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Suppression des visas dans la Cemac : qu’est-ce qui va changer ?

novembre 9, 2017

Paul Biya, président du Cameroun, et Idriss Déby Itno, président du Tchad, le 31 octobre à N’Djamena lors du sommet de la Cemac. © DR / Présidence du Cameroun

Réunis à N’Djamena, les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale sont parvenus à régler nombre de dossiers épineux… À commencer par la suppression des visas.

Une conjoncture économique défavorable peut avoir des vertus. En butte à des difficultés budgétaires et en quête de relance, l’Afrique centrale bouge enfin. Le 31 octobre, au cours d’un sommet convoqué à N’Djamena, au Tchad, les chefs d’État ont fait aboutir en quelques traits de plume une pile de dossiers pourtant bloqués depuis plus d’une décennie.

Conséquence, le lendemain, 1er novembre, à la suite des autres pays membres, le Cameroun a été le dernier de la Cemac à supprimer l’exigibilité du visa aux ressortissants des autres pays membres. Ironie de l’histoire, les plus réticents à l’ouverture des frontières, décidée en 2013, le Gabon et la Guinée équatoriale, l’avaient même précédé de quelques jours. Il faut croire que la chute des cours du pétrole a mis en berne la force des égoïsmes nationaux.

Concrètement, qu’est-ce qui va changer ? A priori, c’est la fin de toute sorte de tracasseries policières. Mais attention ! Avant de prendre l’avion, il vaut mieux s’assurer que l’on ne risque pas d’être refoulé à l’arrivée. Le Gabon, la Guinée équatoriale et le Congo réservent le passage de leurs frontières sans visa aux seuls détenteurs de passeports biométriques. Le Tchad, le Cameroun et la République centrafricaine, eux, n’exigent qu’une « pièce d’identité sécurisée » en cours de validité.

Vers la fusion de la Cosumaf et la CMF

Le deuxième dossier épineux enfin tranché concerne la création d’une Bourse des valeurs mobilières commune basée à Douala, au Cameroun, en lieu et place des deux actuels marchés financiers. Au bout de treize années de cacophonie, la Cemac se range aux préconisations de départ formulées par la Banque mondiale et le cabinet européen Roland Berger. Sur ce sujet aussi, la mise en œuvre de la décision politique ne sera pas une sinécure.

Fusionneront pour ne constituer qu’un seul régulateur situé à Libreville

Le processus pourrait être celui envisagé en février 2016 par l’ex-gouverneur de la Beac Lucas Abaga Nchama, qui prévoit une période transitoire de trois ans au cours de laquelle les deux marchés continueraient de fonctionner séparément, tout en harmonisant leurs réglementations. Cela implique des doubles cotations, mais aussi que les intermédiaires soient agréés pour opérer sur les deux places boursières.

À la fin du processus, les deux régulateurs – la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) et la Commission des marchés financiers (CMF) du Douala Stock Exchange – fusionneront pour ne constituer qu’un seul régulateur situé à Libreville.

Problème de financement

Le Cameroun se frotte les mains, lui qui portait à bout de bras son propre marché financier tout en versant à la Cosumaf une cotisation annuelle de 350 millions de F CFA (534 000 euros). En revanche, les salariés de la CMF craignent pour leur emploi dès lors que cette structure est vouée à se fondre dans la Cosumaf. Un fonctionnaire communautaire relativise : « La Cosumaf étant en sous-effectif, elle n’aura a priori aucun mal à les absorber. »

Le retour du FMI peut incidemment donner un coup d’accélérateur à l’intégration économique

À propos de l’éternel problème lié au financement de la communauté, une première mesure audacieuse annule 90 % des arriérés dus au non-reversement par plusieurs pays de la taxe communautaire d’intégration dans les comptes de l’organisation « afin de partir sur de nouvelles bases ».

Le retour du FMI peut incidemment donner un coup d’accélérateur à l’intégration économique, d’autant que, dans les réformes que l’institution mène avec les différents gouvernements, un accent particulier est mis sur la cohérence et la compatibilité avec les lignes directrices du programme de réformes économiques de la Cemac.

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Sommet crucial de la Cemac à N’djamena

octobre 25, 2017
Drapeaux des pays membres de la Cemac au siège de l’organisation, à Bangui. © Vincent Fournier/Jeune Afrique/JA

Prévu le 30 octobre prochain à N’djamena, au Tchad, le prochain sommet de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) tentera de relancer une communauté régionale en panne.

En dépit de l’effectivité de la libre circulation, la plupart des autres chantiers de l’intégration sont à l’arrêt : la fusion des deux bourses n’est pas faite ; interrompues en février dernier, les négociations sur les accords de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne n’ont pas repris. En difficulté budgétaire, les pays-membres œuvrent, avec l’appui technique et financier du FMI, à la reconstitution de leurs réserves de change qui ont fondu à cause, notamment, de la chute des prix du pétrole.

Plusieurs dossiers « existentiels » seront à l’ordre du jours :

La libre circulation des personnes

Le 19 octobre dernier, le gouvernement gabonais a annoncé la suppression des visas pour les ressortissants des pays membres de la Cemac. Tout Camerounais, Centrafricain, Congolais, Équato-guinéen ou Tchadien possédant un passeport d’une validité d’au moins trois mois « n’est plus soumis à l’obligation de visa d’entrée au Gabon pour tout séjour ne dépassant pas les trois mois », selon le texte signé par le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha et le ministre de la Défense, Étienne Massard Makaga.

Après le Tchad et la République centrafricaine, le Gabon est le troisième pays de la Cemac à se conformer à la décision communautaire du 25 juin 2013 relative à la libre circulation dans l’espace Cemac. Le Congo a immédiatement suivi le 23 octobre en supprimant lui aussi les formalités de visa par une note signée du ministre de l’Intérieur, Raymond Zéphirin Mboulou. Ne restent plus que le Cameroun et la Guinée équatoriale qui suivront probablement, compte tenu de la menace de sanctions préconisées par le Comité de pilotage des réformes tenu le 28 septembre dernier à Douala.

Le financement de la Communauté

La Commission de la Cemac est minée par de graves problèmes budgétaires. En effet, plusieurs États ne reversent pas la Taxe communautaire d’intégration, destinée notamment à couvrir les dépenses de fonctionnement de l’organisation. Curieusement, ce prélèvement effectué sur les importations en provenance des pays tiers, à hauteur de 1% des transactions douanières, est collecté mais n’est pas souvent reversé dans les comptes de la Cemac.

Le renouvellement de la Commission

Désigné en février dernier lors du Sommet de Djibloho, en Guinée équatoriale, l’ex-Premier ministre gabonais Daniel Ona Ondo prendra effectivement les rênes de la Commission, les chefs d’État ayant refusé d’accorder un deuxième mandat au Congolais Pierre Moussa. Le mandat du collège des commissaires s’achevant en décembre prochain, leur remplacement fait déjà l’objet d’âpres batailles au sein des différents pays-membres.

À pourvoir, aussi, le poste de directeur général adjoint de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), qui devrait être attribué au Congo, conformément au principe de rotation. L’Équato-Guinéen Rafaël Tung Nsue Bilogo devra céder la présidence de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) à un ressortissant tchadien tandis que le Camerounais Désire-Geoffroy Mbock devra quitter la tête du Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique Centrale (Gabac) au profit d’un Centrafricain.

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Selon le FMI, la forte baisse des réserves de change de la CEMAC menace le FCFA

août 7, 2017

Selon le FMI, la forte baisse des réserves de change de la CEMAC menace le FCFA

(Agence Ecofin) – Selon le FMI, la Cemac a perdu 6 milliards de dollars de réserves de change en 2016. Le chef de mission du Fonds monétaire international au Gabon, Alex Segura-Ubiergo, a jeté un pavé dans la mare quant à une possible dévaluation du Franc CFA, lors de la conférence de presse donnée à l’issue de la semaine de travail qu’il a eue avec les autorités et la société civile. 

«Il faut augmenter les recettes d’exportation pour sécuriser les réserves» a-t-il fait savoir selon des propos rapportés par le quotidien pro-gouvernemental « L’Union ». «Car, il faut endiguer et régler définitivement l’érosion des réserves de change des pays de l’espace communautaire, qui souffrent tous ou presque, de la crise pétrolière qui secoue les Etats producteurs, si on veut éviter une dévaluation de la monnaie». 

Aussi, relève-t-il, les fonds affectés aux pays de la Cemac dans le cadre des programmes négociés avec le FMI, doivent-ils «partiellement et impérativement servir à la reconstitution des avoirs extérieurs nets» dont l’érosion manifeste aurait pu «déboucher sur un ajustement monétaire aux conséquences négatives». 

«En 2016, les pays de la Cemac perdaient près de 500 millions de dollars de réserves de change par mois», a fait savoir Mr Segura. Une information conforme à celle fournie par la Banque Centrale, qui dans son rapport annuel 2016, a indiqué une baisse des réserves de l’ordre de 5,7 milliards $ en comparaison au niveau de 2015. Mais le rythme de dégradation de ces réserves à reculé, toujours selon le FMI. Pour les premiers mois de 2017, ces pertes ne représentent plus que 100 millions de dollars par mois.

Avec .com

Congo et Guinée équatoriale : les hauts fonctionnaires devront revoir leur dépenses à la baisse

mars 8, 2017

Le président congolais Denis Sassou-Nguesso à sa résidence officielle à Brazzaville, en République du Congo, le 7 mars 2002. © CHRISTINE NESBITT/AP/SIPA

Pour la Standard Chartered Bank, l’avenir de la Cemac dépend en grande partie de l’ampleur des ajustements qui seront mis en œuvre au Congo et en Guinée équatoriale.

Principaux contributeurs aux réserves de change de la communauté pendant la période d’abondance, ces deux pays sont aussi, en ces temps de vaches maigres, les premiers responsables de leur diminution. Depuis novembre 2014, la dégringolade de leurs réserves de change est estimée à quelque 6,6 milliards de dollars quand, pour l’ensemble de la région, cette baisse se chiffre à un peu plus de 9 milliards.

Au Congo, la quasi-totalité des primes des ministres et des députés sont supprimées

Lorsqu’on ajoute à cela des déficits budgétaires de 7,5 % et de 5,3 % en 2016, respectivement pour le Congo et la Guinée équatoriale, autant dire que ces deux pays, qui ont par ailleurs des options limitées de financement extérieur, vont devoir sérieusement se serrer la ceinture en échange de l’appui du FMI. Des missions de l’institution de Bretton Woods sont arrivées dans les deux pays à la mi-février.

Réduire les dépenses des membres du gouvernements

Elles doivent examiner durant plusieurs jours, avec les autorités locales, les comptes publics pour mettre en place un programme d’ajustement. Au Congo, les dirigeants du pays ont d’ores et déjà entamé une opération de réduction du train de vie de l’État.

Pour les membres du gouvernement, les déplacements à l’étranger sont désormais restreints et ouverts à un maximum de trois collaborateurs. L’accès aux salons VIP dans les aéroports ou encore l’utilisation de jets privés pour les voyages à l’intérieur du pays sont aussi interdits à la plupart des ministres. De même, la quasi-totalité des primes qui leur sont accordées, ainsi qu’aux membres de leur cabinet et aux députés, sont supprimées.

Détecter les fraudes dans l’attribution des aides sociales

Tout comme les subventions trop généreusement accordées aux partis politiques, notamment ceux proches du pouvoir, comme le Parti congolais du travail (PCT). Depuis le début de l’année, une opération de nettoyage du fichier de la fonction publique a été lancée, avec pour objectif de débusquer quelque 20 000 agents fictifs (sur un total de 150 000 en 2015). Une démarche similaire est en cours pour mettre de l’ordre dans les comptes de la Sécurité sociale.

Elle vise à mettre un terme aux fraudes et aux doublons dans les allocations familiales. À toutes ces mesures devrait s’ajouter l’amélioration du niveau, beaucoup trop faible, du recouvrement fiscal.

Jeuneafrique.com par

Le Congo-Brazzaville récolte 193 milliards de F CFA sur les marchés financiers régionaux

janvier 4, 2017

Port de Pointe-Noire © Antonin Borgeaud/Les Éditions du Jaguar

La première opération de ce type lancée par le pays dans l’espace Cemac a été sursouscrite à hauteur de 193 milliards de F CFA (294 millions d’euros), soit 129% des 150 milliards initialement escomptés. Les autorités de Brazzaville ont décidé de retenir l’intégralité du montant.

D’après une source proche du dossier, l’essentiel des souscriptions provient des banques congolaises, camerounaises, gabonaises et centrafricaines.

« Cette augmentation du montant de l’opération, qui respecte le plafond de l’émission des titres publics fixé par la loi des Finances 2016 de la République du Congo, permettra à l’émetteur de poursuivre de façon significative son programme d’investissement public », indique Calixte Nganongo, le ministre congolais des Finances, du Budget et du Portefeuille public, dans un communiqué en date du 29 décembre.

Initialement, le montant levé devait servir à apurer une dette de l’État à l’égard d’un pool bancaire local et à financer des projets d’infrastructures. Ceux-ci concernent la construction de l’université Denis Sassou Nguesso et des logements sociaux, l’édification de la Cité internationale des affaires de Brazzaville et de douze hôpitaux généraux.

Une conjoncture qui pèse

Brazzaville est le dernier grand pays de la Cemac à faire le pari du financement sur le marché obligataire local – une option pourtant recommandée par le FMI, de préférence aux marchés internationaux –, après le Cameroun, le Gabon et le Tchad.

Le projet de loi de finances adopté par le Conseil des ministres congolais début octobre table sur des recettes budgétaires de 1 680 milliards de francs CFA en 2017 (2,56 milliards d’euros), soit une baisse de -28 % par rapport aux 2 333 milliards de F CFA inscrits dans la loi de finances initiale de l’année 2016.

Début août, les tensions de trésorerie du pays sont apparues au grand jour, lorsque l’État n’a pas honoré le paiement d’une échéance d’un emprunt obligataire international contracté en 2007 dans le cadre de la restructuration de sa dette. Les autorités congolaises s’en sont finalement acquittée, renvoyant à une « erreur administrative ».

Jeuneafrique.com par Omer Mbadi à Yaoundé

Chute du pétrole et Boko Haram plombent les économies d’Afrique centrale, selon Lagarde

janvier 8, 2016

Yaoundé – Les pays de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac) sont confrontés à un double choc, entre d’un côté la chute des prix du pétrole, principale ressource de la zone, et de l’autre les attaques du groupe islamistes Boko Haram, a estimé vendredi la patronne du FMI.

Six pays font partie de la zone Cemac, à savoir le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, la Centrafrique et le Tchad.

Le pétrole représente aujourd’hui environ 70 % des exportations de la Cemac et plus d’un tiers de ses recettes budgétaires. Il va de soi que la chute des cours constitue un énorme défi, a expliqué la directrice du FMI, Christine Lagarde, avant une table ronde avec les ministres des Finances de la région à Yaoundé, au Cameroun.

Or, a-t-elle souligné, les perspectives d’une faiblesse persistante des cours du pétrole signifient que les financements disponibles seront nettement plus restreints à l’avenir.

L’autre source d’inquiétude, selon Mme Lagarde, vient du groupe islamiste nigérian Boko Haram, qui sévit notamment au Cameroun et au Tchad, dont les attaques ont perturbé l’activité économique (entrainant souvent l’arrêt des activités commerciales dans les zones frappées par les islamistes, ndlr) et exigé une augmentation des dépenses militaires.

Ces dépenses ont un effet d’éviction sur les crédits dans des domaines cruciaux tels que l’éducation et la santé, a-t-elle regretté.

D’après la directrice du FMI, ces deux chocs pèsent très lourdement sur l’activité: selon les estimations, la croissance dans la CEMAC serait descendue à quelque 2% en 2015, même si la situation varie considérablement d’un pays à l’autre.

Par exemple, la Guinée équatoriale a accusé une forte contraction, tandis que le Cameroun a affiché une croissance, selon Christine Lagarde.

Dans ce contexte, la mise en oeuvre continue de grands programmes d’infrastructures dans la plupart de ces pays a mis en évidence des tensions budgétaires. Le déficit budgétaire combiné de la Cemac se serait creusé à 6.5 % du PIB régional en 2015 selon les estimations du FMI.

Pour assurer une croissance forte et inclusive en 2016, Mme Lagarde préconise notamment une meilleure maîtrise des dépenses dans les projets d’infrastructures, l’accroissement des recettes hors pétrole, notamment dans le domaine fiscale, et une meilleure intégration régionale, le commerce intracommunautaire représentant moins de 5 % des échanges commerciaux de la Cemac.

Romandie.com avec(©AFP / 08 janvier 2016 15h10)

Cemac : le « club des six » en état stationnaire .

juillet 8, 2014
Terminal pétrolier de Total à Djeno, près de Pointe-Noire, au Congo. © Antonin Bourgeaud pour J.A

Terminal pétrolier de Total à Djeno, près de Pointe-Noire, au Congo. © Antonin Bourgeaud pour J.A

A priori, le club des six pays membres de la Cemac a tout pour réussir : une monnaie unique, une union douanière, des règles de convergence budgétaire… Et pourtant, ses échanges commerciaux restent faiblards.

Pour évaluer les performances de la Cemac, mieux vaut lire entre les lignes des rapports publiés par les grandes organisations financières. Le Fonds monétaire international (FMI), notamment, n’en finit pas de vanter les vertus d’une monnaie unique, le franc CFA, qui a permis à l’inflation de rester faible dans les six pays de la Cemac, au coeur d’un continent pourtant peu réputé pour la modération de ses prix. Une réussite à mettre à l’actif de la Communauté, au même titre que son architecture institutionnelle, calquée sur celle de l’Union européenne.

« Si les six pays de la Communauté étaient parfaitement intégrés, ils gagneraient en moyenne deux points de croissance par an », estime un expert.

Pilliers

Les piliers d’une intégration économique sont là : avec son tarif extérieur commun, ses règles de supervision bancaire et de convergence budgétaire, la Cemac est plus intégrée que les marchés communs d’Afrique australe et orientale.

Pourtant, avec une croissance dépassant rarement les 5 %, elle est économiquement inerte, en dépit de ses richesses en hydrocarbures, qui devraient stimuler ses taux.

Les points de convergence sont rares, et, au mieux, inaboutis. C’est le cas pour les infrastructures. Censées faciliter la circulation des marchandises d’un pays membre à l’autre, les routes et voies ferrées sont de piètre qualité, voire inexistantes.

Les interconnexions des réseaux d’électricité relèvent le plus souvent de la chimère. Ainsi, le Tchad est classé bon dernier des pays de la zone franc pour sa couverture électrique. Pis, on voit fleurir, le long du littoral, des projets de ports en eau profonde qui semblent n’avoir d’autre but que de se concurrencer.

Horizon

Enfin, la libre circulation des personnes reste un vain mot. La Guinée équatoriale et le Gabon refusent d’en entendre parler, par peur de voir affluer les chômeurs de leurs voisins moins bien lotis. L’horizon d’un passeport communautaire semble toujours aussi lointain.

L’index de la Fondation Mo Ibrahim, ainsi que le classement « Doing Business » de la Banque mondiale montrent également le très grand retard de la Cemac par rapport aux autres communautés économiques africaines en matière de lutte contre la corruption et de réglementation des affaires.

De son côté, la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi) a publié, en 2013, un rapport, destiné aux chefs d’État de la zone franc, insistant sur la faiblesse de l’intégration financière. Selon cette étude, « le taux de bancarisation est bas, les frais financiers sont élevés, le financement du secteur privé à moyen et à long termes demeure limité, et les marchés financiers restent peu actifs.

Surprise

Pourquoi il faut intégrer les marchés financiers en Afrique centrale

L’intégration commerciale est, elle aussi, médiocre, note le même rapport, selon lequel les échanges entre membres de la Cemac ne dépassent pas 3 % de leur commerce total, alors que cette proportion s’élève à 10 % ou 12 % en Afrique de l’Ouest.

« Si les six pays de la Communauté étaient parfaitement intégrés, ils gagneraient en moyenne deux points de croissance par an », précise Patrick Guillaumont, président de la fondation Ferdi. Une progression considérable, sachant que le taux annuel moyen par tête s’est élevé à 1,7 % entre 1996 et 2006. Autant dire que la plupart des objectifs du millénaire, édictés par la fondation, ne seront pas atteints en 2014, à l’exception de ceux qui concernent la mortalité maternelle et infantile.

Pourquoi la Cemac, qui dispose d’une langue commune (le français) et d’une monnaie commune (le franc CFA), ne créerait-elle pas un fonds communautaire de stabilisation du pétrole, comme le lui suggère le FMI ? Ce fonds pourrait stocker entre 4 et 11 milliards de dollars (entre 3 et 8 milliards d’euros), amortir les variations excessives des cours des hydrocarbures et éviter aux populations de s’appauvrir en cas de crise. Le Tchad et le Congo parient sur la confirmation de la découverte de champs pétroliers dans leurs sous-sols respectifs.

De son côté, le Gabon espère de bonnes surprises dans ses eaux profondes. Mais, en attendant cette manne hypothétique, la baisse de la production pétrolière régionale dépasse les 3 % par an, et ce recul risque de poser des problèmes budgétaires à l’ensemble de la Communauté.

À fond dans les fonds souverains

Comme l’Algérie, le Botswana, l’Angola ou le Nigeria, les États d’Afrique centrale cèdent, ces dernières années, à la mode des fonds souverains. La Guinée équatoriale a été le premier pays de la zone à se positionner sur ce créneau, en créant, en 2002, son Fonds pour les générations futures, actuellement doté de 80 millions de dollars (59 millions d’euros), soit une goutte de pétrole pour un pays qui produit plus de 100 millions de barils par an.

Le Gabon, qui a lancé son Fonds souverain de la République gabonaise (FSRG) en 2012, s’est montré plus généreux. Estimé à 400 millions de dollars (295 millions d’euros), le FSRG est alimenté, entre autres, par un prélèvement de 10 % sur les recettes pétrolières, prévu dans la loi de finances, et s’inscrit dans la volonté de l’exécutif gabonais d’être plus actif dans la gestion des ressources du pays.

Les autres membres de la Cemac gardent, pour l’instant, l’arme financière au pied. Le Tchad n’a toujours pas respecté sa promesse, pourtant donnée à la Banque mondiale au lendemain des premières découvertes pétrolières, de mettre en place un tel instrument, pendant que le Congo continue d’y penser. Une loi a bien été adoptée en février, à Brazzaville, portant création du fonds congolais d’investissement, mais aucun montant ne lui a pour l’instant été alloué, et ses règles de financement n’ont pas été clairement définies.

Une tendance s’affirme néanmoins à l’échelle nationale. Reste que, pour un éventuel fonds Cemac, « il y a un pas qu’aucun État n’est encore prêt à franchir », assure un expert financier de la zone.

Jeuneafrique.com par Alain Faujas et Nicolas Teisserenc