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France-Russie : Paris dénonce la « captation de pouvoir » de Moscou en Centrafrique

juin 18, 2021
Faustin Archange Touadéra et Vladimir Efimovich Titorenko, l’ambassadeur russe à Bangui, le 30 mars 2021 lors de l’investiture duy président centrafricain pour un second mandat.

La Russie a procédé à une « captation de pouvoir » en Centrafrique via les mercenaires de la force Wagner, a déclaré vendredi le chef de la diplomatie française, estimant en revanche improbable une telle menace au Sahel. 

« En République centrafricaine, par les mercenaires russes, il y a une forme de captation de pouvoir, et en particulier de pouvoir militaire, ce que nous combattons et ce qui nous amené à prendre des mesures de retrait d’un certain nombre de nos personnels militaires », a lancé Jean-Yves Le Drian sur la chaîne BFM TV.

La France a gelé son aide budgétaire à la Centrafrique et suspendu sa coopération militaire avec cet Etat d’Afrique centrale, qu’elle juge « complice » d’une campagne antifrançaise téléguidée par la Russie. « En République centrafricaine, les milices sont là, elles encadrent le président [Faustin Archange] Touadéra et elles se servent sur la bête dans les richesses du pays », a accusé le ministre français des Affaires étrangères.

Une campagne antifrançaise au Sahel

Pour autant, le même phénomène n’est pas perceptible au Sahel, selon Paris. « Je ne crois pas que ce soit un danger », a estimé Jean-Yves Le Drian, ajoutant ne pas déceler, « pour l’instant », une « grande pénétration » russe.

Les inquiétudes concernent notamment le colonel Assimi Goïta, chef de file de la junte à l’origine d’un double putsch ces derniers mois au Mali et formé en Russie. « C’est pas parce qu’il a été formé, que certains ont été formés à Moscou qu’ils sont aujourd’hui alignés sur Moscou », a répliqué le chef de la diplomatie française.

La France dénonce en revanche une campagne antifrançaise au Sahel, notamment sur les réseaux sociaux, alimentée en partie selon elle par des groupes se réclamant de la Russie. « Ce qui est certain (…) c’est que les pays membres du G5 Sahel en particulier, ce qu’on appelle aussi la Cedeao, sont extrêmement vigilants sur leur volonté de souveraineté et sur les précautions qu’ils prennent à l’égard de tiers », a poursuivi le ministre. Au Sahel, à la différence de la Centrafrique, « il n’y a pas de diamants, pas de ressources naturelles sur lesquelles on peut financer l’effort de guerre », relève également une source diplomatique.

Par Jeune Afrique avec AFP

Centrafrique : les mercenaires russes accusés d’atrocités sur des civils

juin 16, 2021

Un rapport alarmant, publié le 14 juin par CNN et l’ONG The Sentry, dénonce les atrocités commises en Centrafrique par les mercenaires russes pour contrôler les mines d’or et de diamant.

Le rapport fait ainsi état « de massacres, d’exécutions extrajudiciaires, de cas de torture, de pillage, d’enlèvements pour rançon, d’incendies de villages et de viols collectifs » perpétrés par le groupe Wagner, une société militaire russe ayant des liens avec le Kremlin, en alliance avec des forces armées loyales favorables au président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra.

Les enquêtes menées par CNN et The Sentry leur ont permis de rassembler des preuves et témoignages sur plusieurs cas de violations de droits humains, dont sont victimes les civils centrafricains qui se trouvent au milieu de la lutte entre les forces armées nationales soutenues par les mercenaires russes et les rebelles connus sous le nom de Seleka.

CNN et The Sentry ont cité un rapport compilé par la force de maintien de la paix de l’ONU en Centrafrique (Minusca) qui corrobore les accusations. Ce rapport indique que « les Faca et les forces bilatérales, en particulier les Russes et des éléments supposés être syriens, pourraient avoir commis des crimes de guerre, notamment en exécutant des civils et d’autres individus qui ne participaient pas aux hostilités ».

Plus de 2000 formateurs russes

Ce nouveau rapport dénonce une croissance de la présence de militaires russes en Centrafrique. La plupart des mercenaires sont présentés comme des formateurs venus de la Russie pour entraîner l’armée locale. Seulement, apprend-on, si en 2017, le nombre de ces formateurs pour l’armée centrafricaine était au nombre de 170, en 2021, il s’élève à 2300.

Selon les auteurs du document, cette croissance sert des objectifs multiples, y compris le contrôle des zones riches en minérais. Près de Bambari, par exemple, il existe d’importants gisements d’or à Ndassima. En 2020, le gouvernement aurait révoqué la licence d’une société canadienne dans cette zone et l’aurait accordée à une autre dénommée Midas resources répertoriée comme une entité russe. Des témoins affirment aussi que ces mercenaires russes expulsent les habitants des zones minières.

« Tout ce qui est minier est leur priorité […]. A Bambari, dans les quartiers de Bornou et d’Adji, ils pillent à la recherche d’or et de diamants », déclare un témoin.

Pour John Prendergast, cofondateur de Sentry, « Ce nouveau mode de pillage très lucratif constitue une menace grandissante, semant la mort et la dévastation, et mettant en danger la paix et la sécurité non seulement en République centrafricaine, mais également dans diverses autres zones sensibles de par le monde. Des mesures urgentes sont requises de la part de la communauté internationale ».

The Sentry et CNN ne sont en réalité pas les premiers à s’inquiéter de l’escalade de violences en Centrafrique. Dans un communiqué publié le 31 mars, l’ONU a émis des inquiétudes sur la présence de mercenaires russes en République centrafricaine. Trois organisations russes ont été pointées du doigt par l’institution dans son rapport. Il s’agit en l’occurrence de: Sewa security services; Lobaye invest SARLU et le fameux groupe Wagner, déjà connu pour être impliqué dans la guerre civile libyenne.

D’après les Nations unies, il est essentiel de clarifier les rôles de tous les partenaires internationaux de la RCA et de distinguer les actions des forces de la Minusca, de celles des organisations militaires privées. Dans leur rapport publié le 14 juin, CNN et The Sentry ont également fait un certain nombre de recommandations aux gouvernements et institutions financières internationales pour l’arrêt des atrocités en Centrafrique.

Face à l’urgence de la situation, l’heure ne devrait normalement plus être aux dénonciations, aux expressions d’inquiétude, ou aux recommandations, mais plutôt à une prise de conscience de la gravité des incidents en RCA. Il faut pour la communauté internationale agir pour mettre fin à ces cas de violations des droits humains, dont plusieurs pays africains riches en ressources minières font l’objet. Plusieurs ONG ont par le passé dénoncé comment des conflits sont entretenus sur des années en Afrique centrale (RDC, Rwanda, Ouganda, Burundi) avec pour but le pillage des ressources minières.

Avec Adiac-Congo par Josiane Mambou Loukoula et Ecofin

Centrafrique : Simplice Mathieu Sarandji, un fidèle de Touadéra au perchoir

mai 11, 2021
L’ancien Premier ministre Simplice Mathieu Sarandji a été élu à la tête de l’Assemblée nationale centrafricaine.

Face à Martin Ziguélé, c’est l’ancien Premier ministre qui a pris la tête de l’Assemblée nationale. Très actif lors des dernières campagnes électorales, Simplice Mathieu Sarandji est le véritable bras droit du chef de l’État.

Est-ce une manière de le remercier pour services rendus ? Soutenu par la majorité présidentielle à laquelle il appartient, Simplice Mathieu Sarandji a été élu à la tête de l’Assemblée nationale, devenant ainsi le deuxième personnage de l’État par ordre protocolaire. L’opposant Martin Ziguélé convoitait également le poste, mais Sarandji s’est largement imposé, obtenant 69 voix contre 17.

Facteur apaisant ?

Âgé de 66 ans, le nouveau président de l’Assemblée est un fidèle du président Faustin-Archange Touadéra. En 2016 déjà, il lui avait apporté son soutien pour le second tour de l’élection présidentielle, lors duquel Touadéra avait affronté Anicet-George Dologuélé. Une fois cette séquence refermée, Sarandji avait été nommé Premier ministre, fonction qu’il exercera durant près de trois ans avant de démissionner, en février 2019, après la signature d’un accord de paix entre Bangui et quatorze groupes armés. Il était depuis conseiller spécial du président centrafricain, avec rang de ministre d’État.

Son élection peut-elle contribuer à apaiser la scène politique centrafricaine ? En plus d’avoir été le directeur de campagne de Touadéra, ce géographe de formation est le secrétaire exécutif du Mouvement cœurs unis (MCU), la formation du chef de l’État.

SI LES DÉPUTÉS LUI ONT FAIT ASSEZ CONFIANCE POUR LE PORTER AU PERCHOIR, C’EST QU’ILS SAVENT QU’IL EST À LA HAUTEUR DE LEURS ATTENTES

À l’annonce de sa défaite, Martin Ziguélé a dénoncé « un accaparement de l’espace politique par le parti au pouvoir ». Une critique qu’écarte Évariste Ngamana, porte-parole du MCU et premier vice-président de l’Assemblée nationale. « Si les députés lui ont fait assez confiance pour le porter au perchoir, c’est qu’ils savent qu’il est à la hauteur de leurs attentes, assure-t-il. Il n’est pas là pour ne représenter que le MCU ; il est là dans l’intérêt du peuple centrafricain. »

Réseaux étendus

« Sarandji a une très grande influence au sein du parti au pouvoir et auprès du président Touadéra, analyse un diplomate en poste à Bangui. Il a su l’utiliser et a réussi à soigner ses relations avec la communauté internationale. Politiquement, il s’est bien préparé. »

De fait, le nouveau président de l’Assemblée nationale dispose de nombreuses connexions au-delà de son parti d’origine. En 2020, il a mis ses réseaux au service de Touadéra pour le faire réélire et a largement contribué à la conclusion d’alliances, y compris avec des formations se revendiquant de l’opposition.

IL EST HUMBLE, IL SAIT ÉCOUTER ET IL EST RESPECTÉ

« C’est un rassembleur, insiste Timoléon Mbaikoua, coordonnateur de la plateforme des partis politiques de la majorité présidentielle. Il est humble, il sait écouter et il est respecté au sein de la classe politique. »

À son poste, Sarandji va contribuer à l’organisation d’un dialogue politique, auquel plusieurs figures de l’opposition ont déjà annoncé qu’elles n’avaient pas l’intention de participer. « Les membres de la plateforme de l’opposition ont effectivement dit qu’ils ne prendraient pas part aux concertations, mais la porte n’est pas pour autant fermée et Sarandji peut être celui qui les ramènera autour de la table », veut croire Timoléon Mbaikoua.

Le nouveau président de l’Assemblée nationale ne compte toutefois pas que des amis, à l’international notamment. En 2018, alors qu’il était encore à la primature, Simplice Mathieu Sarandji s’est illustré par des propos peu diplomatiques, accusant la Minusca (la mission des Nations unies déployée dans le pays) d’être incapable d’aider la Centrafrique – un reproche formulé vertement que les chancelleries n’ont pas oublié.

Avec Jeune Afrique par Pacôme Pabandji

Centrafrique: Violent incendie à l’ambassade de France à Bangui ce 22 avril 2021

avril 22, 2021

Avec Franceat

Législatives en Centrafrique : les violences redoutées n’ont pas eu lieu

mars 16, 2021
Lors des élections législatives en Centrafrique, dimanche 14 mars 2021.

À défaut de se mobiliser massivement, les Centrafricains ont pu voter dimanche dans le calme et la sécurité pour le second tour des législatives. Les résultats seront connus d’ici le 22 mars.

Si l’issue du scrutin n’a pas encore été dévoilée, une chose est sûre : le taux de participation ne sera pas très élevé. « Il n’y a pas une grande affluence », observait à la fermeture des bureaux de vote Ali Ousman, responsable du réseau Arc-en-ciel, qui regroupe les observateurs du scrutin de 15 organisations de la société civile. « Chez nous, les législatives ne suscitent pas un grand enthousiasme, c’est la présidentielle qui compte », ajoutait-il.

Après avoir glissé son bulletin dans l’urne au lycée Barthélemy Boganda de Bangui, Godefroy Mokoamanede, directeur d’un bureau d’études, s’était désolé de la faible affluence : « quand les gens votent une première fois, ils ne voient plus l’utilité de voter une seconde fois ». « Je dois faire mon travail de citoyen, malgré l’insécurité. Il ne faut pas que le pays recule », avait embrayé Michel, un cultivateur.

Faible enjeu politique

La peur de violences a-t-elle tenu les électeurs éloignés des urnes ? Le 27 décembre, les scrutins avaient été considérablement perturbés par l’offensive annoncée sur Bangui de la CPC, coalition des plus importants groupes armés qui occupaient depuis plusieurs années plus des deux tiers du territoire. Réunis au sein de la Coalition des patriotes pour la Centrafrique, ils avaient juré d’empêcher la réélection du président Faustin-Archange Touadéra. Ce dernier a toutefois été réélu, mais avec 53,1% des voix de moins d’un tiers des 1,2 millions d’inscrits. La légalité de la présidentielle comme la légitimité de la réélection du chef de l’État sont depuis fortement contestées par l’opposition.

GLOBALEMENT ÇA S’EST BIEN PASSÉ, IL N’Y A PAS EU D’INCIDENT MAJEUR »

L’enjeu de ces législatives est faible, tant il fait peu de doute que le parti au pouvoir conservera sa majorité à l’Assemblée nationale. Mais dimanche, le pays tout entier avait les yeux rivés sur d’éventuelles violences dans les campagnes, où les rebelles se sont repliés et menacent toujours, jurant de renverser Faustin-Archange Touadéra.

140 sièges à pourvoir

« Globalement ça s’est bien passé, il n’y a pas eu d’incident majeur », a assuré à l’AFP dimanche soir le lieutenant-colonel Abdoul Aziz Fall, porte-parole des Casques bleus de l’ONU déployés depuis 2014 en Centrafrique. « Tous les centres où il n’y avait pas pu avoir de premier tour ont pu voter aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Le scrutin perturbé fin décembre a paradoxalement permis au pouvoir de se renforcer, en reprenant militairement du terrain depuis. Mais les rebelles ont été repoussés uniquement grâce à l’engagement dans les combats de centaines de paramilitaires russes et de soldats rwandais, envoyés par Moscou et Kigali à la rescousse de Faustin-Archange Touadéra et d’une armée centrafricaine peu formée et mal équipée. On ignore combien de temps ils resteront dans le pays.

Cent-quarante sièges sont à pourvoir mais, au premier tour, 22 députés ont été élus et seulement 49 circonscriptions sont en ballottage pour le second tour. Les résultats devraient être connus d’ici le 22 mars. Dans les 69 autres circonscriptions, le premier tour réorganisé dimanche sera suivi d’un second à une date qui n’a pas encore été faite.

Par Jeune Afrique avec AFP

Centrafrique : neuf opposants déposent un recours en annulation de l’élection présidentielle

janvier 8, 2021
Anicet-Georges Dologuélé à Paris, le 12 septembre 2016.

Neuf opposants, dont Anicet-Georges Dologuélé et Martin Ziguélé, ont déposé ce 6 janvier auprès de la Cour constitutionnelle un recours collectif en annulation de la présidentielle. Ils dénoncent des « fraudes massives » de la part des partisans du président Touadéra.

Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguélé, Mahamat Kamoun, Crépin Mboli-Goumba, Alexandre Ferdinand Nguendet, Abdou Karim Meckassoua, Catherine Samba-Panza, Nicolas Tiangaye et Désiré Kolingba ont demandé collectivement à la Cour constitutionnelle de prononcer l’annulation du scrutin présidentiel du 27 décembre dernier et l’organisation d’une nouvelle élection. Le recours a été déposé jeudi 6 décembre, à 18h45 heure de Bangui.

Dans le document adressé à la présidente de la Cour, Danièle Darlan, les neuf candidats, qui contestent la victoire au premier tour de Faustin-Archange Touadéra, ont dénoncé une « proportion inquiétante de votes par dérogation », la « non-remise de procès-verbaux aux représentants des candidats », des manœuvres d’ « intimidation », des « achats de vote » ou encore des « fraudes massives ».

La Cour constitutionnelle a jusqu’au 19 janvier pour se prononcer sur ce recours, déposé au nom des neuf candidats par l’avocat et ancien Premier ministre Nicolas Tiangaye. Cette demande intervient dans un climat particulièrement tendu sur le plan sécuritaire – les groupes armés tentant toujours d’encercler Bangui – et fait figure de dernière chance de sortie de crise sur le plan politique.

Entre Dologuélé et Bozizé, le divorce

S’il ne figure pas dans ce recours, le Kwa na Kwa (KNK), parti de l’ancien président François Bozizé (qui n’a pas été autorisé à se porter candidat), soutient la requête. Cette formation s’était alliée avec Anicet-Georges Dologuélé quelques jours avant le premier tour, avant que Bozizé ne choisisse finalement d’appeler au boycott, au grand dam de son nouvel allié.

Le KNK et les autres ténors de l’opposition ont pourtant bien du mal à présenter un front uni. Selon nos informations, Anicet-Georges Dologuélé impute en partie l’issue du premier tour à la décision de François Bozizé d’appeler ses militants à ne pas se rendre aux urnes. Il n’avait d’ailleurs pas été prévenu des intentions de boycott de l’ancien président, qui a finalement soutenu les groupes armés.

Le 27 décembre, alors que Dologuélé tentait de rassembler ses soutiens et de les pousser vers les urnes, Bozizé a même dépêché des partisans pour perturber la tenue du scrutin dans son fief de l’Ouham, qui était également l’un des potentiels réservoirs de voix du candidat Dologuélé. « Notre alliance avec Dologuélé était utile dans un contexte où l’élection était crédible. Mais quand le président Bozizé a constaté qu’elle ne le serait pas, il lui a fallu changer de plan », justifie un cadre du KNK.

Selon nos sources, François Bozizé pourrait prochainement se rapprocher des groupes armés rassemblés au sein de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Ses leaders, avec lesquels l’ancien président est en contact régulier, lui ont proposé de s’allier officiellement à eux, en exerçant un rôle et un leadership similaire à celui de Michel Djotodia dans la Séléka en 2013.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier

Présidentielle en Centrafrique : Faustin-Archange Touadéra réélu dès le premier tour

janvier 5, 2021
Le président Faustin-Archange Touadéra, candidat à un second mandat, lors d’un meeting à Bangui, le 19 décembre 2020.

Selon les résultats provisoires annoncés ce 4 janvier par l’Autorité nationale des élections, Faustin-Archange Touadéra a été réélu pour un second mandat, avec 53,92 % des suffrages. Anicet-Georges Dologuélé arrive en deuxième position.

Dans un contexte particulièrement tendu et sous la pression des groupes armés qui continuent de menacer Bangui, l’Autorité nationale des élections (ANE) a rendu publics ce 4 janvier les résultats provisoires de l’élection présidentielle dont le premier tour s’est tenu le 27 décembre dernier.

Un second mandat pour Touadéra

Selon ces chiffres, Faustin-Archange Touadéra est parvenu à remporter un second mandat, en totalisant 53,92 % des voix.

Derrière lui, Anicet-Georges Dologuélé, de l’Union pour le renouveau en Centrafrique (Urca), est le mieux placé des opposants avec 21 % des suffrages. Il devance lui-même un autre poids lourd de l’opposition, Martin Ziguélé, du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC, 7,46%).

Selon les résultats de l’ANE, les deux hommes échouent toutefois à pousser le président sortant au second tour.

Sous la pression de François Bozizé et des groupes armés

La tenue du scrutin du 27 décembre est longtemps restée incertaine, une partie de l’opposition ayant jusqu’au bout réclamé un report. Quelques jours avant le premier tour, les principaux groupes armés du pays s’étaient en outre rassemblés au sein d’une Coalition des patriotes pour le changement (CPC), laquelle s’était ensuite alliée à François Bozizé, devenu l’un des fers de lance de l’opposition depuis son retour en Centrafrique fin 2019.

Un temps candidat, avant que son dossier ne soit rejeté début décembre par la Cour constitutionnelle, l’ancien président avait rebattu les cartes de l’élection. Il avait apporté son soutien à Anicet-Georges Dologuélé, appelant à une candidature unique de l’opposition, avant de prendre le parti de la CPC et de prôner – à l’inverse de Dologuélé – le boycott des opérations de vote.

Les groupes armés avaient quant à eux lancé plusieurs manœuvres militaires en direction de la capitale afin de mettre la pression sur le pouvoir de Faustin-Archange Touadéra. Celui-ci, soutenu par la Minusca, la Mission de l’ONU, ainsi que par ses alliés russes et rwandais, était parvenu tant bien que mal à les tenir à distance de Bangui – où la peur reste toutefois de mise.

LA PEUR RESTE DE MISE À BANGUI

« Globalement, le vote a eu lieu et les électeurs sont venus. Il y a eu un engouement […] malgré de petits soucis sécuritaires dans quelques endroits », avait indiqué Momokoama Théophile, rapporteur général de l’ANE, après le premier tour.

« Nous avons eu des élections crédibles, engagées et populaires « , a quant à lui assuré le porte-parole du gouvernement, Ange-Maxime Kazagui. Selon les chiffres de l’ANE, 655 019 électeurs sont allés voter (pour 642 956 suffrages valables) sur les 910 784 Centrafricains inscrits sur les listes électorales.

70 % des Centrafricains n’ont pas pu voter, selon l’opposition

L’opposition, qui a d’ores et déjà demandé l’annulation du scrutin, estimait quant à elle avant même l’annonce des chiffres de l’ANE qu’environ 70 % des Centrafricains n’avaient pas pu prendre part au vote, en raison du contexte sécuritaire.

En outre, plusieurs candidats, dont Mahamat Kamoun, Martin Ziguélé, Karim Meckassoua ou Nicolas Tiangaye, ont dénoncé le 3 janvier des malversations supposées ayant eu lieu le 27 décembre : recours abusif au vote par procuration, bourrage d’urnes, non-présentation de procès-verbaux aux représentants de l’opposition… Ils ont réclamé à l’ANE des clarifications sur les opérations de vote.

Vers un nouveau dialogue national ?

« Touadéra mérite plus que jamais son surnom de « président de Bangui », a déploré un opposant contacté par Jeune Afrique. Le pays reste aux mains des groupes armés et les élus n’ont aucune légitimité dans la mesure où près des trois quarts des Centrafricains n’ont pas pu voter. » « Les élections groupées n’ont pas été justes et inclusives et ne sont nullement l’expression de la volonté du peuple centrafricain », a résumé la coalition de l’opposition (COD-2020).

Selon nos informations, peu avant l’annonce des résultats, plusieurs groupes armés déclaraient encore souhaiter « aller jusqu’au bout » et « prendre Bangui ». Leurs combattants, qui ont notamment tenté ces derniers jours un coup de force sur Bangassou, font aujourd’hui face à quelque 11 500 Casques bleus de la Minusca, appuyés par plusieurs centaines de soldats rwandais et de mercenaires russes présents sur le terrain.

La Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) a invité ces dernières semaines le président Touadéra à organiser un nouveau dialogue national inclusif, sitôt les opérations électorales achevées, espérant empêcher une nouvelle escalade de la violence avec les groupes armés. Présidée par le chef de l’État congolais Denis Sassou N’Guesso, l’organisation régionale s’est déclarée disposée à superviser une concertation nationale.

Avec Jeune Afrique par Mathieu

Centrafrique : des groupes armés contrôlent la ville de Bangassou

janvier 4, 2021
Un soldat de la Minsuca à Bangui, le 26 décembre 2020 à la veille du scrutin présidentiel.

Des groupes armés ont pris le contrôle dimanche de Bangassou après avoir lancé une attaque à l’aube, a indiqué le chef du bureau régional de la Minusca dans la ville, à la veille des premiers résultats de l’élection présidentielle.

« Les rebelles contrôlent la ville, ils sont partout », a déclaré Rosevel Pierre Louis, le chef du bureau régional de la Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) à Bangassou, dans le sud-est du pays. Les forces armées de Centrafrique (FACA) ont « abandonné leur position et se trouvent dans notre base », a poursuivi Rosevel Pierre Louis.

« Les corps de cinq éléments armés ont été retrouvés », a twitté la Minusca, sans plus de précision. Une quinzaine de blessés ont été transportés par Médecins sans frontières, a de son côté déclaré l’ONG.

Depuis le 19 décembre, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), alliance de groupes rebelles occupant les deux tiers du territoire, mène une offensive qui avait initialement pour but de perturber l’organisation des élections présidentielle et législatives dont le premier tour a eu lieu le 27 décembre.

« Les gens s’attendaient à une attaque »

En 2017, la ville de Bangassou, frontalière avec la RDC, avait été ravagée par des miliciens anti-balaka, qui avaient massacré des dizaines de civils musulmans et tué plusieurs casques bleus. « Beaucoup de gens se sont réfugiés au Congo, sur l’autre rive, ça fait deux semaines que les gens s’attendaient à une attaque. Mes enfants sont partis, moi je suis resté avec ma femme », a déclaré à l’AFP Ismail, un habitant de Bangassou, pendant que des tirs résonnaient.

La veille, des groupes armés avaient attaqué à l’aube la ville de Damara, située à 70 km au nord de Bangui, fief du président sortant et favori du scrutin, Faustin-Archange Touadéra. » Il y a eu une incursion des groupes armés ce matin (samedi) avec des tirs. Mais les FACA sont intervenus et les groupes armés ont fui », avait précisé Vladimir Monteiro, porte-parole de la Minusca. « Des patrouilles de la Minusca ont été envoyées sur place », a-t-il ajouté. La Minusca n’était pas en mesure de fournir un bilan humain de l’attaque de Damara.

 Par Jeune Afrique avec AFP

Centrafrique : un humanitaire de MSF tué, des locaux de la Croix-Rouge saccagés

décembre 30, 2020

Les ONG Médecins sans frontières, dont l’un des employés a été tué, et le Comité international de la Croix rouge (CICR), ont dénoncé mercredi «la nouvelle vague de violence» et les combats qui se poursuivent en Centrafrique après les élections présidentielle et législatives de dimanche.

Un humanitaire de MSF est mort après l’attaque lundi d’un camion de transport public à Grimari, près de Bambari, la quatrième ville du pays située à quelque 380km au nord-est de Bangui, qui avait été prise temporairement la semaine dernière par des rebelles lors d’une offensive visant à perturber le processus électoral.

«Notre collègue n’était pas en service et avait emprunté ce camion de transport public pour se rendre de Bambari à Bangui quand la fusillade a éclaté», a déclaré mercredi l’ONG dans un communiqué. «Il y a eu 19 blessés et 3 morts», a précisé à l’AFP Emmanuel Lampaert, chef de mission de MSF en Centrafrique. Dans la soirée du 27 décembre, les locaux du CICR à Bouar, dans l’ouest du pays, ont également été saccagés par des hommes armés qui ont aussi blessé trois employés de la sécurité.

«Nous sommes choqués, c’est une attaque violente avec utilisation d’armes à feu», s’est indigné auprès de l’AFP Taoffic Touré, le coordinateur communication du CICR en Centrafrique. «Ces incidents surviennent alors que les conditions de sécurité se sont fortement dégradées depuis quelques semaines à la suite d’affrontements entre groupes armés et forces étatiques», a précisé l’ONG dans un communiqué.

Les deux organisations ont tenu à rappeler que les humanitaires ne devaient pas être pris pour cible des combats entre les rebelles et les forces du gouvernement, suppléées par des renforts venus du Rwanda et de Russie.

La Centrafrique a été ravagée par la guerre civile après qu’une coalition de groupes armés à dominante musulmane, la Séléka, a renversé le régime du président François Bozizé en 2013. Depuis 2018, la guerre a évolué en un conflit de basse intensité, où les groupes armés contrôlent les deux tiers du territoire et se disputent le contrôle des ressources du pays, tout en perpétrant régulièrement des exactions contre les populations civiles.La rédaction vous conseille.

Par Le Figaro avec AFP

Présidentielle en Centrafrique : l’opposition demande l’annulation du scrutin

décembre 30, 2020
Une femme vote à l’occasion des élections présidentielle et législatives, au Lycée Boganda à Bangui, en Centrafrique, le 27 décembre 2020.

Quatre jours après un premier tour perturbé par les groupes rebelles, la coalition de l’opposition a demandé mercredi « l’annulation pure et simple » de la présidentielle et des législatives.

La Coalition de l’opposition démocratique (COD-2020), regroupant les plus importants partis et mouvements de l’opposition au président Faustin Archange Touadéra « constate que les élections groupées n’ont pas été justes et inclusives et ne sont nullement l’expression de la volonté du peuple centrafricain », a-t-elle fait savoir ce mercredi.  

« La COD-2020 rend responsable de cette mascarade électorale l’Autorité nationale des élections (ANE), le régime de Touadéra, le G5+ [qui compte notamment la France, la Russie, l’ONU, l’Union européenne et la Banque mondiale, ndlr], plus particulièrement le représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Centrafrique, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye », ajoute encore la coalition dans un communiqué.

Des élections « crédibles », selon le gouvernement

La COD-2020 dénonce par ailleurs l’impossibilité de voter dans plusieurs régions, affirme avoir constaté « des bourrages massifs des urnes » et évoque « un nombre de votants qui dépasse celui des inscrits » dans certains bureaux de vote.

« Nous avons eu des élections crédibles, engagées et populaires », avait au contraire assuré le porte-parole du gouvernement, Ange-Maxime Kazagui, lors d’une conférence de presse, mardi. Les autorités ont néanmoins reconnu que le vote avait été empêché dans 29 des 71 sous-préfectures, le rapporteur général, Momokoama Théophile, précisant à l’AFP que « dans six autres sous-préfectures, il n’y a eu qu’un vote partiel ».

« Certains avaient estimé que ces élections ne devaient pas avoir lieu et qu’il fallait tout faire pour effrayer et décourager les Centrafricains. Malgré cela, ils ont marqué leur volonté ferme d’aller voter, en dépit de tous les dangers », a insisté Ange-Maxime Kazagui. 

« Félicitations » de la Ceeac et de l’OIF

La mission d’observation de la Communauté des États de l’Afrique centrale (Ceeac) a pour sa part « félicité le peuple centrafricain pour sa maturité politique et sa détermination à faire barrage aux forces négatives qui menaçaient la tenue des élections » et adressé des félicitations à l’ANE pour avoir « relevé le défi de l’organisation des ces élections dans un contexte particulièrement difficile ».

Dans un communiqué daté du 29 décembre, signé de la main de Sylvestre Ntibantunganya, chef de la mission d’observation de la Ceeac, la mission d’observation enjoint également les candidats à « recourir aux voies constitutionnelles et légales pour des contestations éventuelles ».

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui avait également déployé des observateurs, a quant à elle salué la « participation massive des électeurs le jour du scrutin, dans les bureaux de vote visités à Bangui » où « les électeurs ont accompli leur devoir citoyen, dans le calme et la discipline »

Par Jeune Afrique avec AFP