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RDC: un film de Thierry Michel sur le gouverneur du Katanga fait polémique

avril 10, 2013
RDC: un film de Thierry Michel sur le gouverneur du Katanga fait polémique RDC: un film de Thierry Michel sur le gouverneur du Katanga fait polémique © AFP

Le réalisateur belge Thierry Michel, auteur notamment de « Mobutu, roi du Zaïre » en 1999, a déclenché une nouvelle polémique en République démocratique du Congo (RDC) en consacrant son dernier documentaire au puissant gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi.

« L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi » sera présenté en avant-première au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 15 avril, avant d’être mis à l’affiche, le 24 avril, dans un cinéma de la capitale belge où vit une importante communauté congolaise.

Une sortie est également envisagée en septembre en France, mais il y a peu de chances que le film, le dixième de Thierry Michel consacré à l’ex-Congo belge, soit projeté en RDC.

« Qui oserait le présenter » au Congo, s’interrogeait cette semaine à Bruxelles le réalisateur belge, « persona non grata » en RDC depuis qu’il a consacré, en 2012, un film à Floribert Chebeya, militant des droits de l’homme congolais tué en juin 2010 après avoir été convoqué par la police de Kinshasa.

Déjà acteur majeur d’un autre documentaire de Thierry Michel sorti en 2009, « Katanga Business », Moïse Katumbi est cette fois le personnage central du film, qui retrace la fulgurante carrière de ce fils d’un juif séfarade ayant fui l’Europe nazie et d’une Congolaise, devenu à près de 50 ans l’homme d’affaires le plus riche de RDC.

Dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique, le « héros » du documentaire a dénoncé les « contre-vérités » du film, de possibles « manipulations » et des « informations qui n’auraient pas été vérifiées ».

Depuis, les deux hommes se sont revus. « J’ai été très heureux de cette rencontre à Bruxelles dans une atmosphère constructive qui a permis, me semble-t-il, d’éclaircir certains malentendus », écrit Thierry Michel dans une lettre où il répond aux critiques de Moïse Katumbi.

Thierry Michel s’inquiète néanmoins d’être menacé, ainsi que « ceux qui travaillent sur le film » ou « s’obstinent à le diffuser » par un groupe de « Jeunes Katangais » se présentant comme des partisans du gouverneur.

Gouverneur élu depuis 2006 de la province du Katanga (sud-est), dont le sous-sol regorge de minerais, Moïse Katumbi est aussi un homme qui compte dans le camp du président Joseph Kabila, dont il est à la fois « l’allié et le rival », au point que beaucoup voient en lui un possible futur président de la RDC, analyse Thierry Michel.

Dans son documentaire qui couvre six années, l’auteur de « Congo River » dresse de ce « tycoon » africain un portrait en clair-obscur. On le voit surveiller des travaux de réhabilitation du désastreux réseau routier congolais ou tancer des douaniers laxistes.

Thierry Michel donne aussi la parole à des opposants critiquant son populisme et à des « creuseurs », ces mineurs à la sauvette expulsés de leurs chantiers malgré les promesses du gouverneur, ou encore la destruction de la propriété d’un de ses rivaux par des supporteurs du club de football dirigé par Moïse Katumbi, le Tout-puissant Mazembe.

« C’est un personnage complexe, un grand équilibriste », résume le réalisateur belge, qui se défend d’avoir produit un documentaire « à charge ».

 Jeuneafrique.com avec AFP

RDC : le Katanga et les démons de la décentralisation

juin 11, 2012
Le 11 juillet 1960, onze jours à peine après l’indépendance de l’ancien Congo belge, le Katanga choisit la sécession et s’autoproclama État indépendant. C’était la décision d’un homme, Moïse Kapenda Tshombe, le numéro un de la province, soutenu par la Belgique dans la détestation commune de Patrice Lumumba, le chef du gouvernement central. Lumumba sera d’ailleurs exécuté au Katanga en janvier 1961. La sécession n’était pourtant pas approuvée par tous. Le leader du Nord-Katanga, Jason Sendwe, allié politique de Lumumba, y était opposé. Il sera lui aussi assassiné.

Après cette période trouble et le retour du territoire provincial dans le giron congolais, grâce, notamment, à l’intervention des troupes de l’ONU contre celles de Tshombe, le séparatisme n’a plus jamais été à l’ordre du jour. Il est cependant resté en sommeil dans la tête de certains Katangais, qui estiment que leur province, riche en minerais, donne beaucoup au reste du pays, oubliant par là même un principe sacré, celui de la solidarité nationale.

Le Katanga n’est pas un peuple, une ethnie ou une tribu. C’est un ensemble qui englobe différents peuples, ethnies et tribus. Dans le cadre de la décentralisation prévue par la Constitution de 2006, la province n’existera plus dans sa configuration actuelle, avec ses quelque 500 000 km². Elle cédera la place à quatre nouvelles entités, bien distinctes : le Haut-Katanga, le Haut-Lomami, le Tanganyika et le Lualaba. Un découpage loin de faire l’unanimité parmi les Katangais. Les uns le redoutent, tandis que d’autres l’appellent de tous leurs voeux.

Ceux qui sont pour, essentiellement originaires du Sud, voient là l’occasion de devenir, enfin, les maîtres du cuivre et du cobalt, dont regorge leur sous-sol. C’est, pour simplifier, le Katanga « utile ». Ceux qui sont contre, natifs du Nord, redoutent que leurs nouvelles provinces n’aient pas de viabilité économique et qu’eux-mêmes, en fin de compte, ne soient les dindons de la farce. D’autres, revenant à de vieilles querelles ancestrales, refusent que les chefs-lieux des futures provinces soient situés ailleurs que chez eux, parce qu’ils ne tiennent pas « à être commandés par n’importe qui ». Certains hommes politiques sont ainsi déjà montés au créneau pour s’en prendre violemment à ceux qui, demain, ne seront plus leurs « concitoyens katangais » mais leurs voisins. Jusqu’où cette surenchère ira-t-elle ?

Les élus et habitants de la province sont, en tout état de cause, profondément divisés sur la question de la décentralisation et, comme les mines ne peuvent être dépecées ou déplacées afin d’être partagées entre le Nord et le Sud, l’équation n’est pas simple. Que faire ? Ceux qui auront les mines ne devront pas déroger au principe de solidarité nationale : quand il y en a pour un, il y en a pour mille. Quant à ceux qui hériteront de territoires au sous-sol stérile, ils devront se triturer les méninges pour trouver d’autres sources de revenus. D’où l’impérieuse nécessité de développer d’autres secteurs, comme l’agriculture. Tout le monde le sait, la terre katangaise est très fertile. Si la décentralisation devient inévitable, mettre en avant des arguments identitaires ne rime à rien. Il faut préserver l’essentiel : la paix et la fraternité.

Jeuneafrique.com par Tshitenge Lubabu M.K.