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Afghanistan: des centaines de commandos dans une ville attaquée par les talibans

juillet 8, 2021
Afghanistan: des centaines de commandos dans une ville attaquee par les talibans
Afghanistan: des centaines de commandos dans une ville attaquée par les talibans© AFP/-

Des combats entre talibans et forces afghanes faisaient rage jeudi pour le deuxième jour consécutif à Qala-i-Naw et d’épais nuages de fumée noire s’élevaient au dessus de cette capitale provinciale dans le nord-ouest de l’Afghanistan.

Le gouvernement a envoyé par hélicoptère des centaines de commandos dans la province de Badghis pour contrer cette offensive talibane, la première contre une capitale provinciale depuis le début de la dernière phase du retrait des troupes américaines.

« Les talibans sont toujours dans la ville (…) On peut les voir passer et repasser sur leurs motos », a déclaré à l’AFP Aziz Tawakoli, un habitant de Qala-i-Naw, capitale de Badghis, précisant que presque la moitié des résidents ont fui.

Le pays traverse « l’une des étapes les plus compliquées de la transition » alors que le départ des troupes étrangères touche bientôt à sa fin et que les combats font rage, a affirmé jeudi le président afghan Ashraf Ghani.

« Les forces internationales repartent dans leurs pays respectifs après 20 ans ici, mais le pays peut être contrôlé », a-t-il assuré dans un discours, confiant dans la capacité de son gouvernement à gérer la crise.

A Londres, le Premier ministre Boris Johnson a annoncé que la plupart des soldats britanniques avaient désormais quitté l’Afghanistan dans le cadre du retrait des forces de l’OTAN qui s’effectue en parallèle à celui des Américains.

« Je ne révélerai pas le calendrier de notre retrait, mais je peux dire à la Chambre que la plupart de nos troupes sont déjà parties », a-t-il déclaré face à des députés jeudi.

Le président américain Joe Biden doit s’exprimer sur le retrait d’Afghanistan jeudi, après une réunion avec son équipe de sécurité nationale.

Selon Abdul Latif Rostaee, directeur de la santé de la province de Badghis, au moins dix civils blessés ont été amenés à l’hôpital de la ville depuis jeudi matin.

Mercredi, quelques heures seulement après que l’armée américaine a annoncé avoir achevé « à plus de 90 % » son retrait d’Afghanistan, les talibans, qui se sont emparés depuis mai de vastes portions rurales du territoire et rapprochés de plusieurs grandes villes, sont entrés dans Qala-i-Naw, une ville d’environ 75.000 habitants.

« Les talibans ont repris leurs attaques dans plusieurs parties de la ville », a indiqué à l’AFP Hessamuddin Shams, gouverneur de la province de Badghis, assurant cependant que « l’ennemi est en train d’être repoussé et s’enfuit. »

Les forces afghanes ont lancé une contre-offensive pour reprendre la ville.

« En tant que femmes, nous sommes très inquiètes (…) Si les talibans restent dans la ville, nous ne pourrons plus travailler et nous allons perdre tous les progrès en matière de droits des femmes », a raconté Parisila Herawai, une militante de Qala-i-Naw.

Zia Gul Habibi, un membre du conseil provincial de Badghis, a fait état de combats « sporadiques » dans la ville.

« Certains membres des forces de sécurité qui ont rejoint les talibans les aident et les guident », a-t-il déploré.

Mercredi, les insurgés ont libéré des centaines de détenus de la prison de la ville.

Sur Twitter, le porte-parole du ministère de la Défense Fawad Aman, a déclaré que « de nouveaux commandos sont arrivés à Badghis la nuit dernière et vont lancer une opération de grande envergure ».

Avancée inexorable

Selon un responsable sécuritaire, l’offensive a également « affecté les provinces voisines » dont celle d’Herat, frontalière de l’Iran, où un district frontalier de Badghis est tombé aux mains des insurgés dans la nuit.

« Cela a semé un petit peu la peur partout », a continué cette source sous couvert d’anonymat.

Selon des responsables locaux et les insurgés, deux districts de Herat en tout ont été pris dans la nuit.

Ross Wilson, le chargé d’affaires américain, a critiqué l’offensive de Badghis qui selon lui « viole les droits humains ».

Selon Human Rights Watch, les talibans ont expulsé des personnes de leur domicile et pillé ou incendié certaines habitations.

Pendant ce temps, le retrait des troupes de Washington continue tambour battant, malgré l’avancée inexorable des talibans face à des troupes afghanes désormais privées du crucial appui aérien américain.

Les forces étrangères ont été évacuées de nombreuses bases, y compris la semaine dernière, de la base aérienne de Bagram, au nord de Kaboul.

Il s’agissait de la plus importante installation militaire de la coalition en Afghanistan et du centre névralgique de ses opérations sur place depuis l’entrée des troupes américaines dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

Le retrait définitif de l’armée américaine sera terminé d’ici la fin août, selon la Maison Blanche. Il mettra un point final à 20 ans d’intervention américaine dans le pays, la plus longue guerre menée par les Etats-Unis dans leur histoire.

Dans l’espoir de relancer des négociations entre les deux camps, une réunion entre des représentants talibans et une délégation du gouvernement afghan s’est terminée jeudi à Téhéran, selon l’agence de presse publique iranienne (IRNA).

Si les deux camps ont appelé à une fin des combats et plus de discussion, les pourparlers officiels entre Kaboul et les insurgés, débutés en septembre 2020 à Doha, sont quant à eux au point mort.

Par Le Point avec AFP

Mali: un soldat français tué dans un accrochage, annonce Hollande

février 19, 2013
Mali: un soldat français tué dans un accrochage, annonce Hollande Mali: un soldat français tué dans un accrochage, annonce Hollande © AFP

Un soldat français, un légionnaire du 2e Régiment étranger de parachutistes, a été tué au Mali lors d' »un accrochage sérieux » dans le nord du pays qui a également causé la mort de plusieurs « terroristes », a annoncé mardi François Hollande à Athènes.

Il s’agit du deuxième mort français depuis le début de l’opération Serval le 11 janvier.

Interrogé par des médias français en marge d’un déplacement à Athènes, le chef de l’Etat a expliqué que ces combats meurtriers étaient intervenus mardi lors d’une opération des forces spéciales, encore en cours, dans le massif montagneux des Iforhas, dans le nord du Mali.

« En ce moment, nous avons des forces spéciales qui sont au nord du Mali et qui interviennent dans une zone particulièrement délicate – le massif des Iforhas – là où des groupes terroristes se sont retranchés », a expliqué François Hollande.

« Il y a eu un accrochage sérieux, avec plusieurs morts du côté des terroristes mais un mort aussi du côté français », a-t-il ajouté. « Il s’agit d’un soldat du 2e REP, un légionnaire, sa famille a été prévenue ».

« Nous voyons que nous sommes maintenant dans la dernière phase de l’opération au Mali (. . . ) », a dit le président.

Il s’agit d' »aller jusqu’au bout, c’est-à-dire l’arrestation des derniers chefs ou groupes terroristes qui demeurent à l’extrême nord du Mali. C’est dans le cadre de cette opération qu’il y a eu cet accrochage qui n’est pas terminé et a hélas conduit un légionnaire à perdre la vie ».

Ce légionnaire tué est le sergent-chef Harold Vormezeele, a précisé le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian dans un communiqué. « Sous-officier de la section de commandos parachutistes du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP) de Calvi, Harold Vormezeele a été tué lors de combats menés contre des groupes terroristes à 50 km au sud de Tessalit », a-t-on précisé.

Jeuneafrique.com avec AFP

Mali : le camp militaire de Djicoroni, à Bamako, assiégé

février 8, 2013

L'entrée du camp de parachutistes de Djicoroni, à Bamako. L’entrée du camp de parachutistes de Djicoroni, à Bamako. © Habibou Kouyaté/AFP

Des affrontements ont lieu ce vendredi 8 février aux alentours du camp du Régiment des commandos parachutistes (RCP) de Djicoroni, à Bamako. Le quartier général des « Bérets rouges », fidèles à l’ex-président Amadou Toumani Touré, est assiégé par différents corps des forces de sécurité. On compte plusieurs blessés.

Mis à jour à 13h01.

Les divisions de l’armée malienne resurgissent au plus mauvais moment. Selon plusieurs sources présentes sur place, le camp des commandos parachutistes (les « Bérets rouges ») de Djicoroni, à Bamako, est assiégé par différents corps des forces de sécurité. Les premières informations font état de tirs à l’arme légère et de la présence de blindés légers de type BRDM. « Depuis 06H00 (locales et GMT), des militaires lourdement armés, tous corps confondus, ont attaqué le camp. En ce moment même, ils sont en train de tirer sur nos femmes et nos enfants », a déclaré à l’AFP Yaya Bouaré, un Béret rouge se trouvant dans le camp attaqué.

Il y a plusieurs blessés dans le camp, a-t-il ajouté. Ses propos ont été confirmés par des habitants et des journalistes indépendants sur place. On ne sait pas encore comment les troubles ont débuté, mais un témoin a affirmé que des coups de feu en l’air avaient été tirés par les Bérets rouges eux-mêmes dans la nuit de jeudi à vendredi, et que leurs femmes s’étaient massées à la porte d’entrée du camp. « Le chef d’état-major a pris des mesures disciplinaires contre quelques parachutistes, et certains d’entre eux qui n’étaient pas d’accord se sont réveillés ce matin et ont commencé à tirer en l’air », a affirmé à l’agence Reuters le ministre malien de la Défense, le colonel-major Yamoussa Camara.

Réaffectations

Selon le soldat Bouaré, l’attaque du camp militaire est liée à la déclaration à la télévision nationale du chef d’état-major des armées, le général Tahirou Dembélé, en début de semaine. Celui-ci a fait part de sa volonté d’envoyer au front  les Bérets rouges pour combattre aux côtés des soldats français les groupes islamistes armés. « Comme on a le problème du Nord sur les bras, vous allez combattre auprès de vos autres frères d’armes, avait-il déclaré à la télévision, à l’issue d’une rencontre avec le commandement des Bérets rouges. Après cet entretien on a pris toutes les dispositions pour les affecter dans leur régiment », avait-il ajouté.

Mais le général Dembélé avait déclaré avoir décidé de réaffecter les membres des Bérets rouges – régiment officiellement dissous – dans d’autres unités. Et c’est sans doute aussi sur ce dernier point que  les esprits se sont échauffés.

Les Bérets rouges sont composés de paras et de membres de l’ex-Garde présidentielle de Amadou Toumani Touré (ATT, renversé le 22 mars). Ce n’est pas la première fois que le camp de Djicoroni est pris pour cible. Le 1er mai 2012, en représailles au contre-coup d’État manqué du 30 avril, mené par l’ancien chef des Bérets rouges, Abidine Guindo, le camp avait été mis à sac par les soldats du capitaine Amadou Sanogo, responsable du coup d’État contre ATT.

Libération

À la suite de cette attaque ratée contre l’aéroport, le siège de la télévision nationale malienne et le QG de la junte (le camp militaire de Kati) – assaut qui aurait fait plusieurs dizaines de morts -, le 33e Régiment des commandos parachutistes avait été dissous et restait, depuis, cantonné à Djicoroni.

Une trentaine de militaires avait également été arrêtés. Certains d’entre eux ont été libérés le 30 janvier. À leur sortie de prison, ces soldats avaient accusé le commandement de l’armée de les empêcher de rejoindre le front. Le chef d’État-major de l’armée malienne, le général Dahirou Dembélé, leur avait répondu dans une intervention à l’ORTM : « il faut inviter tous ces éléments à rentrer dans le rang. »

Hormis les 417 Bérets rouges affectés en dehors de Bamako, environ 800 se trouvent toujours dans la capitale malienne, mais le gros de leur armement leur a été confisqué, indique-t-on de source militaire.

Jeuneafrique.com avec AFP

Mali : Amadou Haya Sanogo, président un jour, président toujours ?

mai 8, 2012

Rien ne le prédestinait à prendre la tête des putschistes le 21 mars, mais le capitaine Amadou Haya Sanogo a pris goût au pouvoir, malgré le retour à l’ordre constitutionnel au Mali. Un article publié dans J.A. n° 2677 daté du 29 avril – soit juste avant la tentative manquée de contre-coup d’État mené par des soldats du régiment de commandos-parachutistes « Bérets rouges ».

Ambiance particulière ce 24 avril au poste de commandement de la IIIe région militaire de Kati, où les ­putschistes ont établi leur quartier général. Ce matin-là, le capitaine Amadou Haya Sanogo, président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État malien (CNRDRE), a une annonce à faire. Visage grave dans sa tenue d’apparat kaki, bâton de commandement en main, il veut rassurer la cinquantaine d’officiers, sous-officiers et hommes de troupe qui ont pris une part active au renversement du président Amadou Toumani Touré (ATT) le 21 mars.

Dans la cour de la caserne, il leur promet de faire en sorte que leurs salaires et leurs primes de risque soient revus à la hausse, d’obtenir de meilleures conditions de logement pour les soldats et d’acquérir du matériel militaire en quantité pour venir à bout de la rébellion armée et des groupes salafistes qui occupent le nord du pays – la grande préoccupation du moment. « Je ferai tout pour vous mettre dans de bonnes conditions, déclare-t-il. En échange, je vous demande de vous tenir prêts pour aller au front. » Pour un soldat présent, « on aurait dit un au revoir. En plus, c’était la première fois qu’il rentrait chez lui en pleine journée depuis le 21 mars ».

Malgré ce court discours aux allures de testament, le capitaine Sanogo ne semble pas décidé à quitter le devant de la scène. Ne devait-il pas déjà rendre le pouvoir aux civils le 6 avril dernier, alors que la junte, la classe politique malienne et les médiateurs régionaux annonçaient la signature d’un accord qui devait tracer les contours de la transition ? Certains, à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), lui trouvent des excuses. « C’est un homme intelligent, insiste un diplomate ouest-africain en poste à Bamako. Il sait qu’il ne peut pas s’éterniser à son poste, mais il ne veut pas passer pour un faible auprès de ses hommes en cédant trop vite. »

Le double discours de Sanogo

Peut-être bien. Mais le durcissement de la junte, courant avril, a fait craindre le pire. Entre le 16 et le 19, vingt-deux hommes politiques et militaires ont été arrêtés et détenus au camp de Kati sur ordre direct du capitaine. Sanogo a eu beau proclamer le retour à l’ordre constitutionnel dès le 1er avril, des militaires ont, à plusieurs reprises, empêché des élus de pénétrer à l’intérieur du Parlement. « Il ne rend compte qu’à ses hommes, et ceux-ci ne lui laissent pas toujours le dernier mot, explique un familier du camp de Kati. Et dans la mesure où il leur doit tout… »

Ils font leur entrée au gouvernement

Les militaires ont obtenu trois portefeuilles dans le gouvernement dont la composition a été annoncée le 25 avril. Proche du capitaine Sanogo, le colonel saint-cyrien Moussa Sinko Coulibaly a été nommé à l’Administration territoriale. Directeur de cabinet du chef de la junte, il était, avant le coup d’État, directeur de l’École de maintien de la paix Alioune Blondin Beye de Bamako. Le colonel major Yamoussa Camara arrive à la Défense et aux Anciens Combattants. Ex-chef d’état-major de la Garde nationale, il avait été nommé secrétaire général du ministère de la Défense au lendemain du putsch. Au ministère de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, le général Tiéfing Konaté, ex-directeur de la gendarmerie. « Ce sont des hommes compétents et qui connaissent les dossiers », fait-on valoir à Kati. Les Maliens, eux, préfèrent juger sur pièce. Leur priorité absolue, c’est la gestion de la crise du Nord. M.G.B.

Car, à 39 ans, Amadou Haya Sanogo, simple capitaine d’infanterie originaire de Ségou, est passé de l’ombre à la lumière en moins de temps qu’il n’en faut pour lacer ses brodequins. Professeur d’anglais au prytanée militaire de Kati depuis la fin 2011, Sanogo n’avait pourtant rien demandé. Quand débute la mutinerie du 21 mars, que le ministre de la Défense et le chef d’état-major général des armées doivent fuir et que sont tirés les premiers coups de feu, il préfère rentrer chez lui, comme plusieurs autres officiers. Il n’est pas de ceux qui, immédiatement, mettent le cap sur Bamako.

C’est lorsque les mutins comprennent que le pouvoir est à portée de main qu’ils se rendent compte qu’ils ont besoin d’un chef. Il leur faut un « gradé » pour donner du crédit à leurs revendications. Un général ? Hors de question ! Le putsch est aussi dirigé contre la hiérarchie militaire, qui, ils en sont convaincus, s’est enrichie au détriment des troupes. L’un des putschistes mentionne alors le nom de Sanogo. Il a été son instructeur à l’École militaire interarmes (Emia) de Koulikoro. Sa petite taille est largement compensée par son charisme. Fort en gueule, il est capable de tenir tête à tout le monde, y compris à la hiérarchie, qui, agacée, a profité de la mort tragique de cinq élèves sous-officiers au cours d’un bizutage qui a mal tourné pour le mettre sur la touche, en 2011.

Cerise sur le gâteau, Sanogo a fait de multiples séjours aux États-Unis : une première fois en 1998 à l’école d’infanterie de Fort Benning, en Géorgie ; en 2003, chez les marines, à Quantico, en Virginie ; en 2005 au sein de l’Air Force (l’aviation américaine) à San Antonio, au Texas, où il a obtenu son diplôme d’instructeur interprète, puis à nouveau à Fort Benning en 2010. Il sort cette fois major de sa promotion. Et c’est ainsi que le professeur d’anglais qui espérait passer une soirée tranquille chez lui s’est retrouvé à proclamer la dissolution des institutions le 22 mars au matin.

Cinq semaines après cette prise de pouvoir rocambolesque, Amadou Haya Sanogo n’est plus le même. Son treillis a retrouvé du panache. Il a troqué sa mobylette contre un 4×4 flambant neuf et se fait appeler « président ». Il a pris ses quartiers à Kati, dans un bâtiment d’un étage qui aurait besoin d’un sérieux coup de peinture. Et ni l’investiture du président intérimaire Dioncounda Traoré, le 12 avril, ni la nomination de Cheikh Modibo Diarra à la primature, cinq jours plus tard, n’ont suffi à rendre la réalité du pouvoir aux civils. L’effervescence des premiers jours est retombée, mais c’est encore à Kati qu’hommes d’affaires, politiciens, syndicalistes, membres d’associations ou courtisans viennent soumettre leurs doléances… ou faire leurs dons. « On devrait y transférer la capitale, ironise un homme politique malien. C’est là-bas que tout continue à se décider ! »

Pas intéressé par un poste au gouvernement

Affable, la poignée de main ferme, Sanogo reçoit ses visiteurs dans un petit salon encombré de meubles et… d’autres membres du CNRDRE. Il ne tient pas en place, rechigne à rester assis et consulte sans cesse sa montre et son téléphone portable. À chacun de ses visiteurs, il répète les motifs du putsch et évoque aussi bien la guerre dans le Nord que la nécessité de lutter contre la corruption ou la vie chère.

Quand on a été chef d’État, on ne peut plus accepter d’ordre de n’importe qui.

Amadou Haya Sanogo

Le capitaine n’oublie jamais de mentionner « ses gars », la nébuleuse de militaires gradés ou non qui l’entourent et « l’aident à assurer [sa] mission ». « Je peux comprendre que ses hommes lui trouvent quelque chose, commente un homme politique malien. Il parle avec conviction, en vous regardant droit dans les yeux. » Il se sent aussi investi d’une mission – faire en sorte que la démocratie au Mali ne soit pas « une coquille vide » -, et c’est peut-être pour cela qu’il tarde à s’effacer.

Car le CNRDRE ne s’est pas dissous à la désignation d’un président et d’un Premier ministre. La Cedeao va-t-elle accepter encore longtemps que les militaires ne rentrent pas dans les casernes ? Pas sûr. Elle aimerait oublier au plus vite le putsch, qui a accéléré la partition du pays. Quant au gouvernement, Sanogo l’électron libre ne s’y voyait pas. Consulté, il a laissé entendre qu’il n’était pas intéressé et a préféré mettre en avant ses compagnons, dont le colonel Moussa Sinko Coulibaly, son bras droit et directeur de cabinet, nommé au ministère de l’Administration territoriale le 25 avril. « Ce qu’il aurait voulu, c’est être nommé général et pourquoi pas chef d’état-major, mais c’est hors de question pour les chefs d’État de la sous-région », confie un diplomate ouest-africain. Mais peut-il retourner à la vie de garnison ? « Impossible, a-t-il confié à l’un de ses proches. Quand on a été chef d’État, on ne peut plus accepter d’ordre de n’importe qui. »

Jeuneafrique.com

Mali : le Premier ministre Diarra parle de « tentative de déstabilisation »

mai 2, 2012

Le Premier ministre malien de transition, Cheick Modibo Diarra, a donné sa première interview après le début des combats à Bamako entre les ex-putshistes et les militaires « Bérets rouges » favorables à l’ancien président malien Amadou Toumani Touré.

Pour sa première interview après les combats qui ont fait rage lundi et mardi à Bamako entre des militaires fidèles à l’ancien président Amadou Toumani Touré (ATT) et l’ex-junte malienne qui l’a renversé, le Premier ministre de transition, Cheick Modibo Diarra, a été très ferme. « Nous avons assisté à une tentative de déstabilisation du pays ces dernières 48 heures, qui se sont soldées par une victoire, temporaire, pas complète encore, de notre armée et de nos forces de sécurité, constituées notamment des ex-putschistes », a-t-il dit.

« Il y a encore quelques éléments civils et armés [Bérets rouges, commandos parachutistes fidèles à ATT, NDLR] dans la nature, ce qui justifie la présence massive de nos forces armées et de sécurité dans la ville de Bamako, afin de sécuriser la population, le business et les bureaux », a-t-il ajouté.

« Persistance »

« J’aurais préféré attendre que toutes ces opérations soient terminées afin de venir vous faire le point moi-même, mais comme nous voyons qu’il y a cette persistance, cette persévérance dans la tentative de déstabiliser le Mali, je viens donc vous faire ce communiqué intermédiaire », a-t-il enfin expliqué. Avant de conclure : « Restez calme, il n’y a pas lieu de se paniquer ».

Selon un nouveau bilan des affrontements, ceux-ci auraient fait au moins 22 morts et des dizaines de blessés dans les deux camps ainsi que parmi les civils. La situation restait  tendue mercredi à Bamako, où l’on entendait encore des tirs sporadiques alors que le leader des Bérets rouges, le colonel Abidine Guindo, restait introuvable. L’ex-junte a fait évacuer l’ORTM, provoquant la panique dans le quartier.

Jeuneafrique.com avec AFP

Mali : Abidine Guindo, dernier baroud d’un fidèle d’ATT

mai 2, 2012

Des combattants d'Abidine Guindo capturés par l'ex-junte malienne (images de l'ORTM). Des combattants d’Abidine Guindo capturés par l’ex-junte malienne (images de l’ORTM). © Capture d’écran/J.A.

À la tête des commandos parachutistes Bérets rouges de la garde présidentielle, Abidine Guindo a tenté le tout pour le tout en attaquant frontalement les militaires putschistes qui ont renversé le président ATT, le 22 mars. Les raisons de son passage à l’acte restent obscures.

Bamako le disait téméraire. Abidine Guindo l’a prouvé en jouant et en perdant gros lundi après-midi, en lançant avec ses Bérets rouges une attaque ratée contre l’aéroport, le siège de la télévision nationale malienne et le QG de l’ex-junte, le camp militaire de Kati.

De fière allure et plutôt bel homme, cet ancien chef d’état-major particulier du président renversé le 22 mars, Amadou Toumani Touré (ATT), était rentré au régiment des Commando parachutistes de Bamako – communément appelé Camp paras de Djicoroni – au milieu des années 1970 en tant que soldat 2e classe. Il scellera là une relation des plus solides avec ATT, alors capitaine. Les deux hommes ont en commun d’être tous les deux originaires de la région de Mopti et d’aimer le saut.

En 1979, le caporal Guindo est nommé moniteur spécialisé dans le largage, ce qui n’est pas un mince titre chez les commandos-paras. Il fait partie du petit cercle de la dizaine de parachutistes auxquels leur chef ATT, méfiant et exigeant, voue une confiance totale. Au point que le 26 mars 1991, le futur président le choisit avec onze autres camarades pour une mission spéciale : arrêter le chef de l’État, le général Moussa Traoré dans son palais de Koulouba. La suite – les premières élections libres et l’avènement de la démocratie – est connue.

Cavale

Abidine Guindo passe sous-lieutenant et aide de camp d’ATT durant la transition de 1991, une fonction qu’il occupe pendant toute la décennie où celui-ci, en réserve de la République, met en œuvre son programme humanitaire à travers la Fondation pour l’enfance. Une fois ATT revenu au pouvoir en 2002 par la voie des urnes, le fidèle collaborateur devient colonel et chef du camp où il était entré jeune recrue, trois décennies plus tôt. Après une brève parenthèse au nord du pays dont il dut se replier début mars sous la poussée de la rébellion touarègue, puis ce que la junte a appellé un « contre-coup d’État manqué », Abidine Guindo est désormais un officier en cavale.

Pour certains, ATT lui doit une fière chandelle : on dit que c’est lui l’artisan de l’exfiltration épique de l’ancien président dans la nuit du 21 au 22 mars. Pour d’autres, il est le faux-frère qui aurait demandé à son patron, la nuit fatidique, de se rendre aux mutins pour éviter le carnage. Récemment, il se disait persécuté par l’ex-junte pour l’exfiltration d’ATT. Selon ses proches, « il changeait constamment de cachette ».

Que s’est-il donc passé ce lundi pour qu’Abidine Guindo décide de passer à l’action, avec pas plus de trois cents hommes, contre la plus grande garnison du pays ?

Le mythe des Bérets rouges

« Qu’il sorte, je garantis sa liberté », affirmait pourtant le capitaine Amadou Haya Sanogo. De source judiciaire, le chef des putschistes était même intervenu récemment pour aider l’épouse du colonel dans une affaire civile. Que s’est-il donc passé ce lundi pour qu’Abidine Guindo décide de passer à l’action, avec pas plus de trois cents hommes, contre la plus grande garnison du pays qui, de surcroît, est bien équipée d’armement lourd ?

L’exaspération de quelqu’un qui se disait harcelé ? La révolte devant le sort infligé à ATT par des officiers peu gradés ? Le mythe de la supériorité des commando-paras face à l’infanterie ? L’illusion de force donné par des « mercenaires » que la junte affirme avoir arrêtés, et qui ont été exhibés sous les caméras de télévision ? En tout cas, le drame est bien réel. Les combats auraient fait au moins soixante-dix morts, selon des indiscrétions militaires, même si les sources hospitalières n’en mentionnent que quatorze. Et le Mali semble aujourd’hui plus que jamais au bord du gouffre.

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Jeuneafrique.com par Adam Thiam, à Bamako