Posts Tagged ‘chômage’

Le chômage des jeunes au Maroc, une « bombe à retardement »

février 11, 2018

Manifestation à Imzouren, dans le rif marocain, contre notamment le chômage et la corruption, le 11 juin 2017 / © AFP / FADEL SENNA

Une « bombe à retardement » et une question à « prendre très au sérieux »: au Maroc, le chômage touche plus de quatre jeunes urbains sur dix, une problématique au centre des préoccupations sociales qui nourrit frustration et mécontentement populaire.

Sept ans après le Mouvement du 20 février, version marocaine du Printemps arabe, l’avenir de la jeunesse est plus que jamais d’actualité dans le royaume, agité ces derniers mois par des mouvements de protestation menés le plus souvent par des jeunes au chômage.

Selon les données du Haut-commissariat au plan (HCP) publiées au cours de la semaine écoulée, le Maroc a enregistré à fin 2017 un taux de chômage de 10,2% contre 9,9% une année auparavant. Surtout, celui-ci touche principalement les jeunes âgés de 15 à 24 ans (26,5%), avec un taux qui culmine à 42,8% en milieu urbain.

Ce chômage des jeunes « n’est pas un phénomène récent, mais il a tendance à devenir structurel avec la déperdition scolaire et la faible diversification du tissu productif national », explique à l’AFP Ahmed Lahlimi, le Haut-commissaire au plan.

« La précarité de l’offre d’emploi n’encourage pas l’investissement des ménages dans l’enseignement de leurs enfants. Cela participe à la déperdition scolaire », ajoute-t-il.

– ‘A la rue!’ –

Le fléau est aussi lié à « la transition démographique » de ce pays de près de 35 millions d’habitants, qui tend « à recomposer la pyramide des âges (…), avec de plus en plus de jeunes arrivant sur le marché du travail », souligne l’économiste Larbi Jaidi.

L’économie marocaine, bien que portée par une croissance de 4% en 2017 contre 1,2% l’année précédente, « n’a pas créé suffisamment d’emplois par rapport au nombre de jeunes arrivés sur le marché du travail », poursuit M. Jaidi.

Selon les données du HCP, les diplômés sont, par ailleurs, davantage exposés que les personnes n’ayant suivi aucune formation.

Au tournant de la décennie, les gouvernements ont tenté d’apaiser les tensions sociales avec la promesse d’embauches dans la fonction publique. Et, dans les rues de la capitale Rabat, entre bâtiments administratifs et immeubles Art-déco, les « diplômés chômeurs » continuent, des années plus tard, à réclamer leur « droit » à intégrer cette fonction publique, gage de sécurité de l’emploi.

Diplômés mais souvent peu qualifiés, ils pâtissent des défaillances du système éducatif et de son inadéquation avec le marché du travail.

« Tu fais des études, après tu te retrouves à la rue! », se lamente Achraf, 25 ans, titulaire d’une licence en gestion. « C’est la faute du gouvernement! », accuse ce diplômé sans emploi qui dit manifester depuis deux ans « sans résultat ».

Le chômage touche aussi de plein fouet les femmes, avec un taux de 14,7% contre 8,8% chez les hommes. Un écart qui s’explique en partie par la tendance des parents à « favoriser les garçons au détriment des filles », sans compter les discriminations en termes de salaires, décrypte M. Lahlimi.

– ‘Système D’ –

La presse locale tire régulièrement la sonnette d’alarme sur le chômage des jeunes, qualifié de « bombe à retardement » qui nourrit « mécontentement et frustration ».

Le roi Mohammed VI a lui-même reconnu dans un discours en octobre que les progrès enregistrés ne profitent pas aux « jeunes, qui représentent plus d’un tiers de la population ». « Parmi eux, nombreux sont ceux qui souffrent de l’exclusion, du chômage », a-t-il dit.

Le mois dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a de son côté appelé les autorités du royaume à « réduire les niveaux toujours élevés de chômage, notamment chez les jeunes ». Une question à prendre « très au sérieux », a prévenu la Banque mondiale.

In fine, les demandeurs d’emploi, diplômés ou pas, découragés par d’interminables recherches infructueuses, optent souvent pour le « système D ».

« La seule possibilité d’insertion des jeunes, quand ils arrivent à s’insérer, c’est le marché de l’informel, avec une très grande précarité en termes d’emploi et de revenu, ainsi qu’une absence de protection sociale », soutient M. Jaidi.

C’est le cas de Mehdi, 28 ans, qui distribue dans le vieux Rabat des prospectus deux demi-journées par semaine, pour une cinquantaine d’euros par mois, tout en déposant ici et là son CV.

« Je n’ai pas de contrat de travail, pas de couverture médicale », souffle ce jeune Marocain qui a suivi une formation en cuisine il y a quelques années, mais qui n’a jamais trouvé d’emploi dans « son domaine ».

Romandie.com avec(©AFP / 11 février 2018 16h23)                

La Tunisie, sous tension, marque le 7e anniversaire de sa révolution

janvier 14, 2018

Des Tunisiens manifestent devant le siège du puissant syndicat UGTT à Tunis à l’occasion du 7e anniversaire de la révolution, le 14 janvier 2018 / © AFP / Anis MILI

La Tunisie a marqué dimanche le septième anniversaire de sa révolution dans un contexte de vive tension sociale, comme en témoignent de récents troubles, en raison de la persistance des maux -pauvreté, chômage, corruption- à l’origine de la chute de la dictature.

Sur l’avenue Bourguiba dans le centre de Tunis, l’un des lieux emblématiques du soulèvement qui fut le point de départ des révoltes arabes, plusieurs centaines de personnes ont manifesté par groupes séparés à l’appel de partis et de syndicats, pour marquer l’anniversaire de la chute de Zine El Abidine Ben Ali après 23 ans de règne sans partage.

Des membres du collectif citoyen « Manich Msamah » (« Je ne pardonnerai pas ») ont défilé en brandissant les photos de « martyrs » de la révolution. Un peu plus loin, des jeunes manifestaient pour l’emploi, tandis que des membres du parti islamiste Ennahdha se succédaient sur un grand podium.

L’avenue a été placée sous très haute sécurité et les arrivants étaient soumis à des fouilles.

L’ambiance, généralement bon enfant, n’occultait toutefois pas une grogne sociale persistante, qui a récemment refait surface dans l’ultime pays rescapé du Printemps arabe.

Sept ans après le départ de Ben Ali, qui vit en exil en Arabie saoudite, nombre de Tunisiens estiment avoir gagné en liberté mais perdu en niveau de vie.

Malgré le succès relatif de sa transition démocratique, la Tunisie ne parvient en effet pas à s’extirper de la morosité économique et sociale. La semaine dernière, des manifestations pacifiques et des émeutes nocturnes ont secoué plusieurs villes.

– ‘Couffin vide’ –

Alimentée par un chômage persistant, la grogne a été exacerbée par des hausses d’impôts prévues dans le budget 2018, grignotant un pouvoir d’achat déjà éprouvé par une inflation en hausse (plus de 6% fin 2017).

Les protestataires réclament la révision du budget voté en décembre mais aussi une lutte plus efficace contre la corruption, autre fléau persistant.

Devant le siège du puissant syndicat UGTT, une foule a exprimé ce vif mécontentement, à l’image de Foued El Arbi, brandissant un couffin vide avec la mention « 2018 ».

« Ce couffin vide résume notre situation médiocre sept ans après la révolution », a fustigé ce professeur de philosophie.

« Nous protestons contre cette loi de finances (…) qui détruit le pouvoir d’achat de la majorité des Tunisiens et sert les intérêts des corrompus et des pilleurs », a de son côté dit à l’AFP Hamma Hammami, le porte-parole du Front populaire, qui défilait sur l’avenue Bourguiba.

Cette coalition de partis de gauche a été accusée par le chef du gouvernement Youssef Chahed d’être responsable des derniers troubles, lors desquels quelque 803 personnes soupçonnées de violence, de vol et de pillage ont été arrêtées, selon le ministère de l’Intérieur.

Le président Béji Caïd Essebsi s’est, lui, rendu dans le quartier populaire d’Ettadhamen, en banlieue de Tunis, où des heurts nocturnes ont opposé des jeunes contestataires aux forces de sécurité la semaine passée.

« Cette année nous allons commencer à nous occuper des jeunes », a assuré M. Essebsi en inaugurant un complexe culturel destiné à la jeunesse.

« La révolution de la liberté et de la dignité (…) a essentiellement été menée par les jeunes » et « il faut que nous nous occupions (…) de ce quartier populaire et défavorisé », a-t-il ajouté.

Mais plusieurs habitants venus pour tenter -en vain- de présenter leurs doléances au président ont exprimé leur frustration.

« Je n’ai pas de quoi acheter un yaourt! », s’époumone en larmes Souad, 40 ans, devant une haie de policiers et de gendarmes. « Il dit qu’il va nous aider et puis il repart dans son palais », lance amèrement Mouna, une lycéenne.

– ‘Libres, mais affamés’ –

La révolution tunisienne avait été déclenchée par l’immolation par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid -une ville dans l’arrière-pays déshérité- du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières. Sous la pression populaire, Ben Ali avait pris la fuite le 14 janvier. Ce soulèvement a fait 338 morts.

Pour la politologue Olfa Lamloum, les troubles sociaux des derniers jours « révèlent une colère portée par les mêmes (personnes) qui s’étaient mobilisées en 2011 et n’ont rien obtenu ».

« Cela fait sept ans qu’on ne voit rien venir. On a eu la liberté, c’est vrai, mais nous sommes plus affamés qu’avant », a résumé Walid, un chômeur de 38 ans rencontré à Tebourba, près de Tunis, un des fiefs de la contestation actuelle.

Le mouvement social a été lancé début janvier à l’appel de « Fech Nestannew » (« Qu’est-ce qu’on attend? »), dont les instigateurs, issus de la société civile, réclament davantage de justice sociale.

En difficulté financière, notamment après la crise du secteur touristique liée à une série d’attentats jihadistes en 2015, la Tunisie a obtenu un prêt de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans du Fonds monétaire international (FMI). En échange, elle s’est engagée à une réduction de son déficit public et à des réformes économiques.

Le gouvernement a promis un plan d’action social qui doit toucher plus de 120.000 bénéficiaires. Il coûtera plus de 70 millions de dinars (23,5 millions d’euros), selon les autorités.

Il prévoit une aide à l’accès à la propriété pour les familles pauvres, des mesures visant à assurer « une couverture médicale pour tous » et une augmentation de l’allocation sociale en faveur des familles nécessiteuses.

Romandie.com avec(©AFP / 14 janvier 2018 14h49)                

FMI : Christine Lagarde dans les pas de Strauss-Kahn

juillet 7, 2011

Lors de sa première intervention en tant que nouvelle directrice du Fonds monétaire international, elle se veut «chef d’orchestre». Dette souveraine, inflation et chômage sont au centre de ses préoccupations.

Pas de révolution au Fonds monétaire international (FMI). Tel est le message qui ressort de la première conférence de presse de Christine Lagarde en tant que directrice générale de l’institution, après le départ précipité de Dominique Strauss-Kahn. La Française a conservé les trois priorités du Fonds fixées avant son arrivée: affronter le problème des dettes d’États dans les pays développés, prévenir les risques de surchauffe et d’inflation dans les pays émergents et épauler les États dans leur lutte contre le chômage.

«Le problème de la dette souveraines concerne tous les pays avancés, même si l’accent est mis sur la zone euro et la Grèce en particulier», a-t-elle déclaré à Washington lors de sa première conférence de presse au siège de l’institution. Une réunion du conseil d’administration du FMI se tiendra vendredi pour décider du versement de la nouvelle tranche du plan d’aide à la Grèce. Elle appelle à ce propos les partis politiques grecs à s’entendre sur les réformes à mener. «J’espère qu’ils pourront s’inspirer par les exemples donnés par les partis politiques en Irlande, par les partis politiques au Portugal», a-t-elle déclaré.

«18 heures de réunions»

Christine Lagarde a adopté d’une façon générale une attitude modeste et s’est contentée de brosser à grands traits sa stratégie au Fonds monétaire international: «Je ne suis au Fonds que depuis 24 heures, dont 18 heures passées en réunion», a-t-elle plaidé. Elle a présenté son plan d’action en «trois C». D’abord «connectivité»: «tous les problèmes économiques sont liés les uns aux autres». Ensuite, elle a insisté sur la «crédibilité» du Fonds : «nos travaux doivent être franc, équilibrés et équitables». Enfin, elle a défendu une approche «complète»: la question des déficits est essentielle, mais celle du chômage et des affaires sociales ne doit pas être occultée. Un point de vue développé déjà par Dominique Strauss-Kahn. Un quatrième «C» comme «continuité» peut donc être ajouté à cette liste.

Elle a déclaré par ailleurs à la chaîne France 24 avoir «parlé au téléphone» avec l’ancien directeur pour évoquer «un certain nombre de dossiers en cours». «C’était un contact strictement professionnel et voué exclusivement à la succession que je prends», a-t-elle ajouté.

Christine Lagarde a également répété à plusieurs reprises que le Fonds était «au service» de ses 197 membres, qu’il était là pour leur «fournir des services» afin de les aider à restaurer «les instabilités» du monde. Elle entend aussi «améliorer la légitimité du FMI» en assurant «une meilleure représentativité de ses membres» via les droits de vote mais aussi les recrutements. Autant d’engagements pris lors de sa campagne auprès des pays émergents, qui veulent avoir plus de poids au sein de l’institution. Voire, dans le futur, en obtenir la direction.

Lefigaro.fr par Guillaume Guichard