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Centrafrique : pourquoi une partie de l’opinion veut voir l’armée rwandaise quitter le pays

août 12, 2022

Des opposants à Faustin-Archange Touadéra et des organisations de la société civile ont prévu d’organiser des manifestations. Ils estiment que les hommes envoyés par Paul Kagame contribuent à pousser le président dans sa volonté de conserver le pouvoir.

Des casques bleus rwandais de la Minusca et des soldats rwandais sécurisent les lieux lors de l’élection présidentielle à Bangui, en République centrafricaine, le 27 décembre 2020. © Nacer Talel / Manadolu Agency via AFP.

Des voix émanant d’une partie de l’opposition et de la société civile centrafricaine s’élèvent depuis quelques jours afin de protester contre la présence rwandaise en Centrafrique. Certaines organisations prévoient même de manifester, notamment devant l’ambassade du Rwanda à Paris, dans le but de faire entendre cette revendication et de réclamer le départ des troupes de Paul Kagame du territoire centrafricain.

En tête de ce mouvement figurent des opposants tel que Crépin Mboli-Goumba et l’ancienne ministre de l’Éducation Gisèle Bedan. Le Groupe d’action des organisations de la société civile pour la défense de la Constitution du 30 mars 2016 (G16), dont le dirigeant est installé en France, donne aussi de la voix.

Pourquoi cette opposition ? Les manifestants estiment que le Rwanda apporte, via son aide militaire, un soutien de taille au président Faustin-Archange Touadéra dans sa quête actuelle de modifier la Constitution et, ce faisant, d’obtenir un troisième mandat, aujourd’hui interdit par les textes. Depuis la fin de 2019 et la visite officielle du président rwandais Paul Kagame en Centrafrique, les relations entre Bangui et Kigali n’ont en effet jamais cessé de s’améliorer.

Forces spéciales

Des émissaires du président Touadéra font régulièrement le voyage de Kigali, tandis que ceux du président rwandais viennent constamment à Bangui. Des accords politique, économique et militaire ont été signés pour couronner ce rapprochement. Kigali était surtout venu à la rescousse de Bangui lorsque, à la fin de 2020 et au début de 2021, les rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) étaient aux portes de Bangui et menaçaient de prendre le pouvoir.

Les forces spéciales rwandaises, ainsi que les mercenaires russes du groupe Wagner, avaient alors contribué à desserrer l’étau autour de la capitale. Depuis, les militaires rwandais, déployés spécifiquement pour assurer la protection du président Touadéra, ont également mené des offensives contre les poches de résistance de la rébellion à l’intérieur du pays. En outre, sur le plan économique, dans le cadre de l’accord entre les deux pays, plusieurs hommes d’affaires rwandais se sont installés à Bangui.

D’après une source à la présidence centrafricaine, « le désir de voir le Rwanda se retirer de la Centrafrique provient essentiellement des opposants qui soutiennent la rébellion de la CPC, car leur projet de coup d’État ne pourra jamais réussir si nous disposons d’un allié comme le Rwanda. Il faut donc les faire partir. Le raisonnement d’ingérence rwandaise n’est que pure distraction ». Notre source accuse même des opposants centrafricains de financer une campagne contre la présence rwandaise.

Obtenir le soutien de la RDC

Les manifestants ont-ils un autre objectif ? En attaquant Kigali, cette frange de l’opposition pourrait en tout cas s’attirer les faveurs de la RDC, actuellement en conflit avec la Centrafrique. « L’opposition veut surfer sur cette vague pour prouver aux autorités congolaises qu’elles peuvent compter sur les opposants, afin d’obtenir du soutien politique et financier chez le voisin direct de Bangui », renchérit un membre du gouvernement centrafricain qui a requis l’anonymat.

Des soldats rwandais lors de l'élection présidentielle centrafricaine, à Bangui, le 27 décembre 2020. © Nacer Talel / Manadolu Agency via AFP.
Des soldats rwandais lors de l’élection présidentielle centrafricaine, à Bangui, le 27 décembre 2020. © Nacer Talel / Manadolu Agency via AFP.

Kigali n’entend en tout cas pas se laisser intimider. « L’intervention du Rwanda en République centrafricaine est destinée au gouvernement et à ses institutions, et non à un individu. Le Rwanda ne peut en aucun cas être impliqué dans la politique intérieure de la Centrafrique, encore moins dans le projet de modification de la Constitution de ce pays », a ainsi récemment déclaré aux médias Vincent Biruta, ministre rwandais des Affaires étrangères. D’après nos informations, le président rwandais Paul Kagame compte augmenter son effectif militaire en Centrafrique.

Avec Jeune Afrique par Pacôme Pabandji

Bitcoin en Centrafrique : la Cobac monte à son tour au créneau

mai 18, 2022

Quatre semaines après que la Centrafrique a adopté le bitcoin comme monnaie de référence au côté du franc CFA, le régulateur bancaire de la zone Cemac met les crypto-actifs « sous surveillance ».

Le 22 avril 2022, en Centrafrique, était adoptée une loi sur la cryptomonnaie, faisant du bitcoin la monnaie officielle et de référence du pays au côté du franc CFA. © Pascal SITTLER/REA

En réaction à la promulgation le 22 avril dernier, d’une loi sur la cryptomonnaie, faisant du bitcoin la monnaie officielle et de référence de la Centrafrique au côté du franc CFA, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) s’est réunie lors d’une session extraordinaire le 6 mai visant à examiner les impacts de la cryptomonnaie sur la stabilité du système monétaire.

À la demande des pays de la Cemac, révoltés par l’adoption d’une loi sur la cryptomonnaie par Bangui, Abbas Mahamat Tolli, gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) avait écrit à Hervé Ndoba, le ministre centrafricain des Finances et du Budget, pour organiser cette session. Une démarche loin d’être aisée, considérant le rôle du ministre centrafricain à la fois président du conseil d’administration de la BEAC et du comité ministériel de I’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac).

Les banques, un reporting obligatoire

Durant cette session extraordinaire, le régulateur du secteur bancaire de la zone Cemac a rappelé certaines interdictions liées à l’usage des crypto-actifs. Parmi celles-ci, l’usage « du bitcoin comme moyen d’évaluation » ou la conversion de transactions relatives aux cryptomonnaies en franc CFA.

En outre, ont été mis en avant les risques que comportent les opérations liées aux cryptomonnaies : volatilité extrême des cours, crypto-criminalité, blanchiment de capitaux, financement du terrorisme et évasion fiscale parmi les plus importants.

IDENTIFIER TOUTES LES OPÉRATIONS EN LIEN AVEC LES CRYPTOMONNAIES

Selon son communiqué rendu public le 16 mai, la Cobac a annoncé « prendre un certain nombre de mesures visant à mettre en place un dispositif d’identification et de reporting des opérations en lien avec les cryptomonnaies », bien qu’aucune mesure visant à sanctionner l’usage de crypto-actifs n’ait été mentionnée ; ni l’utilisation d’une monnaie virtuelle comme monnaie de référence dans un pays membre de la Cemac, comme avec la Centrafrique.

Toutefois, le document rappelle  le rôle décisif que jouent « les établissements assujettis à la Cobac ».  Ainsi, selon l’article 5 de la décision, ces derniers sont « tenus d’identifier les opérations réalisées ou rejetées en lien avec les cryptomonnaies » et de communiquer mensuellement leurs résultats à la Cobac ainsi qu’à la Banque centrale.

De même, ces établissements, ainsi que leurs partenaires, ont dorénavant la responsabilité de mettre en place des systèmes d’informations permettant d’ »identifier à tout moment des opérations en lien avec les cryptomonnaies, de manière à mettre en œuvre toutes les mesures décidées par les autorités de tutelle, de supervision et de la Banque Centrale ».

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

Centrafrique : la BAD suspend toutes ses activités dans le pays

mai 13, 2022

La Banque africaine de développement (BAD) a suspendu toutes ses activités en République centrafricaine, selon des informations rendues publiques par des médias locaux, le 10 mai.

Une série de réunions avec les autorités centrafricaines a été organisée. Au menu des échanges, les différentes prises de position officielles des autorités centrafricaines vis-à-vis des institutions financières régionales et africaines. En un mot, l’adoption de la cryptomonnaie comme une monnaie légale en République centrafricaine serait la principale cause de cette crispation.

Pour la BAD, il est pratiquement impossible de travailler dans de telles conditions. En d’autres termes, toutes les activités financées par la BAD en République centrafricaine n’ont plus d’issues et sont simplement suspendues jusqu’à nouvel ordre.

C’est le cas du projet d’appui à la modernisation de l’aéroport international de Bangui Mpoko, financé à hauteur de 11 millions d’euros par la BAD. Les travaux de ce projet sont d’ores et déjà suspendus. De même que ceux du projet de développement du corridor de transport multimodal Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui-N’Djamena, financés aussi par la BAD à hauteur de plus de 60 milliards FCFA.

D’autres projets financés par cette banque en Centrafrique sont également suspendus. Pour cette institution financière africaine, « l’Etat centrafricain est déjà en faillite. Donc il est plus que nécessaire de revoir les choses et demander à l’État centrafricain plus de garanties quant au remboursement des fonds alloués ».

Rappelons que récemment, le ministre des Finances, Hervé Ndoba, avait jugé « très alarmant l’état des finances publiques » et annoncé en même temps des coupes de 40 à 60% dans le budget de certains ministères.

« Cette annonce du premier comptable public centrafricain, associée à l’adoption du Bitcoin par le président Faustin Archange Touadera comme monnaie légale dans le pays, oblige les autres Etats de l’union monétaire avec le pays à prendre leur distance, s’apparentant, sans doute, à une déclaration de faillite », estiment les experts.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Centrafrique : Touadéra lance son dialogue« républicain » sans opposition ni rebelles

mars 23, 2022
Faustin-Archange Touadéra, le 30 mars 2021, lors de son investiture pour un second mandat à la tête de la Centrafrique. © Adrienne Surprenant/AP/SIPA

Le dialogue de réconciliation nationale promis de longue date par le président Faustin-Archange Touadéra s’est ouvert lundi. Il ne devrait cependant pas aboutir à des avancées notables : les groupes armés n’y ont pas été conviés, et l’opposition boycotte les discussions.

Il y a six jours, Faustin-Archange Touadéra avait annoncé, à la surprise générale, que le « Dialogue républicain » avec l’opposition et la société civile, promis il y a quinze mois, au lendemain de sa réélection contestée, aurait lieu lundi, mais avec un programme et des objectifs restés très vagues pour des débats prévus sur une semaine seulement.

Devant plusieurs centaines de participants de la majorité, de la société civile et de personnalités invitées à la cérémonie d’ouverture dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le chef de l’État a lancé les discussions ce lundi. Encadré par deux membres russes de sa garde rapprochée aux visages masqués, Faustin-Archange Touadéra a affirmé : « Nous sommes tous mobilisés autour des idéaux de paix […], il n’y a pas de sujet tabou, nous sommes là pour laver le linge sale en famille. »

Dimanche, la quasi-totalité des partis de l’opposition avaient annoncé leur refus de participer à ce dialogue, arguant principalement que les rebelles n’y étaient pas conviés – ce qu’ils savaient depuis quinze mois – et que le programme ne prévoyait rien sur la « question de la crise post-électorale », c’est-à-dire la réélection, non légitime à leurs yeux, de Touadéra, le 27 décembre 2020 par une partie très faible du corps électoral.

Exigences de la communauté internationale

« J’attends des débats francs sur ce qui concerne le pays, l’économie, la mauvaise gouvernance, la sécurité… Certains chefs des services supposés maintenir la sécurité commettent constamment des exactions contre la population, les groupes armés aussi, et cela ne peut plus durer », a plaidé l’avocat Bruno Gbiegba, participant issu de la société civile.

Cependant, l’opposition et les experts de la région ont fustigé par avance un dialogue de réconciliation mené sans les rivaux politiques ni ennemis armés du régime, estimant qu’il ne pouvait déboucher sur aucune avancée concrète en dehors de la promesse vague d’une « feuille de route » destinée à mieux intégrer l’opposition et la société civile dans la gouvernance du deuxième pays le moins développé du monde, selon l’ONU. Ils jugent que le président ne fait que répondre à une exigence de la communauté internationale en tenant ce dialogue qu’elle finance. Une exigence de l’ONU notamment, qui maintient depuis des années sous perfusion ce pays où la moitié de la population survit dans un état d’insécurité alimentaire aiguë, et qui y a déployé à partir de 2014 l’une de ses plus coûteuses missions de Casques bleus.

Faustin-Archange Touadéra avait promis à la communauté internationale d’accomplir une telle démarche au lendemain de sa réélection, obtenue avec 53,16 % des suffrages certes, mais alors que moins d’un électeur sur trois avait eu la possibilité d’aller voter en raison de l’insécurité. Depuis, comme après son élection de 2016, quand la guerre civile entamée en 2013 avait commencé à se faire moins meurtrière, le chef de l’État et son Mouvement cœurs unis (MCU) règnent sans partage au sein du gouvernement comme du Parlement, grâce à l’appui de petits partis satellites.

Lors de la présidentielle, Bangui était menacée par l’offensive de plusieurs groupes armés occupant alors deux tiers du territoire. Touadéra avait appelé Moscou à l’aide et des centaines de paramilitaires russes étaient venus à la rescousse d’une armée démunie, s’ajoutant à ceux présents depuis 2018. Ces « instructeurs non armés » selon le Kremlin, « mercenaires » de la société privée de sécurité Wagner selon l’ONU, ont, depuis, facilement repoussé les groupes armés de la majorité des villes et territoires qu’occupaient ces derniers. Non sans être accusés par l’ONU et la France de commettre – tout comme les groupes armés et rebelles – des « crimes de guerre », et d’avoir fait main basse sur les ressources du pays.

Avec Jeune Afrique

Centrafrique : début du dialogue républicain en l’absence de l’opposition

mars 21, 2022

Le dialogue républicain sur la paix et la sécurité qui vise à réconcilier les Centrafricains s’est ouvert, le 21 mars, à Bangui. Mais l’opposition a annoncé qu’elle n’y prend pas part.

La tenue de la rencontre d’échanges qui doit durer jusqu’au 27 mars était une promesse du président Faustin Archange Touadéra après sa réélection. L’objectif affiché se résume jusqu’alors à « restaurer la paix et la sécurité ».

Les organisateurs ont diffusé une liste de cinq « thématiques », dont « Paix et sécurité », « Gouvernance politique, renforcement démocratique et institutionnel » et « Développement économique et social ».

L’opposition démocratique a refusé de prendre part au dialogue et dit avoir posé des conditions qui n’ont pas été prises en compte. C’est ce qui ressort de la concertation qui a eu lieu dimanche, entre les principales formations politiques de l’opposition.

Côté gouvernement, le président du comité préparatoire, le ministre d’Etat Obed Namsio, a dit regretter l’absence de l’opposition. Hormis deux représentants dans le présidium et malgré la « main tendue du chef de l’État ». « La porte est toujours ouverte », a-t-il lancé. « Ce n’est pas un dialogue de trop, mais une chance de plus pour la paix », a déclaré le président Archange Touadéra avant de donner le top départ pour trois jours de travail en commission puis trois jours de débat.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Centrafrique : la Rwandaise Valentine Rugwabiza nommée à la tête de la Minusca

février 24, 2022
Valentine Rugwabiza était en poste à New York depuis 2016 en tant qu’ambassadrice du Rwanda auprès de l’ONU Valentine Rugwabiza, Permanent Representative of the Republic of Rwanda to the UN, addresses an interactive discussion on “Public Policies for Happiness”, marking the International Day of Happiness (20 March). The event was co-organized by the Permanent Missions of Australia, Bhutan, Denmark, Ecuador, Rwanda, Slovenia, Thailand and the United Arab Emirates, in collaboration with the Department for Public Information (DPI) and the United Nations Sustainable Development Solutions Network (UN-SDSN). © Manuel Elías / United Nations Photo

L’ancienne ambassadrice du Rwanda auprès de l’ONU remplace le Sénégalais Mankeur Ndiaye. Cette diplomate expérimentée prend la tête d’une mission dont le président Paul Kagame avait récemment critiqué l’efficacité.

La nomination de Valentine Rugwabiza à la tête de la Mission de maintien de la paix de l’ONU en Centrafrique (Minusca) a été officialisée par un communiqué, le 23 février. À 58 ans, cette diplomate chevronnée succède donc au Sénégalais Mankeur Ndiaye, en poste depuis février 2019. Selon nos informations, le mandat de ce dernier ayant été étendu d’un mois, Valentine Rugwabiza ne devrait officiellement entrer en fonction qu’en avril.

De Genève à New York

En poste à New York depuis 2016 en tant qu’ambassadrice du Rwanda auprès de l’ONU, Valentine Rugwabiza est l’une des diplomates rwandaises les plus expérimentées. C’est auprès des Nations unies, à Genève, que cette diplômée en économie obtient son premier poste de représentation, en 2002. Elle devient alors aussi coordinatrice du groupe des ambassadeurs africains à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Trois ans plus tard, elle est nommée directrice adjointe de l’OMC, où elle restera huit ans en poste et laissera une bonne impression – Pascal Lamy, l’ancien patron de l’organisation, parlait d’elle comme de « l’un de ses meilleurs recrutements ».

Elle retourne ensuite à Kigali pour prendre la tête du très stratégique Rwanda Development Board. Cette agence gouvernementale créée en 2008 est l’un des piliers de la stratégie du Rwanda pour attirer des investisseurs. Avant de revenir dans l’appareil onusien, elle servira deux ans, entre 2014 et 2016, en tant que ministre des Affaires étrangères chargée de l’East African Community (EAC). Valentine Rugwabiza a également été l’une des premières collaboratrices de la Première dame, Jeanette Kagame, au sein de l’Imbuto Foundation, par laquelle de nombreux membres du cabinet présidentiel sont aussi passés.

ENGAGÉ DEPUIS 2014 AU SEIN DE LA MINUSCA, LE RWANDA EST AUJOURD’HUI SON PRINCIPAL CONTRIBUTEUR

Axe Kigali-Bangui

La nomination d’une diplomate rwandaise en Centrafrique est loin d’être anodine. Voilà plusieurs années que Kigali développe une coopération accrue avec Bangui sur le plan sécuritaire. Engagé depuis 2014 au sein de la mission de maintien de la paix déployée en Centrafrique, le Rwanda est aujourd’hui son principal contributeur : en novembre 2021, 1696 militaires et 505 policiers rwandais étaient déployés dans le cadre de la Minusca. À cet engagement au sein de l’ONU est venu s’ajouter une coopération sécuritaire d’État à État, puisque Kigali envoie aussi des troupes à titre bilatéral, sur un terrain où sont déjà présents les mercenaires de la société Wagner.

Interrogé par JA sur ce double engagement en 2021, le président Kagame avait justifié ce choix tout en se montrant critique sur l’efficacité de la mission onusienne. « Il y a une force sur place qui est censée maintenir la paix, mais elle est pieds et poings liés, comme en 1994 au Rwanda […]. Par moment, les rebelles sont parfaitement libres de circuler ou de tirer sur les troupes de l’ONU », avait-il fustigé. Depuis la visite de Paul Kagame à Bangui, en octobre 2019, la coopération s’est aussi étendue au domaine économique, avec la signature de plusieurs accords, notamment dans le secteur minier, et avec l’implantation prochaine du puissant fonds d’investissement Crystal Ventures.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

Centrafrique : au Ledger Plaza, la fin d’un improbable feuilleton ?

janvier 4, 2022
Ledger Plaza Hotel à Bangui © Ledger Plaza Hotel

Fin décembre, une délégation libyenne s’est vue empêcher d’accéder à l’hôtel le plus en vue de Bangui. Un ultime rebondissement dans le bras de fer qui a longtemps opposé la Libye et la Centrafrique autour de la gestion de cet établissement.

Drôle de scène que celle qui s’est déroulée devant le Ledger Plaza de Bangui, le 29 décembre. Ce jour-là, des employés mécontents interdisent l’accès du palace à des représentants des autorités libyennes. La délégation, dirigée par le vice-président du Conseil présidentiel libyen, Abdallah Hussein al-Lafi, est arrivée le matin même dans la capitale centrafricaine.

Celui-ci a rapidement pu rencontrer le président Faustin-Archange Touadéra et devait descendre au Ledger Plaza. Mais l’établissement, qui appartient au groupe Laico (Libyan African Investment Company), est depuis plusieurs années au cœur d’un bras de fer entre Tripoli et Bangui. Les Libyens ont même eu toutes les peines du monde à en reprendre le contrôle.

Écarté contre son gré

Financé par Mouammar Khadafi, il a été inauguré en 2012, au lendemain de la chute du Guide. En 2013, lorsque la Séléka renverse François Bozizé, elle y prend ses quartiers. L’hôtel devient un lieu de trafic et de pouvoir, et le restera après le départ des rebelles. C’est en 2014 que le Libyen Ziad al-Zarzour en prend la tête. Il tisse alors son réseau et gagne chaque jour en influence, au point que Tripoli finit par en prendre ombrage. Il faudra toutefois attendre septembre 2021 pour que le PDG soit écarté – contre son gré – au profit d’un Tunisien, Chokri Ben Abdallah, directeur administratif et financier de l’hôtel de 2016 à 2018.

LES EMPLOYÉS DE L’HÔTEL CRAIGNAIENT QUE L’ANCIEN DIRECTEUR, ZIAD AL-ZARZOUR, NE REVIENNE AUX AFFAIRES

Quel rapport avec le sit-in du 29 décembre ? Une source interne raconte que les employés de l’hôtel craignaient que l’ancien directeur ne revienne aux affaires. D’autant que Chokri Ben Abdallah, qui est réputé très connecté et bénéficiant de l’appui des autorités centrafricaines, est arrivé à Bangui par le même vol que la délégation libyenne. Des craintes qui sont surtout le reflet des tensions entre la nouvelle équipe dirigeante et l’ancienne.

Chokri Ben Abdallah est en effet très critique à l’égard de son prédécesseur, dont il conteste la gestion. « Il y a eu des détournements et des malversations financières à coup de milliards de francs CFA », assure-t-il à Jeune Afrique. Le groupe Laico reprochait de son côté à Ziad al-Zarzour d’avoir profité de la crise libyenne pour s’émanciper de la tutelle de la maison-mère. Contacté, celui-ci n’a pas souhaité répondre aux accusations portées à son encontre, promettant une « sortie médiatique » dans les prochains jours pour « rétablir les faits ».

Équilibrer les finances

L’installation de son successeur à la tête du Ledger avait d’ailleurs été compliquée, le sortant ayant activé ses réseaux – notamment banguissois – pour tenter de sauver sa tête. Mais Tripoli a pesé de tout son poids pour imposer Chokri Ben Abdallah. Et pour marquer la fin de cet improbable feuilleton, les autorités libyennes ont tenu à organiser, le 15 septembre dernier, une cérémonie d’installation du nouveau DG dans ses fonctions, en présence de la ministre centrafricaine du Tourisme, Maria Lionelle Saraiva-Yanzere.

« La priorité, pour ces prochains mois, sera d’équilibrer les finances tout en essayant de faire venir le plus de clients possible et de récupérer les collaborations perdues, explique aujourd’hui Chokri Ben Abdallah. Elle est aussi de rassurer les membres du personnel, de les mettre en confiance pour leur permettre de travailler librement et d’être efficace. » Depuis la mi-septembre, l’hôtelier tente de « convaincre [ses] partenaires de revenir dans le jeu ». Il a aussi plusieurs fois rencontré les dirigeants de la Commercial Bank Centrafrique (CBCA), à qui l’hôtel doit 500 milliards de F CFA.

Avec Jeune Afrique Pacôme Pabandji

Route Brazzaville-Ouesso-Bangui-N’Djamena: la BDEAC apporte sa contribution pour la construction de l’ouvrage

novembre 20, 2021

La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a promis, le 17 novembre, d’accorder un financement de cent milliards FCFA pour l’aménagement du corridor multimodal. Le projet du bitumage du corridor devrait interconnecter le Congo, la Centrafrique et le Tchad.   

Un tronçon de route d’intégration/DR

La réalisation du projet de bitumage de la route d’intégration Brazzaville-Ouesso-Bangui-N’Djamena constitue une avancée majeure pour l’Afrique centrale considérée comme la sous-région la moins intégrée du continent, avec un déficit infrastructurel et une faible connexion entre les réseaux de transports. À cela s’ajoutent de nombreuses tracasseries administratives et policières liées à la navigation sur le réseau fluvial Congo-Oubangui-Sangha.

Pour un coût total estimé à 1,7 milliard de dollars, soit environ 955, 4 milliards de FCFA, le projet du corridor n°13 de l’Union africaine constitue l’un des onze projets intégrateurs prioritaires du Programme économique régional de la zone Cémac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Il comprendra quelque 1 310,311 km de corridor, 25,17 km de pénétrantes et 49,07 km de voiries.

Le projet de corridor, qui n’a pas encore commencé, comprendra également la construction et le bitumage des tronçons de route en terre entre Ouesso-Bétou (Congo), Bétou-Mbaiki, et Bossembélé-Mbaikoro (Centrafrique-Tchad), ainsi que la réhabilitation des tronçons de routes bitumées Mbaiki-Bangui et Bangui-Bossembélé (Centrafrique).

Le président de la BDEAC, Fortunato-Ofa Mbo Nchama, a salué l’engagement de son institution en faveur du développement socio-économique et de l’intégration sous-régionale. « La construction de ce corridor fait partie de nos projets intégrateurs prioritaires et porte sur un montant de presque  cent milliards de FCFA. Sa réalisation permettra de relier directement trois pays de la Cémac et d’offrir une alternative d’accès à l’Océan atlantique à la République du Tchad et à la République centrafricaine », a-t- il dit, ajoutant que le projet est aussi ouvert aux partenaires privés.

L’ambition des dirigeants de la zone Cémac est de permettre à terme: l’accroissement des échanges économiques inter-États ; l’accès direct au port de Pointe-Noire où pourront transiter les marchandises en provenance et à destination de la Centrafrique et du Tchad ; la mise en valeur des ressources naturelles et des richesses minières de la région d’Afrique centrale ; le désenclavement de certaines zones inaccessibles et la réduction de la pauvreté.

Il faut noter qu’il y a un an, les 16 et 17 novembre 2020, la Commission Cémac a initié une table-ronde à Paris (France), dans le but de mobiliser les investisseurs européens. Le bilan de la table-ronde était qualifié de positif, en raison de nombreux engagements enregistrés du côté des partenaires. 

Avec Adiac-Congo par Fiacre Kombo

Centrafrique : enfin un cessez-le-feu pour l’ouverture d’un prochain dialogue national

octobre 16, 2021

Dans le but de promouvoir l’ouverture d’un prochain dialogue national et garantir la sécurité de la population centrafricaine, le chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra, a résolu, le 15 octobre, de décréter un cessez-le-feu unilatéral immédiat dans son pays.

L’annonce du président de la République est intervenue après plusieurs accords de cessez-le-feu et de paix signés mais sans aucune solution pérenne. Elle permettra, selon le chef de l’Etat, de mettre fin aux opérations militaires ainsi qu’à toute action armée sur l’ensemble du territoire national.

L’engagement du gouvernement centrafricain de décréter ce cessez-le-feu a été pris lors de l’adoption de la feuille de route de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (Cirgl), tenue à Luanda.  Un engament qui, selon les chefs d’Etat de la Cirgl, a pour objectif principal de donner une chance à ce pays en proie aux violences d’opter pour une paix durable.  

« Notre engagement figure sur la feuille de route pour la paix, issue du dernier sommet de l’organisation sous-régionale. Les principaux leaders, plus précisément ceux du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique et de l’Unité pour la paix en Centrafrique, avaient respectivement pris cet engagement important de cesser toute action armée sur le territoire national », précise le président centrafricain, en rappelant que son pays connaît de longues périodes d’instabilité, notamment marquées par des guerres civiles et de multiples coups d’État sans oublier les violences et les situations politiques drastiques.

« Je viens vous annoncer ce soir la fin des opérations militaires et de toute action armée sur l’ensemble du territoire national. Ceci, à compter de ce jour, 15 octobre 2021. Cela, pour assurer la sécurité du peuple. Ce n’est pas une décision facile à prendreLe cessez-le-feu que j’ai annoncé est la démonstration de ma ferme volonté de privilégier la voie du dialogue et non celle des armes, dans le règlement des conflits et de la crise qui secoue notre pays », a-t-il déclaré, avant de spécifier que sa décision n’empêche ni les forces de sécurité intérieure de maintenir l’ordre, ni l’armée de répondre en cas de légitime défense et ni la Minusca d’exercer son mandat. Car, ce cessez-le-feu est décrété pour des raisons humanitaires et de paix.  D’autant plus que la Centrafrique est le théâtre d’une guerre civile depuis 2013. Ces combats ont considérablement baissé d’intensité depuis trois ans mais ont culminé entre 2014 et 2015, occasionnant ainsi des milliers de morts.

Avec Adiac-Congo par Rock Ngassakys

Centrafrique : «accord tacite;» entre Somdiaa et des rebelles ?

août 19, 2021
Ali Darassa (au centre), leader du groupe rebelle UPC, à Bokolobo, près de Bambari, le 16 mars 2019.

Selon l’ONG The Sentry, le sucrier Sucaf, filiale de Somdiaa, a aidé financièrement l’UPC, un groupe armé centrafricain, en échange de sa protection. Les intéressés démentent.

Selon un rapport de l’ONG américaine The Sentry, rendu public le 18 août, la Sucrerie africaine de Centrafrique (Sucaf RCA) a conclu avec plusieurs groupes armés de ce pays un accord visant à « sécuriser son usine et ses champs de canne à sucre » ainsi qu’à « protéger son monopole ».

La Sucaf RCA est l’une des filiales de la Société d’organisation, de management et de développement des industries alimentaires et agricoles (Somdiaa), qui appartient à 87% au groupe français Castel, deuxième brasseur en Afrique et numéro trois mondial du vin.

ENTRETIEN DE VÉHICULES, LIVRAISON DE CARBURANT… »

En échange de la protection de ces groupes armés, la Sucaf RCA aurait mis en place un « système sophistiqué et informel pour les financer », par des paiements directs et indirects en espèces. Elle leur a aussi fourni « une aide en nature, sous la forme d’entretien de véhicules et de livraison de carburant », explique l’ONG.

De son côté, Alexandre Vilgrain, président du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian) et PDG de Somdiaa, affirme qu’à sa connaissance la direction de la Sucaf n’a conclu « aucun arrangement » et n’a fourni aucun soutien à ces mouvements rebelles.

Plantations de canne à sucre

Deuxième pays le moins développé au monde selon l’ONU, la Centrafrique est, depuis 2013, le théâtre d’une crise politique et militaire majeure. La guerre civile a permis à des groupes rebelles de prendre le contrôle de nombreux territoires ainsi que leurs ressources.

C’est le cas pour les quelque 5 137 hectares de plantations de canne à sucre et pour la raffinerie de la Sucaf RCA, à Ngakobo, à 400 km à l’est de Bangui, dans la préfecture de Ouaka. Depuis la fin de 2014, ce territoire est passé sous le contrôle de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), l’un des principaux groupes armés du pays.

LES CHEFS REBELLES DARASSA ET BOUBA AURAIENT PERÇU DES MILLIERS D’EUROS DEPUIS 2014.

Les premiers bénéficiaires de l’accord tacite passé avec la Sucaf et que dénonce The Sentry, seraient Ali Darassa, le leader de l’UPC, et Hassan Bouba, son ancien numéro deux, radié du groupe le 26 janvier 2021. Tous deux sont responsables de l’attaque perpétrée dans un camp de déplacés à Alindao, en novembre 2018, qui avait causé la mort d’au moins 112 personnes, dont 19 enfants.

Plus grave, des rapports de sécurité internes, recueillis par l’ONG américaine et que l’AFP a pu consulter, indiquent que la direction de Somdiaa, à Paris, était informée des exactions commises par les groupes armés dans la préfecture de la Ouaka.

Barrages routiers

Selon The Sentry, Darassa et Bouba auraient perçu des milliers d’euros chaque année entre 2014 et 2021. Des entretiens avec des membres de leur groupe rebelle en faction sur le site de l’usine auraient révélé que ces derniers étaient directement rémunérés par la Sucaf RCA.

Autre source importante de revenus pour l’UPC : la mise en place de barrages routiers entre Bangui et Ngakobo, obligeant les camions de la Sucaf à payer des taxes de passage.

Pour protéger son monopole, le groupe sucrier a, selon l’ONG, obtenu le soutien de l’UPC, qui procédait à « la saisie forcée de sucre de contrebande » en provenance du Soudan voisin. Le groupe armé recevait des commissions sur chaque saisie.

Grossistes

Toujours dans son rapport, l’ONG explique que « le sucre saisi était discrètement déchargé la nuit avant d’être reconditionné en sacs de sucre de la Sucaf RCA pour être ensuite vendu à des grossistes ». « Il n’y a eu aucun accord, aucun financement mensuel mis à notre disposition », assure pour sa part Hassan Bouba, devenu ministre de l’Élevage en février 2019.

Comme le conclut l’enquête de The Sentry, l’entente entre la Sucaf RCA et l’UPC « s’est poursuivie jusqu’en mars 2021 », lorsque les membres du groupe rebelle ont été chassés de la zone par une contre-offensive des forces armées centrafricaines et des paramilitaires russes.

Par Jeune Afrique avec AFP