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Didier Raoult l’Africain : sur la piste de la chloroquine, de Dakar à Brazzaville

avril 11, 2020

Le professeur Didier Raoult avec le docteur Cheikh Sokhna (en polo jaune), au Parc du Niokolo-Koba, au Sénégal, en août 2019.

Le professeur Didier Raoult avec le docteur Cheikh Sokhna (en polo jaune), au Parc du Niokolo-Koba, au Sénégal, en août 2019. © © DR

 

Né au Sénégal, où il a passé son enfance, le médecin et chercheur français a conservé des liens professionnels et affectifs forts avec le continent. Et de nombreux pays africains ont d’ores et déjà recours à la chloroquine pour traiter les personnes infectées par le Covid-19.

« Je ne participe plus au Conseil scientifique réuni autour d’Emmanuel Macron. » Le 24 mars, le professeur Didier Raoult claquait la porte du cercle de chercheurs censés conseiller le président français face à la pandémie. En désaccord avec la politique de confinement adoptée par la France, partisan d’une politique privilégiant des dépistages massifs, l’infectiologue iconoclaste vient d’être désavoué par ses pairs, réticents à entériner l’apport de l’hydroxychloroquine face au coronavirus.

Jeudi 9 avril, Didier Raoult peut mesurer le chemin parcouru lorsque Emmanuel Macron se déplace spécialement à Marseille pour venir s’entretenir avec lui afin de « faire le point sur la question des traitements ». Un geste politique fort en faveur des thèses de Didier Raoult, dont la promotion de l’usage de l’hydroxychloroquine pour soigner les malades atteints du coronavirus suscite une vive controverse depuis plusieurs semaines.

Spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille et à l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, le professeur aux cheveux longs et à la barbe poivre et sel était encore largement inconnu du grand public à la fin de février, lorsque ses prises de position pour un traitement du coronavirus à base de chloroquine ont commencé à se faire entendre. Depuis, le Français a vu sa renommée médiatique et digitale s’envoler. Et dans les rangs de ses plus fervents supporteurs, le continent africain n’est pas en reste.

Est-ce parce que le composé chimique qu’il utilise pour traiter ses patients, l’hydroxychloroquine, est bien connu sur le continent, où il est utilisé depuis longtemps pour soigner la malaria ? Dans deux publications exposant des tests effectués sur une vingtaine de patients, puis sur 80, le chercheur et ses équipes concluent en effet à « l’efficacité de l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine dans le traitement du Covid-19 ».

Ce dérivé de la quinine est aujourd’hui l’objet de plusieurs études. Celles réalisées par le professeur Raoult ont en effet suscité des réserves chez de nombreux experts, qui lui reprochent de n’avoir pas respecté les protocoles scientifiques standards. À la fin de mars, en France, le Haut Conseil de santé publique estimait pourtant que la chloroquine pouvait être administrée aux malades souffrant de « formes graves » du coronavirus.

Ces pays africains qui optent pour la chloroquine

Dans ce combat d’experts, le pays qui l’a vu naître a également tranché. À l’hôpital de Fann, à Dakar, le professeur Moussa Seydi, chef du service des maladies infectieuses et tropicales, a déjà administré de la chloroquine seule aux 100 premiers patients testés positifs au Covid-19. « À Marseille, le docteur Didier Raoult a publié des résultats préliminaires encourageants. L’association d’hydroxychloroquine et d’azithromycine devrait permettre de raccourcir la durée de portage [du virus], afin d’accélérer la guérison des malades », déclarait ainsi Moussa Seydi à Jeune Afrique dès le 19 mars. Pour recourir à ce médicament, il affirme s’être appuyé sur l’étude cosignée par son homologue français.

Comme le Sénégal, le Burkina Faso, l’Algérie ou encore le Maroc ont eux aussi opté pour la chloroquine. Le 23 mars, le ministère de la Santé du royaume chérifien réquisitionnait ainsi les stocks nationaux et diffusait à l’adresse des directeurs de CHU le protocole de prescription de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine pour les cas confirmés de Covid-19. Une décision inspirée des recherches chinoises sur le sujet… et des études menées par le chercheur français, à en croire un membre du comité marocain chargé de la lutte contre la pandémie.

Si le professeur Raoult est bien connu sur le continent, c’est aussi que ce spécialiste des maladies tropicales et infectieuses, en plus d’y avoir grandi, y a beaucoup travaillé. C’est à Dakar que le Français aurait attrapé le virus de la recherche. Né en 1952 dans la capitale sénégalaise, il y vit dans le bâtiment de l’Office de recherche pour l’alimentation et la nutrition africaine (Orana), créé par son père.

 

Clin d’œil du destin, dont lui-même dit qu’il était « tout tracé » ? C’est en face de l’Institut Pasteur de Dakar, le laboratoire en première ligne dans la lutte contre l’épidémie au Sénégal, que ce fils d’une infirmière et d’un médecin militaire en poste à l’hôpital principal de la capitale fait ses premiers pas. Une enfance marquée par les souvenirs heureux des moments passés à jouer sur la plage de l’Anse Bernard, ce qui rendra l’adaptation « compliquée » lors de l’arrivée du jeune Didier Raoult à Marseille, à l’âge de 9 ans. « Étant partiellement sénégalais, je ne peux pas ne pas me sentir concerné par ce qui se passe en Afrique », affirme-t-il  dans une vidéo adressée au groupe sénégalais eMédia le 7 avril.

En 2008, Didier Raoult crée dans la capitale sénégalaise une unité de recherche mixte de son IHU consacrée aux maladies infectieuses transmissibles – l’une des deux équipes africaines du professeur avec celle d’Alger. Celle-ci revendique la production de 10 % des publications scientifiques au pays de la Teranga. « Il voulait avoir beaucoup de personnels de terrain : des épidémiologistes, des virologues, des bactériologues », explique l’un de ses proches, l’épidémiologiste et biologiste Cheikh Sokhna, chef d’équipe à l’IHU Méditerranée Infection, à Marseille.

Recherche tous azimuts

Ce Sénégalais, également directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), échange régulièrement avec le professeur Raoult. Cette semaine, l’équipe sénégalaise de l’IHU, forte d’une trentaine de personnes, devait déposer auprès du ministère sénégalais de la Santé un projet recherche sur le protocole de la combinaison chloroquine-azithromycine.

Signe encourageant, selon Cheikh Sokhna, la prévalence du coronavirus semble moins importante dans les zones où l’utilisation d’antipaludéens, comme la chloroquine ou la méfloquine, est fréquente. « Cela se voit de manière très grossière. Mais il faudra intégrer d’autres facteurs avant de tirer des conclusions définitives », ajoute, à la fois enthousiaste et prudent, le chercheur sénégalais, en poste d’ordinaire à Marseille mais actuellement en mission de longue durée à Dakar.

Cette unité de recherche mixte est loin d’être la seule innovation impulsée par Didier Raoult en Afrique. En 2012, le chercheur français installe à l’hôpital principal de Dakar un MALDI-TOF : un spectromètre de masse permettant de détecter les bactéries en quelques heures, contre deux à trois jours avec les procédés traditionnels. Puis, à partir de 2015, il met en place à Dakar et dans deux villages de la région de Fatick (Centre-Ouest), trois petits laboratoires – des points of care (POC), dans le jargon du milieu – qui permettent de prélever du sang ou de la salive et de donner rapidement l’origine de la maladie ou de la fièvre afin que les infirmiers puissent proposer en temps utile un remède efficace.

Didier Raoult lance des recherches tous azimuts au Sénégal. Sur le paludisme, la borréliose, la rickettsiose, la malnutrition, le lavage des mains – « qui peut réduire de 50 % les maladies diarrhéiques et de 30 % les maladies respiratoires »… Le médecin français travaillait déjà avec ses équipes sénégalaises sur d’autres formes moins sévères de la famille des coronavirus qui existaient dans le pays, causant rhumes et pneumopathies.

Un « grand frère africain »

Chaque année, depuis 2008, il vient passer une semaine à Dakar, participant à la journée scientifique de l’IRD organisée par Cheikh Sokhna, qui réunit acteurs de la santé et ONG. C’est à cette occasion qu’il a fait la rencontre de deux scientifiques de renom : le parasitologue Oumar Gaye, de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (Ucad), et le pharmacien-colonel Souleymane Mboup, virologue et bactériologue. Ils les intégrera au conseil scientifique de l’IHU Méditerranée Infection, où le second succédera au premier.

Autant de noms qui rejoignent la grande communauté de chercheurs africains réunis autour du professeur marseillais, composée notamment du Congolais Jean Akiana, de l’université Marien Ngouabi de Brazzaville, de l’Algérien Idir Bitam, de l’École nationale supérieure vétérinaire d’Alger, et qui comprenait aussi le Malien Ogobara Doumbo, décédé en 2018. Tous considèrent leur pair comme un « grand frère africain ». Sans compter ses anciens doctorants, avec lesquels il a le projet de créer des laboratoires de pointe en Guinée-Conakry.

Décrit comme un anticonformiste en lutte contre les dogmes, familier du terrain mais rétif aux sentiers battus, le professeur Raoult n’hésite pas à se rendre dans les campagnes africaines. « C’est un éléphant qui aime aller au contact des gorilles », remarque, depuis Brazzaville, le docteur Jean Akiana, directeur chargé des technologies de la santé au ministère de la Santé et chercheur au Laboratoire national de santé publique.

Intéressé par la transmission des bactéries de l’animal à l’homme, et inversement, Didier Raoult est aussi allé à la rencontre des gorilles dans la réserve de Lésio-Louna, dans la région du Pool, au sud-est du Congo-Brazzaville, pour analyser leurs micro-organismes et comparer leurs résidus avec des selles humaines. « On a découvert chez celles des gorilles du picornavirus de la même famille que le coronavirus. Si on aperçoit des gènes d’Ebola, ça peut donner l’alerte », décrypte Jean Akiana.

Jean Akiana a reçu récemment un crédit du laboratoire du professeur Raoult pour se rendre dans la réserve de Tchimpounga afin de vérifier si les chimpanzés ne seraient pas à l’origine du virus de poliomyélite sauvage qui a frappé Pointe-Noire en 2015. Le professeur marseillais a aussi parcouru plusieurs départements comme la Likouala, la Sangha et les Plateaux pour prospecter de nouveaux micro-organismes, sans lien immédiat avec une épidémie identifiée. Des échantillons qui, examinés à Marseille, pourraient permettre de prendre les devants quand surviennent de nouvelles épidémies.

À Alger, une équipe composée de personnel enseignant-chercheur 100 % algériens planche sur l’établissement définitif d’un laboratoire de recherche. L’unité mixte basée dans la capitale algérienne travaille elle aussi sur la surveillance des maladies infectieuses, en bénéficiant des équipements de l’institut basé à Marseille.

Sans étrangers, « pas de science en France »

« Son objectif principal est d’aider les pays francophones, de faire du transfert de technologie de pointe et de former de jeunes chercheurs à ces outils innovants de diagnostic », défend Cheikh Sokhna. Mais le professeur Raoult, à l’inverse, sait aussi très bien ce que la science de son pays doit au continent africain. Critique des restrictions posées par l’administration française en matière de délais d’obtention d’un visa, il estime qu’aujourd’hui le milieu scientifique français repose avant tout sur l’apport des doctorants venus du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Lors de la visite d’Emmanuel Macron, c’est d’ailleurs une équipe de jeunes chercheurs originaires d’Algérie, du Maroc, du Mali ou encore du Burkina Faso qui a accueilli le chef de l’État.

« En France, 50% des thésards sont étrangers. Sans les étrangers, il n’y a plus de science française », faisait valoir Didier Raoult lors d’une conférence donnée en 2013. Le chercheur français y vantait alors le travail des émigrés qui font partie de son équipe, « moteur de la guerre » de la recherche scientifique. « Les meilleurs, les plus intelligents, les plus dynamiques, ceux qui travaillent le dimanche, ce ne sont que des Noirs et des Arabes. Voilà ! C’est comme ça. »

Le thème de la conférence ? « La désobéissance au cœur du processus de l’innovation en matière de recherche ». Réputé pour ne pas s’embarrasser de manières et s’affranchir de la doctrine, insulté par certains, adulé par d’autres, Didier Raoult est un personnage clivant. Et il semble n’en avoir cure. « Je ne pouvais pas imaginer que [mes études] déclenche[raient] des passions de cette nature, je ne sais même pas d’où elles viennent », déclare-t-il dans une vidéo mise en ligne le 8 avril, dans laquelle il annonce les résultats imminents de sa nouvelle étude, réalisée cette fois-ci auprès de 1 000 patients.

Selon la presse française, le professeur aurait présenté ce jeudi à Emmanuel Macron ses résultats, qui établissent un taux de guérison virologique de ses patients de plus de 91 %. Habitué à ne pas être écouté par les hommes politiques, qui prennent les chercheurs « pour des oiseaux bizarres », le professeur Raoult, qui se dit « guidé par la curiosité et la recherche exploratoire ». Aura-t-il su rallier Emmanuel Macron à sa cause ? Dans un récent baromètre Odoxa, Raoult l’iconoclaste apparaît en tout cas en deuxième position des personnalités préférées des Français.

Avec Jeuneafrique par Rémy Darras et Marième Soumaré

 

Covid-19 : l’OCC dément l’analyse de la chloroquine offerte par Olive Lembe Kabila

avril 7, 2020

 

A traves un communiqué signé par son directeur de marketing, le Dr Franck Mukanya Lusanga ce mardi 7 avril, l’Office congolais de contrôle (OCC) vient ainsi couper court aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux selon lesquelles cet établissement public aurait fait des analyses sur la chloroquine offerte par Olive lembe Kabila, épouse de l’ancien chef de l’Etat, Joseph Kabila, dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

 

Dans cette mise au point, l’OCC insiste sur le fait qu’il n’a jamais reçu ni analysé un échantillon de ce médicament : « L’OCC, établissement public à caractère scientifique et technique chargé de l’évaluation de la conformité en tant que tierce partie, porte à la connaissance de toutes les parties intéressées les seuls faits vérifiables suivants : le département laboratoires de l’Office congolais de contrôle n’a jamais reçu ni analysé un échantillon de ce produit. Par conséquent, aucun bulletin d’analyse n’a été émis par l’Office à cet effet ».

Néanmoins, souligne la même source, l’OCC rassure le public qu’il continue à exécuter sa mission régalienne, en tant que tierce partie, pour la protection de la santé de la population congolaise par le contrôle de tous produits et marchandises à l’import-export et au niveau de la production locale sur la base des standards nationaux, régionaux et/ou internationaux.

Pour répondre à l’élan de solidarité lancé par le président de la République, Félix Tshisekedi, dans le cadre de la riposte à l’Ebola, l’ex-première dame, Olive Lembe Kabila, avait remis au secrétaire technique du Comité multisectoriel de la riposte au Covid-19, le Dr Jean-Jacques Muyembe, un lot de chloroquine en plus d’une enveloppe de quatre cent mille dollars américains et des denrées alimentaires.

 

Avec Adiac-Congo par Blandine Lusimana

Face au coronavirus, le Burkina tenté par la chloroquine

mars 29, 2020

Une femme porte un masque pour se protéger du coronavirus à l'extérieur d'un supermarché, à Soweto, en Afrique du Sud, le 26 mars 2020 (photo d'illustration).

Une femme porte un masque pour se protéger du coronavirus à l’extérieur d’un supermarché, à Soweto, en Afrique du Sud, le 26 mars 2020 (photo d’illustration). © Themba Hadebe/AP/Sipa

 

Face à la propagation du Covid-19, qui a déjà affecté plus de 200 personnes au Burkina Faso, les autorités ont décidé de recourir à la chloroquine pour le traitement des patients. Deux essais cliniques seront menés concomitamment par des chercheurs burkinabè et béninois.

Alors que le conseil des ministres s’est tenu jeudi par visioconférence, le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a décidé de durcir les mesures de protection contre la pandémie de Covid-19 qui a contaminé 207 personnes dans le pays au 28 mars. Il a ainsi déclaré l’état d’alerte sanitaire et décidé de mettre les villes touchées en quarantaine pour deux semaines à compter du vendredi 27 mars.

Cette mesure concerne principalement Ouagadougou, qui concentre la majorité des personnes atteintes. Bobo-Dioulasso, la capitale économique, et les localités de Dédougou, Banfora, Manga, Boromo, Houndé et Zorgho sont également visées par cette mesure.

Bientôt des essais cliniques

Comme le Maroc ou le Sénégal, qui prônent l’usage de la chloroquine, les autorités annoncent  deux essais cliniques de ce médicament sur des personnes atteintes du Covid-19. Joint au téléphone par Jeune Afrique, Roger Nebié, le directeur général du Centre national de recherche scientifique et technologique (CNRST), affirme toutefois qu’il va falloir patienter pour avoir les premiers résultats. « Les protocoles des essais sont terminés et doivent être validés par la commission éthique du ministère de la Santé. Ce n’est qu’après que nous démarrerons à proprement parler les essais cliniques », explique-t-il. Une formalité avant de pouvoir lancer l’essai.

Selon le Pr Alkassoum Maïga, ministre de la Recherche scientifique, le premier essai, dénommé Chloraz, est dirigé par le Dr Halidou Tinto, directeur de recherche à l’Unité de recherche clinique de Nanoro. Le processus est mené en collaboration avec le Centre Muraz de Bobo-Dioulasso et les centres hospitaliers universitaires de Tingandogo à Ouagadougou et Sourou-Sanon à Bobo-Dioulasso, les deux principaux foyers de l’infection du pays. « L’essai vise à évaluer l’efficacité et la sécurité de l’utilisation de la chloroquine et de la combinaison chloroquine-azithromycine dans le traitement de l’infection au Covid-19 au Burkina », a détaillé le ministre.

En parallèle, le Burkina coopère avec le Bénin voisin, qui a lui aussi autorisé l’usage de la chloroquine à des fins thérapeutiques. « Les deux pays conduisent un essai clinique international dénommé Api-Covid-19, qui vise à évaluer l’efficacité clinique et virologique d’un médicament à base de plantes nommé Apivirine chez les patients atteints de Covid-19 », a précisé le Pr Maïga. Cette étude est coordonnée par une équipe de l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS), dirigée par le Dr Sylvain Ouedraogo, directeur de recherche en pharmacologie.

Avec Jeuneafrique par Nadoun Coulibaly

Coronavirus: la chloroquine pourra finalement être prescrite par les médecins hospitaliers

mars 26, 2020

Le ministre de la Santé Olivier Véran a publié ce jeudi un décret au Journal officiel.

«L’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le Covid-19», précise le décret publié par Olivier Véran.
«L’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le Covid-19», précise le décret publié par Olivier Véran. GERARD JULIEN/AFP

Olivier Véran, le ministre de la Santé a tranché, la prescription de la chloroquine est donc possible à l’hôpital, si le médecin le juge utile, sans attendre les résultats des essais cliniques en cours. C’est ce qu’indique le décret publié jeudi au Journal officiel. Il précise que «l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile».

Mais à quel moment de la maladie faudrait-il administrer la chloroquine? En début de traitement, ou quand la maladie devient grave? Le Pr Didier Raoult qui défend à l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection un protocole basé sur cette molécule, a posé la question dans une vidéo publiée le 25 mars. «Sur le plan thérapeutique, explique-t-il, ce que l’on est en train de voir c’est que les malades au moment où ils ont une infection respiratoire, où ils entrent en réanimation, ils n’ont presque plus de virus et souvent on n’arrive même plus à le cultiver, c’est donc trop tard pour traiter le germe par des antiviraux.» Une façon polie de prédire l’échec du vaste essai européen Discovery qui va, entre autres, tester la chloroquine, puisque cet essai s’adresse à des patients gravement atteints. La méthode scientifique n’en est pas moins défendue par les plus hautes autorités scientifiques morales du pays.

Dans un communiqué commun publié le même jour intitulé «Primum non nocere» (Avant tout ne pas nuire), l’Académie de médecine, qui a constitué un groupe Covid, et l’Académie des sciences, prenaient elles aussi position après avoir rappelé que «face à la pandémie de Covid-19 dont la progression rapide entraîne une morbidité et une mortalité élevée nous ne disposons pas à ce jour de traitement médicamenteux avéré de l’infection.» Pour les deux académies, «dans ce contexte, il est nécessaire de rappeler que l’utilisation d’un nouveau traitement, fût-il fondé sur une molécule déjà employée en médecine depuis plus de 70 ans, doit se conformer à une méthodologie scientifiquement établie qui fait appel à des règles codifiées.»

La difficulté pour réaliser un essai clinique concernant des malades infectés mais qui ne sont pas dans un état grave vient de la faible proportion de patients qui sont destinés à s’aggraver. Pour démontrer un effet statistiquement significatif, il faut donc beaucoup de participants au départ pour avoir à la fin de l’étude un groupe suffisant de malades gravement atteints. Un essai chinois qui vient d’être publié dans le Journal of Zhejiang University l’illustre bien. Il ne portait que sur 30 patients avec un Covid-19 confirmé et n’a pas pu démontrer d’intérêt de l’hydroxychloroquine par rapport au placebo, car tous ont eu une évolution favorable.

Réponse plus puissante

Pourtant, la proposition du Pr Raoult de tester la chloroquine assez tôt dans la maladie repose sur un rationnel. «La première ligne de défense, l’immunité innée, repose sur les cellules agressées, capables non seulement d’alerter le système immunitaire pour qu’il orchestre sa réponse globale, mais, de plus, un groupe de cellules immunitaires particulières (cellules dendritiques) produisent de l’interféron aux propriétés antivirales avérées», explique le Pr Éric Vivier, professeur d’immunologie et coordinateur du cluster Marseille Immunopole. Selon le Pr Raoult, c’est à ce moment-là que la chloroquine pourrait être utile, comme d’ailleurs les antiviraux testés dans les essais. «Dans un deuxième temps seulement se produit une réponse immunitaire plus puissante, explique le Pr Vivier. Au bout d’une semaine environ on voit apparaître des anticorps neutralisants qui permettent de confirmer l’infection.»

À ce moment-là, peut se produire chez certaines personnes infectées un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). «Ce n’est plus tant l’infection de départ qui pose alors problème que l’inflammation diffuse et mal contrôlée dans l’organisme, principalement dans les poumons, induite par le virus», explique le Pr Arnaud Scherpereel, pneumologue au CHU de Lille et coordinateur médical du bâtiment Covid mis en place au CHU. Les scanners thoraciques réalisés témoignent alors de l’infiltration inflammatoire des poumons par des cellules immunitaires. «À ce stade, on teste plutôt des molécules qui ciblent le système immunitaire», conclut le Pr Vivier.

Avec Lefigaro par Damien Mascret

Coronavirus : le Maroc réquisitionne tous les stocks de chloroquine produits par le pays

mars 23, 2020

Un policier ordonne aux habitants de Rabat de rester chez eux, le 22 mars 2020.

Un policier ordonne aux habitants de Rabat de rester chez eux, le 22 mars 2020. © Mosa’ab Elshamy/AP/SIPA

 

Alors que se multiplient les essais cliniques pour trouver un remède contre le Covid-19, les autorités sanitaires du royaume ont acheté à Sanofi Maroc tous les stocks des médicaments à base de chloroquine.

Nivaquine, Plaquenil… Tous les Marocains entendent désormais parler de ces deux antipaludéens, dont l’usage était jusque-là réservé à la minorité qui voyageait vers l’Afrique subsaharienne. Ces médicaments à base la chloroquine sont jugés, depuis quelques jours, comme prometteurs dans le traitement du Covid-19. Y compris par Washington, d’où Donald Trump a annoncé le 19 mars que les États-Unis allaient « rendre ce médicament disponible quasiment immédiatement. »

En Chine, une vingtaine d’essais cliniques sont en cours pour explorer l’efficacité de la molécule chez des patients affectés par le coronavirus. La Belgique soigne d’ores et déjà ses malades à la chloroquine. Et en France, la première étude clinique lancée par le professeur marseillais Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection, a ouvert la voie à de nouveaux essais plus institutionnels et de plus grande ampleur.

Réquisitions

En Tunisie, une enveloppe de 2,5 millions de dinars – 800 000 euros – est allouée à des recherches sur l’usage de la molécule dans le traitement du Covid-19. Le ministre de la Santé, Abdellatif Mekki, en a autorisé l’usage de manière expérimentale dans les hôpitaux tunisiens.

Au Maroc aussi, la piste est prise très au sérieux. Au point que le ministère de la Santé a décidé de réquisitionner l’ensemble des stocks disponibles de Nivaquine et Plaquenil, fabriqués dans le site industriel de Sanofi Maroc à Casablanca.

« Sanofi Maroc à répondu favorablement à cette demande de mise à disposition l’intégralité de son stock actuel. L’approvisionnement ainsi que les conditions d’utilisation de ce produit seront du ressort exclusif du ministère de la Santé au Maroc », explique-t-on chez la filiale marocaine du groupe pharmaceutique français Sanofi. Celle-ci a tenu néanmoins de préciser que « le traitement du virus Covid-19 ne fait pas partie, à ce jour, des indications de la chloroquine ».

Avec Jeuneafrique par Fahd Iraqi