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Mali : le médiateur de la Cedeao quitte Bamako sans accord

février 26, 2022
L’ex-président nigérian Goodluck Jonathan (2G), médiateur ouest-africain pour le Mali, à l’aéroport de Bamako, le 22 août 2020. © ANNIE RISEMBERG / AFP

Les discussions avaient repris entre une délégation de l’organisation ouest-africaine et la junte malienne. L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan a quitté le pays, vendredi, sans obtenir de date pour de futures élections, mais de nouvelles rencontres sont prévues.

« Le séjour de la délégation est terminée. Mais elle n’est pas revenue avec un calendrier électoral », a annoncé un diplomate de la Cedeao, qui a requis l’anonymat. Selon la même source, la délégation emmenée par l’ancien président nigérian « devrait revenir dans quelques semaines » et « les discussions se poursuivront ». La délégation est repartie vers Accra pour rendre compte au président ghanéen Nana Akufo-Addo, dont le pays assure la présidence tournante de la Cedeao.

Un officiel malien ayant pris part aux discussions a confirmé le résultat des discussions : « Nous n’avons pas donné de date pour les élections. Ce n’était pas possible. Mais l’ambiance de travail était très bonne et les discussions se poursuivront ». L’ancien président nigérian qui s’est entretenu jeudi et vendredi avec plusieurs responsables de la junte malienne, dont le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, a promis jeudi soir de « continuer la conversation » avec les Maliens.

Manifestations de soutien à la junte

Vendredi à Bamako, plus d’une centaine de manifestants étaient rassemblés en soutien aux autorités de transition. Un comité technique de la Cedeao propose l’organisation de scrutins dans un délai de douze ou seize mois, avec l’aide d’une Autorité indépendante de gestion des élections (Aige). Le médiateur avait appelé à une transition démocratique dans « les plus brefs délais », au lendemain de l’approbation d’un plan permettant à la junte militaire de rester au pouvoir pendant cinq ans.

L’organe législatif au Mali, contrôlé par les militaires depuis le coup d’État d’août 2020, a de fait entériné lundi une période de transition pouvant aller jusqu’à 2027 avant la tenue d’élections. Le Mali a été le théâtre de deux coups d’État militaires en août 2020 et en mai 2021. La crise politique va de pair avec une grave crise sécuritaire en cours depuis le déclenchement en 2012 d’insurrections indépendantiste et jihadiste dans le Nord.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Mali : Assimi Goïta ne pourra pas briguer la future présidence

février 13, 2022
Assimi Goïta en septembre 2020, à Bamako © MICHELE CATTANI/AFP

Le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, ne pourra pas être candidat à la future élection présidentielle censée ramener les civils au pouvoir, indique un projet de loi présenté par les militaires.

Le texte reste flou sur la date à laquelle des élections se dérouleraient, alors que la question donne lieu à un bras de fer entre les autorités maliennes d’une part et l’organisation des États ouest-africains Cédéao ainsi qu’une partie de la communauté internationale de l’autre.

Le Conseil national de transition (CNT), qui fait office d’organe législatif après le coup d’État qui a porté les militaires au pouvoir en août 2020, a commencé vendredi à examiner en commission un texte réformant la « charte de la transition ».

Cette charte tient lieu d’acte fondamental de la période de transition précédant un retour des civils à la direction de ce pays plongé dans une grave crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012.

LE LAPS DE TEMPS DE 18 MOIS « SE RÉVÈLE INTENABLE »

Cette charte promulguée par les militaires le 1er octobre 2020 fixait la durée de la transition à 18 mois. Les autorités ont depuis révoqué leur engagement initial à organiser des élections le 27 février prochain. Elles ont pour projet de rester en place quatre ou cinq années supplémentaires.

La Cédéao a infligé le 9 janvier de sévères sanctions économiques et diplomatiques au Mali.

Le laps de temps de 18 mois « se révèle intenable », dit le colonel Goïta dans la lettre accompagnant le projet transmis au CNT. Il invoque à nouveau la nécessité de réformes préalables.

Le projet de loi dispose que la durée de la transition « est fixée conformément aux recommandations des Assises nationales de la refondation ». Les autorités avaient organisé, fin 2021, ces consultations pour qu’elles préconisent les réformes à entreprendre et la durée de la transition.

Les Assises, présentées par les autorités comme l’expression d’une volonté populaire mais contestées par une partie de la classe politique, recommandaient de six mois à cinq ans de transition.

Le projet de loi stipule par ailleurs que « le président de la transition n’est pas éligible aux élections présidentielle et législatives » qui auront lieu à la fin de la transition. C’est déjà le cas dans la version actuelle de la charte.

Par Jeune Afrique par AFP

Burkina : le lieutenant-colonel Damiba s’est entretenu avec les chefs d’états-majors de la Cedeao

janvier 30, 2022
Des manifestants pro-junte, le 25 janvier à Ouagadougou. © Sophie Garcia/AP/SIPA

Une délégation de chefs des armées de la Cedeao, a rencontré samedi à Ouagadougou les membres de la junte qui a pris le pouvoir au Burkina Faso, au lendemain de la suspension de ce pays des instances de l’organisation

Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR, junte), « a réaffirmé son engagement vis-à-vis des organisations sous-régionales et internationales », indique un communiqué signé de la « direction de la communication de la Présidence du Faso ». Il ajoute qu’à l’issue de la rencontre « les chefs d’état-major des pays membres de la Cedeao ont eu un bref entretien avec le chef de l’État, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba ».

La délégation qui doit rester jusqu’à dimanche, est composée d’officiers béninois, togolais et ghanéens et est conduite par le commissaire Paix et Sécurité de la Cedeao, le diplomate béninois Francis Béhanzin. « Il s’agit (pour la délégation) d’évaluer la situation avant l’arrivée d’une autre mission la semaine prochaine », a indiqué une source sécuritaire.

Cette visite précède l’envoi lundi d’une mission ministérielle de la Cedeao. L’organisation ouest-africaine a suspendu vendredi le Burkina de ses instances, et exigé la libération du président renversé Roch Marc Christian Kaboré, placé en résidence surveillée, ainsi que des autres responsables arrêtés.

Sommet à Accra

Un nouveau sommet de la Cedeao est prévu le 3 février à Accra, et étudiera le compte-rendu de ces missions. L’organisation décidera alors d’imposer ou non d’autres sanctions comme elle l’a fait pour le Mali et la Guinée, où des militaires ont récemment pris le pouvoir.

Cinq jours après sa prise de pouvoir, le lieutenant-colonel Damiba n’a pris publiquement la parole qu’une seule fois, jeudi soir dans une allocution à la télévision nationale. Il a notamment indiqué que son pays avait « plus que jamais besoin de ses partenaires ». Le pays est confronté à une grave crise sécuritaire depuis 2015, notamment dans le nord et l’est du pays.

Dans le sillage du Mali et du Niger, le Burkina Faso est pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique, qui ont fait plus de 2 000 morts et contraint au moins 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers. Plusieurs attaques récentes particulièrement meurtrières avaient suscité l’exaspération de la population qui reprochait à l’ex-président Kaboré de ne pas réussir à endiguer cette crise.

Par Jeune Afrique avec AFP

Coup d’État au Burkina : la Cedeao suspend le pays, mais ne le sanctionne pas (encore)

janvier 28, 2022
Des manifestants soutenant la junte au pouvoir au Burkina Faso, le 25 janvier 2022 à Ouagadougou. © Jean-Paul Ouedraogo/Xinhua/CHINE NOUVELLE/SIPA

Les dirigeants ouest-africains se sont concertés ce vendredi 28 janvier, après le putsch qui a renversé Roch Marc Christian Kaboré. Et ont suspendu le Burkina Faso du lieutenant-colonel Damiba de leurs instances. Un nouveau sommet de la Cedeao est prévu le 3 février, juste avant celui de l’Union africaine.

Après le coup d’État mené par Paul-Henri Sandogo Damiba et de jeunes officiers, lundi 24 janvier, le Burkina Faso, a été suspendu de la Cedeao vendredi 28 janvier, à l’issue d’un sommet virtuel de cette organisation qui n’a – pour l’instant – pas décidé d’autres sanctions. La Cedeao a également demandé la libération du président déchu, Roch Marc Christian Kaboré, placé en résidence surveillée.

Le sommet virtuel, qui a duré environ trois heures, a en outre décidé de l’envoi, samedi 29 janvier à Ouagadougou, d’une mission des chefs d’état-major des armées de la Cedeao, qui sera suivie, lundi 31 janvier, d’une mission ministérielle.

Un putsch de plus

La Cedeao se trouve dans une situation inconfortable après ce nouveau putsch. Les sanctions prises début janvier à l’encontre de la junte malienne d’Assimi Goïta – très critiquées par les opinions publiques ouest-africaines – n’ont pas suffit à dissuader les soldats burkinabè de passer à l’action. Néanmoins, le nouveau chef du pays a semblé vouloir éviter un bras-de-fer avec ses voisins. La veille de ce sommet, dans sa première allocution depuis sa prise de pouvoir, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba avait déclaré à la télévision nationale que son pays avait « plus que jamais besoin de ses partenaires ».

Disant comprendre les « doutes légitimes » suscités par le coup d’État, il a assuré que le Burkina « continuera à respecter les engagements internationaux, notamment en ce qui concerne le respect des droits de l’Homme », en précisant que l’indépendance de la justice serait aussi « assurée ». Le lieutenant-colonel Damiba s’est en outre engagé « au retour à une vie constitutionnelle normale », « lorsque les conditions seront réunies ». Sans préciser d’agenda.

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée : Alpha Condé autorisé à quitter temporairement le pays

janvier 1, 2022
Une affiche représentant l’ancien président guinéen Alpha Condé lacérée à Conakry, le 16 septembre 2021. © AFP/JOHN WESSELS

Renversé par un coup d’État militaire, le 5 septembre, le président déchu a été autorisé à passer des examens médicaux à l’étranger.

« En concertation avec la Cedeao, l’ancien président Alpha Condé est autorisé à aller se faire consulter à l’extérieur pour une période d’un mois », indique un communiqué du gouvernement lu vendredi soir à la télévision publique. La date de son départ n’a pas été précisée.

La libération d’Alpha Condé fait partie des exigences de la Communauté des États ouest-africains (Cedeao), avec la tenue d’élections dans les six mois. La Cedeao a suspendu la Guinée de ses instances et sanctionné individuellement les membres de la junte dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, qui s’est fait investir président de transition.

Résidence surveillée

Alpha Condé, à la tête du pays pendant près de 11 ans, a été détenu au secret pendant douze semaines, jusqu’à ce que la junte l’autorise à résider chez son épouse dans la banlieue de Conakry. Il est en résidence surveillée selon la presse.

La junte avait affirmé dans un communiqué le 17 septembre qu’Alpha Condé « est et demeurera en Guinée ».

LE CNRD « CONTINUERA À ASSURER À L’ANCIEN CHEF DE L’ÉTAT UN TRAITEMENT DIGNE DE SON RANG »

Mais elle n’avait pas précisé pas si le séjour de l’ancien président chez sa femme était assorti de restrictions. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), qui a pris la direction du pays après le putsch, « continuera à assurer à l’ancien chef de l’État un traitement digne de son rang, et ceci sans aucune pression nationale et internationale », disait le communiqué.

Les Guinéens, exaspérés par la pauvreté, la corruption et la répression, ont globalement accueilli favorablement le coup d’État. Le colonel Doumbouya a promis de rendre le pouvoir aux civils après des élections dont la date reste inconnue.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali : la Cedeao maintient la pression, Bamako sort les muscles

décembre 13, 2021
Des partisans du président de la transition malienne, Assimi Goïta, défilent à Bamako le 7 juin 2021. Photo d’illustration. © ANNIE RISEMBERG/AFP

Alors que la Cedeao a décidé dimanche 12 décembre de maintenir l’obligation pour le Mali d’organiser des élections en février, des manifestations ont eu lieu à Bamako durant trois jours d’affilée. Des mobilisations pour soutenir les autorités de la transition et affirmer un certain ras-le-bol à l’égard de la communauté internationale.

Alors qu’à Abuja, les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) étaient réunis pour statuer sur la situation au Mali, à Bamako, la rue continuait à gronder. Depuis vendredi 10 décembre, le mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts avait appelé les Maliens à manifester. « Non aux élections imposées », « Non aux élections précipitées », scandaient les manifestants ce week-end.

Il s’agissait de mettre la pression sur les présidents ouest-africains, mais aussi de protester contre une décision finale que tous avaient anticipé. Malgré la volonté d’Assimi Goïta de reporter les élections, la Cedeao a choisi de camper sur ses positions et d’exiger le maintien de la date du 27 février 2022. « Les chefs d’État, après de longs échanges, ont décidé de maintenir la date du 27 février 2022 pour l’organisation des élections au Mali. Ils ont décidé de l’entrée en vigueur de sanctions additionnelles en janvier 2022 », a fait savoir l’instance régionale dans un communiqué.

Goïta « espoir du Mali »

Une décision qui va à l’encontre de la volonté de certains Bamakois, descendus le clamer dans la rue. Si l’appel à la mobilisation a été beaucoup moins suivi que de récents rassemblements « anti-impérialistes » dont les habitants de la capitale sont désormais coutumiers, la place de l’Indépendance a accueilli quelques centaines de manifestants, venus scander leur soutien au gouvernement en place. Au-dessus d’une foule agitée, flottaient des drapeaux tricolores russes et des pancartes arborant une tête de mort ainsi qu’un message : « À mort la France ».

D’un côté, des slogans encensant Assimi Goïta comme « l’espoir du Mali » et appelant à l’aide la Russie. De l’autre, de vivaces « À bas la France, à bas la Cedeao, à bas la Minusma ». À l’initiative de la mobilisation, Adama « Ben » Diarra, leader du mouvement Yerewolo, membre du Conseil national de transition (CNT), et connu pour être l’un des principaux relais du soft-power russe au Mali. « Le seul ressort que les autorités de Bamako peuvent agiter aujourd’hui face à la communauté internationale, c’est de dire “on a le soutien du peuple”, décrypte Lamine Savané, enseignant-chercheur en sociologie politique à l’université de Ségou. Le timing n’est certainement pas fortuit. »

Dans les jours qui ont précédé les manifestations, les rues de Bamako donnaient déjà le ton du ras-le-bol. « Cela fait huit ans que la force française Barkhane est ici, voyez-vous le moindre changement ? Le seul changement, c’est que la situation sécuritaire s’est propagée », peste Mr Coulibaly, commerçant de Bamako qui prend régulièrement part aux manifestations. Assis à ses côtés, Boubacar Thiam souffle sur les braises chargées de réchauffer le thé. Pour lui aussi, « Barkhane a échoué ». Il croit fermement que la Russie « peut faire mieux » et qu’elle offrira un « partenariat gagnant-gagnant », sans ingérence dans les affaires politiques du pays.

Épreuve de force entre Bamako et la Cedeao

L’épreuve de force entre les manifestants et la communauté internationale est loin d’être terminée. La Cedeao exige que la transition n’excède pas dix-huit mois, malgré les demandes répétées de report d’Assimi Goïta. Le président de transition a tenté des donner des gages à ses homologues ouest-africains. Dans un courrier adressé à l’organisation, dont le contenu a été révélé par l’Agence France-Presse, Assimi Goïta s’est engagé à fournir un chronogramme électoral au plus tard le 31 janvier 2022. Une feuille de route censée être pensée et actée lors des Assises nationales de la refondation, qui se sont ouvertes samedi 11 décembre et qui doivent se tenir jusqu’au 30 décembre.

En guise de réponse, l’instance régionale, soutenue par l’Union européenne, a brandi la menace de nouvelles sanctions. Le 7 novembre, elle imposait déjà une interdiction de voyager et le gel des avoirs financiers de l’ensemble des membres des autorités de la transition, à l’exception du président et du chef de la diplomatie. Des sanctions sur lesquelles l’Union européenne vient de décider de s’aligner.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace

Cedeao : comment retrouver une crédibilité mise à mal

décembre 7, 2021
Le président du Nigeria Muhammadu Buhari assiste au 56e sommet ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest à Abuja, le 21 décembre 2019. © Kola SULAIMON/AFP

Alors que s’ouvre ce 12 décembre un sommet crucial de la Cedeao, il est essentiel de rappeler les principes de bonne gouvernance afin d’éviter l’irruption des militaires dans le champ politique.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) fête ce mois-ci le vingtième anniversaire de son protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance. Au cours de ces deux décennies, la sous-région et le continent tout entier ont enregistré de nombreuses évolutions dans le domaine de la gouvernance.

Vagues de « démocratisation »

Pour assurer l’efficacité d’un instrument normatif comme ce protocole, il est important de porter un regard rétrospectif pour voir ce qui a bien fonctionné et ce qu’il faudrait améliorer. Les récentes prises du pouvoir par les militaires en Guinée et au Mali, sur fond de contestations populaires des régimes déchus, offrent une raison de plus pour se consacrer à un tel exercice. Il convient de rappeler d’abord qu’à la fin de la Guerre froide, au début des années­ 1990, plusieurs pays africains ont adopté le multipartisme après des années de parti unique et de régimes autoritaires. En Afrique de l’Ouest, cette vague a commencé par la Conférence nationale au Bénin, tenue du 19 au 28 février 1990. Un des résultats majeurs de cette conférence a été l’adoption d’une nouvelle Constitution qui consacre le multipartisme et la limitation à deux des mandats présidentiels, d’une durée de cinq ans chacun. Plusieurs autres pays de la sous-région adopteront par la suite des formules similaires.

Avec ces vagues de « démocratisation », les militaires qui avaient investi la sphère politique se sont retirés dans les casernes pour se consacrer à leur mission républicaine de protection de l’intégrité territoriale de leurs pays respectifs. Cependant, vers la fin de la décennie 1990, avec des guerres civiles et des coups d’État militaires (surtout en Sierra Leone, Liberia et Guinée-Bissau pour l’Afrique de l’Ouest), les organisations régionales africaines ont adopté un certain nombre d’instruments sur la gouvernance afin de protéger les processus démocratiques de plus en plus menacés et d’en consolider les acquis.

Réhabiliter la déclaration de Lomé

Ainsi, le 10 décembre 1999, la Cedeao a adopté, dans la capitale togolaise, Lomé, un protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Moins d’une année plus tard, dans la même capitale, le trente-sixième sommet de la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA) a adopté, le 12 juillet 2000, une déclaration contre les « changements anticonstitutionnels » de gouvernement, communément appelée Déclaration de Lomé. C’est le tout premier instrument continental contre les prises du pouvoir par les armes.

LES PRINCIPES DE LA BONNE GOUVERNANCE, DE LA TRANSPARENCE ET DES DROITS DE L’HOMME SONT ESSENTIELS POUR GARANTIR DES GOUVERNEMENTS REPRÉSENTATIFS ET STABLES

Pour justifier cette déclaration, les chefs d’État africains rappellent alors l’évolution politique récente du continent avec des cas de coups d’État militaires. Ils regrettent que ces évènements surviennent au moment où les populations commencent à s’habituer à l’État de droit et à la gouvernance démocratique. Ils reconnaissent surtout que « les principes de la bonne gouvernance, de la transparence et des droits de l’homme sont essentiels pour garantir des gouvernements représentatifs et stables, et peuvent contribuer à la prévention des conflits ».

Ce courageux constat des chefs d’État fait une bonne lecture de la situation. En effet, ce sont souvent les actions condamnables des gouvernants qui donnent des arguments aux militaires pour justifier leur irruption dans le champ politique. C’est ce qui a amené la Cedeao à adopter en décembre 2001, un protocole additionnel sur la gouvernance. Ce protocole, dès son premier article, stipule l’interdiction de tout changement anticonstitutionnel, de même que tout mode non démocratique de maintien du pouvoir. Au moment de l’adoption de celui-ci, l’expérience montrait déjà que certains chefs d’État attendaient la fin de leurs mandats constitutionnels en cours pour introduire des changements à leur constitution en vue de se maintenir au pouvoir.

Plaidoyers diplomatiques

Il fallait donc éviter l’abus de modifications des lois fondamentales de ces États membres, notamment celles liées aux élections, comme la constitution et les lois électorales. C’est dans cette logique que l’article 2 de ce protocole prévoit qu’ « aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans les six mois précédant les élections sans le consentement d’une large majorité des acteurs politiques ». C’est sur la base de cette disposition que la Cedeao a pris la décision salutaire de suspendre le Niger de ses organes de décisions.

DE NOMBREUX CITOYENS DE LA RÉGION ÉPROUVENT UN RESSENTIMENT VIS-À-VIS DES « TIÈDES » PRISES DE POSITIONS DE LA CEDEAO SUR LES RÉCENTS COUPS D’ÉTAT MILITAIRE

En effet, le président nigérien d’alors, Mamadou Tandja, avait fait modifier la constitution de son pays par un référendum controversé en août 2009 alors que son second mandat arrivait à échéance en décembre de la même année, soit moins de six mois de la fin de son mandat. C’est d’ailleurs pour éviter de tomber dans une situation similaire, que d’autres leaders, comme l’ancien président guinéen Alpha Condé, ont opéré leur changement bien avant cette période de six mois, rendant ainsi difficile l’intervention de l’organisation sous-régionale. Cette dernière, faute d’instruments juridiques applicables dans un tel contexte s’est résolue à faire des plaidoyers diplomatiques appelant à la retenue et à la recherche de consensus.

Ce faisant, la Cedeao s’est exposée à l’incompréhension et aux critiques des acteurs politiques, des sociétés civiles et des populations en général qui ne comprennent pas forcément ces « élasticités juridiques » ; ce qui les amènent à ne pas se reconnaître dans l’attitude que l’Organisation a pu afficher en pareille circonstance. C’est ce qui explique aussi, en grande partie, le ressentiment de nombreux citoyens de la région vis-à-vis des « tièdes » prises de positions de la Cedeao sur les situations récentes de coup d’État militaire dans des pays comme la Guinée.

Tirer les leçons du passé

Dans notre obligation de tirer les leçons du passé, il est important que ce sommet se penche sur la nécessité d’adapter le protocole additionnel aux réalités du moment. Une disposition qui interdirait carrément tout dépassement consécutif de deux mandats irait dans le bon sens. Il est connu que cela a été tenté sans succès au sommet de mai 2015 de la Cedeao, mais les temps ont changé.

Aujourd’hui, à l’exception de la Gambie, les constitutions de l’ensemble des 15 États membres de la Cedeao prévoient la limitation des mandats à deux. La Guinée et le Mali, dont les constitutions sont suspendues ou dissoutes, vont certainement maintenir la limitation des mandats dans leurs nouvelles constitutions. Le projet de constitution gambienne qui avait été présenté au parlement en septembre 2020 prévoit aussi cette limitation.

Loin de prétendre qu’une telle mesure serait une panacée, nous demeurons convaincu qu’elle contribuera à la promotion de l’alternance démocratique dans la sous-région et donnera à la Cedeao un mandat clair pour agir contre toute nouvelle tentative allant à l’encontre de ce principe. Alors et alors seulement, la Cedeao, organisation sous-régionale pionnière en Afrique et qui a tant fait dans le domaine de l’intégration économique de ses pays membres, jouira pleinement de la confiance et du soutien de ses 400 millions d’habitants et surtout de sa jeunesse qui a tant soif de démocratie et de bonne gouvernance.

Kabiné Komara

Avec Jeune Afrique par Kabiné Komara

Ancien Premier ministre guinéen, chef de la Mission d’observation électorale de la Cedeao au Burkina

Guinée : Mamadi Doumbouya assure qu’Alpha Condé est bien traité et répond à la Cedeao

novembre 15, 2021
Mamadi Doumbouya, à Conakry, le 14 septembre 2021. © CELLOU BINANI/AFP

Mamadi Doumbouya a assuré qu’il n’y avait pas de crise dans son pays et que la Guinée était capable de « régler (ses) problèmes » sans que l’organisation régionale ouest-africaine n’applique les mêmes mesures qu’au Mali.

Dans un entretien diffusé par la télévision nationale dimanche soir, le nouvel homme fort de la Guinée a déclaré que l’ancien président Alpha Condé, que lui et ses hommes ont renversé le 5 septembre, était bien traité, mais que son avenir serait réglé entre Guinéens, sans exclure qu’il ait à rendre des comptes à la justice.

Dans cet entretien, Mamadi Doumbouya s’est gardé de se prononcer sur la durée de la période précédant un retour des civils au pouvoir, tout en se défendant de mener une « purge » dans les services de l’État.

« Ce n’est pas un pays qui est en crise »

La Communauté des États ouest-africains (Cedeao), confrontée à un troisième putsch dans la région en un an après le double coup d’État au Mali, a suspendu mi-septembre la Guinée de ses instances et infligé des sanctions individuelles aux putschistes. Elle a nommé le 7 novembre un envoyé spécial, Mohamed Ibn Chambas, et continue de réclamer la tenue d’élections dans un délai de six mois, ainsi que la libération de l’ex-président Condé, détenu en un lieu gardé secret.

Dans son premier entretien prolongé avec un média, le colonel Doumbouya, investi président de transition, a exprimé son opposition à la nomination d’un envoyé spécial, ainsi qu’à un délai imparti par la Cedeao. « Je pense qu’on est assez intelligent pour régler nos problèmes ensemble entre nous. Ce n’est pas un pays qui est en crise, c’est un pays qui est en phase de prendre son destin en main (…) S’il y avait une crise ici, on pourrait envoyer un envoyé spécial », a-t-il déclaré. Nous voulons tout simplement régler nos problèmes (en) interne. »

NOUS RÉSERVONS À ALPHA CONDÉ UN TRAITEMENT DIGNE

Le colonel Doumbouya a aussi demandé « d’éviter la comparaison » entre Mali et Guinée. « Il n’y a pas de crise en Guinée, a-t-il martelé. Vouloir toujours donner les mêmes remèdes à deux maladies ou trois maladies différentes, je pense que ce n’est pas adapté ». Quant au sort de l’ancien président, « nous lui réservons un traitement digne. Son intégrité physique et morale sont protégées (…) Nous tenons beaucoup à la dignité, la dignité de l’Afrique, à la dignité aussi de nos pères fondateurs ».

Par Jeune Afrique avec AFP 

Mali : la Cedeao salue des « progrès » mais en attend davantage

juin 20, 2021
Le colonel Assimi Goïta, ici le 24 août 2020 à Bamako après le coup d’État contre IBK, a poussé le président de la transition Bah N’Daw à la démission.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a salué samedi des « évolutions positives » au Mali vers la restauration d’un pouvoir civil après un nouveau putsch en mai mais a exigé davantage de progrès pour réintégrer le pays dans ses instances.

Les chefs d’État de la Cedeao réunis en sommet à Accra, la capitale du Ghana, ont décidé de maintenir la suspension du Mali, décidée après le deuxième coup d’État en moins de neuf mois du colonel Assimi Goïta, le 24 mai.

« À ce stade, bien qu’ils aient constaté des évolutions positives, ils ont estimé devoir maintenir la suspension, car ils veulent vérifier la solidité des progrès accomplis », a déclaré aux journalistes le président de la Commission de la Cedeao, Jean-Claude Brou. « Les chefs d’État veulent davantage d’assurances sur ces progrès », a-t-il insisté.

Lors de son investiture en tant que nouveau président de transition, le 7 juin, le colonel Goïta, qui avait déjà renversé le 18 août 2020 le président Ibrahim Boubacar Keïta, réélu deux ans auparavant, a réitéré son engagement à organiser des élections en février 2022.

Pression internationale

Cet engagement avait été mis en doute lorsque le colonel Goïta a fait arrêter le 24 mai le président et le Premier ministre de transition, après la formation d’un nouveau gouvernement dont certaines figures du putsch d’août 2020 avaient été écartées de portefeuilles stratégiques. Aussitôt investi, le colonel Goïta a accédé à une des exigences de la communauté internationale en nommant un Premier ministre civil, Choguel Kokalla Maïga, qui a formé un gouvernement dans lequel plusieurs militaires putschistes retrouvent des postes clé.

La France, qui a réagi au coup de force du 24 mai par la suspension de ses opérations conjointes avec l’armée malienne après des années de coopération contre les jihadistes, a annoncé le 10 juin la fin programmée de son opération Barkhane au Sahel. Le président français Emmanuel Macron a déploré à cette occasion que la Cedeao ait choisi de « reconnaître un putschiste militaire » comme président de la transition au Mali. Cette décision « crée une mauvaise jurisprudence pour les Africains eux-mêmes (…) pour la Cedeao elle-même et par le précédent que cela crée chez beaucoup de voisins », a-t-il déclaré.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali : la Cedeao lève les sanctions après la nomination du gouvernement de transition

octobre 6, 2020
Le Premier ministre de la transition au Mali, Moctar Ouane, en mars 2016 à Alger.

L’organisation ouest africaine a décidé de la levée des sanctions qui pesaient sur le Mali au lendemain de la nomination d’un gouvernement de transition. Celui-ci est composé de militaires, qui y tiennent plusieurs postes-clés, de membres de groupes armés, de technocrates et de quelques personnalités issues du M5.

Évoquant des « avancées notables vers la normalisation constitutionnelle et pour soutenir ce processus », les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont décidé de la levée des sanctions qui pesaient encore sur le Mali.

Annoncée dans une déclaration datée du 5 octobre, signée de la main du président ghanéen Nana Akufo Ado, président en exercice de la Cedeao, cette décision a été rendue publique ce mardi, quelques heures après l’annonce de la nomination d’un gouvernement de transition, qui était l’une des conditions requises par la Cedeao en préalable à la levée des sanctions.

Plus d’une semaine après la nomination du diplomate Moctar Ouane comme Premier ministre de la transition, la composition de son gouvernement a e effet été rendue publique le lundi 5 octobre dans la soirée par le secrétaire général de la présidence, Sékou Traoré.

Les 25 membres de cet exécutif aux allures de gouvernement d’union nationale seront chargés de conduire la transition dans les dix-huit prochains mois.

Trois membres de la junte

La junte s’y taille une place de choix. Plusieurs portefeuilles régaliens ont été en effet confiés à des militaires : quatre officiers, dont trois sont membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août, ont été nommés à des postes-clés.

Le colonel Sadio Camara, ancien directeur du Prytanée militaire de Kati et deuxième vice-président du CNSP, devient ministre de la Défense et des anciens Combattants.

Le colonel Modibo Koné, ancien commandant à Koro (Centre) et troisième vice-président de la junte, est pour sa part nommé à la Sécurité et à la Protection civile.

Autre ministère stratégique, qui échoit à l’un des officiers ayant conduit le coup d’État : celui de la Réconciliation nationale, dont les rênes sont confiées au colonel-major Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air et porte-parole du CNSP (il en fut la figure la plus médiatique dans les jours qui ont suivi le putsch).

Quatrième militaire à faire son entrée au gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga dirigera le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation – un portefeuille capital puisque, en attendant une éventuelle réforme du système électoral, c’est lui qui aura la charge de l’organisation des scrutins.

Des ministres issus de groupes armés

Des membres de groupes armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation de 2015 rejoignent également le gouvernement.

Mossa Ag Attaher et Mahmoud ould Mohamed, de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ont été nommés respectivement ministre de la Jeunesse et des Sports et ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche.

La Plateforme n’a pas été oubliée : deux de ses leaders font leur apparition : Harouna Mahamadou Toureh, ministre du Travail et de la Fonction publique, assurera également les fonctions de porte-parole du gouvernement, et Alhamdou Ag Ilyene devient ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine.

Société civile

À noter aussi que plusieurs personnalités issues de la société civile, dont certaines affiliées au Mouvement du 5 juin- Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), ont été nommées.

C’est le cas de Mohamed Salia Touré, ancien président du Conseil national de la jeunesse (CNJ) et membre de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko. Il « hérite » du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

L’ancien procureur du pôle anti-corruption, Mohamed Sidda Dicko, fait quant à lui une entrée remarquée comme ministre de la Justice et des Droits de l’homme. Un poste d’autant plus stratégique que les nouvelles autorités sont particulièrement attendues sur les questions de lutte contre l’impunité et la corruption.

Autre figure issue de la société civile, Mohamed Coulibaly, proche de Cheick Oumar Sissoko, qui se voit confier la Refondation de l’État et les Relations avec les institutions.

Hamadoun Touré, ancien secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications, est nommé ministre de la Communication et de l’Économie numérique. S’il ne comptait pas parmi ses leaders les plus médiatiques, il était membre du M5.

Technocrates

Conduit par Moctar Ouane, ce gouvernement compte aussi de plusieurs personnalités aux profils de technocrates.

Zeïni Moulaye, ancien ministre des Transports et du Tourisme de 1989 à 1991, ex-ambassadeur du Mali en Arabie saoudite de 2016 à 2020 et ex-conseiller diplomatique d’IBK, a été nommé ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Alhousseini Sanou devient ministre de l’Économie et des Finances, tandis que Doulaye Konaté est nommé ministre de l’Éducation nationale.

La portion congrue pour les femmes

En revanche, la nouvelle équipe gouvernementale, forte de 25 membres, ne compte que quatre femmes. Outre le fait que c’est contraire à la législation, qui prévoit qu’au moins 30% des postes électifs et nominatifs soient confiés aux femmes, aucune n’a obtenu de ministère régalien.

Kadiatou Konaré, fille de l’ancien président Alpha Omar Konaré, a été nommée ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme. Fanta Siby devient ministre de la Santé et du Développement social et Bernadette Keïta aura la charge de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable. Enfin, Bintou Founé Samaké est la nouvelle ministre de la promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

La Cedeao demande la dissolution du CNSP

En annonçant la levée des sanctions, la Cedeao a notamment « pris acte » de l’investiture de Bah N’Daw en tant que président de la transition et de la nomination de Moctar Ouane, un civil, comme Premier ministre.

Elle a également noté que, dans la Charte de la transition publiée au Journal officiel, les dispositions permettant au vice-président – en l’occurrence le colonel Assimi Goïta – de remplacer le président de la transition ont été retirées.

L’organisation régionales demande cependant aux nouvelles autorités de « mettre en oeuvre rapidement les autres décisions du Sommet (d’Accra du 15 septembre dernier), en particulier la libération de tous les officiels militaires et civils arrêtés le 18 août 2020 et la dissolution du CNSP »

Avec Jeune Afrique par Aissatou Diallo