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Canada: L’armée décrit l’horreur dans les CHSLD en Ontario

mai 27, 2020

«C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie», a déclaré le premier ministre ontarien, Doug Ford.

© Nathan Denette La Presse canadienne «C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie», a déclaré le premier ministre ontarien, Doug Ford.
Agressivité du personnel soignant, médicaments périmés, présence de coquerelles : le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a dévoilé mardi après-midi un rapport accablant des Forces armées canadiennes sur les cinq résidences ontariennes pour aînés où des soldats ont été déployés.« C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie », a déclaré Doug Ford en point de presse, qualifiant les informations contenues dans le rapport d’« horribles » et de « choquantes ». Le premier ministre canadien Justin Trudeau a, quant à lui, parlé d’un rapport « extrêmement dérangeant ».

« J’ai eu de la tristesse, j’ai été choqué, j’ai été déçu, j’ai été fâché, a-t-il mentionné. Je pense qu’on voit une situation qui évidemment est une réalité liée actuellement à la COVID, mais qui est là depuis longtemps et que nous devons entreprendre en tant que pays à améliorer. »

L’armée a également préparé un rapport sur son déploiement dans 25 CHSLD du Québec, qui a été expédié au gouvernement provincial mardi en fin de journée. On ignore si les constats des soldats canadiens y ont été aussi dramatiques qu’en Ontario. Mais une source fédérale a confié au Devoir que les conclusions n’étaient pas reluisantes. Une autre personne a expliqué que le fait que le rapport ait été préparé en cours de mission, plutôt qu’après la fin du déploiement des Forces armées, suggère qu’il y avait un « enjeu sanitaire ».

Depuis plusieurs semaines, les témoignages faisant état d’une qualité de soins déficiente, de patients laissés à eux-mêmes et de conditions hygiéniques déplorables dans certains CHSLD et résidences pour aînés du Québec se bousculent dans les médias. Le bureau du coroner a en outre ouvert une enquête sur la mort suspecte de 51 résidents de la résidence Herron dans l’ouest de l’île de Montréal.

Des résidences en crise

En point de presse, le premier ministre Doug Ford a plaidé pour que « cette tragédie serve de prise de conscience [wake-up call] pour tout le pays ». La crise de la COVID a mis au jour les failles profondes du réseau de soins de longue durée qui a été négligé pendant des années, a-t-il argué. La voix nouée par l’émotion, le premier ministre Ford a assuré qu’il allait « remuer ciel et terre pour réparer ce système, peu importe ce qu’il faudra et combien ça coûtera ».Le rapport de l’armée dresse point par point les défaillances notées dans les cinq résidences de la région de Toronto qui étaient « en situation de crise » lorsque l’armée est arrivée en renfort. Des soldats ont rapporté avoir été témoins de patients criant à l’aide parfois pendant deux heures avant d’obtenir du soutien ou encore de résidents s’étant étouffés après avoir été nourris ou abreuvés sans que leur tête ait été adéquatement soulevée. Certains aînés n’avaient pas pris de bains depuis des semaines et plusieurs avaient des escarres. D’autres étaient en détresse après avoir été coupés de contacts avec leur famille sans pour autant bénéficier d’un soutien psychologique. Certains résidents ne recevaient pas trois repas par jour.

L’armée rapporte également de nombreuses défaillances dans la prévention et le contrôle des infections : des patients ayant contracté la COVID-19 circulaient à leur guise dans la résidence, du personnel passait des zones chaudes aux zones froides et du matériel médical souillé était utilisé.

Multiples enquêtes
« Il est choquant que cela puisse se produire ici au Canada », a regretté le premier ministre Ford, ajoutant que la lecture du rapport l’avait hantée une partie de la nuit. « Il y aura justice pour ces résidents et leur famille », a-t-il dit.Déjà, le gouvernement ontarien a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les allégations rapportées par l’armée. Le Bureau du coroner en chef enquête sur un décès. Et la Direction de l’inspection du ministère des Soins de longue durée va enquêter sur certains incidents graves rapportés par l’armée.

Queen’s Park avait en outre déjà annoncé le lancement en septembre d’une commission indépendante sur le système de soins de longue durée. « Nous avons besoin de réponses », a dit Doug Ford.

Les cinq centres de soins de longue durée visés par le rapport de l’armée sont : Eatonville Care Centre à Etobicoke, Hawthorne Place Care Centre à North York, Orchard Villa à Pickering, Altamount Care Community à Scarborough et Holland Christian Homes’Grace Manor à Brampton.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré plusieurs fois qu’il fallait que les choses changent et qu’Ottawa aiderait les provinces. « Le gouvernement fédéral sera là pour appuyer les provinces dans le travail qu’elles devront faire », a-t-il mentionné.

Le rapport sur les abus constatés dans les résidences pour aînés en Ontario est daté du 14 mai. Les bureaux des ministres de la Sécurité publique et de la Défense, Bill Blair et Harjit Sajjan, affirment en avoir obtenu copie seulement le 22 mai. Le gouvernement ontarien a été alerté cette fin de semaine.

Prolongement de la mission
Les gouvernement québécois et ontarien ont par ailleurs demandé à Ottawa de prolonger le déploiement de soldats dans leurs résidences de soins de longue durée. Le premier ministre ontarien Doug Ford a indiqué souhaiter que l’armée prête main-forte 30 jours de plus en Ontario, au-delà de la date prévue de la fin de la mission le 12 juin.Justin Trudeau a indiqué que les gouvernements discuteraient de cette demande. « Mais bien sûr, nous allons être là pour aider », a-t-il assuré.

Le Devoir et La Presse canadienne par Marie Vastel avec Hélène Buzzetti

Canada: Des CHSLD acceptent de nouveaux résidents atteints de la COVID-19

mai 20, 2020
3187 Québécois attendent une place en CHSLD
© /iStock 3187 Québécois attendent une place en CHSLD
Après plus d’un mois d’interdiction, les admissions ont repris en CHSLD afin de libérer des lits dans les hôpitaux. Mais dans le Grand Montréal, les nouveaux résidents prennent surtout le chemin des zones chaudes, où des places se sont libérées avec le nombre élevé de décès.

Georgette Major désespère d’obtenir une place en CHSLD depuis plus de six mois. Atteinte de multiples problèmes de santé, la dame de 74 ans n’en peut plus d’attendre dans un lit d’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Sorel-Tracy, où elle a été admise le 12 novembre 2019.

Ça fait 11 fois qu’on me change de chambre, déplore-t-elle. En intégrant un CHSLD, Georgette aimerait se sentir un peu plus chez elle. En raison de la pandémie, elle n’a même pas le droit de recevoir de visites à l’hôpital.

En date du 25 avril, 3187 Québécois comme Georgette attendaient une place en CHSLD. Mais aujourd’hui, pour intégrer un centre d’hébergement du Grand Montréal, mieux vaut avoir attrapé le coronavirus.

Les places qui se libèrent sont surtout dans les zones rouges des établissements, là où le virus a fait des ravages. 2509 résidents de CHSLD sont décédés de la COVID-19.

L’orientation actuelle du ministère de la Santé et des Services sociaux est en effet de reprendre les admissions de cas confirmés dans les zones chaudes de nos CHSLD, indique Marie-Hélène Giguère, porte-parole du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

L’objectif de ces nouvelles admissions est de libérer nos lits d’hôpitaux, explique Catherine Dion, porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

Comme les nouveaux résidents positifs à la COVID-19 sont admis dans les zones chaudes, il n’y a donc pas d’enjeu de contamination pour ces personnes, ajoute le CIUSSS.

Le Conseil pour la protection des malades demande d’attendre

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet.

© /Radio-Canada Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet.
On ne doit pas remplir encore les CHSLD avec du monde à risque, dénonce le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet. Selon lui, les aînés atteints de la COVID qui ont besoin de soins cliniques doivent être traités à l’hôpital.

Les CHSLD sont un des pires endroits où ramener les gens, dit Paul Brunet. On a déjà de graves problèmes à gérer la sécurité de ceux qui ne sont pas atteints [de la COVID] et à gérer adéquatement les zones froides et les zones chaudes.

Au mois de mars, des centaines d’aînés avaient été transférés des hôpitaux vers les CHSLD pour libérer des lits, jusqu’à ce que le ministère de la Santé impose la fin des transferts début avril. Ils sont de nouveaux possibles depuis début mai.

Inquiétudes pour les résidents négatifs et rétablis

Thérèse Marineau a guéri de la COVID-19 au CHSLD Berthiaume-Du Tremblay.

© Courtoisie/Réal Migneault Thérèse Marineau a guéri de la COVID-19 au CHSLD Berthiaume-Du Tremblay.
Au CHSLD Laurendeau, à Montréal, où 81 des 300 résidents sont morts, l’établissement a accueilli de nouveaux pensionnaires malades de la COVID ces derniers jours.

Une infirmière qui a requis l’anonymat s’en offusque, car des positifs et des négatifs partagent des étages : Mes résidents qui sont guéris, ils ont besoin de recommencer à se lever et à se promener dans les corridors. La plupart n’ont pas marché depuis deux mois. Ils ont perdu beaucoup de capacités.

Plusieurs travailleurs de la santé et des médecins ont signalé à Radio-Canada que des étages de CHSLD mélangent encore résidents positifs et négatifs.

14 jours en zone tampon tiède avant d’être admis en zone froide

Directive permettant les admissions en CHSLD, même pour les malades de la COVID.

© MSSS Directive permettant les admissions en CHSLD, même pour les malades de la COVID.
Il n’est pas permis d’admettre une personne suspectée ou confirmée atteinte du coronavirus dans un CHSLD qui n’a pas déjà des cas de COVID-19, indique le ministère de la Santé dans sa directive.

Québec permet toutefois les admissions dans les CHSLD froids ou leurs zones froides de nouveaux résidents guéris ou négatifs, mais il est requis de réaliser un test de dépistage préalable.

Par exemple, dans Lanaudière, les admissions en zones froides ont lieu après cette transition en zone tampon, confirme le CISSS.

Qui doit payer les chambres vides dans les CHSLD privés?

Les chambres vides sont un nouveau problème dans les CHSLD privés qui ne parviennent pas à les remplir.

Normalement, les règles de la Régie du logement permettent aux établissements de facturer le loyer aux familles jusqu’à deux mois après le décès d’un résident, sauf si le CHSLD trouve un nouveau résident pour occuper la chambre.

C’est la situation face à laquelle s’est retrouvé Jean-Pierre Chelhot qui a perdu sa mère au CHSLD Valeo de Saint-Lambert. Le 24 avril, alors qu’il est aux côtés de la dépouille, le personnel lui rappelle qu’il devra payer les deux prochains mois de loyer, soit un total de 10 000 $.

À la suite de ses courriels de plainte auprès de l’établissement, ainsi que d’autres proches dans la même situation, le CHSLD a finalement décidé de ne pas leur facturer les loyers restants.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet

Canada: Un CHSLD infecté à 100 %, avec un virus dans l’air, préoccupe Québec

mai 14, 2020
Pour entrer dans le CHSLD Vigi Mont-Royal, les travailleurs et les bénévoles doivent maintenant revêtir des protections de la tête aux pieds comme celles-là, avec même une cagoule par-dessus la tête et un masque N95.
© /Radio-Canada Pour entrer dans le CHSLD Vigi Mont-Royal, les travailleurs et les bénévoles doivent maintenant revêtir des protections de la tête aux pieds comme celles-là, avec même une cagoule par-dessus la tête et un masque N95.
La situation est hors de contrôle au centre d’hébergement Vigi Mont-Royal, de l’aveu du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Dans ce CHSLD doté d’un système de ventilation défectueux, tous les résidents sans exception sont tombés malades.

La contamination est complète. Un document interne du groupe Vigi Santé obtenu par Radio-Canada révèle qu’aucun résident n’a échappé à la COVID-19 dans l’établissement privé conventionné de Mont-Royal.

Sur les 226 aînés testés positifs, 70 en sont morts sur place et 32 ont été envoyés à l’hôpital où plusieurs sont probablement décédés.

Depuis la fin de semaine, le personnel de santé et les militaires qui se rendent sur les lieux revêtent des équipements de protection de la tête au pied, ce qui est inhabituel pour un CHSLD : masque respiratoire N95, visière, cagoule, jaquette imperméable, gants jusqu’aux coudes et couvre-chaussures.

S’ils se protègent ainsi, c’est que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a découvert, le 8 mai, un système de ventilation défectueux et un ARN viral [des morceaux de virus] présent dans l’air.

Les Forces armées canadiennes ont été appelées en renfort au CHSLD Vigi Mont-Royal, à partir du 29 avril.

© Google Street View Les Forces armées canadiennes ont été appelées en renfort au CHSLD Vigi Mont-Royal, à partir du 29 avril.
«Les gens devenaient positifs à une vitesse phénoménale», raconte Sonia Mancier, présidente du secteur privé de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Le CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal s’en est inquiété et a mobilisé ses spécialistes en contrôle des maladies infectieuses ainsi qu’un expert de la qualité de l’air.

Le système de ventilation et de recirculation de l’air a été réparé dans les derniers jours et une décontamination étage par étage est en cours. Mais il est trop tard. En plus de tous les résidents, 148 employés ont été infectés.

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail a ouvert une enquête. Il n’a pas été possible de joindre le groupe Vigi Santé.

Le gouvernement du Québec est au courant de la situation à Vigi Mont-Royal, puisqu’on découvre dans un document daté du 13 mai, produit pour le compte de la ministre responsable des Aînés, que le CHSLD Vigi Mont-Royal fait partie des huit établissements autorisés à refuser, exceptionnellement, les visites des proches aidants.

On peut y lire que la « situation d’éclosion de la COVID n’est pas en contrôle dans ce CHSLD, ce qui met à risque la sécurité des proches ». Québec évoque le problème de ventilation.

Un virus qui contamine par l’air? Deux expertes se prononcent

Une mauvaise circulation de l'air peut augmenter les risques d'infection.

© Ilya Lukichev/getty images/istockphoto Une mauvaise circulation de l’air peut augmenter les risques d’infection.
«Quelques études ont retrouvé de l’ARN de virus dans l’air», dit la microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, Caroline Quach. «Pas dans les conduits de ventilation, mais dans l’air des chambres des patients.»

«On sait que le virus se promène surtout dans les grosses gouttelettes respiratoires qui ont tendance à retomber sur le plancher assez rapidement», explique Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. «Mais il peut aussi se promener dans de plus petites gouttelettes qui peuvent rester en suspension un certain temps dans l’air.»

Comme Caroline Quach, Céline Tremblay ne pense pas qu’on puisse nécessairement imputer au système de ventilation défectueux toutes les infections du CHSLD.

Le syndicat des infirmières demande une injonction afin de tester la qualité de l’air des autres CHSLD

Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux a bénéficié de renforts de personnel venus du Centre universitaire de santé McGill et de la Croix-Rouge.

© Google Street View Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux a bénéficié de renforts de personnel venus du Centre universitaire de santé McGill et de la Croix-Rouge.
La présidente du secteur privé de la FIQ, Sonia Mancier, blâme la « désorganisation » de certains CHSLD de Vigi Santé et le « non-respect des zones chaudes et froides ». Elle s’inquiète aussi que des problèmes de ventilation semblables surviennent dans d’autres centres du groupe.

La FIQ s’est donc adressée à la Cour supérieure afin d’obliger l’employeur de Vigi Dollard-des-Ormeaux et de Vigi Reine-Élizabeth, des CHSLD privés conventionnés, à faire une inspection de la qualité de l’air et de la ventilation, et à fournir les équipements de protection à l’ensemble des salariées.

Avant même que le juge ne rende sa décision, mercredi, Vigi Santé a déclaré sous serment avoir mandaté trois firmes d’experts pour effectuer des tests. Le juge a exigé que les résultats soient remis au syndicat.

Le CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux présente un bilan d’infections qui s’apparente à celui de Vigi Mont-Royal avec 96 % des résidents infectés, selon un document interne, ainsi que 116 employés qui ont attrapé la COVID. Au moins 66 aînés en sont morts.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui a envoyé une équipe en renfort dans l’établissement, assure que la situation est « difficile », mais « stable ».

Fait à noter : sur les six CHSLD exemptés par le gouvernement de l’obligation d’accepter des proches aidants, on retrouve quatre établissements du groupe Vigi Santé.

Les CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux, Vigi Pierrefonds et Vigi Reine-Élizabeth ont obtenu d’être soustraits à la directive en raison d’éclosions jugées « importantes ». Le ministère considère que les conditions minimales de sécurité n’y sont pas réunies et que les établissements ont besoin de temps pour contrôler la propagation.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet

Canada-Québec/55 morts dans un CHSLD : dégradation fulgurante dans le Grand Montréal

avril 16, 2020
© Graham Hughes/THE CANADIAN PRESS IMAGES
C’est la résidence la plus endeuillée au Canada, dans la région la plus touchée du pays. À l’image de plusieurs CHSLD du Grand Montréal, celui de Sainte-Dorothée accumule les décès à une vitesse folle.

Uniquement entre le 11 et le 14 avril, 28 résidents sont morts dans cet établissement de Laval, selon des documents que nous avons obtenus. Dans un mois normal, l’établissement enregistre une moyenne de sept décès, d’après les données du ministère de la Santé du Québec.

Des enquêtes de la santé publique doivent encore déterminer si la COVID-19 est responsable des 55 décès survenus depuis le 17 mars, mais, selon une source à l’intérieur de l’établissement, il s’agit de la même cause, à deux ou trois exceptions près.

Officiellement, en date du 16 avril, le CISSS de Laval reconnaît 32 décès liés au coronavirus dans l’établissement et 147 cas positifs. Mais des retards sont souvent signalés dans la publication des bilans officiels.

Au moment où la propagation de la COVID-19 semble hors de contrôle par endroits et que des employés exténués brisent le silence, plusieurs centres intégrés de santé (CISSS et CIUSSS) de la grande région de Montréal refusent dorénavant de publier le nombre de décès par résidence.

Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de Montréal, où la situation se détériore aussi rapidement, nous avons obtenu par une source syndicale les données des contaminations et des décès en date du 15 avril.

On découvre qu’en moins d’une semaine, le nombre de patients et d’employés infectés par la COVID-19 a presque doublé. Durant cette période de six jours, le bilan des décès de résidents de CHSLD est passé de 31 à 53, une hausse de 70 %.

Au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, nous avons appris que le bilan est maintenant de 25 morts. Or, le 2 avril, le bilan était de 7 décès. Il y a donc en moyenne au moins une personne qui meurt de la COVID-19 dans l’établissement chaque jour, soit trois fois plus qu’en temps normal.

Au CHSLD Laurendeau, toujours dans Ahuntsic-Cartierville, l’accélération des décès est encore plus soutenue : 21 personnes étaient mortes du coronavirus en date de mercredi, alors que le 2 avril, il n’y avait pas de victime à signaler. La moyenne est de près de deux décès par jour depuis deux semaines.

Dans le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, en date de mardi, on dénombrait 103 morts, dont 43 uniquement au CHSLD LaSalle.

Une préposée aux bénéficiaires lance un cri du cœur

Des résidents d'un CHSLD se déplaçant dans le corridor.

© Simard, Claudie/Radio-Canada Des résidents d’un CHSLD se déplaçant dans le corridor.
Au CHSLD de La Petite-Patrie, une préposée aux bénéficiaires raconte que les patients « tombent comme des mouches » avec « un ou deux décès par jour ». Six morts étaient recensés par le CIUSSS en date d’hier, mais il y en aurait bien plus, selon cette préposée.

« Ils ont perdu complètement le contrôle », explique l’employée d’agence qui a tenu à taire son nom, car elle n’est pas syndiquée. « Beaucoup de gens partent sans que la famille ne le sache », raconte-t-elle. « Un corps a été laissé 24 heures dans une chambre, parce qu’il n’y avait pas de médecin disponible pour venir constater le décès. »

Les résidents infectés ont été isolés sur un étage, mais le manque de personnel oblige certaines personnes à voyager d’un étage à l’autre. Par ailleurs, le manque de matériel de protection complexifie encore plus la lutte contre la propagation du virus. « J’ai travaillé une journée de 16 heures sans visière », raconte la préposée.

Maintenant difficile d’obtenir des chiffres

Depuis le début de la crise, les CISSS et les CIUSSS communiquaient le nombre de décès par établissement de façon relativement transparente et régulière, mais la donne a changé mercredi.

Le changement d’approche coïncide avec le moment où le ministère de la Santé a consenti à rendre publique de façon quotidienne la liste des CHSLD et RPA touchés par des éclosions. Or, ce tableau n’inclut pas les décès par établissement.

Sur son site web, le ministère communique le nombre de décès par région, par groupe d’âge ou par type de milieu de vie, mais pas par établissement.

Selon nos informations, le bilan des décès du gouvernement ne correspond pas, pour le moment, aux données des établissements sur le terrain.

Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, un porte-parole nous précise par courriel « qu’un grand exercice est fait actuellement afin qu’il y ait une concordance dans les données qui sont transmises aux journalistes ».

« Nous ne divulguerons donc plus de données jusqu’à ce que l’exercice soit complété. » – Un porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Un autre CIUSSS de Montréal nous a donné la même explication. Lundi, Radio-Canada révélait que 33 décès de la COVID-19 sont survenus à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, alors que le bilan officiel faisait état de 5 morts.

Le CISSS de Laval a refusé de nous dévoiler son plus récent bilan, en date du 15 avril, alors qu’il l’avait fait pour les autres journées. On nous a renvoyé vers le ministère de la Santé.

Le cabinet de la ministre Danielle McCann assure qu’elle n’a pas donné de directive au réseau de cesser de communiquer au public le bilan des décès par établissement.

Questionné plus tôt cette semaine, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a déclaré : « Vous ne pouvez pas imaginer l’effort pour collecter les données, ça ne vient pas d’un seul dossier, ça vient des enquêtes téléphoniques, des déclarations des médecins. »

Radio-Canada par Thomas Gerbet avec Marie-Michelle Lauzon et Daniel Boily