Amélie Nothomb ne verra pas le Goncourt cette année. Christine Angot fait partie de la sélection avec son puissant roman « Le Voyage dans l’Est ».

Les contours du prix Goncourt 2021 commencent doucement à se dessiner. L’Académie Goncourt a révélé mardi 7 septembre sa première sélection de romans, mais en a exclu celui de la très populaire Amélie Nothomb, pourtant considéré comme l’un de ses plus aboutis. Elle-même était persuadée qu’elle ne gagnerait pas cette année. Entre la célèbre romancière belge de 54 ans et le plus prestigieux des prix littéraires français, le désamour dure. Soif, en 2019, avait été battu en finale, lors d’une édition très contestée. Premier sang (éditions Albin Michel), que la critique trouve au moins aussi bon, n’est même pas sur la ligne de départ.
La liste du Goncourt, qui contient 16 titres, est éclectique, mais elle ravira ceux qui trouvent suranné le principe de primer uniquement des fictions. Le testament d’Edmond de Goncourt crée en effet le « prix annuel destiné à rémunérer une œuvre d’imagination », formule qui peut s’interpréter de manière plus ou moins stricte. Le Voyage dans l’Est (Flammarion) de Christine Angot ne contient pas d’imagination : il revient avec précision sur les relations de la romancière avec son père incestueux. Même chose pour l’enquête de Philippe Jaenada sur l’affaire Lucien Léger, condamné pour le meurtre d’un enfant en 1964. Au printemps des monstres (Mialet-Barrault) revisite de fond en comble ce dossier mal ficelé.
François Noudelmann dans la liste avec son premier roman
Autre romancier confirmé, Sorj Chalandon évoque les années sombres de son père sous l’Occupation dans Enfant de salaud (Grasset). Un seul premier roman dans la liste : celui de François Noudelmann, un spécialiste de Jean-Paul Sartre, intitulé Les Enfants de Cadillac (Gallimard). Il retrace l’itinéraire hors du commun de ses père et grand-père juifs. Anne Berest doit aussi fouiller l’histoire de sa famille juive après avoir reçu La Carte postale (Grasset).
David Diop, auteur français d’origine sénégalaise, auréolé en juin d’une des plus grandes récompenses étrangères, le Booker Prize International pour Frère d’âme, continue sur sa lancée avec La Porte du voyage sans retour (Seuil). Autre récit ambitieux qui évoque le Sénégal, La Plus Secrète Mémoire des hommes (Philippe Rey) de Mohamed Mbougar Sarr est également en lice pour d’autres prix littéraires. Elsa Fottorino, dans Parle tout bas (Mercure de France), roman d’inspiration autobiographique sur les suites d’un viol, et Agnès Desarthe, dans L’Éternel Fiancé (L’Olivier), parlent des failles de la mémoire. L’arrivée d’un enfant handicapé dans une fratrie est le thème de Clara Dupont-Monod dans S’adapter (Stock), et la pauvreté des familles immigrées celui de Lilia Hassaine dans Soleil amer (Gallimard).
La mort de George Floyd au cœur d’un roman en lice
Avec l’adultère dépeint par Maria Pourchet dans Feu (Fayard), la dérive d’un intellectuel déchu dans Le Voyant d’Étampes (L’Observatoire) d’Abel Quentin et les accusations d’exploitation sexuelle dans La fille qu’on appelle (Minuit) de Tanguy Viel, on scrute les problèmes de notre époque.
Enfin, Patrice Franceschi, avec S’il n’en reste qu’une (Grasset), s’intéresse aux combattantes kurdes contre l’organisation État islamique, et le Haïtien Louis-Philippe Dalembert au racisme aux États-Unis, dans Milwaukee Blues (Sabine Wespieser), inspiré de l’affaire George Floyd. L’Académie Goncourt a prévu de décerner son prix le 3 novembre, après avoir resserré sa sélection à deux reprises, les 5 et 26 octobre. La liste, sans les romans de Sorj Chalandon et David Diop, des auteurs primés respectivement en 2013 et 2018, sert aussi aux délibérations du prix Goncourt des lycéens, décerné le 25 novembre.
Avec Le Point avec AFP