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Guinée – Kabinet Cissé, président de la Ceni : « Nous ne céderons pas aux pressions extérieures »

juillet 25, 2020

 Kabinet Cissé (au centre), après son élection à la présidence de la Commission électoral nationale indépendante de Guinée, le 26 mai 2020.

Kabinet Cissé (au centre), après son élection à la présidence de la Commission électoral nationale indépendante de Guinée, le 26 mai 2020. © DR / CENI Guinée

À quelques mois de la présidentielle, c’est lui qui a la charge d’organiser des « élections libres, transparentes et inclusives ». Kabinet Cissé, président de la Ceni, expose sa feuille de route et affiche sa volonté d’indépendance.

En acceptant la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Kabinet Cissé savait qu’il prenait les rênes de l’une des institutions les plus difficiles à gérer à Conakry. Mais le nouveau président a vite pris ses marques. À peine investi, il a proposé à Alpha Condé la date du 18 octobre pour la tenue du scrutin. En attendant la validation du chef de l’État, il a d’ores et déjà fixé le chronogramme à suivre.

Le nouveau patron de la Ceni entend marquer une rupture avec ses prédécesseurs. Les querelles politiques ne sont pas ses affaires, confie-t-il à Jeune Afrique, exprimant son souhait de voir naître une réforme globale de la Commission, basée sur une « Ceni technique » où les commissaires désignés par les partis politiques seraient relégués à une fonction administrative.

Jeune Afrique : La Ceni a proposé la date du 18 octobre prochain pour la tenue des élections présidentielles. Ce calendrier est-il tenable, dans le contexte actuel ? 

Oui, cette date est tout à fait tenable, et nous y travaillons avec tous les commissaires de la Ceni. Par ailleurs, il est important de préciser qu’elle est indicative et n’est en aucun cas définitive. Conformément à la loi, il appartient au président de la République de l’entériner ou non.

Son mandat prenant fin entre le 20 et le 21 décembre prochain, il était de notre devoir de fixer une date « technique ». En effet, toujours selon la loi, l’élection présidentielle doit se tenir 60 jours au moins et 90 jours au plus avant l’expiration du mandat précédent. C’est ainsi que nous avons privilégié la date du 18 octobre.

Quoi qu’il en soit, la Ceni a déjà commencé à dérouler son chronogramme depuis le 20 juillet. L’objectif est d’assainir le fichier électoral pour favoriser une élection libre, transparente et inclusive.

Lors du double scrutin du 22 mars 2020, le chronogramme de la Ceni a longtemps divisé en son sein. Les commissaires issus de l’opposition l’ont maintes fois rejeté, ainsi que plusieurs organisations internationales. Allez-vous prendre en compte ces critiques ? 

Oui, la Ceni a connu quelques difficultés ces dernières années, mais nous ne céderons pas aux pressions extérieures et nous n’accorderons aucun crédit aux polémiques. Seul le respect de la loi nous importe.

La principale mission de la Commission est de régler la question relative aux 2,4 millions d’électeurs qui ont été écartés lors du double scrutin de mars car considérés comme « problématiques ». Certains ont prétendu que ces électeurs étaient fictifs, c’est faux. Ils existent, mais nombres d’entre eux ne possèdent pas de carte d’identité numérique ou n’ont pas participé à la dernière campagne de recensement.

La tâche qui nous incombe aujourd’hui est de régulariser la situation de ces citoyens pour les intégrer dans le processus électoral.

Le débat sur le fichier électoral est récurent. D’où vient réellement ce problème ?

Je pense que la difficulté fondamentale vient d’une mauvaise interprétation de la loi. Conformément au code électoral, un recensement ordinaire de 90 jours doit se tenir tous les ans. Celui-ci doit débuter entre le 1er octobre et le 31 décembre. Or cette règle n’a jamais été respectée. De facto, on se retrouve avec un fichier électoral non qualifié, qui n’est pas mis à jour, et, les années passant, des millions de Guinéens disparaissent des radars électoraux.

Comment va se dérouler cette campagne de recensement ?

Nous avons déployé 2 000 kits d’enrôlement sur tout le territoire et 2 000 équipes composées de cinq personnes chacune. Nous avons également mis à contribution les autorités locales, qui connaissent les citoyens de leurs circonscriptions. Une campagne de sensibilisation va venir renforcer le processus.

Cette campagne de révision exceptionnelle nous permettra d’enrôler en quinze jours les citoyens qui ne se sont jamais fait recenser, d’effacer les doublons à l’aide de la prise d’empreintes et de munir les électeurs d’une carte d’identité conforme à la législation actuelle.

Allez-vous  demander à nouveau une assistance technique à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ou à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao)?

Dans la phase où nous nous trouvons actuellement, nous n’avons pas besoin de ces organisations. Nous sommes dotés d’outils et de logiciels solides – développés par l’entreprise sud-coréenne Miru Systems et la société Innovatrices – qui nous permettent de mener ces opérations en toute autonomie.

Vous affirmez que tous les commissaires de la Ceni vous soutiennent pour mener à bien le scrutin à venir. Or, le 20 juin dernier, les commissaires issus de l’opposition ont publié un communiqué dans lequel ils remettent en cause le chronogramme que vous avez proposé. Que leur répondez-vous ?

J’ai constaté que lors de la discussion autour de la date du 18 octobre, un seul commissaire avait exprimé sa réserve. J’entends les revendications, mais il ne faut pas nécessairement avoir une lecture négative des critiques. Je considère qu’elles permettent aussi d’améliorer le processus. Une chose est sûre : aujourd’hui, le dialogue est bien instauré entre tous les commissaires. C’est ce qui m’importe.

Doit-on réformer la Ceni ?

À terme, une réforme apparaît nécessaire. Actuellement, la Commission est composée de commissaires issus de la mouvance et de l’opposition, ce qui permet d’équilibrer les points de vue. Mais je pense fondamentalement qu’il est dans l’intérêt de tous de mettre en place une Ceni constituée de techniciens. Il faut ainsi réduire le rôle des commissaires et limiter ces derniers à une gestion administrative. Cette réforme peut notamment permettre de balayer les critiques qui disent que la Commission est trop politisée.

Comment allez-vous faire pour retrouver la confiance de ceux qui reprochent à la Ceni d’être instrumentalisée par la majorité présidentielle ?

Il faut arrêter de faire de tels raccourcis ! La Ceni ne se résume pas aux commissaires nommés par les partis politiques. Dans son fonctionnement, la loi oblige que la présidence soit briguée par un membre de la société civile. C’est ainsi que j’ai été nommé, tout comme mes prédécesseurs. Depuis que j’ai pris mes fonctions, c’est cette démarche que je prône. Je suis à l’écoute de tous les camps, de leurs préoccupations, et j’encourage tout un chacun à s’exprimer.

L’opposition affirme qu’elle n’ira pas aux élections si Alpha Condé se présente à nouveau. Si ce scénario se vérifie, comment garantir le caractère inclusif de l’élection ? 

Il faut que les choses soient claires : la Ceni est une organisation apolitique. Les demandes de l’opposition ne nous concernent pas mais s’adressent à l’État et à la classe politique, notamment la mouvance présidentielle.

Si l’opposition pose des conditions qui doivent se régler dans d’autres instances, cela ne nous regarde pas. Oui, la Ceni souhaite des élections libres, transparentes et inclusives. La question relative à cette transparence est de notre prérogative. Le reste relève du domaine politique.

Avec Jeun Afrique par Fatoumata Diallo

RDC : Jean-Pierre Bemba salue le « bilan positif » de la marche contre le nouveau président de la Ceni

juillet 13, 2020

Plusieurs milliers de personnes, dont l'opposant Jean-Pierre Bemba, ont manifesté à Kinshasa, ce 13 juillet, avant que la marche, interdite par les autorités, ne soit dispersée.

Plusieurs milliers de personnes, dont l’opposant Jean-Pierre Bemba, ont manifesté à Kinshasa, ce 13 juillet, avant que la marche, interdite par les autorités, ne soit dispersée. © Stanis Bukakera pour JA 

Des milliers de personnes se sont rassemblées lundi à Kinshasa pour une marche interdite par les autorités contre le choix d’un nouveau président de la Commission électorale, quatre jours après des affrontements qui ont fait cinq morts. Jean-Pierre Bemba, seul leader de la coalition Lamuka à s’être joint aux manifestants, s’est félicité de l’ampleur de la mobilisation.

Les manifestants ont envahi le boulevard Lumumba, en présence de l’ancien chef de guerre Jean-Pierre Bemba, un des leaders de l’opposition. La manifestation, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes, a été le théâtre de heurts, en début d’après-midi, au niveau de l’échangeur de Limete, où les forces de l’ordre avaient pris position pour bloquer la poursuite de la marche, tirant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

« Bilan positif », pour Jean-Pierre Bemba

« De manière pacifique, nous disons non à la désignation frauduleuse, non consensuelle et non transparente des animateurs de la Commission électorale nationale indépendante », a déclaré Jean-Pierre Bemba, seul leader de la coalition Lamuka a s’être joint aux manifestants, lors d’un court point presse face à une poignée de journalistes. « Je pense que le bilan est positif. Je n’ai pas entendu parler des blessés, de morts ou de pillages. Je m’en réjouis, et je remercie la population », a-t-il ajouté.

« Un grand merci pour votre forte mobilisation. Unis et déterminés nous ferons basculer les décisions pernicieuses et arbitraires à l’encontre de la volonté du peuple », a par ailleurs écrit Jean-Pierre Bemba dans un tweet, adressant par ailleurs des remerciements à la police pour « avoir encadré les manifestants tout au long de la marche ».

Ailleurs dans le pays, des rassemblements ont été dispersés à Bukavu (est) et Kananga (centre) à coup de gaz lacrymogènes. Ces marches dénoncent le choix du nouveau président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), accusée par les opposants de fraudes électorales à chaque scrutin.

La Ceni contestée

La marche de lundi était organisée par la principale coalition des partis d’opposition Lamuka. La manifestation a été « reportée » dans la deuxième ville Lubumbashi, ont indiqué les organisateurs, qui redoutent des incidents provoqués par des « infiltrés » pour mettre en cause un des leaders de Lamuka, Moïse Katumbi.

Des marches semblables avaient été organisées jeudi par le parti présidentiel Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Cinq manifestants avaient alors été tués (deux à Kinshasa et trois à Lumbumbashi), selon un bilan du ministre de l’Intérieur. De plus, 20 policiers ont été blessés à Kinshasa dont deux grièvement, selon ce même bilan qui par ailleurs ne confirme pas une rumeur assurant qu’un policier avait été lynché par la foule dans la capitale.

En conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi a indiqué qu’il « peut comprendre » ces réactions face aux « irrégularités » dans le choix du nouveau président de la Commission électorale, mais qu’« il condamne » les violences.

C’est le président qui doit valider in fine le choix du nouveau président de la Commission électorale. Il a été entériné par l’Assemblée nationale, sur proposition de la société civile. Les autorités justifient l’interdiction des marches par l’état d’urgence sanitaire face à la pandémie de Covid-19. Une troisième marche est prévue dimanche à l’appel d’un collectif catholique et de mouvements citoyens.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC : Ronsard Malonda prend la tête de la Ceni, mais la controverse ne faiblit pas

juillet 3, 2020

Siège de la Ceni, à Kinshasa, en 2017.

Siège de la Ceni, à Kinshasa, en 2017. © John Wessels / AFP

 

L’Assemblée nationale a entériné le choix de Ronsard Malonda pour présider la commission électorale, après plusieurs jours de tractations. La société civile et l’opposition dénoncent un passage en force.

Corneille Nangaa tient son successeur : Ronsard Malonda, dont le nom a été choisi par six des huit confessions religieuses chargées de désigner le prochain président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), a été confirmé en plénière à l’issue d’une séance tendue. Sa nomination doit désormais être entérinée par le président de la République.

L’opposition et la société civile dénoncent depuis plusieurs jours ce choix, accusant Ronsard Malonda d’avoir joué un rôle lors du scrutin controversé de décembre 2018.

L’intéressé a occupé plusieurs postes au sein de la Ceni au cours des quinze dernière années. Depuis 2015, il était secrétaire exécutif national auprès de Nangaa, une fonction qui consiste, selon la loi organique, à appliquer les décisions de la Commission.

À l’issue d’une réunion tenue les 8 et 9 juin sous l’égide du cardinal Ambongo, les huit représentants des confessions religieuses n’étaient pas parvenus à un consensus.

« Passage en force »

Menée par les kimbanguistes, soutenus par cinq autres confessions (la Communauté islamique, l’Union des Églises indépendantes du Congo, l’Église du réveil du Congo, l’Église orthodoxe et l’Armée du salut), un premier groupe avait opté pour Ronsard Malonda. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et les protestants de l’Église du Christ au Congo (ECC) s’étaient opposés à sa nomination, au motif qu’il avait participé au précédent scrutin.

Le PV portant nomination de Malonda, signé à l’issue d’un vote que la Cenco et l’ECC conteste, était néanmoins parvenu jusqu’à l’Assemblée nationale. « Notre seul mission est d’entériner ce choix comme la loi le prévoit », nous explique-t-on au sein de l’équipe de Jeanine Mabunda, la présidente de l’Assemblée.

Plusieurs députés affirment ne pas avoir été informés que la question serait à l’ordre du jour.

Depuis plusieurs jours, société civile et opposition s’étaient mobilisées contre Ronsard Malonda. La Cenco et l’ECC ont notamment dénoncé un « passage en force » de la majorité.

Lors de son homélie pour le 60e anniversaire de l’indépendance de la RDC, le 30 juin, le cardinal Ambongo avait appelé la population à se tenir prête à se mobiliser. « Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils s’obstineront à faire passer ces lois et ces personnages à la tête de la Ceni, il faudra qu’ils nous trouvent sur leur chemin », avait-il affirmé.

Dans une réponse publiée par communiqué le lendemain, les six autres confessions religieuses qui soutiennent Malonda ont dénoncé des « évangiles de croisade » et affirmé que la RDC n’avait besoin ni de martyrs ni d’un mouvement insurrectionnel.

Report de la réforme judiciaire

Cette décision est intervenue alors que cette question ne figurait pas à l’ordre du jour de la plénière. Le matin même, plusieurs députés affirmaient ne pas en avoir été informés. L’entérinement a par ailleurs eu lieu alors qu’une réunion bilatérale se tenait entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pour évoquer les points de crispation entre la coalition Cach et le Front commun pour le Congo (FCC).

L’examen des propositions de réforme judiciaire initiée par le FCC de Joseph Kabila a en revanche été reporté à la prochaine session parlementaire, en septembre. Le camp Kabila affirme vouloir faire « de la pédagogie » sur ces lois qui ont provoqué une levée de boucliers au sein de l’opposition, du camp Tshisekedi et de la société civile.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

Guinée : Amadou Salif Kébé, le président de la Ceni, emporté par le coronavirus

avril 17, 2020

Me Salif Kébé, président de la Ceni de Guinée Conakry, le 30 janvier 2018.

Me Salif Kébé, président de la Ceni de Guinée Conakry, le 30 janvier 2018. © Diawo Barry pour JA

 

À la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) depuis juillet 2018, l’avocat Amadou Salif Kébé avait notamment supervisé le double scrutin du 22 mars dernier.

Le président de la Commission électorale et indépendante guinéenne (Ceni), Me Amadou Salif Kebé, est décédé ce vendredi 17 avril à l’hôpital de Donka, à Conakry, des suites du Covid-19.

Confiné chez lui depuis une dizaine de jours, il avait été admis le 14 avril au CHU de Donka, un établissement en première ligne dans la lutte contre la pandémie, à la suite d’une dégradation de son état de santé, aggravé par le diabète. Selon une source proche de la mouvance présidentielle, Amadou Salif Kebé aurait été contaminé par des observateurs de la société civile africaine venus en Guinée pour superviser le double scrutin électoral du 22 mars dernier. L’un d’entre eux est toujours hospitalisé.

Le président de la Ceni est la troisième victime du Covid-19 en Guinée, qui compte 438 cas confirmés, dont 49 guérisons, au 17 avril.

Un homme déterminé

Ancien avocat, Amadou Salif Kebé avait été porté à la tête de l’institution par 18 commissaires sur 19 à la suite d’une motion de défiance déclenchée contre son prédécesseur, Bakary Fofana. Depuis, il avait la lourde tâche d’assainir le fichier électoral guinéen et de conduire le double scrutin boycotté par une partie de l’opposition. « Mon équipe et moi faisons du mieux que nous pouvons afin que les élections soient de qualité », avait-il affirmé à Jeune Afrique en février 2018.

Souvent décrié par les détracteurs du pouvoir, le patron de la Ceni n’a jamais flanché et s’est toujours dit « serein », ne cessant de défendre l’institution qu’il a présidée durant un an et demi.

Sa dernière apparition publique date du 2 avril, lorsqu’il a annoncé les résultats provisoires des élections législatives et du référendum constitutionnel.

Avec Jeuneafrique par Fatoumata Diallo

Élections en RDC: la liste des candidats officialise l’exclusion de Bemba et Katumbi

septembre 19, 2018

Kinshasa – Le processus électoral en République démocratique du Congo aborde sa dernière ligne droite avec la publication mercredi de la liste définitive des candidats qui doit officialiser l’exclusion de deux poids lourds de l’opposition, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

Deux autres opposants, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, et le « dauphin » du président Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, sont les principales figures de la liste d’une vingtaine de noms que la Commission électorale nationale indépendante (Céni) doit publier dans la journée, à 94 jours du scrutin.

Cette liste ouvre la voie à la campagne électorale (à partir du 22 novembre) puis aux élections présidentielle, législatives et provinciales prévues le 23 décembre pour désigner le successeur du président Kabila, qui ne pouvait pas constitutionnellement se représenter.

Enjeu: une première transition pacifique dans le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne, où les défis politiques et logistiques pour des élections « crédibles, transparentes, apaisées » sont encore immenses.

Le calendrier électoral se déroule toujours au jour près, malgré les tensions suscitées par la mise à l’écart de MM. Katumbi et Bemba.

Allié du président Kabila passé à l’opposition fin 2015 et qui vit en exil à l’étranger depuis 2016, M. Katumbi affirme avoir été empêché de rentrer en RDC où il est poursuivi par la justice début août quand il s’est présenté au poste-frontière avec la Zambie.

Ex-chef rebelle et vice-président, la candidature de M. Bemba a été invalidée en raison de sa condamnation pour subornation de témoins par la Cour pénale internationale (CPI) qui l’avait acquitté de sa peine pour crimes de guerre et contre l’humanité.

« Kabila a eu peur de moi », a lancé M. Bemba.

Privée de deux de ses leaders, l’opposition cherche un candidat commun pour défier le « dauphin » du président Kabila, mais n’exclue pas le boycott des élections sur fond du refus de « machines à voter » controversées.

Jean-Pierre Bemba a résumé la situation en affirmant que « si l’opposition s’unit derrière un candidat, alors oui, je pourrai faire abstraction de ma personne. Je soutiendrai quelqu’un et je le ferai gagner ».

Un boycott des élections « ne serait pas ma décision personnelle, mais celle de l’opposition. Nous n’en sommes pas là », a ajouté le chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), l’un des principaux partis d’opposition.

– « Des actes qui rassurent » –

L’opposition en dira plus sur sa stratégie d’ici une réunion publique qu’elle annonce pour le 29 septembre à Kinshasa, après de récents conciliabules à Bruxelles, et une rencontre à Johannesburg avec le parti au pouvoir en Afrique du Sud, l’ANC.

Ce rassemblement sera un test sur le climat politique en RDC où la plupart des manifestations sont interdites sous prétexte que la campagne n’a pas encore commencé.

Les élections ont déjà été reportées deux fois, fin 2016 et fin 2017.

« Après avoir été roulé en décembre 2016 et 2017, le peuple craint de revivre les mêmes travers et les mêmes mésaventures qui éloignent l’alternance au sommet de l’État », écrivait mercredi le quotidien Le Potentiel, à l’unisson de ceux qui craignent un nouveau report.

« Chaque jour qui passe, la commission électorale pose des actes qui rassurent sur la tenue effective des scrutins tant attendus par l’ensemble du peuple congolais », a assuré au contraire mardi la Céni en annonçant l’arrivée d' »un premier lot de 17.944 isoloirs » et « la fin de la production en Corée du Sud des 105.257 machines à voter ».

Acheminées vers la RDC via Matadi ou Dar es Salaam, les machines « seront déployées sans attendre la configuration définitive des bulletins de vote », selon la Céni.

Pour cette tâche titanesque, la commission électorale refuse toute aide extérieure, même celle de la Mission des Nations unies (Monusco) présente depuis 20 ans en RDC, au nom de la souveraineté nationale.

L’opposition et la société civile demandent l’abandon de ces machines qu’elles surnomment « machines à tricher, à voler ou à frauder ».

Des experts britanniques ont énuméré « quinze risques à atténuer » dans son utilisation.

L’opposition critique également les millions d’électeurs sans empreintes digitales sur le fichiers électoral qui comprend 40 millions de noms et qui a déjà été nettoyé de ses doublons.

A l’instar de l’ANC mardi, les « partenaires » de la RDC redoutent « le chaos, l’instabilité et la violence » en cas d’échec du processus électoral dans cet immense pays au coeur du continent.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2018 10h41)                                                        

RDC: manifestations contre la « machine à voter »

septembre 3, 2018

Kinshasa – Des militants de Lucha (Lutte pour le changement) ont été dispersés ou interpellés lundi lors des manifestations contre la « machine à voter » en République démocratique du Congo, à moins de quatre mois de la présidentielle qui doit élire le successeur du président Joseph Kabila.

A Kinshasa, 22 militants ont été brièvement interpellés devant le siège de la commission électorale (Céni). « Ils ont tenté de marcher, la police les a interpellés. Mais, il n’y avait pas de motif pour les arrêter, je les ai relâchés », a déclaré à l’AFP le général Sylvano Kasongo, chef de la police de Kinshasa.

« Les jeunes de Lucha sont venus, ils n’avaient pas peur, ils sont allés jusque devant la Céni en scandant: non à la machine à voter, non à la machine à voter », a témoigné un vendeur des carte téléphonique.

« Ils ont été interpellés sans opposer de résistance, ils ont été jetés dans une jeep de la police », a ajouté un autre témoin.

A Goma, capitale du Nord-Kivu (est), une manifestation de Lucha a violemment été dispersée par les forces de l’ordre. Plusieurs militants ont été bastonnés et d’autres interpellés, selon un correspondant de l’AFP.

« Nous avons rétabli l’ordre public, il y a une vingtaine des jeunes interpellés », a déclaré à l’AFP le colonel Job Alisi, commandant de la police de Goma (Nord-Kivu).

« Je n’ai pas autorisé la marche d’aujourd’hui, la police n’a fait que son travail de rétablir l’ordre », a dit le maire de Goma, Timothée Mwissa Kiense.

A Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu (est), 17 militants ont été interpellés pendant une heure, selon le mouvement.

« Nous avons été brutalisés, tabassés, torturés. Deux d’entre nous sont grièvement blessés et d’autres ont des égratignures, d’autres ont perdu de l’argent et leurs téléphones portables », a déclaré à l’AFP la militante Judith Maroy.

« Ces militants de la Lucha n’ont été ni brutalisés ni torturés, ils ont été dispersés et les interpellés ont été relâchés sans être verbalisés », a réagi Linda Marhegane, porte-parole de la police.

Des interpellations ont eu lieu ailleurs: 18 à Mbandaka (nord-ouest), deux à Lubumbashi (sud-est), sept à Tshikapa et six à Mbuji-Mayi (centre). Une marche a été dispersée à Kisangani.

A Kananga, grande ville du Kasaï (centre) les militants ont manifesté jusqu’au siège de la Céni où ils ont déposé un mémorandum dans lequel ils exigent « l’abandon de la machine à voter et l’extirpation de 16% d’électeurs fictifs » du fichier électoral, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Lucha avait appelé à des marches pour exiger l’abandon des « machines à voter ».

Ces machines, qui servent à choisir les candidats et à imprimer les bulletins de vote, sont au coeur d’une controverse entre la Céni et l’opposition.

Jeudi, la Céni avait dénoncé un « débat politique » et des « intoxications » au sujet des machines à voter et du fichier.

Joseph Kabila, dont le second mandat aurait dû s’achever en décembre 2016 et qui ne pouvait pas se représenter, a désigné comme candidat de son parti Ramazani Shadary.

Romandie.com avec(©AFP / 03 septembre 2018 14h43)                                                        

Élections en RDC: émois autour de la candidature d’un milicien condamné pour viols sur enfants

août 28, 2018

Bukavu (RD Congo) – La candidature d’un milicien, condamné à perpétuité pour des viols sur des fillettes, a été jugée recevable aux élections provinciales en République démocratique du Congo, suscitant la colère d’une ONG contre la commission électorale.

« Son cas nous avait échappé. Des corrections sont en cours », a assuré cette même commission à l’AFP.

La candidature de Frédéric Batumike, 64 ans, a été retenue dans la circonscription de Kabare dans la province du Sud Kivu (est), selon une liste provisoire en date du 26 juillet disponible sur le site de la Commission électorale nationale et indépendante (Céni).

Ce même 26 juillet, la Haute cour militaire avait confirmé en appel sa condamnation à la réclusion à perpétuité pour le viol d’une quarantaine de fillettes âgées de 18 mois à 12 ans dans la région de Bukavu entre 2013 et 2016.

Il avait été condamné en première instance en décembre par un tribunal militaire « pour crime contre l’humanité par viol et par meurtre », avec dix complices. Il était accusé d’appartenir à la milice « Djeshi ya Yesu » (Armée de Jésus).

Parties civiles et ONG avaient salué une victoire historique contre l’impunité des crimes sexuels en zone de conflit.

Une organisation citoyenne locale, la Nouvelle dynamique de la société civile, a exprimé mardi « sa désagréable surprise de retrouver le nom de Frédéric Batumike sur les listes définitives des candidats députés provinciaux ».

« Maintenir des criminels et écarter certains citoyens sur la base de considérations et d’injonctions politiques vient enlever le peu de confiance et de crédibilité qui restait à la Céni », ajoute le communiqué.

La Céni a déclaré vendredi irrecevables six candidats -sur 25- à l’élection présidentielle, dont l’ex-chef de guerre et ex-vice président Jean-Pierre Bemba.

L’opposition a accusé la Céni d’obéir aux « injonctions » du pouvoir pour écarter des candidats.

« Nous avons été informés en retard de sa condamnation. Batumike sera invalidé », a déclaré à l’AFP le président de la Céni, Corneille Nangaa.

Les élections présidentielle, législatives et provinciales sont prévues le 23 décembre.

Romandie.com avec(©AFP / 28 août 2018 23h11)                                                        

RDC: Réaction de Jean-Pierre Bemba suite à l’invalidation de sa candidature par la CENI

août 26, 2018

 

RDC: la candidature de Bemba « irrecevable », la tension remonte

août 24, 2018

L’opposant congolais Jean-Pierre Bemba s’adresse à la presse le 2 août 2018 à Kinshasa. / © AFP / Junior D. KANNAH

La tension est repartie à la hausse en République démocratique du Congo où la candidature de l’ex-chef de guerre Jean-Pierre Bemba a été jugée « irrecevable » vendredi par la commission électorale, ce qui a suscité la colère de l’opposition contre le président Joseph Kabila et un « simulacre » d’élection.

La commission électorale nationale et indépendante (Céni) a officiellement rejeté la candidature de M. Bemba, adversaire du président Kabila depuis 2006, en raison de sa condamnation par la Cour pénale internationale dans une affaire annexe de subornation de témoins.

M. Bemba avait fait un retour triomphal à Kinshasa le 1er août après son acquittement en juin par la CPI dans l’affaire principale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité (18 ans de prison).

Début juillet, l’affaire pour subornation de témoins est revenue devant un procureur de la CPI qui a requis un maximum de cinq ans de prison. Les avocats de M. Bemba plaident la relaxe, mettant en avant ses dix ans déjà passés derrière les barreaux.

A Kinshasa, le cas Bemba est avant tout politique.

Juste avant l’annonce de la commission électorale, l’ensemble de l’opposition au président Joseph Kabila avait lancé un appel à la « mobilisation générale » en accusant « le pouvoir en place » de vouloir « exclure » plusieurs de ses candidats.

L’opposition exige « que monsieur Kabila et sa famille politique libèrent le processus électoral, en arrêtant de donner des injonctions à la commission électorale », lit-on dans ce communiqué signé par M. Bemba, l’opposant en exil Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi.

– Liste définitive le 19 septembre –

Au total, la commission électorale a écarté six candidats sur les 25 qui avaient déposé leur dossier à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre.

Outre M. Bemba, la commission a écarté trois anciens premiers ministres de M. Kabila, Samy Badibanga, Adolphe Muzito, et Antoine Gizenga, 92 ans, ex-frère d’armes du héros de l’indépendance Patrice Lumumba en 1960.

« Ces invalidations sont inacceptables et montrent encore une fois l’instrumentalisation totale de la Céni par Kabila », a réagi sur Twitter Moïse Katumbi.

Ex-gouverneur du Katanga passé à l’opposition en 2015, M. Katumbi affirme avoir été lui-même empêché de rentrer en RDC pour déposer sa candidature lorsqu’il s’est présenté les 3 et 4 août au poste-frontalier entre la Zambie et le Congo.

Il vit depuis mai 2016 en Belgique et a été condamné en son absence à trois ans de prison. « Un fugitif », pour le ministre de la Justice, qui fait état d’un mandat d’arrêt international contre lui.

« Avec la population, l’opposition, la société civile, et nos partenaires, faisons front, augmentons la pression, refusons le simulacre d’élections +kabilistes+ », ajoute M. Katumbi.

Les six candidats écartés peuvent saisir la Cour constitutionnelle dans les 48 heures. La commission électorale doit publier la liste définitive -après recours- des candidats le 19 septembre.

La commission a en revanche retenu le dossier de Félix Tshisekedi, président du parti historique d’opposition UPDS, et fils de son fondateur, Etienne Tshisekedi, décédé à Bruxelles le 1er février 2017.

Elle a aussi validé la candidature de l’ex-ministre de l’Intérieur et chef du parti présidentiel PPRD Emmanuel Ramazani Shadary, le « dauphin » désigné par le président Kabila et sa coalition Front commun pour le Congo (FCC).

Le retrait de M. Kabila, qui ne pouvait plus se représenter mais que ses adversaires soupçonnaient de vouloir passer en force, avait été perçu comme un signe encourageant par certains observateurs.

« Le renoncement de M. Kabila à un troisième mandat inconstitutionnel ne constituait pas la fin du combat dans la quête d’élections inclusives, transparentes, crédibles et apaisées », préviennent les opposants dans leur communiqué.

Plus grand pays d’Afrique sub-saharienne (2,3 millions de km2, quelque 80 millions d’habitants), la RDC n’a jamais connu de transition pacifique du pouvoir.

Le pays regorge de coltan, cobalt cuivre, or…mais le revenu moyen de ses habitants est de 1,25 dollar par jour.

La commission électorale a aussi validé 15.222 candidatures aux élections législatives, en écartant 283 dossiers.

Les trois élections présidentielle, législatives, et provinciales doivent se tenir le 23 décembre. Elles ont été deux fois reportées depuis décembre 2016, date de la fin officielle du deuxième et dernier mandat de M. Kabila.

Romandie.com avec(©AFP / (25 août 2018 04h09)

Présidentielle en RDC: vers un report de la publication des candidats ?

août 24, 2018

 

Jean-Pierre Kalamba, porte-parole de la Ceni de la RDC lors de la présentation à la presse des machines à voter. © DR / Ceni RDC

La liste provisoire des candidats retenus pour les législatives et la présidentielle devait être rendue publique le 24 août. Mais « il reste encore beaucoup à faire », selon la commission électorale, en particulier concernant des « vérifications » portant sur d’éventuelles inéligibilités de certains candidats.

« Nous délibérons depuis le 20 août. Hier [jeudi 23 août], nous avons travaillé jusqu’à 4 heures du matin. » Ce membre du bureau de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), contacté par Jeune Afrique, justifie ce « rythme intense » par le « nombre important » de dossiers de candidats députés nationaux à examiner : « Près de 16 000 », 15 450 plus précisément.

Sur les réseaux sociaux, la Ceni a fait savoir le soir du 23 août que « les travaux de délibération des candidats aux législatives et à la présidentielle vont se poursuivre jusqu’à l’épuisement des dossiers ». La publication de la liste provisoire, programmée le 24 août par le calendrier électoral, pourrait ainsi être reportée. « Il reste encore beaucoup à faire, confirme la Ceni à Jeune Afrique. Nous publierons les deux listes [pour les candidats à la présidentielle et à la députation nationale, ndlr], probablement le 25 août, mais si nous terminons les travaux aujourd’hui, tant mieux. »

D’après nos informations, les délibérations de la plénière de la Ceni s’annoncent beaucoup plus complexes pour les 25 candidatures au scrutin présidentiel du 23 décembre. « Certains ont déposé leur dossier sans réellement payer la caution [environ 86 400 euros, ndlr]. Nous procédons donc à des vérifications », indique un responsable de la commission électorale. Des « vérifications » qui concernent surtout d’éventuelles inéligibilités de certains candidats à la présidentielle.

Des « gros poissons dans le filet » ?

Le cas de Jean-Pierre Bemba est le plus cité. L’ancien chef de guerre et leader du Mouvement de libération du Congo (MLC) pourrait voir sa candidature rejetée par la Ceni. Il a été acquitté début juin de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité mais il reste, pour l’instant, condamné pour subornation de témoins par la Cour pénale internationale (CPI).

Nous allons appliquer la loi. Celle-ci dit que la personne qui a volé ou corrompu ne peut être candidate, il en sera ainsi

Toutefois, dans cette seconde affaire annexe, la CPI a demandé à sa première chambre d’instance de réexaminer le dossier : le bureau du procureur a requis cinq ans de prison contre Jean-Pierre Bemba, la défense de ce dernier a plaidé la relaxe. La décision des juges, elle, se fait encore attendre. Qu’à cela ne tienne, du côté de la Ceni, la messe semble être dite : « Nous allons appliquer la loi congolaise. Celle-ci dit que la personne qui a volé ou corrompu ne peut être candidate, il en sera donc ainsi », affirme un membre du bureau de la Commission.

La question qui divise encore la Ceni est la suivante : peut-on considérer la subornation de témoins comme de la corruption ? Les 13 membres de la plénière en débattent. S’ils ne parviennent pas à trouver un consensus, ils procéderont alors au vote.

« Des candidats vont certainement tomber, assure notre source au sein du bureau de la Ceni. Si un gros poisson se retrouve dans les cas d’inéligibilité définis par la loi, il sera pris dans le filet. » Modifiée fin décembre, la loi électorale de la RDC frappe d’inéligibilité les personnes, entre autres, « condamnées par un jugement irrévocable du chef de viol, d’exploitations illégales des ressources naturelles, de corruption, de détournement des deniers publics, d’assassinat, des tortures, de banqueroute et les faillis ».

Vingt-cinq candidats avaient déposé leurs dossiers pour le scrutin présidentiel. Parmi eux : quelques gros poissons de l’opposition – Jean-Pierre Bemba, Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et Martin Fayulu – qui risquent finalement de ne pas être alignés pour le sprint final. Contraint à l’exil depuis deux ans, l’opposant Moïse Katumbi a de son côté saisi le Conseil d’État après avoir été empêché de regagner le pays, à la suite de deux tentatives début août à la frontière de Kasumbalesa, entre la RDC et la Zambie.

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