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Mali : Amadou Haya Sanogo, capitaine Fracasse

décembre 20, 2012

Il lui a suffi d’une pichenette pour faire tomber le Premier ministre mailien, Cheick Modibo Diarra, et se replacer au centre du vrai pouvoir. Amadou Haya Sanogo ne cache plus ses ambitions.

Peu importe s’il fait plus penser à Dadis Camara qu’à Charles de Gaulle ou au commandant Massoud – personnages auxquels il ne lui déplaît pas de se comparer – et s’il lui faut pour l’instant se contenter d’être le « président du comité militaire de suivi des réformes » d’une armée malienne en capilotade : le capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo, 40 ans, a une fois de plus réussi son coup.

Au cas où certains, et notamment la communauté internationale, l’auraient oublié, l’ancien petit prof d’anglais en béret vert vient de démontrer qu’il n’était pas seulement le roi de Kati, mais aussi le maître du jeu à Bamako. Il lui a suffi de quelques minutes dans la nuit du 10 au 11 décembre pour convaincre le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, convoqué manu militari dans son bureau, de remettre sa démission. Avec quels arguments ? « Il n’y a eu ni pression ni violence, soutient le capitaine. On ne l’a pas contraint, on lui a juste facilité la tâche. » À l’écouter commenter son dernier fait d’armes à la télévision, le lendemain soir, il est permis d’en douter tant la liste des reproches égrenés par Sanogo à l’intention de Diarra ressemble aux attendus d’un jugement en cour martiale.

Ce Premier ministre que « nous avons désigné », explique-t-il, ne montrait « aucun égard pour le peuple » et ne « rendait de comptes à personne », surtout pas au chef de l’État, Dioncounda Traoré, dont « il ne reconnaissait pas l’autorité ». Comment continuer de faire confiance à un homme « en train d’étrangler le pays par des ambitions personnelles démesurées », s’exclame Sanogo, qui fustige au passage le comportement de « voyageur permanent » et le goût pour « les hôtels de luxe » à l’étranger, véritables « insultes pour le peuple malien », de l’ancien ingénieur de la Nasa. Pis encore aux yeux de celui qui se veut l’âme de la future reconquête du Nord, Diarra n’aurait en huit mois d’exercice du pouvoir « jamais donné un seul équipement aux forces armées » tout en s’employant à « payer des officiers » pour se constituer une garde prétorienne.

Chute prévisible

La charge, on le voit, est violente, et l’on comprend mieux la mine visiblement effrayée de l’ex-Premier ministre lorsqu’il est apparu sur les écrans le 11 décembre vers 4 heures du matin pour annoncer la fin de sa mission, un pistolet invisible braqué sur sa tempe. En réalité, le capitaine Sanogo n’a pris aucun risque tant la chute de celui que Jeune Afrique qualifiait en juillet dernier de « grand bluff » et d’« erreur de casting » était prévisible. En atterrissant à la primature, Cheick Modibo Diarra s’était visiblement trompé de planète, multipliant les bourdes, donnant chaque jour des gages d’incompétence et creusant avec application son déficit de fiabilité. Au point que ses sponsors initiaux – Blaise Compaoré, mais aussi Paris et Washington – avaient fini par ne plus supporter ce professeur Nimbus sans ancrage populaire.

Diarra s’est accroché jusqu’au bout à son poste, allant jusqu’à caresser des rêves d’homme providentiel.

Le problème, bien sûr, est que l’intéressé, qui n’a pas de sa personne une petite opinion, aura été le dernier à s’en rendre compte. Lâché par tous y compris par Sanogo lui-même, avec qui il entretenait pourtant au début d’excellentes relations, en froid glacial avec le président Traoré, Diarra s’est accroché jusqu’au bout à son poste, allant jusqu’à caresser des rêves d’homme providentiel et à ébaucher dans ce but un réseau de militaires anti-Sanogo acquis à sa cause. C’est manifestement parce qu’il a senti venir le danger d’être marginalisé que le capitaine s’est décidé à accrocher à son tableau de chasse la tête du « Martien » Diarra, à côté de celle d’Amadou Toumani Touré. Ce faisant, il jouait sur du velours. Personne n’est descendu dans les rues de Bamako pour réclamer le retour du sortant, et la communauté internationale, passé le rappel des grands principes, n’a pas versé une seule larme, fût-elle de crocodile, sur le sort qui est désormais le sien : celui de résident surveillé.

Élections générales

Amadou Sanogo, qui a au minimum donné son aval (s’il ne l’a pas choisi lui-même) au successeur de Diarra, Diango Cissoko, s’est replacé au centre du vrai pouvoir, quitte à décrédibiliser encore un peu plus les institutions de la transition et la pâle figure d’un président qu’il n’a d’ailleurs pas pris la peine d’informer à l’avance de son miniputsch d’opérette. Du coup, l’hypothèse de l’organisation d’élections générales destinées à installer à Bamako un exécutif enfin incontestable et respecté est relancée.

Une telle consultation interviendrait avant le déclenchement d’une opération militaire étrangère, vis-à-vis de laquelle le capitaine et ses hommes se sont toujours montrés réticents, car elle leur ferait perdre la main sur le processus de libération du Nord. Il n’est un secret pour personne en effet que l’enfant de Ségou, qui n’a été chef de l’État que pendant vingt jours, aimerait rempiler. Bardé de ses fétiches de chasseur dozo et de son inébranlable confiance en lui-même, il a tenu à le rappeler à ses compatriotes, le 11 décembre au soir à la télévision : « Si le peuple malien décide que je joue un autre rôle [que celui de président du comité militaire de suivi des réformes, NDLR], je suis prêt à l’assurer [sic]. »

Jeuneafrique.com Par François Soudan

Mali : la convention proposée par Sanogo continue de diviser la classe politique et déplaît à la Cedeao

mai 16, 2012

Le leader de l’ex-junte malienne, le capitaine Amadou Haya Sanogo, a pris tout le monde de court. Lundi 14 mai, il a annoncé la tenue de la Convention nationale avant le 22 mai, date butoir de l’intérim du président Dioncounda Traoré. Objectif : empêcher que ce dernier soit maintenu dans ses fonctions pour l’année de transition. Et cela malgré les recommandations de la Commission des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et des États-Unis…

Coup de sang ou coup de génie minutieusement réfléchi ? L’annonce de l’ex- chef putschiste, Amadou Haya Sanogo, qui assure avoir demandé au Premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra, d’organiser la Convention nationale –  mentionnée par l’accord-cadre signé début avril entre la junte et le médiateur mandaté par la Cedeao – avant le 22 mai, n’a pas manqué de susciter des réactions. Par la voix de Tiebilé Dramé, le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie (FDR), opposé aux putschistes depuis le début de la crise malienne, a déclaré qu’il « attendait de voir » et a prévenu d’ores et déjà qu’il ne s’associerait à aucune violation de la Constitution.

Une vision que ne partage pas Me Mamadou Ismaila Konaté, avocat malien. Au contraire, rappelle-t-il, c’est justement à cause des insuffisances de la Constitution que l’accord-cadre entre le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) et la Cedeao a dû être signé le 6 avril.

Selon cet accord, l’intérim est balisé par la Constitution du Mali, contrairement à la transition. Et il est formel : l’intérim de Dioncounda Traoré – président de l’Adema et du Parlement, investi le 6 avril à la place de ATT démissionnaire – finit bel et bien le 22 mai.

Traoré, « quarante jours et pas un de plus ! »

Les mouvements pro-junte, à savoir le M22 et la Copam, n’avaient pas encore réagi lundi soir aux déclarations de Sanogo. Mais leur hostilité vis-à-vis de Dioncounda Traoré laisse peu de doute sur leur souhait de le voir recalé à la fin de l’intérim. On se souvient qu’ils avaient exigé la tenue de la convention nationale dès la mi-avril pour que les parties prenantes s’entendent sur les modalités de la transition.

Me Mountaga Tall, président du Congrès national d’initiative démocratique (CNID), ne cache pas non plus son souhait d’avoir quelqu’un de moins politiquement marqué pour conduire une transition dont l’un des objectifs majeurs sera justement d’organiser le prochain scrutin présidentiel.

Le parti d’Ibrahim Boubacar Keita (IBK), le Rassemblement pour le Mali (RPM), n’est pas en reste. Il avait épluché très tôt l’accord-cadre et déduit que le président intérimaire ne pouvait être à la manœuvre que « pour un maximum de quarante jours ».

On se souvient, pour finir, du retentissant « c’est quarante jours et pas un de plus !» lancé par Sanogo, lorsque, le 26 avril, les chefs d’État de la sous-région ont décidé de maintenir Traoré à la tête de la transition pendant douze mois.
Cette sortie musclée de Sanogo n’a d’ailleurs pas manqué d’énerver au plus haut point l’administration Obama, qui voit désormais en lui l’obstacle au retour effectif à l’ordre constitutionnel.

Zone d’ombre

L’ambassadeur des États-Unis à Bamako est monté au créneau ces derniers jours. Rencontrant la presse, la société civile et les acteurs politiques, il réitère l’adhésion de son pays aux décisions de la Cedeao, déplorant le temps perdu par le Mali sur les questions institutionnelles. Il a également rappellé que le Sahel « brûlait » et prévenu l’ex-junte des conséquences qu’aurait sur le pays un second putsch, après le 22 mai. Une position partagée par les chancelleries et les agences de coopération à Bamako, même si toutes se disent pourtant favorables à ce que l’ex-junte s’occupe de la restructuration de l’armée.

Mais ce sont justement les intentions de Sanogo qui restent encore floues. Souhaite-t-il lui-même être le président de la transition ? Pour certains, c’est évident. Pour d’autres, il a compris que c’était impossible et que c’est la raison pour laquelle il a déjà cédé début avril. 

Qui alors ?  « Personne d’autre que le Capitaine Sanogo », lance, sans détour, l’ancien ministre Younouss Hameye Dicko, chef du Rassemblement pour le développement et la solidarité (RDS). Une telle proposition, bien entendu, ne plaira ni à Ouagadougou, ni à Abidjan, et ne serait ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre à la Cedeao, laisse-t-on entendre dans l’entourage du président Ouattara. Il se dit d’ailleurs que ce dernier apprécierait peu Dioncounda Traoré et  Cheick Modibo Diarra.

Depuis la sortie de Sanogo, on aura finalement entendu tout le monde excepté les juges constitutionnels du Mali, au grand dam des médiateurs Djibril Bassolé et Adama Bictogo qui étaient attendus à Bamako le 15 mai, avant d’être retenus chez eux par une méchante grippe. Si elle est plus diplomatique que virale, c’est une façon de signifier que le dialogue est pour l’instant rompu entre la Cedeao et la junte.

Jeuneafrique.com