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De 2000 à 2011: Pourquoi Mamadou Koulibaly a changé de discours sur la France

septembre 22, 2011

Il est l’auteur de  »La Guerre de la France contre la Côte d’Ivoire ». Un livre écrit et paru en pleine crise ivoirienne, qui révèle toute son antipathie pour l’impérialisme et les pratiques du colon Blanc.

Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, depuis la 9ème Législature débutée en 2000, Mamadou Koulibaly s’est révélé comme un éveilleur des consciences, un éclaireur et un guide africain contre les dangers du néo-colonialisme. Concept très bouleversant à ses yeux et à travers lequel il dénonce une sorte de déséquilibre dans les rapports entre le Nord et le Sud. Le Nord soupçonné de vouloir imposer sa suprématie aux Africains, relégués toujours au rang de peuples à exploiter.

Considéré comme un faucon au cœur du régime de Laurent Gbagbo, l’éminent agrégé d’Economie, enseignant à l’université d’Abidjan, passait jusque récemment pour être l’icône des thèses anti-occidentales, pour ne pas dire francophobes, dans ses discours ultra-nationalistes retournés contre l’impérialisme.

Depuis l’avènement de la Refondation en Côte d’Ivoire en 2000, le Pr. Koulibaly n’a pas varié dans son discours. Celui qui, en 2004, va claquer la porte à Linas Marcoussis pour ne pas se rendre complice du partage du pouvoir – une autre manœuvre de l’Occident qu’il a toujours dénoncée – est resté constant dans ses positions. Lesquelles lui valent une admiration sans précédent dans les rangs de la Galaxie patriotique où il compte des milliers voire des millions de disciples.  »Affranchissement des occidentaux »,  »autonomie monétaire »,  »souveraineté », dénonciation des  »aliénations », notamment intellectuelles, etc. Ces thèses ont toujours alimenté les discours du professeur, qui n’a jamais manqué une tribune pour en mettre plein l’ esprit à ceux, plus exactement des  »patriotes » très réceptifs à ce discours ultra-nationaliste de l’universitaire. Si Mamadou Koulibaly a décidé de prendre son destin politique en main, en créant une formation politique propre à lui, aujourd’hui, il ne peut nier avoir fait ce choix sans avoir jauger sa popularité acquise durant ses années de porte-flambeau d’une certaine résistance contre la France et les ennemis de l’extérieur.

Le chef du parlement ivoirien a même réussi à entrainer avec lui pas mal d’intellectuels de la place tel le professeur et leader syndical Niamien Messou, le député William Attéby devenu son compagnon de tous les jours et des leaders de la Galaxie patriotique, tel l’ancien ministre Geneviève Bro-Grégbo, Charles Blé Goudé et bien d’autres qui partageaient ses idéaux. Mais, depuis la chute du régime du FPI et l’humiliation subie par l’ex-chef de l’Etat Laurent Gbagbo, après s’être mis à dos toute la communauté internationale, avec la France et les Etats-Unis en pôle position, Mamadou Koulibaly tend de plus en plus à changer son discours.

Le député de Koumassi semble avoir mis beaucoup d’eau dans son vin en parlant des Occidentaux, notamment de la France. Le Professeur fait beaucoup plus attention dans le choix de ses mots et évite même d’écorcher l’ancienne puissance tutélaire. L’auteur de  »La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire » passe même pour être un nouvel éveilleur des consciences, retourné cette fois contre les Africains eux-mêmes et non plus contre les pratiques des Occidentaux.

De plus en plus, dans les thèses du professeur, l’Afrique et les Africains sont leur propre problème et non l’extérieur. Mamadou Koulibaly n’hésite pas même à dédouaner la France dans certaines positions là où l’on ne serait pas surpris d’entendre le contraire venant de lui. Tout récemment, dans la commune de Koumassi, où il a effectué la première sortie publique de son parti  »Liberté et démocratie pour la République » (LIDER), quelle ne fut l’étonnement de certains Ivoiriens d’entendre ces mots de leur président de l’Assemblée nationale? «Ce n’est pas la France qui nous a envoyé la guerre. C’est la haine que nous nourrissons entre nous qui a envoyé la catastrophe. Il ne faut plus avoir peur de nos relations avec la France. C’est la règle du jeu mondial. Si on respecte la Constitution, la démocratie et si les richesses du pays sont bien reparties, il n’y aura aucun problème avec la France. Il ne s’agit pas d’insulter la France, Sarkozy et Chirac. Il s’agit de dire que nos parents ont signé des papiers quand ils étaient trois millions.

Aujourd’hui, nous sommes un plus de 20 millions et on ne peut pas continuer avec les mêmes règles du jeu. Dites aux gens que LIDER pense qu’il faut changer les règles du jeu. Ce que eux ils peuvent faire librement, pourquoi pas nous? Ne soyez pas complexés». Ce discours achève de convaincre sur le retournement de veste du désormais président de LIDER. Mais, pour qui a vu venir la création de cette formation politique, les nouvelles positions de Mamadou Koulibaly vis-à-vis de la France n’étonnent pas. Même s’il reste convaincu que ce n’est pas à la France d’imposer un président aux Ivoiriens, l’ex-3ème vice-président du FPI a compris qu’il ne faut pas se mettre à dos les occidentaux, si l’on envisage une carrière politique.

Nordiste comme l’actuel président Alassane Ouattara, Mamadou Koulibaly pense que son heure est arrivée de se positionner en première ligne de la scène politique ivoirienne, après la chute de son maître d’hier, Laurent Gbagbo, dont il ne croit plus au retour. Aussi, le professeur a-t-il commencé à se débarrasser des scories qui lui collent à la peau et à se refaire une image acceptable et acceptée de la France, qu’il s’attelle désormais à ménager dans ses discours et ses interventions de plus en plus policées sur les antennes des médias étrangers. Le faisant, le président de  »LIDER » a choisi l’axe du  »plaire plutôt que déplaire » qui pourrait étouffer ses ambitions politiques.

L’épisode et la fin du bras de fer Gbagbo – Ouattara autour du fauteuil présidentiel aura édifié l’ex-successeur d’Affi N’guessan qui, depuis longtemps, recherchait sa voie et, l’a trouvée et qui sait que rien ne pourra se faire pour lui sans de solides attaches au sein de la communauté internationale. D’où son ouverture de plus en plus aux chancelleries et la variation dans son discours qui le démarque aujourd’hui du Mamadou Koulibaly d’hier.

L’Inter par Félix D.BONY