Posts Tagged ‘Conduite’

Arabie saoudite: après la fin de l’interdiction des femmes au volant

juin 23, 2018

La Saoudienne Samar Al-Moqren conduit sa voiture dans les rues de Ryad le 24 juin 2018, à minuit, au moment où est levée l’interdiction aux femmes de conduire / © AFP / FAYEZ NURELDINE

L’interdiction aux femmes de conduire qui était en vigueur depuis des décennies en Arabie saoudite a été levée dimanche, et des conductrices ont aussitôt commencé à circuler dans les rues de Ryad.

Mettant fin à une interdiction unique au monde, l’Arabie saoudite autorise les femmes à conduire depuis dimanche 00h00 heure locale, une réforme historique pour le royaume ultraconservateur.

Aussitôt après l’expiration de l’interdiction, des femmes ont commencé dans la nuit à sillonner au volant les avenues brillamment éclairées de la capitale Ryad et d’autres villes du royaume. Certaines avaient mis à fond la stéréo de leur véhicule.

« C’est un événement historique pour chaque femme saoudienne », a déclaré Sabika al-Dosari, une présentatrice de la télévision saoudienne, avant de traverser la frontière avec le Bahrein à bord d’une berline.

« C’est une grande réussite », a dit un prince saoudien, le milliardaire Al-Walid ben Talal, dans une vidéo où l’on voit sa fille Reem en train de conduire un 4×4 tandis que ses petites-filles applaudissent sur la banquette arrière.

« Maintenant les femmes ont leur liberté », a déclaré le prince dans cette vidéo diffusée sur Twitter.

Annoncé en septembre 2017, ce changement historique inspiré par le prince héritier Mohammed ben Salmane fait partie d’un vaste plan de modernisation du riche pays pétrolier. L’interdiction de conduire était devenue le symbole du statut inférieur des Saoudiennes, décrié à travers le monde.

On s’attendait à ce que des milliers de conductrices prennent le volant dès dimanche, une journée attendue depuis longtemps par les Saoudiennes et qui, pour beaucoup, pourrait faire entrer dans une nouvelle ère la société de ce royaume régi par une version rigoriste de l’islam.

Une Saoudienne filme et apporte son soutien à Samar Al-Moqren (G) au volant de sa voiture à Ryad le 24 juin 2018, jour de la levée de l’interdiction aux femmes de conduire / © AFP / FAYEZ NURELDINE

« C’est un pas important et une étape essentielle pour la mobilité des femmes », a commenté Hana al-Khamri, auteure d’un livre à paraître sur les femmes dans le journalisme en Arabie saoudite.

« Les femmes en Arabie saoudite vivent dans un système patriarcal. Leur donner le volant aidera à défier les normes sociales et de genre qui entravent la mobilité, l’autonomie et l’indépendance », estime-t-elle.

Pour beaucoup de femmes, saoudiennes ou expatriées, cette mesure permettra de réduire leur dépendance à l’égard des chauffeurs privés ou des hommes de leurs famille, entraînant du même coup des économies financières.

« C’est un soulagement », a déclaré à l’AFP Najah al-Otaibi, analyste au centre de réflexion pro-saoudien Arabia Foundation.

« Les Saoudiennes éprouvent un sentiment de justice. Pendant longtemps, elles se sont vu refuser un droit fondamental qui les a maintenues confinées et dépendantes des hommes, rendant impossible l’exercice d’une vie normale », explique-t-elle.

– Impact économique –

En juin, le royaume a délivré les premiers permis de conduire à des femmes. Certaines ont échangé leur permis étranger contre un permis saoudien après avoir passé un test.

Des Saoudiennes participent à un atelier de conduite à Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Quelque trois millions de femmes pourraient se voir attribuer un permis et commencer à conduire d’ici 2020, selon le cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers.

Des auto-écoles pour femmes ont vu le jour dans des villes comme Ryad et Djeddah. Certains Saoudiennes apprennent même à dompter des motos Harley Davidson, dans des scènes inimaginables il y a encore un an.

Beaucoup de Saoudiennes ont partagé sur les réseaux sociaux leurs projets pour dimanche, annonçant qu’elles accompagneraient leur mère boire un café ou manger une glace, une expérience à priori banale ailleurs dans le monde mais qui paraît exceptionnelle pour le pays.

Pendant des décennies, les conservateurs se sont servis d’interprétations rigoristes de l’islam pour justifier l’interdiction de conduire, certains allant même jusqu’à dire que les femmes ne sont pas assez intelligentes pour être au volant.

Sur le plan économique, les retombées peuvent être bénéfiques, selon des experts. La levée de l’interdiction devrait stimuler l’emploi des femmes, et, selon une estimation de Bloomberg, ajouter 90 milliards de dollars à l’économie d’ici à 2030.

Mais nombre de femmes craignent de rester la cible des conservateurs dans un pays où les hommes gardent le statut de « tuteurs » et décident à leur place.

En effet, les Saoudiennes doivent sortir voilées et restent soumises à de strictes restrictions: elles ne peuvent ni voyager, ni étudier, ni travailler sans l’autorisation de leur mari ou d’un homme de leur famille, ni manger seules dans un restaurant.

Une palestinienne vivant à Ryad s’entraîne sur un simulateur de conduite le 24 juin 2018, jour de la levée de l’interdiction de conduire des femmes / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Le gouvernement a récemment pris des mesures contre les abus masculins en punissant le harcèlement sexuel de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 300.000 rials (69.000 euros).

– Répression –

Sous l’impulsion du prince Mohammed, devenu héritier du trône il y a un an, le pays a aussi autorisé l’ouverture des salles de cinéma et les concerts mixtes, signe de son intention de revenir à un « islam modéré ».

Mais l’enthousiasme créé par l’annonce des réformes semble entaché par une répression contre les militantes qui se sont entre autres longtemps opposées à l’interdiction de conduire.

Selon les autorités, sur 17 personnes dernièrement arrêtées, neuf sont toujours en prison. Elles sont accusées d’avoir porté atteinte à la sécurité du royaume et d’avoir aidé les « ennemis » de l’Etat saoudien.

Des journaux progouvernementaux ont publié à la Une des photos de certaines de ces personnes, accompagnées du mot « Traîtres ».

Human Rights Watch (HRW) a indiqué cette semaine que deux autres militantes, Nouf Abdelaziz et Maya al-Zahrani, avaient été arrêtées, dénonçant « une vague incessante de répression ».

Romandie.com avec(©AFP / 24 juin 2018 05h05)

Euphorie en Arabie Saoudite avant l’autorisation de conduire pour les femmes

juin 22, 2018

Une Palestinienne résidant en Arabie saoudite utilise un simulateur de conduite dans la capitale Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Casque de réalité virtuelle sur la tête, Aziza s’installe au volant d’un simulateur de course et appuie sur l’accélérateur: 110 km/h, 130, 140 … Cette Saoudienne pourra enfin conduire dans son propre pays dimanche, dès la levée d’une interdiction en vigueur depuis plusieurs décennies.

L’Arabie saoudite autorisera à partir du 24 juin les femmes à conduire, une réforme historique pour le royaume ultraconservateur qui met fin à une interdiction unique au monde.

« Ce sera un grand jour pour nous », s’enthousiasme Aziza, 22 ans et étudiante en psychologie. « Nous avons attendu longtemps », affirme-t-elle en se concentrant sur la simulation, les mains sur le volant et les pieds sur le frein et l’embrayage.

L’euphorie se mêle à la nervosité au Riyadh Park, un parc d’attraction où les autorités ont organisé un évènement pour permettre aux femmes de s’essayer au volant avant la levée de l’interdiction.

Des dizaines de femmes se sont installées dans des voitures de karting, d’autres dans des simulateurs, aidées de monitrices couvertes d’un long niqab qui leur expliquent le code de la route.

Un peu plus loin, pour sensibiliser au port de la ceinture de sécurité, un responsable du département de la circulation routière fait une démonstration dans une voiture en simulant un retournement.

Cet atelier, également organisé dans les villes de Dammam, Jeddah et Tabouk, illustre l’ampleur et le caractère inédit de l’évènement. Pour beaucoup, ce dernier fera entrer dans une nouvelle ère cette pétromonarchie du Golfe que le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane cherche à moderniser.

Des auto-écoles ont vu le jour dans les grandes villes pour apprendre aux femmes la conduite des voitures mais aussi des motocycles, inimaginable il y a encore un an.

– « Plus besoin d’un homme » –

Des Saoudiennes participent à un atelier de conduite destiné aux femmes dans la capitale Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

La levée de l’interdiction, devenue symbole du statut inférieur des femmes en Arabie saoudite décrié à travers le monde, permettra de réduire leur dépendance à l’égard des chauffeurs privés ou des hommes de leurs famille.

« On va désormais pouvoir aller seules partout –hôpital, hôtel, restaurant. Nous n’avons plus besoin d’un homme », se réjouit Hatoun ben Dakhil, étudiante en pharmacie de 21 ans.

« Le temps où on devait attendre un chauffeur est révolu », affirme-t-elle à l’AFP.

Quelque trois millions de femmes pourraient se voir attribuer un permis et commencer à conduire d’ici 2020, selon le cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers.

Mais dans un pays déchiré entre tradition et modernité, la réforme suscite aussi des remous. Pour les ultraconservateurs, la conduite des femmes est un péché qui favoriserait la promiscuité.

Certaines craignent le harcèlement de rue et les comportements sexistes: deux Saoudiennes titulaires d’un permis international ont ainsi déclaré à l’AFP qu’elles préféraient « attendre et voir » pendant quelques mois avant de penser à conduire.

Le gouvernement a récemment pris des mesures contre le harcèlement sexuel, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 300.000 rials (69.000 euros).

Malgré l’ouverture d’auto-écoles, beaucoup de femmes se plaignent du manque d’instructrices et du coût élevé des cours.

Une Saoudienne prend un selfie au volant d’une voiture de karting lors d’un atelier de conduite pour les femmes dans la capitale Ryad, le 21 juin 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Au cours de ce mois de juin, les autorités ont délivré les premiers permis de conduire à des femmes. Après avoir passé un test, certaines ont échangé leur permis étranger contre un permis saoudien.

– Répression –

Pour tenter de dissuader la conduite sans permis, les autorités ont annoncé une amende de 900 rials (205 euros) pour celles qui se risqueraient à prendre le volant sans autorisation dimanche, ont rapporté les médias.

Des représentantes des compagnies d’assurances s’apprêtent également à traiter les accidents impliquant des femmes.

Mais l’enthousiasme suscité par ces réformes semble être entaché par une vague de répression visant les militantes qui se sont entre autres opposées à l’interdiction de conduire.

Selon les autorités, neuf de plus d’une dizaine de personnes -dont des femmes- arrêtées sont toujours en prison. Elles sont accusées d’atteinte à la sécurité du royaume et d’avoir aidé les « ennemis » de l’Etat.

Des ONG ont identifié certaines d’entre elles comme des militantes ayant fait campagne contre le système de tutelle permettant aux hommes de décider à la place des femmes.

Les autorités ont néanmoins assuré que les Saoudiennes n’auront pas besoin de la permission d’un tuteur pour demander un permis de conduire.

« J’encourage pleinement ma femme à conduire », confie Naief Abdelrahmane, à Riyadh Park. « Quiconque peut élever des enfants et s’occuper de son mari est parfaitement capable d’utiliser une voiture. »

Romandie.com avec(©AFP / 22 juin 2018 20h56)

Les Saoudiennes seront aussi autorisées à conduire des motos

décembre 16, 2017

Une Saoudienne au volant d’une voiture à Jeddah, dans l’ouest de l’Arabie saoudite, le 27 septembre 2017 / © AFP/Archives / REEM BAESHEN

Les Saoudiennes pourront également conduire des motos et des camions à compter de juin 2018, ont clarifié les autorités, près de trois mois après l’annonce par Ryad de la levée de l’interdiction des femmes au volant.

Dans le royaume ultraconservateur, les femmes font toutefois encore l’objet de sévères restrictions et sont notamment soumises à la tutelle d’un homme de leur famille pour faire des études ou voyager.

« Nous allons autoriser les femmes à conduire des motos » et des camions, a assuré vendredi soir la Direction générale de la circulation, répondant à un ensemble de questions concernant le décret royal dévoilé en septembre, selon l’agence de presse officielle SPA.

Interrogée sur la possibilité de distinguer les conductrices des conducteurs par des plaques différentes, elle a affirmé qu’il n’y aurait « pas de distinction ».

En cas d’infractions ou d’accidents graves, les conductrices seront toutefois conduites dans un centre de police réservé aux femmes, a-t-elle précisé.

Fin septembre, la communauté internationale avait salué la décision « historique » du royaume saoudien, le seul pays au monde à interdire jusqu’ici le volant aux femmes.

Cette mesure, réclamée depuis 1990 par des militantes dont certaines ont été arrêtées pour avoir défié l’interdiction, doit entrer en vigueur à partir de juin 2018.

La décision porte l’empreinte du jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, architecte d’un vaste programme de réformes économiques et sociales baptisé « Vision 2030 » qui vise notamment à augmenter la participation des femmes à la force de travail à 30% en 2030, contre 22% actuellement.

Outre apporter de millions de nouvelles automobilistes sur les routes, la décision de Ryad pourrait avoir un impact significatif sur l’économie saoudienne, sérieusement affectée depuis la mi-2014 par la chute des revenus pétroliers.

En Arabie saoudite, le chômage est très élevé parmi les femmes, du fait de leur dépendance totale à des conducteurs masculins.

Romandie.com avec(©AFP / 16 décembre 2017 12h56)                

L’Arabie Saoudite va autoriser les femmes à conduire

septembre 26, 2017
Les Saoudiennes sont autorisées à conduire, selon un décrêt royal / © dpa/AFP/Archives / Peter Steffen

Ryad – Les Saoudiennes vont être autorisées à conduire, selon un décret royal publié mardi soir par l’agence de presse officielle SPA.

Le roi Salmane a ordonné « de permettre d’accorder le permis de conduire aux femmes en Arabie saoudite », indique le texte.

Ce royaume ultraconservateur du Golfe est le seul pays au monde où les femmes n’avaient jusqu’ici pas le droit de conduire.

Elle sont également soumises à la tutelle d’un homme de leur famille –généralement le père, le mari ou le frère– pour faire des études ou voyager.

Mais dans le cadre de son ambitieux plan de réformes économiques et sociales à l’horizon 2030, Ryad semble assouplir certaines de ces restrictions et tente prudemment de promouvoir des formes de divertissement malgré l’opposition des ultraconservateurs.

Samedi, des centaines de Saoudiennes avaient pris place pour la première fois dans un stade de Ryad, à l’occasion de la fête nationale qui a donné lieu à des concerts et des feux d’artifice.

Jusque-là, les femmes n’étaient pas admises dans les stades en application de la règle de séparation entre les sexes dans les espaces publics.

Romandie.com avec(©AFP / 26 septembre 2017 21h28)