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Centrafrique : au Ledger Plaza, la fin d’un improbable feuilleton ?

janvier 4, 2022
Ledger Plaza Hotel à Bangui © Ledger Plaza Hotel

Fin décembre, une délégation libyenne s’est vue empêcher d’accéder à l’hôtel le plus en vue de Bangui. Un ultime rebondissement dans le bras de fer qui a longtemps opposé la Libye et la Centrafrique autour de la gestion de cet établissement.

Drôle de scène que celle qui s’est déroulée devant le Ledger Plaza de Bangui, le 29 décembre. Ce jour-là, des employés mécontents interdisent l’accès du palace à des représentants des autorités libyennes. La délégation, dirigée par le vice-président du Conseil présidentiel libyen, Abdallah Hussein al-Lafi, est arrivée le matin même dans la capitale centrafricaine.

Celui-ci a rapidement pu rencontrer le président Faustin-Archange Touadéra et devait descendre au Ledger Plaza. Mais l’établissement, qui appartient au groupe Laico (Libyan African Investment Company), est depuis plusieurs années au cœur d’un bras de fer entre Tripoli et Bangui. Les Libyens ont même eu toutes les peines du monde à en reprendre le contrôle.

Écarté contre son gré

Financé par Mouammar Khadafi, il a été inauguré en 2012, au lendemain de la chute du Guide. En 2013, lorsque la Séléka renverse François Bozizé, elle y prend ses quartiers. L’hôtel devient un lieu de trafic et de pouvoir, et le restera après le départ des rebelles. C’est en 2014 que le Libyen Ziad al-Zarzour en prend la tête. Il tisse alors son réseau et gagne chaque jour en influence, au point que Tripoli finit par en prendre ombrage. Il faudra toutefois attendre septembre 2021 pour que le PDG soit écarté – contre son gré – au profit d’un Tunisien, Chokri Ben Abdallah, directeur administratif et financier de l’hôtel de 2016 à 2018.

LES EMPLOYÉS DE L’HÔTEL CRAIGNAIENT QUE L’ANCIEN DIRECTEUR, ZIAD AL-ZARZOUR, NE REVIENNE AUX AFFAIRES

Quel rapport avec le sit-in du 29 décembre ? Une source interne raconte que les employés de l’hôtel craignaient que l’ancien directeur ne revienne aux affaires. D’autant que Chokri Ben Abdallah, qui est réputé très connecté et bénéficiant de l’appui des autorités centrafricaines, est arrivé à Bangui par le même vol que la délégation libyenne. Des craintes qui sont surtout le reflet des tensions entre la nouvelle équipe dirigeante et l’ancienne.

Chokri Ben Abdallah est en effet très critique à l’égard de son prédécesseur, dont il conteste la gestion. « Il y a eu des détournements et des malversations financières à coup de milliards de francs CFA », assure-t-il à Jeune Afrique. Le groupe Laico reprochait de son côté à Ziad al-Zarzour d’avoir profité de la crise libyenne pour s’émanciper de la tutelle de la maison-mère. Contacté, celui-ci n’a pas souhaité répondre aux accusations portées à son encontre, promettant une « sortie médiatique » dans les prochains jours pour « rétablir les faits ».

Équilibrer les finances

L’installation de son successeur à la tête du Ledger avait d’ailleurs été compliquée, le sortant ayant activé ses réseaux – notamment banguissois – pour tenter de sauver sa tête. Mais Tripoli a pesé de tout son poids pour imposer Chokri Ben Abdallah. Et pour marquer la fin de cet improbable feuilleton, les autorités libyennes ont tenu à organiser, le 15 septembre dernier, une cérémonie d’installation du nouveau DG dans ses fonctions, en présence de la ministre centrafricaine du Tourisme, Maria Lionelle Saraiva-Yanzere.

« La priorité, pour ces prochains mois, sera d’équilibrer les finances tout en essayant de faire venir le plus de clients possible et de récupérer les collaborations perdues, explique aujourd’hui Chokri Ben Abdallah. Elle est aussi de rassurer les membres du personnel, de les mettre en confiance pour leur permettre de travailler librement et d’être efficace. » Depuis la mi-septembre, l’hôtelier tente de « convaincre [ses] partenaires de revenir dans le jeu ». Il a aussi plusieurs fois rencontré les dirigeants de la Commercial Bank Centrafrique (CBCA), à qui l’hôtel doit 500 milliards de F CFA.

Avec Jeune Afrique Pacôme Pabandji

Route Brazzaville-Ouesso-Bangui-N’Djamena: la BDEAC apporte sa contribution pour la construction de l’ouvrage

novembre 20, 2021

La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a promis, le 17 novembre, d’accorder un financement de cent milliards FCFA pour l’aménagement du corridor multimodal. Le projet du bitumage du corridor devrait interconnecter le Congo, la Centrafrique et le Tchad.   

Un tronçon de route d’intégration/DR

La réalisation du projet de bitumage de la route d’intégration Brazzaville-Ouesso-Bangui-N’Djamena constitue une avancée majeure pour l’Afrique centrale considérée comme la sous-région la moins intégrée du continent, avec un déficit infrastructurel et une faible connexion entre les réseaux de transports. À cela s’ajoutent de nombreuses tracasseries administratives et policières liées à la navigation sur le réseau fluvial Congo-Oubangui-Sangha.

Pour un coût total estimé à 1,7 milliard de dollars, soit environ 955, 4 milliards de FCFA, le projet du corridor n°13 de l’Union africaine constitue l’un des onze projets intégrateurs prioritaires du Programme économique régional de la zone Cémac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Il comprendra quelque 1 310,311 km de corridor, 25,17 km de pénétrantes et 49,07 km de voiries.

Le projet de corridor, qui n’a pas encore commencé, comprendra également la construction et le bitumage des tronçons de route en terre entre Ouesso-Bétou (Congo), Bétou-Mbaiki, et Bossembélé-Mbaikoro (Centrafrique-Tchad), ainsi que la réhabilitation des tronçons de routes bitumées Mbaiki-Bangui et Bangui-Bossembélé (Centrafrique).

Le président de la BDEAC, Fortunato-Ofa Mbo Nchama, a salué l’engagement de son institution en faveur du développement socio-économique et de l’intégration sous-régionale. « La construction de ce corridor fait partie de nos projets intégrateurs prioritaires et porte sur un montant de presque  cent milliards de FCFA. Sa réalisation permettra de relier directement trois pays de la Cémac et d’offrir une alternative d’accès à l’Océan atlantique à la République du Tchad et à la République centrafricaine », a-t- il dit, ajoutant que le projet est aussi ouvert aux partenaires privés.

L’ambition des dirigeants de la zone Cémac est de permettre à terme: l’accroissement des échanges économiques inter-États ; l’accès direct au port de Pointe-Noire où pourront transiter les marchandises en provenance et à destination de la Centrafrique et du Tchad ; la mise en valeur des ressources naturelles et des richesses minières de la région d’Afrique centrale ; le désenclavement de certaines zones inaccessibles et la réduction de la pauvreté.

Il faut noter qu’il y a un an, les 16 et 17 novembre 2020, la Commission Cémac a initié une table-ronde à Paris (France), dans le but de mobiliser les investisseurs européens. Le bilan de la table-ronde était qualifié de positif, en raison de nombreux engagements enregistrés du côté des partenaires. 

Avec Adiac-Congo par Fiacre Kombo

Centrafrique : enfin un cessez-le-feu pour l’ouverture d’un prochain dialogue national

octobre 16, 2021

Dans le but de promouvoir l’ouverture d’un prochain dialogue national et garantir la sécurité de la population centrafricaine, le chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra, a résolu, le 15 octobre, de décréter un cessez-le-feu unilatéral immédiat dans son pays.

L’annonce du président de la République est intervenue après plusieurs accords de cessez-le-feu et de paix signés mais sans aucune solution pérenne. Elle permettra, selon le chef de l’Etat, de mettre fin aux opérations militaires ainsi qu’à toute action armée sur l’ensemble du territoire national.

L’engagement du gouvernement centrafricain de décréter ce cessez-le-feu a été pris lors de l’adoption de la feuille de route de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (Cirgl), tenue à Luanda.  Un engament qui, selon les chefs d’Etat de la Cirgl, a pour objectif principal de donner une chance à ce pays en proie aux violences d’opter pour une paix durable.  

« Notre engagement figure sur la feuille de route pour la paix, issue du dernier sommet de l’organisation sous-régionale. Les principaux leaders, plus précisément ceux du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique et de l’Unité pour la paix en Centrafrique, avaient respectivement pris cet engagement important de cesser toute action armée sur le territoire national », précise le président centrafricain, en rappelant que son pays connaît de longues périodes d’instabilité, notamment marquées par des guerres civiles et de multiples coups d’État sans oublier les violences et les situations politiques drastiques.

« Je viens vous annoncer ce soir la fin des opérations militaires et de toute action armée sur l’ensemble du territoire national. Ceci, à compter de ce jour, 15 octobre 2021. Cela, pour assurer la sécurité du peuple. Ce n’est pas une décision facile à prendreLe cessez-le-feu que j’ai annoncé est la démonstration de ma ferme volonté de privilégier la voie du dialogue et non celle des armes, dans le règlement des conflits et de la crise qui secoue notre pays », a-t-il déclaré, avant de spécifier que sa décision n’empêche ni les forces de sécurité intérieure de maintenir l’ordre, ni l’armée de répondre en cas de légitime défense et ni la Minusca d’exercer son mandat. Car, ce cessez-le-feu est décrété pour des raisons humanitaires et de paix.  D’autant plus que la Centrafrique est le théâtre d’une guerre civile depuis 2013. Ces combats ont considérablement baissé d’intensité depuis trois ans mais ont culminé entre 2014 et 2015, occasionnant ainsi des milliers de morts.

Avec Adiac-Congo par Rock Ngassakys

Centrafrique : «accord tacite;» entre Somdiaa et des rebelles ?

août 19, 2021
Ali Darassa (au centre), leader du groupe rebelle UPC, à Bokolobo, près de Bambari, le 16 mars 2019.

Selon l’ONG The Sentry, le sucrier Sucaf, filiale de Somdiaa, a aidé financièrement l’UPC, un groupe armé centrafricain, en échange de sa protection. Les intéressés démentent.

Selon un rapport de l’ONG américaine The Sentry, rendu public le 18 août, la Sucrerie africaine de Centrafrique (Sucaf RCA) a conclu avec plusieurs groupes armés de ce pays un accord visant à « sécuriser son usine et ses champs de canne à sucre » ainsi qu’à « protéger son monopole ».

La Sucaf RCA est l’une des filiales de la Société d’organisation, de management et de développement des industries alimentaires et agricoles (Somdiaa), qui appartient à 87% au groupe français Castel, deuxième brasseur en Afrique et numéro trois mondial du vin.

ENTRETIEN DE VÉHICULES, LIVRAISON DE CARBURANT… »

En échange de la protection de ces groupes armés, la Sucaf RCA aurait mis en place un « système sophistiqué et informel pour les financer », par des paiements directs et indirects en espèces. Elle leur a aussi fourni « une aide en nature, sous la forme d’entretien de véhicules et de livraison de carburant », explique l’ONG.

De son côté, Alexandre Vilgrain, président du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian) et PDG de Somdiaa, affirme qu’à sa connaissance la direction de la Sucaf n’a conclu « aucun arrangement » et n’a fourni aucun soutien à ces mouvements rebelles.

Plantations de canne à sucre

Deuxième pays le moins développé au monde selon l’ONU, la Centrafrique est, depuis 2013, le théâtre d’une crise politique et militaire majeure. La guerre civile a permis à des groupes rebelles de prendre le contrôle de nombreux territoires ainsi que leurs ressources.

C’est le cas pour les quelque 5 137 hectares de plantations de canne à sucre et pour la raffinerie de la Sucaf RCA, à Ngakobo, à 400 km à l’est de Bangui, dans la préfecture de Ouaka. Depuis la fin de 2014, ce territoire est passé sous le contrôle de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), l’un des principaux groupes armés du pays.

LES CHEFS REBELLES DARASSA ET BOUBA AURAIENT PERÇU DES MILLIERS D’EUROS DEPUIS 2014.

Les premiers bénéficiaires de l’accord tacite passé avec la Sucaf et que dénonce The Sentry, seraient Ali Darassa, le leader de l’UPC, et Hassan Bouba, son ancien numéro deux, radié du groupe le 26 janvier 2021. Tous deux sont responsables de l’attaque perpétrée dans un camp de déplacés à Alindao, en novembre 2018, qui avait causé la mort d’au moins 112 personnes, dont 19 enfants.

Plus grave, des rapports de sécurité internes, recueillis par l’ONG américaine et que l’AFP a pu consulter, indiquent que la direction de Somdiaa, à Paris, était informée des exactions commises par les groupes armés dans la préfecture de la Ouaka.

Barrages routiers

Selon The Sentry, Darassa et Bouba auraient perçu des milliers d’euros chaque année entre 2014 et 2021. Des entretiens avec des membres de leur groupe rebelle en faction sur le site de l’usine auraient révélé que ces derniers étaient directement rémunérés par la Sucaf RCA.

Autre source importante de revenus pour l’UPC : la mise en place de barrages routiers entre Bangui et Ngakobo, obligeant les camions de la Sucaf à payer des taxes de passage.

Pour protéger son monopole, le groupe sucrier a, selon l’ONG, obtenu le soutien de l’UPC, qui procédait à « la saisie forcée de sucre de contrebande » en provenance du Soudan voisin. Le groupe armé recevait des commissions sur chaque saisie.

Grossistes

Toujours dans son rapport, l’ONG explique que « le sucre saisi était discrètement déchargé la nuit avant d’être reconditionné en sacs de sucre de la Sucaf RCA pour être ensuite vendu à des grossistes ». « Il n’y a eu aucun accord, aucun financement mensuel mis à notre disposition », assure pour sa part Hassan Bouba, devenu ministre de l’Élevage en février 2019.

Comme le conclut l’enquête de The Sentry, l’entente entre la Sucaf RCA et l’UPC « s’est poursuivie jusqu’en mars 2021 », lorsque les membres du groupe rebelle ont été chassés de la zone par une contre-offensive des forces armées centrafricaines et des paramilitaires russes.

Par Jeune Afrique avec AFP

France-Russie : Paris dénonce la « captation de pouvoir » de Moscou en Centrafrique

juin 18, 2021
Faustin Archange Touadéra et Vladimir Efimovich Titorenko, l’ambassadeur russe à Bangui, le 30 mars 2021 lors de l’investiture duy président centrafricain pour un second mandat.

La Russie a procédé à une « captation de pouvoir » en Centrafrique via les mercenaires de la force Wagner, a déclaré vendredi le chef de la diplomatie française, estimant en revanche improbable une telle menace au Sahel. 

« En République centrafricaine, par les mercenaires russes, il y a une forme de captation de pouvoir, et en particulier de pouvoir militaire, ce que nous combattons et ce qui nous amené à prendre des mesures de retrait d’un certain nombre de nos personnels militaires », a lancé Jean-Yves Le Drian sur la chaîne BFM TV.

La France a gelé son aide budgétaire à la Centrafrique et suspendu sa coopération militaire avec cet Etat d’Afrique centrale, qu’elle juge « complice » d’une campagne antifrançaise téléguidée par la Russie. « En République centrafricaine, les milices sont là, elles encadrent le président [Faustin Archange] Touadéra et elles se servent sur la bête dans les richesses du pays », a accusé le ministre français des Affaires étrangères.

Une campagne antifrançaise au Sahel

Pour autant, le même phénomène n’est pas perceptible au Sahel, selon Paris. « Je ne crois pas que ce soit un danger », a estimé Jean-Yves Le Drian, ajoutant ne pas déceler, « pour l’instant », une « grande pénétration » russe.

Les inquiétudes concernent notamment le colonel Assimi Goïta, chef de file de la junte à l’origine d’un double putsch ces derniers mois au Mali et formé en Russie. « C’est pas parce qu’il a été formé, que certains ont été formés à Moscou qu’ils sont aujourd’hui alignés sur Moscou », a répliqué le chef de la diplomatie française.

La France dénonce en revanche une campagne antifrançaise au Sahel, notamment sur les réseaux sociaux, alimentée en partie selon elle par des groupes se réclamant de la Russie. « Ce qui est certain (…) c’est que les pays membres du G5 Sahel en particulier, ce qu’on appelle aussi la Cedeao, sont extrêmement vigilants sur leur volonté de souveraineté et sur les précautions qu’ils prennent à l’égard de tiers », a poursuivi le ministre. Au Sahel, à la différence de la Centrafrique, « il n’y a pas de diamants, pas de ressources naturelles sur lesquelles on peut financer l’effort de guerre », relève également une source diplomatique.

Par Jeune Afrique avec AFP

Centrafrique : les mercenaires russes accusés d’atrocités sur des civils

juin 16, 2021

Un rapport alarmant, publié le 14 juin par CNN et l’ONG The Sentry, dénonce les atrocités commises en Centrafrique par les mercenaires russes pour contrôler les mines d’or et de diamant.

Le rapport fait ainsi état « de massacres, d’exécutions extrajudiciaires, de cas de torture, de pillage, d’enlèvements pour rançon, d’incendies de villages et de viols collectifs » perpétrés par le groupe Wagner, une société militaire russe ayant des liens avec le Kremlin, en alliance avec des forces armées loyales favorables au président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra.

Les enquêtes menées par CNN et The Sentry leur ont permis de rassembler des preuves et témoignages sur plusieurs cas de violations de droits humains, dont sont victimes les civils centrafricains qui se trouvent au milieu de la lutte entre les forces armées nationales soutenues par les mercenaires russes et les rebelles connus sous le nom de Seleka.

CNN et The Sentry ont cité un rapport compilé par la force de maintien de la paix de l’ONU en Centrafrique (Minusca) qui corrobore les accusations. Ce rapport indique que « les Faca et les forces bilatérales, en particulier les Russes et des éléments supposés être syriens, pourraient avoir commis des crimes de guerre, notamment en exécutant des civils et d’autres individus qui ne participaient pas aux hostilités ».

Plus de 2000 formateurs russes

Ce nouveau rapport dénonce une croissance de la présence de militaires russes en Centrafrique. La plupart des mercenaires sont présentés comme des formateurs venus de la Russie pour entraîner l’armée locale. Seulement, apprend-on, si en 2017, le nombre de ces formateurs pour l’armée centrafricaine était au nombre de 170, en 2021, il s’élève à 2300.

Selon les auteurs du document, cette croissance sert des objectifs multiples, y compris le contrôle des zones riches en minérais. Près de Bambari, par exemple, il existe d’importants gisements d’or à Ndassima. En 2020, le gouvernement aurait révoqué la licence d’une société canadienne dans cette zone et l’aurait accordée à une autre dénommée Midas resources répertoriée comme une entité russe. Des témoins affirment aussi que ces mercenaires russes expulsent les habitants des zones minières.

« Tout ce qui est minier est leur priorité […]. A Bambari, dans les quartiers de Bornou et d’Adji, ils pillent à la recherche d’or et de diamants », déclare un témoin.

Pour John Prendergast, cofondateur de Sentry, « Ce nouveau mode de pillage très lucratif constitue une menace grandissante, semant la mort et la dévastation, et mettant en danger la paix et la sécurité non seulement en République centrafricaine, mais également dans diverses autres zones sensibles de par le monde. Des mesures urgentes sont requises de la part de la communauté internationale ».

The Sentry et CNN ne sont en réalité pas les premiers à s’inquiéter de l’escalade de violences en Centrafrique. Dans un communiqué publié le 31 mars, l’ONU a émis des inquiétudes sur la présence de mercenaires russes en République centrafricaine. Trois organisations russes ont été pointées du doigt par l’institution dans son rapport. Il s’agit en l’occurrence de: Sewa security services; Lobaye invest SARLU et le fameux groupe Wagner, déjà connu pour être impliqué dans la guerre civile libyenne.

D’après les Nations unies, il est essentiel de clarifier les rôles de tous les partenaires internationaux de la RCA et de distinguer les actions des forces de la Minusca, de celles des organisations militaires privées. Dans leur rapport publié le 14 juin, CNN et The Sentry ont également fait un certain nombre de recommandations aux gouvernements et institutions financières internationales pour l’arrêt des atrocités en Centrafrique.

Face à l’urgence de la situation, l’heure ne devrait normalement plus être aux dénonciations, aux expressions d’inquiétude, ou aux recommandations, mais plutôt à une prise de conscience de la gravité des incidents en RCA. Il faut pour la communauté internationale agir pour mettre fin à ces cas de violations des droits humains, dont plusieurs pays africains riches en ressources minières font l’objet. Plusieurs ONG ont par le passé dénoncé comment des conflits sont entretenus sur des années en Afrique centrale (RDC, Rwanda, Ouganda, Burundi) avec pour but le pillage des ressources minières.

Avec Adiac-Congo par Josiane Mambou Loukoula et Ecofin

Centrafrique : Simplice Mathieu Sarandji, un fidèle de Touadéra au perchoir

mai 11, 2021
L’ancien Premier ministre Simplice Mathieu Sarandji a été élu à la tête de l’Assemblée nationale centrafricaine.

Face à Martin Ziguélé, c’est l’ancien Premier ministre qui a pris la tête de l’Assemblée nationale. Très actif lors des dernières campagnes électorales, Simplice Mathieu Sarandji est le véritable bras droit du chef de l’État.

Est-ce une manière de le remercier pour services rendus ? Soutenu par la majorité présidentielle à laquelle il appartient, Simplice Mathieu Sarandji a été élu à la tête de l’Assemblée nationale, devenant ainsi le deuxième personnage de l’État par ordre protocolaire. L’opposant Martin Ziguélé convoitait également le poste, mais Sarandji s’est largement imposé, obtenant 69 voix contre 17.

Facteur apaisant ?

Âgé de 66 ans, le nouveau président de l’Assemblée est un fidèle du président Faustin-Archange Touadéra. En 2016 déjà, il lui avait apporté son soutien pour le second tour de l’élection présidentielle, lors duquel Touadéra avait affronté Anicet-George Dologuélé. Une fois cette séquence refermée, Sarandji avait été nommé Premier ministre, fonction qu’il exercera durant près de trois ans avant de démissionner, en février 2019, après la signature d’un accord de paix entre Bangui et quatorze groupes armés. Il était depuis conseiller spécial du président centrafricain, avec rang de ministre d’État.

Son élection peut-elle contribuer à apaiser la scène politique centrafricaine ? En plus d’avoir été le directeur de campagne de Touadéra, ce géographe de formation est le secrétaire exécutif du Mouvement cœurs unis (MCU), la formation du chef de l’État.

SI LES DÉPUTÉS LUI ONT FAIT ASSEZ CONFIANCE POUR LE PORTER AU PERCHOIR, C’EST QU’ILS SAVENT QU’IL EST À LA HAUTEUR DE LEURS ATTENTES

À l’annonce de sa défaite, Martin Ziguélé a dénoncé « un accaparement de l’espace politique par le parti au pouvoir ». Une critique qu’écarte Évariste Ngamana, porte-parole du MCU et premier vice-président de l’Assemblée nationale. « Si les députés lui ont fait assez confiance pour le porter au perchoir, c’est qu’ils savent qu’il est à la hauteur de leurs attentes, assure-t-il. Il n’est pas là pour ne représenter que le MCU ; il est là dans l’intérêt du peuple centrafricain. »

Réseaux étendus

« Sarandji a une très grande influence au sein du parti au pouvoir et auprès du président Touadéra, analyse un diplomate en poste à Bangui. Il a su l’utiliser et a réussi à soigner ses relations avec la communauté internationale. Politiquement, il s’est bien préparé. »

De fait, le nouveau président de l’Assemblée nationale dispose de nombreuses connexions au-delà de son parti d’origine. En 2020, il a mis ses réseaux au service de Touadéra pour le faire réélire et a largement contribué à la conclusion d’alliances, y compris avec des formations se revendiquant de l’opposition.

IL EST HUMBLE, IL SAIT ÉCOUTER ET IL EST RESPECTÉ

« C’est un rassembleur, insiste Timoléon Mbaikoua, coordonnateur de la plateforme des partis politiques de la majorité présidentielle. Il est humble, il sait écouter et il est respecté au sein de la classe politique. »

À son poste, Sarandji va contribuer à l’organisation d’un dialogue politique, auquel plusieurs figures de l’opposition ont déjà annoncé qu’elles n’avaient pas l’intention de participer. « Les membres de la plateforme de l’opposition ont effectivement dit qu’ils ne prendraient pas part aux concertations, mais la porte n’est pas pour autant fermée et Sarandji peut être celui qui les ramènera autour de la table », veut croire Timoléon Mbaikoua.

Le nouveau président de l’Assemblée nationale ne compte toutefois pas que des amis, à l’international notamment. En 2018, alors qu’il était encore à la primature, Simplice Mathieu Sarandji s’est illustré par des propos peu diplomatiques, accusant la Minusca (la mission des Nations unies déployée dans le pays) d’être incapable d’aider la Centrafrique – un reproche formulé vertement que les chancelleries n’ont pas oublié.

Avec Jeune Afrique par Pacôme Pabandji

Centrafrique: Violent incendie à l’ambassade de France à Bangui ce 22 avril 2021

avril 22, 2021

Avec Franceat

Législatives en Centrafrique : les violences redoutées n’ont pas eu lieu

mars 16, 2021
Lors des élections législatives en Centrafrique, dimanche 14 mars 2021.

À défaut de se mobiliser massivement, les Centrafricains ont pu voter dimanche dans le calme et la sécurité pour le second tour des législatives. Les résultats seront connus d’ici le 22 mars.

Si l’issue du scrutin n’a pas encore été dévoilée, une chose est sûre : le taux de participation ne sera pas très élevé. « Il n’y a pas une grande affluence », observait à la fermeture des bureaux de vote Ali Ousman, responsable du réseau Arc-en-ciel, qui regroupe les observateurs du scrutin de 15 organisations de la société civile. « Chez nous, les législatives ne suscitent pas un grand enthousiasme, c’est la présidentielle qui compte », ajoutait-il.

Après avoir glissé son bulletin dans l’urne au lycée Barthélemy Boganda de Bangui, Godefroy Mokoamanede, directeur d’un bureau d’études, s’était désolé de la faible affluence : « quand les gens votent une première fois, ils ne voient plus l’utilité de voter une seconde fois ». « Je dois faire mon travail de citoyen, malgré l’insécurité. Il ne faut pas que le pays recule », avait embrayé Michel, un cultivateur.

Faible enjeu politique

La peur de violences a-t-elle tenu les électeurs éloignés des urnes ? Le 27 décembre, les scrutins avaient été considérablement perturbés par l’offensive annoncée sur Bangui de la CPC, coalition des plus importants groupes armés qui occupaient depuis plusieurs années plus des deux tiers du territoire. Réunis au sein de la Coalition des patriotes pour la Centrafrique, ils avaient juré d’empêcher la réélection du président Faustin-Archange Touadéra. Ce dernier a toutefois été réélu, mais avec 53,1% des voix de moins d’un tiers des 1,2 millions d’inscrits. La légalité de la présidentielle comme la légitimité de la réélection du chef de l’État sont depuis fortement contestées par l’opposition.

GLOBALEMENT ÇA S’EST BIEN PASSÉ, IL N’Y A PAS EU D’INCIDENT MAJEUR »

L’enjeu de ces législatives est faible, tant il fait peu de doute que le parti au pouvoir conservera sa majorité à l’Assemblée nationale. Mais dimanche, le pays tout entier avait les yeux rivés sur d’éventuelles violences dans les campagnes, où les rebelles se sont repliés et menacent toujours, jurant de renverser Faustin-Archange Touadéra.

140 sièges à pourvoir

« Globalement ça s’est bien passé, il n’y a pas eu d’incident majeur », a assuré à l’AFP dimanche soir le lieutenant-colonel Abdoul Aziz Fall, porte-parole des Casques bleus de l’ONU déployés depuis 2014 en Centrafrique. « Tous les centres où il n’y avait pas pu avoir de premier tour ont pu voter aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Le scrutin perturbé fin décembre a paradoxalement permis au pouvoir de se renforcer, en reprenant militairement du terrain depuis. Mais les rebelles ont été repoussés uniquement grâce à l’engagement dans les combats de centaines de paramilitaires russes et de soldats rwandais, envoyés par Moscou et Kigali à la rescousse de Faustin-Archange Touadéra et d’une armée centrafricaine peu formée et mal équipée. On ignore combien de temps ils resteront dans le pays.

Cent-quarante sièges sont à pourvoir mais, au premier tour, 22 députés ont été élus et seulement 49 circonscriptions sont en ballottage pour le second tour. Les résultats devraient être connus d’ici le 22 mars. Dans les 69 autres circonscriptions, le premier tour réorganisé dimanche sera suivi d’un second à une date qui n’a pas encore été faite.

Par Jeune Afrique avec AFP

Centrafrique : neuf opposants déposent un recours en annulation de l’élection présidentielle

janvier 8, 2021
Anicet-Georges Dologuélé à Paris, le 12 septembre 2016.

Neuf opposants, dont Anicet-Georges Dologuélé et Martin Ziguélé, ont déposé ce 6 janvier auprès de la Cour constitutionnelle un recours collectif en annulation de la présidentielle. Ils dénoncent des « fraudes massives » de la part des partisans du président Touadéra.

Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguélé, Mahamat Kamoun, Crépin Mboli-Goumba, Alexandre Ferdinand Nguendet, Abdou Karim Meckassoua, Catherine Samba-Panza, Nicolas Tiangaye et Désiré Kolingba ont demandé collectivement à la Cour constitutionnelle de prononcer l’annulation du scrutin présidentiel du 27 décembre dernier et l’organisation d’une nouvelle élection. Le recours a été déposé jeudi 6 décembre, à 18h45 heure de Bangui.

Dans le document adressé à la présidente de la Cour, Danièle Darlan, les neuf candidats, qui contestent la victoire au premier tour de Faustin-Archange Touadéra, ont dénoncé une « proportion inquiétante de votes par dérogation », la « non-remise de procès-verbaux aux représentants des candidats », des manœuvres d’ « intimidation », des « achats de vote » ou encore des « fraudes massives ».

La Cour constitutionnelle a jusqu’au 19 janvier pour se prononcer sur ce recours, déposé au nom des neuf candidats par l’avocat et ancien Premier ministre Nicolas Tiangaye. Cette demande intervient dans un climat particulièrement tendu sur le plan sécuritaire – les groupes armés tentant toujours d’encercler Bangui – et fait figure de dernière chance de sortie de crise sur le plan politique.

Entre Dologuélé et Bozizé, le divorce

S’il ne figure pas dans ce recours, le Kwa na Kwa (KNK), parti de l’ancien président François Bozizé (qui n’a pas été autorisé à se porter candidat), soutient la requête. Cette formation s’était alliée avec Anicet-Georges Dologuélé quelques jours avant le premier tour, avant que Bozizé ne choisisse finalement d’appeler au boycott, au grand dam de son nouvel allié.

Le KNK et les autres ténors de l’opposition ont pourtant bien du mal à présenter un front uni. Selon nos informations, Anicet-Georges Dologuélé impute en partie l’issue du premier tour à la décision de François Bozizé d’appeler ses militants à ne pas se rendre aux urnes. Il n’avait d’ailleurs pas été prévenu des intentions de boycott de l’ancien président, qui a finalement soutenu les groupes armés.

Le 27 décembre, alors que Dologuélé tentait de rassembler ses soutiens et de les pousser vers les urnes, Bozizé a même dépêché des partisans pour perturber la tenue du scrutin dans son fief de l’Ouham, qui était également l’un des potentiels réservoirs de voix du candidat Dologuélé. « Notre alliance avec Dologuélé était utile dans un contexte où l’élection était crédible. Mais quand le président Bozizé a constaté qu’elle ne le serait pas, il lui a fallu changer de plan », justifie un cadre du KNK.

Selon nos sources, François Bozizé pourrait prochainement se rapprocher des groupes armés rassemblés au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Ses leaders, avec lesquels l’ancien président est en contact régulier, lui ont proposé de s’allier officiellement à eux, en exerçant un rôle et un leadership similaire à celui de Michel Djotodia dans la Séléka en 2013.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier