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Canada -Québec-Décès en CHSLD : la coroner écorche des médecins et une PDG de CIUSSS, et épargne Blais

mai 16, 2022

Le directeur de santé publique doit être indépendant du politique, plaide la coroner Kamel, qui écorche sinon la PDG du CIUSSS dont relevait Herron ainsi que des médecins pour leur recours fréquent à la télémédecine, dans son rapport obtenu par Radio-Canada.

La façade du CHSLD Herron, à Dorval.

Des gerbes de fleurs ont été déposées devant le CHSLD Herron. Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

Lors de son allocution d’ouverture, en février 2021, pour l’enquête publique sur certains des décès survenus dans des CHSLD durant la pandémie de COVID-19, la coroner Géhane Kamel s’était fait la promesse « de formuler des recommandations dans le but d’éviter d’autres décès ».

Après avoir recueilli 220 témoignages factuels et consulté des dizaines de documents, la coroner en formule deux douzaines, tant au gouvernement du Québec qu’au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), aux CISSS et CIUSSS qu’au Collège des médecins du Québec (voir l’encadré plus bas).

La coroner retient d’abord comme leçon de la pandémie que le directeur national de santé publique doit disposer d’une réelle indépendance par rapport au pouvoir, ce qui ne serait pas le cas, estime-t-elle, puisque c’est à titre de sous-ministre qu’Horacio Arruda et Luc Boileau ont tour à tour occupé le poste.

Une de ses premières recommandations, contenue dans le rapport d’enquête dont Radio-Canada a obtenu copie, vise donc à revoir le rôle du directeur national de santé publique afin que ses fonctions soient exercées en toute indépendance et sans contrainte politique.

De l’avis de la coroner, ces deux rôles sont distincts et ne sont peut-être pas compatibles.

Elle en veut pour exemple certaines consignes de la santé publique, en début de pandémie, notamment sur le port du masque qui n’était pas obligatoire en CHSLD.

Son avis aurait-il été le même s’il [Horacio Arruda] n’avait pas eu à s’inquiéter d’une éventuelle rupture de stock? J’ai tendance à croire que non. De là, à mon humble avis, le danger de porter deux chapeaux.François Legault et Horacio Arruda lors d'une conférence de presse.

François Legault et Horacio Arruda lors d’une conférence de presse. Photo : La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Reprenant l’expression chère à l’ex-directeur de santé publique Horacio Arruda sur l’avion qui se bâtissait en plein vol, la coroner affirme qu’un plan de vol, un radar ou d’autres instruments de vol, donnant des informations en temps réel, auraient dû être une priorité absolue [avec] une veille scientifique internationale digne de ce nom.

Dans son rapport, la coroner note également, à plusieurs reprises, l’absence des médecins en CHSLD, les premières semaines de la pandémie, et leur recours fréquent à la téléconsultation.

« Pour un coroner, que de nombreux résidents soient décédés sans avoir eu droit à une visite d’un médecin durant leur ultime maladie est non seulement triste, mais inquiétant. »— Une citation de  Coroner Géhane Kamel

Selon elle, « il est difficilement concevable que des décisions de vie ou de mort aient pu être prises sur la foi d’un relais téléphonique uniquement ».

Des médecins s’étaient par la suite portés volontaires dans les CHSLD, à la mi-avril 2020, après un appel à l’aide du premier ministre.

La coroner en fait une recommandation au Collège des médecins afin de revoir les pratiques médicales individuelles des médecins traitants des CHSLD Herron, des Moulins et Sainte-Dorothée, notamment quant à leur décision de poursuivre les soins en téléconsultation malgré le besoin de soutien et le très grand nombre de décès.

Cette recommandation pourrait ouvrir la porte à d’éventuelles fautes déontologiques pour certains médecins.

La coroner recommande également aux établissements de santé de resserrer l’encadrement nécessaire justifiant le recours aux protocoles de détresse et à la sédation palliative dans un contexte de soins aigus.

Radio-Canada avait fait état en février des dosages potentiellement excessifs liés à des protocoles de détresse respiratoire pour des patients atteints de la COVID-19.La ministre Marguerite Blais en conférence de presse.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais Photo : Radio-Canada/Sylvain Roy Roussel

Marguerite Blais épargnée

Un des témoignages attendus durant les audiences fut celui de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais.

Son témoignage est sans doute celui qui nous a permis de mieux cerner la date à laquelle tous ont vraiment pris la mesure de la crise à venir, soit autour du 9 mars 2020, estime la coroner Kamel. « C’est le témoignage le plus crédible malgré le discours formaté pour la présente enquête. »

Avant le 9 mars, l’implication de la ministre dans la gestion de crise est anecdotique […] une fois mise dans la boucle, l’apport de la ministre et de sa sous-ministre est indéniable, ajoute-t-elle.

Lors de la première vague, près des deux tiers des 5688 décès liés à la COVID-19 avaient eu lieu en CHSLD. La mise au jour par le journaliste de la Gazette Aaron Derfel des nombreux décès au CHSLD privé Herron, le 10 avril, a soulevé l’indignation populaire et mené au déclenchement d’une enquête publique de la coroner.

La PDG du CIUSSS de l’Ouest de Montréal écorchée

À quelques reprises dans le rapport, la PDG du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Lynne McVey, est pointée du doigt pour sa gestion du CHSLD Herron.

La coroner qualifie, par exemple, de disgracieux les reproches de la PDG aux propriétaires du CHSLD d’avoir transféré des résidents en centre hospitalier « alors même que, dans l’urgence, ce geste était le plus sensé si l’on voulait que ces résidents aient une chance de s’en sortir ».

Elle rappelle la désorganisation de l’équipe de gestionnaires du CIUSSS et souligne que la grande majorité des décès se sont produits alors que le CIUSSS assumait déjà la gestion du CHSLD.

La coroner recommande au MSSS qu’il assure une plus grande imputabilité des gestionnaires des CISSS/CIUSSS et du MSSS.

Elle recommande de convertir rapidement les CHSLD privés en CHSLD privés conventionnés afin d’en améliorer le financement.

Le gouvernement Legault jongle avec l’idée depuis plus de deux ans.

Pas de commission d’enquête, mais…

Au fil des audiences de la coroner et des révélations dans les médias, les trois partis d’opposition ont réclamé en bloc en 2021 au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) la tenue d’une commission d’enquête publique indépendante sur la gestion de la pandémie dans les CHSLD.

La coroner n’en fait pas une recommandation comme telle, mais invite le gouvernement, dans sa conclusion, à faire une rétrospective des événements par le véhicule qu’il jugera approprié portant, entre autres choses, sur la hiérarchisation des décisions, sur l’agilité du système de santé en temps de crise, sur la compréhension et l’exécution des responsabilités au sein des ministères de la Santé, des Aînés et des Proches aidants ainsi qu’au sein des CIUSSS et CISSS.

Un passage dans le rapport salue d’ailleurs le travail local du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec qui a joint chacune des 44 familles touchées par le décès d’un proche au CHSLD Laflèche pour leur offrir soutien et condoléances.

Revoir la formation des infirmières

Autre recommandation au MSSS, revoir les formations techniques afin que les infirmières en CHSLD et, le cas échéant, les infirmières auxiliaires soient en mesure d’effectuer les techniques nécessaires aux soins de base (soins respiratoires, accès veineux et sous-cutanés, utilisation des pompes volumétriques, etc.).

Cette recommandation n’est pas sans rappeler la volonté de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) pour que les prochaines générations de professionnelles en soins obtiennent obligatoirement un diplôme universitaire.

Les 23 recommandations de la coroner Géhane Kamel

Que le gouvernement du Québec :

  • revoie le rôle du directeur national de santé publique afin que ses fonctions soient exercées en toute indépendance et sans contrainte politique;
  • évalue la possibilité de mettre en place un service civique volontaire d’urgence qui serait chapeauté par le ministère de la Sécurité publique, tout comme cela se voit parfois en cas de catastrophe naturelle;
  • revoie rapidement l’offre de service de nos aînés en convertissant tous les CHSLD privés en CHSLD privés conventionnés;
  • augmente l’offre de service pour le maintien à domicile de nos aînés;
  • s’assure d’une politique inclusive en temps de crise pour permettre qu’au moins deux proches aidants puissent visiter la personne hébergée de façon sécuritaire;
  • implante des ratios sécuritaires professionnels en soins/résidents dans les CHSLD;
  • rehausse, lorsque requis, le nombre de gestionnaires en CHSLD pour s’assurer de couvrir tous les quarts de travail (pouvoirs délégués de soir et de nuit);
  • prévoie des discussions avec les instances syndicales afin de revoir ou d’ajouter, le cas échéant, des clauses de convention collective permettant une disponibilité et un délestage accrus du personnel lors d’une urgence sanitaire;
  • planifie les nouvelles infrastructures ou les rénovations des milieux d’hébergement en s’assurant que les milieux puissent répondre aux exigences requises en matière de soins de santé notamment en temps de crise sanitaire;
  • s’assure que les milieux d’hébergement puissent offrir des chambres individuelles aux résidents.

Que le ministère de la Santé et des Services sociaux :

  • introduise le principe de précaution au centre de toute démarche d’évaluation et de gestion des risques;
  • assure une plus grande imputabilité des gestionnaires des CISSS/CIUSSS et du MSSS quant aux soins prodigués aux personnes âgées en perte d’autonomie par le suivi d’indicateurs et une obligation d’intervention en cas problèmes dans la qualité des soins;
  • s’assure de maintenir en tout temps l’approvisionnement nécessaire en équipements de protection en plus de prévoir des réserves pour subvenir aux besoins en cas de crise;
  • définisse quels soins de confort les installations en CHSLD doivent minimalement être en mesure d’offrir;
  • établisse un plan national afin de doter tous les CHSLD des équipements nécessaires pour donner ces soins;
  • revoie les formations techniques afin que les infirmières en CHSLD et, le cas échéant, les infirmières auxiliaires soient en mesure d’effectuer les techniques nécessaires aux soins de base (soins respiratoires, accès veineux et sous-cutanés, utilisation des pompes volumétriques, etc.);
  • développe un outil avec des mises en situation afin que les résidents et/ou leurs tuteurs puissent bien comprendre les implications d’un choix de niveau de soins;
  • assure une gestion dans les CHSLD qui réunisse un gestionnaire responsable, une direction des soins infirmiers et une direction médicale.

Que les CISSS et CIUSSS :

  • assurent dans les CHSLD la présence suffisante d’infirmières spécialisées en PCI afin que celles-ci puissent être présentes dans les opérations quotidiennes et qu’ils en assurent la pérennité;
  • s’assurent de planifier des simulations en lien avec les plans de pandémie de manière triennale;
  • offrent de la formation quant à la tenue des dossiers médicaux et fassent des suivis périodiques;
  • s’assurent de l’encadrement nécessaire justifiant le recours aux protocoles de détresse et à la sédation palliative dans un contexte de soins aigus.

Que le Collège des médecins du Québec :

  • revoie les pratiques médicales individuelles des médecins traitants des CHSLD Herron, des Moulins et Sainte-Dorothée, notamment quant à leur décision de poursuivre les soins en téléconsultation malgré le besoin de soutien et le très grand nombre de décès.

Avec Radio-Canada par Daniel Boily et Davide Gentile

Canada-Québec: « Quand on regarde la télé, les gens commencent parfois à pleurer »

mars 17, 2022

Dans Rosemont, un CHSLD public héberge 130 résidents d’origine polonaise, ukrainienne et russe. Visite au cœur de destins bouleversés par l’assaut de la Russie.

Maryna Symenovych, infirmière auxiliaire Photo : Radio-Canada

Lorsque la guerre a éclaté le matin du 24 février, Andriy Lenyk a reçu un appel de ses parents en Ukraine.

Ils m’ont dit que notre aéroport militaire était bombardé […] C’était le choc, c’était la stupeur et, pour quelques minutes, je ne pouvais pas parler, se rappelle-t-il.

Quelques instants plus tard, sa femme apprenait que la maison de son frère avait également été endommagée par ces bombardements.

« Elle a pleuré et crié […] C’est dur d’expliquer, c’est dur de comprendre parce que c’est la guerre. »— Une citation de  Andriy LenykDans un couloir du CHSLD, le visage masqué.

Andriy Lenyk, infirmier auxiliaire au CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska Photo  : Radio-Canada

Arrivé d’Ukraine il y a près de 20 ans, Andriy Lenyk travaille depuis quelques années comme infirmier auxiliaire au CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska dans l’arrondissement Rosemont à Montréal.

Un milieu de vie réservé aux personnes âgées d’origine polonaise, ukrainienne et russe.

Sa collègue de travail, Maryna Symenovych, ne cache pas son émotion face aux événements des dernières semaines.

On ne peut pas comprendre cette situation parce qu’on a toujours dit que l’Ukraine et la Russie habitent ensemble comme deux confrères […] et maintenant il y a beaucoup de civils tués, beaucoup d’enfants, se désole-t-elle.

Je ressens de la tristesse, pas de la colère, souligne-t-elle.

Arrivée au Canada en 2010, Maryna Symenovych a troqué sa profession de médecin pour devenir infirmière auxiliaire.

Environ 25 employés d’origine ukrainienne comme Maryna et Andriy travaillent au CHSLD.

Comme le souligne la chef des soins infirmiers du CHSLD, Olga Ivanyuta, le climat de travail est difficile parce qu’on doit prendre soin de nous autres et des résidents.

« Mais je suis fière de mes employés, on continue de travailler, même en pleurant. »— Une citation de  Olga Ivanyuta, chef des soins infirmiers du CHSLDElles sont assises dans leur fauteuil roulant

Résidentes du CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska dans l’arrondissement Rosemont à Montréal Photo : Radio-Canada

Le président-directeur général du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Jean-François Fortin Verreault, assure que dès le début, on a voulu être présents pour aider à la fois les résidents et les employés […] pour avoir plusieurs personnes spécialisées dans les soins psychologiques présents sur place.

Entre souvenirs et l’actualité

Lors de notre passage lundi, quelques résidents prenaient des nouvelles de la guerre en regardant la télévision dans la salle communautaire, à la veille du discours du président ukrainien Volodymyr Zelensky aux parlementaires canadiens.

Quand on commence à regarder la télé, les gens commencent parfois à pleurer parce que c’est toujours dans la mémoire, la Deuxième Guerre [mondiale] qu’on a traversée, donc c’est vraiment difficile pour les patients, constate Maryna Symenovych.

« Ils ont besoin de plus d’aide, d’explications, de communication. »— Une citation de  Maryna Symenovych, infirmière auxiliaire

Une quarantaine de résidents du CHSLD sont d’origine ukrainienne.

La cohabitation avec les deux résidentes d’origine russe se passe bien à ce jour. Pour l’instant, ça se passe bien parce qu’elles sont contre Poutine et elles ne sont pas infectées par la propagande russe, constate la chef des soins infirmiers, Olga Ivanyuta.Eugene dans sa chambre.

Eugene Antonyszyn, 95 ans, résident du CHSLD Polonais Marie-Curie-Sklodowska, dans l’arrondissement Rosemont à Montréal Photo : Radio-Canada

À 95 ans, Eugene Antonyszyn demeure très lucide face aux enjeux politiques européens.

Ça fait 32 ans qu’on attend pour être accepté dans l’Union européenne, et si on était membre ukrainien, il y aurait jamais eu la guerre! les Russes auraient eu peur, affirme le résident aux origines ukrainienne et polonaise.

Ce dernier se réjouit de l’accueil de la Pologne fait aux réfugiés ukrainiens.

« La Pologne, ils ont fait un geste formidable pour l’Ukraine […] Ils savent que si les Ukrainiens lâchent, la prochaine [cible], ça va être la Pologne. »— Une citation de  Eugene Antonyszyn, 95 ans

Eugene Antonyszyn a vécu les camps de travail lors de la Seconde Guerre mondiale.

Immigré au Canada dans les années 50, il s’est lui-même frotté à la politique canadienne comme candidat du Parti Rhinocéros en 1980. Avec un brin d’humour, toujours intact malgré l’âge et la guerre qui ravage à nouveau son sol natal.

Avec Radio-Canada par Daniel Boily et Anne-Louise Despatie

Canada: La Croix-Rouge en renfort en Mauricie et au Centre-du-Québec

janvier 8, 2022
Un intervenant de la Croix-Rouge canadienne, de dos, entrant dans une tente.

La Croix-Rouge canadienne a été mise à contribution dans la lutte contre la pandémie en 2020, notamment dans les CHSLD. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

La Croix-Rouge débutera son déploiement d’aides de service dans les résidences pour aînés lundi prochain.

Une première équipe composée de huit personnes est attendue dans un Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de Trois-Rivières. Il a été impossible de savoir lequel.

Par la suite, le personnel de la Croix-Rouge canadienne sera déployé rapidement nous confirme la Croix-Rouge. Elle apportera des précisions la semaine prochaine sur son plan de déploiement en Mauricie et au Centre-du-Québec, les deux régions parmi les plus touchées par la vague omicron.

Jusqu’à 300 personnes, des aides de service et des coordonnateurs viendront en renfort un peu partout au Québec durant cette cinquième vague.

Les formations se poursuivent pour certains d’entre eux.

Après l’appel à l’aide des Forces armées canadiennes, le ministère de la Santé du Québec a sollicité en décembre dernier le soutien des travailleurs de la Croix-Rouge. L’organisme humanitaire avait déjà apporté son aide en 2020 dans les Centre d’hébergement et de soins de longue durée CHSLD.

Avec Radio-Canada

Canada-Québec/Enquête sur les décès en CHSLD : « On n’a pas vu venir la rapidité dans ces milieux-là »

décembre 1, 2021

La suite du volet national de l’enquête sur la gestion de la pandémie, qui s’est ouverte lundi matin à Shawinigan, a permis de mettre en lumière que la menace dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) a été largement sous-estimée en janvier 2020. L’orientation était dirigée vers les milieux de soins de courte durée, les hôpitaux, mais les milieux de soins de longue durée n’étaient pas sur le radar du comité scientifique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Les audiences publiques se déroulent cette semaine au palais de justice de Shawinigan.

© Martin Chabot/Radio-Canada Les audiences publiques se déroulent cette semaine au palais de justice de Shawinigan.

On n’avait pas vu venir la rapidité [de propagation] dans ces milieux-là », concède d’entrée de jeu le Dr Jasmin Villeneuve, médecin-conseil à l’INSPQ, répondant sans détour à une question de la coroner Géhane Kamel. Dès le début de la pandémie, le chef d’équipe était chargé de coordonner les activités scientifiques en matière de contrôle des infections nosocomiales, de surveillance et de prévention en milieux de soins.

Lors de son témoignage, le Dr Villeneuve a indiqué qu’au tout début de l’année 2020, l’accent était mis sur la transmission dans la communauté. Le comité scientifique a observé que les aînés formaient une clientèle particulièrement touchée fin janvier, début février.

L’expert a par ailleurs indiqué que la pandémie a mis en évidence le besoin de consolider les pratiques de prévention et contrôle des infections en soins de longue durée. L’évolution rapide des connaissances a obligé les experts à s’ajuster rapidement et de façon continue. Le Dr Villeneuve estime nécessaire et toujours d’actualité d’augmenter les ratios d’infirmières spécialisées en prévention dans les milieux de soins.

Recommander le port du masque, sans céder à la pression

Le 18 mars, l’INSPQ a recommandé le port du masque en CHSLD en présence d’un cas confirmé dans un contexte où les quantités d’équipements étaient très limitées.

L’expert en infections n’a pas nié qu’il s’est exercé une certaine pression, compte tenu des bas inventaires.

Il insiste néanmoins pour dire que la pression n’a pas influencé la recommandation scientifique du port du masque. Ce n’est pas à nous de gérer le stock, c’est plate à dire, mais c’est ça .»

Une veille» des articles scientifiques

Le témoignage du Dr Villeneuve a aussi permis d’apprendre que son comité colligeait une manne d’informations dès la fin du mois de janvier 2020. L’INSPQ a procédé à une veille d’articles scientifiques, venus de partout dans le monde. Les articles étaient classés par thèmes et catégories, puis partagés quotidiennement sous forme de liste à de nombreux acteurs du milieu. Cette liste a notamment été faite pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le Dr Villeneuve a indiqué que le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda, a demandé à avoir un résumé des articles répertoriés, ce qui a été fait sur une période d’environ un mois, en février 2020, avant qu’on y mette fin. L’exercice consommait énormément de temps et de ressources humaines », a précisé le Dr Villeneuve. Dès lors, chaque acteur était responsable d’aller chercher l’information qui l’importait.

Géhane Kamel a indiqué que la veille des articles la tracasse particulièrement.

Elle a demandé à recevoir la liste des articles de la veille scientifique répertoriés en janvier, février et mars 2020, de même que la liste des destinataires.

Concernant les travaux à venir en janvier

Géhane Kamel a tenu à faire une mise au point relativement au report du volet recommandations qui devait avoir lieu cette semaine, mais qui se tiendra plutôt en janvier. La coroner a expliqué avoir comme objectif de terminer en janvier, mais dit avoir reçu un nombre considérable de pièces documentaires à observer.

Bien qu’elle garde le cap sur l’objectif, elle ne ferme pas la porte à réentendre des témoins si elle a l’impression qu’on n’a pas bouclé la boucle », expliquant vouloir s’assurer de remplir son mandat et de répondre aux questions des familles.

Avec Radio-Canada par Marie-Ève Trudel

Canada-Montréal: Deuxième éclosion majeure chez les Sœurs de la Providence

février 8, 2021

La résidence des Sœurs de la Providence à Montréal lutte contre une deuxième éclosion massive de COVID-19, qui a déjà fait une dizaine de morts ces derniers jours. Une situation d’autant plus « regrettable », selon ses dirigeants, qu’ils avaient demandé à avoir accès à la vaccination en même temps que les CHSLD au début du mois de janvier.

L’éclosion est loin d’être terminée puisque, malgré certains cas rétablis, il reste encore plus d’une trentaine de cas positifs chez les résidents. 11 résidents sont décédés, dont 10 du côté de l’infirmerie et un du côté des résidents autonomes ou semi-autonomes.

© Marie-France Coallier Le Devoir L’éclosion est loin d’être terminée puisque, malgré certains cas rétablis, il reste encore plus d’une trentaine de cas positifs chez les résidents. 11 résidents sont décédés, dont 10 du côté de l’infirmerie et un du côté des résidents autonomes ou semi-autonomes.

C’est au retour des Fêtes, vers le 6 janvier, que sont survenus les premiers cas de COVID à Carrefour Providence, une résidence privée comptant plus de 300 religieuses et dont la moyenne d’âge est de 89 ans. Rapidement, on a procédé à un dépistage massif, explique la directrice générale Danielle Gaboury. Au fil des jours, le nombre de cas a augmenté de façon exponentielle pour arriver à un total de 81 chez les résidents et de 40 chez les employés, en date de vendredi.

L’éclosion est loin d’être terminée puisque, malgré certains cas rétablis, il reste encore plus d’une trentaine de cas positifs chez les résidents. Seulement 12 membres du personnel sont rétablis et de retour en poste.

Onze résidents sont décédés, dont 10 du côté de l’infirmerie — qui s’apparente à un CHSLD pour les soins de longue durée qui y sont dispensés — et 1 du côté des résidents autonomes ou semi-autonomes.

Le président du syndicat, Farid Larab, dénonce une « gestion catastrophique » de la direction de l’établissement. « Ils ont perdu le contrôle dans les deux premières semaines », affirme-t-il en entrevue au Devoir. « On fait des mises à jour avec l’employeur tous les deux jours et on leur suggère des changements qui tardent à venir. »

Selon lui, le manque de personnel est criant, ce que confirme la direction, qui affirme être en recrutement permanent depuis le début de l’éclosion, puisque non seulement il faut remplacer le personnel malade, mais également ajouter des bras pour faire face à l’éclosion.

Positive pour la deuxième fois

Dans la résidence d’à côté, la résidence Salaberry, gérée aussi par les Sœurs de la Providence, on compte un total de sept cas : quatre chez les résidentes et trois chez le personnel.

L’une d’entre elles, sœur Rita Richard, avait reçu un test positif lors de la première vague, en mai dernier, et été placée en zone rouge avec plusieurs de ses consœurs. Des mois plus tard, à sa grande surprise, elle a à nouveau été déclarée positive et placée en zone rouge. « Je ne me sentais pas malade, je n’avais aucun symptôme, assure-t-elle au Devoir. C’était une grande déception, mais au lieu de rechigner, j’essayais de regarder les bons côtés. J’ai fait mon temps et j’ai pu regagner ma chambre. »

Ce qu’elle a trouvé le plus difficile, c’était l’isolement. « Jamais je n’ai eu peur de mourir, précise-t-elle. Mais je remercie le ciel à tous les jours ! »

Selon elle, le personnel et l’administration ont été « extraordinaires dans leur dévouement » et ont multiplié les petites attentions qui font du bien.

Vaccination tardive

Le Devoir s’était rendu en mai dernier dans les deux résidences des Sœurs de la Providence, qui luttaient alors contre la première vague de COVID. Les sœurs étaient dépassées par les événements et demandaient de l’aide au CIUSSS du Nord-de-l’Île de Montréal. « La différence, cette fois-ci, c’est qu’on a un beau partenariat avec le CIUSSS du Nord, explique la directrice générale, Danielle Gaboury. On peut souligner également que nous avons beaucoup appris de la première vague et que beaucoup de mesures de prévention et de contrôle des infections étaient déjà en place. »

Mais il y a un hic, déplore Marie-Andrée Guillemette, directrice des soins et des services cliniques. « La seule chose qui est regrettable, c’est que le côté infirmerie de l’établissement n’a pas été considéré comme un CHSLD dans la priorisation de la vaccination, ce qui fait que plutôt que d’être vacciné dès le bloc 1, au début janvier, on est vacciné aujourd’hui [mercredi]. »

Selon elle, c’est un problème de nomenclature qui a empêché ses résidentes les plus fragiles d’être vaccinées plus tôt en janvier. « Au niveau administratif, nous sommes inscrits sous le nom de communauté religieuse, ce n’est pas écrit CHSLD privé, par exemple. Donc, malgré le fait que nous avons vraiment identifié que le côté infirmerie, ce sont des soins de longue durée qui sont similaires à ceux donnés dans un CHSLD ; cette catégorisation a été maintenue dans les critères de priorisation. »

Des demandes ont été faites du côté de l’établissement pour tenter de convaincre le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal de revoir la catégorisation de l’infirmerie, mais celles-ci sont restées vaines. « Il faut toujours se battre pour faire reconnaître les droits des résidentes et avoir accès aux mêmes services que les CHSLD », ajoute la directrice générale, Danielle Gaboury.

Si on avait pu vacciner les résidentes de l’aile infirmerie plus tôt, est-ce qu’il y aurait eu moins de dommages ? « Assurément », répond Marie-Andrée Guillemette.

Du côté du CIUSSS, on répond par courriel que « les catégories priorisées ont été déterminées par Québec ». Ainsi, les résidences des Sœurs de la Providence se situent dans la troisième catégorie, soit celle des « personnes autonomes ou en perte d’autonomie qui vivent en résidence privée pour aînés (RPA) ou dans certains milieux fermés hébergeant des personnes âgées ».

On confirme par ailleurs que les équipes se sont déplacées mercredi afin de vacciner 330 usagers.

La directrice de la clinique estime, avec confiance, que la vaccination « va freiner la poursuite de l’éclosion » et « casser la courbe » pour lui permettre de redevenir une « zone froide d’ici trois à quatre semaines ».

Avec Le Devoir par  Jessica Nadeau 

La première vaccinée au Canada a contracté la COVID-19

janvier 14, 2021

La COVID-19 continue de se propager au CHSLD Saint-Antoine malgré l’opération de vaccination de la mi-décembre. La première personne vaccinée au pays, Gisèle Lévesque, n’y a pas échappé.

Gisèle Lévesque se fait vacciner par une infirmière.

© Gouvernement du Québec Gisèle Lévesque se fait vacciner par une infirmière.

Selon les données les plus récentes du CIUSSS de la Capitale-Nationale, il y a toujours 68 cas actifs parmi les usagers.

La première personne vaccinée au Canada, Gisèle Lévesque, a contracté la COVID-19 deux semaines après avoir reçu sa dose, selon plusieurs médias. Elle aurait eu des symptômes, mais se porterait maintenant mieux.

Depuis le début de la pandémie, 36 résidents du CHSLD Saint-Antoine sont décédés de la maladie et 95 travailleurs de l’établissement l’ont contracté.

Vaccin néanmoins efficace

Le CIUSSS souligne que le fait que des usagers et des travailleurs aient contracté la COVID-19 ne signifie pas que le vaccin est inefficace.

Quelques jours avant le début de la vaccination, 15 cas avaient été recensés.

«Des analyses sont en cours pour bien comprendre la situation au CHSLD, mais il est vraisemblable que plusieurs de ces usagers ont été infectés avant de recevoir le vaccin et n’ont commencé à développer des symptômes qu’après avoir reçu le vaccin», explique la porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Annie Ouellet.

Réponse immunitaire plus lente

Elle rappelle également que la réponse immunitaire ne se fait pas immédiatement après avoir été vacciné.

«Il est connu que le système immunitaire a besoin de 14 jours avant de développer les anticorps qui permettent de résister à l’infection. C’est encore plus vrai dans le cas de personnes âgées, où il n’est pas exclu que cette période de 14 jours soit insuffisante», mentionne Annie Ouellet.

Pour que le vaccin de Pfizer-BioNTech atteigne 95 % d’efficacité, une deuxième dose doit être administrée 21 jours après la première.

Les résidents du CHSLD Saint-Antoine devaient recevoir leur deuxième dose de vaccin de Pfizer-BioNTech. L’éclosion n’a pas modifié le plan de vaccination du CIUSSS.

Ce CHSLD accueille 230 résidents. Parmi ceux-ci, 202 ont choisi d’obtenir le vaccin, tout comme 125 employés.

Avec Radio-Canada par  Jean-François Nadeau

Canada: Plus de 3315 aspirants préposés aux bénéficiaires ont quitté le programme

décembre 22, 2020

Des 9866 volontaires inscrits à la formation accélérée de préposés aux bénéficiaires (PAB) en juin, seuls 6551 prêtent main-forte aujourd’hui dans les CHSLD. Ceux qui sont partis doivent rendre la bourse reçue du gouvernement, ce qui n’est pas simple.

Èva Benoit-Dragon à proximité de son nouveau travail dans un dépanneur de Saint-Jérôme.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Èva Benoit-Dragon à proximité de son nouveau travail dans un dépanneur de Saint-Jérôme.

La vie d’Èva Benoit-Dragon a changé depuis l’échec de sa formation de PAB. La Montréalaise de 21 ans a dû retourner vivre chez ses parents à Saint-Jérôme et elle doit travailler dans un dépanneur.

«J’ai une grosse dette et je sais que ça va prendre du temps à la rembourser.» Elle doit remettre les 6140 $ de bourse du gouvernement qu’elle a reçus durant ses deux mois d’alternance travail-études en CHSLD.

Cet argent, elle ne l’a pas. Elle en a dépensé une bonne partie pour payer son loyer des derniers mois, sa nourriture et s’occuper de son frère. «Je ne pouvais pas m’inscrire à la PCU et je n’ai pas le droit au chômage, car je n’ai pas accès à une cessation d’emploi, puisqu’il s’agit d’études», explique-t-elle.

Plusieurs syndicats de préposés nous ont fait part de situations semblables.

Remboursement obligatoire en cas d’échec ou d’abandon

Le contrat qu’elle a signé était clair : en plus de réussir la formation, les aspirants PAB doivent offrir une disponibilité d’un an. En cas d’abandon ou d’échec, ils doivent rembourser la bourse de formation, qui atteint un maximum de 9210 $.

Èva Benoit-Dragon n’a pas été jugée assez compétente par ses formateurs, mais c’est seulement deux jours avant la fin des 375 heures de formation requises qu’ils le lui ont annoncé. Juste avant qu’elle ne puisse toucher le dernier paiement de sa bourse.

«Je me sens extorquée et flouée», dit-elle.

Elle reconnaît quelques «petites erreurs» durant sa formation, comme avoir oublié de porter des gants à une reprise, mais rien ne lui laissait présager qu’elle allait être écartée du jour au lendemain. «J’ai fait les heures qu’ils m’avaient dit de faire, on me disait que je faisais des progrès.»

«Ça manque d’humanité. Elle s’est fait jeter comme une vieille chaussette», dénonce le député de Rosemont de Québec solidaire, Vincent Marissal, qui a été contacté par la jeune femme, désespérée. «Peut-être que certains auraient besoin de plus de temps de formation.»

Le député de Québec solidaire rappelle que «ces gens-là ont travaillé en CHSLD durant leur formation, ils ont quand même donné des services».

Le ministère de la Santé explique que le remboursement n’est pas requis pour un candidat qui échoue pour une raison liée à une incapacité cognitive ou une maladie. «Un traitement humain au cas par cas est donc privilégié», ajoute le porte-parole Robert Maranda.

De plus, le ministère précise que «le candidat et l’établissement de santé et services sociaux qui a octroyé la bourse peuvent convenir d’une entente de remboursement étalée sur un nombre de mois convenu entre les parties».

Enfin, le contrat signé par les aspirants PAB prévoit la possibilité de retrancher du montant total le prorata du temps travaillé. Ce n’est toutefois pas ce qui a été proposé à Èva Benoit-Dragon.

La jeune femme avait été sélectionnée au départ parmi 80 000 volontaires. Le gouvernement avait un urgent besoin de 10 000 préposés dans les CHSLD de la province. Puisque seulement 6551 sont au travail, Québec a déjà prévu la formation de nouvelles cohortes pour ajouter 3000 personnes de plus.

Avec Thomas Gerbet par Radio-Canada

Québec/COVID-19: une première éclosion dans un CHSLD de la Mauricie

décembre 14, 2020

Trois-Rivières — Le bilan de la Santé publique fait état de 57 nouveaux cas en Mauricie-Centre-du-Québec ainsi que deux décès supplémentaires liés aux éclosions dans les résidences privées pour aînés. La région retient également son souffle alors qu’une première éclosion en Maurice depuis le début de la deuxième vague s’est déclarée en fin de semaine au CHSLD Saint-Maurice de Shawinigan.Une éclosion s’est déclarée au CHSLD Saint-Maurice, à Shawinigan.

© SYLVAIN MAYER Une éclosion s’est déclarée au CHSLD Saint-Maurice, à Shawinigan.

Les secteurs les plus touchés sont encore une fois la MRC d’Arthabaska, qui a enregistré une augmentation de 20 nouveaux cas, et la MRC de Drummond, en hausse de 15. Trois-Rivières suit avec 10, l’agglomération de La Tuque avec trois, les MRC de Mékinac et de Nicolet-Yamaska avec deux et la MRC de Bécancour avec une nouvelle personne infectée.

On note également 53 nouvelles guérisons dans la région. Le nombre de cas actifs a quant à lui augmenté de trois et se situe actuellement à 779 en Mauricie et au Centre-du-Québec.

La pression sur les hospitalisations est une fois de plus à la baisse, alors que cinq places se sont libérées dans les unités COVID de Trois-Rivières et de Drummondville. Il y a également deux personnes qui ont quitté les soins intensifs. Lundi, 46 personnes atteintes du coronavirus étaient hospitalisées dans la région. Ce qui représente un taux d’occupation de 67%.

Des éclosions à surveiller

La Mauricie a enregistré sa première éclosion en CHSLD, en fin de semaine, alors qu’un employé et deux usagers du Centre d’hébergement Saint-Maurice ont été déclarés positifs à la suite d’un dépistage massif.

Du côté du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, on assure qu’on a appris des leçons du printemps dernier, où plusieurs personnes avaient perdu la vie à la suite d’éclosions dans les CHSLD.

«Au cours de l’été, il y a eu beaucoup de formations. Le personnel est beaucoup plus au courant. L’équipement de protection est complètement différent de ce qu’on avait connu au printemps. Toutes les précautions sont prises au niveau de la protection de contrôle des infections. On avait fait aussi l’élaboration de plans pour l’élaboration de zones chaudes en centre d’hébergement. On avait fait des simulations», énumère Guillaume Cliche, agent d’information du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec.

La zone chaude a donc été déployée très rapidement, autant au CHSLD Saint-Maurice qu’au CHSLD Frederic-George-Heriot, de Drummondville, où une éclosion s’est déclarée la semaine dernière. Une zone qui est plus efficiente que celle qui avait été implantée au printemps, assure l’agent d’information du CIUSSS.

La situation est un peu différente au CHSLD Saint-Maurice, puisque l’éclosion s’est produite dans une unité prothétique où se trouvent des personnes qui peuvent présenter des problématiques d’errance et qui ne comprennent pas les règles à suivre.

L’aile prothétique, où se trouvaient sept résidents, a donc été circonscrite du reste du CHSLD. Une surveillance plus importante y est apportée pour éviter les contacts avec les autres usagers. Les deux personnes infectées ont quant à elle été transférées dans la zone chaude.

Advenant que des cas se déclarent au sein du reste des usagers, une autre zone chaude devrait être implantée pour éviter le contact avec les personnes qui peuvent faire de l’errance.

De son côté, l’éclosion au CHSLD Frederic-George-Heriot a causé huit nouveaux cas, lundi, dont sept résidents et un employé. Il y a actuellement 19 personnes infectées par la COVID-19, dont 16 résidents.

Dans les résidences privées pour aînés, deux autres résidences se sont ajoutées du côté de Victoriaville pour porter le nombre de milieux en éclosion à 14 dans la région.

À Trois-Rivières, on rapporte six nouveaux cas, dont cinq à la Résidence Laliberté (4 employés, 1 résident) et un résident de la résidence Myosotis. La situation est toujours stable au Centre l’Assomption de Saint-Léonard-d’Aston, à la résidence Laveault de Louiseville, chez Johanne et Gilles, à Shawinigan, et aux Jardins les Becquets de Saint-Pierre-les-Becquets.

Pour ce qui est des éclosions au CHAUR, trois employés de l’unité COVID de Trois-Rivières ont été déclarés positifs, tout comme un usager de l’unité de neurologie (2J).

Dans les écoles, le dernier bilan publié vendredi fait état de nouveaux cas qui ont été rapportés dans une quinzaine d’établissements de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Une manifestation contre le recours à l’arrêté ministériel

Par ailleurs, une manifestation s’est produite du côté de Victoriaville, lundi midi, afin de dénoncer l’utilisation abusive des arrêtés ministériels du gouvernement Legault. Ce qui permet notamment aux gestionnaires d’imposer des horaires de travail sans le consentement des salariés, et ce, sans aucune justification. Ce qui a mené des milliers de travailleuses et de travailleurs à démissionner au cours des derniers mois, fait valoir le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Pascal Bastarache.

«Monsieur Legault doit revoir ses priorités, il doit arrêter de miser sur l’imposition et les menaces pour arriver à ses fins», a-t-il fait valoir.

Avec Sébastien Lacroix – Le Nouvelliste

Canada: Jusqu’à 150 $ l’heure pour du personnel infirmier d’agences au Québec

décembre 3, 2020

Un nombre grandissant d’infirmiers et d’infirmières quittent le réseau public pour offrir leurs services à des agences de placement. Des agences qui peuvent facturer plus de 100 $ de l’heure.

Le recours au personnel infirmier d’agences de placement s’est accentué avec la pandémie.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Le recours au personnel infirmier d’agences de placement s’est accentué avec la pandémie.

«Une infirmière d’agence coûte, en temps normal, 65 $ à 75 $ l’heure», explique le président du Groupe Santé Arbec, qui gère plus d’une douzaine de milieux d’hébergement, dont des CHSLD privés non conventionnés sous contrat avec le gouvernement.

Mais depuis cet automne, les règles du jeu ont changé, a-t-il constaté.

«[Les agences] nous appellent dernièrement, et ça, on n’avait jamais vu ça avant la COVID. [Elles] disent : ‘’On va rentrer en fin de semaine, on va combler vos besoins, mais à temps double!» explique Paul Arbec.

Même s’il parvient à s’entendre pour du temps et demi, le coût demeure exorbitant.

Paul Arbec, président et chef de la direction du Groupe Santé Arbec

© /Radio-Canada Paul Arbec, président et chef de la direction du Groupe Santé Arbec

«Notre modèle d’affaires n’est pas basé sur ces salaires-là, évidemment!», explique-t-il.

En septembre, M. Arbec mentionnait combler entre 15 % et 30 % de ses besoins en main-d’œuvre infirmière par l’entremise des agences.

Selon lui, «il y a une inflation considérable et, pense-t-il, un certain abus de la part des agences.»

Le gouvernement a pourtant publié, au mois de mai, un arrêté ministériel plafonnant à moins de 75 $ le tarif horaire d’un «prestataire de services» pour du personnel infirmier.

Selon la présidente de l’Association des entreprises privées en soins de santé en personnel soignant du Québec, Hélène Gravel, «s’il y a des gens qui le font (en facturant du temps double) ils trichent tout simplement, ça ne devrait pas se faire.»

Des agences populaires

Le recours au personnel infirmier d’agences de placement s’est accentué avec la pandémie.

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le nombre d’heures confiées aux agences de placement, dont les infirmières, a presque doublé depuis le début de la pandémie et pourrait atteindre cette année à 13,6 millions d’heures, l’équivalent d’environ 7500 postes temps complet.

En août, le ministre Christian Dubé précisait, dans son plan d’action pour contrer une potentielle deuxième vague d’éclosions, son intention «d’éliminer la mobilité de la main-d’œuvre, incluant la main-d’œuvre indépendante (sous réserve d’une rupture de services).»

Ces jours-ci, la création de postes à temps plein et la question des ratios patients-infirmières sont au cœur des négociations d’une convention collective dans le réseau public.

On compte au Québec environ 60 000 infirmières dans le réseau public, dont 55 % à temps plein et 45 % à temps partiel.

À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) on constate également avoir perdu aux agences des membres syndiqués de CHSLD privés.

Choisir son horaire

Julien Rainville-Lajoie est un jeune infirmier qui a choisi, il y a deux ans, de travailler pour une agence de placement privé. Il travaille présentement à l’hôpital régional de Rimouski aux soins intensifs.

Ce dernier explique avoir fait ce choix «pour la liberté des horaires.»

L'infirmier Julien Rainville-Lajoie

© /Radio-Canada L’infirmier Julien Rainville-Lajoie

«En agence, on peut refuser le temps supplémentaire obligatoire, explique M. Rainville-Lajoie. C’est nous qui décidons si on veut rester ou pas.»

«Je peux facilement avoir mon congé et je peux aussi prendre un mois de congé si j’ai envie de partir en voyage, ajoute-t-il. Je ne suis pas obligé avec les décrets de travailler à temps complet.»

Et c’est sans compter la rémunération plus élevée.

«C’est facilement le double de ce que je faisais avant, explique-t-il. On ne paie pas de cotisation au fonds de pension donc, oui, on doit cotiser nous-mêmes, mais c’est très, très faisable.»

Radio-Canada a recueilli des dizaines de témoignages d’infirmiers et infirmières qui, comme M Rainville-Lajoie, affirment avoir quitté leur poste pour améliorer leur sort en travaillant en agence.

Un petit exode que reconnaît Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnels en soins de l’Est de l’île de Montréal (FIQ).

«Depuis l’application de l’arrêté au mois de mars, les gens sont épuisés, ils se font annuler des vacances, des congés, explique M. Cloutier. Puis, ils n’ont plus aucun droit de regard sur leurs conditions de travail, ce qui les pousse beaucoup à quitter le réseau !»

Le matin de l’entrevue, M.Cloutier venait d’apprendre que trois infirmières quittaient le CIUSSS de l’Est-de-l’ile-de-Montréal pour des agences de placement privé.

Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Est-de-l'Île-de-Montréal

© /Radio-Canada Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Parmi les solutions, ce dernier suggère le modèle adopté en Colombie-Britannique «où on a dit :  »un réseau, un employeur ».»

«Clairement, dans une région comme Montréal, s’ils empêchaient le public d’embaucher des agences, beaucoup des infirmières des agences n’auraient pas le choix de revenir dans le réseau. Il resterait aux agences le secteur privé et les régions éloignées.»

Paul Arbec rappelle également que la bonification des contrats avec les CHSLD privés non conventionnés, attendue depuis plusieurs mois, pourrait leur permettre d’offrir des salaires concurrentiels.

«On entend qu’on s’enligne dans la bonne direction avec des négociations, […] mais c’est une situation qui ne peut pas perdurer, insiste-t-il. On peut faire des déficits pendant une période donnée, mais on ne peut pas faire des déficits à pu finir, à un moment donné on va frapper un mur.»

Avec Radio-Canada par  Daniel Boily, Davide Gentile

Canada: L’armée décrit l’horreur dans les CHSLD en Ontario

mai 27, 2020

«C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie», a déclaré le premier ministre ontarien, Doug Ford.

© Nathan Denette La Presse canadienne «C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie», a déclaré le premier ministre ontarien, Doug Ford.
Agressivité du personnel soignant, médicaments périmés, présence de coquerelles : le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a dévoilé mardi après-midi un rapport accablant des Forces armées canadiennes sur les cinq résidences ontariennes pour aînés où des soldats ont été déployés.« C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie », a déclaré Doug Ford en point de presse, qualifiant les informations contenues dans le rapport d’« horribles » et de « choquantes ». Le premier ministre canadien Justin Trudeau a, quant à lui, parlé d’un rapport « extrêmement dérangeant ».

« J’ai eu de la tristesse, j’ai été choqué, j’ai été déçu, j’ai été fâché, a-t-il mentionné. Je pense qu’on voit une situation qui évidemment est une réalité liée actuellement à la COVID, mais qui est là depuis longtemps et que nous devons entreprendre en tant que pays à améliorer. »

L’armée a également préparé un rapport sur son déploiement dans 25 CHSLD du Québec, qui a été expédié au gouvernement provincial mardi en fin de journée. On ignore si les constats des soldats canadiens y ont été aussi dramatiques qu’en Ontario. Mais une source fédérale a confié au Devoir que les conclusions n’étaient pas reluisantes. Une autre personne a expliqué que le fait que le rapport ait été préparé en cours de mission, plutôt qu’après la fin du déploiement des Forces armées, suggère qu’il y avait un « enjeu sanitaire ».

Depuis plusieurs semaines, les témoignages faisant état d’une qualité de soins déficiente, de patients laissés à eux-mêmes et de conditions hygiéniques déplorables dans certains CHSLD et résidences pour aînés du Québec se bousculent dans les médias. Le bureau du coroner a en outre ouvert une enquête sur la mort suspecte de 51 résidents de la résidence Herron dans l’ouest de l’île de Montréal.

Des résidences en crise

En point de presse, le premier ministre Doug Ford a plaidé pour que « cette tragédie serve de prise de conscience [wake-up call] pour tout le pays ». La crise de la COVID a mis au jour les failles profondes du réseau de soins de longue durée qui a été négligé pendant des années, a-t-il argué. La voix nouée par l’émotion, le premier ministre Ford a assuré qu’il allait « remuer ciel et terre pour réparer ce système, peu importe ce qu’il faudra et combien ça coûtera ».Le rapport de l’armée dresse point par point les défaillances notées dans les cinq résidences de la région de Toronto qui étaient « en situation de crise » lorsque l’armée est arrivée en renfort. Des soldats ont rapporté avoir été témoins de patients criant à l’aide parfois pendant deux heures avant d’obtenir du soutien ou encore de résidents s’étant étouffés après avoir été nourris ou abreuvés sans que leur tête ait été adéquatement soulevée. Certains aînés n’avaient pas pris de bains depuis des semaines et plusieurs avaient des escarres. D’autres étaient en détresse après avoir été coupés de contacts avec leur famille sans pour autant bénéficier d’un soutien psychologique. Certains résidents ne recevaient pas trois repas par jour.

L’armée rapporte également de nombreuses défaillances dans la prévention et le contrôle des infections : des patients ayant contracté la COVID-19 circulaient à leur guise dans la résidence, du personnel passait des zones chaudes aux zones froides et du matériel médical souillé était utilisé.

Multiples enquêtes
« Il est choquant que cela puisse se produire ici au Canada », a regretté le premier ministre Ford, ajoutant que la lecture du rapport l’avait hantée une partie de la nuit. « Il y aura justice pour ces résidents et leur famille », a-t-il dit.Déjà, le gouvernement ontarien a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les allégations rapportées par l’armée. Le Bureau du coroner en chef enquête sur un décès. Et la Direction de l’inspection du ministère des Soins de longue durée va enquêter sur certains incidents graves rapportés par l’armée.

Queen’s Park avait en outre déjà annoncé le lancement en septembre d’une commission indépendante sur le système de soins de longue durée. « Nous avons besoin de réponses », a dit Doug Ford.

Les cinq centres de soins de longue durée visés par le rapport de l’armée sont : Eatonville Care Centre à Etobicoke, Hawthorne Place Care Centre à North York, Orchard Villa à Pickering, Altamount Care Community à Scarborough et Holland Christian Homes’Grace Manor à Brampton.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré plusieurs fois qu’il fallait que les choses changent et qu’Ottawa aiderait les provinces. « Le gouvernement fédéral sera là pour appuyer les provinces dans le travail qu’elles devront faire », a-t-il mentionné.

Le rapport sur les abus constatés dans les résidences pour aînés en Ontario est daté du 14 mai. Les bureaux des ministres de la Sécurité publique et de la Défense, Bill Blair et Harjit Sajjan, affirment en avoir obtenu copie seulement le 22 mai. Le gouvernement ontarien a été alerté cette fin de semaine.

Prolongement de la mission
Les gouvernement québécois et ontarien ont par ailleurs demandé à Ottawa de prolonger le déploiement de soldats dans leurs résidences de soins de longue durée. Le premier ministre ontarien Doug Ford a indiqué souhaiter que l’armée prête main-forte 30 jours de plus en Ontario, au-delà de la date prévue de la fin de la mission le 12 juin.Justin Trudeau a indiqué que les gouvernements discuteraient de cette demande. « Mais bien sûr, nous allons être là pour aider », a-t-il assuré.

Le Devoir et La Presse canadienne par Marie Vastel avec Hélène Buzzetti