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La colonisation racontée par ceux qui l’ont combattue

novembre 28, 2020
« Décolonisations », de Pierre Singaravélou, Karim Miské et Marc Ball, Seuil – Arte Editions, 232 p., 29,90 euros

Après la diffusion d’un documentaire sur Arte, l’historien Pierre Singaravélou et les réalisateurs Karim Miské et Marc Ball racontent dans un ouvrage la colonisation du point de vue des leaders et des peuples qui l’ont combattue.

« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur. » Ce fameux proverbe de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, les trois auteurs de l’ouvrage qui vient de sortir sous le titre Décolonisations, version écrite de leur série documentaire en trois épisodes, diffusée il y a quelques mois par la chaîne Arte, l’ont pris au pied de la lettre.

Ce que l’historien Pierre Singaravélou et les réalisateurs Karim Miské et Marc Ball racontent, en effet, c’est une histoire de la colonisation dont les principaux personnages ne sont pas ceux qui l’ont entreprise ou y ont participé, les Christophe Colomb, Pierre Savorgnan de Brazza, Cecil Rhodes, Léopold II, ou ceux qui semblent y avoir mis fin comme Clément Attlee ou Charles de Gaulle. Non, les héros de cette histoire, ce sont les colonisés qui ont résisté à la domination occidentale sur leurs territoires au XIXe et au XXe siècles. Des peuples insoumis, qui ont payé le prix du sang, dont émergèrent des leaders restés célèbres : Lalla Fatma N’Soumer et Abdelkrim au Maghreb, Jomo Kenyatta au Kenya, Ghandi et Sarojini Naidu en Inde, Ho Chi Minh en Indochine.

Résistance permanente

Un changement de perspective qui permet de documenter les tragédies qu’ont vécues les populations dominées mais surtout de comprendre que l’histoire « officielle » de la colonisation, si longtemps imposée par les colonisateurs, était non seulement incomplète, car vue d’un seul côté, mais aussi mensongère.

Certes, cela fait quelques temps que plus grand monde n’ose soutenir où que ce soit que l’objectif principal de la conquête de territoires en Afrique, en Asie et en Amérique latine par les pays occidentaux consistait à apporter « la civilisation » à des populations « en retard » qui auraient subi passivement cette domination.

LES PEUPLES COLONISÉS, DANS LEUR GRANDE MAJORITÉ, N’ONT PAS ACCEPTÉ LEUR SORT

Mais ce n’est pas pour autant qu’on a mis au premier plan ce qui est tout simplement incontestable pour les historiens contemporains qui abandonnent toute vision néocolonialiste ou pour n’importe quel individu qui veut bien s’informer : les peuples colonisés, dans leur grande majorité, n’ont pas accepté leur sort et, malgré la difficulté de l’entreprise pour combattre un occupant disposant et abusant de la supériorité militaire, la révolte et même la résistance déterminée n’ont jamais cessé face à l’envahisseur. Cela commence dès l’enfance (dans le cas par exemple de Kateb Yacine ou Frantz Fanon), cela ne s’arrête jamais. On a beau n’avoir guère d’espoir de l’emporter à court terme, on agit quand même.

L'écrivain algerien Kateb Yacine, vers 1965

La maharani de Jhansi et le roi des Batéké

Prenons l’exemple de l’Inde, où la colonisation est réputée avoir été sinon moins violente du moins généralisée qu’ailleurs. Manikarnika Tambe, née en 1828 dans un territoire dominé par la Compagnie britannique des Indes orientales, épouse à 14 ans le maharajah de Jhansi, dont elle prend la succession à sa mort, 11 ans plus tard. La jeune reine est déchue de son titre au bout de quatre mois et son royaume annexé immédiatement et sans autre forme de procès par la Compagnie qui ne cesse d’étendre son emprise un peu partout à travers le sous-continent.

Mais quand, en 1857, les soldats indiens au service de cette Compagnie, les cipayes, se révoltent régiment après régiment contre leur maître, elle remonte sur son trône et organise la résistance en créant notamment un bataillon de femmes. Ce n’est qu’après dix jours de bombardements, un assaut mené par 5000 combattants britanniques bien armés et le massacre de 3000 hommes, femmes et enfants que le général envoyé pour « rétablir l’ordre » réussira à s’emparer du palais-forteresse de la souveraine. Laquelle peut s’enfuir et rejoindre à une centaine de kilomètres des princes indiens qui n’ont pas encore capitulé avant de mourir les armes à la main. Et de devenir plus tard une grande héroïne de l’Inde indépendante.

Un cas qui n’est pas isolé, en Asie comme en Afrique et tout au long de la période de colonisation. Et qui prend des allures différentes selon les circonstances. Pour résister à l’avancée des colonisateurs portugais, le roi des Batéké au Congo s’allie à un explorateur français, Brazza, qui lui offre sa protection… avant de trahir sa confiance en livrant à son pays la maîtrise du terrain.

« De l’égalité des races »

Malgré ces tentatives d’échapper à la sujétion, la plupart des terres africaines tombent sous le joug des pays européens qui exercent leur pouvoir sur 100 millions de personnes sur le continent autour de 1880. Et qui se partagent même, lors de la Conférence de Berlin, en 1885, les territoires que les puissances occidentales peuvent administrer sans se concurrencer. En justifiant un tel impérialisme sans limites par des discours « scientifiques » établissant une hiérarchie entre les races « supérieures » et les races « inférieures ».

Mais là encore, non sans que ce discours autojustificateur – dont l’un des principaux auteurs n’est autre que le célèbre fondateur de la Société anthropologique de Paris, Paul Broca, acharné à mesurer des volumes crâniens soi-disant plus importants chez les Blancs –, ne soit réfuté peu après qu’il a été émis. Par un Noir. Le Haïtien Anténor Firmin démontre en effet que les chiffres de Broca ont été truqués pour avaliser son postulat préalable d’une hiérarchie raciale. Il publie même les résultats de son travail dans un livre, De l’égalité des races humaines, qui infirme sans appel les pures croyances qui, à cette époque, légitimaient, si l’on peut employer ce terme, l’esclavage et la colonisation.

Résistants inconnus

Manikarnika Tambe, Anténor Firmin… ou encore ces Kikuyus octogénaires qui participèrent à la révolte des Mau Mau au Kenya et obtinrent sur le tard et après d’innombrables recours en justice des excuses de la couronne britannique. L’ouvrage fort bien illustré de Pierre Singaravélou, Karim Miské et Marc Ball, comme le film truffé d’images rares qu’il accompagne, évoquent des dizaines et des dizaines d’exemples de ces résistants complètement inconnus du commun des mortels qui ont combattu à leur manière la colonisation.

Prisonniers Mau Mau, détenus par les colons britanniques

Des hommes et très souvent des femmes – le « sexe fort » dit-on dans un chapitre éclairant contenant un portrait magistral de Sarojini Naidu – qui ont consacré leur vie à cette cause, parfois les armes à la main, parfois en prônant la désobéissance civile, parfois en écrivant des livres, parfois même… en gagnant pieds nus un match de football contre une équipe de Blancs parfaitement équipés comme le fit l’équipe des Bengalis du Mohun Bagan à Calcutta en 1911. À la plus grande satisfaction d’un public réunissant – une fois n’était pas coutume – les supporters hindous comme les musulmans alliés dans le soutien à la lutte nationaliste.

CE TRAVAIL NE CACHE RIEN DES CÔTÉS SOMBRES DE L’HISTOIRE DE LA COLONISATION ET DE LA DÉCOLONISATION

On aimerait que Décolonisations puisse devenir un support d’enseignement aussi bien dans les pays occidentaux que dans les pays autrefois colonisés. D’autant que le récit proposé, s’il glorifie à juste titre les héros du combat émancipateur, ne verse pas dans l’hagiographie ou la légende. Il ne cache rien des côtés sombres de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation : les collaborateurs qui se mirent par pur intérêt au service des oppresseurs, les profiteurs de la décolonisation, les dictateurs perpétuant le néocolonialisme… Ce qui ne fait que mettre mieux en valeur par contraste l’importance de la lutte pour la liberté qui fut toujours populaire et ne connut aucune trêve. Et ne peut qu’aider à développer l’esprit critique, base de tout enseignement de l’histoire digne de ce nom.

« Décolonisations », de Pierre Singaravélou, Karim Miské et Marc Ball, Seuil – Arte Editions, 232 p., 29,90 euros

Avec Jeune Afrique par Renaud de Rochebrune

« Rendez au Bénin les trésors pillés pendant la colonisation ! »

mars 23, 2017

Un collectif de députés français et béninois, ralliés par les rois du Bénin, s’insurge contre la fin de non-recevoir opposée par Jean-Marc Ayrault à leur demande de restitution.

Statue royale représentant le roi Béhanzin, dernier roi du Dahomey (1890-1894). Crédits : Musée du quai Branly-Jacques Chirac
Le 26 août 2016, le président de la République du Bénin, Patrice Talon, a pris une décision importante en demandant à la France de bien vouloir restituer les biens culturels qui ont été enlevés pendant la colonisation du Dahomey, l’actuel Bénin. Ces trésors se trouvent dans plusieurs musées, et notamment au Quai Branly, où figurent plusieurs trônes royaux, des récades (sceptres royaux), les portes sacrées du palais d’Abomey, des statues anthropomorphes, etc. Ces objets ont pour le peuple béninois une valeur patrimoniale et spirituelle exceptionnelle.

A notre grande stupéfaction, le ministre des affaires étrangères a répondu par la négative. Dans une lettre datée du 12 décembre 2016, Jean-Marc Ayrault a adressé à son homologue béninois le courrier suivant à propos de ces biens culturels : « Conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis aux principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. En conséquence, leur restitution n’est pas possible. » Dans cette missive, le ministre des affaires étrangères propose au Bénin une coopération culturelle plus ou moins renforcée, mais refuse catégoriquement toute restitution.

Ces biens peuvent être déclassés

Certes, ces objets sont classés au patrimoine de la France. Mais il existe en France une Commission scientifique nationale des collections, dont la mission est justement de déclasser les objets soumis à son examen, en vue d’une éventuelle restitution. Le principal critère est le mode d’acquisition. Quand des objets du patrimoine ont été volés, la Commission statue en conséquence, et peut alors les déclasser en vue d’une restitution intégrale. Par conséquent, ces biens qui ont été emportés par les armées coloniales – il n’y a évidemment aucun débat sur leur origine – peuvent être déclassés et restitués.

Le ministère des affaires étrangères ne pouvait guère ignorer l’existence de cette Commission, qui est sous l’autorité du ministère de la culture, avec lequel il a travaillé avant de formuler cette réponse. Par ailleurs, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN), qui est à l’origine de la campagne pour la restitution, a longuement discuté avec le cabinet de M. Ayrault et a évoqué avec ses conseillers le principe et le fonctionnement de cette Commission, qui rend la restitution tout à fait possible, sans aucune difficulté.

Dans ces conditions, Français, Béninois, Européens ou Africains, citoyens du monde, tout simplement, nous interpellons le président de la République française. Ce que la France a fait au Dahomey, à l’époque, c’est le passé. La France d’aujourd’hui n’en est pas responsable. Mais si elle refuse aujourd’hui toute restitution de ces biens très mal acquis, elle se rend de fait solidaire et même complice des spoliations du passé. Le dialogue interculturel ne saurait se fonder sur le pillage interculturel.

L’héritage des générations futures

Le Bénin, pays ami de la France, a le droit de jouir de son propre patrimoine. Les enfants du Bénin ont le droit de voir et de connaître l’héritage laissé par leurs ancêtres. Le gouvernement béninois a même entrepris de créer un musée pour accueillir ces biens, et le président du Bénin a décidé de développer le tourisme mémoriel dans son pays. Mais comment faire si les pièces principales du patrimoine sont à l’étranger ? Conscients de tous ces enjeux, nous nous associons à la démarche du président Patrice Talon pour demander à la France de procéder à la restitution de ce patrimoine, symbole de l’histoire d’un peuple soucieux de l’héritage qu’il pourra (ou non) laisser aux générations futures.

Il reste au président Hollande encore quelques semaines. C’est assez pour saisir la Commission, et pour acter la restitution de manière officielle et irréversible, au moins pour les objets royaux, qui ont été clairement acquis à la fin du XIXe siècle. Le Bénin ne demande pas de repentance, le Bénin demande restitution. Si le président Hollande refuse, c’est l’image de la France dans le monde entier qui sera ternie, et ce sera un signe de mépris terrible pour les Français d’origine africaine vivant en France.

En revanche, si le président de la République française accepte cette requête, à l’heure où il quitte le pouvoir, il accomplira ainsi un geste pour l’Histoire, un geste pour l’avenir, un geste pour l’amitié entre les peuples. C’est ce à quoi nous l’exhortons maintenant, par cette pétion en ligne.

LISTE DES PREMIERS SIGNATAIRES (PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE) Benjamin Abtan, président d’EGAM (European Grassroots Antiracist Movement) ; Sa Majesté Adjagnon Honfin II, roi d’Adjahonmè ; Justin Adjovi, député béninois ; Blaise Ahan Hanzo Glèlè, maire d’Abomey ; Norbert Ahivohozin, député béninois ; Marcellin Ahonoukoun, député béninois ; Jean-Roger Ahoyo, ancien ministre du Bénin ; Noël Akissoe, député béninois ; Sa Majesté Akpaki Gobi Yesse Some, roi de Parakou ; Jean-Marie Alagbé, député béninois ; Orden Alladatin, député béninois ; Pouria Amirshahi, député français ; Sa Majesté Athanase, roi de Lokossa ; Maurice Chabi, député béninois ; Sa Majesté Chabi Yataou Tamou, roi de Bouè ; Sergio Coronado, député français ; Sa Majesté Daagbo Hounon To Madje Houna II, pontife du Vaudou ; Sa Majesté Dedjalagni Agoli-Agbo, roi d’Abomey ; Sa Majesté Djagou Agba Kotan II, roi de Dassa-Zoume ; Janvier Donhouahoue, député béninois ; Sa Majesté Gandjegni Awoyo Gbaguidi, roi de Savalou ; Serge Guézo, prince d’Abomey et de Savé ; Razzy Hammadi, député français ; Parfait Houangni, député béninois ; Octave Houdégbé, député béninois ; Amadou Issifou, député béninois ; Sa Majesté Kpodegbe Toyi Djigla, roi d’Allada ; Noël Mamère, député français ; Sa Majesté Oba Adetutu, roi de Savé ; Son Altesse impériale Sabi Naïna III, empereur de Nikki ; Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme ; Louis-Georges Tin, président du CRAN-France ; Cyprien Togni, député béninois ; Laurent Tonegnikes, président du CRAN-Bénin ; Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme ; Amel Yacef, présidente d’ENAR (European Network Against Racism) ; Sa Majesté Yeto Kandji, roi d’Agonlin ; Edmond Zinsou, député béninois.

Afrique du Sud : une ancienne chef de l’opposition fait scandale avec des tweets vantant les bienfaits de la colonisation

mars 16, 2017

La Sud-Africaine Helen Zille, membre du parti de l’Alliance démocratique, est au centre d’une polémique après une série de tweets qui défendaient les aspects positifs du colonialisme en mars 2017. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Les internautes ont vivement réagi jeudi sur les réseaux sociaux après une série de tweets de Helen Zille, l’ex-patronne du principal parti d’opposition en Afrique du Sud, qui défendaient les aspects positifs du colonialisme.

« Pour ceux qui considèrent que l’héritage du colonialisme est SEULEMENT négatif, pensez à l’indépendance de la justice, au réseau de transports, à l’eau courante, etc. », a écrit l’ancienne chef de l’Alliance démocratique (DA) sur son compte Twitter. « Est-ce que nous aurions ce niveau de soins spécialisés et de traitements sans l’influence coloniale ? Soyez honnêtes, s’il vous plaît », a poursuivi cette politicienne sud-africaine blanche.

« Une insulte aux Noirs »

Près d’un quart de siècle après la chute du régime blanc raciste de l’apartheid dans l’ancienne colonie britannique, ses messages ont mis le feu à la Toile. « Helen, c’est une insulte aux Noirs qui souffrent et éprouvent encore les effets du colonialisme », a riposté sur Twitter le porte-parole du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, Zizi Kodwa, la traitant de « suprémaciste blanche d’extrême droite ».

Le parti de la gauche radicale, les Combattants pour la liberté économique (EFF), a exigé la démission immédiate de l’actuelle Premier ministre de la province du Cap Occidental. « Aucune personne qui occupe une fonction officielle dans notre pays (…) ne peut être autorisée à exprimer librement ce racisme de sang-froid », a jugé le porte-parole des EFF, Mbuyiseni Ndlozi.

Une enquête disciplinaire

Helen Zille s’est rapidement excusée. « Je m’excuse sans réserve pour un tweet qui a été compris comme une défense du colonialisme. Ce n’était pas le cas », a-t-elle assuré.

Mais sa sortie a plongé dans l’embarras son propre parti, qui s’efforce depuis l’élection de son nouveau président noir de s’affranchir de son étiquette de parti de Blancs. « Que ce soit clair : le colonialisme, comme l’apartheid, était un système d’oppression et d’assujettissement. Il n’est pas justifiable », a tweeté le chef de la DA, Mmusi Maimane. Avant d’indiquer que son parti allait ouvrir une enquête disciplinaire interne contre Helen Zille.

Lors des élections locales d’août dernier, la DA a réussi, avec l’appui de l’EFF, à arracher à l’ANC le contrôle de municipalités emblématiques comme la capitale Pretoria, ou Johannesburg. Elle espère confirmer ce succès lors des élections générales de 2019 et battre l’ANC de feu Nelson Mandela, qui dirige l’Afrique du Sud sans partage depuis 1994.

Jeuneafrique.com avec AFP

Algérie : pour Emmanuel Macron, la colonisation est « un crime contre l’humanité »

février 15, 2017

Dans un entretien accordé à une chaîne de télévision algérienne mardi, le candidat à la présidentielle française a rectifié ses propos controversés sur la colonisation tenus en novembre. « Nous devons présenter nos excuses à celles et ceux qui ont subi la barbarie « , a-t-il déclaré.

En novembre dernier, il déclarait à l’hebdomadaire Le Point: « Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie. »

Mardi 14 février, le candidat Macron a rectifié le propos qui avait fâché les Algériens et entraîné une polémique sur les réseaux sociaux. Dans une interview accordée à la chaîne privée Echourouk News à l’occasion de sa visite express à Alger, il a déclaré : « La colonisation fait partie de l’histoire française et c’est un crime contre l’humanité ». 

« Je ne regrette pas mes propos de novembre dernier car ils ont été sortis de leur contexte. J’ai toujours condamné la colonisation comme un acte de barbarie. La barbarie fait partie d’un passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », a-t-il précisé. 

Construire ensemble

« En même temps, ajoute-il, il ne faut pas balayer ce passé ». « La France a installé les droits de l’homme en Algérie, mais elle a oublié de les lire. C’est une jolie formule qui vaut pour l’Algérie pour expliquer cette période. Il y a eu des crimes terribles, de la torture, de la barbarie ».

Pour autant, Emmanuel Macron ne veut pas que les deux pays tombent dans « la culture de la culpabilisation » sur laquelle « on ne construit rien ». « C’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble », explique-t-il.

Avec les responsables algériens, le candidat du Mouvement En Marche ! dit avoir évoqué la question de la mémoire commune entre la France et l’Algérie. « Il faudra réparer ces mémoires collectives tout en reconnaissant la responsabilité de l’État français et de ce qu’il a fait en Algérie ». 

Excuses officielles

Cinquante trois ans après l’indépendance de l’Algérie, le passé colonial est toujours considéré comme un dossier sensible et douloureux entre les deus pays. Le président français François Hollande, avait reconnu « les souffrances infligées par la colonisation au peuple algérien » dans une visite officielle à Alger en décembre 2012, mais sans présenter d’excuses officielles comme l’exige les politiques algériens.

Jeuneafrique.com par Nadia Lamlili

Devoir de Mémoire: De la souffrance des colons à celle de Sassou Nguesso

février 12, 2017

 

matsoua

A l’époque d’André MATSOUA, nos anciens du Nord au Sud s’étaient unis pour lutter contre la répression coloniale.

Dans la troisième lettre adressée aux autorités coloniales, André Matsoua, dit Matricule 22, s’insurge contre le Code de l’indigénat qui entérine l’infériorité du noir colonisé (4 juin 1928) et critique sévèrement les Frères TRECHOT (Maloukou Tréchot), qui asservissent les Congolais du Nord, avec leurs  sociétés concessionnaires.

C’est ainsi que des Congolais originaires du Nord vont rejoindre MATSOUA dans son combat, en l’occurrence Jacques OPANGAULT, Jean Charles KIBA, Moise ECKOMBOND, Jacques MOUENE KOLO, Pamphile ADADA.

De toutes ses nombreuses lettres, celle du 26 janvier 1928 qui indexa directement les adeptes de la Franc-maçonnerie, fut la plus injurieuse aux yeux de l’autorité coloniale : « André Matsoua dénonce tout autant la stagnation économique de l’AEF comparée au formidable essor du Congo belge (12 novembre 1928).

Le décryptage de ces préoccupations fait apparaître deux exigences politiques majeures : l’accession à la citoyenneté et la réforme du travail obligatoire. »

Arrêté en France, sous un motif fallacieux, André Matsoua sera expédié au Moyen Congo pour y être jugé. Il est lourdement condamné, à la suite d’un procès expéditif – une parodie judiciaire qui s’ouvre le 2 avril 1930 sur la place de la Mairie de Brazzaville. André Matsoua, dit Matricule 22, va susciter une révolte populaire.

Les populations qui font irruption dans la salle, ont décidé de le libérer.

« Elles s’attaquent à tout ce qui symbolise l’administration coloniale. La bagarre devient générale. Les prisonniers sont exfiltrés de la salle d’audience.

Les foules brazzavilloises ont fait une chose sans précédent. Des Noirs ont osé affronter directement l’administration coloniale dans la capitale de l’AEF.

Ainsi commence ce que la mémoire coloniale a appelé l’affaire Balali, définie comme une dégradation des rapports entretenus avec les Européens qui donne lieu selon les circonstances, à des crises épisodiques d’une certaine gravité. Elle va globalement durer trente ans (1926-1956). »

Aujourd’hui, les mêmes causes produisent les mêmes effets sous une autre forme, car le Peuple Congolais fait aujourd’hui face à un régime totalitaire sous la houlette de Denis Sassou Nguesso, qui maintient le Peuple dans la misère, la terreur et le péril, pour le soumettre à sa volonté.

Nous devons vaincre les nouveaux colons noirs comme nos anciens se sont affranchis de l’asservissement colonial d’antan.

Cette page glorieuse de notre Histoire fait parti des ponts entiers que certaines personnes veulent étouffer pour d’avantage nous réduire a l’esclavage intérieur du clan au pouvoir.

Le Peuple a le droit de savoir, pour s’unir et se libérer de la tyrannie intérieure et les influences nocives extérieures.

 

Zenga-mambu.com avec Front des Jeunes Nationalistes – FJN

Israël convoque dix ambassadeurs après la résolution de l’ONU

décembre 25, 2016

Après l’adoption d’une résolution de l’ONU demandant l’arrêt de la colonisation, Israël a convoqué les ambassadeurs de 10 pays qui l’ont soutenue. L’État hébreu, qui bafoue depuis des décennies le droit international, a aussi convoqué l’ambassadeur américain.

Lors du conseil des ministres, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a réaffirmé que les États-Unis avaient agi en concertation avec les Palestiniens pour faire adopter vendredi soir cette résolution par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Le texte a été adopté par 14 des 15 pays siégeant au Conseil de sécurité, tandis que les États-Unis se sont abstenus.

Obama pointé du doigt
« Selon nos informations, nous n’avons aucun doute sur le fait que l’administration Obama est à l’initiative de cette résolution, qu’elle est derrière elle, qu’elle a coordonné sa rédaction et a demandé qu’elle soit adoptée », a soutenu M. Netanyahu.

Les autorités israéliennes ont convoqué pour consultation les ambassadeurs en Israël de 10 des 14 pays qui se sont prononcés en faveur de la résolution et avec lesquels elles entretiennent des relations diplomatiques. Il s’agit de la Grande-Bretagne, la France, la Chine, la Russie, l’Égypte, la Nouvelle-Zélande, le Japon, l’Uruguay, l’Espagne et l’Ukraine.

Le Venezuela, la Malaisie, le Sénégal et la Nouvelle-Zélande – les quatre pays qui ont présenté la résolution au vote – n’ont pas été convoqués, car ils n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël ou n’ont pas de représentation dans l’État hébreu.

Parmi les représentants étrangers convoqués, seul l’ambassadeur américain a eu Benjamin Netanyahu, qui gère le portefeuille de ministre des Affaires étrangères en plus de sa fonction de chef de gouvernement, comme interlocuteur, a-t-on appris de source officielle. Aucun détail sur le contenu de cette rencontre n’a été communiqué.

Première
Pour la première fois depuis 1979, les États-Unis n’ont pas mis vendredi leur veto à une résolution du Conseil de sécurité concernant la colonisation israélienne alors qu’ils soutenaient jusque-là Israël sur ce dossier extrêmement sensible.

Leur abstention, conjuguée au vote favorable des 14 autres membres, a permis l’adoption de ce texte.

« Coup anti-israélien »
Benjamin Netanyahu a qualifié la résolution de « biaisée et honteuse ». Bien que considérée comme illégale par la communauté internationale et le droit international, la colonisation des territoires palestiniens occupés s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens.

M. Netanyahu, qui entretient des relations notoirement exécrables avec le président Obama, s’en est pris à son gouvernement, qu’il a accusé d’avoir fait « un coup anti-israélien honteux aux Nations unies ».

La résolution exhorte Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est », soulignant par ailleurs que les colonies israéliennes « n’ont pas de valeur juridique » et sont « dangereuses pour la viabilité d’une solution à deux Etats ».

Poursuites devant la CPI?
Même si elle ne prévoit pas de sanctions contre Israël, les responsables israéliens craignent que la résolution ne facilite les poursuites à la Cour pénale internationale (CPI) et n’encourage des sanctions contre les produits des colonies.

Nabil Abu Roudeina, un porte-parole du président palestinien, Mahmoud Abbas, a qualifié cette résolution de « grand camouflet » pour Israël, estimant qu’il s’agissait « d’une condamnation internationale unanime de la colonisation ».

Dans ce contexte, la radio militaire a rapporté dimanche que le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman avait ordonné l’arrêt de toute coopération avec les Palestiniens sur des affaires civiles, tout en maintenant la coopération sécuritaire. Aucun commentaire sur cette annonce n’a pu être obtenu de source officielle.

Romandie.com avec(ats / 25.12.2016 22h26)             

Pourquoi les révolutions au Nord auront un impact au Sud

août 25, 2011

Sans parler d’une contagion des « révolutions arabes », il se trouve que la Tunisie, l’Égypte et la Libye se situent en Afrique. Il se trouve également que les dynamiques à l’œuvre reposent sur des éléments communs : une population très jeune et l’émergence de ce que l’on peut appeler une classe moyenne – de plus en plus ambitieuse dans ses aspirations et ses revendications matérielles et démocratiques. De ce point de vue, il y a une communauté de situations. Les questions essentielles relatives à la démocratisation de la sphère publique, à la dévolution du pouvoir et aux modalités de son exercice sont partagées. De ce fait, les trajectoires au nord du Sahara vont forcément avoir des conséquences sur la façon dont les Subsahariens vont engager et structurer leur débat politique : les modes et les capacités de mobilisation, la présentation des doléances…

Le principal défi des sociétés subsahariennes n’est pas tant dans l’acceptation de la confrontation électorale : il repose sur l’incapacité à fonctionner sur la base du pluralisme. Le pouvoir est au centre, tout le monde se bat pour y accéder. Conséquences : quand on le perd, on met le feu au pays. Quand on le gagne, on ne cherche qu’à le conserver. Cette crispation au centre – lieu de possession de la richesse et de la redistribution clientéliste – conduit à un comportement clanique au sommet de l’État : vous êtes avec moi, je vous rétribue. Vous êtes contre moi, je vous punis.

Mais face aux tactiques des gouvernants, qui jouent sans cesse sur les antagonismes et les rivalités pour fragiliser les éventuelles contestations populaires, les Africains – jeunes, diplômés, connectés au monde grâce à internet et aux migrations – sont en train de comprendre que leur unité peut et doit reposer sur la définition d’un destin partagé, d’un contrat de confiance et d’une reconnaissance des différences. Et non sur le postulat d’une unité culturelle assénée et imposée par la force répressive et les idéologies « nativistes ». La recomposition des sociétés africaines est en marche. Elle conduira à des manifestations plurielles de la citoyenneté et à la confrontation d’orientations politiques, économiques et culturelles variées. L’époque du parti unique est révolue.

Cette évolution ne se fera pas sans conflits ni crises – comme on l’a constaté en Côte d’Ivoire –, car elle implique la construction de communautés plus larges que la simple appartenance à un groupe. Il convient toutefois de relever qu’en Côte d’Ivoire personne ne veut faire sécession. L’État et ses frontières ne sont pas remis en question. Ce qui est en jeu est un dépassement de la seule compétition partisane pour ouvrir la représentation politique : délégations de pouvoir, relégitimation des notables locaux, processus de décentralisation… Si vous avez dans le même pays des légitimités différentes, vous ouvrez le jeu. L’ethnicité n’est alors plus une menace, ni une force de destruction qui divise, oppose et enferme. Le communautarisme devient inclusif. Il aide à la mise en délibération des blocages générationnels, religieux, régionaux et de genre dans les lieux où ils s’expriment : la famille, la parenté, le clan, l’ethnie, la région et la nation.

De la même manière, le fétichisme des frontières se dissipe. Il est possible, par exemple, d’envisager un espace partagé entre la Côte d’Ivoire et le Burkina. Ces régions sont culturellement et socialement homogènes. Je ne remets pas en question des frontières et des souverainetés mises à mal depuis les indépendances. Je remets ensemble des richesses, des hommes, des produits, des idées et des solidarités réfractaires aux directives de l’État-nation. C’est l’intégration par les pieds. Il faut être créatif. Près de 70 % de la population africaine a moins de 25 ans. Une grande majorité de cette jeunesse n’est ni nationaliste ni souverainiste. Elle propage une vision cosmopolite d’un monde ouvert.

Durant la colonisation et encore après, on a dit aux Africains d’arrêter de penser et d’appliquer les recettes venues d’ailleurs. C’est à présent aux Africains de revoir leur logiciel politique. À nous de faire le boulot. Enraciner la démocratie en Afrique revient précisément à réimaginer l’entreprise démocratique sur la terre africaine.

Jeuneafrique.com par Mamadou Diouf
Professeur d’histoire et d’études africaines à l’Université Columbia (New York)

Tristesse d’Afrique

septembre 30, 2010

Pourquoi diantre veux-tu me corrompre
Avec la manie de ton vieux père
Moi, fils d’Afrique qui savoure la liberté
Depuis l’aube brillante de la souveraineté
Cassant les chaînes de la colonisation
De mes maîtres dans la furie de la tension
Et toi héritier de ma chère et tendre république
Tu veux te comporter en nouveaux colons d’Afrique
Après la mort de ton père au fauteuil présidentiel
Réduisant la gestion du pays à l’odeur pestilentielle
Où les enfants ne peuvent partir à l’école
Les malades en difficulté de couverture médicale
Ne peuvent se soigner dans les hôpitaux
Où toilettes et salles de bains manquent d’eau
Les routes du pays dans un grave piteux état
Le citoyen actuel est devenu comme un rat
Se débrouillant pour manger à sa faim
Alors que ta famille mange sans fin
A l’indifférence de la misère du peuple
Qui croupit avec ses plaies sur la paille.

Bernard NKOUNKOU