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Environnement : le bassin du fleuve Niger au centre d’un projet exemplaire

mars 30, 2022
Pollution dans une mangrove de l’État de Rivers, au Nigeria © TIFE OWOLABI/REUTERS

Le Forum mondial de l’eau qui vient de s’achever à Dakar a permis de souligner les graves bouleversements climatiques qui touchent déjà l’Afrique. Mais aussi les solutions, comme l’initiative NB-ITTAS menée par les pays du bassin du Niger et leurs voisins.

Le deuxième volet du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), paru le 28 février dernier, rappelle la fulgurante réalité des bouleversements climatiques en cours, dont les impacts seront durables en Afrique au cours des prochaines années. Dans le bassin du Niger, la question de l’eau représente un défi central, qui mérite de manière urgente une approche coordonnée, intelligente et efficace, mobilisant à la fois partenaires multilatéraux, régionaux et acteurs locaux.

Sécheresse et violences

À vrai dire, les conséquences tant redoutées sont déjà visibles à bien des endroits sur le continent. Autour du lac Tchad, qui a perdu 90 % de son volume depuis les années 1960, les tensions dégénèrent en violences meurtrières entre éleveurs et agriculteurs sur fond de stress hydrique accru. Dans les pays de la bande sahélienne, les sécheresses à répétition couplées à l’inexorable avancée du Sahara vers le sud nourrissent la précarité des populations et parfois, leurs frustrations vis-à-vis des pouvoirs publics. Le bassin du Niger, qui abrite d’importantes réserves d’eau douce ainsi que de vastes superficies de terres arables, est au centre de la stabilité du Sahel.

LES RENDEMENTS AGRICOLES ONT DIMINUÉ DE 34 % EN 50 ANS : C’EST PLUS QUE DANS TOUTE AUTRE RÉGION DU MONDE

Cette région risque d’être fortement perturbée par une forte pression démographique qui se traduit par l’amplification des migrations de populations à cause des sécheresses récurrentes. Les rendements agricoles ont quant à eux diminué de 34 % en 50 ans en raison du changement climatique : c’est plus que dans toute autre région du monde. Par ailleurs, la forte croissance des activités économiques sur l’écosystème du bassin va accentuer la pression sur ses ressources hydriques qui s’amenuisent constamment. Ces dernières années, la pollution des eaux liée à l’urbanisation et aux activités industrielles et minières a augmenté de façon préoccupante.

Plus que jamais, les acteurs africains, publics comme privés, ainsi que leurs partenaires internationaux doivent accentuer leurs efforts à travers une approche globale impliquant à la fois une mise à niveau technologique, la mobilisation de ressources financières et, bien évidemment, un niveau élevé de coordination de la gouvernance de l’eau.

C’est dans ce contexte décisif que se tient du 21 au 26 mars, à Dakar, la 9e édition du Forum mondial de l’eau (FME). Organisé pour la première fois au sud du Sahara, ce rassemblement d’acteurs institutionnels et privés offre la possibilité d’attirer l’attention du monde sur la situation de l’eau en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Il constitue également une opportunité de mettre en avant les initiatives et modèles qui fonctionnent.

Un projet commun à 11 pays africains

Le projet NB-ITTAS, qui vise à améliorer la gestion conjonctive des eaux souterraines et de surface du système aquifère d’Iullemeden-Taoudeni/Tanezrouft (ITTAS) et du bassin du Niger, est de ceux-là. Financé par le Fonds pour l’environnement mondial, il couvre 11 pays d’Afrique : les neuf pays du bassin du Niger ainsi que l’Algérie et la Mauritanie. Porté par l’ONU à travers le PNUD et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et appuyé par l’ONU pour le développement industriel (ONUDI) et l’UNESCO, il a été lancé au bénéfice de l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) et l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).

L’un des outils phares de ce projet est la méthodologie dite de Transfert de technologies écologiques rationnelles (TEST), déjà en cours de déploiement dans une vingtaine d’industries-pilotes clés dans les neuf pays du bassin du Niger. Objectif : les accompagner dans l’optimisation de leurs coûts de production (consommation en matières premières, énergie et eau) pour réduire leurs rejets de polluants. Concrètement, les entreprises-pilotes du projet TEST-Niger de NB-ITTAS sont initiées à un ensemble d’outils, de systèmes de gestion de l’environnement et de l’énergie permettant l’adoption rapide de meilleures pratiques, de nouvelles compétences et d’une nouvelle culture de gestion environnementale locale.

CE MODÈLE EFFICIENT ET ROBUSTE POUR FAIRE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE MÉRITE D’ÊTRE DUPLIQUÉ

Pour les industries partenaires, les attentes sont claires. « Le projet TEST permettra d’accéder à de nouveaux segments de marché grâce à une meilleure compétitivité et d’acquérir une meilleure maîtrise des coûts de production à travers les gains en productivité en matières premières, électricité, eau et avec un environnement sain où il fait bon vivre », affirme ainsi Massogbè Toure, PDG de la Société ivoirienne de transformation d’anacarde (SITA).

À cet engagement du secteur privé, s’ajoute un effort coordonné pour l’amélioration des politiques publiques et l’adaptation de la législation à l’échelle du bassin du Niger visant à institutionnaliser et promouvoir un nouveau cadre incitatif et inclusif. Parce qu’elle facilite la transformation et la montée en capacité du tissu industriel régional et qu’elle accompagne la mise en œuvre de procédés d’adaptation respectueux des écosystèmes, une telle approche constitue un modèle efficient et robuste pour faire face au changement climatique, qui mérite d’être dupliqué. L’approche intégrée du projet NB-ITTAS traduit également un engagement collectif fort et coordonné des acteurs publics et privés adapté aux besoins de terrain et permet d’apporter une réponse à la hauteur des défis majeurs de l’eau.

Avec Jeune Afrique par Bireme Hamid Aberahim

Secrétaire exécutif de l’Autorité du Bassin du Niger

Avec Jeune Afrique par Christian Susan

Directeur de projet, Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI)

COP26 : plus de cent millions d’Africains exposés aux aléas climatiques d’ici à 2030

novembre 4, 2021

Jusqu’à 118 millions de personnes seront, d’ici à 2030, « exposées à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique, si des mesures adéquates ne sont pas prises », selon l’Organisation météorologique mondiale. Cette situation a d’énormes répercussions sur la sécurité de l’eau à l’avenir, compte tenu de l’augmentation de la population et de la dégradation de l’environnement. 

L’alerte est lancée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), à l’occasion de la publication d’un rapport sur l’état du climat en Afrique (2020). « L’Afrique connaît une augmentation de la variabilité météorologique et climatique, qui entraîne des catastrophes écologiques et sociales. D’ici à 2030, on estime que jusqu’à 118 millions de personnes extrêmement pauvres seront exposées à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique si des mesures adéquates ne sont pas prises », a déclaré la commissaire à l’Economie rurale et à l’Agriculture de la commission de l’Union africaine à l’OMM, Josefa Leonel Correia Sacko. Selon les indicateurs climatiques donnés par le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, au cours de l’année 2020,  l’Afrique a connu une augmentation continue des températures, une accélération de l’élévation du niveau de la mer, des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes, tels que les inondations, les glissements de terrain et les sécheresses, et les impacts dévastateurs associés.

« La fonte rapide des derniers glaciers d’Afrique de l’est, dont on s’attend à ce qu’elle soit totale dans un avenir proche, nous alerte d’un changement imminent et irréversible du système terre », a déclaré Petteri Taalas. L’autre inquiétude soulignée par l’OMM c’est l’élévation du niveau de la mer et la fonte des glaciers emblématiques du continent. Ce qui met en évidence « la vulnérabilité disproportionnée de l’Afrique et montre comment les avantages potentiels des investissements dans l’adaptation au climat, les services météorologiques et climatologiques et les systèmes d’alerte précoce l’emportent largement sur les coûts ». Ce rapport de l’OMM est publié dans la perspective des négociations des Nations unions sur le changement climatique qui se déroulent dans le cadre de la COP26, à Glasglow, en Ecosse. Il vient s’ajouter aux éléments scientifiques qui prouvent l’urgence de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, de renforcer les ambitions en matière de climat et d’allouer davantage de financements à l’adaptation.

L’eau, une priorité en matière d’adaptation climatique

L’eau est en première ligne du changement climatique et constitue une priorité absolue en matière d’adaptation. Les dirigeants de la coalition Eau et  Climat, présents à Glasgow, ont lancé un appel urgent et uni en faveur d’une action intégrée pour l’eau et le climat, afin de remplacer l’approche actuelle, fragmentée et axée sur la crise. Ils ont souligné la nécessité d’une gestion intégrée d’eau et du climat, fondée sur un partage accru des données et des informations. Seulement 0,5 % de l’eau sur terre est utilisable et disponible sous forme d’eau douce. Mais au cours des vingt dernières années, le stockage de l’eau terrestre a diminué de 1 cm par an. Cette situation a d’énormes répercussions sur la sécurité de l’eau à l’avenir, compte tenu de l’augmentation de la population et de la dégradation de l’environnement. Le changement climatique exacerbe à la fois la pénurie d’eau et les risques liés à l’eau, car la hausse des températures perturbe le régime des précipitations et l’ensemble du cycle de l’eau. Actuellement, 3,6 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau au moins un mois par an, et ce chiffre devrait passer à plus de 5 milliards d’ici à 2050.

Avec Adiac-Congo par Noël Ndong

Climat : ce que l’Afrique attend de la COP26

novembre 1, 2021
Une manifestation pour la justice climatique à Johannesbourg, en Afrique du Sud, le 20 septembre 2019. © AP Photo/Themba Hadebe

Alors que la COP26 ouvre ses portes au Scottish Event Campus de Glasgow et qu’un sommet des chefs d’État doit se tenir les 1er et 2 novembre, le continent attend plus que jamais un engagement des pays riches pour financer sa réponse au changement climatique.

Payer pour polluer, être « récompensé » si on ne pollue pas ou peu, financer la transition de ceux qui ont le moins de ressources, tenir ses promesses en termes de limitation du réchauffement climatique… Autant d’exigences qui, de manière prosaïque, résument les attentes du continent africain à la 26e conférence des Nations unies sur le changement climatique, qui s’est ouverte ce dimanche 31 octobre à Glasgow, en Écosse.

Et c’est bien parce que l’Afrique ne joue qu’un rôle mineur dans le changement climatique de la planète que la question des mesures d’adaptation pour en limiter l’impact est centrale pour le continent. Celui-ci représente en effet 20 % de la population mondiale, mais n’est responsable que de 3 % des émissions de CO2.

Or, de manière inique, en l’absence d’un changement commun de trajectoire, l’Afrique devrait être la plus touchée par ces bouleversements d’ici les deux dernières décennies de ce siècle, avec notamment l’accentuation des phénomènes de sécheresse, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec).

Pour rappel, l’Accord de Paris a fixé une trajectoire claire en termes de réduction mondiale des émissions carbone liées à l’activité humaine (plus de 50 milliards de tonnes environ par an) : d’ici à 2030, une réduction de 50 % des émissions ; d’ici à 2050, la neutralité carbone, autrement dit, ce qui n’a pas pu être éliminé doit être compensé. C’est cette feuille de route qui devrait permettre, selon les termes de l’accord, de limiter la montée des températures à 2 degrés ou 1,5 degré. Et, c’est cette trajectoire à laquelle le continent africain souhaite que les parties prenantes se tiennent, tout en approfondissant leurs engagements.

  • Financer l’adaptation

L’article 6 de l’Accord de Paris, adopté à la suite de la COP21 en 2015, a posé les bases d’un mécanisme de marché concernant les émissions de carbone. Six ans plus tard, alors que la COP26, prévue en 2020, a été reportée d’un an en raison de la pandémie de Covid-19, l’heure est au bilan d’étape et à la finalisation de ce mécanisme.

Pour le continent africain, les questions de la définition d’un prix du carbone et des contours du fonds d’adaptation sont deux points majeurs parce qu’ils doivent permettre de définir comment financer son évolution. L’Afrique ne représentant que 3 à 4 % des émissions mondiales de CO2, réduire ses émissions de 50 % d’ici à 2030 ne conduira qu’à une baisse de 2 % environ des émissions totales. « Le continent n’a qu’un intérêt modéré à revendre ses émissions et n’obtiendra pas beaucoup de crédit carbone », reconnaît Tanguy Gahouma, président du Groupe africain de négociateurs sur le changement climatique à la COP26, interrogé par JA.

LA QUESTION QUI SE POSE À L’AFRIQUE C’EST COMMENT OPÉRER DES CHOIX DE DÉVELOPPEMENT SOBRE OU NUL EN CARBONE

Pour le scientifique gabonais à la tête des négociateurs africains, l’enjeu consiste surtout à pousser les pays développés à aller plus loin. L’Afrique réclame une taxe sur chaque transaction d’échanges de crédits entre un pays ou une entreprise qui a besoin de compenser ses émissions et un ou une autre qui a des crédits carbones à revendre. « Cette taxe devra participer au financement de l’adaptation », poursuit-il. Et elle aurait vocation à être domiciliée dans un fonds d’adaptation dédié.

Enfin, pour se protéger des effets néfastes du dérèglement climatique sur son territoire et investir dans une industrie plus résiliente, l’Afrique a tout à construire. Il lui faut engager une trajectoire vertueuse sans suivre les mêmes erreurs que les pays industrialisés. « La question qui se pose au continent, c’est comment opérer des choix de développement sobre ou nul en carbone et résilient sur le plan climatique », défend auprès de JA Youba Sokona, le vice-président du GIEC.

  • Transparence sur les efforts climatiques

Si le premier point appelle une négociation serrée au niveau politique, entre les participants de la conférence des chefs d’État du 1er et du 2 novembre, celui relatif à l’adaptation climatique consiste davantage en une négociation technique entre les parties prenantes.

Il recouvre notamment le volet de l’adoption d’un cadre commun pour les contributions déterminées au niveau national (les fameuses NDC). Un sujet d’attention majeur pour le continent puisqu’en la matière les pays ne sont pas tous alignés en termes d’objectifs d’émissions : chaque État est libre de choisir ses propres règles. Sauf que les conséquences sont plus lourdes en Afrique.

LES PAYS DÉVELOPPÉS DOIVENT FOURNIR UN EFFORT DE TRANSPARENCE QUANT À LEURS ÉMISSIONS DE CO2

Ce que constate le Malien Youba Sokona : « Dans la plupart des pays africains, qui sont pour beaucoup des régions de basse latitude, on connaît déjà 1,5°C d’augmentation réelle pour une moyenne mondiale de 1,1°C. » L’atmosphère étant une et indivisible, si un pays a des ambitions de réduction mais que les autres ne les partagent pas, le problème demeure entier, rappelle encore le vice-président du Giec.

Dans un discours plus dur, le Groupe africain des négociations demande ainsi à ce que les pays développés rendent compte chaque année des efforts consentis. « Cet effort de transparence doit porter à la fois sur la réduction des émissions mais aussi sur le financement », insiste Tanguy Gahouma.

  • Forcer la solidarité des pays riches

Il est enfin attendu de la COP26, un bilan des engagements des pays développés à mobiliser 100 milliards de dollars par an dès 2020, à destination des pays en développement et émergents. Une promesse de la COP de Copenhague de 2009, transformée en obligation en 2015 à Paris.

Or, il n’aura pas fallu attendre l’ouverture des négociations pour apprendre du président de la COP, Alok Sharma, et de la secrétaire exécutive des Nations unies pour le changement climatique, Patricia Espinosa, que l’objectif ne sera pas tenu immédiatement. Les pays développés « en seront incapables avant 2023 »…

«Une question centrale est l’apport d’un soutien aux pays en développement, notamment en ce qui concerne l’objectif qui était de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020», ont insisté les deux responsables onusiens en ouverture de la COP.

En tant que l’un des principaux bénéficiaires de ces fonds, l’Afrique attend des deux journées de négociations entre chefs d’État qu’elles aboutissent à un accord définitif sur ce point – au même titre que la réduction des émissions.

Avec Jeune Afrique par Aurélie M’Bida et Camille Lafrance – (envoyée spéciale à Glasgow)

Vanessa Nakate : « Qui écoute les activistes africains pour le climat ? »

novembre 1, 2021
Vanessa Nakate, militante écologiste ougandaise, à Paris, le 22 octobre 2021. © Sydonie Ghayeb pour JA

Près de deux ans après avoir été éclipsée d’une photo où elle posait avec Greta Thunberg, et en pleine COP26, cette militante ougandaise de 24 ans sort un livre-manifeste pour alerter sur l’urgence climatique… Et faire entendre la voix de l’Afrique.

Cyclones au Mozambique, au Malawi et au Zimbabweinondations en RDC, au Maroc et en Mauritanie, invasions de criquets de l’Éthiopie à l’Ouganda, crue du fleuve Niger et glissements de terrain au Kenya… Alors que Vanessa Nakate, 24 ans, entrainait les écoliers et étudiants ougandais dans le mouvement de grève international pour le climat  »Fridays For Future » et créait son propre mouvement écologiste, Rise Up, en 2019, le rythme des catastrophes naturelles n’a laissé que peu de répit à l’Afrique. « La Terre a la fièvre, mais les gens ont chacun une température différente selon leur statut social et l’endroit où ils vivent », souligne la militante.

Dans Une écologie sans frontières, son premier livre-manifeste, elle détaille tous les symptômes du réchauffement climatique sur le continent. Si les pays du Sud sont les plus touchés, leurs voix portent peu dans le concert des grands sommets mondiaux autour de l’environnement – au Forum économique de Davos, en janvier 2020, la jeune activiste a elle-même été littéralement « coupée » d’une photo où elle posait au côté de Greta Thunberg. « Les pays du Nord doivent nous entendre, pas seulement nous inviter à des conférences pour se donner bonne conscience », répète-t-elle. À quelques jours de la COP26, qui se tient à Glasgow, en Écosse, du 31 octobre au 12 novembre, rencontre avec une activiste éloquente et solaire, dont la détermination n’a rien à envier à celle de sa camarade de lutte suédoise.

Jeune Afrique : Il y a trois ans, vous étiez encore une étudiante ougandaise avec quelques lacunes sur les questions environnementales. Aujourd’hui, vous êtes une des figures africaines de la lutte pour le climat. Comment en êtes-vous arrivée là ? 

Vanessa Nakate : En 2018, j’ai commencé à faire des recherches pour comprendre les défis auxquels faisaient face les gens de ma communauté et de mon pays. C’est alors que j’ai compris que la crise du climat était la plus grande des menaces pour eux. Je finissais mes études et je pensais organiser des événements, mobiliser, sensibiliser les gens pendant juste quelques mois et ensuite poursuivre mes études ou chercher un travail. Je n’ai jamais pensé devenir une militante à plein temps. Je n’avais pas de plan, c’est juste arrivé.

CE N’ÉTAIT PAS JUSTE MON IMAGE QUI ÉTAIT EFFACÉE, C’ÉTAIT MON HISTOIRE, MON MESSAGE, ET TOUS LES ACTIVISTES AFRICAINS

Beaucoup d’Africains savent que des incendies ravagent la Californie ou l’Amazonie, mais peu connaissent l’ampleur de la déforestation dans le bassin du Congo. Comment y remédier ? 

Non seulement beaucoup d’Africains ne savent pas qu’on détruit la forêt du bassin du Congo, mais certains ne savent même pas qu’elle existe ! Ainsi, tout un écosystème peut être effacé de l’esprit et du regard des gens. Il faut plus d’inclusion dans la façon dont les médias couvrent le mouvement pour le climat. Les journalistes ont la responsabilité de dire ce qu’il se passe, mais aussi de relayer le parcours des activistes qui viennent des régions du monde les plus touchées. Les jeunes militants africains ne restent pas silencieux face à ces souffrances, ils s’expriment. Mais qui les écoute ? Qui va amplifier leur voix ? Chacun a un problème à exposer, chaque problème a une solution, et chaque solution peut changer une vie.

En janvier 2020, lors du Forum économique de Davos, l’agence Associated Press vous a « coupée » d’une photo où posait Greta Thunberg et d’autres militants occidentaux. Vous avez déclaré que l’agence de presse a, ce jour-là, « effacé un continent »… 

Lorsque la photo a été prise, nous sortions d’une conférence de presse. En réalisant que j’étais la seule personne noire à y participer, je me suis permis d’insister devant tous ces journalistes sur le fait qu’il était important de donner la parole aux militants du monde entier. Et quelques heures plus tard, je me suis rendu compte que je ne figurais pas dans la dépêche d’Associated Press. J’étais très surprise parce que je venais précisément de souligner ce problème. Ce n’était pas juste mon image qui était effacée, c’était mon histoire, mon message, l’expérience des gens de mon pays. M’effacer moi, une Ougandaise et la seule personne issue du continent africain sur cette plateforme, c’était comme effacer tous les activistes africains.

Vous avez dénoncé publiquement le comportement d’Associated Press. Les militants africains sont-ils plus écoutés depuis ? 

Parfois on a l’impression que ça avance, et d’autres fois, on revient en arrière. Tout à coup, on parle d’inclusion et de diversité dans les médias donc tout le monde veut inviter des activistes des pays du Sud. Mais souvent, ils veulent une personnalité en particulier. Après l’incident de la photo, j’ai été très sollicitée, mais quand je suggère aux organisateurs de ces sommets de convier d’autres militants du continent, ils veulent d’abord savoir quel est leur parcours, s’ils savent bien s’exprimer… On souligne même le coût écologique de les faire venir ! Mais ils ne me parlent jamais d’empreinte carbone quand ils veulent que, moi, je vienne !

BEAUCOUP DE MILITANTS AFRICAINS NE POURRONT PAS SE RENDRE À LA COP26 PARCE QU’ILS NE SERONT PAS VACCINÉS À TEMPS

Il faut aussi savoir que les activistes africains sont bien moins représentés dans ce genre d’événements parce qu’ils rencontrent toujours plus de problèmes que les autres pour obtenir une accréditation, des financements… et une vaccination anti-Covid.

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux, où les femmes, et plus encore les femmes noires, sont très ciblées par le harcèlement. Comment vous protégez-vous ? 

J’ai en effet reçu beaucoup de soutien mais aussi beaucoup de haine après l’incident de la photo et quand j’ai envoyé une lettre au président américain Joe Biden et à la vice-présidente Kamala Harris pour leur demander de tenir leurs promesses. Apparemment, les gens – même dans mon propre pays – estimaient que je n’étais pas digne de leur écrire.

Tous ces messages terribles et blessants ne peuvent pas vous atteindre physiquement, mais ils vous font beaucoup de mal émotionnellement. J’essaye de ne pas lire les commentaires, même si on est toujours tenté d’aller voir… Et je bloque beaucoup de gens. Parfois je me demande comment ils peuvent écrire de telles choses sans se préoccuper de l’effet que ça peut avoir sur les autres.

Selon vous, la lutte pour la justice climatique doit comprendre les luttes anti-raciste et sociales. En quoi ces causes sont-elles liées ? 

Il y a une intersection entre les problèmes environnementaux et sociaux, parce que les effets du changement climatique poussent les populations dans l’extrême pauvreté, détruisent les moyens de subsistance des familles et contraignent les enfants à quitter l’école. Il y a une intersection avec les questions raciales puisque les Noirs et les gens de couleur sont plus exposés à la pollution de l’air et de l’eau, et les communautés indigènes sont victimes de l’avidité de grandes compagnies. Il y a une intersection avec les inégalités de genre, puisque les femmes et les filles sont les premières victimes du changement climatique et des inégalités dans le monde en général : alors que la COP26 bat son plein, beaucoup de militants africains n’ont pas pu s’y rendre par exemple, parce qu’ils n’ont pas été vaccinés à temps.

Il n’y aura pas de justice climatique si les communautés indigènes ou noires ne sont pas protégées. Il n’y aura pas de justice climatique sans justice sociale, sans justice raciale et sans égalité des genres.

Vous démontrez en effet dans Une écologie sans frontières que les femmes sont les premières victimes du changement climatique, mais aussi qu’elles ont un rôle important à jouer dans la lutte… 

Je crois en effet qu’elles ont un grand rôle à jouer dans le leadership climatique. Mais pour qu’elles puissent arriver à des postes de décision, il faut encourager l’éducation des filles et l’émancipation de plus de femmes. Elles représentent la moitié de l’humanité, et une équipe ne peut pas gagner sans la moitié de ses effectifs.

J’APPELLE TOUS LES JEUNES AFRICAINS QUI NE L’ONT PAS ENCORE FAIT À REJOINDRE NOTRE MOUVEMENT

Vous êtes souvent qualifiée de « voix de l’Afrique » dans la lutte pour le climat. Comment porter une telle responsabilité ? 

Les gens me donnent cette responsabilité, et je la leur rends ! C’est trop lourd à porter. Je ne veux pas empêcher les autres activistes de prendre leur place. Dans toutes les parties du continent, les jeunes s’expriment et ils ont besoin qu’on les écoute et qu’on relaie leur message : Elizabeth Wathuti du Kenya, Adenike Titilope Oladosu du Nigeria, Roseline Isata Mansaray de la Sierra Leone, Veronica Mulenga de la Zambie, Kaossara Sani du Togo, et tant d’autres… Les jeunes Africains font déjà assez, ils se mobilisent. Et j’appelle tous ceux qui ne l’ont pas encore fait à nous rejoindre.

Lors d’un sommet onusien à Milan, le 28 septembre, vous avez pointé que les 100 milliards de dollars d’aide climatique annuelle promis par les pays développés aux pays vulnérables à partir de 2020 n’ont pas été versés. Vous arrive-t-il de vous sentir découragée face à l’ampleur de la tâche ? 

À un moment, j’ai arrêté de participer aux grèves, parce que je me sentais vraiment triste. Ça me brisait le cœur de voir que les désastres se succédaient et que les leaders continuaient à ne rien faire. Mais je viens d’un endroit où l’on est déjà témoin des conséquences du changement climatique, où l’on voit comment il affecte la vie des gens, alors même si il y a des moments de découragement, je choisis de garder espoir. De croire que le futur durable et équitable que nous voulons est nécessaire et possible.

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet

Droits humains: l’ONU alerte sur le triptyque climat- pollution-perte de biodiversité

septembre 13, 2021
Droits humains: l'ONU alerte sur le triptyque climat- pollution-perte de biodiversite
Droits humains: l’ONU alerte sur le triptyque climat- pollution-perte de biodiversité© AFP/Archives/Fabrice COFFRINI

Réchauffement climatique, pollution et perte de biodiversité: une triple crise environnementale provoquée par l’être humain est la principale menace pour le respect des droits humains, a averti lundi l’ONU.

A quelques semaines de la COP26 climat à Glasgow (EcosseRoyaume-Uni) début novembre, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Michelle Bachelet a réclamé une « action climatique plus ambitieuse ».

« Les crises interdépendantes liées à la pollution, au changement climatique et à la biodiversité multiplient les dangers – amplifiant les conflits, les tensions et les inégalités structurelles, et rendant les gens de plus en plus vulnérables », a-t-elle déclaré à l’ouverture de la 48e session du Conseil des droits de l’homme à Genève (Suisse).

« En s’intensifiant, ces menaces environnementales constitueront le plus important défi pour l’exercice des droits humains de notre ère », a-t-elle affirmé.

Cette « triple crise planétaire » a déjà, selon Mme Bachelet, un large et direct impact sur toute une série de droits humains, tels que « les droits à une alimentation adéquate, à l’eau, à l’éducation, au logement, à la santé, au développement et même à la vie ».

La pollution est à l’origine d’un décès prématuré sur six, a-t-elle averti, avant d’égrener un chapelet de catastrophes environnementales: famine à Madagascar, désertification au Sahel, submersion des côtes au Bangladesh, raréfaction des ressources en eau au Moyen-Orient, gigantesques incendies en Sibérie et en Californie, inondations en Chine et en Allemagne…

« S’attaquer à la triple crise environnementale mondiale est un impératif humanitaire, un impératif de droits pour les droits humains, un impératif de consolidation de la paix et un impératif de développement », a affirmé Mme Bachelet.

Xinjiang

La Haut-Commissaire a ensuite souligné que la crise environnementale n’était pas la seule à laquelle l’humanité est confrontée, dressant une autre longue liste de violations des droits humains dans le monde.

A cet égard, elle a dit regretter « ne pas être en mesure de faire état de progrès dans (ses) efforts pour obtenir un accès significatif » à la région chinoise du Xinjiang.

« Dans l’intervalle, mon bureau finalise son évaluation des informations disponibles sur les allégations de violations graves des droits humains dans cette région, en vue de les rendre publiques », a-t-elle pour la première fois annoncé.

Depuis son arrivée au Haut-Commissariat, Mme Bachelet n’a eu de cesse de réclamer un « accès total » à cette région. Fin février, elle avait réitéré son appel à une « évaluation complète et indépendante » de la situation des droits humains dans cette région.

Mais Pékin refuse toute enquête et estime que toute visite à la région doit être « amicale ».

Le Xinjiang a longtemps été frappé par des attentats attribués à des séparatistes ou des islamistes de l’ethnie musulmane ouïghoure. Les autorités y imposent depuis quelques années une surveillance policière draconienne.

Les Etats-Unis, sur la base d’études de chercheurs occidentaux, reprochent à la Chine d’avoir arbitrairement interné plus d’un million d’Ouïghours dans des « camps » du Xinjiang. Pékin dément ce chiffre et affirme qu’il s’agit de « centres de formation professionnelle ».

Palestiniens

Mme Bachelet a également attiré l’attention du Conseil sur « la poursuite et la multiplication des cas d’usage excessif de la force – ou totalement injustifié – contre des civils palestiniens par les forces de sécurité israéliennes ».

Depuis janvier, 54 Palestiniens, dont 12 enfants, ont été tués par les forces israéliennes en Cisjordanie – plus du double du chiffre pour toute l’année 2020, a-t-elle détaillé. Et plus de 1.000 personnes ont été blessées par des tirs à balles réelles.

Elle a également fait part de sa profonde préoccupation face « aux mesures de répression de la dissidence prises ces derniers mois » par les autorités palestiniennes, et indiqué craindre une aggravation de la situation.

L’ex-présidente chilienne a en particulier dénoncé « l’usage injustifié » de la force par les forces de sécurité palestiniennes pendant les manifestations qui ont suivi le décès de Nizar Banat, un militant critique de l’Autorité palestinienne décédé en juin peu après son arrestation.

« L’un des membres de mon équipe, qui surveillait les manifestations, figurait parmi les nombreux manifestants battus », a-t-elle dénoncé.

Par Le Point avec AFP

GIEC: Un rapport qui concerne directement le Canada, souligne le ministre Wilkinson

août 9, 2021

 

OTTAWA — Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, a régi par voie de communiqué, lundi, au rapport alarmant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

© Fournis par La Presse Canadienne

Dans le document de quelque 3000 pages, publié lundi, le GIEC annonce notamment que la hausse de la température de la planète, par rapport à l’ère préindustrielle, va atteindre le seuil de 1,5 degré Celsius dès la décennie 2030. On prévoit aussi une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes.

Selon le ministre, le rapport a une résonnance particulière pour le Canada puisque le pays «se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète».

«Certaines régions de l’ouest et du nord du Canada présentent un rythme de réchauffement trois fois supérieur à la moyenne mondiale», précise le ministre Wilkinson.

Il dit croire que les nouvelles conclusions du GIEC vont influencer les discussions de la prochaine Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26), en novembre.

«La science montre qu’il est essentiel que les pays en fassent plus pour lutter contre les changements climatiques, continuent d’appuyer l’atteinte de l’objectif fixé au titre de l’Accord de Paris visant à limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius et devancent l’échéance de cet objectif», soutient le ministre dans son communiqué.

Jonathan Wilkinson assure que «le Canada prend des mesures climatiques agressives pour éviter les pires répercussions causées par les changements climatiques». Il avance d’ailleurs que le gouvernement cherche toujours à se fixer des cibles plus ambitieuses.

Il insiste sur l’importance de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’embrasser les opportunités de développement économique liées à la transition écologique, mais aussi de s’adapter aux changements climatiques.

Avec La Presse Canadienne

France: Les canicules ont coûté entre 22 et 37 milliards d’euros depuis 2015, selon une étude

juillet 27, 2021
Les canicules ont coute entre 22 et 37 milliards d'euros depuis 2015, selon une etude
Les canicules ont coûté entre 22 et 37 milliards d’euros depuis 2015, selon une étude© AFP/Archives/JEAN-FRANCOIS MONIER

Les canicules ont coûté en France entre 22 et 37 milliards d’euros de 2015 à 2020 en raison des décès, des frais médicaux et de la perte de bien-être, selon Santé publique France, qui met en lumière le « fardeau invisible » de ces événements climatiques extrêmes.

Lors d’inondations ou de tempêtes, les assureurs entrent vite en jeu pour chiffrer les dégâts, déjà bien visibles à l’oeil nu sur les images de télévision.

Mais les impacts des canicules, événements extrêmes pourtant les plus meurtriers, « sont rarement considérés sous un angle économique », estime l’étude publiée mardi, qui note également une « faible » perception de ce risque, signe le plus évident du réchauffement de la planète.

Les chercheurs se sont donc penchés sur les canicules ayant touché la France métropolitaine de 2015 à 2020, des épisodes de chaleur extrêmes qui ont causé au total près de 10.000 morts.

En six ans, tous les départements métropolitains sauf trois (Côte d’Armor, Creuse et Finistère) ont subi au moins une vague de chaleur, pour un total cumulé de 2.716 alertes journalières (vigilance orange ou rouge de Météo-France), soit 29,2 journées en moyenne par département.

Quelle que soit la méthode de calcul adoptée, « les coûts intangibles liés à la mortalité prématurée représentent la part majoritaire, soulignant un fardeau sociétal sous-estimé et largement invisible ».

Cela représente 30,2 milliards d’euros en utilisant une méthode basée sur le nombre de décès et 15,9 milliards sur celle basée sur le nombre d’années de vie perdues, indique l’étude, précisant s’être servi de valeurs classiquement utilisées pour chiffrer la mortalité liée à la pollution de l’air.

Arrive ensuite la « perte de bien-être », estimée à 6,3 milliards d’euros. Elle n’a pourtant été calculée qu’en 2019 et 2020, seules années à avoir connu des vigilances rouges accompagnées de recommandations à éviter les déplacements et l’activité physique, de fatigue ou de diminution des capacités cognitives.

L’excès de recours aux soins (passage aux urgences, SOS Médecins, hospitalisations) ne représente qu’une faible part du total, avec 31 millions d’euros. Plus d’un tiers de ce montant a été observé sur une seule année, 2019, avec des pics de passage aux urgences notamment chez les jeunes.

Rapporté à la taille de la population exposée, l’impact économique des canicules depuis 2015 « s’établit en moyenne entre 72 euros par habitant en 2017 et 224 euros par habitant en 2020, pour un total sur la période de 814 euros par habitant ».

« Malgré la mise en place d’un plan de prévention depuis 2004, les canicules continuent d’avoir un impact sanitaire et économique fort en France », insiste Santé Publique France, soulignant l’exacerbation de la fréquence, de la durée, de l’intensité et de l’extension géographique de ces vagues de chaleur.

Et face à une nouvelle aggravation prévue, les résultats soulignent « l’urgence de mesures d’action permettant de renforcer l’adaptation aux canicules », plaide l’étude.

Par Le Point avec AFP

États-Unis: Les pompiers de Californie face à un incendie qui génère son propre climat

juillet 26, 2021
Les pompiers de Californie face a un incendie qui genere son propre climat
Les pompiers de Californie face à un incendie qui génère son propre climat© AFP/JOSH EDELSON

Le plus gros incendie de Californie, qui a déjà dévoré l’équivalent de la ville de Chicago en végétation, est si volumineux qu’il génère désormais son propre climat, au risque de rendre la tâche des pompiers qui le combattent encore plus ardue lundi.

5.400 soldats du feu sont mobilisés face aux flammes du Dixie Fire dans les forêts du nord de la Californie.

Ce brasier n’a fait que grossir depuis la mi-juillet, attisé par une chaleur étouffante, une sécheresse alarmante et des vents continus.

Le Dixie Fire est si gros qu’il a déjà créé ces derniers jours des nuages appelés pyrocumulus qui provoquent foudre, vents violents et alimentent en retour l’incendie.

« La journée de demain pourrait être très difficile: si ces nuages sont assez hauts, ils ont le potentiel de produire des éclairs », a alerté Julia Ruthford, la météorologue affectée à ce brasier.

Des secouristes ont été dépêchés d’aussi loin que la Floride pour prêter main forte.

Malgré sa superficie, le Dixie Fire a pour l’instant surtout progressé dans des zones extrêmement recluses, ce qui explique que seulement des dizaines de structures (des maisons et d’autres bâtiments) n’aient jusqu’ici été détruites.

Très douloureux

Progressant sur des sentiers extrêmements escarpés, les pompiers sont parfois aidés d’un train, depuis lequel ils peuvent copieusement arroser les zones autrement inaccessibles.

Mais dans ces conditions météorologiques, « les braises peuvent facilement voler à plus d’un kilomètre du feu » explique à l’AFP Rick Carhart, porte-parole des pompiers, et les lieux qui accueillent les personnes évacuées comme le village de Quincy, se retrouvent eux-mêmes menacés.

« C’est très douloureux de le voir progresser sans relâche et se rapprocher de nos terres », s’inquiète auprès de l’AFP Peggy Moak, résidente d’un bourg voisin.

Les feux de forêt sont courants en Californie — tellement que les habitants se demandent parfois ce qu’il reste à brûler. Mais en raison du changement climatique, cet été est particulièrement violent.

Un golf à l’herbe jaunie, des plaisanciers qui se baignent dans un lac qui n’est que l’ombre de lui-même… Dans la région, les signes de la sécheresse qui nourrit les brasiers sont partout.

Les feux ont déjà ravagé 3 fois plus de végétation cette année qu’ils ne l’avaient à cette époque en 2020, pourtant la pire année de l’histoire de Californie en termes d’incendies.

Selon une enquête préliminaire, la chute d’un arbre sur un des milliers de câbles électriques qui dessinent le paysage américain est à l’origine du Dixie Fire. Cette ligne électrique est celle de Pacific Gas & Company (PG&E), un opérateur privé déjà coupable d’avoir provoqué le Camp Fire, un incendie qui avait quasiment rayé la ville de Paradise de la carte et tué 86 personnes en 2018, à seulement quelques kilomètres d’ici.

Par Le oint avec AFP

Nombre record de personnes déplacées par les désastres climatiques

juillet 17, 2021

Au cours de l’année 2020, un nombre record de personnes ont été déplacées en raison de désastres, selon l’Internal Displacement Monitoring Center (IDMC).

Les événements météorologiques, principalement les cyclones, tempêtes et inondations, ont été à l'origine de 98 % des déplacements liés aux catastrophes, comme ici à Iversheim, en Allemagne, le 16 juillet 2021.

© INA FASSBENDER/Getty Images Les événements météorologiques, principalement les cyclones, tempêtes et inondations, ont été à l’origine de 98 % des déplacements liés aux catastrophes, comme ici à Iversheim, en Allemagne, le 16 juillet 2021.

L’organisme fait état de 30,7 millions de nouveaux déplacements liés aux catastrophes climatiques et géophysiques, soit trois fois plus que ceux causés par les conflits et la violence (9,8 millions).

Les régions les plus problématiques sont l’Asie de l’Est et le Pacifique, ainsi que l’Asie du Sud, par leur vulnérabilité aux cyclones, moussons et inondations. Dans ces régions, des millions de personnes vivent dans les deltas, sur les côtes et dans d’autres terres basses propices aux inondations et à l’érosion. Vulnérabilité et densité de population élevée ne font pas bon ménage, souligne Vincent Fung, de l’IDMC.

L’événement le plus perturbateur de l’année dans la région a été le cyclone Amphan, qui a provoqué près de cinq millions d’évacuations au Bangladesh, en Inde, en Birmanie et au Bhutan en mai 2020.

La vulnérabilité climatique n’est toutefois pas la seule raison expliquant l’ampleur du phénomène, précise M. Fung. Le manque de planification lors de la construction, que ce soit par le choix de l’emplacement ou des matériels, vient aggraver une situation déjà fragile.

Le taux d’urbanisation dans la région Asie de l’Est et Pacifique est le plus élevé du monde, rappelle l’IDMC, qui souligne que l’urbanisation rapide et souvent non planifiée augmente le risque de déplacement en cas de catastrophe en concentrant les populations dans les zones exposées aux aléas.»

En Chine, par exemple, de gigantesques projets tels que des barrages modifient les bassins fluviaux et amplifient les risques d’inondation ou de sécheresse.

Des enfants indonésiens dans leur quartier inondé le 2 janvier 2020 à Jakarta.

© Ed Wray/Getty Images Des enfants indonésiens dans leur quartier inondé le 2 janvier 2020 à Jakarta.

En Indonésie, les pluies diluviennes du début de l’année 2020 ont entraîné l’évacuation de près de 400 000 Indonésiens. La métropole de Jakarta, où habitent plus de 30 millions de personnes, s’affaisse de plusieurs centimètres par an.

Au cours des prochaines années, les inondations pourraient entraîner le déplacement de six millions de personnes par an, en moyenne, en Asie du Sud, ce qui en fait la région avec le plus haut risque de déplacement au monde, souligne l’IDMC.

L’Amérique du Nord n’est pas épargnée

Le cinquième pays le plus touché du monde, les États-Unis, est victime des tempêtes tropicales, mais aussi des feux de forêt. Ce sont eux qui causent le plus grand nombre de déplacements en Amérique du Nord.

L’étalement urbain et la construction dans des secteurs à proximité de forêts, de zones arbustives ou de prairies font en sorte que des milliers de personnes vivent dans des zones à risque.

Au Canada, ce sont 26 000 déplacements qui ont eu lieu en 2020, la plupart causés par des inondations, des températures extrêmes et des feux de forêt.

Le feu qui a réduit en cendres une partie de Lytton, en Colombie-Britannique, en juillet 2021, faisant au moins deux morts, a forcé l'évacuation des 250 habitants du village.

© Timothé Matte-Bergeron/Radio-Canada Le feu qui a réduit en cendres une partie de Lytton, en Colombie-Britannique, en juillet 2021, faisant au moins deux morts, a forcé l’évacuation des 250 habitants du village.

Le plus grand risque de déplacement au Canada viendra cependant dans quelques décennies, entre 2050 et 2100, estime Robert McLeman, professeur agrégé à l’Université Wilfrid-Laurier, à Waterloo.

L’élévation du niveau des mers touchera alors plus fortement les régions côtières, notamment Vancouver et Charlottetown, tandis que la fonte du pergélisol pourrait entraîner la relocalisation de villages entiers. On le voit déjà dans des collectivités comme Tuktoyaktuk, où les affaissements de terrain constituent une menace pour les maisons et les routes.

Les phénomènes environnementaux à évolution lente, tels que l’élévation du niveau de la mer, sont moins spectaculaires que les cyclones, mais tout aussi préoccupants sur le long terme. C’est le cas également de la sécheresse, qui touche des millions de personnes en Afrique.

Une Éthiopienne dans un camp de réfugiés dans la Corne de l'Afrique, une région durement touchée par la sécheresse.

© Chris Stein/AFP/Getty Images Une Éthiopienne dans un camp de réfugiés dans la Corne de l’Afrique, une région durement touchée par la sécheresse.

Des pays d’Afrique subsaharienne comme le Mali, l’Éthiopie, la Somalie ou le Kenya risquent d’en subir les effets, précise M. McLeman. En ce qui concerne la sécheresse, le processus de déplacement est un peu différent, explique-t-il. Comme cela se déroule plus lentement qu’une tempête, par exemple, il y a des occasions d’intervenir et d’aider les fermiers exposés à la sécheresse. C’est probablement la raison pour laquelle les sécheresses ne déplacent pas le même nombre de personnes que les tempêtes ou les inondations, mais cela demeure très difficile pour les gens qui tentent de survivre dans un environnement hostile.»

Un récent rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) explique comment les conditions climatiques incertaines du Mali, dans le Sahel, agissent contre les efforts de consolidation de la paix.

Le réchauffement de la température et la diminution des précipitations affectent les moyens de subsistance basés sur les ressources naturelles et contribuent à saper la sécurité, dans un contexte de conflit et de faible gouvernance. Ainsi, les groupes armés omniprésents dans la région n’ont pas de difficulté à recruter de jeunes agriculteurs et bergers privés de revenus par la sécheresse, note le SIPRI. En outre, les conflits pour les terres augmentent.

Conflits et catastrophes convergent parfois, de sorte que certaines personnes sont déplacées à plusieurs reprises. Par exemple, au Yémen, quelque 150 000 personnes ont été touchées par des pluies torrentielles et inondations, dont plusieurs milliers qui avaient déjà dû fuir leur résidence à cause de la guerre civile.

L’Europe est une des régions du monde les moins touchées par les catastrophes climatiques. Elle n’en est toutefois pas à l’abri, comme le démontrent les récentes inondations, qui ont causé la mort d’une centaine de personnes et l’évacuation de plusieurs milliers d’autres.

Une situation qui risque de s’aggraver

Les organisations humanitaires s’inquiètent que la situation ne s’aggrave en raison des changements climatiques. La Banque mondiale prévoit ainsi qu’il y aura 143 millions de déplacés internes en 2050, si les événements climatiques extrêmes s’intensifient, comme le projettent les modèles.

2020 a été l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées. Les saisons des moussons sont plus longues que par le passé et les précipitations sont en hausse, tout comme la température des océans.

L’Organisation internationale des migrations (OIM) s’inquiète également de l’augmentation de la température dans des zones du monde très chaudes. Près d’un million de personnes vivent déjà dans des régions tropicales et subtropicales où le stress thermique est très fort.

Avec la hausse des températures, l’OIM estime que 30 à 60 millions de personnes se retrouveraient dans des régions où, pendant les mois les plus chauds, l’air ambiant serait trop élevé pour le fonctionnement normal du corps humain. Des migrations importantes sont donc à prévoir.

Il est urgent, disent les scientifiques, d’agir dès maintenant, notamment en recueillant des données plus précises sur les événements à évolution lente, comme l’érosion côtière, la hausse du niveau des mers ou la sécheresse, afin de mettre en place des politiques ciblées, dont des relocalisations planifiées.

Ça coûte toujours moins cher de prendre des mesures de mitigation [pour réduire la vulnérabilité] plutôt que de devoir s’adapter quand les catastrophes arrivent», observe Robert McLeman.

Avec Ximena Sampson par AFP

Congo-Climat : les pluies causent d’importants dégâts à Brazzaville

décembre 15, 2020

La pluie qui s’est abattue dans la nuit du 12 au 13 décembre dans la ville capitale a laissé des traces dans plusieurs quartiers à cause des inondations, des éboulements de terrains et l’ensablement des habitations.

L’avenue Jean-Dominique Okemba après la pluie ;

Comme à chaque période pluvieuse, des dégâts majeurs ont été enregistrés dans les arrondissements 9 Djiri et 6 Talangaï. C’est le cas de l’avenue Jean Dominique-Okemba qui a été, pour la première fois, engloutie par le sable provenant des versants de montagne des quartiers Ngamakosso et Maman-Mboualé. Les riverains de la Tsiémé n’ont pas été épargnés d’autant plus que l’eau est sortie de son lit, rendant ainsi difficile la traversée sur le pont reliant les quartiers Mikalou et Texaco.

Selon des témoignages, un jeune d’environ 18 ans a également trouvé la mort dans le sixième arrondissement. Disparu dans un collecteur sous la pluie au quartier Domaine, la victime serait un contrôleur d’un bus faisant la liaison Terminus Mikalou-Domaine. Il serait descendu du véhicule et tombé directement dans le gros collecteur qui se jette dans la rivière Kélé Kélé, débordé par les eaux de pluie dans la nuit.

La société SGEC indexée

Dans le 9e arrondissement Djiri, notamment au quartier Massengo-Ibalicko, la situation a été empirée par les travaux inachevés sinon mal exécutés par l’entreprise SGEC, bénéficiaire du Projet d’extension en zones périphériques et renforcement du service d’eau potable à Brazzaville (PEPS) dans cette zone. Destiné à renforcer le service d’eau potable au profit de La Congolaise des eaux, ce projet dont le ministère de l’Aménagement, de l’Equipement du territoire et des Grands travaux est le maître d’ouvrage est financé par l’Agence française de développement. La mission de contrôle est assurée par la société SCET Tunisie.

Accueilli comme un ouf de soulagement par les habitants de ce quartier dès son démarrage en août dernier, le PEPS est devenu au fil du temps un véritable casse-tête au regard de nombreux dégâts qu’il cause après l’installation des conduites d’eau. En effet, certaines avenues et rues sont devenues impraticables suite aux éboulements de sol.

Selon des témoins, deux maisons se sont déjà écroulées à cause des travaux mal réalisés à certains endroits. La dernière en date est la maison qui a perdu sa fondation le 13 décembre au croisement de l’avenue Sénateur Odziki-rue Ello.  Les riverains accusent l’entreprise SGEC et ses sous-traitants d’être à l’origine de ce malheur. « Après avoir fait passer les tuyaux, ils ont commencé à ériger les digues ici depuis le 28 novembre mais les travaux n’avancent pas. Nous doutons également de la qualité de ces ouvrages parce que deux digues ont cédé car il ne s’agit pas des bétons armés comme les ouvriers nous rassuraient », s’est plaint un riverain.

En effet, la société adjudicatrice du marché et les sous-traitants ne semblent pas être sur la même lancée d’autant plus que les instructions données sont souvent foulées aux pieds. « Nous venons de virer le sous-traitant », nous a confié une source proche de la SGEC.

L’occupation anarchique, principale cause du malheur

Ces travaux sont, en effet, venus augmenter les peines des habitants de cette zone qui sont confrontés aux difficultés de circulation à cause des mauvaises pratiques des propriétaires. « Nous sommes dans une zone où les eaux ont du mal à ruisseler parce que les avenues Sénateurs Odziki et Bikoutas ainsi que la rue Hello qui nous entourent sont des impasses », a dénoncé un habitant du quartier.

Avec adiac-Congo par Parfait Wilfried Douniama