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Un cadre de la Francophonie suspend après une tribune anti-CFA publiée sur « Le Monde Afrique »

décembre 8, 2017

L’économiste Kako Nubukpo est depuis plusieurs années l’une des figures de la contestation contre la monnaie des quinze pays d’Afrique francophone.

L’économiste togolais Kako Nubukpo. Crédits : CC 2.0

La tribune contre le franc CFA signée par le Togolais Kako Nubukpo le 30 novembre sur Le Monde Afrique en réponse aux propos tenus par Emmanuel Macron lors de son déplacement à Ouagadougou, le 28 novembre, aura été celle de trop. Le directeur de la francophonie économique et numérique au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a été officiellement suspendu de ses fonctions mardi 5 décembre par la secrétaire générale de l’institution, Michaëlle Jean. Une éviction qualifiée de « brutale » par M. Nubukpo qui, après avoir refusé de démissionner, s’est vu notifier une « suspension de fonctions à titre conservatoire ». Son salaire a été bloqué, son ordinateur et son adresse mail lui ont été retirés tout comme son badge lui donnant accès à l’immeuble de l’avenue Bosquet, dans le 7arrondissement de Paris où se trouve le siège de l’OIF.

La publication de cette tribune lui a été directement reprochée. L’économiste avait qualifié d’« imprécise, caricaturale et finalement déshonorante pour les dirigeants africains » la parole d’Emmanuel Macron après que celui-ci a déclaré devant les étudiants de l’université de Ouagadougou et le président burkinabé qui l’accompagnait que « le franc CFA est non-sujet pour la France ».

Les prises de position de M. Nubukpo ne sont pourtant pas nouvelles. Il a publié plusieurs ouvrages dont le dernier, Sortir l’Afrique de la servilité volontaire : à qui profite le franc CFA ? (Ed. La Dispute, 2016), a reçu un large écho médiatique. Il était déjà en poste à l’OIF.

« Débat sans tabou » ?

Cet ultime événement n’est cependant pas le seul à avoir provoqué sa chute. Agacé par les interventions répétées de Kako Nubukpo contre le carcan monétaire dont souffriraient les anciennes colonies françaises d’Afrique de l’Ouest et centrale, le président ivoirien Alassane Ouattara avait, en marge des assemblées générales des Nations unies de septembre, à New York, interpellé publiquement Michaëlle Jean sur les diatribes de son économiste. M. Ouattara est parmi les plus fervents défenseurs de la monnaie créée en 1945, aujourd’hui arrimée à l’euro. Dans sa lettre adressée mardi à l’économiste, l’OIF ne dissimule pas « les protestations des chefs d’Etat ».

Mme Jean, dont le mandat s’achève en 2018, aurait-elle interprété les remontrances de M. Ouattara comme un avertissement ? Il n’a également échappé à personne qu’Emmanuel Macron, en défendant l’avenir de la Francophonie à Ouagadougou, a gratifié Leïla Slimani du crédit d’en ouvrir « une nouvelle page », ne citant à aucun moment de son discours ni l’OIF ni Mme Jean. L’écrivaine a été nommée représentante personnelle du chef de l’Etat pour la Francophonie.

Pour justifier sa décision, l’OIF invoque vendredi dans un communiqué un manquement au « devoir de réserve » auquel était tenu M. Nubukpo en tant que fonctionnaire international. Un devoir qu’il n’aurait pas respecté en dépit de multiples avertissements.

Le départ de l’économiste, qui fut aussi ministre de la prospective du Togo et perdit son poste pour les mêmes raisons en 2015, intervient dans un contexte qui a évolué : le débat sur le CFA a gagné en visibilité depuis quelques mois. Des manifestations d’ampleurs variables ont été organisées en France et sur le continent. « Il est surprenant qu’à un moment où le président Macron invite à avoir ce débat sans tabou, l’institution dans laquelle il pourrait légitimement avoir lieu, cherche à l’étouffer », fait remarquer sans autre commentaire M. Nubukpo.

Lemonde.fr par Laurence Caramel

L’Afrique de l’Ouest veut toujours sa monnaie unique en 2020, mais ça sera dur

octobre 24, 2017

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest répéte sa volonté de créer une monnaie unique pour ses 15 pays dès 2020 / © AFP/Archives / ISSOUF SANOGO

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest a répété mardi sa volonté de créer une monnaie unique pour ses 15 pays dès 2020, mais le Nigeria, poids lourd de la zone, a exprimé sa réticence.

Serpent de mer dont il est question depuis 30 ans, une monnaie unique pour les 15 pays de la Cédéao, qui remplacerait le franc CFA et sept autres devises nationales, apparaît difficile à mettre en place rapidement au vu des difficultés énoncées lors du sommet des chefs d’Etat de la zone qui s’est tenu mardi à Niamey.

Le sommet a cependant proposé une piste pour contourner les gros problèmes de convergence économique et financière entre les Etats : « une approche graduelle privilégiant un démarrage avec les pays qui respectent les critères de convergence », selon le communiqué final du sommet lu par le ministre nigérien des Finances, Hassoumi Massoudou.

Créée en 1975, la Cédéao regroupe aujourd’hui 15 pays totalisant 300 millions d’habitants qui utilisent des monnaies différentes.

Huit de ces pays regroupant 155 millions d’habitants ont en commun le franc CFA, arrimé à l’euro, et sont rassemblés au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa): le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.

Les économistes sont divisés sur les coûts et les bénéfices du franc CFA, à la fois garant de stabilité mais monnaie trop forte pour des pays aux économies fragiles. Certains plaident pour sa réforme, par exemple en l’arrimant à un panier de monnaie euro-dollar-yuan chinois.

Le communiqué final n’a pas fait état de cette question.

Chacun des sept autres pays de la Cédéao a sa propre monnaie: l’escudo pour le Cap-Vert, le dalasi pour la Gambie, le cédi pour le Ghana, le franc guinéen pour la Guinée, le dollar libérien pour le Liberia, le naira pour le Nigeria et le leone pour la Sierra Leone.

Ces monnaies ne sont pas convertibles entre elles, ce qui ne facilite pas les échanges.

Le président de la Commission de la Cédéao, Marcel De Souza, avait indiqué dès le début du sommet qu’il pensait impossible qu’une monnaie unique voit le jour en 2020, contrairement au programme prévu.

Malgré des « progrès sur la convergence macro-économique », « les résultats sont faibles »: « nous ne pouvons pas aller en 2020 à la monnaie unique », a-t-il déclaré.

M. De Souza a dressé un bilan sévère. « La feuille de route » pour la monnaie unique « n’a pas été mise en oeuvre vigoureusement ». « De 2012 à 2016, aucun de nos pays n’a pu respecter de manière continue les critères » du programme de convergence macro-économique ».

« L’harmonisation des politiques monétaires » entre les huit monnaies de la Cédéao, qui devait précéder la monnaie unique, « n’est pas faite ». Et « l’institut monétaire », prélude à une Banque centrale commune, n’a pas vu le jour, a-t-il noté.

Les chefs d’Etat ont néanmoins décidé de faire preuve de volontarisme politique, réaffirmant leur « engagement à la poursuite et l’accélération de la réalisation de l’agenda de l’intégration économique et monétaire », et demandant au comité ministériel de la Cédéao de « se réunir dans un délai de trois mois pour proposer une nouvelle feuille de route en vue d’accélérer la création de la monnaie unique en 2020 », selon le communiqué final.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou a suggéré la mise en « circulation à partir de 2020 » d’une monnaie unique au sein des pays de la Cédeao « qui sont techniquement prêts », suivant le modèle européen avec l’euro. « L’adhésion » des autres Etats pourrait se faire « au fur et à mesure », a-t-il dit. Une proposition reprise dans le communiqué final.

Le Nigeria, poids lourd économique et démographique de la zone – avec environ les deux tiers de la population totale et du PIB de la Cédéao -, s’est nettement démarqué, exprimant sa réticence à l’égard d’une devise unique.

Dans un communiqué séparé, le président Muhammadu Buhari a invité ses pairs à « avancer avec prudence vers l’intégration », citant l’exemple des déboires de l’Union européenne avec l’euro.

Le président Buhari a pointé la persistance d’importantes disparités macro-économiques entre les pays de la Cédéao, et le manque de « préparation » des Etats pour aller vers une monnaie unique.

Un nouveau sommet des chefs d’Etat est programmé en févier 2018 à Accra.

Romandie.com avec(©AFP / 24 octobre 2017 19h43)                

Côte d’Ivoire: Billon « La souveraineté monétaire c’est du blablabla!… »

septembre 12, 2017

Débat autur du FCFA et endettement de la Côte d’Ivoire – Jean Louis Billon se prononce devant des étudiants :

• l‘endettement n’est pas le problème mais l’utilisation qu’on fait des fonds

L’ancien ministre du commerce de Ouattara, ex-président du groupe Sifca et actuel porte-parole adjoint du Pdci était samedi l’hôte des étudiants de la cité rouge de Cocody. Invité à se prononcer sur la problématique du chômage, il a livré son opinion sur plusieurs sujets soulevés par les étudiants.

Sur la question du FCFA qui fait débat en ce moment, Jean Louis Billon a estimé que le souci ne se situe pas au niveau de la souveraineté monétaire mais au niveau du fonctionnement car selon lui, des pays ont tenté cette expérience qu’ils ont vite abandonnée par la suite. Plus précisément, il soutient sa pensée en ces termes : « Il y a un débat qui est né au niveau du FCFA. Et pour moi, le principe de la souveraineté, c’est du blablabla. L’essentiel c’est d’avoir une monnaie qui fonctionne. Aujourd’hui, c’est d’aller vers une dématérialisation de la monnaie. Je suis allé en Equateur et là-bas, ils ont abandonné leur monnaie nationale (le Suk) pour le Dollar américain et l’économie fonctionne. (…) Nous avons une monnaie utilisée dans une union monétaire donc corrigeons ses aspects qui dérangent, trouvons lui un nouveau nom, mettons le compte des opérations ici ou ailleurs parce que certains pensent que c’est du néocolonialisme (qu’il soit en France). Ça rapportera des intérêts et ça garantit la valeur de notre monnaie parce que quand vous avez une monnaie que vous n’avez pas de réserve d’or pour la garantir, elle se déprécie, c’est le cas du Zimbabwe. Quand vous allez au Ghana ou au Nigeria, les tarifs dans les hôtels ne sont pas fixés en monnaie locale mais en Dollars. En Guinée, ils ont le franc guinéen mais ils vous demanderont du CFA ou du Dollar. Donc, oui ! Elle a des inconvénients mais corrigeons-les. Et surtout approprions-nous cette monnaie. C’est la nôtre, on se déconnecte, on la rend convertible. Moi il y a une chose qui me dérange c’est que le CFA n’est pas convertible comme les autres monnaies. Il faut corriger cela. Trouvons les aspects de compétitivité et moi je dis qu’il faut qu’elle fluctue par rapport au Dollar ou à l’Euro ».

En ce qui concerne l’endettement que dénoncent certains, les étudiants ont voulu savoir s’il est un frein au développement. Billon répond que l’endettement en lui-même n’est pas le problème. Le seul problème, explique-t-il, c’est l’utilisation faite des sommes empruntées. Il s’est dit ulcéré de voir que l’université ait été réhabilitée à coups de milliards sans qu’on y ait ajouté 10 amphithéâtres de plus. Nos institutions universitaires, déplore-t-il, restent sous-équipées en deçà du niveau des années 70. Il dit ne pas également comprendre la dégradation rapide des routes alors même qu’on n’a pas encore atteint le retour sur investissement. En un mot comme en mille, le président suspendu du Conseil régional du Hambol a dénoncé la corruption, le népotisme et le favoritisme dans la gouvernance actuelle.

Il s’est également présenté en champion du nationalisme économique. Pour lui, il n’est pas normal que des pans entiers de notre économie soient aux mains des groupes étrangers. « Il faut privilégier la préférence nationale », affirme-t-il, dénonçant au passage les monopoles.

Jean louis Billon a dit à qui veut l’entendre qu’il a toujours eu ‘’le courage de ses actes et de ses opinions’’. En cela, il s’est élevé contre les journalistes qui, en Côte d’Ivoire, préfèrent ‘’défendre l’indéfendable’’ alors qu’ils sont censés être libres dans la tête. Allusion faite à ses contradicteurs lorsque, membre du gouvernement, il s’opposait à l’attribution du terminal à conteneurs au groupe français Bolloré.

Abidjantv.ci par SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

Afrique centrale: ouverture de négociation avec le FMI, mais pas de dévaluation

décembre 23, 2016

Yaoundé – Six pays d’Afrique centrale, frappés par la chute des cours du pétrole, ont annoncé vendredi à Yaoundé l’ouverture de négociations avec le FMI pour tenter de relancer leurs économies, prenant soin d’écarter toute dévaluation du franc CFA.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, et le ministre français de l’Economie et des Finances, Michel Sapin, ont été les invités-surprise du sommet extraordinaire des six présidents de la Communauté économiques et monétaire des Etats d’Afrique centrale (Cémac: Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée-Équatoriale, Tchad).

Les chefs d’Etat ont décidé d’ouvrir et de conclure à brève échéance des négociations bilatérales avec le Fonds monétaire international pour mieux structurer les efforts d’ajustement de leurs Etats et les accompagner vers une sortie de crise, indique le communiqué final de la rencontre.

Dès le premier point du communiqué, les chefs d’Etat tordent le cou aux rumeurs de dévaluation du franc CFA, affirmant que le renforcement de la stabilité macro-économique ne nécessite pas un réajustement de la parité monétaire actuelle, mais plutôt des efforts d’ajustement sur les plans intérieurs et extérieurs assortis de réformes structurelles adéquates.

La croissance en 2016 ne sera que de 1% dans les six pays de la zone, contre 2,4% en 2015, a indiqué cette semaine la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC).

Les six pays sont producteurs de pétrole, à l’exception de la Centrafrique ruinée par la guerre civile.

Il y aura une forte mobilisation du FMI, a déclaré à l’AFP M. Sapin à l’issue de la rencontre

Le FMI n’est pas le même que celui des années 90, a-t-il ajouté sur les efforts d’ajustement demandés aux pays d’Afrique centrale. On a tous souligné la nécessité de préserver les programmes sociaux et les investissements qui permettent de soutenir la croissance et diversifier l’économie.

Romandie.com avec(©AFP / 23 décembre 2016 14h53)             

La Côte d’Ivoire, première économie d’Afrique de l’Ouest à être notée en CFA

octobre 25, 2016

Vue d’Abidjan, à moins d’une heure de Grand-Bassam via la nouvelle voie express. © Ruth McDowall

Vendredi la Côte d’Ivoire a reçu sa première notation de l’agence de notation panafricaine Bloomfield. C’est le premier pays d’Afrique de l’Ouest à recevoir une appréciation de ses fondamentaux économiques estimés en CFA, et non pas en dollars. « C’est une appréciation plus juste de la capacité réelle de crédit d’un pays », vante le patron de cette agence de notation basée à Abidjan, qui assure que d’autres États africains vont suivre.

Petite révolution dans la notation financière des États africains : l’agence de notation panafricaine Bloomfield, basée à Abidjan, a délivré vendredi 21 octobre une première note, en monnaie locale, sur la situation économique ivoirienne.

Elle a décerné à la Côte d’Ivoire la note A- (7e rang sur une échelle qui en compte 20, de AAA à D), qui place le pays à un niveau correct d’investissement, quand les agences américaines – les « Big three » – qui font autorité à l’échelle internationale (FitchMoody’s et Standard & Poor’s) ne lui accordent pas, ou alors de justesse, le statut de débiteur fiable vis-à-vis des prêteurs internationaux en dollars.

« Cette notation donne une vision beaucoup plus juste de leur capacité intrinsèque de crédit affranchie des restrictions liés aux taux de change ou aux réserves de devises », indique Stanislas Zézé, le PDG de l’agence de notation financière Bloomfield Investment, qui assure que des discussions sont en cours avec plusieurs autres États désireux d’être notés en monnaie locale.

C’est la première notation financière que l’agence délivre sur un État, celle-ci ayant déjà livré ses diagnostics sur les villes d’Abidjan et de Dakar, le secteur bancaire, ou encore les entreprises. Mieux, c’est la première notation, dite « souveraine » quand elle concerne les fondamentaux économiques d’un État, d’une agence africaine vis-à-vis d’un État africain.

Si d’autres agences de notation africaines sont en activité, à l’instar Global Credit Rating, l’agence créée en 1996 qui est basée en Afrique du Sud, Augusto au Nigeria ou Wara [West African Rating Agency] depuis Dakar, aucune ne note régulièrement les États.

La notation

Dans son évaluation de vendredi, Bloomfield justifie sa bonne appréciation de la Côte d’Ivoire par « la hausse de la consommation (+ 9% en moyenne de 2012 à 2015) et des investissements (+ 30% en moyenne entre 2012 et 2015) ». Idem pour les recettes fiscales, en hausse, qui « représentent en moyenne 58% des ressources budgétaires entre 2011 et 2015 » et devraient encore s’accroître en conséquence de « l’élargissement de l’assiette fiscale, prévue à moyen terme ».

Enfin, les taux de scolarisation, de mortalité infanto-juvénile et de pauvreté, tous en amélioration à lire Bloomfield, abondent le « risque de défaut […] faible » anticipé par l’agence de notation. Et cette dernière de conclure : « la certitude de remboursement en temps opportun, en monnaie locale, est bonne ».

Jeuneafrique.com par Benjamin Polle