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Guinée: reprise des affrontements entre partisans de l’opposition et forces de l’ordre à Conakry

avril 14, 2015

Conakry – Les échauffourées entre partisans de l’opposition et policiers et gendarmes guinéens ont repris mardi matin à Conakry au lendemain d’une journée de heurts qui ont fait un mort et au moins une dizaine de blessés, ont constaté les correspondants de l’AFP.

Plusieurs centaines de jeunes s’affrontaient aux forces de l’ordre à coups de pierres et de pneus brûlés contre gaz lacrymogènes, matraques et tirs de sommation en l’air, sur l’autoroute Le prince, conduisant au centre de la capitale.

Ces violences, de moindre intensité que la veille, ont provoqué des embouteillages, mais aucun blessé n’a été signalé dans l’immédiat, selon les mêmes sources.

Un photographe de l’AFP a indiqué avoir assisté à plusieurs interpellations, alors que les forces de l’ordre, déployées en nombre, empêchaient les partisans de l’opposition de se rassembler aux lieux prévus pour ces manifestations non autorisées.

Dans le quartier populaire de Hamdallaye, des habitants ont raconté à l’AFP avoir vu des descentes des forces de sécurité dans des domiciles privés.

Je ne pouvais pas appeler, puisque tous mes téléphones sont déchargés. Nous n’avons pas eu d’électricité depuis quatre jours. Et personne ne peut sortir dans la situation où nous avons passé la nuit, a déploré l’un d’entre eux sous le couvert de l’anonymat.

Dans le quartier de Cosa, des tirs ont été entendus vers 08H30 (GMT et locales) après une nuit calme, ont rapporté des témoins, sans être en mesure d’en préciser l’origine et s’il s’agissait de coups de semonce.

Les commerces étaient fermés dans une grande partie de la capitale, ainsi que le grand marché de Madina et des écoles.

En revanche, la circulation et l’activité étaient normales dans le quartier administratif et des ambassades.

L’opposition avait appelé à manifester lundi dans toutes les communes de la capitale contre l’insécurité, dont elle impute la responsabilité au pouvoir, après l’agression de son porte-parole le 4 avril. Elle proteste également contre l’inversion du calendrier électoral par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Dénonçant la répression qui s’est abattue sur les populations, elle a remercié ses partisans pour leur mobilisation dans la capitale lundi, les appelant à poursuivre leurs marches mardi et à maintenir cette pression jusqu’à la satisfaction totale de ses revendications.

Les deux parties se sont renvoyé la responsabilité des violences, l’opposition dénonçant des exactions sur des manifestants désarmés jouissant de leurs droits constitutionnels et le gouvernement les propos réitérés aujourd’hui par des leaders de l’opposition qui continuent à appeler à la violence et à l’insurrection.

L’opposition conteste en particulier le nouveau report des élections locales à mars 2016 soit après la présidentielle, fixée à octobre 2015. Les élections locales n’ont pas été tenues depuis 2005.

Elle dit craindre des fraudes massives en faveur du chef de l’Etat, les exécutifs communaux étant actuellement désignés par le pouvoir, des accusations rejetées par les autorités qui ont affirmé inviter officiellement les observateurs internationaux à garantir l’intégrité du scrutin.

M. Condé, un ancien opposant qui a connu la prison, est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française, indépendante depuis 1958, dirigée jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires, une période jalonnée de coups d’Etat et de répressions sanglantes.

Romandie.com avec(©AFP / 14 avril 2015 14h04)

Guinée : un ancien ministre tué par balles en pleine rue à Conakry

février 8, 2015

Thierno Aliou Diaouné n'est pas arrivé à l'hôpital à temps, il avait 54 ans.
Thierno Aliou Diaouné n’est pas arrivé à l’hôpital à temps, il avait 54 ans. © DR

Thierno Aliou Diaouné, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports du gouvernement de transition de 2010, a été abattu par des inconnus vendredi soir à Conakry. Les motifs du crime ne sont pas encore connus.

Aux environs de 21h, vendredi 6 février, Thierno Aliou Diaouné, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports Jean-Marie Doré pendant le gouvernement de transition de 2010, a été tué dans son véhicule Land Cruiser par des inconnus, en haute banlieue de Conakry. Âgé de 54 ans, il travaillait au PNUD en tant que responsable du Fonds de consolidation de la paix la victime. Son véhicule a été emporté par les assassins.

Aboubacar Camara témoigne : « J’étais au bord de la route avec mes amis, quand on a vu une belle voiture blanche se garer. On a entendu des disputes dans le véhicule pendant près de cinq minutes. Il y a eu un premier tir. Deux minutes après, ils l’ont fait descendre de la voiture et ont tiré deux fois sur lui. Puis, ils ont tiré une quatrième balle en l’air. Après, ils ont démarré et commencé à rouler lentement…Quand on s’est approché, on a trouvé le monsieur par terre. Il disait : ‘sauvez-moi, amenez-moi à l’hôpital' ».

Mais la victime, dont le bras droit et les jambes ont été touchés par les tirs, décédera cinq minutes après son arrivée aux urgences, ayant perdu trop de sang. Le procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn, Sidy Souleymane N’Diaye, a été chargé de l’enquête. Sur instruction du ministre de la Justice, le médecin légiste de l’hôpital en mission à l’intérieur du pays a été rappelé d’urgence à Conakry. Le garde des Sceaux, Me Cheik Sako, assure que justice sera rendue : « L’enquête va se poursuivre. Les premières auditions ont été faites avec les témoins oculaires qui étaient sur place. Il faudrait que les services de sécurité jouent leur rôle…C’est un ancien ministre, qui travaillait pour les Nations unies dans le cadre de la réconciliation nationale. L’État jouera son rôle, on ira jusqu’au bout ».

Jeuneafrique.com par Diawo Barry, à Conakry

Guinée: au moins 24 morts dans une bousculade lors d’un concert à Conakry

juillet 30, 2014

Une bousculade lors d’un concert organisé sur une plage de Conakry, en Guinée, a causé la mort d’au moins 24 personnes mardi soir, selon des sources hospitalières, un évènement qualifié de « drame tragique » par les autorités qui ont décrété une semaine de deuil national.

La bousculade, qui a également fait « des dizaines de blessés » selon une source à la gendarmerie nationale, s’est produite sur la plage de Rogbané, dans la commune de Ratoma (banlieue nord de Conakry), alors qu’une foule nombreuse y était rassemblée pour suivre le concert ayant pour tête d’affiche le groupe de rap « Instinct Killers », très populaire dans le pays, d’après diverses sources.

Plusieurs autres groupes et artistes de musiques urbaines devaient aussi se produire durant la soirée.

Au moins 24 corps en provenance de cette plage – dont ceux de 13 filles – ont été déposés par des secouristes et des agents de sécurité à la morgue du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Donka, ont indiqué à l’AFP des sources hospitalières.

« Nous avons pour le moment 24 corps à la morgue de l’hôpital Donka et des dizaines de blessés admis en urgence dans plusieurs centres de santé (de Conakry) suite à cette bousculade meurtrière. Pour le moment, je ne peux pas vous en dire plus », a de son côté affirmé la source à la gendarmerie.

« C’est avec consternation et une vive émotion que le gouvernement a appris le drame tragique survenu (. . . ) suite à des mouvements de foule lors d’un événement culturel organisé » dans la commune de Ratoma, a déclaré la présidence dans un communiqué diffusé dans la nuit de mardi à mercredi.

Elle a déploré « mort d’hommes et plusieurs blessés » mais sans préciser de bilan, en indiquant que les services de santé s’activaient dans la nuit de mardi à mercredi « pour porter secours aux blessés ».

En raison du drame, « une semaine de deuil national est décrétée à partir de ce jour (mardi) », selon le communiqué.

En outre, « le Directeur général de l’Agence guinéenne de spectacles est suspendu de ses fonctions », une enquête, confiée au procureur de la République de Dixinn (Conakry), a été ouverte « pour situer les responsabilités ».

Aucune explication n’était immédiatement disponible sur ce qui a pu être à l’origine du mouvement de foule.

Selon les annonces publicitaires de l’évènement, le concert était organisé par Meurs Libre Prod, une société guinéenne spécialisée dans l’évènementiel et la production musicale.

Aucun des responsables de cette structure n’avait pu être joint dans la nuit de mardi à mercredi.

Le concert était organisé au lendemain de la fête de l’Aïd, célébrée lundi en Guinée, pour marquer la fin du ramadan.

Jeuneafrique.com avec AFP

Mali: « des armes de guerre » bloquées en Guinée depuis fin juillet

septembre 5, 2012
Mali: 'des armes de guerre' bloquées en Guinée depuis fin juillet Mali: « des armes de guerre » bloquées en Guinée depuis fin juillet © AFP

Des « armes de guerre » pour le Mali, achetées par le régime du président malien renversé Amadou Toumani Touré (ATT), sont bloquées depuis fin juillet en Guinée, en accord avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), a affirmé mercredi à l’AFP un ministre guinéen.

« Je ne connais pas encore la nature des armes, mais retenez que ce sont des armes de guerre en provenance de Bulgarie, achetées du temps du régime de ATT. (Elles sont) arrivées à Conakry le 27 juillet 2012 à bord d’un bateau battant pavillon turc », a déclaré le ministre délégué en charge de la Défense, Abdoul Kabélé Camara, dans un entretien avec l’AFP.

« Dès que nous avons été informés de l’arrivé de ce bateau, le président guinéen (Alpha Condé) a pris contact avec ses pairs de la Cédéao, et c’est à partir de ce moment que la décision d’accueillir le navire a été prise. Il y avait vraiment beaucoup de containers dans le bateau et les frais de transport et autres sont supportés par la Cédéao », a-t-il expliqué, sans fournir de montant.

« Nous les avons gardées ici (les armes, NDLR) parce que, entre-temps, le régime avait changé de mains et on ne savait plus » qui allaient les recevoir si elles étaient envoyées au Mali, a ajouté M. Camara.

Amadou Toumani Touré, officier retiré de l’armée qui dirigeait le Mali depuis dix ans, a été renversé par un coup d’Etat militaire le 22 mars, au lendemain d’une mutinerie de soldats et à moins de six semaines d’une élection présidentielle à laquelle il ne se représentait pas.

Les putschistes ont accusé ATT d' »incompétence » dans la lutte contre la rébellion touareg et des groupes islamistes qui menaient depuis mi-janvier des attaques contre l’armée dans le Nord, et protesté notamment contre le manque de moyens pour la guerre contre les assaillants.

Les groupes armés ont profité du putsch pour réaliser une progression-éclair et s’installer dans tout le Nord entre fin mars et début avril. Aujourd’hui, les islamistes ont évincé leurs ex-alliés rebelles touareg et contrôlent totalement le Nord, ainsi que la ville stratégique de Douentza, dans la région de Mopti (centre), qu’ils ont prise le 1er septembre sans combats.

Selon le ministre Abdoul Kabélé Camara, la Guinée a décidé de garder les armes pour le Mali « dans l’intérêt exclusif de la République du Mali et du peuple malien, mais aussi dans l’intérêt des pays voisins du Mali dont la Guinée ».

« Nous n’avons pas saisi ces armes au sens juridique du mot », a-t-il précisé.

Selon lui, la question de ces armes pour le Mali est à l’ordre du jour de rencontres à Conakry avec des délégués de la Cédéao. « Des émissaires de la Cédéao sont (. . . ) dans nos murs à ce sujet, nous allons faire ensemble une expertise en déballant les containers » d’armes, a-t-il dit, sans indiquer de dates.

Le 23 août, un front de partis maliens pro-putsch, le Mouvement populaire du 22 mars (MP22), avait accusé la Cédéao de bloquer des armes pour le Mali dans des ports en Côte d’Ivoire, au Togo et en Guinée.

« La Cédéao maintient l’embargo dans les ports d’Abidjan, Lomé et Conakry et prive notre armée des acquisitions d’armement susceptibles de préparer la contre-attaque au Nord », avait déclaré le MP22 dans un communiqué, sans plus de détails.

Jeuneafrique.com avec AFP

Guinée : qui a voulu tuer Alpha Condé ?

juillet 29, 2011

Dans la nuit du 18 au 19 juillet, la résidence privée du chef de l’État a été attaquée par des groupes armés. Qui sont ces assaillants, et qui a des raisons d’en vouloir au président ? Récit d’une journée où tout aurait pu basculer.

Conakry, mardi 19 juillet, 1 heure du matin. Dans le quartier de Kipé, commune de Ratoma, non loin de la mer, un coup de feu déchire la nuit. Depuis que les militaires ont quitté le pouvoir, à la fin de 2010, ce genre de tirs isolés ne fait plus partie du quotidien. Pourtant, il ne surprend guère les riverains et les occupants de la résidence du président, Alpha Condé. En effet, la police et la gendarmerie, qui assurent désormais le maintien de l’ordre, ont souvent recours à des méthodes expéditives contre des braqueurs. Le tir est parti d’un groupe de militaires. Réunis sur la plage, ils attendent l’ordre d’attaquer le domicile du président, situé à 800 m de là. La veille, des soldats ont été arrêtés en possession d’armes qu’ils avaient camouflées dans des sacs de charbon, ainsi que de tracts fustigeant l’action politique d’Alpha Condé.

3 h 10. Le commandant Alpha Oumar Barry, alias AOB, ex-aide de camp du général Lansana Conté, descend d’un 4×4 militaire en provenance du quartier populaire de Bambeto, voisin de Kipé. Il est en tenue de camouflage. Derrière lui, un soldat porte son fusil-mitrailleur. AOB s’approche des deux sentinelles du poste avancé, à 100 m du domicile présidentiel, au carrefour de l’artère principale de Kipé et de la rue Hô-Chi-Minh. « Bonsoir les gars, on est ensemble », leur lance-t-il. Aussitôt, un autre 4×4, civil celui-là, arrive en trombe depuis la plage et s’arrête à 10 m du poste avancé. Des hommes en treillis, armés jusqu’aux dents, en descendent. Les sentinelles flairent le danger. L’une d’elles tire en l’air pour alerter ses camarades. Le compagnon d’AOB tire à son tour, visant un transformateur électrique. Le secteur est plongé dans le noir. C’est le début des hostilités. Les assaillants affluent par groupes de six à huit, les uns à pied, les autres à bord d’une demi-douzaine de 4×4.

La résidence privée d’Alpha Condé est située sur une pente. À sa gauche, une école privée. Entre cette école et la résidence, une trentaine de soldats dorment sous une tente. En face, derrière une maison inhabitée, un premier immeuble en construction, dont les assaillants prennent possession. Sur la droite, à côté de la demeure d’un couple d’expatriés, au carrefour où se trouve le poste avancé, un second immeuble en travaux sert également d’abri aux rebelles. Un groupe monte au premier étage. En ligne de mire, la résidence présidentielle, bâtie sur 400 m2 et sur trois niveaux. De leur abri, les assaillants distinguent nettement la fenêtre de la chambre d’Alpha Condé. Ils semblent bien connaître les lieux et savoir où tirer.

Le président s’est installé dans cette résidence au lendemain de son investiture, le 21 décembre 2010. Pour des raisons mêlant superstition et caprice, aucun des successeurs de Sékou Touré n’a souhaité résider à Sékoutoureya, le palais présidentiel, situé dans la presqu’île de Kaloum et bien mieux protégé. Ignorant les conseils des experts en sécurité, Alpha Condé a choisi Kipé : « Je suis un homme du peuple. C’est le peuple et Dieu qui me protègent », a-t-il expliqué un jour à un officier des Nations unies. Ses deux aides de camp ont pris leurs quartiers dans une maison annexe, jouxtant le garage à ciel ouvert où stationnent six véhicules, dont le Hummer jaune de campagne de l’ex-candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, parti au pouvoir).

Les commandants Moriba Camara et Mory Kourouma sont réveillés par les tirs de sommation. Promptement, ils distribuent des armes et des munitions à leurs hommes. Bérets rouges du Bataillon (d’élite) autonome des troupes aéroportées (Bata) et éléments de la garde rapprochée civile du président, ils sont une centaine. Alpha Condé est présent. Mais, pour des raisons de sécurité, il dort depuis quelques jours dans une autre chambre, moins exposée. Réveillé, il allume son ordinateur et regarde les images que lui renvoient les caméras de surveillance. La cour de sa résidence grouille d’hommes en armes. Très calme, il s’empare de ses trois téléphones portables et passe une série de coups de fil.

3 h 40. Une salve tirée par un lance-roquettes antichar fuse de l’immeuble en travaux et endommage la clôture de la demeure des expatriés. L’utilisateur de cette arme lourde, l’adjudant-chef mutin Lama, a manœuvré trop vite. La puissance de son propre tir lui arrache le bras droit. À l’intérieur de la résidence, les moyens de défense sont limités. « Nous n’avions que des fusils mitrailleurs AK 47 et des pistolets automatiques », assure Moriba Camara. Les assaillants, eux, utilisent des armes lourdes. Les deux aides de camp et les responsables de la garde civile rapprochée du président forment un bouclier humain autour du chef de l’État. La première dame est absente. Elle réside habituellement à Mafanco (commune de Matam), dans la première résidence de l’ex-opposant historique, non loin du marché principal de Madina. Les soldats font descendre le président au rez-de-chaussée et le font passer dans la maison annexe. Pendant ce temps, les tirs se concentrent sur sa chambre vide. L’objectif est clair : tuer Alpha Condé.

3 h 50. Un obus de 20 mm souffle la fenêtre de la chambre. L’armoire est pulvérisée, une partie du plafond arrachée. Il n’y a pas encore de renforts. Le camp Alpha-Yaya-Diallo, situé à Gbessia, à quelques encablures de l’aéroport, n’est pourtant pas loin : à moins de dix minutes en pick-up. Certains évoquent une défaillance de communication, d’autres des complicités internes. Une chose est sûre : depuis que Condé a décidé de renvoyer tous les militaires dans les casernes, les procédures ont changé. « Avant de partir en intervention, les soldats doivent en avoir reçu l’ordre. Cette nuit-là, manifestement, certains généraux dormaient ou avaient volontairement fermé leurs téléphones portables », commente un diplomate à Conakry.

À 4 heures, constatant que leur attaque se heurte à une résistance « héroïque » – dixit Condé –, les assaillants changent de tactique. Un groupe monte au deuxième étage de l’immeuble en travaux et tire une roquette. Nouvelle cible : le portail d’entrée de la résidence. Au passage, Bakary Oulen Camara, l’un des fidèles gardes du corps du président, est tué. Un gros trou se forme à côté du portail. Avec leurs fusils à lunette, les rebelles tentent des frappes chirurgicales. La résistance ne faiblit pas pour autant, en dépit des blessés de plus en plus nombreux.

4 h 5. Une dernière salve touche la poudrière située dans la cour. Batourou Doumbouya, l’une des quatre jeunes femmes membres de la garde civile rapprochée présente sur les lieux, est atteinte aux jambes (elle sera évacuée deux jours plus tard sur Rabat) et il n’y a pas de médecin pour prendre en charge les blessés. Des deux fronts – en face et à droite de la résidence –, les tirs se concentrent toujours sur le portail et la chambre.

Des renforts arrivent enfin. Une colonne de pick-up chargés de dizaines de soldats du Bata fonce vers la résidence. De Kindia (à 135 km de Conakry), la deuxième compagnie du bataillon commando Samoroya se met en route. Alertés, les assaillants commencent à lâcher prise. Touché aux pieds, le commandant AOB est immobilisé à quelques mètres de la résidence. Au terme d’une course-poursuite, son véhicule sera retrouvé à Kaloum. Dans le coffre, des munitions, des fusils-mitrailleurs, un lance-missiles, un sac de riz, des amulettes et de la drogue. Il est 6 heures du matin. Le ratissage a déjà permis de capturer une dizaine d’assaillants et de découvrir deux morts parmi eux.

9 heures. Le président s’adresse à la nation, depuis son domicile ravagé. À ses côtés, Mohamed Saïd Fofana, le Premier ministre, presque tous les membres du gouvernement, ainsi que Rabiatou Serah Diallo, la présidente du Conseil national de transition (organe législatif provisoire), et Facinet Touré, le médiateur de la République. Le discours d’apaisement d’Alpha Condé tempère bien des ardeurs. Dans un pays marqué par des clivages ethniques, certains membres des principales communautés commencent déjà à s’accuser mutuellement, prêts à en découdre. Le général Nouhou Thiam, ex-chef d’état-major sous Sékouba Konaté, est appréhendé dans la matinée à son domicile. Il était en délicatesse avec le président depuis plusieurs mois. « Il m’a dit un jour devant témoins : “Toi, si je veux, je peux te bombarder, et il n’y aura rien”, indique Moriba Camara, l’aide de camp du président. On a été effectivement bombardés. »

Sept mois de crispations

Quelques jours à peine après son investiture, fin décembre 2010, le président Alpha Condé a été confronté aux premières manifestations de populations privées d’eau et d’électricité, et frappées de plein fouet par la hausse des prix des denrées alimentaires.

Au cours des derniers mois, organisations de la société civile, syndicats et surtout partis de l’opposition ont souvent critiqué des entraves à la liberté d’expression, l’absence de cadre de concertation et la volonté du pouvoir de reprendre le recensement des électeurs avant les législatives prévues pour la fin de 2011.

L’action du gouvernement de Mohamed Saïd Fofana peine à répondre aux exigences des Guinéens, et les attaques récentes du président Condé contre Papa Koly Kourouma, le ministre de l’Énergie et de l’Environnement, accusé d’incompétence, et contre Jean Marc Telliano, son homologue de l’Agriculture, soupçonné de malversations financières, ont ajouté au climat de crispation. Surtout parmi les Forestiers, communauté d’où ces ministres sont issus, tout comme Moussa Dadis Camara, l’ex-chef de la junte.

Cécile Sow, à Dakar

Midi. Au moment où la sécurité présidentielle croit avoir la situation en main et où le président reçoit des hôtes à sa résidence, dont Jean Graebling, l’ambassadeur de France, le commandant Sidiki Camara, ancien aide de camp de Sékouba Konaté, débarque, flanqué de cinq soldats. « De Gaulle », comme on le surnomme, offre ses services à la garde présidentielle. Celle-ci trouve la démarche suspecte et lui réclame son ordre de mission. Il n’en a pas. Le ton monte. S’ensuit une explication à l’arme automatique. Le garde du corps de François Lonseny Fall, le secrétaire général de la présidence, prend une balle à bout portant. Il décédera quelques heures plus tard. De Gaulle est mis aux arrêts. Ainsi que, plus tard, le lieutenant-colonel Mamadouba Bondabon Camara, le capitaine Mamadou Diallo et cinquante-deux autres militaires et civils. Parmi ces derniers, plusieurs figures de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le parti du principal opposant, Cellou Dalein Diallo – à Dakar au moment des faits –, dont son numéro deux, Oury Bah.

Pour Alpha Condé, pas de doute : c’était une tentative d’assassinat. Motif ? « Le président a asséché la plupart des circuits de corruption. Or, des chefs militaires favorisaient des contrats fictifs ou réels et pouvaient toucher jusqu’à 10 milliards de francs guinéens (environ 1 million d’euros) de commissions. D’autres trafiquaient sur les stocks de carburant et les importations de riz. D’autres encore contrôlaient des opérations d’achat d’armes, avec leurs cortèges de rétrocommissions », explique François Lonseny Fall, qui ajoute : « Il y a aussi des civils. Voyez en ville, beaucoup de chantiers sont arrêtés. Il y a eu des marchés surréalistes passés avec des entrepreneurs ou de pseudo-entrepreneurs. Et puis l’unicité des caisses de l’État et la sécurisation de la fabrication des billets de banque n’ont pas fait que des heureux. »

Il semble qu’Alpha Condé ait entrepris de s’attaquer à des « ennemis » – selon ses propres termes – qu’il a peut-être sous-estimés. Les cent quarante-sept impacts de balles, les trois cratères de roquettes, bien visibles sur sa résidence, sont là pour lui rappeler qu’avant lui, Sékou Touré qu’il a combattu, Lansana Conté dont il a été le farouche opposant, et Moussa Dadis Camara qu’il a vivement critiqué, ont échappé à des tentatives d’assassinat. Tous trois en sont sortis indemnes et ont été des dictateurs. Alpha Condé assure qu’il n’en sera pas ainsi de lui. Le déroulement de l’information judiciaire ouverte par le parquet de Conakry, que le collectif des partis politiques de l’opposition veut « indépendante », sera à cet égard suivi de près.
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Jeuneafrique.com par André Silver Konan, envoyé spécial à Conakry

Guinée : la résidence d’Alpha Condé attaquée, le président sain et sauf

juillet 19, 2011

La résidence du président guinéen a été attaqué à l’arme lourde dans la nuit de lundi à mardi, faisant un mort et des dégâts matériels. Alpha Condé s’est exprimé à la radio-télévision publique pour appeler au calme.

Mis à jour le 19 juillet à 13h59

La résidence du chef de l’État guinéen Alpha Condé à Conakry a été attaquée à l’arme lourde dans la nuit de lundi à mardi, faisant un mort et deux blessés parmi les soldats de la garde présidentielle qui défendaient le bâtiment, selon un bilan du gouvernement guinéen.

« Le président était là, mais il est sain et sauf », a indiqué une source de la présidence à l’agence britannique. Alpha Condé a lui-même confirmé l’attaque de sa résidence dans une allocution à la radio-télévision publique RTG.

« Nos ennemis peuvent tout tenter »

« Ma maison a été attaquée cette nuit, mais je dois féliciter la garde présidentielle qui s’est battue héroïquement de 3h10 (locales et GMT) jusqu’à 5h du matin avant d’avoir du renfort », a-t-il affirmé.

« Je vous appelle au calme, mais (aussi) à la vigilance et à l’unité nationale », a encore déclaré Alpha Condé. « Je ne veux pas de réaction populaire, ni de réaction contre qui que ce soit, laissez l’armée et les forces de l’ordre faire leur travail. »

« Je vous appelle au calme », a répété le président guinéen, ajoutant : « nos ennemis peuvent tout tenter, mais ils ne pourront pas empêcher la marche du peuple guinéen vers la démocratie. […] La voie de la démocratie a commencé et cela va continuer, je vous ai promis le changement et, si Dieu le veut, nous aurons ce changement. »

« Dégâts substantiels »

L’attaque a provoqué des « dégâts substantiels » à la résidence selon Reuters : le portail aurait été soufflé par un tir de roquette et le bâtiment seraient criblé de balles. D’autres témoins ont fait état de « tirs d’artillerie ». D’après des habitants interrogés par l’AFP, les tirs provenaient de militaires. Mardi matin, les accès au quartier administratif de Kaloum, au centre de Conakry, étaient par ailleurs fermés à la circulation.

« Nous condamnons fermement l’attaque qui a eu lieu dans la nuit contre la résidence du président de la République de Guinée, Alpha Condé », a réagi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères Bernard Valero. « La Guinée doit poursuivre dans la voie pacifique et démocratique qu’elle a choisie lors des dernières élections présidentielles. Dans ce cadre, les forces armées, comme les autres composantes de la nation, ont un rôle important à jouer, au service de la démocratie », a-t-il poursuivi.

Désorganisation de l’armée

Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de la Guinée, un pays marqué par les coups d’État et qui sort d’une période de transition dirigée par l’armée. Le capitaine Moussa Dadis Camara, qui avait pris le pouvoir après la mort de Lansana Conté en décembre 2008, en avait été écarté par les armes un an plus tard, après une tentative d’assassinat perpétrée par son aide de camp « Toumba » Diakité.

L’extrême désorganisation de l’armée guinéenne est l’un des chantiers prioritaires d’Alpha Condé. Dans une interview accordée à Jeune Afrique en mai dernier, le président s’était dit « fier de l’armée guinéenne » : « Elle ne sort plus dans les rues, elle a accepté que toutes ses armes lourdes soient délocalisées à l’intérieur du pays, on ne la voit plus déambuler dans les bars en tenue ni tenir des barrages dans la capitale », avait-il assuré.

Jeuneafrique.com avec agences