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Sommet sur les économies africaines : de Ouattara à Tshisekedi, Macron réunit les dirigeants du continent à Paris

mai 18, 2021
Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, le 17 mai 2021 avant le diner officiel des chefs d’État, à l’Élysée.

Une trentaine de dirigeants africains et européens se réunissent ce mardi à Paris avec les grandes organisations économiques internationales. Le sommet, à l’initiative de la France, se donne pour objectif d’éviter l’asphyxie financière qui menace le continent en raison de la crise provoquée par le Covid-19.

L’Afrique fait figure de continent relativement épargné sur le plan sanitaire, avec seulement 130 000 morts du Covid-19 sur un total mondial de près de 3,4 millions de morts. Mais elle en sort financièrement exsangue. La réunion de Paris, qui débute à 13 heures locales (11h00 GMT), sous la houlette d’Emmanuel Macron, sera divisée en deux sessions, l’une sur le « financement et le traitement de la dette » publique, l’autre sur « le secteur privé africain ». Le dirigeant français conclura le sommet par une conférence de presse conjointe avec le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, à la tête de l’Union africaine (UA).

De nombreux dirigeants du continent sont attendus à ce sommet, aux côtés d’Emmanuel Macron. Parmi eux, Alassane Ouattara, Macky Sall, Muhammadu Buhari, Paul Kagame, Denis Sassou Nguesso, Roch Marc Christian Kaboré, Bah N’Daw, Nana Akufo-Addo, Cyril Ramaphosa, João Lourenço, Faure Essozimna Gnassingbé, Filipe Nyusi, Sahle-Work Zewde, Abdallah Hamdok, Kaïs Saïed ou encore Mohamed Ould Ghazouani. Le Premier ministre Albert Pahimi Padacké représentera Mahamat Idriss Déby, le président de la transition au Tchad.

Plusieurs représentants d’institutions continentales seront également présents, comme Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA, ou Akinwumi Adesina, le président de la Banque africaine de développement (BAD).

L’outil des « DTS »

L’idée de ce « Sommet sur le financement des économies africaines » a germé à l’automne 2020, quand le Fonds monétaire international (FMI) a calculé que le continent risquait de se heurter à un déficit de financement de 290 milliards de dollars d’ici 2023.

Certes, la croissance du continent, qui a connu sa première récession en un demi-siècle l’an passé à cause de la pandémie, devrait rebondir de 3,4 % en 2021 et de 4 % en 2022. Et un moratoire mis en place dès avril 2020 a permis de donner un peu d’air au pays africains les plus endettés. Mais cela ne suffira pas. Les dettes publiques explosent sur le continent, comme la pauvreté: en 2021, 39 millions d’Africains pourraient tomber dans l’extrême pauvreté, selon la Banque africaine de développement (BAD).

Sur le front épidémique, « seule une victoire totale, incluant pleinement l’Afrique, pourra venir à bout de cette pandémie », ont mis en garde de leur côté 18 dirigeants africains et européens mi-avril. Réclamant un « moratoire immédiat sur le service de toutes les dettes extérieures (…) jusqu’à la fin de la pandémie » et une sanctuarisation de l’aide au développement, ils ont également exhorté le FMI à attribuer des droits de tirage spéciaux (DTS) aux pays africains pour leur fournir « les liquidités indispensables à l’achat de produits de base et de matériel médical essentiel ».

Ces « DTS » peuvent être convertis en devises par les pays qui en ont besoin sans créer de dette supplémentaire. Le principe d’une émission globale de DTS de 650 milliards de dollars est acquis, les États-Unis s’y étant déclarés favorables fin mars.

Reste à savoir ce qui sera alloué aux pays africains. En effet, ces fameux « DTS » sont répartis en fonction des quotes-parts de chaque pays au FMI: le plus gros va aux pays les plus riches. Sur le papier, l’Afrique ne bénéficierait que de 34 milliards de dollars. D’où la discussion qui va s’engager sur une réallocation par les pays développés de leurs précieux DTS aux pays les plus pauvres.

Sortir de la logique de l’assistance

Une autre solution, défendue par le président ivoirien Alassane Ouattara, consiste à réviser les quote-parts pour assurer une meilleure représentativité des pays africains au sein du FMI – et donc un meilleur accès à cet instrument de financement. La France entend aussi mobiliser l’investissement privé pour financer les besoins immenses de développement d’un continent qui aspire à sortir de la logique de l’assistance.

La communauté internationale s’est déjà engagée lundi à Paris à soutenir la transition au Soudan, pays riche en ressources pétrolières et minières, en lui donnant un bol d’air financier. Pour « permettre le retour du Soudan dans le concert des nations », le président français Emmanuel Macron s’est déclaré en faveur « d’une annulation pure et simple de notre créance envers le Soudan », soit « près de 5 milliards de dollars ».

Un entretien bilatéral entre le président français et celui du Mozambique est par ailleurs prévu en marge du sommet mardi matin, pour aborder notamment la situation dans le nord du pays, aux prises avec une guérilla jihadiste.

Par Jeune Afrique avec AFP

[Tribune] Macron et l’Afrique : le bon, le moins bon et le dangereux

mai 16, 2021

Professeur à l’École de gouvernance publique Mandela de l’université du Cap, haut représentant de l’Union africaine pour les négociations avec l’Europe dans le cadre de l’après-Cotonou.

Le président Kagame et le président Macron assistent à VivaTech. Paris, le 24 mai 2018.

L’exécutif français, qui accueille le sommet sur les financements des économies africaines le 18 mai, est à l’avant-garde d’un changement de discours sur le continent. Mais son approche comporte encore des angles morts, souligne l’économiste Carlos Lopes.

Il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron est énergique dans sa façon d’aborder « les fondamentaux » de la relation entre la France et ses anciennes colonies africaines. Cette nouvelle dynamique, caractérisée par la volonté de changer certaines pratiques qui ont marqué la « Françafrique », appelle notamment au dépassement du prétendu pré carré pour embrasser l’ensemble du continent.

Les moins attentifs seront excusés de se perdre tant les fronts ouverts sont nombreux. Du  débat sur le retour des objets d’art aux échanges structurés avec des penseurs africains « rebelles », de l’ouverture des archives sur des sujets sensibles (comme la mort de Thomas Sankara) à la commission d’étude sur le génocide des Tutsi au Rwanda et à la mémoire de la guerre d’Algérie. S’y ajoutent pêle-mêle le mur vert africain, la santé, la révolution numérique ou encore la réforme du franc CFA et, enfin, le rôle accru de Paris dans la lutte contre le djihadisme au Sahel

À cette longue liste va s’ajouter le prochain sommet dédié au financement des pays africains, prévu le 18 mai dans la capitale française.

  • Le bon

La France est à l’avant-garde d’un changement de discours sur le continent. Et ce en raison de son insistance sur le fait que l’Afrique doit être traitée comme une entité géopolitique commune tout en tenant compte de sa diversité.

LE DÉBAT SUR LA DETTE SOUVERAINE AFRICAINE A CRÉÉ UN BOULEVARD POUR LA FRANCE

L’Agence française de développement (AFD) a ainsi enterré la prédication à la mode dans le pays qui consiste à diviser le continent en deux, entre « l’Afrique noire » et l’Afrique du Nord. La manière dont Paris traite les conflits en Libye et les récents dilemmes de succession au Tchad témoignent d’une compréhension de la dynamique intra-africaine pragmatique et – par conséquent – rafraîchissante.

Le leadership américain sous l’administration du président Trump a mis fin à presque tous les débats sur les biens publics mondiaux, laissant le champ libre à d’autres acteurs. La France a profité de cet espace avec enthousiasme.

L’organisation du Sommet de Paris sur le climat a offert une bonne plateforme initiale. Puis, l’Hexagone s’est investi dans des questions multilatérales clés telles que les impasses en matière de commerce, la fiscalité des géants de la technologie ou, plus récemment, la remise en cause du nationalisme vaccinal.

La Chine et un éventail de nouveaux joueurs étaient également présents mais le savoir-faire communicatif du président Macron lui a souvent permis de voler la vedette.

Le débat acharné sur la façon de gérer la dette souveraine africaine a créé un autre boulevard pour la France au sein du G7 et même du G20. C’est Paris qui, en premier, a proposé la refonte de l’approche actuelle, y compris via l’élimination de la dette africaine plutôt que son allégement et via l’accès immédiat aux droits de tirage spéciaux (DTS) non utilisés du Fonds monétaire international (FMI), afin de rendre les économies africaines plus liquides.

LE GREEN DEAL EUROPÉEN POURRAIT AFFECTER NÉGATIVEMENT LA TRANSFORMATION DE L’AFRIQUE

La pression sur les champions français pour qu’ils réévaluent les opportunités d’investissement en Afrique et la mobilisation de la diaspora pour qu’elle s’engage davantage dans l’entrepreneuriat sur le continent sont aussi louables ; tout comme l’augmentation des allocations d’aide au développement.

  • Le moins bon

Mais les vieilles habitudes ont la vie dure. Bien que la croissance des investissements directs étrangers (IDE) français en Afrique ait été remarquable depuis cinq ans (ils ont été multipliés par dix en valeur entre 2000 et 2017 selon le Trésor), cet essor n’a que trop peu bénéficié à des secteurs d’avenir.

La majeure partie des IDE reste destinée aux énergies fossiles (47% du stock d’IDE français en Afrique en 2017) et au commerce traditionnel des matières premières.

Au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le cycle de développement de Doha est bloqué et la France, entre autres pays, n’est pas désireuse de le relancer.

Pire, la mise en œuvre du « Green Deal » européen pourrait avoir un impact négatif sur le processus de transformation structurelle de l’Afrique.

Le ton unilatéral des débats actuels sur les nouvelles règles d’un commerce plus vert n’augure rien de bon. Il rappelle celui utilisé lors des négociations des précédents Accords de partenariat économique (APE) qui ont conduit les Africains à accepter, sous la pression de l’Union européenne (UE), des conditions qui leur étaient défavorables. Face à ce sujet qui fâche et qui sera pourtant décisif pour la reprise post Covid-19, la France détourne la tête.

Si le prochain sommet sur le financement est qualifié par Emmanuel Macron de « New Deal », en référence aux fameuses politiques de relance du président américain Roosevelt, il y a des raisons pour douter que son impact soit extraordinaire.

UNE TENDANCE À SURINTERPRÉTER CE DONT LES AFRICAINS ONT BESOIN OU PRIORISENT

Loin d’être une première, ce plan succède à une série d’autres – dont le plan Marshall de la chancelière Angela Merkel et celui du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker – sans réelles avancées sur les objectifs de développement durable, dont l’un des principaux est l’élimination de la pauvreté d’ici 2030.

Il va sans dire que l’écart entre ces proclamations très médiatisées et la réalité sur le terrain est devenu si flagrant que le cynisme s’est installé. Et ce ne sera pas différent cette fois-ci.

  • Le dangereux

À cet écueil, il faut ajouter deux angles morts de l’approche d’Emmanuel Macron, failles qui risquent d’entacher son bilan africain comme le discours de Dakar et l’implication directe en Libye ont marqué le mandat du président Sarkozy.

Deux données sur lesquelles l’actuel chef de l’État français doit réfléchir.

D’une part, son point de vue sur la démographie africaine traduit une peur malthusienne d’une augmentation de la population qui serait responsable des mauvaises performances du continent.

D’autre part, certaines de ses positions reflètent sa tendance à surinterpréter ce dont les Africains ont besoin ou priorisent.

Illustration de cette tendance avec la lutte contre le Covid. Certes, Paris, qui était opposé à la dérogation sur les brevets (comme la plupart des pays occidentaux), a récemment changé d’avis, suivant ainsi le retournement des États-Unis.

Mais, la diplomatie tricolore continue de privilégier la distribution et les exportations vers les pays en développement, plutôt que la libération des brevets, arguant que le vrai problème est la capacité mondiale de production de vaccins. Une lecture inexacte et qui privilégie le conjoncturel sur le structurel.

Comme le rappelle un dicton, la soif ne peut être étanchée par procuration.

Avec Jeune Afrique par  Carlos Lopes

Sommet de l’ONU pour le climat : ce qu’ont déclaré les chefs d’État africains

septembre 24, 2019

Le président Félix Tshisekedi (à gauche) lors du sommet sur le climat de l’ONU, le 23 septembre 2019. © Jason DeCrow/AP/SIPA

Les dirigeants de la planète se sont réunis lundi au siège de l’ONU à New York pour participer à un sommet consacré à l’urgence climatique. L’occasion pour les chefs d’État africains de rappeler l’importance de l’impact du réchauffement climatique sur le continent et de demander des mesures plus concrètes de la part de la communauté internationale.

Les cinq dernières années devraient constituer la période la plus chaude jamais enregistrée, selon un rapport publié dimanche par l’ONU qui estime que les efforts des pays doivent être multipliés par cinq pour s’en tenir à +1,5°C d’ici 2100.

Pour faire face à l’urgence climatique, une soixantaine de chefs d’État ont pris la parole lors d’un sommet inédit consacré au climat, en amont de l’Assemblée générale des Nations unies, pour annoncer des engagements renforcés. Parmi eux, plusieurs dirigeants africains ont plaidé pour des actions accélérées dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris de 2015 et appelé à des financements accrus. Tour d’horizon des grandes déclarations de sept présidents du continent.

• Idriss Déby Itno : la question de la résilience

La président Idriss Déby lors du sommet sur le climat à l’ONU, le 23 septembre 2019. © Jason DeCrow/AP/SIPA

Le président tchadien a rappelé les initiatives et mesures prises par son pays dans plusieurs secteurs comme l’énergie, l’agriculture, la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Idriss Déby a également lancé un appel aux pays développés à soutenir les efforts déployés par les pays africains face au changement climatique dont il les tient pour responsables. « L’Afrique en général, et le Tchad en particulier, ne contribuant presque pas ou très faiblement aux émissions [de gaz à effets de serre], je voudrais souligner l’intérêt que nous portons à la question de la résilience », a-t-il déclaré.

• Félix Tshisekedi : préserver la biodiversité

« La nature offre des solutions très efficaces, durables et le plus souvent peu coûteuses à long terme », a pour sa part lancé le président de la République démocratique du Congo (RDC) depuis la tribune des Nations unies, en prenant l’engagement d’accroître  « significativement les aires protégées, y compris certains cours d’eau, sur l’ensemble du territoire afin de renforcer la préservation de la biodiversité ». « Sans être exhaustif et à titre illustratif, la RDC s’est engagée à stabiliser son couvert forestier à 63% du territoire et à réduire de 17% ses émissions de 2020 à 2030 », a martelé  Tshisekedi.

• Lalla Hasnaa : réduire les émissions de 42%

La princesse Lalla Hasnaa lors du sommet sur le climat à l’ONU, le 23 septembre 2019. © Jason DeCrow/AP/SIPA

C’est la princesse Lalla Hasnaa qui a représenté le Maroc lors du sommet sur le climat de l’ONU. Lors de la cérémonie d’ouverture, elle a lu un discours du roi Mohammed VI dans laquelle il a répondu par l’affirmative que la dégradation de l’environnement est un fait avéré. « Il constitue une menace que nous nous devons d’affronter conjointement. Le Royaume du Maroc, pays faiblement émetteur de gaz à effet de serre, s’est engagé à réduire ses émissions de 42% d’ici 2030. Mieux encore, il a d’ores et déjà lancé un processus inclusif et exhaustif pour pouvoir dépasser ce seuil ».

• Muhammadu Buhari : diversifier les sources d’énergie

« Dans le secteur de l’énergie, le Nigeria est actuellement en train de diversifier ses sources d’énergie, pour accomplir la transition depuis un système énergétique basé sur le pétrole, vers des énergies basées sur l’eau, le soleil, le vent, la biomasse et le nucléaire, a déclaré le président nigérian Muhammadu Buhari. Le Nigeria est plus particulièrement engagé pour parvenir à 30% d’énergies propres ou renouvelables d’ici 2030. Ceci dans la perspective de réduire nos émissions de dioxine de carbone de 179 millions de tonnes par an d’ici 2030 ». Il a clôturé en paraphrasant le Secrétaire général de l’ONU en affirmant que « le monde se trouve au bord de calamités catastrophiques ».

• Ismaël Omar Guelleh : faire face aux sécheresses et inondations

Ismael Omar Guelleh lors du sommet sur le climat de l’ONU, le 23 septembre 2019. © Craig Ruttle/AP/SIPA

« Mon pays est particulièrement exposé à de nombreux aléas climatiques, les plus fréquents et les plus destructeurs étant les sécheresses et les inondations », s’est alarmé le président de la République de Djibouti, pointant du doigt une pluviométrie rare qui impacte « négativement les activités agricoles des populations rurales et la disponibilité des ressources en eau dans l’ensemble du territoire ». « Djibouti doit se préparer à d’autres aléas climatiques dans le moyen et le long terme comme les cyclones et la montée du niveau marin, dont les projections à l’horizon 2100 montrent l’inondation d’une partie importante de notre capitale. Ces événements climatiques sont pour la plupart inhabituels et risquent de se multiplier et de s’intensifier à l’avenir », a-t-il relevé.

• Roch Marc Christian Kaboré : urgence pour le Sahel

De son côté, le président burkinabè a demandé à la communauté internationale de faire en sorte que  « le sommet débouche sur des engagements concrets en vue d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris ». « Les changements climatiques constituent une grave menace, et leurs conséquences s’avèrent déjà désastreuses sur la vie de nos communautés. Les pays du Sahel subissent de plein fouet les conséquences des changements climatiques sans en être responsables », a souligné Roch Marc Christian Kaboré.

• Julius Maada Bio : « la menace est réelle »

Julius Maada Bio lors du sommet sur le climat de l’ONU, le 23 septembre 2019. © Jason DeCrow/AP/SIPA

Le chef de l’État du Sierra Leone, très inquiet pour l’avenir de son pays, a averti que « les  pays les moins développés sont non seulement les plus menacés par le dérèglement du climat, mais aussi les moins à même de faire face, seuls, à la menace ». « Je rends hommage au Secrétaire général de l’ONU d’avoir convoqué ce sommet très important. Parce que l’impact du changement climatique est déjà durement éprouvé dans tous nos pays, et spécialement dans les nôtres, les pays en développement. Le Sierra Leone, par exemple, a été classé parmi les trois pays les plus menacés par les effets du changement climatique.  La menace est réelle et présente. Et elle pourrait être un obstacle aux efforts pour atteindre les objectifs de développement durable, si une action urgente n’était pas engagée pour appliquer intégralement l’Accord de Paris, qui est la feuille de route sur laquelle nous nous sommes tous engagés. »

Avec Jeuneafrique.com par Charles Djade

 

Wikipédia : le classement des chefs d’État africains les plus populaires

juillet 30, 2014

x Captures d'écran des pages des chefs d'État africains. © DR/Montage JA

x Captures d’écran des pages des chefs d’État africains. © DR/Montage JA

Créé en 2001, Wikipédia s’est imposé depuis comme l’encyclopédie numérique la plus consultée au monde. Participative, elle rassemble des informations collectées par les utilisateurs mais elle permet également de prendre le pouls de la webosphère. Voici les présidents africains qui intéressent le plus les internautes.
En 2013, Wikipédia a totalisé la bagatelle de 13,4 milliards de pages vues. Une manne énorme qui fait de l’encyclopédie numérique participative l’un des poids lourds du web mondial, devenu incontournable pour toute personnalité politique, au premier rang desquels figurent les chefs d’États africains.

Si chacun d’entre eux dispose de sa page personnelle, qu’elle surveille avec plus ou moins de soin, toutes ne suscitent cependant pas le même intérêt de la part des internautes.

Selon l’actualité, la personnalité du dirigeant, sa longévité au pouvoir ou les mystères qui l’entourent, les chiffres de consultation des pages varient de 1 à 1 000 en ce qui concerne le continent africain. Jeune Afrique a établi le classement des chefs d’État africains en exercice, accompagnés de quelques Premiers ministres, pour le premier semestre 2014.

Le nombre de visites sur Wikipedia est calculé sur le premier semestre 2014 en cumulant les chiffres des versions anglaise et française de la page et en y ajoutant celui de la version arabe, portugaise ou espagnole, selon le pays.

1/- Letsie III: 1 182 319
2/- Abdel Fattah al-Sissi: 521 313
3/- Abdelaziz Bouteflika: 411 622
4/- Goodluck Jonathan: 339 777
5/- Robert Mugabe: 292 906
6/- Jacob Zuma: 252 932
7/- Yoweri Museveni: 221 779
8/- Mohammed VI: 200 037
9/- Paul Kagame: 154 500
10/- Ellen Johnson Sirleaf: 149 120
11/- Omar el-Béchir: 141 232
12/- Uhuru Kenyatta: 129 899
13/- Joseph Kabila: 118 054
14/- Catherine Samba-Panza: 112 059
15/- José Eduardo dos Santos: 99 210
16/- Alassane Ouattara: 86 968
17/- Teodoro Obiang Nguema Mbasogo: 78 766
18/- Paul Biya: 74 300
19/- Blaise Compaoré: 69 322
20/- Mswati III: 67 794
21/- Salva Kiir: 62 013
22/- Peter Mutharika: 59 015
23/- Moncef Marzouki: 57 681
24/- John Dramani Mahama: 55 589
25/- Alpha Condé: 51 785
26/- Yahya Jammeh: 49 641
27/- Hery Rajaonarimampianina: 48 541
28/- Jakaya Kikwete: 46 608
29/- Macky Sall: 45 504
30/- Hassan Sheikh Mohamoud: 45 139
31/- Idriss Déby: 40 996
32/- Mohamed Ould Abdel Aziz: 39 926
33/- Ibrahim Boubacar Keïta: 38 158
34/- Hailemariam Desalegn: 36 091
35/- Denis Sassou-Nguesso: 35 639
36/- Ian Khama: 35 550
37/- Nouri Bousahmein: 35 502
38/- Armando Guebuza: 34 833
39/- Michael Sata: 30 755
40/- Ali Bongo Ondimba: 29 304
41/- Pierre Nkurunziza: 26 833
42/- Ernest Bai Koroma: 26 509
43/- Faure Gnassingbé: 26 207
44/- Mulatu Teshome: 24 707
45/- Mahamadou Issoufou: 21 882
46/- Issayas Afeworki: 21 484
47/- Kailash Purryag: 20 012
48/- Thomas Yayi Boni: 15 329
49/- Jorge Carlos Fonseca: 15 266
50/- Hifikepunye Pohamba: 11 596
51/- Manuel Pinto da Costa: 10 936
52/- Ikililou Dhoinine: 10 012
53/- Ismail Omar Guelleh: 7 556
54/- José Mário Vaz: 5 339
55/-Abdallah al-Thani: 1 253

Jeuneafrique.com par Mathieu Olivier

WikiLeaks : Comment les Américains jugent nos leaders

septembre 14, 2011

Un « Gouvernement en Exil » reçu à Paris

Etre diplomate, cela consiste parfois à perdre son temps. A en juger par ses commentaires, c’est ce qu’a fait André YOUNG, Conseiller politique de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, en recevant le 4 novembre 2009 une délégation d’un étrange « Gouvernement en exil de la République du Congo » conduite par son « Premier ministre autoproclamé », un certain Tony Gilbert MOUDILOU.

Cela donne lieu néanmoins à une longue dépêche surréaliste classée confidentiel dans laquelle le conseiller retranscrit fidèlement tout ce qui lui a été dit.

Le Président Denis SASSOU NGUESSO, souffrirait d’une « profonde dépression », ne voyagerait plus, serait entrain de préparer son fils (lequel ?) pour lui succéder, etc.

Puis on en vient aux choses sérieuses : « A de nombreuses reprises, écrit André YOUNG, Tony Gilbert MOUDILOU répète que lui et son groupe ont besoin de l’aide américaine (…). Il semble que des paiements d’ordre financiers fassent partie de ses vœux.

J’ai dû lui expliquer que les Etats Unis ne finançaient pas les Partis politiques ou les Groupes en exil. Conseil du diplomate à ses interlocuteurs : rentrez au pays pour y mener votre action politique. Mais on sent qu’il ne se fait guère d’illusions à ce sujet : « ils ne paraissent pas du tout disposés à se salir les mains ».

Commentaire final : « Nous n’avons aucune mesure de la crédibilité de Tony Gilbert MOUDILOU, ni de la réalité des menaces de persécution qui pèsent sur lui et qui l’empêcheraient de jouer son rôle d’opposant à Brazzaville ».

Pour le reste WikiLeaks diffuse une cinquantaine de dépêches d’intérêt inégal sur le Congo Brazzaville. Les diplomates américains sur place, qui avaient prévu comme tout le monde la victoire de SASSOU NGUESSO à la présidentielle de 2009, semblent tenir en assez piètre estime ses concurrents. L’Ambassadeur Alan EASTHAM reprend ainsi, dans une dépêche de juin 2009, le jugement de son collègue de l’Union Européenne, Miguel AMADO, lequel explique « les principaux leadeurs de l’Opposition ne sont guère différents de SASSOU NGUESSO lui-même. Ils sont de la même génération, ils ont été actifs au sein de même parti et ils sont tous francs-maçons. Aucun d’eux n’a une vision du futur différente de celle de SASSOU ».

D’après Tony Gilbert MOUDILOU depuis cette première rencontre, plusieurs autres ont eu lieu entre le Gouvernement Congolais en Exil et les autorités américaines. Et depuis, un travail très approfondi et très sérieux se fait sur la base de la mutuelle compréhension et du respect des relations internationales.

Par François SOUDAN Jeune Afrique

France : SARKOZY lâche-t-il la FrançAfrique ?

Dans une interview au JDD, l’avocat franco-libanais Robert BOURGI dévoile la teneur des propos qui sont repris dans le prochain livre de Pierre Péan, « La République des Mallettes ».

C’est une plongée au cœur de la Françafrique des grandes heures avec des djembés remplis de billets et, pour une fois, des noms et des montants. Ces révélations provoquent un séisme dans la classe politique française où Jacques CHIRAC et Dominique de VILLEPIN ont annoncé qu’ils allaient porter plainte. Mais Robert BOURGI, proche de Nicolas SARKOZY est-il en opération commandée ?

« Il y a du lourd ? » : c’est par ces mots que Jacques CHIRAC l’accueillait, le soir, quand il venait apporter l’argent des chefs d’Etats africains, raconte Robert BOURGI dans une interview au Journal Du Dimanche.

L’héritier de Jacques FOCCART revient sur 25 ans de financement occulte des partis politiques français. De MOBUTU (Zaïre) à Omar BONGO (Gabon), bien sûr, en passant par Blaise COMPAORÉ (Burkina Faso), Teodoro OBIANG NGUEMA (Guinée Equatoriale) et Denis SASSOU NGUESSO (Congo) et aussi, plus surprenant, à Laurent GBAGBO (Côte d’Ivoire) et Abdoulaye WADE (Sénégal), tous ces chefs d’Etats ont versé de grosses sommes d’argent, en liquide, à destination de Dominique de VILLEPIN, alors Secrétaire général de l’Elysée, et à Jacques CHIRAC. Ces versements auraient cessé, explique Robert BOURGI, lors de l’arrivée au pouvoir de Nicolas SARKOZY.

Bien entendu, Jacques CHIRAC et Dominique de VILLEPIN démentent fermement ces révélations et ont annoncé qu’ils allaient porter plainte contre Robert BOURGI. Dominique de VILLEPIN a déclaré au journal télévisé de France 2 : « Les accusations qu’il porte sont graves, scandaleuses, détaillées comme tous les mauvais polars et c’est pour cela que comme Jacques CHIRAC, je porterai plainte contre lui ». En réponse, Robert BOURGI a affirmé qu’il était à la disposition de la justice.

Ces révélations, qui ne sont que la confirmation de ce que « tout le monde savait » mais que personne n’osait raconter, ont été en partie confirmées par Mamadou KOULIBALY, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ancien proche de Laurent GBAGBO : « Robert BOURGI a parfaitement raison, il y a eu un transfert d’argent entre Laurent GBAGBO et Jacques CHIRAC, en 2002 », a ainsi déclaré l’homme politique, faisant état « d’environ deux milliards de francs CFA (environ trois millions d’euros) transportés d’Abidjan vers Paris par valise ».

Réactions en chaînes

Depuis, les réactions affluent. Bien entendu, les présidents africains en exercice réfutent les accusations alors que la classe politique française de gauche comme du centre se lève comme un seul homme pour demander l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Les personnalités de droite, elles, se font plus discrètes. Mais la vraie question qui se pose derrière ces révélations est de savoir pourquoi elles interviennent aujourd’hui et si Robert BOURGI, qui est un proche du président français Nicolas SARKOZY, est en service commandé, lorsqu’il décide de lancer ce pavé dans la mare.

Robert BOURGI affirme que tous ces versements ont cessé lors de l’arrivée au pouvoir de Nicolas SARKOZY qui a plusieurs fois annoncé la fin de la Françafrique, sans pour l’instant que personne ne puisse y croire réellement.

Un câble de Wikileaks révélé en décembre dernier avait même mis à mal cette version en expliquant que près de 30 millions d’euros auraient été détournés de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) par le défunt président gabonais Omar BONGO. Cette somme aurait financé, pour une partie, les partis politiques français, en particulier Jacques CHIRAC mais aussi Nicolas SARKOZY.

Une vérité qui en cache une autre

Robert BOURGI s’est toujours présenté comme un ami proche du président français et déclarait très officiellement lors d’une interview au journal Le Monde qu’il travaillait pour les chefs d’Etats africains, mais en étroite collaboration avec Nicolas SARKOZY et Claude GUÉANT, ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration et ancien Secrétaire général de l’Élysée. Pourquoi alors mettre aujourd’hui ces mêmes chefs d’Etats africains dans une situation délicate ?

Plusieurs réponses sont possibles. D’une part, nous sommes à deux jours de l’ouverture de l’appel du procès Clearstream où Dominique de VILLEPIN, ennemi juré de Nicolas SARKOZY, est l’accusé principal. Mais la sortie mercredi du livre de Pierre Péan « La République des Mallettes » vient mettre en avant un possible nouvel instigateur en la personne d’Alexandre DJOUHRI, ce qui pourrait dédouaner Dominique de VILLEPIN.

Avec ce nouveau coup porté par Robert BOURGI, Dominique de VILLEPIN ne se relèvera sans doute pas et peut mettre une croix sur ses ambitions présidentielles. Mais surtout, les révélations de Robert BOURGI sont aussi en partie racontées dans le livre de Pierre PÉAN.

Peut-être alors aurait-il simplement considéré qu’il était préférable de prendre les devants en déballant tout à la presse, mais en prenant bien soin de protéger Nicolas SARKOZY ? Puisque le scandale va éclater, autant en être l’instigateur et faire de l’ombre aux autres révélations du livre de Pierre PÉAN qui elles pourraient être plus gênantes.
D’autre part, ces déclarations pourraient être un avertissement aux chefs d’Etats mentionnés, les informant qu’ils sont lâchés par la France, qui souhaite modifier ses relations avec le continent africain. La famille WADE a déjà été lâchée officiellement, toujours à travers des déclarations de Robert BOURGI faisant référence à Karim WADE alors qu’Ali BONGO n’est plus soutenu que du bout des lèvres par le gouvernement français.

Les récentes révolutions du monde arabe ont par ailleurs démontré que les populations africaines étaient en marche pour renverser les dictatures corrompues. La révélation d’un passé trouble serait donc une façon habile de faire table rase du passé pour repartir sur des bases différentes afin de reconstruire les relations franco-africaines.

A six mois de la présidentielle française, cette nouvelle position de Nicolas SARKOZY lui permettrait sans aucun doute d’améliorer son image, au moins auprès des électeurs français d’origine africaine.

L’Interview de Robert BOURGI

L’avocat Robert BOURGI, successeur de Jacques FOCCART, révèle vingt-cinq ans de pratiques occultes sous CHIRAC. Pour la première fois, un homme avoue des financements occultes en provenance d’Afrique.

Pourquoi prendre la parole aujourd’hui?

Avant toute chose, je veux dire que je parle en mon nom personnel, je ne suis mandaté par personne. Pierre PÉAN, que je connais depuis vingt ans, est venu me voir pour son enquête sur Alexandre DJOUHRI et, de fil en aiguille, nous avons un peu parlé de quelqu’un que je connais bien, Dominique de VILLEPIN.

Depuis quelques jours, j’observe, je lis et j’entends les commentaires de ce dernier sur l’enquête de Pierre PÉAN. Trop, c’est trop. À 66 ans, j’en ai assez des donneurs de leçon et des leçons de morale… J’ai décidé de jeter à terre ma tunique de Nessus, cet habit qui me porte malheur et que je n’ai jamais mérité.

Dans le livre de Pierre PEAN, vous racontez comment Dominique de VILLEPIN vous a déçu…

J’ai travaillé avec Dominique de VILLEPIN pendant des années. Nous avons été très proches, comme on peut être proche d’un ami, de quelqu’un que l’on connaît intimement. Et puis, fin 2005, brutalement, il m’a chassé. Oui, il m’a déçu. N’est pas De GAULLE qui veut. L’entendre donner des leçons, lui que je connais de l’intérieur, m’exaspère.

À quand remonte votre première rencontre?

En mars 1997, le jour de l’enterrement de mon maître, Jacques FOCCART, Dominique de VILLEPIN m’appelle et me dit qu’il m’attend le soir même dans son bureau. Ce soir-là, à l’Elysée, il y a Jacques CHIRAC. Le président me demande de reprendre le flambeau avec VILLEPIN… Et souhaite que je l’initie à ce que nous faisions avec le « Doyen », comme j’appelais FOCCART.

C’est-à-dire ?

Pendant trente ans, Jacques FOCCART a été en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques CHIRAC. Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques CHIRAC, en personne, à la mairie de Paris.
Directement ?

Oui, bien sûr. C’était toujours le soir. « Il y a du lourd ? » demandait CHIRAC quand j’entrais dans le bureau. Il m’installait sur un des grands fauteuils bleus et me proposait toujours une bière. Moi qui n’aime pas la bière, je m’y suis mis.

Il prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau et rangeait lui-même les liasses. Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de VILLEPIN. L’argent venait du maréchal MOBUTU, président du Zaïre. C’était en 1995. Il m’avait confié 10 millions de francs que Jacques FOCCART est allé remettre à CHIRAC. En rentrant, le « Doyen » m’avait dit que cela s’était passé « en présence de VILLEPINTE », c’est comme cela qu’il appelait VILLEPIN. FOCCART ne l’a jamais apprécié… Et c’était réciproque.

Pourquoi ?

En 1995, JUPPÉ et VILLEPIN se sont opposés à ce que FOCCART occupe le bureau du 2, rue de l’Élysée, qui était son bureau mythique du temps de De GAULLE et POMPIDOU. Le « Doyen » en avait été très amer. Il avait continué à apporter les fonds, mais il avait été humilié.

À combien évaluez-vous les remises d’argent de FOCCART venant d’Afrique ?

Incalculable ! À ma connaissance, il n’y avait pas de comptabilité. Plusieurs dizaines de millions de francs par an. Davantage pendant les périodes électorales.

Jacques CHIRAC, accusé par Jean- Claude MÉRY dans sa fameuse cassette d’avoir vu une remise de 5 millions de francs, a toujours démenti tout cela…

Je sais ce que je dis. Je sais ce que j’ai fait.

Que faites-vous donc à partir de 1997, à la mort de FOCCART, avec Dominique de VILLEPIN ?
Je l’ai présenté aux chefs d’État africains. Au début, ils se sont étonnés de devoir traiter avec VILLEPIN, qui avait déjà son discours officiel sur la « moralisation »… Je leur ai dit que c’était une décision du « Grand », autrement dit de CHIRAC. Je dois dire que VILLEPIN s’y est bien pris avec eux. Que le courant est bien passé. Il a su y faire… Il m’appelait « camarade » et s’est mis à m’offrir du whisky pur malt de 1963.

Et les remises de valises ont continué?

Elles n’ont jamais cessé. À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, VILLEPIN m’a carrément demandé « la marche à suivre ». Il s’est même inquiété. C’est sa nature d’être méfiant.

Je devais me présenter à l’Élysée sous le nom de « M. Chambertin », une de ses trouvailles. Pas question de laisser de traces de mon nom.

Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains – Abdoulaye WADE (Sénégal), Blaise COMPAORÉ (Burkina Faso), Laurent GBAGBO (Côte d’Ivoire), Denis SASSOU NGUESSO (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar BONGO (Gabon) – ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002.

Alors que ces fonds en liquide ne figurent sur aucun compte officiel, que les fonds secrets avaient été supprimés par Lionel JOSPIN, que l’affaire Elf avait mis en lumière les fortunes occultes des chefs d’État africains…

C’est l’exacte vérité. Un exemple qui ne s’invente pas, celui des djembés (des tambours africains). Un soir, j’étais à Ouagadougou avec le président Blaise COMPAORÉ. Je devais ramener pour CHIRAC et VILLEPIN 3 millions de dollars.

COMPAORÉ a eu l’idée, « connaissant VILLEPIN comme un homme de l’art », a-t-il dit, de cacher l’argent dans quatre djembés. Une fois à Paris, je les ai chargés dans ma voiture jusqu’à l’Élysée. C’est la seule fois où j’ai pu me garer dans la cour d’honneur! C’était un dimanche soir et je suis venu avec un émissaire burkinabais, Salif DIALLO, alors ministre de l’Agriculture.

Je revois VILLEPIN, sa secrétaire, Nadine IZARD, qui était dans toutes les confidences, prendre chacun un djembé, devant les gendarmes de faction… Les tams-tams étaient bourrés de dollars. Une fois dans son bureau, VILLEPIN a dit : « Blaise déconne, c’est encore des petites coupures ! »

Comment écoulait-il ces fonds ?

Pierre PEAN a demandé à Éric WOERTH, trésorier de la campagne de 2002, qui n’a jamais eu vent de ces espèces…

Je ne sais pas ce que CHIRAC et VILLEPIN en faisaient. C’est leur problème.

Vous dites que Laurent GBAGBO aussi a financé la campagne de Jacques CHIRAC en 2002…

Oui. Il m’avait demandé combien donnait Omar BONGO, et j’avais dit 3 millions de dollars. Laurent GBAGBO m’a dit : « On donnera pareil alors. » Il est venu à Paris avec l’argent. Nous nous sommes retrouvés dans sa suite du Plaza Athénée. Nous ne savions pas où mettre les billets. J’ai eu l’idée de les emballer dans une affiche publicitaire d’Austin Cooper.

Et je suis allé remettre le tout à VILLEPIN, à l’Élysée, en compagnie d’Eugène ALLOU, alors directeur du protocole de Laurent GBAGBO. Devant nous, VILLEPIN a soigneusement déplié l’affiche avant de prendre les billets. Quand on sait comment le même VILLEPIN a ensuite traité GBAGBO, cela peut donner à réfléchir…

Jacques CHIRAC était-il au courant de toutes les remises d’espèces?

Bien sûr, tant que VILLEPIN était en poste à l’Élysée. Lors des grandes remises de fonds, j’étais attendu comme le Père Noël. En général, un déjeuner était organisé avec Jacques CHIRAC pour le donateur africain, et ensuite, la remise de fonds avait lieu dans le bureau du secrétaire général.

Une fois, j’étais en retard. BONGO, qui m’appelait « fiston » et que j’appelais « papa », m’avait demandé de passer à 14h 45. Nadine, la secrétaire de VILLEPIN, est venue me chercher en bas et m’a fait passer par les sous-sols de l’Élysée. J

’avais un gros sac de sport contenant l’argent et qui me faisait mal au dos tellement il était lourd. BONGO et CHIRAC étaient confortablement assis dans le bureau du secrétaire général de l’Élysée. Je les ai salués, et je suis allé placer le sac derrière le canapé. Tout le monde savait ce qu’il contenait. Ce jour-là, j’ai pensé au Général, et j’ai eu honte.

Après la réélection de 2002, VILLEPIN a quitté l’Élysée pour le ministère des Affaires étrangères. Avec qui traitiez-vous ?

Toujours avec lui. Cela a continué quand il est passé au Quai d’Orsay, à l’Intérieur, et aussi quand il était à Matignon. Place Beauvau, un nouveau « donateur », le président de Guinée équatoriale OBIANG NGUÉMA, a voulu participer. J’ai organisé un déjeuner au ministère de l’Intérieur, en présence du président sénégalais Abdoulaye WADE et son fils Karim, au cours duquel OBIANG NGUÉMA a remis à VILLEPIN une mallette contenant un million et demi d’euros.

Parfois, Dominique sortait directement l’argent devant nous, même si je venais accompagner d’un Africain, et, sans gêne, il rangeait les liasses dans ses tiroirs. Pour l’anecdote, je lui laissais parfois la mallette sans qu’il l’ouvre en lui donnant le code de la serrure… Une autre fois, lorsqu’il était à Matignon, Villepin s’impatientait parce que l’ambassadeur du Gabon était en retard. Il est finalement arrivé tout essoufflé avec un sac contenant 2 millions d’euros.

À cette époque, en pleine affaire Clearstream, Dominique de VILLEPIN a toujours évoqué les consignes présidentielles de « moralisation de la vie publique »…

Oui, en public, il a toujours eu ce discours. Dominique est quelqu’un de double. Un individu à deux faces. Pendant toute la période Clearstream, à plusieurs reprises, il était euphorique. « On va bourrer le nabot », disait-il en parlant de Nicolas SARKOZY. Il était certain, pendant des mois, que l’affaire Clearstream allait tuer politiquement son rival.

Au total, après qu’il eut quitté l’Élysée, j’estime avoir remis à VILLEPIN, en direct, une dizaine de millions de dollars. Et, outre cet argent liquide, je lui ai remis des « cadeaux »…

Quel genre ?
Je me souviens d’un bâton du maréchal d’Empire, qui lui avait été offert par Mobutu. Omar BONGO et Laurent GBAGBO lui ont aussi offert de superbes masques africains. Omar BONGO lui a offert des livres rares, des manuscrits de Napoléon… CHIRAC a reçu des cadeaux splendides, aussi. Je me souviens d’une montre Piaget offerte par Omar BONGO, qui devait réunir environ deux cents diamants. Un objet splendide, mais difficilement portable en France…

Comment savez-vous cela ?

J’avais accès au gestionnaire du compte parisien d’Omar BONGO, et il m’est arrivé d’aider certaines personnes proches de Dominique, qui en avaient besoin. Avec « papa », nous avions un code : entre nous, nous appelions Dominique de VILLEPIN « Mamadou », parce qu’autrefois un secrétaire général du président gabonais se prénommait ainsi. Il me suffisait de dire : « Papa, ‘Mamadou’ a besoin de quelque chose ». Et Omar BONGO me disait de faire le nécessaire.

Vous disiez que les remises d’espèces ont continué quand Villepin était à Matignon…

Bien sûr. Les présidents africains avaient dans la tête que VILLEPIN allait préparer la présidentielle. Omar BONGO, place Beauvau, lui avait dit : « Dominique, entends-toi avec Nicolas ». Et VILLEPIN lui avait ri au nez et lui avait répondu : « J’irai à Matignon, puis à l’Élysée ». Il avait un sentiment de toute-puissance à cette époque.

Je me souviens d’un jour, au Quai d’Orsay, où sa secrétaire m’appelle en urgence. « Camarade, un double whisky aujourd’hui, la ration John WAYNE », me lance DOMINIQUE dans son bureau. Il avait quelque chose à me dire : « Aujourd’hui, j’ai atteint l’âge du général De GAULLE le jour de l’appel du 18 juin, j’ai 49 ans, Robert! Je serai l’homme du recours » Il a prononcé plusieurs fois cette phrase – « Je serai l’homme du recours » – en imitant la voix du Général. En rentrant chez moi, j’ai dit à ma femme qu’il y avait peut-être un problème…

Comment cela s’est-il arrêté et pourquoi ?

Fin 2005, la dernière semaine de septembre. Nadine, sa secrétaire, m’appelle selon le code : « Nous allons acheter des fleurs ». Cela voulait dire que l’on se retrouve devant le Monceau Fleurs du boulevard des Invalides. Elle venait me chercher en voiture pour m’amener à Matignon. Ce jour-là, elle m’a fait entrer par l’arrière et m’a laissé dans le pavillon de musique. VILLEPIN m’a fait attendre une demi-heure. J’ai tout de suite eu l’intuition qu’il y avait un problème.

Que s’est-il passé ?

Il est arrivé et a lancé un drôle de « Alors, camarade, ça va ? », avant de m’expliquer : « L’argent de SASSOU, de BONGO, de tous les Africains, sent le soufre. C’est fini », a-t-il poursuivi… Je me souviens de sa phrase : « Si un juge d’instruction vous interroge, vous met un doigt dans le cul, cela va mal finir ». Il parle exactement comme cela. Je l’ai bien regardé. Je lui ai dit qu’il m’emmerdait et je suis parti en serrant la mâchoire. Il m’a couru après en disant « camarade, camarade ! », m’a rappelé cinq ou six fois dans les jours qui ont suivi. J’avais décidé que ce n’était plus mon problème. Grâce à son ingratitude, je suis allé voir Nicolas SARKOZY.

Comment cela?

Nicolas SARKOZY m’a écouté, je lui ai raconté tout ce que je vous raconte aujourd’hui. Même lui, il m’a paru étonné. Je l’entends encore me demander : « Mais qu’est-ce qu’ils ont fait de tout cet argent, Robert ? » Il m’a dit aussi : « Ils t’ont humilié comme ils m’ont humilié, mais ne t’inquiète pas, on les aura ». Je l’ai revu la semaine suivante. Nicolas SARKOZY m’a dit : « Robert, là où je suis, tu es chez toi », et m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par « valises ».

Les financements africains auraient-ils cessé pour la campagne de 2007? Difficile à croire… D’autant que Sarkozy, à peine élu, s’est rendu au Gabon et a annulé une partie de la dette gabonaise…

Je dis ce que je sais. Ni Omar BONGO ni aucun autre chef d’État africain, par mon intermédiaire, n’a remis d’argent ni à Nicolas SARKOZY ni à Claude GUÉANT.

Vous étiez proche de Laurent GBAGBO, vous n’avez pas été invité à l’intronisation d’Alassane OUATTARA…

Laurent GBAGBO est un ami de trente ans. Il m’a raccroché au nez la dernière fois que je l’ai appelé. J’étais dans le bureau de Claude GUÉANT et c’était dans les derniers jours avant sa destitution… Il ne voulait plus prendre ni SARKOZY ni OBAMA au téléphone. Il ne voulait rien entendre et m’a dit : « C’est la dernière fois que je te parle ». Par la suite, tout le monde le sait, Alain JUPPÉ m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de OUATTARA.

Vous en voulez à Alain JUPPÉ…

Lui aussi me fait sourire quand je l’entends donner des leçons de morale. Je vais finir par cette histoire qui remonte à 1981. Alain JUPPÉ a pris la tête du Club 89, un cercle de réflexion de chiraquiens qui s’est installé dans de superbes locaux de l’avenue Montaigne. C’est moi qui ai signé le bail du loyer, qui était de 50.000 francs mensuels, une somme pour l’époque. D’ailleurs, le téléphone du 45, avenue Montaigne était à mon nom !

L’argent d’Omar BONGO a payé le loyer pendant des années, entre 1981 et 1992. Les espèces du président gabonais ont fait vivre les permanents pendant des années… Le secrétaire général du Club 89, Alain JUPPÉ, ne pouvait pas l’ignorer. Je sais qu’aujourd’hui tout le monde a la mémoire qui flanche. Moi, pas encore.

Source: Patrick Eric Mampouya