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Canada-Québec/Enquête sur les décès en CHSLD : « On n’a pas vu venir la rapidité dans ces milieux-là »

décembre 1, 2021

La suite du volet national de l’enquête sur la gestion de la pandémie, qui s’est ouverte lundi matin à Shawinigan, a permis de mettre en lumière que la menace dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) a été largement sous-estimée en janvier 2020. L’orientation était dirigée vers les milieux de soins de courte durée, les hôpitaux, mais les milieux de soins de longue durée n’étaient pas sur le radar du comité scientifique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Les audiences publiques se déroulent cette semaine au palais de justice de Shawinigan.

© Martin Chabot/Radio-Canada Les audiences publiques se déroulent cette semaine au palais de justice de Shawinigan.

On n’avait pas vu venir la rapidité [de propagation] dans ces milieux-là », concède d’entrée de jeu le Dr Jasmin Villeneuve, médecin-conseil à l’INSPQ, répondant sans détour à une question de la coroner Géhane Kamel. Dès le début de la pandémie, le chef d’équipe était chargé de coordonner les activités scientifiques en matière de contrôle des infections nosocomiales, de surveillance et de prévention en milieux de soins.

Lors de son témoignage, le Dr Villeneuve a indiqué qu’au tout début de l’année 2020, l’accent était mis sur la transmission dans la communauté. Le comité scientifique a observé que les aînés formaient une clientèle particulièrement touchée fin janvier, début février.

L’expert a par ailleurs indiqué que la pandémie a mis en évidence le besoin de consolider les pratiques de prévention et contrôle des infections en soins de longue durée. L’évolution rapide des connaissances a obligé les experts à s’ajuster rapidement et de façon continue. Le Dr Villeneuve estime nécessaire et toujours d’actualité d’augmenter les ratios d’infirmières spécialisées en prévention dans les milieux de soins.

Recommander le port du masque, sans céder à la pression

Le 18 mars, l’INSPQ a recommandé le port du masque en CHSLD en présence d’un cas confirmé dans un contexte où les quantités d’équipements étaient très limitées.

L’expert en infections n’a pas nié qu’il s’est exercé une certaine pression, compte tenu des bas inventaires.

Il insiste néanmoins pour dire que la pression n’a pas influencé la recommandation scientifique du port du masque. Ce n’est pas à nous de gérer le stock, c’est plate à dire, mais c’est ça .»

Une veille» des articles scientifiques

Le témoignage du Dr Villeneuve a aussi permis d’apprendre que son comité colligeait une manne d’informations dès la fin du mois de janvier 2020. L’INSPQ a procédé à une veille d’articles scientifiques, venus de partout dans le monde. Les articles étaient classés par thèmes et catégories, puis partagés quotidiennement sous forme de liste à de nombreux acteurs du milieu. Cette liste a notamment été faite pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le Dr Villeneuve a indiqué que le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda, a demandé à avoir un résumé des articles répertoriés, ce qui a été fait sur une période d’environ un mois, en février 2020, avant qu’on y mette fin. L’exercice consommait énormément de temps et de ressources humaines », a précisé le Dr Villeneuve. Dès lors, chaque acteur était responsable d’aller chercher l’information qui l’importait.

Géhane Kamel a indiqué que la veille des articles la tracasse particulièrement.

Elle a demandé à recevoir la liste des articles de la veille scientifique répertoriés en janvier, février et mars 2020, de même que la liste des destinataires.

Concernant les travaux à venir en janvier

Géhane Kamel a tenu à faire une mise au point relativement au report du volet recommandations qui devait avoir lieu cette semaine, mais qui se tiendra plutôt en janvier. La coroner a expliqué avoir comme objectif de terminer en janvier, mais dit avoir reçu un nombre considérable de pièces documentaires à observer.

Bien qu’elle garde le cap sur l’objectif, elle ne ferme pas la porte à réentendre des témoins si elle a l’impression qu’on n’a pas bouclé la boucle », expliquant vouloir s’assurer de remplir son mandat et de répondre aux questions des familles.

Avec Radio-Canada par Marie-Ève Trudel

Canada-Montréal: Deuxième éclosion majeure chez les Sœurs de la Providence

février 8, 2021

La résidence des Sœurs de la Providence à Montréal lutte contre une deuxième éclosion massive de COVID-19, qui a déjà fait une dizaine de morts ces derniers jours. Une situation d’autant plus « regrettable », selon ses dirigeants, qu’ils avaient demandé à avoir accès à la vaccination en même temps que les CHSLD au début du mois de janvier.

L’éclosion est loin d’être terminée puisque, malgré certains cas rétablis, il reste encore plus d’une trentaine de cas positifs chez les résidents. 11 résidents sont décédés, dont 10 du côté de l’infirmerie et un du côté des résidents autonomes ou semi-autonomes.

© Marie-France Coallier Le Devoir L’éclosion est loin d’être terminée puisque, malgré certains cas rétablis, il reste encore plus d’une trentaine de cas positifs chez les résidents. 11 résidents sont décédés, dont 10 du côté de l’infirmerie et un du côté des résidents autonomes ou semi-autonomes.

C’est au retour des Fêtes, vers le 6 janvier, que sont survenus les premiers cas de COVID à Carrefour Providence, une résidence privée comptant plus de 300 religieuses et dont la moyenne d’âge est de 89 ans. Rapidement, on a procédé à un dépistage massif, explique la directrice générale Danielle Gaboury. Au fil des jours, le nombre de cas a augmenté de façon exponentielle pour arriver à un total de 81 chez les résidents et de 40 chez les employés, en date de vendredi.

L’éclosion est loin d’être terminée puisque, malgré certains cas rétablis, il reste encore plus d’une trentaine de cas positifs chez les résidents. Seulement 12 membres du personnel sont rétablis et de retour en poste.

Onze résidents sont décédés, dont 10 du côté de l’infirmerie — qui s’apparente à un CHSLD pour les soins de longue durée qui y sont dispensés — et 1 du côté des résidents autonomes ou semi-autonomes.

Le président du syndicat, Farid Larab, dénonce une « gestion catastrophique » de la direction de l’établissement. « Ils ont perdu le contrôle dans les deux premières semaines », affirme-t-il en entrevue au Devoir. « On fait des mises à jour avec l’employeur tous les deux jours et on leur suggère des changements qui tardent à venir. »

Selon lui, le manque de personnel est criant, ce que confirme la direction, qui affirme être en recrutement permanent depuis le début de l’éclosion, puisque non seulement il faut remplacer le personnel malade, mais également ajouter des bras pour faire face à l’éclosion.

Positive pour la deuxième fois

Dans la résidence d’à côté, la résidence Salaberry, gérée aussi par les Sœurs de la Providence, on compte un total de sept cas : quatre chez les résidentes et trois chez le personnel.

L’une d’entre elles, sœur Rita Richard, avait reçu un test positif lors de la première vague, en mai dernier, et été placée en zone rouge avec plusieurs de ses consœurs. Des mois plus tard, à sa grande surprise, elle a à nouveau été déclarée positive et placée en zone rouge. « Je ne me sentais pas malade, je n’avais aucun symptôme, assure-t-elle au Devoir. C’était une grande déception, mais au lieu de rechigner, j’essayais de regarder les bons côtés. J’ai fait mon temps et j’ai pu regagner ma chambre. »

Ce qu’elle a trouvé le plus difficile, c’était l’isolement. « Jamais je n’ai eu peur de mourir, précise-t-elle. Mais je remercie le ciel à tous les jours ! »

Selon elle, le personnel et l’administration ont été « extraordinaires dans leur dévouement » et ont multiplié les petites attentions qui font du bien.

Vaccination tardive

Le Devoir s’était rendu en mai dernier dans les deux résidences des Sœurs de la Providence, qui luttaient alors contre la première vague de COVID. Les sœurs étaient dépassées par les événements et demandaient de l’aide au CIUSSS du Nord-de-l’Île de Montréal. « La différence, cette fois-ci, c’est qu’on a un beau partenariat avec le CIUSSS du Nord, explique la directrice générale, Danielle Gaboury. On peut souligner également que nous avons beaucoup appris de la première vague et que beaucoup de mesures de prévention et de contrôle des infections étaient déjà en place. »

Mais il y a un hic, déplore Marie-Andrée Guillemette, directrice des soins et des services cliniques. « La seule chose qui est regrettable, c’est que le côté infirmerie de l’établissement n’a pas été considéré comme un CHSLD dans la priorisation de la vaccination, ce qui fait que plutôt que d’être vacciné dès le bloc 1, au début janvier, on est vacciné aujourd’hui [mercredi]. »

Selon elle, c’est un problème de nomenclature qui a empêché ses résidentes les plus fragiles d’être vaccinées plus tôt en janvier. « Au niveau administratif, nous sommes inscrits sous le nom de communauté religieuse, ce n’est pas écrit CHSLD privé, par exemple. Donc, malgré le fait que nous avons vraiment identifié que le côté infirmerie, ce sont des soins de longue durée qui sont similaires à ceux donnés dans un CHSLD ; cette catégorisation a été maintenue dans les critères de priorisation. »

Des demandes ont été faites du côté de l’établissement pour tenter de convaincre le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal de revoir la catégorisation de l’infirmerie, mais celles-ci sont restées vaines. « Il faut toujours se battre pour faire reconnaître les droits des résidentes et avoir accès aux mêmes services que les CHSLD », ajoute la directrice générale, Danielle Gaboury.

Si on avait pu vacciner les résidentes de l’aile infirmerie plus tôt, est-ce qu’il y aurait eu moins de dommages ? « Assurément », répond Marie-Andrée Guillemette.

Du côté du CIUSSS, on répond par courriel que « les catégories priorisées ont été déterminées par Québec ». Ainsi, les résidences des Sœurs de la Providence se situent dans la troisième catégorie, soit celle des « personnes autonomes ou en perte d’autonomie qui vivent en résidence privée pour aînés (RPA) ou dans certains milieux fermés hébergeant des personnes âgées ».

On confirme par ailleurs que les équipes se sont déplacées mercredi afin de vacciner 330 usagers.

La directrice de la clinique estime, avec confiance, que la vaccination « va freiner la poursuite de l’éclosion » et « casser la courbe » pour lui permettre de redevenir une « zone froide d’ici trois à quatre semaines ».

Avec Le Devoir par  Jessica Nadeau 

La première vaccinée au Canada a contracté la COVID-19

janvier 14, 2021

La COVID-19 continue de se propager au CHSLD Saint-Antoine malgré l’opération de vaccination de la mi-décembre. La première personne vaccinée au pays, Gisèle Lévesque, n’y a pas échappé.

Gisèle Lévesque se fait vacciner par une infirmière.

© Gouvernement du Québec Gisèle Lévesque se fait vacciner par une infirmière.

Selon les données les plus récentes du CIUSSS de la Capitale-Nationale, il y a toujours 68 cas actifs parmi les usagers.

La première personne vaccinée au Canada, Gisèle Lévesque, a contracté la COVID-19 deux semaines après avoir reçu sa dose, selon plusieurs médias. Elle aurait eu des symptômes, mais se porterait maintenant mieux.

Depuis le début de la pandémie, 36 résidents du CHSLD Saint-Antoine sont décédés de la maladie et 95 travailleurs de l’établissement l’ont contracté.

Vaccin néanmoins efficace

Le CIUSSS souligne que le fait que des usagers et des travailleurs aient contracté la COVID-19 ne signifie pas que le vaccin est inefficace.

Quelques jours avant le début de la vaccination, 15 cas avaient été recensés.

«Des analyses sont en cours pour bien comprendre la situation au CHSLD, mais il est vraisemblable que plusieurs de ces usagers ont été infectés avant de recevoir le vaccin et n’ont commencé à développer des symptômes qu’après avoir reçu le vaccin», explique la porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Annie Ouellet.

Réponse immunitaire plus lente

Elle rappelle également que la réponse immunitaire ne se fait pas immédiatement après avoir été vacciné.

«Il est connu que le système immunitaire a besoin de 14 jours avant de développer les anticorps qui permettent de résister à l’infection. C’est encore plus vrai dans le cas de personnes âgées, où il n’est pas exclu que cette période de 14 jours soit insuffisante», mentionne Annie Ouellet.

Pour que le vaccin de Pfizer-BioNTech atteigne 95 % d’efficacité, une deuxième dose doit être administrée 21 jours après la première.

Les résidents du CHSLD Saint-Antoine devaient recevoir leur deuxième dose de vaccin de Pfizer-BioNTech. L’éclosion n’a pas modifié le plan de vaccination du CIUSSS.

Ce CHSLD accueille 230 résidents. Parmi ceux-ci, 202 ont choisi d’obtenir le vaccin, tout comme 125 employés.

Avec Radio-Canada par  Jean-François Nadeau

Canada: Plus de 3315 aspirants préposés aux bénéficiaires ont quitté le programme

décembre 22, 2020

Des 9866 volontaires inscrits à la formation accélérée de préposés aux bénéficiaires (PAB) en juin, seuls 6551 prêtent main-forte aujourd’hui dans les CHSLD. Ceux qui sont partis doivent rendre la bourse reçue du gouvernement, ce qui n’est pas simple.

Èva Benoit-Dragon à proximité de son nouveau travail dans un dépanneur de Saint-Jérôme.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Èva Benoit-Dragon à proximité de son nouveau travail dans un dépanneur de Saint-Jérôme.

La vie d’Èva Benoit-Dragon a changé depuis l’échec de sa formation de PAB. La Montréalaise de 21 ans a dû retourner vivre chez ses parents à Saint-Jérôme et elle doit travailler dans un dépanneur.

«J’ai une grosse dette et je sais que ça va prendre du temps à la rembourser.» Elle doit remettre les 6140 $ de bourse du gouvernement qu’elle a reçus durant ses deux mois d’alternance travail-études en CHSLD.

Cet argent, elle ne l’a pas. Elle en a dépensé une bonne partie pour payer son loyer des derniers mois, sa nourriture et s’occuper de son frère. «Je ne pouvais pas m’inscrire à la PCU et je n’ai pas le droit au chômage, car je n’ai pas accès à une cessation d’emploi, puisqu’il s’agit d’études», explique-t-elle.

Plusieurs syndicats de préposés nous ont fait part de situations semblables.

Remboursement obligatoire en cas d’échec ou d’abandon

Le contrat qu’elle a signé était clair : en plus de réussir la formation, les aspirants PAB doivent offrir une disponibilité d’un an. En cas d’abandon ou d’échec, ils doivent rembourser la bourse de formation, qui atteint un maximum de 9210 $.

Èva Benoit-Dragon n’a pas été jugée assez compétente par ses formateurs, mais c’est seulement deux jours avant la fin des 375 heures de formation requises qu’ils le lui ont annoncé. Juste avant qu’elle ne puisse toucher le dernier paiement de sa bourse.

«Je me sens extorquée et flouée», dit-elle.

Elle reconnaît quelques «petites erreurs» durant sa formation, comme avoir oublié de porter des gants à une reprise, mais rien ne lui laissait présager qu’elle allait être écartée du jour au lendemain. «J’ai fait les heures qu’ils m’avaient dit de faire, on me disait que je faisais des progrès.»

«Ça manque d’humanité. Elle s’est fait jeter comme une vieille chaussette», dénonce le député de Rosemont de Québec solidaire, Vincent Marissal, qui a été contacté par la jeune femme, désespérée. «Peut-être que certains auraient besoin de plus de temps de formation.»

Le député de Québec solidaire rappelle que «ces gens-là ont travaillé en CHSLD durant leur formation, ils ont quand même donné des services».

Le ministère de la Santé explique que le remboursement n’est pas requis pour un candidat qui échoue pour une raison liée à une incapacité cognitive ou une maladie. «Un traitement humain au cas par cas est donc privilégié», ajoute le porte-parole Robert Maranda.

De plus, le ministère précise que «le candidat et l’établissement de santé et services sociaux qui a octroyé la bourse peuvent convenir d’une entente de remboursement étalée sur un nombre de mois convenu entre les parties».

Enfin, le contrat signé par les aspirants PAB prévoit la possibilité de retrancher du montant total le prorata du temps travaillé. Ce n’est toutefois pas ce qui a été proposé à Èva Benoit-Dragon.

La jeune femme avait été sélectionnée au départ parmi 80 000 volontaires. Le gouvernement avait un urgent besoin de 10 000 préposés dans les CHSLD de la province. Puisque seulement 6551 sont au travail, Québec a déjà prévu la formation de nouvelles cohortes pour ajouter 3000 personnes de plus.

Avec Thomas Gerbet par Radio-Canada

Québec/COVID-19: une première éclosion dans un CHSLD de la Mauricie

décembre 14, 2020

Trois-Rivières — Le bilan de la Santé publique fait état de 57 nouveaux cas en Mauricie-Centre-du-Québec ainsi que deux décès supplémentaires liés aux éclosions dans les résidences privées pour aînés. La région retient également son souffle alors qu’une première éclosion en Maurice depuis le début de la deuxième vague s’est déclarée en fin de semaine au CHSLD Saint-Maurice de Shawinigan.Une éclosion s’est déclarée au CHSLD Saint-Maurice, à Shawinigan.

© SYLVAIN MAYER Une éclosion s’est déclarée au CHSLD Saint-Maurice, à Shawinigan.

Les secteurs les plus touchés sont encore une fois la MRC d’Arthabaska, qui a enregistré une augmentation de 20 nouveaux cas, et la MRC de Drummond, en hausse de 15. Trois-Rivières suit avec 10, l’agglomération de La Tuque avec trois, les MRC de Mékinac et de Nicolet-Yamaska avec deux et la MRC de Bécancour avec une nouvelle personne infectée.

On note également 53 nouvelles guérisons dans la région. Le nombre de cas actifs a quant à lui augmenté de trois et se situe actuellement à 779 en Mauricie et au Centre-du-Québec.

La pression sur les hospitalisations est une fois de plus à la baisse, alors que cinq places se sont libérées dans les unités COVID de Trois-Rivières et de Drummondville. Il y a également deux personnes qui ont quitté les soins intensifs. Lundi, 46 personnes atteintes du coronavirus étaient hospitalisées dans la région. Ce qui représente un taux d’occupation de 67%.

Des éclosions à surveiller

La Mauricie a enregistré sa première éclosion en CHSLD, en fin de semaine, alors qu’un employé et deux usagers du Centre d’hébergement Saint-Maurice ont été déclarés positifs à la suite d’un dépistage massif.

Du côté du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, on assure qu’on a appris des leçons du printemps dernier, où plusieurs personnes avaient perdu la vie à la suite d’éclosions dans les CHSLD.

«Au cours de l’été, il y a eu beaucoup de formations. Le personnel est beaucoup plus au courant. L’équipement de protection est complètement différent de ce qu’on avait connu au printemps. Toutes les précautions sont prises au niveau de la protection de contrôle des infections. On avait fait aussi l’élaboration de plans pour l’élaboration de zones chaudes en centre d’hébergement. On avait fait des simulations», énumère Guillaume Cliche, agent d’information du CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec.

La zone chaude a donc été déployée très rapidement, autant au CHSLD Saint-Maurice qu’au CHSLD Frederic-George-Heriot, de Drummondville, où une éclosion s’est déclarée la semaine dernière. Une zone qui est plus efficiente que celle qui avait été implantée au printemps, assure l’agent d’information du CIUSSS.

La situation est un peu différente au CHSLD Saint-Maurice, puisque l’éclosion s’est produite dans une unité prothétique où se trouvent des personnes qui peuvent présenter des problématiques d’errance et qui ne comprennent pas les règles à suivre.

L’aile prothétique, où se trouvaient sept résidents, a donc été circonscrite du reste du CHSLD. Une surveillance plus importante y est apportée pour éviter les contacts avec les autres usagers. Les deux personnes infectées ont quant à elle été transférées dans la zone chaude.

Advenant que des cas se déclarent au sein du reste des usagers, une autre zone chaude devrait être implantée pour éviter le contact avec les personnes qui peuvent faire de l’errance.

De son côté, l’éclosion au CHSLD Frederic-George-Heriot a causé huit nouveaux cas, lundi, dont sept résidents et un employé. Il y a actuellement 19 personnes infectées par la COVID-19, dont 16 résidents.

Dans les résidences privées pour aînés, deux autres résidences se sont ajoutées du côté de Victoriaville pour porter le nombre de milieux en éclosion à 14 dans la région.

À Trois-Rivières, on rapporte six nouveaux cas, dont cinq à la Résidence Laliberté (4 employés, 1 résident) et un résident de la résidence Myosotis. La situation est toujours stable au Centre l’Assomption de Saint-Léonard-d’Aston, à la résidence Laveault de Louiseville, chez Johanne et Gilles, à Shawinigan, et aux Jardins les Becquets de Saint-Pierre-les-Becquets.

Pour ce qui est des éclosions au CHAUR, trois employés de l’unité COVID de Trois-Rivières ont été déclarés positifs, tout comme un usager de l’unité de neurologie (2J).

Dans les écoles, le dernier bilan publié vendredi fait état de nouveaux cas qui ont été rapportés dans une quinzaine d’établissements de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Une manifestation contre le recours à l’arrêté ministériel

Par ailleurs, une manifestation s’est produite du côté de Victoriaville, lundi midi, afin de dénoncer l’utilisation abusive des arrêtés ministériels du gouvernement Legault. Ce qui permet notamment aux gestionnaires d’imposer des horaires de travail sans le consentement des salariés, et ce, sans aucune justification. Ce qui a mené des milliers de travailleuses et de travailleurs à démissionner au cours des derniers mois, fait valoir le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Pascal Bastarache.

«Monsieur Legault doit revoir ses priorités, il doit arrêter de miser sur l’imposition et les menaces pour arriver à ses fins», a-t-il fait valoir.

Avec Sébastien Lacroix – Le Nouvelliste

Canada: Jusqu’à 150 $ l’heure pour du personnel infirmier d’agences au Québec

décembre 3, 2020

Un nombre grandissant d’infirmiers et d’infirmières quittent le réseau public pour offrir leurs services à des agences de placement. Des agences qui peuvent facturer plus de 100 $ de l’heure.

Le recours au personnel infirmier d’agences de placement s’est accentué avec la pandémie.

© Ivanoh Demers/Radio-Canada Le recours au personnel infirmier d’agences de placement s’est accentué avec la pandémie.

«Une infirmière d’agence coûte, en temps normal, 65 $ à 75 $ l’heure», explique le président du Groupe Santé Arbec, qui gère plus d’une douzaine de milieux d’hébergement, dont des CHSLD privés non conventionnés sous contrat avec le gouvernement.

Mais depuis cet automne, les règles du jeu ont changé, a-t-il constaté.

«[Les agences] nous appellent dernièrement, et ça, on n’avait jamais vu ça avant la COVID. [Elles] disent : ‘’On va rentrer en fin de semaine, on va combler vos besoins, mais à temps double!» explique Paul Arbec.

Même s’il parvient à s’entendre pour du temps et demi, le coût demeure exorbitant.

Paul Arbec, président et chef de la direction du Groupe Santé Arbec

© /Radio-Canada Paul Arbec, président et chef de la direction du Groupe Santé Arbec

«Notre modèle d’affaires n’est pas basé sur ces salaires-là, évidemment!», explique-t-il.

En septembre, M. Arbec mentionnait combler entre 15 % et 30 % de ses besoins en main-d’œuvre infirmière par l’entremise des agences.

Selon lui, «il y a une inflation considérable et, pense-t-il, un certain abus de la part des agences.»

Le gouvernement a pourtant publié, au mois de mai, un arrêté ministériel plafonnant à moins de 75 $ le tarif horaire d’un «prestataire de services» pour du personnel infirmier.

Selon la présidente de l’Association des entreprises privées en soins de santé en personnel soignant du Québec, Hélène Gravel, «s’il y a des gens qui le font (en facturant du temps double) ils trichent tout simplement, ça ne devrait pas se faire.»

Des agences populaires

Le recours au personnel infirmier d’agences de placement s’est accentué avec la pandémie.

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le nombre d’heures confiées aux agences de placement, dont les infirmières, a presque doublé depuis le début de la pandémie et pourrait atteindre cette année à 13,6 millions d’heures, l’équivalent d’environ 7500 postes temps complet.

En août, le ministre Christian Dubé précisait, dans son plan d’action pour contrer une potentielle deuxième vague d’éclosions, son intention «d’éliminer la mobilité de la main-d’œuvre, incluant la main-d’œuvre indépendante (sous réserve d’une rupture de services).»

Ces jours-ci, la création de postes à temps plein et la question des ratios patients-infirmières sont au cœur des négociations d’une convention collective dans le réseau public.

On compte au Québec environ 60 000 infirmières dans le réseau public, dont 55 % à temps plein et 45 % à temps partiel.

À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) on constate également avoir perdu aux agences des membres syndiqués de CHSLD privés.

Choisir son horaire

Julien Rainville-Lajoie est un jeune infirmier qui a choisi, il y a deux ans, de travailler pour une agence de placement privé. Il travaille présentement à l’hôpital régional de Rimouski aux soins intensifs.

Ce dernier explique avoir fait ce choix «pour la liberté des horaires.»

L'infirmier Julien Rainville-Lajoie

© /Radio-Canada L’infirmier Julien Rainville-Lajoie

«En agence, on peut refuser le temps supplémentaire obligatoire, explique M. Rainville-Lajoie. C’est nous qui décidons si on veut rester ou pas.»

«Je peux facilement avoir mon congé et je peux aussi prendre un mois de congé si j’ai envie de partir en voyage, ajoute-t-il. Je ne suis pas obligé avec les décrets de travailler à temps complet.»

Et c’est sans compter la rémunération plus élevée.

«C’est facilement le double de ce que je faisais avant, explique-t-il. On ne paie pas de cotisation au fonds de pension donc, oui, on doit cotiser nous-mêmes, mais c’est très, très faisable.»

Radio-Canada a recueilli des dizaines de témoignages d’infirmiers et infirmières qui, comme M Rainville-Lajoie, affirment avoir quitté leur poste pour améliorer leur sort en travaillant en agence.

Un petit exode que reconnaît Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnels en soins de l’Est de l’île de Montréal (FIQ).

«Depuis l’application de l’arrêté au mois de mars, les gens sont épuisés, ils se font annuler des vacances, des congés, explique M. Cloutier. Puis, ils n’ont plus aucun droit de regard sur leurs conditions de travail, ce qui les pousse beaucoup à quitter le réseau !»

Le matin de l’entrevue, M.Cloutier venait d’apprendre que trois infirmières quittaient le CIUSSS de l’Est-de-l’ile-de-Montréal pour des agences de placement privé.

Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Est-de-l'Île-de-Montréal

© /Radio-Canada Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Parmi les solutions, ce dernier suggère le modèle adopté en Colombie-Britannique «où on a dit :  »un réseau, un employeur ».»

«Clairement, dans une région comme Montréal, s’ils empêchaient le public d’embaucher des agences, beaucoup des infirmières des agences n’auraient pas le choix de revenir dans le réseau. Il resterait aux agences le secteur privé et les régions éloignées.»

Paul Arbec rappelle également que la bonification des contrats avec les CHSLD privés non conventionnés, attendue depuis plusieurs mois, pourrait leur permettre d’offrir des salaires concurrentiels.

«On entend qu’on s’enligne dans la bonne direction avec des négociations, […] mais c’est une situation qui ne peut pas perdurer, insiste-t-il. On peut faire des déficits pendant une période donnée, mais on ne peut pas faire des déficits à pu finir, à un moment donné on va frapper un mur.»

Avec Radio-Canada par  Daniel Boily, Davide Gentile

Canada: L’armée décrit l’horreur dans les CHSLD en Ontario

mai 27, 2020

«C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie», a déclaré le premier ministre ontarien, Doug Ford.

© Nathan Denette La Presse canadienne «C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie», a déclaré le premier ministre ontarien, Doug Ford.
Agressivité du personnel soignant, médicaments périmés, présence de coquerelles : le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a dévoilé mardi après-midi un rapport accablant des Forces armées canadiennes sur les cinq résidences ontariennes pour aînés où des soldats ont été déployés.« C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie », a déclaré Doug Ford en point de presse, qualifiant les informations contenues dans le rapport d’« horribles » et de « choquantes ». Le premier ministre canadien Justin Trudeau a, quant à lui, parlé d’un rapport « extrêmement dérangeant ».

« J’ai eu de la tristesse, j’ai été choqué, j’ai été déçu, j’ai été fâché, a-t-il mentionné. Je pense qu’on voit une situation qui évidemment est une réalité liée actuellement à la COVID, mais qui est là depuis longtemps et que nous devons entreprendre en tant que pays à améliorer. »

L’armée a également préparé un rapport sur son déploiement dans 25 CHSLD du Québec, qui a été expédié au gouvernement provincial mardi en fin de journée. On ignore si les constats des soldats canadiens y ont été aussi dramatiques qu’en Ontario. Mais une source fédérale a confié au Devoir que les conclusions n’étaient pas reluisantes. Une autre personne a expliqué que le fait que le rapport ait été préparé en cours de mission, plutôt qu’après la fin du déploiement des Forces armées, suggère qu’il y avait un « enjeu sanitaire ».

Depuis plusieurs semaines, les témoignages faisant état d’une qualité de soins déficiente, de patients laissés à eux-mêmes et de conditions hygiéniques déplorables dans certains CHSLD et résidences pour aînés du Québec se bousculent dans les médias. Le bureau du coroner a en outre ouvert une enquête sur la mort suspecte de 51 résidents de la résidence Herron dans l’ouest de l’île de Montréal.

Des résidences en crise

En point de presse, le premier ministre Doug Ford a plaidé pour que « cette tragédie serve de prise de conscience [wake-up call] pour tout le pays ». La crise de la COVID a mis au jour les failles profondes du réseau de soins de longue durée qui a été négligé pendant des années, a-t-il argué. La voix nouée par l’émotion, le premier ministre Ford a assuré qu’il allait « remuer ciel et terre pour réparer ce système, peu importe ce qu’il faudra et combien ça coûtera ».Le rapport de l’armée dresse point par point les défaillances notées dans les cinq résidences de la région de Toronto qui étaient « en situation de crise » lorsque l’armée est arrivée en renfort. Des soldats ont rapporté avoir été témoins de patients criant à l’aide parfois pendant deux heures avant d’obtenir du soutien ou encore de résidents s’étant étouffés après avoir été nourris ou abreuvés sans que leur tête ait été adéquatement soulevée. Certains aînés n’avaient pas pris de bains depuis des semaines et plusieurs avaient des escarres. D’autres étaient en détresse après avoir été coupés de contacts avec leur famille sans pour autant bénéficier d’un soutien psychologique. Certains résidents ne recevaient pas trois repas par jour.

L’armée rapporte également de nombreuses défaillances dans la prévention et le contrôle des infections : des patients ayant contracté la COVID-19 circulaient à leur guise dans la résidence, du personnel passait des zones chaudes aux zones froides et du matériel médical souillé était utilisé.

Multiples enquêtes
« Il est choquant que cela puisse se produire ici au Canada », a regretté le premier ministre Ford, ajoutant que la lecture du rapport l’avait hantée une partie de la nuit. « Il y aura justice pour ces résidents et leur famille », a-t-il dit.Déjà, le gouvernement ontarien a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les allégations rapportées par l’armée. Le Bureau du coroner en chef enquête sur un décès. Et la Direction de l’inspection du ministère des Soins de longue durée va enquêter sur certains incidents graves rapportés par l’armée.

Queen’s Park avait en outre déjà annoncé le lancement en septembre d’une commission indépendante sur le système de soins de longue durée. « Nous avons besoin de réponses », a dit Doug Ford.

Les cinq centres de soins de longue durée visés par le rapport de l’armée sont : Eatonville Care Centre à Etobicoke, Hawthorne Place Care Centre à North York, Orchard Villa à Pickering, Altamount Care Community à Scarborough et Holland Christian Homes’Grace Manor à Brampton.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré plusieurs fois qu’il fallait que les choses changent et qu’Ottawa aiderait les provinces. « Le gouvernement fédéral sera là pour appuyer les provinces dans le travail qu’elles devront faire », a-t-il mentionné.

Le rapport sur les abus constatés dans les résidences pour aînés en Ontario est daté du 14 mai. Les bureaux des ministres de la Sécurité publique et de la Défense, Bill Blair et Harjit Sajjan, affirment en avoir obtenu copie seulement le 22 mai. Le gouvernement ontarien a été alerté cette fin de semaine.

Prolongement de la mission
Les gouvernement québécois et ontarien ont par ailleurs demandé à Ottawa de prolonger le déploiement de soldats dans leurs résidences de soins de longue durée. Le premier ministre ontarien Doug Ford a indiqué souhaiter que l’armée prête main-forte 30 jours de plus en Ontario, au-delà de la date prévue de la fin de la mission le 12 juin.Justin Trudeau a indiqué que les gouvernements discuteraient de cette demande. « Mais bien sûr, nous allons être là pour aider », a-t-il assuré.

Le Devoir et La Presse canadienne par Marie Vastel avec Hélène Buzzetti

Canada: Des CHSLD acceptent de nouveaux résidents atteints de la COVID-19

mai 20, 2020
3187 Québécois attendent une place en CHSLD
© /iStock 3187 Québécois attendent une place en CHSLD
Après plus d’un mois d’interdiction, les admissions ont repris en CHSLD afin de libérer des lits dans les hôpitaux. Mais dans le Grand Montréal, les nouveaux résidents prennent surtout le chemin des zones chaudes, où des places se sont libérées avec le nombre élevé de décès.

Georgette Major désespère d’obtenir une place en CHSLD depuis plus de six mois. Atteinte de multiples problèmes de santé, la dame de 74 ans n’en peut plus d’attendre dans un lit d’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Sorel-Tracy, où elle a été admise le 12 novembre 2019.

Ça fait 11 fois qu’on me change de chambre, déplore-t-elle. En intégrant un CHSLD, Georgette aimerait se sentir un peu plus chez elle. En raison de la pandémie, elle n’a même pas le droit de recevoir de visites à l’hôpital.

En date du 25 avril, 3187 Québécois comme Georgette attendaient une place en CHSLD. Mais aujourd’hui, pour intégrer un centre d’hébergement du Grand Montréal, mieux vaut avoir attrapé le coronavirus.

Les places qui se libèrent sont surtout dans les zones rouges des établissements, là où le virus a fait des ravages. 2509 résidents de CHSLD sont décédés de la COVID-19.

L’orientation actuelle du ministère de la Santé et des Services sociaux est en effet de reprendre les admissions de cas confirmés dans les zones chaudes de nos CHSLD, indique Marie-Hélène Giguère, porte-parole du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

L’objectif de ces nouvelles admissions est de libérer nos lits d’hôpitaux, explique Catherine Dion, porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

Comme les nouveaux résidents positifs à la COVID-19 sont admis dans les zones chaudes, il n’y a donc pas d’enjeu de contamination pour ces personnes, ajoute le CIUSSS.

Le Conseil pour la protection des malades demande d’attendre

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet.

© /Radio-Canada Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet.
On ne doit pas remplir encore les CHSLD avec du monde à risque, dénonce le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet. Selon lui, les aînés atteints de la COVID qui ont besoin de soins cliniques doivent être traités à l’hôpital.

Les CHSLD sont un des pires endroits où ramener les gens, dit Paul Brunet. On a déjà de graves problèmes à gérer la sécurité de ceux qui ne sont pas atteints [de la COVID] et à gérer adéquatement les zones froides et les zones chaudes.

Au mois de mars, des centaines d’aînés avaient été transférés des hôpitaux vers les CHSLD pour libérer des lits, jusqu’à ce que le ministère de la Santé impose la fin des transferts début avril. Ils sont de nouveaux possibles depuis début mai.

Inquiétudes pour les résidents négatifs et rétablis

Thérèse Marineau a guéri de la COVID-19 au CHSLD Berthiaume-Du Tremblay.

© Courtoisie/Réal Migneault Thérèse Marineau a guéri de la COVID-19 au CHSLD Berthiaume-Du Tremblay.
Au CHSLD Laurendeau, à Montréal, où 81 des 300 résidents sont morts, l’établissement a accueilli de nouveaux pensionnaires malades de la COVID ces derniers jours.

Une infirmière qui a requis l’anonymat s’en offusque, car des positifs et des négatifs partagent des étages : Mes résidents qui sont guéris, ils ont besoin de recommencer à se lever et à se promener dans les corridors. La plupart n’ont pas marché depuis deux mois. Ils ont perdu beaucoup de capacités.

Plusieurs travailleurs de la santé et des médecins ont signalé à Radio-Canada que des étages de CHSLD mélangent encore résidents positifs et négatifs.

14 jours en zone tampon tiède avant d’être admis en zone froide

Directive permettant les admissions en CHSLD, même pour les malades de la COVID.

© MSSS Directive permettant les admissions en CHSLD, même pour les malades de la COVID.
Il n’est pas permis d’admettre une personne suspectée ou confirmée atteinte du coronavirus dans un CHSLD qui n’a pas déjà des cas de COVID-19, indique le ministère de la Santé dans sa directive.

Québec permet toutefois les admissions dans les CHSLD froids ou leurs zones froides de nouveaux résidents guéris ou négatifs, mais il est requis de réaliser un test de dépistage préalable.

Par exemple, dans Lanaudière, les admissions en zones froides ont lieu après cette transition en zone tampon, confirme le CISSS.

Qui doit payer les chambres vides dans les CHSLD privés?

Les chambres vides sont un nouveau problème dans les CHSLD privés qui ne parviennent pas à les remplir.

Normalement, les règles de la Régie du logement permettent aux établissements de facturer le loyer aux familles jusqu’à deux mois après le décès d’un résident, sauf si le CHSLD trouve un nouveau résident pour occuper la chambre.

C’est la situation face à laquelle s’est retrouvé Jean-Pierre Chelhot qui a perdu sa mère au CHSLD Valeo de Saint-Lambert. Le 24 avril, alors qu’il est aux côtés de la dépouille, le personnel lui rappelle qu’il devra payer les deux prochains mois de loyer, soit un total de 10 000 $.

À la suite de ses courriels de plainte auprès de l’établissement, ainsi que d’autres proches dans la même situation, le CHSLD a finalement décidé de ne pas leur facturer les loyers restants.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet

Canada: Un CHSLD infecté à 100 %, avec un virus dans l’air, préoccupe Québec

mai 14, 2020
Pour entrer dans le CHSLD Vigi Mont-Royal, les travailleurs et les bénévoles doivent maintenant revêtir des protections de la tête aux pieds comme celles-là, avec même une cagoule par-dessus la tête et un masque N95.
© /Radio-Canada Pour entrer dans le CHSLD Vigi Mont-Royal, les travailleurs et les bénévoles doivent maintenant revêtir des protections de la tête aux pieds comme celles-là, avec même une cagoule par-dessus la tête et un masque N95.
La situation est hors de contrôle au centre d’hébergement Vigi Mont-Royal, de l’aveu du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Dans ce CHSLD doté d’un système de ventilation défectueux, tous les résidents sans exception sont tombés malades.

La contamination est complète. Un document interne du groupe Vigi Santé obtenu par Radio-Canada révèle qu’aucun résident n’a échappé à la COVID-19 dans l’établissement privé conventionné de Mont-Royal.

Sur les 226 aînés testés positifs, 70 en sont morts sur place et 32 ont été envoyés à l’hôpital où plusieurs sont probablement décédés.

Depuis la fin de semaine, le personnel de santé et les militaires qui se rendent sur les lieux revêtent des équipements de protection de la tête au pied, ce qui est inhabituel pour un CHSLD : masque respiratoire N95, visière, cagoule, jaquette imperméable, gants jusqu’aux coudes et couvre-chaussures.

S’ils se protègent ainsi, c’est que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a découvert, le 8 mai, un système de ventilation défectueux et un ARN viral [des morceaux de virus] présent dans l’air.

Les Forces armées canadiennes ont été appelées en renfort au CHSLD Vigi Mont-Royal, à partir du 29 avril.

© Google Street View Les Forces armées canadiennes ont été appelées en renfort au CHSLD Vigi Mont-Royal, à partir du 29 avril.
«Les gens devenaient positifs à une vitesse phénoménale», raconte Sonia Mancier, présidente du secteur privé de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Le CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal s’en est inquiété et a mobilisé ses spécialistes en contrôle des maladies infectieuses ainsi qu’un expert de la qualité de l’air.

Le système de ventilation et de recirculation de l’air a été réparé dans les derniers jours et une décontamination étage par étage est en cours. Mais il est trop tard. En plus de tous les résidents, 148 employés ont été infectés.

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail a ouvert une enquête. Il n’a pas été possible de joindre le groupe Vigi Santé.

Le gouvernement du Québec est au courant de la situation à Vigi Mont-Royal, puisqu’on découvre dans un document daté du 13 mai, produit pour le compte de la ministre responsable des Aînés, que le CHSLD Vigi Mont-Royal fait partie des huit établissements autorisés à refuser, exceptionnellement, les visites des proches aidants.

On peut y lire que la « situation d’éclosion de la COVID n’est pas en contrôle dans ce CHSLD, ce qui met à risque la sécurité des proches ». Québec évoque le problème de ventilation.

Un virus qui contamine par l’air? Deux expertes se prononcent

Une mauvaise circulation de l'air peut augmenter les risques d'infection.

© Ilya Lukichev/getty images/istockphoto Une mauvaise circulation de l’air peut augmenter les risques d’infection.
«Quelques études ont retrouvé de l’ARN de virus dans l’air», dit la microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, Caroline Quach. «Pas dans les conduits de ventilation, mais dans l’air des chambres des patients.»

«On sait que le virus se promène surtout dans les grosses gouttelettes respiratoires qui ont tendance à retomber sur le plancher assez rapidement», explique Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. «Mais il peut aussi se promener dans de plus petites gouttelettes qui peuvent rester en suspension un certain temps dans l’air.»

Comme Caroline Quach, Céline Tremblay ne pense pas qu’on puisse nécessairement imputer au système de ventilation défectueux toutes les infections du CHSLD.

Le syndicat des infirmières demande une injonction afin de tester la qualité de l’air des autres CHSLD

Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux a bénéficié de renforts de personnel venus du Centre universitaire de santé McGill et de la Croix-Rouge.

© Google Street View Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux a bénéficié de renforts de personnel venus du Centre universitaire de santé McGill et de la Croix-Rouge.
La présidente du secteur privé de la FIQ, Sonia Mancier, blâme la « désorganisation » de certains CHSLD de Vigi Santé et le « non-respect des zones chaudes et froides ». Elle s’inquiète aussi que des problèmes de ventilation semblables surviennent dans d’autres centres du groupe.

La FIQ s’est donc adressée à la Cour supérieure afin d’obliger l’employeur de Vigi Dollard-des-Ormeaux et de Vigi Reine-Élizabeth, des CHSLD privés conventionnés, à faire une inspection de la qualité de l’air et de la ventilation, et à fournir les équipements de protection à l’ensemble des salariées.

Avant même que le juge ne rende sa décision, mercredi, Vigi Santé a déclaré sous serment avoir mandaté trois firmes d’experts pour effectuer des tests. Le juge a exigé que les résultats soient remis au syndicat.

Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux présente un bilan d’infections qui s’apparente à celui de Vigi Mont-Royal avec 96 % des résidents infectés, selon un document interne, ainsi que 116 employés qui ont attrapé la COVID. Au moins 66 aînés en sont morts.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui a envoyé une équipe en renfort dans l’établissement, assure que la situation est « difficile », mais « stable ».

Fait à noter : sur les six CHSLD exemptés par le gouvernement de l’obligation d’accepter des proches aidants, on retrouve quatre établissements du groupe Vigi Santé.

Les CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux, Vigi Pierrefonds et Vigi Reine-Élizabeth ont obtenu d’être soustraits à la directive en raison d’éclosions jugées « importantes ». Le ministère considère que les conditions minimales de sécurité n’y sont pas réunies et que les établissements ont besoin de temps pour contrôler la propagation.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet

Canada-Québec/55 morts dans un CHSLD : dégradation fulgurante dans le Grand Montréal

avril 16, 2020
© Graham Hughes/THE CANADIAN PRESS IMAGES
C’est la résidence la plus endeuillée au Canada, dans la région la plus touchée du pays. À l’image de plusieurs CHSLD du Grand Montréal, celui de Sainte-Dorothée accumule les décès à une vitesse folle.

Uniquement entre le 11 et le 14 avril, 28 résidents sont morts dans cet établissement de Laval, selon des documents que nous avons obtenus. Dans un mois normal, l’établissement enregistre une moyenne de sept décès, d’après les données du ministère de la Santé du Québec.

Des enquêtes de la santé publique doivent encore déterminer si la COVID-19 est responsable des 55 décès survenus depuis le 17 mars, mais, selon une source à l’intérieur de l’établissement, il s’agit de la même cause, à deux ou trois exceptions près.

Officiellement, en date du 16 avril, le CISSS de Laval reconnaît 32 décès liés au coronavirus dans l’établissement et 147 cas positifs. Mais des retards sont souvent signalés dans la publication des bilans officiels.

Au moment où la propagation de la COVID-19 semble hors de contrôle par endroits et que des employés exténués brisent le silence, plusieurs centres intégrés de santé (CISSS et CIUSSS) de la grande région de Montréal refusent dorénavant de publier le nombre de décès par résidence.

Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de Montréal, où la situation se détériore aussi rapidement, nous avons obtenu par une source syndicale les données des contaminations et des décès en date du 15 avril.

On découvre qu’en moins d’une semaine, le nombre de patients et d’employés infectés par la COVID-19 a presque doublé. Durant cette période de six jours, le bilan des décès de résidents de CHSLD est passé de 31 à 53, une hausse de 70 %.

Au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, nous avons appris que le bilan est maintenant de 25 morts. Or, le 2 avril, le bilan était de 7 décès. Il y a donc en moyenne au moins une personne qui meurt de la COVID-19 dans l’établissement chaque jour, soit trois fois plus qu’en temps normal.

Au CHSLD Laurendeau, toujours dans Ahuntsic-Cartierville, l’accélération des décès est encore plus soutenue : 21 personnes étaient mortes du coronavirus en date de mercredi, alors que le 2 avril, il n’y avait pas de victime à signaler. La moyenne est de près de deux décès par jour depuis deux semaines.

Dans le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, en date de mardi, on dénombrait 103 morts, dont 43 uniquement au CHSLD LaSalle.

Une préposée aux bénéficiaires lance un cri du cœur

Des résidents d'un CHSLD se déplaçant dans le corridor.

© Simard, Claudie/Radio-Canada Des résidents d’un CHSLD se déplaçant dans le corridor.
Au CHSLD de La Petite-Patrie, une préposée aux bénéficiaires raconte que les patients « tombent comme des mouches » avec « un ou deux décès par jour ». Six morts étaient recensés par le CIUSSS en date d’hier, mais il y en aurait bien plus, selon cette préposée.

« Ils ont perdu complètement le contrôle », explique l’employée d’agence qui a tenu à taire son nom, car elle n’est pas syndiquée. « Beaucoup de gens partent sans que la famille ne le sache », raconte-t-elle. « Un corps a été laissé 24 heures dans une chambre, parce qu’il n’y avait pas de médecin disponible pour venir constater le décès. »

Les résidents infectés ont été isolés sur un étage, mais le manque de personnel oblige certaines personnes à voyager d’un étage à l’autre. Par ailleurs, le manque de matériel de protection complexifie encore plus la lutte contre la propagation du virus. « J’ai travaillé une journée de 16 heures sans visière », raconte la préposée.

Maintenant difficile d’obtenir des chiffres

Depuis le début de la crise, les CISSS et les CIUSSS communiquaient le nombre de décès par établissement de façon relativement transparente et régulière, mais la donne a changé mercredi.

Le changement d’approche coïncide avec le moment où le ministère de la Santé a consenti à rendre publique de façon quotidienne la liste des CHSLD et RPA touchés par des éclosions. Or, ce tableau n’inclut pas les décès par établissement.

Sur son site web, le ministère communique le nombre de décès par région, par groupe d’âge ou par type de milieu de vie, mais pas par établissement.

Selon nos informations, le bilan des décès du gouvernement ne correspond pas, pour le moment, aux données des établissements sur le terrain.

Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, un porte-parole nous précise par courriel « qu’un grand exercice est fait actuellement afin qu’il y ait une concordance dans les données qui sont transmises aux journalistes ».

« Nous ne divulguerons donc plus de données jusqu’à ce que l’exercice soit complété. » – Un porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Un autre CIUSSS de Montréal nous a donné la même explication. Lundi, Radio-Canada révélait que 33 décès de la COVID-19 sont survenus à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, alors que le bilan officiel faisait état de 5 morts.

Le CISSS de Laval a refusé de nous dévoiler son plus récent bilan, en date du 15 avril, alors qu’il l’avait fait pour les autres journées. On nous a renvoyé vers le ministère de la Santé.

Le cabinet de la ministre Danielle McCann assure qu’elle n’a pas donné de directive au réseau de cesser de communiquer au public le bilan des décès par établissement.

Questionné plus tôt cette semaine, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a déclaré : « Vous ne pouvez pas imaginer l’effort pour collecter les données, ça ne vient pas d’un seul dossier, ça vient des enquêtes téléphoniques, des déclarations des médecins. »

Radio-Canada par Thomas Gerbet avec Marie-Michelle Lauzon et Daniel Boily