivoirien.

Le Togo « unique cadre » de médiation

Le Mali rejette en bloc l’intervention de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) que sollicite Abidjan dans ce dossier. La Côte d’Ivoire réclame en effet la tenue « dans les meilleurs délais d’une réunion extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement », réunion qui pourrait se tenir en marge de la 77e Assemblée de l’ONU, dont les débats débuteront le 20 septembre à New York.

Bamako maintient que le Togo, pays médiateur depuis le début de cette crise, reste l’« unique cadre de règlement du dossier » et affirme n’être « nullement concerné par cette procédure devant l’instance communautaire ». Elle « met en garde [Abidjan] contre toute instrumentalisation de la Cedeao pour se soustraire de [sa] responsabilité vis-à-vis du Mali. »

Alassane Ouattara doit s’entretenir avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, lors de son séjour à New York. Les deux hommes ont déjà eu l’occasion d’échanger par téléphone à propos de ce dossier le 7 septembre, selon les informations de Jeune Afrique.

António Guterres devrait demander la libération des soldats avant l’ouverture des débats de l’Assemblée générale. Cette requête sera directement adressée au chef de la junte, Assimi Goïta.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Mali : Bamako souligne ses « avancées » démocratiques et demande la levée des dernières sanctions

septembre 7, 2022

À Lomé, le chef de la diplomatie malienne a insisté sur les progrès accomplis dans le sens d’un retour des civils au pouvoir, tout en martelant une nouvelle fois le discours d’une souveraineté recouvrée.

Faure Gnassingbé (dr.), le président du Togo, reçoit Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères, à Lomé, le 6 septembre 2022. © Twitter / Abdoulaye Diop

C’est depuis Lomé que le Mali a demandé, mardi 6 septembre, la levée des sanctions imposées par les organisations africaines après deux coups d’État militaires en deux ans. Le ministre malien des Affaires étrangères a tenu à souligner les progrès accomplis par son gouvernement sur la voie d’un retour des civils au pouvoir. « L’une des priorités majeures du gouvernement de transition reste l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles en vue du retour à un ordre constitutionnel apaisé et sécurisé dans le délai de 24 mois [à compter de mars 2022] », a déclaré Abdoulaye Diop devant un groupe ad-hoc créé par l’Union africaine en 2020, après le premier putsch des colonels maliens.

La date d’un retour des civils au pouvoir dans un Mali en proie à une grave crise sécuritaire et politique a donné lieu, depuis le premier coup d’État d’août 2020, à deux années de confrontation entre le Mali, ses voisins ouest-africains et une partie de la communauté internationale.

L’Union africaine (UA) et la Cedeao l’ont suspendu une première fois après le putsch d’août 2020 au terme duquel Ibrahim Boubacar Keïta a été renversé, puis à nouveau après un second coup de force renforçant la mainmise des colonels en mai 2021. Les tensions se sont atténuées quand les militaires se sont engagés, sous la pression, à organiser des élections en février 2024. La Cedeao a alors levé les sévères sanctions financières et commerciales infligées en janvier 2022.

« Normalisation progressive »

Mais la suspension du Mali des organisations africaines est restée en vigueur, de même que des sanctions individuelles prises par la Cedeao fin 2021 contre quelque 150 membres de la junte. Pourtant, « les avancées indéniables » réalisées par le gouvernement malien plaident pour une levée de la suspension de l’UA, a estimé Abdoulaye Diop.

Concernant la Cedeao, le chef de la diplomatie malienne a salué une « normalisation progressive » tout en qualifiant les sanctions encore en vigueur d’ « entraves ». « Le gouvernement du Mali demande la levée de ces mesures afin de favoriser une pleine coopération avec tous les partenaires », a-t-il dit devant le groupe de suivi et de soutien à la transition au Mali.

Depuis 2021, les autorités maliennes se sont détournées de la France et de ses alliés, et tournées vers la Russie. Les relations se sont aussi compliquées avec la mission de l’ONU au Mali (Minusma) et, plus récemment, le voisin ivoirien après l’interpellation mi-juillet à Bamako de 49 soldats ivoiriens.

Ces derniers devaient, selon Abidjan et la Minusma, participer à la sécurité du contingent allemand de la Minusma, suivant des dispositions onusiennes permettant aux Casques bleus de faire appel à des prestataires extérieurs pour des appuis logistiques. Mais Bamako a présenté les Ivoiriens comme des mercenaires (trois d’entre eux – des femmes – ont fini par être libérés ce week-end). La junte est-elle même accusée de s’être assuré les services de mercenaires russes.

À Lomé, Abdoulaye Diop a martelé une fois de plus le discours d’une souveraineté recouvrée et assuré que le Mali n’était pas isolé. Le Mali est ouvert « à tous les partenariats », mais il « n’acceptera pas qu’on puisse nous imposer des agendas, qu’on puisse nous imposer notre propre agenda, nos priorités [et des] diktats », a-t-il dit.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Guinée : le FNDC suspend partiellement ses appels à manifester après une médiation de la Cedeao

août 28, 2022
Manifestations à Conakry le 28 juillet 2022, après l’interdiction de la marche pacifiste du FNDC par les autorités. © CELLOU BINANI/AFP

Le FNDC « a accédé à la demande des chefs d’État de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et des chrétiens de Guinée de suspendre les manifestations » le 29 août et le 4 septembre, qui coïncident avec un dimanche, « jour de prière de nos compatriotes chrétiens ».À LIREGuinée – Mamadi Doumbouya : un nouveau Moussa Dadis Camara ?

La coalition de partis, syndicats et organisations de la société civile maintient cependant la manifestation prévue le 5 septembre – date anniversaire du renversement d’Alpha Condé – pour laquelle il « appelle à une mobilisation pour dénoncer les tueries perpétrées » par les autorités et « réclamer la libération des citoyens injustement arrêtés » lors de manifestations et « exiger un retour rapide à l’ordre constitutionnel ». Cinq personnes avaient été tuées lors des journées de contestation de fin juillet, et deux le 17 août.

Médiation

Le médiateur de la Cedeao dans la crise guinéenne, l’ex-président béninois Thomas Boni Yayi, a annoncé avoir achevé samedi une mission de médiation. « L’objectif de cette deuxième trêve », après une précédente fin juillet, « est de donner une énième chance à la médiation de la Cedeao afin qu’elle puisse trouver une issue à la sortie de (la) crise guinéenne entretenue par la junte militaire », affirme le FNDC dans le communiqué.À LIREGuinée : pourquoi Mamadi Doumbouya a démenti l’accord avec la Cedeao

Thomas Boni Yayi a indiqué que sa mission « était de rencontrer les autorités de la transition et les acteurs sociopolitiques » pour un dialogue devant « permettre le retour à l’ordre constitutionnel ». Durant son séjour, l’ancien président béninois affirme avoir rencontré le président de la transition, le colonel Mamadi Doumbouya, des membres du gouvernement, les responsables de coalitions politiques et la société civile, et des diplomates étrangers.

La junte au pouvoir depuis un an a interdit toute manifestation le 13 mai et décrété le 6 août la dissolution du FNDC, qui avait orchestré de 2019 à 2021 des mois de mobilisation contre un troisième mandat d’Alpha Condé.

Le colonel Mamadi Doumbouya s’est engagé à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de trois ans. Le FNDC et ce qui reste de l’opposition dénoncent une confiscation du pouvoir, la répression des voix discordantes et une instrumentalisation de la justice.

Par Jeune Afrique avec AFP

Cedeao : Umaro Sissoco Embaló veut une force anti-putschistes

juillet 30, 2022

Le nouveau président en exercice de la Cedeao vient d’annoncer la création d’une force anti-putsch, sans toutefois en dévoiler les modalités concrètes. 

© Damien Glez

Le changement récent à la tête de la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) semble augurer tout autant une main de velours qu’un gant de fer. Si le remplacement, début juillet, du Ghanéen Nana Akufo Addo par le Bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló semblait rimer avec levée des sanctions économiques contre le Mali et avec un consensus sur la durée de la transition burkinabè, la visite du président français a inspiré un ton plus martial au chef de l’État de Guinée-Bissau…

Le jeudi 28 juillet, lors d’une conférence de presse conjointe avec Emmanuel Macron, Embaló n’a pas mâché les mots de son français plutôt fluide : « tout le monde » doit « comprendre que nous sommes au XXIe siècle et qu’il est inadmissible et inacceptable de faire des coups d’État ». Et d’ajouter que l’on « ne peut penser que pour arriver au sommet de l’État, c’est un fast track [une voie rapide] »  et que seul « le peuple a le droit de sanctionner les dirigeants, mais pas avec des coups d’État militaires.

Vous avez dit « putsch » ?

Pour joindre une esquisse d’acte à la parole, Embaló a annoncé la création « d’une force anti-putsch ». En ligne de mire de ce militaire – général de brigade : la fâcheuse habitude d’autres militaires de s’emparer du pouvoir, qu’ils soient colonels malien ou guinéen ou lieutenant-colonel burkinabè…

Vous avez dit « putsch » ? La Guinée-Bissau sait de quoi elle parle. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, elle a connu une kyrielle de coups d’État militaires, dont le dernier réussi remonte à 2012. Des coups de force parfois sanglants, comme celui qui coûta la vie, en 2009, au compagnon de route d’Amílcar Cabral, Bernardo Vieira. Umaro Sissoco Embaló, en particulier, sait de quoi il parle : en février dernier, il était fait cas d’une tentative manquée de putsch qui obligea le chef de l’État à rester plusieurs heures enfermé dans un palais du gouvernement visé par des tirs nourris à l’arme lourde. C’est la Cedeao que le reclus avait alors appelé à la rescousse, obtenant la création d’une force de stabilisation.

De surcroît, même président d’un pays lusophone, Umaro Sissoco Embaló n’en connaît pas moins la situation de l’Afrique de l’Ouest francophone. Il est né d’une mère d’origine malienne et de père burkinabè.

Il reste la question qu’éludent souvent les politiciens : « concrètement ? ». Concrètement, jusqu’à quel niveau d’ingérence militaire la force anti-putsch « sur la table » sera-t-elle prête à aller ? L’Ecomog, force armée de la Cedeao, avait essuyé bien des critiques, dans les années 1990…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Cedeao : il faut punir les chefs d’État qui enfreignent les règles

juillet 10, 2022

Si la Cedeao a levé ses sanctions contre le Mali, elle reste confrontée à deux problèmes de fond : son incapacité à appliquer des sanctions dissuasives et, surtout, la persistance de risques de conflits liés aux « troisièmes mandats ».

Manifestations de l’opposition togolaise, le 6 février 2017. © PIUS UTOMI EKPEI/AFP

L’inefficacité des mesures économiques coercitives et l’inopportunité d’user de la solution militaire face à des peuples déterminés devraient amener les dirigeants ouest-africains à réfléchir à des alternatives crédibles. Deux constats préalables : d’abord, l’être humain est naturellement accro au pouvoir. Il doit être encadré pour que son appétit de domination ne vienne pas troubler l’ordre public.

Ensuite, tout peuple aspire à l’alternance, les dirigeants étant, au fil du temps, en proie à l’usure naturelle du pouvoir et à un contexte mondial de plus en plus difficile. Au regard de ces facteurs, quoi de plus normal et logique que le peuple veuille, dans le cadre de la recherche de son bien-être, expérimenter d’autres solutions avec de nouvelles équipes.

Aspirations populaires

Il en ressort que les recherches frénétiques de troisième mandat et les situations mécaniques de non alternance observées notamment au Togo constituent des anomalies. La Cedeao, telle qu’organisée en ce moment, est peu démocratique et loin des aspirations populaires. Les décisions de la cour de justice de l’organisation ne sont pas souvent appliquées lorsqu’elles vont à l’encontre des pouvoirs en place. Oui, il faut réorganiser et réformer.

Le schéma organisationnel de la Cedeao devrait être renforcé, tant dans sa structuration que dans ses  règles de fonctionnement et dans ses méthodes. Il existe aujourd’hui un conflit d’intérêt manifeste dans les problématiques concernant les chefs d’État, principaux concernés qui, en fin de compte, prennent parfois à huis clos des décisions qui doivent ne s’appliquer qu’à eux.

La solution majeure est politique. Elle a trait à la capacité de l’organisation d’imposer à ses dirigeants des règles claires et contraignantes sur l’impossibilité pour tout chef d’État en exercice de faire plus de deux mandats. C’est une pratique de bonne gouvernance expérimentée avec satisfaction dans les pays développés.

Au sujet des réformes, il convient de modifier les règles de consensus actuellement en vigueur pour aller vers un vote majoritaire, quitte à voir un certain nombre de pays quitter le navire. Mieux vaut bâtir un projet d’intégration avec des pays partageant un idéal de démocratie et de paix, même s’ils sont en petit nombre, plutôt que d’avoir des incohérences politiques qui empêchent de progresser qualitativement.

Complaisance coupable

Il faut aussi trouver de nouveaux types de sanctions exemplaires, dissuasives et ciblées à l’encontre des chefs d’État peu disposés à respecter les règles communes. La Cedeao devrait éviter d’être complaisante à l’égard de ceux-ci. Par ailleurs, l’organisation devrait trouver des solutions pertinentes à la problématique de la reconversion des chefs d’État sortis par la grande porte, en leur offrant des garanties de protection et de statut honorable.

Sur le plan du renforcement du dispositif institutionnel, un chaînon devrait être ajouté à l’organisation actuelle : une haute autorité indépendante de contrôle de la gouvernance dotée de pouvoirs renforcés à l’image de la BCEAO dans le domaine monétaire. On pourrait imaginer dans ce cas, des membres nommés à vie pour éviter toute possibilité de pression mais aussi triés sur le volet en fonction de leur intégrité et de leur compétence.

Le statut des juges de la Cour de justice de la Cedeao gagnerait aussi à recevoir ce caractère inamovible, pour des raisons d’efficacité et d’autonomie, à l’instar de celui de leurs homologues de la cour suprême des États Unis. Les missions de l’Ecomog pourraient être élargies en y intégrant des mandats de dissuasion et d’intervention militaire dans toute situation de non-respect des protocoles relatifs aux troisièmes mandats. La Cedeao devrait aussi renforcer ses actions de formation envers les forces armées sous-régionales pour éviter que celles-ci ne s’érigent en uniques dépositrices des intérêts supérieurs des nations, rompant ainsi les équilibres institutionnels. Cette action de renforcement de capacité devrait aussi être orientée vers la société civile, la vraie.

Le leadership du Nigeria

L’organisation a aussi le devoir de renforcer ses politiques économiques et d’intégration afin de contrer au plus vite la pauvreté qui exacerbe les rancœurs et fragilise la paix. Cela passe par l’acceptation du leadership naturel du Nigeria, la finalisation urgente du processus d’instauration de la monnaie unique. Aussi,  tôt ou tard,  la Cedeao devra évaluer la question du degré d’implication des pays francophones eu égard aux objectifs de la communauté. Ces derniers semblent parfois nager à contre-courant des intérêts supérieurs de l’intégration sous régionale.

Il y a lieu de rappeler que le processus conduisant à la monnaie unique a été mis en difficulté suite à la décision inattendue des pays de l’Uemoa d’annoncer le changement du nom du Fcfa en Éco. Tout récemment aussi,  trois chefs d’État francophones du Togo, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal ont exprimé des réserves sur les propositions de la Cedeao visant à limiter le nombre des mandats. Le processus démocratique dans la quasi-totalité des pays anglophones et lusophones est plus en avance avec des alternances normales.

« Ficelle mystérieuse »

Les pays francophones devraient engager en interne les réformes constitutionnelles nécessaires afin de mieux contrôler les pouvoirs exorbitants dévolus à la fonction présidentielle, véritable clef de voûte des institutions. Dans l’intérêt supérieur de la Cedeao, une réflexion approfondie pourrait être engagée afin de voir comment couper cette « ficelle mystérieuse » entre ces pays et l’ancienne puissance coloniale, laquelle explique, on l’a vu avec l’exemple malien, que derrière tout problème on devine « la main » de la France.

Au plan international, la question des troisièmes mandats étant l’un des facteurs majeurs de tension et de conflit dans le monde, des solutions devraient être envisagées au niveau de l’organisation onusienne et des partenaires au développement, en vue de définir des règles intangibles en la matière. Il y va de la paix et de la sécurité dans le monde.

Magaye Gaye

Avec Jeune Afrique par Magaye Gaye

Magaye Gaye est président du parti sénégalais La troisième voie et ancien de la BOAD et du Fagace.

Mali : la junte Assimi Goïta s’offre deux ans de plus au pouvoir

juin 7, 2022

Selon un décret signé par le président de la transition et rendu public dans la soirée du 6 juin, les militaires ont jusqu’à mars 2024 pour céder la place aux civils. La Cedeao a prévu de se réunir de nouveau le 3 juillet.

Assimi Goïta en août 2022, à Bamako FILE – Col. Assimi Goita meets with a high-level delegation from the West African regional bloc known as ECOWAS, at the Ministry of Defense in Bamako, Mali, Aug. 22, 2020. West Africa is grappling with a wave of military coups over the past 18 months that has some wondering which country could be next © AP/SIPA

Le décret a été lu ce lundi soir sur les ondes de l’ORTM : les militaires au pouvoir à Bamako se donnent désormais jusqu’à mars 2024 pour rendre le pouvoir aux civils. Cette annonce intervient au surlendemain d’un sommet de la Cédéao, laquelle avait imposé le 9 janvier dernier au Mali de sévères mesures de rétorsion commerciales et financières pour forcer la junte dirigée par Assimi Goïta à présenter un calendrier « acceptable » pour la gestion de la transition et l’organisation d’élections.

Vers un assouplissement des sanctions ?

Les colonels, qui ont pris le pouvoir par la force en août 2020 en renversant le président Ibrahim Boubacar Keïta (depuis décédé), n’ont pas respecté leur engagement initial de céder la place à des civils après des élections qui auraient dû se tenir en février dernier. Début 2022, ils avaient même provoqué la colère de la communauté internationale en annonçant leur intention de gouverner jusqu’à cinq années de plus – une décision « totalement inacceptable », avait alors tonné la Cedeao, estimant que cela signifiait « qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendr[ait] le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années ». Ils avaient par la suite ramené leurs prétentions à vingt-quatre mois, sans toutefois les formaliser comme ils l’ont fait ce lundi.

Ces dernières semaines, la poursuite du dialogue entre la Cedeao et la junte avait suscité au Mali un certain espoir de levée des sanctions. Les dirigeants ouest-africains les ont finalement maintenues, tout en gardant la porte ouverte en vue d’un assouplissement. Divisés sur la conduite à tenir, ils ont renvoyé toute décision à un nouveau sommet, qui sera organisé le 3 juillet, tout en affirmant « continuer le dialogue afin de parvenir à un accord permettant une levée graduelle des sanctions à mesure que les étapes de la transition seront franchies ».

L’effet du décret pris lundi sur les discussions avec la Cédéao est encore incertain. En juillet, il restera vingt mois et demi jusqu’à l’échéance fixée de mars 2024.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Mali : les sanctions de l’Uemoa contre Bamako suspendues

mars 24, 2022

Goodluck Jonathan et Assimi Goïta à Bamako, le 23 août 2020. © H.DIAKITE/EPA/MAXPPP

Face à un Assimi Goïta qui refuse de céder le pouvoir, les chefs d’État ouest-africains avaient pris des sanctions fortes contre Bamako le 9 janvier dernier. Celles-ci viennent d’être suspendues par la Cour de justice de l’Uemoa.

C’est une décision qui change la donne pour le Mali et redistribue les cartes entre Assimi Goïta et les chefs d’État ouest-africains. Alors que ce vendredi 25 mars, la Cedeao tient un sommet extraordinaire à Accra, la cour de justice de l’Uemoa vient de suspendre les sanctions économiques adoptées contre le Mali le 9 janvier.

Face à la volonté d’Assimi Goïta de se maintenir cinq années supplémentaires au pouvoir, les chefs d’État ouest-africains avaient décidé de mesures dures : le gel des avoirs du Mali à la banque centrale commune aux huit États membres de l’Uemoa, celui des entreprises publiques et des organismes parapublics maliens, la suspension du pays de toute assistance financière des institutions internationales…

Recours

Des sanctions contestées par l’État malien qui a diligenté un collectif d’avocats pour les faire annuler. Le 21 février dernier, ils ont déposé deux recours dénonçant leur « illégalité absolue ». Ils viennent donc d’obtenir gain de cause.

Bamako a notamment fait valoir que les textes de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) prévoient qu’elle ne peut solliciter ni recevoir de directives ou d’instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des États membres de l’Uemoa, de tout autre organisme ou de toute autre personne. Elle ne peut donc être utilisée pour asphyxier un État membre.

Position de force

Cette décision n’est pas définitive, souligne un ancien magistrat malien, car elle n’est que « suspensive ». « Cela ne présage pas de la décision définitive que prendra la Cour de justice de l’Uemoa », précise-t-il.

Reste qu’elle est une première victoire de taille pour la junte tant les sanctions mettent le pays en difficulté économique. « À la veille du sommet du 25 mars, cette ordonnance met le régime malien en position de force face aux chefs d’État de la Cedeao », commente un diplomate basé à Bamako.

Exceptionnellement invité, Assimi Goïta a choisi, selon nos informations, de ne pas se rendre au sommet extraordinaire de la Cedeao. Dans un courrier transmis à la Commission de la Cedeao, le président de la transition marque seulement sa « disponibilité à interagir par visioconférence » avec les chefs d’État ouest-africain. Il a annoncé dépêcher Abdoulaye Diop, le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Maïga, le ministre de l’Administration territoriale et porte-parole du gouvernement, Ibrahim Ikassa Maïga, le ministre de la Réforme de l’État et Fatoumata Sékou Dicko, la ministre chargé des réformes politiques et institutionnelles pour représenter le Mali. Signe qu’aucun accord décisif ne pourra avoir lieu durant le sommet.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner et Fatoumata Diallo

« Les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens »

mars 10, 2022

DÉCRYPTAGE. Deux mois après l’adoption par la Cedeao d’un embargo économique sans précédent, l’économiste Boubacar Salif Traoré pointe les sérieuses difficultés à venir.

Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo economique au Mali pour forcer la junte au pouvoir a rendre le pouvoir aux civils.
Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo économique au Mali pour forcer la junte au pouvoir à rendre le pouvoir aux civils.© NACER TALEL / Anadolu Agency via AFP

À minuit passé d’une minute, le 9 janvier, les sanctions de la Cedeao les plus sévères jamais adoptées contre le Mali, en réponse à la volonté des militaires de se maintenir au pouvoir jusqu’à fin 2026, sont entrées en vigueur. Parmi la batterie de mesures immédiatement applicables : la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec le Mali ; la suspension de toute transaction commerciale, à l’exception de certains produits de première nécessité ; et le gel des avoirs du Mali à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et dans les banques commerciales de la région. Deux mois plus tard, il est très difficile de mesurer leur impact. Car loin d’avoir produit les effets escomptés, elles ont au contraire réveillé chez les Maliens un sentiment patriotique qui ne s’était plus observé depuis des décennies. Comment l’expliquer ? Comment le comprendre ? En ligne depuis Bamako, l’économiste et spécialiste des questions de sécurité et de développement dans le Sahel, Boubacar Salif Traoré décrypte pour Le Point Afrique la situation.

Le Point Afrique : Quel est l’impact des sanctions décidées par la Cedeao, il y a deux mois, sur l’économie malienne ?

Boubacar Salif Traoré : À l’évidence, les sanctions visaient non seulement à isoler le Mali sur la scène internationale en fragilisant son économie, mais aussi à créer une pression interne des Maliens sur leurs dirigeants. Cet embargo à la fois économique et politico-diplomatique affecte le Mali qui est un pays sans littoral et dont l’économie dépend à plus de 70 % des importations. Cependant, près de deux mois après leur entrée en vigueur, l’évaluation de leur impact reste à ce stade encore très aléatoire. Autant en interne, il paraît déterminant pour les dirigeants de donner le sentiment que tout va bien, mais en creusant un peu en profondeur, des difficultés apparaissent à l’horizon.

Y a-t-il eu des changements sur les marchés ?

Concrètement, deux risques importants se profilent pour le pays, une crise inflationniste et de liquidités. Les prix ont déjà augmenté sur les marchés, que ce soit les denrées de première nécessité ou d’autres produits, comme les matériaux de construction, notamment, le prix du ciment qui est en hausse, ce qui a ralenti le secteur du bâtiment, très dynamique au Mali. L’inflation touche aussi les produits du quotidien, qui pourtant, ne sont pas concernés par les sanctions. Ce sont de petites augmentations qui finissent par peser sur le panier de la ménagère et qui de jour en jour commence à faire mal.

Quels sont les leviers qui permettent au pays de tenir encore debout sur le plan économique ?

Certains mécanismes de protection ont été enclenchés. La banque privée continue, par exemple, à être approvisionnée par la BCEAO, l’organe central de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui a décidé d’augmenter jusqu’à pratiquement 300 milliards de francs CFA par semaine pour que l’activité économique ne s’arrête pas complètement. En revanche, les comptes de l’État sont gelés et cela a de lourdes conséquences, car certains fournisseurs n’arrivent plus à se faire payer. Le gouvernement n’a pas pu honorer ses engagements auprès de plusieurs créanciers et a dû s’adresser aux investisseurs pour s’en expliquer.

Boubacar Salif Traoré dirige également à Bamako, le cabinet de conseils Afriglob. © DR

Mais le Mali reste un pays vulnérable, avec une économie fragile, un PIB de 17 milliards de dollars et donc si les sanctions ne sont pas rapidement levées, cela va produire un effet dévastateur sur le long terme. Le pays ne peut pas tenir six mois dans ces conditions. Pour le moment, le secteur informel continue de jouer son rôle en permettant aux populations de mettre en place une économie de la débrouille. Les ménages maliens comptent aussi sur les transferts de la diaspora. Mais si, à court ou moyen terme, l’État ne parvient pas à négocier un retour à une situation normale, il y aura des conséquences plus lourdes. Une chose très importante, c’est que le pays est engagé dans une longue guerre, il faudra faire face aux dépenses, notamment celle des salaires des militaires et des fonctionnaires.

Quels partenaires commerciaux sont les plus affectés par ces sanctions ?

Le Mali est une plaque tournante de la sous-région, il partage ses frontières avec sept pays et fait le lien entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Le pays est la sixième économie de la Cedeao sur 15 États et la troisième économie de l’Uemoa. Donc, ce n’est pas du tout un petit pays. Son premier partenaire économique est le Sénégal, vient ensuite la Côte d’Ivoire. Ces deux pays sont en réalité les premières victimes collatérales des sanctions prises à l’endroit du Mali. Le port de Dakar enregistre au moins 50 % des produits destinés au Mali. En 2020, le Mali a accueilli 21 % des exportations de marchandises du Sénégal, soit plus que l’ensemble du continent. Sur le plan interne, que ce soit au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, la cherté de la vie revient comme un boomerang. Le président Ouattara l’a très bien expliqué à son retour de Bruxelles, vers le 22 au 23 février dernier, il a été obligé d’organiser une conférence de presse pour donner des éléments de compréhension autour de la hausse des prix des denrées alimentaires dans son pays. Il a expliqué qu’il y avait des causes internes comme la sécheresse, et a pointé l’impact de l’embargo sur le bétail, une denrée dont les coûts ont déjà flambé ces derniers mois. Plus le temps passe, plus les États qui ont en commun le franc CFA et partagent une frontière avec le Mali vont commencer à ressentir les effets de cet embargo sur leur économie.

Sur quels soutiens extérieurs le Mali peut-il s’appuyer pour y faire face ? Plusieurs pays comme l’Algérie, la Guinée ou la Mauritanie apparaissent comme des recours. De quelles manières et avec quels intérêts ?

Le Mali a besoin d’accéder aux ports de la sous-région pour maintenir le minimum vital. Le pays est exportateur de coton – sa principale culture de rente – et aussi d’or, de bétail, de riz, de certaines huiles, d’engrais, etc. Il importe aussi de nombreux produits. Face à la fermeture des frontières du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, il a fallu trouver des alternatives. Il y a donc eu un redéploiement vers la Guinée et la Mauritanie. La Guinée, bien que membre de la Cedeao, est dirigée par une junte militaire qui a décidé de ne pas suivre les sanctions imposées par l’organisation. Le pays connaît déjà une recrudescence du trafic de marchandises au port de Conakry. L’Algérie et la Mauritanie, qui ne sont pas membres de la Cedeao, sont les deux autres recours du Mali. Ces deux États partagent de longues frontières avec le pays. Le coton brut malien transite désormais par Nouakchott dont le port est utilisé par les Maliens pour une partie de leur approvisionnement. La Mauritanie peut tirer avantage de cette augmentation des échanges commerciaux, d’autant plus que, d’ores et déjà, la France, à travers la compagnie Air France, a repris les vols depuis le Mali via la capitale mauritanienne. C’est une opportunité pour développer son secteur aérien.

Quant à l’Algérie, déjà très impliquée dans la vie économique malienne dans le nord du pays, du fait de la distance avec les zones urbaines du Sud. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déjà fait savoir qu’il estimait raisonnable une période de transition de 12 à 16 mois. Il s’est proposé d’aider à la mise en place d’un plan de crise. L’embargo ne va faire que décupler les échanges entre les deux États.

Comment réagissent les Maliens ?

Les choses ne se passent pas comme prévu, car les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens et réveillé un sentiment patriotique qui profite au gouvernement de transition. Le vendredi 14 janvier, on a assisté à une mobilisation populaire sans précédent à Bamako et dans plusieurs villes du pays. Les manifestants ont dénoncé les sanctions de la Cedeao, mais s’en sont également pris à la France, accusée d’avoir instrumentalisé les chefs d’État de la région contre leur pays. Dans l’opinion, la Cedeao est considérée comme une organisation dont l’objectif est de favoriser l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Même si elle n’a jamais réussi à mettre en place une véritable politique d’intégration, dans le sens où tout ce qu’elle avait imaginé, que ce soit le passeport, la libre circulation des personnes et des biens, n’a jamais été une réalité à part entière dans l’espace commun, mais elle affichait une volonté politique saluée par tous. En adoptant les sanctions les plus dures à l’endroit du Mali, cela a réveillé un sentiment de résistance et entraîné une levée de boucliers chez les populations. Et pour l’instant, elles se disent qu’elles ont raison. Car l’activité économique continue malgré les sanctions. Ce dynamisme de l’économie malienne, il faut le conjuguer avec le fait que l’État malien a pris certaines précautions, après les premières sanctions ciblées contre des membres de la junte. Les autorités savaient qu’il y aurait un deuxième niveau et qu’il affecterait cette fois les populations. L’impression générale qui se dégage après deux mois, c’est que le pays s’est trouvé des espaces de respiration le temps du régime de sanctions. D’autant que l’économie malienne n’est pas la seule à pâtir de la suspension des échanges commerciaux.

N’est-ce pas contre-productif pour la Cedeao et les partenaires du Mali ?

En quelque sorte. Le fait que les autorités de la transition se soient engagées à diversifier leurs partenaires, au détriment de la relation historique avec la France a permis de libérer les voix de différents acteurs, pas uniquement au sein de la population, mais aussi dans les plus hautes sphères. Ces derniers considèrent qu’il est temps pour le pays de prendre son destin en main.

La Cedeao a tout intérêt à mettre fin le plus rapidement possible aux sanctions. L’enjeu est de taille pour l’organisation. Si la situation perdure, cela peut provoquer une crise de confiance durable entre certains États et la Cedeao, qui risque d’être définitivement perçue comme une association au service des chefs d’État ou un instrument au service de la France, qui en profiterait pour sanctionner les États qui ne suivent pas ces recommandations.

Loin de fragiliser l’assise populaire du gouvernement de transition, l’annonce des sanctions a au contraire réveillé un sentiment patriotique au sein de l’opinion malienne. Comment l’expliquez-vous ?

Les formes d’organisation et de résistance populaires sont ancrées dans l’histoire du Mali. Plus proche de nous, la gestion de l’après-coup d’État de 2012 où le Mali s’était retrouvé dans une même situation est restée dans la mémoire de nombreux Maliens. À cette époque, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, avait su mettre en place un certain nombre de leviers pour contourner l’embargo. Il avait réussi à payer les fonctionnaires et à faire fonctionner l’État. Pour beaucoup, c’est une manière pour le Mali de s’affranchir des aides extérieures. Les récentes sanctions n’ont fait que réveiller ce vieux souvenir. La personnalité du chef de la transition est aussi un facteur à prendre en compte. Dans l’esprit de nombreux Maliens, sa posture est comparable à celle d’un Thomas Sankara. Pour une partie de l’opinion, même si c’est un peu difficile au quotidien, il est un leader qui tient tête et maintient éveillé ce sentiment d’un pays qui se réapproprie sa souveraineté nationale. Et qui dit souveraineté économique dit souveraineté militaire et politique.

Concrètement, au-delà des sanctions de la Cedeao, quelle sortie de crise pour le Mali ?

Les autorités maliennes ont une vision de la transition qui est en contradiction avec la conception portée par la Cedeao et d’autres acteurs qui sont très focalisés sur les dates des élections. Le point d’achoppement, c’est bien évidemment le chronogramme qui doit fixer la durée de la transition. Les autorités maliennes disent que, pour éviter les erreurs du passé, une prolongation de la transition initialement fixée à 18 mois est inévitable. Faut-il encore le souligner, le pays est gangrené par la corruption et les mauvaises pratiques, le système politique reste dysfonctionnel. La transition demande du temps pour mener les réformes les plus urgentes afin de parvenir à une sortie de crise durable, avant d’aller aux élections. De l’autre côté, la Cedeao et les autres partenaires estiment que la transition ne devrait pas jouer ce rôle et qu’elle devrait plutôt s’atteler à organiser rapidement les élections pour pouvoir laisser la possibilité au prochain président démocratiquement élu de s’occuper des réformes.

Pour la transition, le Mali traverse une grave crise multidimensionnelle qui dure depuis des décennies. D’après eux, la tenue rapide des élections à la suite du coup d’État de 2012 n’a en rien réglé les maux du Mali. Au contraire, l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas permis de résoudre les problèmes de fond. Elle n’a fait que creuser les déficits en matière de mal-gouvernance, et au bout du compte amené à une nouvelle crise postélectorale en 2018 puis en 2020. Avec au bout du compte un nouveau coup d’État. Les autorités actuelles ont fixé comme priorité la mise en place d’un fichier électoral digne de ce nom, plus de résultats dans la lutte contre l’insécurité pour pouvoir passer le relais et permettre au pays d’aller vers la bonne gouvernance et une souveraineté qui permettaient enfin aux populations maliennes de retrouver davantage confiance dans la démocratie.

Vous avez récemment publié un essai intitulé « Pour un nouveau progressisme africain ». Pourquoi avoir choisi ce terme de progressisme, quand on sait que le mouvement progressiste panafricain n’a pas obtenu de résultats durant les années de la lutte ?

L’Afrique est un continent qui a énormément d’atouts, dont 60 % de surface de terres agricoles disponibles, une population extrêmement jeune, avec de nombreuses opportunités naturelles. Mais pourquoi ne parvenons-nous toujours pas à transformer ces opportunités ? Qu’est-ce qui nous empêche de valoriser son potentiel et de sortir de cette situation ? Au-delà des postures afro-pessimistes et afro-optimistes, je propose des pistes de solution autour de la notion de progrès parce que je crois fermement qu’il faut replacer les populations au cœur des réformes. Cet essai est également le fruit d’un travail collectif, puisque je propose avec d’autres experts de réfléchir sur dix-sept thématiques stratégiques, telles l’économie, la jeunesse, la diaspora, la condition des femmes, indissociables du développement. À chaque fois, nous dressons un état des lieux ainsi que des pistes concrètes, accompagnées d’exemples, révélant au passage certaines combinaisons ayant le pouvoir de lever tous les obstacles et de déclencher des effets positifs en cascade. Nous avons aussi lancé un site dédié où tout un chacun peut donner ses pistes de réflexion, apporter sa contribution, ses critiques, l’idée est d’enclencher un processus collectif qui pourra servir à l’ensemble du continent africain. Je suis foncièrement convaincu que la crise systémique à laquelle le continent africain est confronté depuis les indépendances n’est pas une malédiction. Cet ouvrage est un plaidoyer pour une Afrique confiante dans ses capacités, ses ressources et son avenir.

Avec Le Point propos recueillis par Vivaine Forson

Mali : le médiateur de la Cedeao quitte Bamako sans accord

février 26, 2022
L’ex-président nigérian Goodluck Jonathan (2G), médiateur ouest-africain pour le Mali, à l’aéroport de Bamako, le 22 août 2020. © ANNIE RISEMBERG / AFP

Les discussions avaient repris entre une délégation de l’organisation ouest-africaine et la junte malienne. L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan a quitté le pays, vendredi, sans obtenir de date pour de futures élections, mais de nouvelles rencontres sont prévues.

« Le séjour de la délégation est terminée. Mais elle n’est pas revenue avec un calendrier électoral », a annoncé un diplomate de la Cedeao, qui a requis l’anonymat. Selon la même source, la délégation emmenée par l’ancien président nigérian « devrait revenir dans quelques semaines » et « les discussions se poursuivront ». La délégation est repartie vers Accra pour rendre compte au président ghanéen Nana Akufo-Addo, dont le pays assure la présidence tournante de la Cedeao.

Un officiel malien ayant pris part aux discussions a confirmé le résultat des discussions : « Nous n’avons pas donné de date pour les élections. Ce n’était pas possible. Mais l’ambiance de travail était très bonne et les discussions se poursuivront ». L’ancien président nigérian qui s’est entretenu jeudi et vendredi avec plusieurs responsables de la junte malienne, dont le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, a promis jeudi soir de « continuer la conversation » avec les Maliens.

Manifestations de soutien à la junte

Vendredi à Bamako, plus d’une centaine de manifestants étaient rassemblés en soutien aux autorités de transition. Un comité technique de la Cedeao propose l’organisation de scrutins dans un délai de douze ou seize mois, avec l’aide d’une Autorité indépendante de gestion des élections (Aige). Le médiateur avait appelé à une transition démocratique dans « les plus brefs délais », au lendemain de l’approbation d’un plan permettant à la junte militaire de rester au pouvoir pendant cinq ans.

L’organe législatif au Mali, contrôlé par les militaires depuis le coup d’État d’août 2020, a de fait entériné lundi une période de transition pouvant aller jusqu’à 2027 avant la tenue d’élections. Le Mali a été le théâtre de deux coups d’État militaires en août 2020 et en mai 2021. La crise politique va de pair avec une grave crise sécuritaire en cours depuis le déclenchement en 2012 d’insurrections indépendantiste et jihadiste dans le Nord.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)