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Côte d’Ivoire : commandant Losseni Fofana, un cobra dans les montagnes

octobre 25, 2011

L’ex-comzone Losseni Fofana est le nouveau seigneur de l’ouest ivoirien. S’il a accepté de parler à jeuneafrique.com, c’est avant tout pour répondre aux accusations portées contre lui par plusieurs ONG, dont HRW, qui le soupçonnent d’être responsables de crimes de guerre pendant les violences postélectorales. Rencontre à Man avec « Cobra », un homme qui préfère l’ombre à la lumière.

« Je n’ai jamais aimé apparaître dans les journaux », dit Losseni Fofana. De fait, l’ex-comzone de Man, Cobra de son nom de guerre, est longtemps resté l’un des plus discrets dirigeants des ex-FAFN (ex-rebelles), jusqu’à ce que l’histoire tumultueuse de la Côte d’Ivoire le place sous les feux de la rampe.

Mais du « lord of war », Fofana n’est pas exactement le portrait-robot. Ce dimanche, dans son bureau climatisé du peloton de la gendarmerie de Man, chef-lieu de la région des Dix-huit montagnes où il a établi son quartier général, il n’est entouré de deux proches, en civil. Lui-même porte un boubou malinké et s’est présenté seul à bord de son véhicule 4X4, sans gardes du corps lourdement armés, ni protocole.

Ce Dioula de Mankono (centre-nord du pays), ancien caporal de la Force d’intervention rapide para-commando (Firpac), avait fui la capitale économique ivoirenne en janvier 2001 (après le complot dit de la Mercedes noire). Pour échapper aux règlements de compte anti-Dioula de l’ère Gbagbo, il avait pris la direction de Ouagadougou avant de revenir pour participer au coup d’État manqué de 2002.

« On va manger Dioula ! »

C’est dans son bureau de Man, où trônent deux cobras sculptés que le commandant Losseni Fofana a minutieusement préparé la bataille de l’ouest, où il règne désormais en maître. Ville après ville, village après village, ce proche de Chérif Ousmane (alias Guépard) a mis en déroute les combattants pro-Gbagbo qui avaient mis la région en coupe réglée depuis 2002.

Pour lui, la vraie guerre a commencé dans la nuit du 24 au 25 février dernier, quand des combattants pro-Gbagbo surexcités et chantant « on va libérer Man, on va installer Gbagbo, on va manger Dioula ! » ont attaqué les positions des ex-FAFN à Bounta (Danané, ouest montagneux). La conquête de l’ouest par ses troupes s’est achevée après la prise de Guiglo, intervenue juste après celle de Duékoué.

Plus de cinq mois après la fin des hostilités, Losseni Fofana s’est décidé à parler. Lui qui n’avait jusque-là accordé aucune interview à la presse, rejette catégoriquement les accusations de crimes de guerre portées contre lui par des organisations des droits de l’homme, en particulier par Human Rights Watch. « Les massacres de Duékoué n’étaient pas de notre fait. Là bas, chaque communauté avait son armée. C’étaient des règlements de compte entre communautés. Nous avons au contraire, mis un terme à cela », affirme-t-il.

Adepte de la boxe

Grand et svelte, calme et concis cet adepte de la boxe a le sentiment du devoir accompli. Et s’il ne veut pas être considéré comme un héros, « Cobra » refuse d’être traité de bourreau. « Mes hommes ont été formés pour faire la guerre, non pour tuer des civils. Depuis quatre ans, nous travaillons avec la Croix rouge sur le droit international humanitaire et les crimes de guerre », se défend-il.

À 37 ans, le plus jeune des comzones s’apprête à assumer sa nouvelle mission : celle de la Force spéciale (FS) créée par Alassane Ouattara, dont il est l’un des responsables. Celle-ci est chargée de combattre le grand banditisme. En attendant qu’elle soit opérationnelle, Cobra se rend régulièrement à Abidjan, où vivent son épouse et ses deux enfants. Pour lui, « la guerre est derrière nous, l’heure est au relèvement de la mère patrie ».

Jeuneafrique.com par André Silver Konan, envoyé spécial à Man

Côte d’Ivoire : la CPI, un pari risqué pour Ouattara

octobre 5, 2011

L’ouverture d’une enquête de la CPI sur les violences durant la crise postélectorale inquiète l’entourage de Alassane Ouattara. La justice internationale peut être une arme à double tranchant pour le pouvoir. Mais le nouveau président peut également s’en servir pour faire peser une épée de Damoclès sur ceux qui, dans son camp, auraient trop d’ambition.

L’entrée en scène de la CPI, désormais officielles avec l’annonce de l’ouverture d’une enquête sur les crimes commis pendant la crise postélectorale, ne comporte a priori qu’un réel avantage pour Alassane Ouattara. « Il vaut mieux que Gbagbo soit jugé à l’extérieur, il y aura moins de suspicion d’une « justice des vainqueurs » », résume Christian Bouquet, professeur de géographie à Bordeaux (France) et fin connaisseur de la crise ivoirienne.

Car les inconvénients liés à l’irruption de la CPI et de son charismatique procureur, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo (voir photo ci-dessous), semblent nombreux et difficiles à gérer pour le camp du nouveau président. Si mardi, Le Patriote (quotidien pro-Ouattara) titrait : « Gbagbo ira en prison chez les Blancs », Le Temps, (pro-Gbagbo) clamait : « Soro et Ouattara dans des beaux draps ! » De fait, les juges de la CPI ont indexé de manière égale les deux camps pour des attaques commises contre la population civile.

« Compliquer la donne »

La CPI peut « compliquer encore plus la donne » en semant le trouble au sein du nouveau régime, explique un diplomate en poste à Abidjan. « Chez certains c’est panique à bord », ajoute-t-il, une « grosse crise » étant redoutée si des cadres FRCI devaient à terme être livrés à La Haye alors que la réunification de l’armée est à peine entamée. Un désarroi que tente de couvrir le régime qui affiche sa sérénité. Lundi, le ministre de la Justice Jeannot Ahoussou Kouadio assurait notamment n’avoir « aucune gêne, aucune crainte » quant à la procédure.

Le chemin de crête est étroit pour le nouveau président, tant l’arme de la CPI est à double tranchant. Mais il serait étonnant que le pari de la CPI n’ait pas été murement réfléchi. L’entourage de Ouattara explique que celui-ci a dit « à plusieurs reprises » à ses combattants pendant la crise d’avoir « un comportement exemplaire », jurant que « personne ne sera protégé ». Malgré ces mises en garde, l’ex-comzone Chérif Ousmane, entre autres, s’est attiré la foudre des ONG internationales pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés.

Méfiance tous azimuts

Ce pilier de la rébellion nordiste de 2002, qui fut chef des opérations FRCI dans le bastion pro-Gbagbo de Yopougon, à Abidjan, a été nommé après la crise numéro 2 de la garde présidentielle. Mais s’il est un homme de confiance d’Alassane Ouattara, ce dernier s’en méfie. Et une chose est sûre : « cela peut rendre service au pouvoir que ce soit l’extérieur qui gère ce genre d’affaires », lesquelles « l’embarrassent encore plus » que d’être suspecté de partialité en envoyant Gbagbo à la CPI, explique Christian Bouquet. Une situation délicate qui explique enfin que Ouattara redoute désormais presque autant des attentats provenant du camp Gbagbo que… du sien.

Jeuneafrique.com avec AFP