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Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé reçu à l’ambassade à la Haye pour obtenir un passeport

juillet 17, 2021
Charles Blé Goudé, le 5 juin 2019 aux Pays-Bas.

Charles Blé Goudé, pilier du pouvoir de l’ex-président Laurent Gbagbo dont le retour en Côte d’Ivoire a été retardé faute de passeport, a été reçu vendredi à l’ambassade ivoirienne à la Haye pour l’établissement de son document de voyage.

« J’ai été reçu par le consul de l’ambassade de mon pays pour l’établissement de mon passeport » a expliqué Charles Blé Goudé depuis La Haye où il vit actuellement. « Cette rencontre a eu pour objet de procéder à l’enrôlement de monsieur Charles Blé Goudé en vue de la délivrance de son passeport ordinaire » a confirmé, de son côté, son avocat, Claver N’Dry.

CHARLES BLÉ GOUDÉ SALUE LA « VOLONTÉ DE DÉCRISPATION » DU PRÉSIDENT ALASSANE OUATTARA

Charles Blé Goudé, 49 ans, avait affirmé le 19 avril que la Cour pénale internationale (CPI), qui l’a définitivement acquitté de crimes contre l’humanité le 31 mars en même temps que Laurent Gbagbo, s’était engagée à l’aider à obtenir un passeport. Selon le communiqué de son avocat, Charles Blé Goudé salue la « volonté de décrispation » du président Alassane Ouattara et lui exprime sa « gratitude pour avoir facilité cette première étape qui ouvre la porte de son retour prochain en Côte d’Ivoire en vue de participer physiquement au processus de paix et de réconciliation en cours ».

Condamnation

De son côté, le parti de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien, a appelé vendredi le gouvernement dans un communiqué à « délivrer diligemment » à Charles Blé Goudé, « son passeport afin qu’il regagne, dans les meilleurs délais, son pays « au nom de la réconciliation nationale ».

Arrêté en 2013 au Ghana, Charles Blé Goudé – surnommé « le général de la rue » pour sa capacité à mobiliser les foules et notamment la jeunesse – avait été transféré à la CPI à La Haye en 2014. Ses détracteurs et certaines ONG internationales le considèrent comme un de ceux qui ont le plus contribué aux violences pendant la crise post-électorale de 2010-2011.

Comme Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé a été condamné par contumace en Côte d’Ivoire à 20 ans de prison pour des faits liés à cette crise. Si le gouvernement a laissé entendre que la peine prononcée contre Laurent Gbagbo pourrait être abandonnée, il n’a rien dit concernant celle de Charles Blé Goudé.

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire : sous les braises, la paix

juillet 4, 2021
Laurent Gbagbo, le 20 juin, à la Cathédrale Saint Paul d’Abidjan.

Le 17 juin, l’ex-président Gbagbo, acquitté par la justice internationale, est rentré dans son pays. L’événement, aussi historique soit-il, ne suffira pas à permettre la réconciliation nationale tant attendue. Les adversaires d’hier doivent faire leur aggiornamento.

En matière de trajectoires politiques nationales, le pire n’est jamais sûr et le meilleur rarement garanti. Ce n’est que bien après les événements – même censément historiques comme le retour d’un ex-président acquitté par la justice internationale – que l’on constate, avec le recul, si telle ou telle période remarquable fut un véritable point d’inflexion…

Enivrée ou traumatisée par le retour au pays natal du « Christ de Mama », la Côte d’Ivoire de 2021 inaugurera-t-elle « l’Éburnie d’après » ? Après le péché originel d’un balayeur balayé. Après le retour chaotique à l’autostrade démocratique. Après les 3 000 morts d’une crise post-électorale mal digérée. Après le jugement maladroit d’un clan et le bilan tronqué des responsabilités d’un autre. Après l’élection légale d’un président à un troisième mandat qui nie la légitimité de l’arithmétique. Après le sable imbibé d’hémoglobine de Grand-Bassam. Après la mise sur la touche de fils spirituels – Guillaume Soro et Blé Goudé. Après les décès surinterprétés de deux Premiers ministres en moins de neuf mois. Après le coronavirus…

Parler moins, écouter davantage

Vœu pieux ou condition sine qua non ? Comme de bien entendu, les adversaires d’hier appellent aujourd’hui à la « réconciliation nationale ». Si d’anciennes victimes des deux camps déclarent souffrir d’un manque de cette vérité que l’on dit indispensable au pardon – vérité notamment sur les commanditaires des violences –, les cravatés psalmodient leur absence de ressentiment et appellent de leurs vœux des amnisties pourtant peu originales.

La réconciliation n’est pas qu’une incantation et ne concerne pas que le tragique dérapage du fractionnement géographique des années 2000. C’est à tous les niveaux que les gestionnaires passagers de pouvoir doivent faire leur aggiornamento. Pas seulement les trois monopolisateurs de la politique qui sont tous âgés de plus de 75 ans. Pas seulement un bloc « pro-Ouattara » et un bloc « pro-Gbagbo ». Au fil du temps, l’opportunisme politicien ivoirien a tissé toutes les combinaisons possibles – RDR-FPI, FPI-PDCI/RDA ou RHDP – et rares sont les formations politiques qui ont échappé totalement à l’attraction militariste ou aux dissensions internes.

Les politiques devront moins parler et davantage écouter ce qu’il reste de plaies mal cicatrisées et de rancœurs citoyennes parfois compréhensibles. Et ceci en s’appuyant sur les relais sociaux traditionnels que ne peuvent impressionner le trompe-l’œil inabouti d’une trop ambitieuse Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) d’un Charles Konan Banny.

Que la richesse culturelle bigarrée des régions ivoiriennes, le talent satirique consensuel d’un Gbich !, « l’ambiance facile » conscientisée d’un Magic System ou le ressort économique manifeste du poumon économique d’Afrique de l’Ouest francophone président à l’esprit nouveau tant attendu. D’où il est, le « canonisé » Félix Houphouët-Boigny saura reconnaître les siens.

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Côte d’Ivoire : Henri Konan Bédié souhaite un retour « dans les meilleurs délais » de Laurent Gbagbo

avril 10, 2021
Henri Konan Bédié, lors du meeting du PDCI à Yamoussoukro, le 12 septembre 2020.

L’ex-chef de l’État ivoirien Henri Konan Bédié a souhaité samedi un retour « dans les meilleurs délais » de l’ancien président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, après leur acquitement de crimes contre l’humanité par la justice internationale.

« Je me réjouis (…) de l’acquittement définitif du président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé », a déclaré Henri Konan Bédié dans un discours à Abidjan, à l’occasion du 75e anniversaire du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) qu’il préside. « Je souhaite que le gouvernement prenne toutes les dispositions nécessaires pour favoriser leur retour en Côte d’Ivoire dans les meilleurs délais et dans des conditions sécurisées », a-t-il ajouté.PUBLICITÉ

« Libres de rentrer quand ils le souhaitent »

Il a affirmé que son parti continuerait « sans relâche toutes les actions avec l’ensemble de l’opposition en vue de créer les conditions d’un climat politique apaisé, propice à la réconciliation et à la reconstruction d’un État de droit ». Le PDCI a « construit » la Côte d’Ivoire « sur des bases solides qui ont permis et permettent encore aujourd’hui à notre pays, de plier sans fléchir sous les crises politiques, les crises économiques et sociales depuis trois décennies », a-t-il estimé.

Après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé par la CPI le 31 mars, le président Alassane Ouattara a indiqué le 7 avril que les deux hommes sont « libres de rentrer en Côte d’Ivoire quand ils le souhaitent », précisant que les frais de voyage de l’ancien président, ainsi que ceux de sa famille, seront pris en charge par l’État

Par Jeune Afrique avec AFP

Alassane Ouattara : Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé « libres de rentrer quand ils le souhaitent »

avril 8, 2021
Alassane Ouattara, lors du conseil des ministres du 7 avril 2021.

Le chef de l’État ivoirien a indiqué que l’ex-président et son ancien ministre de la Jeunesse peuvent désormais rentrer « quand ils le souhaitent » et que l’État prendra en charge les frais du retour de Laurent Gbagbo.

Une semaine après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, les deux hommes sont « libres de rentrer en Côte d’Ivoire quand ils le souhaitent ». C’est ce qu’a indiqué ce mercredi le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, lors du conseil des ministres, précisant que les frais de voyage de l’ancien président, ainsi que ceux de sa famille, seront pris en charge par l’État.

L’ex-président ivoirien et son ancien ministre de la Jeunesse ont été définitivement acquittés par la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI), le 31 mars, des faits de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis entre 2010 et 2011. Début décembre, Laurent Gbagbo, qui vit actuellement en Belgique, s’était déjà vu remettre deux passeports, l’un diplomatique, l’autre ordinaire.

Statut d’ancien président

« Des dispositions seront prises pour que Laurent Gbagbo bénéficie, conformément aux textes en vigueur, des avantages et indemnités dus aux anciens présidents de la République », a par ailleurs indiqué Alassane Ouattara.

Interrogé sur la condamnation de Laurent Gbagbo,  en 2019, par la justice ivoirienne à vingt ans de réclusion et à une amende de 329 milliards de F CFA dans l’affaire du « braquage de la BCEAO », le nouveau porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a botté en touche. Il a indiqué s’en tenir aux propos du chef de l’État, « qui a dit que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pouvaient rentrer quand ils le voudraient ».

Faut-il alors s’attendre à une grâce présidentielle, voire à une amnistie ? Selon nos informations, des négociations sont en cours pour une levée de toutes les condamnations de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara « reste bienveillant quant à la situation des victimes qui continueront à bénéficier du soutien de la Côte d’Ivoire », a tenu à préciser le porte-parole du gouvernement.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan

Côte d’Ivoire/Alassane Ouattara : Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé « libres de rentrer quand ils le souhaitent »

avril 7, 2021
Alassane Ouattara, lors du conseil des ministres du 7 avril 2021.

Le chef de l’État ivoirien a indiqué que l’ex-président et son ancien ministre de la Jeunesse peuvent désormais rentrer « quand ils le souhaitent » et que l’État prendra en charge les frais du retour de Laurent Gbagbo.

Une semaine après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, les deux hommes sont « libres de rentrer en Côte d’Ivoire quand ils le souhaitent ». C’est ce qu’a indiqué ce mercredi le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, lors du conseil des ministres, précisant que les frais de voyage de l’ancien président, ainsi que ceux de sa familles, seront pris en charge par l’État.

L’ex-président ivoirien et son ancien ministre de la Jeunesse ont été définitivement acquittés par la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI), le 31 mars, des faits de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis entre 2010 et 2011. Début décembre, Laurent Gbagbo, qui vit actuellement en Belgique, s’était déjà vu remettre deux passeports, l’un diplomatique, l’autre ordinaire.

Statut d’ancien président

« Des dispositions seront prises pour que Laurent Gbagbo bénéficie, conformément aux textes en vigueur, des avantages et indemnités dus aux anciens présidents de la République », a par ailleurs indiqué Alassane Ouattara.

Interrogé sur la condamnation de Laurent Gbagbo,  en 2019, par la justice ivoirienne à vingt ans de réclusion et à une amende de 329 milliards de F CFA dans l’affaire du « braquage de la BCEAO », le nouveau porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a botté en touche. Il a indiqué s’en tenir aux propos du chef de l’État, « qui a dit que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pouvaient rentrer quand ils le voudraient ».

Faut-il alors s’attendre à une grâce présidentielle, voire à une amnistie ? Selon nos informations, des négociations sont en cours pour une levée de toutes les condamnations de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara « reste bienveillant quant à la situation des victimes qui continueront à bénéficier du soutien de la Côte d’Ivoire », a tenu à préciser le porte-parole du gouvernement.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard à Abidjan

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo acquitté en appel

mars 31, 2021
Laurent Gbagbo, lors d’une audience à la CPI.

La chambre d’appel de la CPI a confirmé l’acquittement de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, prononcé en première instance le 15 janvier 2019. Cette décision ouvre la voie au retour de l’ancien président ivoirien dans son pays.

Il a levé les deux pouces en l’air en direction de son avocate à l’énoncé du verdict. Pour Laurent Gbagbo, c’en est terminé : après une décennie de procès devant la Cour pénale internationale (CPI), il est définitivement libre. Ce mercredi 31 mars, la chambre d’appel de la juridiction internationale a confirmé son acquittement ainsi que celui de Charles Blé Goudé, prononcé en première instance le 15 janvier 2019. Les deux hommes étaient accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité durant la crise postélectorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire, qui avait fait plus de 3 000 morts.

« La chambre d’appel rejette l’appel du procureur et confirme la décision de la chambre de première instance », a déclaré le juge nigérian Chile Eboe-Osuji, président de la chambre et ancien président de la CPI, au terme d’un long exposé d’une heure, durant lequel il est revenu sur les différentes étapes de la procédure. La chambre d’appel a également décidé de révoquer toutes les conditions de la mise en liberté de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, qui sont désormais libres de leurs mouvements.

« Dix ans presque jour pour jour après le début de cette procédure, cette décision est la victoire de la justice, mais aussi la victoire d’un homme, celle du président Laurent Gbagbo, injustement accusé et qui voit aujourd’hui son innocence pleinement reconnue, se félicite son avocat, Me Emmanuel Altit. Ce 31 mars restera aussi comme une date importante pour la Côte d’Ivoire, car cette décision va dans le sens de la réconciliation nationale. »

Massés devant l’entrée principale de la cour, à La Haye, les dizaines de partisans de l’ex-président et de l’ex-leader des Jeunes patriotes ont laissé exploser leur joie à l’annonce de leur acquittement définitif. « Nous y sommes enfin, s’enthousiasme Prisca Digbeu, venue spécialement de France pour l’occasion. En 2011, nous étions en pleurs quand Laurent Gbagbo est entré à la CPI, car on ne savait pas quand il allait en ressortir. Dix ans plus tard, nous sommes heureux et émus. L’heure est venue pour lui de rentrer en Côte d’Ivoire pour participer à la réconciliation nationale. »

Une décennie de procédure

Après le verdict, Laurent Gbagbo s’est isolé avec son épouse, Nady Bamba, et ses avocats dans un salon du tribunal. L’ancien chef de l’État, 75 ans, affaibli par ses huit années de détention, était pendu au téléphone mais n’a pas souhaité réagir publiquement.

En début d’après-midi, il avait fait son arrivée dans une CPI déserte en raison de la situation sanitaire. Costume-cravate sombre, lunettes de soleil sur le nez, il s’était dit « confiant » quant à l’issue de la procédure. Et avait ajouté, sourire en coin en pénétrant dans le hall principal de la CPI : « C’est la première fois que je passe par ici et non par l’entrée des prisonniers ! »

Pour le bureau de la procureure, Fatou Bensouda, qui avait fait appel de l’acquittement des deux hommes en septembre 2019, cette décision est un nouveau désaveu cinglant. En janvier 2019, les juges avaient pointé le manque de preuve de l’accusation – le président de la chambre allant même jusqu’à évoquer la « faiblesse exceptionnelle » du dossier de la procureure. Alors qu’elle s’apprête à passer la main au Britannique Karim Khan en juin, nul doute que cette affaire restera comme le principal échec de la magistrate gambienne durant son mandat à la CPI.

Pour Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, c’est la fin d’un long combat judiciaire. Après plusieurs années de détention à la prison de Scheveningen, ils avaient été remis en liberté sous conditions après leur acquittement en première instance. Contraints de rester à proximité de la CPI et de demeurer à sa disposition, l’ancien chef de l’État s’était installé à Bruxelles, en compagnie de Nady Bamba, tandis que Charles Blé Goudé avait choisi de rester à La Haye.

Le Woody de Mama et l’ex-« général de la rue » avaient ensuite vu leur régime de liberté conditionnelle allégé en mai 2020. Concrètement, ils étaient depuis autorisés à changer de lieu de résidence et à vivre où ils le voulaient, à condition d’obtenir l’accord des autorités du pays concerné. Immédiatement, les partisans de Gbagbo s’étaient mis à rêver d’un retour imminent de leur mentor en Côte d’Ivoire.

Tractations pour un retour

Mais malgré cette volonté affichée de rentrer à Abidjan, le retour de Gbagbo est sans cesse reporté. Dépourvu de passeport, recalé à la présidentielle du 31 octobre 2020… L’ancien président rencontre de nombreux obstacles. Ses proches accusent les autorités ivoiriennes de tout faire pour l’empêcher de rentrer. De leur côté, Alassane Ouattara et son entourage assurent qu’ils sont disposés à permettre son retour, mais uniquement lorsque la CPI aura définitivement statué sur son sort.

ALORS QUE LES TRACTATIONS ENTRE LES DEUX CAMPS SE TENAIENT JUSQUE-LÀ EN COULISSES, ELLES SONT DÉSORMAIS OFFICIALISÉES

Après sa réélection pour un troisième mandat en octobre dernier, au terme d’une élection marquée par des violences et le « boycott actif » d’une partie des candidats de l’opposition, le chef de l’État entrouvre davantage la porte au retour de son prédécesseur. Alors que les tractations entre les deux camps se tenaient jusque-là en coulisses entre discrets émissaires, elles sont désormais officialisées.

Début janvier, le Premier ministre Hamed Bakayoko – décédé depuis – reçoit ainsi officiellement Assoa Adou, le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), pour évoquer formellement les modalités du retour de l’ex-président à Abidjan. Parmi les obstacles restant notamment à lever : sa condamnation par la justice ivoirienne, en janvier 2018, à vingt ans de prison dans l’affaire du « braquage » de l’agence nationale ivoirienne de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). De son côté, Alassane Ouattara, bien que peu pressé de voir son ancien rival rentrer, a toutefois répété qu’il était prêt à permettre son retour en Côte d’Ivoire une fois qu’il serait définitivement acquitté par la CPI. C’est désormais chose faite.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger – Envoyé spécial à La Haye

Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé prend ses distances avec l’opposition

janvier 19, 2021
Charles Blé Goudé, le 5 juin 2019 aux Pays-Bas.

Le parti de Charles Blé Goudé, ex-chef des Jeunes patriotes ivoiriens actuellement en liberté conditionnelle à La Haye, a annoncé lundi son retrait d’une coalition de l’opposition en dénonçant « des guerres de positionnement », sans préciser s’il participerait ou non aux législatives de mars.

Le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) « suspend sa participation aux activités liées aux élections législatives (…) avec les plateformes de l’opposition », a écrit le secrétaire général du Cojep, Patrice Saraka dans un communiqué.

Les deux principaux partis d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ex-président Henri Konan Bédié, et le Front populaire ivoirien (FPI) de l’ancien président Laurent Gbagbo, avaient annoncé début janvier avec leurs alliés leur participation au scrutin du 6 mars. Le parti de l’ancien président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, qui vit en exil, a en revanche annoncé mi-janvier qu’il n’y participerait pas.

Pour le Cojep, ces élections devaient être vues comme « une opportunité pour renforcer la cohésion et l’unité de l’opposition », mais ont « malheureusement mis au grand jour les appétits et autres guerres de positionnement entre des entités pourtant supposées être des partenaires ».

Ambitions présidentielles

Charles Blé Goudé, surnommé le « général de la rue » pour sa capacité à mobiliser ses partisans, avait fui la Côte d’Ivoire après la crise post-électorale de 2010-11. Il avait ensuite été arrêté en 2013 au Ghana, puis transféré à la CPI en 2014, pour être jugé aux côtés de Laurent Gbagbo.

Les deux hommes ont été acquittés en janvier 2019 mais doivent attendre la décision sur un éventuel procès en appel, en liberté conditionnelle. Ses détracteurs et plusieurs ONG internationales le considèrent comme l’un de ceux qui ont contribué aux violences pendant la crise post-électorale.

Charles Blé Goudé a indiqué à plusieurs reprises nourrir des ambitions pour la présidentielle de 2025. « Un jour, j’aimerais diriger mon pays. Mais j’ai tout mon temps. Je sais que la Côte d’Ivoire m’attend », disait-il à Jeune Afrique en juin 2019

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé évoque son « retour » avec Laurent Gbagbo

décembre 6, 2020
Charles Blé Goudé, le 5 juin 2019 aux Pays-Bas.

L’ex-chef des Jeunes patriotes ivoiriens, Charles Blé Goudé, a évoqué dimanche son « retour » en Côte d’Ivoire avec Laurent Gbagbo, qui a annoncé vendredi avoir obtenu son passeport et vouloir rentrer en décembre.

Comme l’ex-président ivoirien, Charles Blé Goudé, 48 ans, a été acquitté de crimes contre l’humanité en première instance par la Cour pénale internationale (CPI) et attend, en liberté conditionnelle à La Haye, un éventuel procès en appel.

« Le président Gbagbo a personnellement tenu à me donner de vive voix l’information (de la délivrance de son passeport, NDLR), (il) a pris sur lui la responsabilité d’ouvrir le chemin de notre retour vers la mère patrie », écrit Charles Blé Goudé dans un communiqué dimanche 6 décembre. Une porte de retour vers Abidjan s’ouvre pour nous ».

« Son retour (à Laurent Gbagbo, NDLR) en terre natale pourra grandement contribuer à l’apaisement de la situation socio-politique altérée », a-t-il estimé, saluant un « acte républicain et fraternel des autorités ivoiriennes ».

Un retour en décembre ?

Laurent Gbagbo a reçu, vendredi 4 décembre en fin de matinée et en présence de son avocate Me Habiba Touré, ses deux passeports des mains de la cheffe de cabinet du ministre ivoirien des Affaires étrangères et de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire à Bruxelles. La délivrance de ces documents, un diplomatique et un ordinaire, avait été actée par le président Alassane Ouattara début novembre.

Dans un communiqué, Me Habiba Touré a précisé que l’ancien chef de l’État envisageait désormais de rentrer en Côte d’Ivoire avant la fin de l’année 2020. « Il a désigné à cet effet Assoa Adou pour approcher les autorités compétentes afin d’organiser son retour dans la quiétude, conformément à son statut d’ancien président de la République », avait-elle expliqué.

Par Jeune Afrique avec AFP

CPI/Procès Gbagbo : la procureure a l’intention de demander un nouveau procès

février 7, 2020

Laurent Gbagbo, à la CPI, après l'annonce de son acquittement, le 15 janvier 2019.

Laurent Gbagbo, à la CPI, après l’annonce de son acquittement, le 15 janvier 2019. © Peter Dejong/AP/SIPA 

Les avocats de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont croisé le fer avec ceux de l’État de la Côte d’Ivoire, jeudi, lors de l’audience du procès en appel portant sur le réexamen des conditions de la liberté conditionnelle des deux hommes, acquittés il y a plus d’un an. L’accusation a pour sa part annoncé son intention de « demander un nouveau procès ».

La CPI « fait droit aux demandes d’acquittement » des avocats de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé et « ordonne la mise en liberté »  de l’ancien président ivoirien et de son ex-ministre de la Jeunesse. Le 15 janvier 2019, cette décision de la Cour pénale internationale (CPI), trois ans après le début du procès de Laurent Gbagbo pour crimes contre l’humanité, avait provoqué une vague d’espoirs chez les partisans de l’ancien président ivoirien.

Un an après, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont cependant toujours en Europe, soumis au régime de la liberté conditionnelle. Et jeudi, une nouvelle bataille judiciaire s’est ouverte à La Haye : le procès en appel portant sur la demande de « mise en liberté immédiate et sans condition » portée par les avocats de la défense.

L’audience qui s’est tenue devant la chambre d’appel de la CPI a donné lieu à une nouvelle passe d’armes entre les avocats de la défense, l’accusation, et les avocats de l’État ivoirien qui, pour la première fois, intervenaient dans le procès.

Questions de principes et attaques politiques

Face au juge nigérian Chile Eboe-Osuji, les avocats de Gbagbo ont sonné la charge sur le front des principes. Une personne acquittée « doit pouvoir exercer l’intégralité de ses droits, y compris ses droits civils et politiques. Ce principe est reconnu par toutes les juridictions internationales des droits de l’homme », a plaidé Me Dov Jacobs.

Citant une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), il affirme qu’ « une fois qu’une personne est acquittée, il n’existe aucune base juridique qui permet d’imposer des mesures restrictives à sa liberté sur la base de suspicion de trouble à l’ordre public se fondant sur de simples allégations ».

Plus offensive, Me Jennifer Naouri a pour sa part attaqué sur le front politique, s’appuyant pour l’occasion sur la présence des avocats de l’État ivoirien, mandatés par le ministre ivoirien de la Justice, Sansan Kambilé, admis pour la première fois à intervenir au procès. « La véritable intention des avocats de l’État est de s’opposer au retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara veut empêcher tous les opposants de se présenter à l’élection. C’est pourquoi des députés sont arrêtés et jetés en prison. Même Guillaume Soro Guillaume, ex-allié de Ouattara est pourchassé », a lancé l’avocate.

Un procès récurrent a été fait au gouvernement ivoirien d’être dans les coulisses de ce procès, son instigateur, ce qui est inexacte, pénible et dangereux

Une thèse du complot politique qui fait écho aux slogans entendus à l’extérieur du tribunal, où des partisans de l’ancien président ivoirien s’étaient rassemblés, contre laquelle les avocats de l’État ivoirien se sont inscrit en faux.

Si la liberté de Laurent Gbagbo doit continuer d’être strictement encadrée, c’est pour qu’il « reste présent à ce procès », a plaidé Me Jean-Pierre Mignard, porte-parole des avocats de Côte d’Ivoire dans cette procédure, invoquant par ailleurs le risque de fuite de l’ancien chef d’État. « Un procès récurrent a été fait au gouvernement ivoirien d’être dans les coulisses de ce procès, son instigateur, ce qui est inexacte, pénible et dangereux », a-t-il déploré.

Les avocats de l’État accusent Gbagbo

Surtout, l’avocat français a tenu à pointer la responsabilité présumée de Laurent Gbagbo, acquitté par la CPI, dans la crise postélectorale qui a causé la mort d’au moins 3 000 personnes. « C’est le refus de Laurent Gbagbo et de ses partisans de prendre acte de leur défaite électorale de décembre 2010, de se plier ainsi à la légalité constitutionnelle ivoirienne, [qui a] entraîné de violents conflits en Côte d’Ivoire », a affirmé l’avocat.

Fatou Bensouda à la Cour pénale internationale (CPI), le 28 août 2018.
Fatou Bensouda à la Cour pénale internationale (CPI), le 28 août 2018. © Bas Czerwinski/AP/SIPA

La procureure a l’intention de continuer la procédure contre Laurent Gbgabo et Charles Blé Goudé

« Qu’est-ce qui justifierait que la liberté de Laurent Gbagbo soit restreinte pendant l’appel ? », s’est interrogé Me Jacob, soulignant qu’« en l’état des demandes actuelles des parties, le procès va s’arrêter ». Sauf que Reinhold Gallmetzer, substitut de la procureure Fatou Bensouda, a annoncé à l’audience que « la procureure a l’intention de continuer la procédure contre Laurent Gbgabo et Charles Blé Goudé » et, si l’appel venait à être accepté, le bureau du procureur de la CPI « demandera ensuite un nouveau procès » contre les deux hommes.

Divergence de stratégies

Au cours de l’audience, une divergence de stratégie est apparue entre les avocats de Gbagbo et ceux de Blé Goudé. Alors que ceux du premier demandent l’annulation pure et simple des restrictions fixées à Gbagbo, ceux du second ont plutôt plaidé pour une révision de ces restrictions.

« Il serait important que la Cour lui [Blé Goudé] impose des mesures qui garantiraient ses droits à participer à toute procédure d’appel sans aucune interférence des autorités de son pays », a ainsi plaidé Me Geert-Jan Alexander Knoops, dans une allusion à la condamnation par contumace de son client à vingt ans de prison pour  « actes de torture, homicides volontaires et viol », le 31 décembre dernier.

Ni Laurent Gbagbo, ni Charles Blé Goudé n’ont pris la parole au cours des débats, qui se sont clôt définitivement jeudi en fin de journée. Le président de la Chambre d’appel a ordonné que les parties déposent leurs conclusions écrites ce vendredi, « après quoi, nous vous communiquerons la date de l’arrêt ». Celui-ci pourrait ne pas intervenir avant la présidentielle d’octobre 2020, ce qui écarterait de fait les deux personnalités de cette échéance électorale.

 Jeuneafrique.com par André Silver Konan – à Abidjan

Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé condamné à 20 ans de prison et 10 ans d’inéligibilité

décembre 31, 2019

 Charles Blé Goudé, le 5 juin 2019 aux Pays-Bas.

Charles Blé Goudé, le 5 juin 2019 aux Pays-Bas. © Wiebe Kiestra pour JA

 

Charles Blé Goudé a annoncé lundi avoir appris sa condamnation à vingt ans de prison par la justice ivoirienne lors d’une audience à Abidjan le même jour. L’ex-chef des Jeunes patriotes ivoiriens a également été condamné à 10 ans de privation de ses droits civiques.

Selon Charle Blé Goudé, joint par téléphone à La Haye où il est en liberté conditionnelle après son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI), la justice ivoirienne l’a condamné par contumace à « 20 ans de prison, 10 ans de privation de ses droits civiques, 200 millions de francs CFA » (300 000 euros) de dommages et intérêts à verser aux victimes.

Le tribunal a en outre délivré un mandat d’arrêt contre lui, a-t-il par ailleurs affirmé, se disant « surpris par ce verdict », prononcé sans la présence d’un avocat.

Il était accusé par la justice ivoirienne d’ »actes de torture, homicides volontaires et viol », avaient indiqué ses avocats le 18 décembre, jour où son procès devait s’ouvrir.

L’un de ses avocats, Me Suy Bi Gohoré, avait alors affirmé que le président du tribunal criminel d’Abidjan avait « retiré l’affaire du rôle » dans l’attente de l’examen d’un pourvoi en cassation formulé par lui, fondé sur l’absence de l’accusé et sur d’autres vices de forme dans la procédure.

Les avocats avaient dénoncé une « violation flagrante » des droits de Charles Blé Goudé, du fait de son impossibilité à assister à son procès. Ils n’étaient pas joignables dans l’immédiat lundi soir.

Blé Goudé avait été transféré par les autorités ivoiriennes à la CPI en 2014. Avec son ancien mentor, l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, il a été jugé pour crimes contre l’humanité. Tous deux ont été acquittés début 2019 et placés en liberté conditionnelle dans l’attente de l’examen de l’appel formulé par la procureure de la CPI.

Charles Blé Goudé ne peut pas rentrer en Côte d’Ivoire tant que la procédure n’est pas terminée.

« Général de la rue »

Son parti, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples, avait dénoncé un « harcèlement politique contre son président ».

L’ancien « général de la rue », ainsi surnommé pour sa capacité à mobiliser les partisans de Laurent Gbagbo, a annoncé en juin avoir des ambitions présidentielles à long terme, après la prochaine élection d’octobre 2020.

Le mouvement des Jeunes patriotes a souvent été qualifié de milice par les détracteurs de Charles Blé Goudé et par des ONG internationales. Ces dernières considèrent que Charles Blé Goudé a été l’un des principaux acteurs de la montée de la tension en Côte d’Ivoire dans la décennie 2000, qui a culminé en 2010-2011 avec les violences post-électorales ayant fait plus de 3 000 morts.

Un mandat d’arrêt contre Soro

L’annonce de la condamnation de Blé Goudé survient huit jours après le début de l’affaire Guillaume Soro. L’ex-chef de la rébellion ivoirienne des années 2000, et ancien président de l’Assemblée nationale, actuellement en France, est visé par un mandat d’arrêt international de la justice ivoirienne, qui l’accuse de « complot » et d’avoir préparé « une insurrection civile et militaire » pour s’emparer du pouvoir.

Lors de l’annonce du procès Blé Goudé le 7 novembre, le procureur général de la Cour d’appel d’Abidjan Léonard Lebry avait réfuté tout agenda politique dicté par le pouvoir à un moins d’un an de la présidentielle d’octobre 2020 qui s’annonce tendue.

Le droit sera appliqué à tous, candidat ou pas

Des membres de l’opposition estiment que le pouvoir du président Alassane Ouattara met tout en oeuvre pour empêcher le retour au pays de l’ancien président Laurent Gbagbo, également en liberté conditionnelle en Europe (en Belgique) dans l’attente de la décision de la CPI.

Laurent Gbagbo a été condamné début novembre en appel à 20 ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest pendant la crise post-électorale de 2010-11.

Le président Ouattara a déclaré samedi que « nul ne sera autorisé à déstabiliser la Côte d’Ivoire » et que « le droit sera appliqué à tous, candidat ou pas ».